L'Année liturgique — Le Temps Pascal (t. 7-9) (page 4)
1 ancien serpent : ne voulant pas user de violence contre lui, mais plutôt le renverser légalement. Il se vantait de posséder avec justice l'homme transgresseur de la loi divine , parce qu'il l'avait rendu captif, pour prix de sa docilité ; mais il lui a fallu se reconnaître dépossédé par une sentence juste , le jour où il a osé faire périr celui duquel il n'avait rien à réclamer. C'est avec raison qu'il a été privé du pécheur
facienda ; justus, sequitate censeas judicanda ; misericors , cleroenter perficias coronanda.
Qui, cum solo maies- ■ tatis terribili nutu. nos- • trum potueris conterere i vexatorem, maluisti eum ! humilitatis abjectione ! prosternere. Ex hoc ma- ; gis approbans nullam ; majestati tuœ contrariam nobis subsistera ■ aereorum principum ty- j rannidem, cum sic nos- | trorum infirmitate mem- ; brorum omnem inimici ad nihilum redegeris vanitatem. Etenim super - bus se îngemuit gravius ; corruisse, quando se eli- ; sum sensit ab humilitate ; fuisse. Atque ideo tali ! divina Sapientia antiqui serpentis astUtiam corsilio vicit, ne violenter addiceret, sed legaliter quateretur. Ut qui trans- j gressorem eo se jure ' possidere jactabat, quem ' suis consentientem persuasionibus obligaverat : sic eum justo superatus | judicio redderet , cum i istum in quo suum ni- < hil repererat occidisset. j Quapropter amisit me- i rito reum, qui tollentem ! mundi peccata crucis supplicio Agnum non timuit mortiticare divi3io
Le Mardi de Pâques.
num. Disruptis igitur crucc infcrni catenis Icgibusque solutis, ad cœ- ios migrant cum Christo credcntes in Christo. Et criiciandi permanent in inferno qui deicctati sunt invisccrati diabolo.
dont il s'était rendu le maître, lorsqu'il n'a pas craint de mettre à mort, par le supplice de la croix, l'Agneau divin qui ôtc les pécliés du monde. La croix a brisé les chaînes de l'enfer ; elle a renversé les droits de Satan. Désormais ceux qui croient au Christ émigrent vers le ciel avec le Christ ; et ceux-là demeurent en proie aux tourments de l'enfer auxquels il a plu de se laisser dévorer par le diable.
Il est
Rediit ecce post triduum victor, ex morluis vivus, qui ad hoc pro nobis est crucifixus. Innumeris captivorum ovantium stipatur agminibus, qui passionis tempore etiam discipulorum suorum fuerat societate nudatus. Agitatur eo résurgente tremefacta funditus terra, qiio descendcnte concussa sunt et inferna. Cohors militum terrenorum cœlestis régis terribili regressu pcrculsa diffugiit , et quem diidum incluscrat velut reum, jam et ipsa terribilem victa judicem verum confitetur et Dcum. Sanctorum corpora vivifica'.a consurgunt : habitaculum quod paulisper jacuerat resurgit gloriosum codem resuscitante a quo anima derclicta in inferno non fuerat Angcli proprio famulantur a u c l o r i ;
revenu vainqueur et vivant du sein des morts , après trois jours de sépulture , celui qui fut crucifié pour nous, afin de ressusciter. Il est environné de l'innombrable et joyeuse troupe des captifs qu'il délivre , celui qui, au jour de sa Passion , avait été privé de la compagnie de ses disciples. Au moment de sa résurrection il remue la terre jusque dans ses fondements , celui qui ébranla jusqu'aux enfers, lorsqu'il y descendit. La cohorte des soldats de la terre s'enfuit épouvantée à l'arrivée terrible du Roi céleste ; et celui que naguère elle avait insulté comme un ignoble prisonnier, maintenant vaincue, elle confesse en lui le juge formidable et le vrai Dieu. Les corps des saints se lèvent vivants de leurs tombeaux; leur dépouille, un moment confiée à la terre , ressuscite glorieuse avec le Christ qui n'a
Le Mardi de Pâques.
3ii
pas laissé l'âme dans les enfers. Les Anges font le service auprès de leur créateur : le grand jour se lève avec splendeur sur le monde.
En ce jour inspirateur de la résurrection, ils tressaillent d'allégresse, ceux que la Passion avait accablés d''une si subite blessure. La Mère reconnaît les membres qui sont sortis de son sein ; Marie-Madeleine apprend, par la remontrance de l'Ange, à ne plus chercher parmi les morts celui qui est vivant. Pierre court avec Jean au sépulcre ; il y reconnaît dans les linceuls les traces récentes de son Maître ressuscité. Le larron qui confessa le Christ est mis d'avance en possession du Paradis. Ce qui, depuis tant de siècles , avait été
Frophétisé du Fils de homme est accompli : qu'il serait livré pour nous aux mains des pécheurs ; qu'il serait crucifié et mis à moi t ; qu'il pénétrerait les enfers comme un vengeur terrible ; qu'il renverserait les superbes et exalterait les humbles dans sa miséricorde ; qu'il ressusciterait d'entre les morts par un triomphe inénarrable ; qu'il régnerait enfin avec le Père et le Saint-Esprit , étendant s-ir tous les êtres sa domination toute-puissante.
splendificus universo
mundo oritur dies.
Tripudiant inspirato resurrectionis die , qui moestificati fuerant passionis ejus vulnere repentino. Agnoscit ÙNIater membra quae genuit. Maria Magdalene Angelo increpante resipuit , ne viventem cum mortuis quaerere debuisset. Ad monumenîum P e t r u s cum Johanne concurrit, recentiaque in linteaminibus defuncti et resurgentis vestigia cernit. Latro Christum confessus possessor paradisi factus est primitivus. Impletum est quod diotum fuerat de Filio hominis , tôt ante sœcula prophetatum, ut scilicet peccatorum pro nobis manibus traderetur: crucifigeretur, moreretur : inferna terribiliter penetraret. superbos dejiceret, humiles misericorditer exaltaret : cum triumpho inenarrabili a mortuis resurgeret , et cum Pâtre et Spiritu Sancto omnipotentialiter cunctis dominando reenaret.
Le Mardi de Pâques.
Cujus virtutis immensitate permoti, etiam scptem vexilla rcgia beatorum innumeras lucifluarum mittit plebiiiin calervas ad laiidem , ac suum quisque pio prreveniens ollicio lociim , debitum cxsolvit, carnem triuinphantis Régis per œvum subinisseque adorat, et glorificatis vultibus Agriurn, suasque riitilanlibus gommis cximias praefert cum laude coronas. Scraphim quoque divinaî sedis terribi1cm throniim alaruni trino tegmine vêlant siii fatnulatiis , uniim te fatendo cum Pâtre et Spiritu Sancto Deuin trina: confessionis piœconio declarandum, in sede siderca pcrmancntcm regnantemque in s;çciila scECulorum , inccssabili jugitate dicunt : Sanclus, Sanctus Sanctiis.
Saisis d'admiration à la vue de tant de grandeurs , les sept escadrons du royaume des cieux envoient sur la terre leurs innombrables et lumineux soldats pour lui rendre hommage ; à l'envi l'un de l'autre , chacun de ces bienheureux Esprits lui rend humblement ses hommages, adorant avec soumission la chair de ce Roi à jamais triomphant , et abaissant devant l'Agneau son visage resplendissant et sa couronne étincelante de mille diamants. Les Séraphins eux-mêmes , qui sont le trône terrible de la divine majesté, se voilent de leurs six ailes ; ils vous confessent, ô Christ , dans la triple acclamation , comme étant Dieu avec le Père et le Saint-Esprit , comme vivant et régnant sur le trône du ciel dans les siècles des siècles, et crient éternellement sans jamais cesser : Saint, Saint, Saint.
Nous ajoutons à la Préface mozarabe une Séquence fameuse clans nos Missels romainsfrançais du moyen âge. C'était le chant solennel de la Pâque, tant aimé de nos aïeux, d'un lyrisme un peu sauvage, mais plein de verve. Le chant qui l'accompagnait serait une épreuve pour les poitrines d'aujourd'hui ; mais on ne peut disconvenir qu'à travers ses mouvements un peu désordonnés, il olVre les plus grands effets de mélodie et de sentiment.
Le Mardi de Pâques.
3i3
dans le
jour où l'on raconte d'une voix triomphante le glorieux combat du Christ ;
Quand il vainquit l'ennemi superbe, renversant, par sa vaillante prouesse, ses noirs bataillons.
Triste fut la faute d'Eve, qui nous priva tous de la vie ;
Joyeuse !a naissance du fils de Marie, qui aujourd'hui nous convie au festin commun.
Bénie soit Marie, la grande
Elle a enfanté le roi qui enlève les dépouilles de l'enfer.
Qui règne avec gloire dans les cieux.
O roi éternel , daignez agréer les chants que nos voix exécutent avec accord à votre honneur.
Vous êtes assis à la droite du Père.
r; ULGENS praeclara
1 Rutilât per orbem
Hodie dies in qua Christi lucida Narrantur ovanter praeDe hoste superbo Quem Christus triumphavit, pulchre, Castra lUius perimens teterr!- ma.
Infelix culpa Evae, Qua caruimus omnes vita.
Félix proies Marise, Qua epularaur modo una.
Benedicîa Sit celsa Regina illa,
Generans regem Spoliantem tartara,
PoUentem Jam in œthera.
Rex in xternum, Suscipe benignus Prœconia nostra Sedule tibi canentia.
Patris sedens ad dexteram.
3i4
Le Mardi de Pâques.
Victor ubiquc, Morte siiperata, Polcrum possiuens Gaudia.
O magna,
O celsa, O pulchra clementia Christi melliflua,
O aima.
Laus tibi honorque ac virtus, Qui nostram antiquam Leviasti sarcinam.
Roseo cruorc Agni bcnignissimi
Empta,
Florida Micat ha?caula.
Potenti virtute nosti Qui lavit facinora, Tribuit dona fulgida.
Stupens valdc in memet, Jam miror hodiernn,
Tanta Indignus pandcre Modo sacramenta.
Stirpe Davidica Ortus de tribu Juda, Léo potens surrexisti in gloria.
Agnusvisus es in terra.
Partout vainqueur, ayant surmonté la mort, vous possédez les joies célestes.
O immense, ô sublime clémence du Christ 1 ô bonié si belle, si douce, si auguste 1
Louange à vous , honneur , puissance , à vqus qui avez daigné soulever le poids de notre antique fardeau.
Rachetée par les roses du sang de l'Agneau plein de douceur, l'Eglise aujourd'hui montre avec éclat sa couronne de fleurs.
Celui qui, par son pouvoir vainqueur , a pu laver nos crimes, nous a octroyé les dons les plus éclatants.
Eperdu à la vue de telles merveilles , saisi d'admiration, je me sens indigne de raconter les mystères qui se pressent en ce jour.
Fils de David, rejeton de la tribu de Juda, Lion puissant, vous vous êtes levé avec ' gloire.
La terre vous vit sous les traits d'un Agneau. \
Le Mardi de Pâques. 3i5
Dans le principe, c'est par
Fundans olim arva :
vous que ce monde fut créé.
l
Vous êtes remonté au
Régna petens supera :
l
royaume céleste.
C'est là que vous rendez
Justis reddens prasmia,
aux justes leur récompense,
In sœcula
durant les siècles un bonheur
Digiianter ovantia.
sans fin.
Dis maintenant , impie
Die impie Zabule,
Satan, à quoi t'a mené ta
Quid valet nunc fraus
perfidie?
tua ?
La victoire du Christ t'enIgneis nexus loris A Christi victoria.
chaîne pour jamais dans les
lieux embrasés.
Peuples, nations, admirez :
Tribus, linguœ, admiqui jamais entendit de telles
ramini ;
merveilles ?
Quis audivit talia Miracula ?
Que la mort triomphât
Ut mors mortem sic
ainsi de la mort ; que des
superaret :
coupables fussent l'objet
Rei perciperent talem
d'une telle faveur ?
gratiam ?
l
Juif incrédule, pourquoi
Judœa incredula,
rester sous ta honte ?
Cur mânes adhuc inverecunda ?
Regarde les chrétiens ,
Respice christicolas.
écoute quels chants joyeux et
Qualiter lœti canunt inmagnifiques ils adressent au
clyta
Rédempteur.
Redemptori carmina.
O Christ, roi de bonté, qui
Ergo pie Rex Christe,
nous remettez nos crimes.
Nobis laxans crimina,
brisez les liens qui pourraient
Solve nexorum vincula.
nous retenir encore.
3i6
Le Mardi de Pâques.
Klectorum agmina Fac tccum resurgcrc Ad beatam gloriam, Digna repcndetib mérita.
Amen.
P'aitcs ressusciter avec vous la foule de vos élus ; enlevez-les jusqu'à cette gloire, jusqu'à cette félicité, où vous devez reconnaître dignement leurs mérites. A- mcn.
ty^n^-
'est le jour que le Seigneur a fait: passons-le dans les transports de l'allégresse.
^C dies quam fecit
1 Dominus : exsultcmus et lœtemur in ea.
E nom de la Pâque signifie en hébreu passage, et nous avons exposé hier comment ce grand jour est d'abord devenu sacré, à cause du Passage du Seigneur ; mais le terme hébraïque n'épuise pas là toute sa signification. Les anciens Pères, d'accord avec les docteurs juifs, nous enseignent que la Pàque est aussi pour le peuple de Dieu le passage de l'Egypte dans la terre promise. En effet, ces trois grands faits s'unissent dans une même nuit : "le festin religieux de l'agneau, l'extermination des premiers-nés des Egyptiens , et la sortie d'Egypte. Aujourd'hui reconnaissons une nouvelle figure de notre Pàque dans ce troisième fait qui continue le développement du mystère.
^^i8 Le Mercredi de Pâques.
Le moment où Israël sort de l'Egypte pour s'avancer vers la terre qui est pour lui la patrie prédestinée, est le plus solennel de son nistoire ; mais ce départ et toutes les circonstances qui raccompagnent forment un ensemble de tigures qui ne se dévoile et ne s'épanouit que dans la Pâque chrétienne. Le peuple élu se retire du milieu d'un peuple idolâtre et oppresseur du faible ; dans notre Pâque, nous avons vu ceux qui sont maintenant nos néophytes sortir courageusement de l'empire de Satan qui les tenait captifs, et renoncer solennellement à cet orgueilleux Pharaon, à ses pompes et à ses œuvres.
Sur la route qui conduit à la terre promise, Israël a rencontré l'eau ; et il lui a fallu traverser cet élément, tant pour se soustraire à la poursuite de l'armée de Pharaon, que pour jl pénétrer dans l'heureuse patrie où coulent le lait et le miel. Nos néophytes, après avoir renoncé au tyran qui les tenait asservis, se sont trouvés aussi en face de l'eau ; et ils ne pouvaient non plus échapper à la rage de leurs ennemis qu'en traversant cet élément | protecteur, ni pénétrer dans la région de \ leurs espérances qu'après avoir mis derrière \ eux les flots comme un rempart inexpugnable.
Par la divine bonté, l'eau, qui arrête toujours la course de l'homme, devint pour Israël un allié secourable, et elle reçut ordre de suspendre ses lois et de servir à la délivrance du peuple de Dieu. De même aussi la fontaine sacrée, devenue l'auxiliaire de la divine grâce, comme l'Eglise nous l'a enseigné dans la solennité de l'Epiphanie, a été le
Le Mercredi de Pâques.
refuge, le sûr asile de nos heureux transfuges, qui dans ses ondes n'ont plus eu à craindre les droits que Satan revendiquait sur eux.
Debout et tranquille sur l'autre rive, Israël contemple les cadavres flottants de Pharaon et de ses guerriers, les chariots et les boucliers devenus le jouet des vagues. Sortis de la fontaine baptismale, nos néophytes ont plongé leur regard sur cette eau purifiante, et ils y ont vu leurs péchés, ennemis plus redoutables que Pharaon et son peuple, submergés pour jamais.
Alors Israël s'est avancé joyeux vers cette terre bénie que Dieu a résolu de lui donner en héritage. Sur la route, il entendra la voix du Seigneur qui lui donnera lui-même sa loi ; il se désaltérera aux eaux pures et rafraîchissantes qui couleront du rocher à travers les sables du désert, et il recueillera pour se nourrir la manne que le ciel lui enverra chaque jour. De même, nos néophytes vont marcher d'un pas libre vers la patrie céleste qui est leur Terre promise. Le désert de ce monde qu'ils ont à traverser sera pour eux sans ennuis et sans périls ; car le divin Législateur les instruira lui-même de sa loi, non plus au bruit du tonnerre et à la lueur des éclairs, comme il fit pour Israël, mais cœur à cœur et d'une voix douce et compatissante, comme celle qui ravit les deux disciples sur le chemin d'Emmaûs. Les eaux jaillissantes ne leur manqueront pas non plus ; il y a quelques semaines, nous entendions le Maître, parlant à la Samaritaine, promettre qu'il ouvrirait une source vive à
320 Le Mercredi de Pâques.
ceux qui l'adoreraient en esprit et en vérité. Enfin une manne céleste, bien supérieure à celle d'Israël, car elle assure l'immortalité à ceux qui s'en nourrissent, sera leur aliment délectable et fortifiant.
C'est donc ici encore notre Pâque, le Passage à travers l'eau dans la Terre promise ; mais avec une réalité et une vérité que l'ancien Israël, sous ses grandes figures, n'a pas connue. Fêtons donc notre Passage de la mort originelle à la vie de la grâce par le saint Baptême ; et si l'anniversaire de notre régénération n'est pas aujourd'hui même, ne laissons pas pour cela de célébrer cette heureuse migration que nous avons faite de l'Egypte ilu monde dans l'Eglise chrétienne; ratifions avec joie et reconnaissance notre renoncement solennel à Satan, à ses pompes et à ses œuvres, en échange duquel la bonté de Dieu nous a octroyé de tels bienfaits.
L'Apôtre des Gentils nous révèle un autre mystère de l'eau baptismale qui complète celui-ci, et vient se fondre pareillement dans le mystère de la Pâque. Il nous enseigne que dans cette eau nous avons disparu comme le Christ dans son sépulcre, étant morts et ensevelis avec lui. {Rom. vi, 4.) C'était notre vie d'hommes pécheurs qui prenait fin; pour vivre à Dieu, il nous fallait mourir au péché. En contemplant les fonts sacrés sur lesquels nous avons été régénérés, pensons qu'ils sont le tombeau où nous avons laissé le vieil homme qui n'en doit plus remonter. Le baptême par immersion, qui fut longtemps en usage dans nos contrées, et qui s'administre encore en tant de lieux, était l'image sensible
Le Mercredi de Pâques. 32 1
de cet ensevelissement ; le néophyte disparaissait complètement sous Teau ; il paraissait mort à sa vie antérieure, comme le Christ à sa vie mortelle. Mais de même que le Rédempteur n'est pas demeuré dans le tombeau, et qu'il est ressuscité à une vie nouvelle ; de même aussi, selon la doctrine de TApôtre (^Col. ii, 12), les baptisés ressuscitent avec lui, au moment où ils sortent de l'eau, ayant les arrhes de l'immorjalité et de la gloire, étant les membres vivants et véritables de ce Chef qui n'a plus rien de commun avec la mort. Et c'est encore ici la Pâque, c'est-à-dire le Passage de la mort à la vie.
A Rome, la Station est dans la Basilique de Saint-Laurent-hors-les-Murs. C'est le principal des nombreux sanctuaires que la ville sainte a consacrés à la mémoire de son plus illustre Martyr, dont le corps repose sous r^autel principal. Les néophytes étaient conduits en ce jour près de la tombe de ce généreux athlète du Christ, afin d'y puiser un sincère courage dans la confession de la foi et vine invincible tidélité à leur baptême. Durant des siècles entiers, la réception du baptême fut un engagement au martyre ; en tout temps, elle est "un enrôlement "dans la milice du Christ, que nul ne peut déserter sans encourir la peine des traîtres.
Le Mercredi de Pâques.
L'introït est formé des paroles que le Fils de Dieu adressera à ses élus au dernier jour du monde, en leur ouvrant son royaume. L'Eglise les applique à ses néophytes, élevant ainsi leurs pensées vers le bonheur éternel dont l'attente a soutenu les Martyrs dans leurs combats.
VENlTE, benedicti Patris mei ; percipite regnum, alléluia : quod vobis paratum est ab origine mundi. Alléluia, alléluia, alléluia.
Ps. Cantate Domino canticum novum : cantate Domino omnis terra. Gloria Patri. Venite.
VENEZ, les bénis de mon Père ; possédez le royaume, alléluia , qui a été préparé pour vous dès l'origine du monde. Alléluia, alléluia, alléluia.
Ps. Chantez au Seigneur un cantique nouveau : toute la terre , chantez au Seigneur. Gloire au Père. Venez.
Dans la Collecte, l'Eglise rappelle à ses enfants que les fêtes de la sainte Liturgie sont ^un moyen d'arriver aux fêtes de l'éternité. C'est la pensée et l'espérance qui dominent dans toute cette Année liturgique. Il nous faut donc célébrer la Pàque du temps, de manière à mériter d'être admis aux joies de la Pâquc cicrnellc.
DEi!S, qui nos resurrcctionis Dominiez aiinua solcmnitate \xûficas : concède propitius, ut per temporalia festa
Dieu qui, chaque année, nous accordez les joies de la résurrection du Seigneur; faites, dans votre bonté, que ces i^êtes que nous
A la Messe.
célébrons dans le temps nous servent pour arriver aux félicités éternelles. Par le même Jésus-Christ notre Seigneur, Amen.
quas agimus , pervenire ad gaudia asterna mereamur. Per eumdem Dominum nostrum Jesum Christum. Arnen.
A la première jusqu'à la lin de
Collecte, l'Octave
Oraisons suivantes.
l'Eglise ajoute l'une des deux
Comre les persécuteurs de V Eglise
DAIGNEZ, Seigneur , vou laisser fléchir par le
prières de votre Eglise, afin que, toutes les adversités et toutes les erreurs ayant disparu, elle puisse vous servir dans une paisible liberté. Par Jésus-Christ notre Seigneur. Amen.
ECCLESi.E tuaï, qucesumus Domine, preces placatus admitte : ut. destructis adversitatibus et erroribus universis , secura tibi serviat libertate. Per Dominum nostrum Jesum Christum. Amen.
Pour le Pape.
ODiKU, qui êtes le Pasteur et le Conducteur de tous les fidèles , regardez d'un œil propice votre serviteur iV., que vous avez mis à la tête de votre Eglise en qualité de Pasteur ; donnezlui, nous vous en supplions. d'être utile par ses paroles et son exemple à ceux qui sont sous sa conduite , afin qu'il puisse parvenir à la vie éternelle avec le troupeau
3ui lui a été confié. Par ésus-Christ notre Seigneur. Amen.
DEUS,omniumfidelium Pastoret Rector, famulum tuum N. quem Pastorem Ecclesiœ tuae prœesse voluisti, propitius respice : da ei, quassumus, verbo et exemplo, quibus prœest, proficere ; ut ad vitam, una cum grege sibi credito perveniat sempiternam. Per Dominam nostrum Jesum Christum. Amen.
Le Mercredi de Pâques.
Lectio Actuum Apostolorum. Cap. ni.
I N diebiis illis : Ape1 riens Petrus os suum, dixit: Viri Israelitœ^ et qui timetis Deiim, nudité : Deus Abraham, et Deus Isaac, et Deus Jacob, Deus patrum nostrorum glorificavit Filium suum Jesum, quem vos quidem tradidistis, et negastis ante faciem Pilati, judicantc ilio dimitti. Vos autem sanctum et justum negastis, et petistis virum homicidam donari vobis : auctorem vero vitae interfecistis, quem Deus suscitavit a mortuis, cujus nos testes sumus. Et nunc fratrcs, scio quia per ignorantiam fecistis , sicut et principes vestri. Deus autem, quœ prasnuntiavit per os omnium Prophetarum, pati Christum suum, sic implevit. Pœ- nitemini igitur, et convertimini , ut deleantur peccata vestra.
Lecture des Actes des Apôtres. Chap. III. EN ces jours-là, Pierre ouvrant la bouche , dit : Hommes Israélites, et vous qui craignez Dieu, écoutez. Le Dieu d'Abraham, le Dieu d'Isaac, le Dieu de Jacob, le Dieu de nos pères a glorifié son Fils Jésus, que vous avez livré et renié devant Pilate, qui avait juge qu'il devait être renvoyé absous. Mais vous , vous avez renié le Saint et le Juste; vous avez demandé que l'on vous accordât la grâce d'un homicide, et vous avez fait mourir l'auteur de la vie. Mais Dieu l'a ressuscité d'entre les morts , et nous en sommes témoins. Cependant , mes Frères, je sais que vous l'avez fait par ignorance, aussi bien que vos princes. Mais c'est ainsi que Dieu a accompli ce qu'il avait prédit par la bouche de tous les Prophètes, e le Christ devait souffrir, tes donc pénitence ; et convertissez-vous , afin que vos péchés soient effacés.
I^ait
Nous entendons encore aujourd'hui la voix du Prince des Apôtres proclamant la résurrection de l'Hommc-Dieu. Lorsqu'il prononça ce discours, il était accompagne de saint Jean , et venait d'opérer, à l'une des portes du temple de Jérusalem, son premier
A la Messe. 32 b
miracle, la guérison d'un boiteux. Le peuple s'était attroupe autour des deux disciples» et c'était la seconde fois que Pierre prenait la .parole en public. Le premier discours avait amené trois mille nommes au baptême; celui-ci en conquit cinq mille. L'Apôtre exerça véritablement dans ces deux occasions la qualité de pêcheur d'hommes que le Sauveur lui assigna tout d'abord, lorsqu'il le vit pour la première fois. Admirons avec quelle charité saint Pierre appelle les Juifs à reconnaître en Jésus le Messie qu'ils attendaient; ces mêmes Juifs qui l'avaient renié, comme il cherche à les rassurer sur le pardon, en mettant une partie de leur crime sur le compte de leur ignorance ! Ils ont demandé la mort de Jésus faible et abaissé ; qu'ils consentent du moins, aujourd'hui qu'il est glorifié, à le reconnaître pour ce qu'il est, et leur péché sera pardonné. En un mot, qu'ils s'humilient, et ils seront sauvés. Dieu appelait ainsi à lui les hommes droits, les hommes de bonne volonté; et il continue de le faire de nos jours. Jérusalem en fournit un certain nombre; mais la plupart repoussèrent l'invitation. Il en est de même en nos temps; prions, et demandons sans cesse que la pêche soit toujours plus abondante, et le festin de la Pàque toujours plus nombreux.
C'est le jour que le Seigneur a fait : passons-le dans les transports de l'allégresse. f. La droite du Seigneur
H^C dies quam fecit Dominus : exsultemus et lastemur in ea.
H^. Dextera Domini fecit virtutem , dextera Domini cxaltavit me.
Alléluia, alléluia, j^. Surrcxit Dominiis verc, et apparuit Petro.
a signalé sa force : la droite
du Seigneur m'a élevé en
gloire.
Alléluia, alléluia. j
,^. Le Seigneur est vrai-'
ment ressuscité , et il est
apparu à Pierre.
On chante ensuite la Séquence de la Messe du jour de Pâques, Victimœ Faschali, page 2IQ.
Sequentia sancii Evangelii secundum Johannem. Cap. xxi.
IN illo tempore: Manifestavit se iterum Jésus discipulis ad marc Tiberiadis, Manifcstavil autem sic. Erant simul Simon Petrus, et Thomas, qui dicitur Didymus, et Nathanael, qui erat a Cana Galilœa:, et filii Zebedœi, et alii ex discipulis ejus duo. Dicit eis Simon Petrus : Vadopiscari. Dicunt ei : Venimus et nos tecum. Et exierunt, et asccnderunt in navim : et illa noctenihil prendiderunt, Moneautcm facto, stetit JesMs in littore : non tamen cognoverunt discipuli quia Jésus est. Dixit ergo eis Jésus : Pueri, numquid pulmentarium habetis ? Kesponderunt ei : Non, Dicit eis: MitLa suite du saint Evangile selon saint Jean, Chai\
EN ce temps-là, Jésus apparut de nouveau à ses disciples, près de la mer de Tibériade : il leur apparut ainsi. Ensemble étaient Simon Pierre, et Thomas qui est appelé Didyme, et Nathanael qui était de Cana en Galilée, et les fils de Zébédée, et deux autres de ses disciples. Simon Pierre leur dit : Je vais pécher. Ils lui dirent : Nous y allons aussi avec toi. Et ils sortirent et montèrent dans une barque ; mais celte nuit-là ils ne prirent rien. Le matin étant venu , Jésus parut sur le rivage ; néanmoins les disciples ne connurent pas que c'était Jésus. Jésus donc leur dit : Enfants , n'avez-vous rien à manger ? Ils lui répoa-< dirent : Non. Il leur dit : Jetez le filet à droite de la
A la Messe.
barque, et vous trouverez. Ils le jetèrent donc ; et déjà ils ne le pouvaient plus tirer, à cause de la multitude des poissons. Alors le disciple
^ue Jésus aimait dit à Pierre : "est le Seigneur. Simon Pierre ayant entendu que c'était le Seigneur, il se ceignit avec sa tunique, car il était nu, et il se jeta à la mer. Les autres disciples vinrent dans la barque : car ils n'étaient pas loin de terre. mais comme à deux cents coudées ; et ils tirèrent le filet plein de poissons. Lorsqu'ils furent descendus à terre, ils virent des charbons allumés, et un poisson mis dessus , et du pain. Jésus leur dit: Apportez des poissons que vous venez de prendre. Simon Pierre monta dans la barque, et tira à terre le filet plein de cent cinquante- trois gros poissons. Et quoiqu'il y en eût tant, le filet ne se rompit point. Jésus leur dit : Venez, mangez. Et aucun des convives n'osait lui demander : Qui êtes-vous ? sachan.; que c'était le Seigneur. Et Jésus s'approcha, et prit du pain, et le leur donna, et pareillement du poisson. Ce fut la troisième fois que Jésus apparut à ses disciples, après qu'il fut ressuscité d'entre les morts.
tite in dexieram navigii rete, et invenietis. Miseruat ergo : et jam non valebant iJlud trahere
Èrœmuîtitudine piscium. • ixil ergo discipulus ille, queni diligebat Jésus, Petro : Dorainusest. Simon Petrus cum audisset quia Dominus est, tunica succinxit se (erat enim nudus) et misit se in mare. Alii autem discipuli navigic venerunt (non enim longe erant a terra, sed quaci cubitis ducentis), trahentes rete piscium. Ut ergo descenderunt in terram , viderunt prunas positas, et piscem superpositum, et panem. Dicit eis Jésus : AfiFerte de piscibus, quos prendidistis nunc. Ascendit Simon Petrus : et traxit rete in terram, plénum magnis piscibus centum quinquaginta tribus. Et cum tanti essent, non est scissum rete. Dicit eis Jésus : Venite, prandete. Et nemo audebat discumbentium interrogare eum : Tu quis es ? scientes quia Dominus est. Et venit Jésus , et accipit panem, et dat eis. et piscem similiter. Hoc jam tertio manifestatus est Jésus discipulis suis, cum resurrexisset a mortuis.
32S Le Mercredi de Pâques.
Jésus avait apparu à ses disciples réunis, le soir du jour de Pâques; il se montra encore à eux huit jours après, comme nous le dirons bientôt. L'Evangile d'aujourd'hui nous raconte une troisième apparition qui eut lieu à sept disciples seulement, sur les bords du Jac de Génézareth, appelé aussi la mer de Tibériadc, à cause de sa vaste étendue. Rien de plus touchant que cette joie respectueuse des Apôtres à la vue de leur maître qui daigne leur servir un repas. Jean, le premier de tous, a senti la présence de Jésus ; ne nous en étonnons pas; sa grande pureté éclaira l'œil de son âme; il est écrit: « Heureux ceux qui ont le cœur pur, car ils verront Dieu, » (Matth. v, 8.) Pierre se jette dans les flots pour être plus tôt arrivé près de son maître : on reconnaît l'Apôtre impétueux, mais qui aime plus que les autres. Que de mystères ensuite dans cette admirable scène!
Il y a d'abord une pêche ; c'est l'exercice de l'apostolat par la sainte Eglise. Pierre est le grand pêcheur; c'est à lui" de déterminer quand et comment il faut jeter le lilct. Les autres Apôtres s'unissent à lui, et Jésus est avec tous. Il suit de l'œil la pêche, il la dirige ; car le résultat en est pour lui. Les poisso'ns sont les fidèles; car le chrétien, ainsi que nous l'avons déjà remarqué ailleurs, le chrétien, dans le langage des premiers siècles, est un poisson. Il sort de l'eau; c'est dans l'eau qu'il puise la vie. Nous avons vu tout à l'heure comment l'eau de la mer Rouge fut propice aux Israélites. Dans notre Evangile, nous retrouvons encore le Passage : passage de l'eau du lac de Génézarcth à la
A la Messe. 32 g
table du Roi du ciel. La pêche fut abondante, et il y a ici un mystère qu'il ne nous est pas donné encore de pénétrer. Ce n'est qu'au dernier jour du monde, quand la pêche sera complète, que nous comprendrons quels sont ces cent cinquante-trois^ gros poissons. Ce nombre mystérieux signifie, sans doute, autant de fractions de ia race humaine, amenées successiv'ement à l'Evangile par l'apostolat; mais les temps n'étant pas accomplis encore, le livre demeure scellé.
De retour sur le rivage, les Apôtres se réunissent à leur maître; mais voici qu'ils trouvent un repas préparé pour eux : un pain, avec un poisson rôti sur des charbons. Quel est ce Poisson qu'ils n'ont pas péché euxmêmes, qui est soumis à l'ardeur du feu, et qui va leur servir de nourriture au sortir de l'eau? L'antiquité chrétienne nous explique ce nouveau mystère : le Poisson', c'est le Christ qui a été éprouvé par les cuisantes douleurs de sa Passion, dans lesquelles l'amour l'a dévoré comme un feu ; il est devenu l'aliment divin de ceux qui ont été purifiés en traversant l'eau. Nous avons expliqué ailleurs comment les premiers chrétiens avaient fait un signe de reconnaissance du mot Poisson en langue grecque, parce que les lettres de ce mot reproduisent dans cette langue les initiales des noms du Rédempteur.
Mais Jésus veut unir dans un même repas, et lui-même le Poisson divin , et ces autres poissons de l'humanité que le filet de saint Pierre a tirés des eaux. Le festin de la Pâque a la vertu de fondre en une mém.e substance, par l'Amour, le mets et les convives, l'A-
33o Le Mercredi de Pâques.
encan de Dieu et les agneaux ses frères, le Poisson divin et ces autres poissons qu'il s'est unis^ dans une indissoluble fraternité. Immolés avec lui, ils le suivent partout, dans la souffrance et dans la gloire; témoin le grand diacre Laurent, qui \o'\X aujourd'hui autour de sa tombe l'heureuse assemblée des tidèles. Imitateur de son maître jusque sur les charbons du gril embrasé, il partage maintenant, dans une Pâque éternelle, les splendeurs de sa victoire et les joies infinies de sa félicité.
L'Offertoire, formé des paroles du Psaume, célèbre la manne que le ciel envoya aux Israélites après le passage de la mer Rouge; mais la nouvelle manne est autant au-dessus de la première, qui nourrissait seulement le corps, que notre fontaine baptismale, qui lave les péchés, est au-dessus des flots vengeurs qui submergèrent Pharaon et son armée.
PORTAS cœli aperuit Dominus : et pluit illis manoa, ut ederent : panem cœli dédit eis : panem Angelorum manducavit homo. Alléluia.
LE Seigneur a ouvert les portes du ciel, et il a fait pleuvoir la manne pour nourrir son peuple. Il leur a donné le pain du ciel : l'homme a mangé le pain des Anges. Alléluia.
L'Eglise, dans la Secrète, parle avec effusion du Pain céleste qui la nourrit, et qui est en même temps la 'V^ictime du Sacrifice pascal.
SACRiFiciA , Domine,! \J ous immolons, Seigneur, paschaiibus gaudiis j ^^ au milieu des joies pasA la Messe.
33 r cales, ce Sacrifice qui est pour votre Eglise l'aliment admirable, dont elle est nourrie et soutenue. Par Jésus-Christ notre Seigneur. Amen.
immolanius : quibus Ecclesia tua mirabiliter et pascitur et nutritur, Per Dominum nostrum Jesum Christum. Amen.
A la première Secrète , jusqu'à la tin de l'Octave, Oraisons suivantes.
l'Eglise ajoute, l'une des deux
Contre les persécuteurs de l'Eglise.
PROTÉGEZ-NOUS, Seigneur, nous qui célébrons vos mystères, afin que, nous attachant aux choses divines . nous vous servions dans !e corps et dans Tàme. Par Jésus-Chiist notre Seigneur. Amen.
ROTEGE nos. Domine, tuis mystcriis servientes : ut divinis rébus inh^erentes. et corpore tibi famulemur et mente. Per Dominum nostrum Jesum Christum. Amen.
Pour le Pape.
LAISSEZ-VOUS fléchir, Seigneur, par l'offrande de ces dons, et daignez gouverner par votre continuelle protection votre serviteur N.t que vous avez voulu établir Pasteur de votre Eglise. Par Jésus-Christ notre Seigneur. Amen.
r^ BL.iTis, quaesumus ^— Domine , placaie muneribus : et famulum tuum .V. quem Pastorem Ecclesiœ tua; prœesse voluisti. assiJua protectione guberna. Per Dominum nostrum Jesum Christum. Amen.
u Celui qui aura mangé de ce Pain, dit le Seigneur, ne mourra plus. » L'Apôtre nous dit aans l'Antienne delà Communion : «Le Christ ressuscité ne meurt plus. » Ces deux paroles s'unissent pour expliquer l'eftet de la divine Eucharistie dans les âmes. Nous mangeons une chair immortelle; il est juste
Lo. Mercredi de Pâques.
qu'elle nous communique la vie qui est en elle.
/"^RlSTiis resurgens ex ^-^mortuis, jam non moritur, alléluia : mors illi ultra non dominabitur. Alléluia, alléluia.
LE Christ, ressuscité d'entre les morts, ne meurt plus, alléluia : la mort n'aura plus sur lui d'empire. Alléluia, alléluia.
Dans la Postcommunion, la sainte Eglise demande que nous recevions le fruit de l'aliment sacré auquel nous venons de participer, qu'il nous épure et substitue en nous au principe ancien le principe nouveau, qui est en Jésus-Christ ressuscite.
AB omni nos, quaesumus Domine, vetustate purgatos , Sacramenti tui vencranda perceptio in novam transférât creaturam. Qui vivis et régnas in sa;cula sœculorum. Amen.
DAIG.MEZ nous délivrer, Seigneur, de tous les restes du vieil homme ; et faites que la participation de votre Sacrement auguste nous confère un être nouveau. Vous qui vivez et régnez dans les siècles des siècles. Amen.
A la première Postcommunion , l'rlglisc ajoute, jusqu'à la fin de l'Octave, l'une des deux Oraisons suivantes.
Contre les persécuteurs de l'Eglise
QU^su.MbS, Domine Deus noster : ut quos divina tribuis participatione gaudcre, humanis non sinas subjaccrc pcriculis. Per Doous vous supplions. Seigneur notre Dieu, de ne pas laisser exposés aux périls de la part des hommes, ceux à qui vous accordez de participer aux Mystères divins.
La Bénédiction des Agnus Dei. 333
Par Jésus-Christ notre Sei- I minum nostrum Jesum gneur. Amen. | Christum. Amen.
Pour le Pape.
QUE la réception de ce divin Sacrement nous protège. Seigneur ; qu'elle sauve aussi et fortifie à jamais, avec le troupeau qui lui est confié, votre serviteur A'., que vous avez établi Pasteur de votre Eglise. Par Jésus-Christ notre Seigneur. Amen.
HJEC nos, quaesumus Domine, divini Sacramenti perceptio protegat : et famulum tuum iV. quem Pastorem Ecclesice tuœ prœesse voluisti. una cum commisso sibi grege salvet semper et muniat. Per Dominum nostrum Jesum Christum. Amen.
Le Mercredi de Pâques est célèbre à Rome par la bénédiction des Agmis Dei : cérémonie cjui est accomplie par le Pape la première année de son pontificat, et ensuite tous les sept ans. 'Lq?, Agnus Dei sont des disques en cire sur lesquels est empreinte, d'un côté l'image de l'Agneau de Dieu, et de l'autre celle de qiVelque saint. L'usage de les bénir, à la fête de Pâques, est fort ancien ; on en trouve des traces dans les monuments de la liturgie dès le vue siècle; et lorsque, en 1544, on fit à Rome l'ouverture du tombeau de l'impératrice Marie, femme d'Honorius et fille de Stilicon, morte avant le milieu duv= siècle, on y trouva un de ces Agnus Dei, semblable à ceux que le Pape bénit encore aujourd'hui.
On a donc eu tort de dire que cette pratique aurait été instituée en mémoire du baptême des néophytes, à l'époque où l'on cessa d'administrer ce sacrement aux fêtes de Pâques. Il parait même démontré que les
334 Le Mercredi de Pâques.
nouveaux baptisés recevaient de la main du Pape chacun un Agnus Dei, le Samedi de Pâques; d'où l'on doit conclure, ainsi que du fait d'une de ces empreintes de cire trouvée dans le tombeau de l'impératrice Marie, que l'administration solennelle du baptême et la bénédiction des Agnus Dei sont deux rites qui ont coexisté pendant un certain temps.
La cire qui s'emploie dans la confection des Agnus Dei est celle du cierge pascal de l'année précédente, à laquelle on en ajoute beaucoup d'autre; autrefois même on y mêlait le saint Chrême. Au moyen âge, le soin de pétrir cette cire et de lui donner les empreintes sacrées était dévolu aux sous-diacres et aux acolytes du palais; aujourd'hui, il appartient aux religieux de l'Ordre de Cîteaux, qui habitcnt'à Rome le monastère de Saint-Bernard.
La cérémonie a lieu dans le palais pontifical, dans une salle où l'on a préparé un grand bassin rempli d'eau bénite. Le Pape s'approche de ce bassin, et il récite d'abord cette prière :
SEIGNEUR Dieu, Père tout-piiiss<Tnt, créateur des éléments, conservateur du genre humain, auteur de la grâce et du saiut éternel, vous qui avez ordonné aux eaux qui sortaient du paradis d'arroser toute la terre ; vous dont le Fils unique a marché à pied sec sur les eaux et reçu le baptême dans leur sein ; lui qui a répandu l'eau mêlée au sang de son très sacré côté, et a commandé à ses disciples de baptiser toutes les nations : soyez-nous propice, et répandez votre bénédiction sur nous q.ii célébrons toutes ces merveilles; afin que soient bénis et sanctifiés par vous ces objets que nous allons plonger dans ces eaux, et que l'honneur et la vénération qu'on leur portera méritent à nous, vos
La Bénédiction des Agnus Dei. 335
serviteurs, la rémission des péchés, le pardon et la grâce, enfin la vie éternelle avec vos saints et vos élus.
Le Pontife, après ces paroles , répand le baume et le saint Chrême sur l'eau ciu bassin, demandant à Dieu de la consacrer pour l'usage auquel elle doit servir. Il se tourne ensuite vers les corbeilles dans lesquelles sont accumulées les empreintes de cire et prononce cette prière :
ODiEU, auteur de toute sanctification, et dont la bonté nous accompagne touiours ; vous qui, lorsque Abraham, le père de notre foi, se disposait à immoler son fils Isaac pour obéir à votre ordre, avez voulu qu'il consommât le sacrifice par l'offrande d'un bélier que le buisson avait retenu ; vous qui avez commandé par Moïse, votre serviteur, le sacrifice annuel des agneaux sans tache : daignez, à notre prière, bénir ces formes de cire qui portent l'empreinte du très innocent Agneau, et les sanctifier par l'invocation de votre saint Nom ; afin que, par leur contact et par leur vue, les fidèles soient invités à la prière, les orages et les tempêtes éloignés, et les esprits de malice mis en fuite par la vertu de la sainte Croix qui y est marquée, devant laquelle tout genou fléchit, et toute langue confesse que Jésus-Christ, ayant vaincu la mort par le gibet de la croix, est régnant dans la gloire de Dieu le Père. C'est lui qui, ayant été conduit à la mort comme la brebis à la boucherie, vous a offert, à vous son Père, le sacrifice de son corps, afin qu'il put ramener la brebis perdue qui avait été séduite par la fraude du diable, et la rapporter sur ses épaules pour la réunir au troupeau de la patrie céleste.
Dieu tout-puissant et éternel, instituteur des cérémonies et des sacrifices de la Loi, qui consentiez à apaiser votre colère qu'avait encourue l'homme prévaricateur, lorsqu'il vous offrait les hosties d'expiation ; vous qui avez agréé les sacrifices d'Abel, de Melchisédech, d'Abraham, de Moïse et d'Aaron ; sacrifices qui n'étaient que des figures, mais qui, par votre bénédiction, étaient
3Ji6 Le Mercredi de Pâques.
rendus saints et salutaires à ceux qui vous les offraient humblement : daignez faire que, de même que l'innocent Agneau, Jésus-Christ votre Fils, immolé par votre volonté sur l'autel de la croix, a délivré notre premier père de la puissance du démon ; ainsi ces agneaux sans tache que nous présentons à la bénédiction de votre majesté divine reçoivent une vertu bienfaisante. Daignez les bénir, les sanctifier, les consacrer, leur donner la vertu de protéger ceux qui les porteront dévotement sur eux contre la malice des démons, contre les tempêtes, la corruption de l'air, les maladies, les atteintes du feu et les embiiches des ennemis, et faire qu'ils soient efficaces pour protéger la mère et son fruit, dans les périls de l'enfantement; par Jésus-Christ votre Fils notre Seigneur.
Après ces prières, le Pape, étant ceint d'un linge, s'assied près du bassin. Ses officiers lui apportent les Agnus Dei ; il les plonge dans l'eau, figurant ainsi le baptême de nos néophytes. Des prélats les retirent ensuite de l'eau, et les déposent sur des tables couvertes de linges blancs. Alors le Pontife se lève, et prononce cette prière :
SPRIT divin, qui fécondez les eaux, et les avez fait servir à vos plus grands mystères ; vous qui leur enlevez leur amertume et les rendez douces, et qui, les sanctifiant par votre souffle, vous servez d'elles, pour effacer tous les péchés par l'invocation de la sainte Trinité : daignez bénir, sanctifier et consacrer ces agneaux qui ont été jetés dans l'eau sainte, et imbibés du baume et du saint Chrême ; qu'ils reçoivent de vous la vertu contre les efforts de la malice du diable ; que tous ceux qui les porteront sur eux demeurent en sûrei^i ; qu'ils n'aient à craindre aucun péril ; que la méchanceté des hommes ne leur soit point nuisible ; et daignez être leur force et leur consolation.
Seigneur Jésus-Christ, Fils du Dieu vivant, qui êtes l'Agneau innocent, prêtre et victime ; vous que les Prophètes ont appelé la Vigne et la Pierre angulaire ;
La Bénédiction des Agnus Dei. 33 j
vous qui nous avez rachetés dans votre sang, et qui avez marqué de ce sang nos cœurs et nos fronts, afin que l'ennemi passant près de nos maisons ne nous atteigne pas dans sa fureur : c'est vous qui êtes l'Agneau sans tache dont l'immolation est continuelle ; l'Agneau pascal devenu, sous les espèces du Sacrement, le remède et le salut de nos âmes ; qui nous conduisez à travers la mer du siècle présent à la résurrection et à la gloire de l'éternité. Daignez bénir, sanctifier et consacrer ces agneaux sans tache, qu'en votre honneur nous avons formés de cire vierge et imbibés de l'eau sainte, du baume et du Chrême sacrés, honorant en eux votre divine conception qui fut l'effet de la Vertu divine. Défendez ceux qui les porteront sur eux de la flamme, de la foudre, de la tempête, de toute adversité ; délivrez par eux les mères qui sont dans les douleurs de l'enfantement, comme vous avez assisté la vôtre lorsqu'elle vous mit au jour; et de même que vous avez sauvé Susanne de la fausse accusation, la bienheureuse vierge martyre Thècle du bûcher, et Pierre des liens de la captivité : ainsi daignez nous affranchir des périls de ce monde, et faites que nous méritions de vivre avec vous éternellement.
Y.Q.'&Agnun Dei sont ensuite recueillis avec respect, et réservés pour la distribution solennelle qui doit s'en faire le Samedi suivant. Il est aisé de voir le lien de cette cérémonie avec la Pâque : l'Agneau pascal y est sans cesse rappelé ; en même temps que Timmersion des agneaux de cire présente une allusion évidente avec l'administration du baptême, qui fut durant tant de siècles le grand intérêt de l'Eglise et des fidèles dans cette solennelle Octave. Les prières que nous avons données ci-dessus, en les abrégeant un peu, ne sont pas de la plus haute antiquité; mais le rite qui les accompagne montre suffisamment l'allusion au baptême, bien
338 Le Mercredi de Pâques.
qu'on ne l'y retrouve pas directement exprimée. Les faits prouvent, comme nous l'avons fait voir, cjue l'usage de bénir les Agnus Dei n'a pas été institue, ainsi que quelques auteurs l'ont prétendu, à l'époque où l'on cessa de baptiser solennellement à Pâques; il est antérieur de plusieurs siècles, et sert à confirmer, d'une manière touchante , l'importance que l'Eglise a attachée et attachera toujours au culte du mystère de l'Agneau en ces saints jours.
Les Agnus Dei, par leur signification, par la bénédiction du Souverain Pontife et la nature des rites employés dans leur consécration, sont un des objets les plus vénérés de la piété catholique. De Rome ils se répandent dans le monde entier; et bien souvent la foi de ceux qui les conservent avec respect a été récompensée par des prodiges. Sous le pontificat de saint Pic V, le Tibre se déborda d'une manière effrayante, et menaçait d'inonder plusieurs quartiers de la ville ; un Agnus Dei jeté sur les vagues les fit reculer aussitôt. Toute la ville demeura témoin de ce miracle, qui fut discuté plus tard dans le procès de la Béatification de ce grand Pape.
— oo—
Aujourd'hui furent tirés du néant le soleil, qui devait être le type radieux du Verbe incarné; la lune, symbole de Marie c|ui est belle comme elle, et de l'Eglise qui réfléchit la lumière du divin Soleil ; et les étoiles qui, par leur nombre et leur éclat, rappellent l'armée brillante et innombrable des élus. Glorifions le Fils de Dieu, auteur de tant de
Le Mercredi de Pâques.
33q
merveilles de la nature et de la grâce; et pleins de reconnaissance envers celui qui a daigné faire luire pour nous, au milieu de nos'ténèbres, tous ces admirables flambeaux, offrons-lui la prière que lui consacrait en ce jour l'Eglise gothique d'Espagne.
VOICI que nous célébrons, Seigneur, à la lueur des flambeaux, l'office du soir de ce quatrième jour, dans lequel, établissant au firmament du ciel ses flambeaux lumineux, vous avez daigné nous donner la figure des quatre Evangélistes, dont l'accord est une lumière pour nos cœurs, et qui s'encadrent si parfaitement dans la solidité de la loi ancienne. Ils s'unissent pour annoncer aux quatre parties du monde que vous avez souff'ert pour nous la mort, et que vous êtes ressuscité du tombeau. Daignez donc, nous vous en supplions, nous éclairer tellement par la grâce de votre résurrection, dans l'obscurité de cette vie, que, nous qui devons ressusciter aussi, nous méritions d'arriver à la couronne.
ECCE, Domine, vesperum quarti diei hujus officiosis luminaribus frequentamus, in quo luminaria in firmamento cœli constituens, quasi in solidamento legis infigens, quatuor videlicet Evangelistarum una te voce canentium corda illustrare dignatus es : quo te in quatuor mundi partes et mortem pro nobis gustasse, et a mortuis resurrexisse. unitis vocibus nuntiarent : te ergo petimus, teque rogamus, ut in hujus vitas obscuritate, ita resurrectionis tuae in nobis praefulgeat gratia. ut resurrecturi mereamur pertingere ad coronam.
Nous empruntons au Missel de la même Eglise cette belle allocution, dans laquelle sont célébrés les mystères de la pêche merveilleuse à laquelle assista Jésus ressuscité,
Le Mercredi de Pâques.
et dont nous avons eu le récit dans l'Evangile de ce jour.
PROCELLOSU M marc fluctuantis sceculi transeuntcs, ligniim cruels fiducialitcr ascendamus, et sccundis Sancti Spiritus flatibus vola lîdei committamus. Super littus namquc Christus assistens gloriosam sine macula Ecclesiam figuravit, quando magnis piscibus indisruptum rete complevit. Nec a parle dextera jussit deviare navigium, quod tune solorum bonorum portendebat indicium. Subsequamur igilur, sacramenti admirabilis veritatem diligentes ac tenentes principaliter unitatem. NuUus ad schismata nefanda prosiliat, vel dominica relia nec dum littori prœsenianlur
abrumpat. Ut connumerati inter mysticospisces, cibus esse Domini qui nos ex profundo est dignatus eruerc mcrcamur, et specialiler mcmbra ejus elTecli, sacriHciis salutaribus cxpiemur. plus profond des eaux; membres les plus chers, du salut.
AYANT à traverser les flots de la mer orageuse du siècle, montons avec confiance sur le bois de la croix ; et livrons les voiles de notre foi au souffle favorable de l'Esprit-Saint. Le Christ assiste sur le rivage; et il nous donne une vision de son Eglise pleine de gloire et sans tache, lorsque nous voyons celle-ci remplir de grands poissons ces filets qui ne rompent pas. 11 veut que le navire ne quille pas le côté droit; parce que, à ce moment, il voulait nous représenter les justes seuls sous cette figure. Suivons et aimons la vérité de cet admirable mystère, et tenons-nous attachés avec force au principe de l'unilé. Que nul ne se jette dans les schismes coupables, que nul n'ait le malheur de rompre les mailles des filets du Seigneur, en ce moment où on les tire sur le rivage. Méritons d'être comptés parmi ces mystiques poissons, destinés à devenir la nourriture du Seigneur, qui a daigné nous tirer du et puisque nous sommes ses purifions-nous par le sacrifice
De toutes les Séquences d'Adam de SaintLe Mercredi de Pâques.
Victor, celle qui suit est la plus remarquable par les allusions aux symboles de l'Ancien Testament qui se rapportent au triomphe du Christ sur la mort. Le chant qui lui sert d'expression est une première ébauche de celui qui accompagne avec tant de majesté la Prose du Saint-Sacrement, Laiida Sion.
CHASSONS le vieux levain, et célébrons d'un cœur sincère la nouvelle résurrection ;
C'est le jour de notre espérance, leiourdont la Loi tout entière célèbre la puissance.
C'est le jour gui dépouilla l'Egypte, et qui délivra les Hébreux des fers de- la captivité.
Foulés par leurs ennemis, ils ne connaissaient que le labeur de l'esclavage, l'argile, la brique et le chaume
Que maintenant notre voix fasse éclater librement la louange du divin exploit, qu'elle célèbre la victoire, qu'elle chante notre salut ;
Car voici le jour qu'a fait le Seigneur, jour qui met fin à nos douleurs, jour qui apporte la délivrance.
ZIMil tur
A vêtus expurgeUt sincère celebretur Nova resarrectio :
Haec est dies nostrae spei, Hujus mira vis diei Legis testimonio.
HcTc .Egyptum spoliavit. ' Et Hebrîeos liberavit De fornace ferrea :
His in arcto conscitutis Opus erat servitutis, Lutum, later, palea.
Jam divinaï laus virtutis, Jam triumphi, jam salutis Vox erumpat libéra.
Hœc est dies quam fecit Dominus, Dies nostri doloris terminus. Dies salutifera.
342 Le Mercredi de Pâques.
Lcx est umbra futurorum, Chrislus, finis promissoriim, Qui consiimmat omnia.
Christi sanguis igncam Hebetavit romphaeam, Amota custodia.
Puer nostri forma risus,
Pro quo vcrvex est occisus,
Vitœ signât gaudium.
Joseph cxit du cisterna : Christus redit ad supcrna, Post mortis supplicium.
Hic dracones Pharaonis Draco vorat, a draconis Immunis malitia.
Quos ignitus vulnerat, Hos scrpcntis libérât ^nci prœscntia.
Angucm forât in niaxilla Christi hamus et armilla; In cavernam reguli Manum mittit ablactatus ; Et sic fugit exturbatus Vêtus hostis sacculi.
La Loi fut l'ombre des choses à venir; le Christ qui vient tout accomplir est la fin des promesses.
Son sang a fait disparaître le gardien qui nous interdisait le passage; ce sang a émoussé le glaive de feu.
L'enfant Isaac, dont le nom signifie sourire, et en place duquel la brebis est immolée, figure d'avance le joyeux mystère qui rend la
Joseph sortant de la citerne où on l'avait précipité, c'est le Christ qui remonte du tombeau, après le supplice et la mort.
II est ce serpent qui dévore les serpents de Pharaon; la malice du dragon n'a sur lui aucun pouvoir.
Sous le type du serpent d'airain, il guérit les blessures du reptile enflammé.
L'hameçon qu'il présente au monstre a déchiré sa gueule avide; l'eniant a mis, sans offense, sa main dans le trou du serpent; et cet antique ennemi du monde est réduit à fuir confondu.
Le Mercredi de Pâques.
Les insulteurs d'Elisée, lorsqu'il montait à la maison de Dieu, ont ressenti le courroux de celui qu'ils appelaient le chauve ; David s'échappe des mains de son ennemi ; le bouc émissaire s'est élancé dans sa course et le passereau a pris son vol.
Samson immole mille ennemis avec un os aride ; il dédaigne de prendre une épouse dans sa nation; il force les portes de Gaza ; et, libre, il va les déposer sur la cime de la montagne.
Ainsi le fort Lion de Juda brise les portes de la cruelle mort et ressuscite le troisième jour. Il séveille à la voix de son père, et mente, chargé de dépouilles, à la patrie céleste.
Après trois jours de captivité dans ses flancs, le monstre marin vomit plein de vie le fugitif Jonas, figure du Jonas véritable
La grappe de Cypre refleurit; elle se dilate, elle mûrit; la synagogue voit se faner sa fleur, et l'Eglise épanouit sa corolle.
Irrisores Elisœi, Dum conscendit domum
Dei, Zelum calvi sentiunt ; David arreptitius, Hircus emissarius Et passer effugiunt.
In maxilla mille sternit.
Et de tribu sua spernit
Samson matrimonium ;
Samson Gazas seras pandit,
Et asportans portas scandit
Mentis supercilium.
Sic de Juda Léo fortis, Tractis portis dirœ mortis. Die surgit tertia ; Ragiente voce Patris, Ad supernse sinum matris Tôt revexit spolia.
Cetus Jonam fugitivum, 'Veri Jonae signativum, Post très dies reddit vivum De ventris angustia.
Botrus Cypri reflorescit, Dilatatur et excrescit ; Synagogœ flos marcescit, Et floret Ecclesia.
Le Mercredi de Pâques.
Mors et viia conflixerc, Resurrcxit Christus vere. Et cum Christo surrexerc Multi testes gloriic.
Mane novum, manc la?tiim Vespcitinum tergat flctum ; Quia vita vicit lethiim : l'empus est lœtitia;.
Jcsii Victor, Jesu vita, Jesu vitae via trita, Ciijus morte mors sopita, Ad paschalem nos invita Mensam cum fiducia.
Vive panis, vivax
unda, Veravitis et fœcunda, Tu nos pascc, lu nos
munda, Ut a morte nos secunda Tua salvet gratia. Amen.
La mort et la vie sont entrées en champ clos ; le Christ est sorti du tombeau, et avec lui de nombreux témoins de sa gloire.
Nouveau matin , matin joyeux, qui essuie les pleurs du soir. La vie a vaincu le trépas : c'est le temps de se réjouir.
Jésus vainqueur, Jésus notre vie, Jésus, voie désormais facile de l'immortalité : toi dont la mort a fait périr la mort, dans ta bonté, faisnous asseoir à la table pascale.
Pain de vie, eau vive, vigne véritable et féconde, nourrisnous, purifie-nous ; et par ta grâce, sauve-nous de la seconde mart. Amen.
C'est le jour que le Seigneur a fait : passons-le dans les transports de l'allégresse.
H^C dies quam fecit Dominas : exsiiltemus et ioîtcmur in ea.
-' '=;^PRÈs avoir glorilîé l'Agneau de
: M Dieu, et saiué le passage du
- -1 Seigneur à travers l'Egvpte où
J il vient d'exterminer nos enne'^. ;| mis; après avoir célébré les Fy^i.,T.7v- . .r.y^ merveilles de cette eau qui nous délivre et nous introduit dans la Terre de promission ; si maintenant nous reportons nos regards sur le divin Chef dont tous ces prodiges annonçaient et préparaient le triomphe, nous nous sentons éblouis de tant de gloire. Comme le prophète de Pathmos, nous nous prosternons aux pieds de cet Homme-Dieu, jusqu'à ce qu'il nous dise, à nous aussi : « Ne craignez point : je suis le premier et le dernier ; je suis vivant, et j'ai été mort ; je vis dans les siècles des siècles, et je tiens les clefs de la mort et du tombeau. y>
34à Le Jeudi de Pâques.
Il est maître, en effet, désormais de celle qui l'avait tenu captif; il tient les clefs du tombeau ; c'est-à-dire, selon le langage de l'Ecriture, il commande à la mort ;'"ene lui est soumise sans retour. Or le premier usage qu'il fait de sa victoire, c'est de l'étendre à la race humaine tout entière. Adorons cette infinie bonté; et lidèles au désir de la sainte Eglise, méditons aujourd'hui la Pâque dans ses rapports avec chacun de nous. Le Fils de Dieu dit à l'Apôtre bien-aimé : « Je suis vivant et j'ai été mort ; » par la vertu de la Pâque, le jour viendra où nous dirons aussi avec l'accent du triomphe : « Nous sommes vivants, et nous avons été morts. »
La mort nous attend ; elle est prête à nous saisir; nous ne fuirons pas sa faux meurtrière, « La miort est la solde du péché, » dit le livre sacré {Rom. vi, 23) ; avec cette explication, tout est compris : et la nécessité de la mort, et son universalité. La loi n'en est pas moins dure ; et nous ne pouvons nous empêcher de voir un effrayant désordre dans celte rupture violente du lien qui unissait ensemble, dans une vie commune, ce corps et cette âme que Dieu avait lui-même unis. Si nous voulons comprendre la mort telle t]u'cllc est, souvenons-nous que Dieu créa l'homme immortel ; nous nous rendrons raison alors de l'invincible horreur que la destruction inspire à l'homme, horreur qui ne peut être surmontée que par un sentiment supérieur â tout égoisine, par le sentiment du sacrifice. 11 y a'dans la mort de chaque homme un monument honteux du péché, un trophée pour l'ennemi du genre humain ; et
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pour Dieu même il y aurait humiliation, si sa justice n'y paraissait, et ne rétablissait airsi l'équilibre.
Quel sera donc le désir de l'homme, sous la dure nécessité qui l'opprime ? Aspirer à ne pas mourir? Ce serait folie. La sentence est formelle, et nul n'y échappera. Se flatter de l'espoir qu'un jour ce corps, qui devient d'abord un cadavre, et qui ensuite se dissout jusqu'à ne plus laisser la moindre trace visible de lui-même, pourrait revivre et se sentir uni de nouveau à l'âme, pour laquelle il avait été créé ? Mais qui opérera cette réunion impossible d'une substance immortelle a/ec une autre substance qui lui fut unie un jour, et qui depuis semble être retournée aux éléments desquels elle avait été empruntée ? O homme ! il en est pourtant ainsi. Tu ressusciteras ; ce corps oublié, dissous, anéanti en apparence, revivra et te sera rendu. Que dis-je ? aujourd'hui même il sort du tombeau, en la personne de l'Homme-Dieu ; notre résurrection future s'accomplit dès aujourd'hui dans la sienne ; il devient aujourd'hui aussi certain que nous ressusciterons qu'il est assuré que nous mourrons ; et c'est là encore la Pâque.
Dieu, dans son courroux salutaire, cacha d'abord à l'homme cette merveille de son pouvoir et de sa bonté. Sa parole fut dure à Adam : « Tu mangeras ton pain à la sueur de ton front, jusqu'à ce que tu retournes dans la terre de laquelle tu as été tiré ; car tu es poussière, et tu retourneras dans la poussière. )) (Gen. III, iQ.) Pas un mot, pas une allusion qui donne au coupable la plus légère
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espérance au sujet de cette portion de luimême vouée ainsi à la destruction, à la honte du sépulcre. Il fallait humilier l'ingrat orgueil qui avait voulu s'élever jusqu'à Dieu. Plus tard, le grand mystère fut manifesté, quoique avec mesure ; et il y a quatre mille ans, un homme dont le corps, dévoré d'affreux ulcères, tombait par lambeaux, pouvait dire déjà: « Je saisque j'ai un Rédempteur qui est vivant, et qu'au dernier jour je me lèverai de terre; que mes membres seront de nouveau recouverts de ma peau, et que je verrai Dieu dans ma chair. Cette espérance repose dans mon cœur. » (Job. xix, 23-27. j
Mais pour que l'attente de Job se réalisât, il fallait que ce Rédempteur, en qui il espérait, parût sur la terre, qu'il vînt attaquer la mort, lutter corps à corps avec elle, qu'il la terrassât enfin. Il est venu au temps marqué, non pour faire que nous ne mourions pas : l'arrêt est trop formel ; mais pour mourir lui-même, et ôter ainsi à la mort tout ce qu'elle avait de dur et d'humiliant. Semblable à ces médecins généreux que l'on a vus s'inoculer à eux-mêmes le virus de la contagion, il a commencé, selon l'énergique expression de saint Pierre, par « absorber la mort. » (l Petr. m, 22.) Mais la joie de cette ennemie de l'homme a été courte; car il est ressuscité pour ne plus mourir, et il a acquis en ce jour le même droit à nous tous.
De ce moment, nous avons dû considérer le tombeau sous un nouvel aspect. La terre nous recevra , mais pour nous rendre , comme elle rend l'épi, après avoir reçu le grain de blé. Les éléments, au jour marqué,
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seront contraints, par la puissance qui les tira du néant, de restituer ces atomes qu'ils n'avaient reçus qu'en dépôt; et au son de la trompette de l'Archange, le genre humain tout entier se lèvera de terre, et proclamera la dernière victoire sur la mort. Pour les justes ce sera la Pàque : mais une Pàque qui ne sera que la suite de celle d'aujourd'hui.
Avec quel inetîable bonheur nous retrouverons cet ancien compagnon de notre âme, cette partie essentielle de notre être humain, dont nous aurons été séparés si longtemps! Depuis des siècles , peut-être , nos âmes étaient ravies dans la vision de Dieu; mais notre nature d'hommes n'était pas représentée tout entière dans cette béatitude souveraine; notre félicité, qui doit être aussi la félicité du corps, n'avait pas son complément; et au sein de cette gloire, de ce bonheur, il restait encore une" trace non effacée du châtiment qui frappa la race humaine, dès les premières heures de son séjour sur la terre. Pour récompenser les justes par sa vue béatitique, le grand Dieu a daigné ne pas attendre le moment où leurs corps glorieux seront réunis aux âmes qui les animèrent et les sanctilièrent; mais le ciel tout entier aspire à cette dernière phase du sublime mystère de la Rédemption de l'homme. Notre Roi, notre Chef divin qui, du haut de son trône , prononce avec majesté ces paroles : « Je suis vivant, et j'ai été mort, » veut que nous les répétions à notre tour dans l'éternité. Marie qui, trois jours après son trépas, reprit sa chair immaculée, desir.c voir autour d'elle, dans leur chair purifiés
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par répreuve du tombeau, les innombrables fils qui l'appellent leur Mère.
Les saints Anges, dont les élus de la terre doivent renforcer les rangs, se réjouissent dans l'attentedu magnifique spectacle qu'offrira la cour céleste, lorsque les corps des hommes glorifiés, comme les fleurs du monde matériel, émailleront de leur éclat la région des esprits. Une de leurs joies est de contempler par avance le corps resplendissant du divin Médiateur qui, dans son humanité, est leur Chef aussi bien que le nôtre ; d'arrêter leurs regards éblouis sur l'incomparable beauté dont resplendissent les traits de Marie qui est aussi leur Reine. Quelle fête complète sera donc pour eux le moment où leurs frères de la terre, dont les âmes bienheureuses jouissent déjà avec eux de la félicité, se revêtiront du manteau de cette chair sanctifiée qui n'arrêtera plus les rayons de l'esprit, et mettra enfin les habitants du ciel en possession de toutes les grandeurs et de toutes les beautés de la création ! Au moment où, dans le sépulcre, Jésus, rejetant les linceuls qui le retenaient, se dressa ressuscité dans toute sa force et sa splendeur, les Anges qui l'assistaient furent saisis d'une muette admiration à la vue de ce corps qui leur était inférieur par sa nature, mais que les splendeurs de la gloire rendaient plus éclatant que ne le sont les plus radieux des Esprits célestes; avec quelles acclamations fraternelles n'accueilleront-ils pas les membres de ce Chef victorieux se revêtant de nouveau d'une livrée glorieuse à jamais, puisqu'elle est celle d'un Dieu !
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L'homme sensuel est indifférent à la gloire ' et à la félicité du corps dans l'éternité ; le dogme de la résurrection de la chair ne le touche pas. Il s'obstine à ne voir que le présent; et, dans cette préoccupation grossière, son corps n'est pour lui qu'un )ouet dont il faut se hâter de profiter; car il ne dure pas. Son amour pour cette pauvre chair est sans respect; voilà pourquoi il ne craint pas de la souiller, en attendant qu'elle aille aux vers, sans avoir reçu d'autre hommage qu'une préférence égoïste et ignoble. Avec cela, l'homme sensuel reproche à l'Eglise d'être l'ennemie du corps; à l'Eglise qiTi ne cesse d'en proclamer la dignité et les hautes destinées. C'est trop d'audace et d'injustice. Le christianisme nous avertit des dangers que l'âme court de la part du corps ; il nous révèle la dangereuse maladie que la chair a contractée dans la souillure originelle, les moyens que nous devons employer pour « faire servir à la justice nos membres qui pourraient se prêter à l'iniquité » (Rom. iv, 19); mais, loin de chercher à nous déprendre de l'amour de notre corps, il nous le montre destiné à une gloire et à une félicité sans tin. Sur notre "lit funèbre, l'Eglise l'honore par le Sacrement de l'Huile sainte, dont elle marque tous ses sens pour l'immortalité; elle préside aux adieux que l'âme adresse à ce compagnon de ses combats, jusqu'à la future et éternelle réunion; elle brûle respectueusement l'encens autour de cette dépouille mortelle devenue sacrée depuis le jour où l'eau du baptême coula sur elle; et à ceux qui survivent elle adresse
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avec une douce autorité ces paroles ; « Ne soyez pas tristes comme ceux qui n'ont point d'espérance. » {IThess. iv, 12.) Or quelle est notre espérance, sinon celle qui consolait Job : Dans ma propre chair, je verrai Dieu? C'est ainsi que notre sainte foi nous révèle l'avenir de notre corps, et favorise, en l'élevant, l'amour d'instinct que l'âme porte à cette portion essentielle de notre être. Elle enchaîne indissolublement le dogme de la Pàque à celui de la résurrection de notre chair; et l'Apôtre ne fait pas difficulté de nous dire que « si le Christ n'était pas ressuscité, notre foi serait vaine; de même que si la résurrection de la chair n'avait pas lieu, celle de Jésus-Christ aurait été superflue » (1 Cor. xv); tant est étroite la liaison de ces deux vérités qui n'en font, pour ainsi dire, qu'une seule. Aussi devons-nous voir un triste signe de l'atfaiblissement du véritable sentiment de la foi, dans l'espèce d'oubli où semble tombé, chez un grand nombre de fidèles, le dogme capital de la résurrection de la chair, lîs le croient, assurément, puisque le Symbole le leur impose ;„ ils n'ont pas même à ce sujet l'ombre d'un doute; mais l'espérance de Job est rarement l'objet de leurs pensées et de leurs aspirations. Ce qui leur importe pour eux-mêmes et pour les autres, c'est le sort de l'âme après cette vie; et certes ils ont grandement raison; mais le philosophe aussi prêche l'immortalité de l'âiMC et les récompenses pour le juste dans un monde meilleur. Laissez-le donc répéter la leçon qu'il a apprise de vous, et montrez que vous êtes chrétiens; confessez hardiLe Jeudi de Pâques. 353
ment la Résurrection de la chair, comme fît Paul dans l'Aréopage. On vous dira peutêtre, ainsi qu'il lui fut dit : « Nous vous entendrons une autre fois sur ce sujet » {Act. XVII, 32) ; mais que vous importe ? vous aurez rendu hommage à celui qui a vaincu la mort, non seulement en lui-même, mais en vous ; et vous n'êtes en ce monde que pour rendre témoignage à la vérité révélée, et par vos paroles et par vos œuvres.
Lorsque l'on parcourt les peintures murales des Catacombes de Rome, on est frappé d'y rencontrer partout les symboles de la résurrection des corps; c'est, "avec le Bon Pasteur, le sujet qui se retrouve le plus souvent sur ces fresques de l'Eglise primitive; tant ce dogme fondamental du christianisme occupait profondément les esprits, à l'époque où l'on ne pouvait se présenter au baptême sans avoir rompu violemment avec le sensualisme. Le martyre était le sort au moins probable de tous les néophytes; et quand l'heure de confesser leur foi était arrivée, pendant que leurs membres étaient broyés ou disloqués dans les tortures, on les entendait, ainsi que leurs Actes en font foi à chaque page, proclamer le dogme de la résurrection de la chair comme l'espérance qui soutenait leur courage. Plusieurs d'entre nous ont besoin de s'instVuire à cet exemple, afin que leur christianisme soit complet, et s'éloigne toujours davantage de cette philosophie qui prétend se passer de Jésus-Christ, tout en dérobant çà et là quelques lambeaux de ses divins enseignements.
L'âme est plus que le corps ; mais dans
3^4 I-c Jeudi de Pâques.
l'homme le corps n'est ni un étranger, ni une superl'ctation passagère. C'est à nous de le conserver avec un souverain respect pour ses hautes destinées; et si, dans son état présent, nous devons le châtier, alin qu'il ne se perde pas et l'âme avec lui, ce n'est pas dédain , c'est amour. Les martyrs et les saints pénitents ont aimé leur corps plus que ne l'aiment les voluptueux ; en l'imniolant, ahn de le préserver du mal, ils l'ont sauvé; en le flattant, les autres l'exposent au plus triste sort. Que l'on y prenne garde ; l'alliance du sensualisme avec le naturalisme est facile à conclure. Le sensualisme suppose la destinée de l'homme autre qu'elle n'est, afin de pouvoir le dépraver sans remords; le naturalisme craint les vues de la foi ; mais c'est par la foi seule que l'homme peut pénétrer son avenir et sa lin. Que le chrétien se tienne donc pour averti ; et si, en ces jours, son cœur ne tressaille pas d'amour et d'espérance à la vue de ce que le P'ils de Dieu a fait pour nos corps, en ressuscitant glorieux, qu'il sache que la foi est faible en lui ; et s'il ne veut pas périr, qu'il s'attache désormais avec une entière docilité à la parole de Dieu, qui seule lui révélera ce qu'il est dès à présent, et ce qu'il est appelé à devenir.
A Rome, la Station est dans la Basilique des Douze-Apotres. On convoquait les néophytes aujourd'hui dans ce sanctuaire dédié aux Témoins de la résurrection, et où reposent deux d'entre eux, saint Philippe et saint .Tacques. La Messe est remplie d'allusions au rôle sublime de ces courageux hérauts du
A la M^.sse:
divin ressuscité, qui ont fait entendre jusqu'aux extrémités de la terre leur voix dont les échos retentissent, sans s'aftaiblir, à travers tous les siècles.
Le cantique d'entrée est tiré du livre de la Sagesse, et célèbre l'éloquence divine des Apôtres, muets d'abord par la crainte et timides comme des enfants La Sagesse éternelle en a fait d'autres hommes, et toute la terre a connu par eux la victoire de l'Homme-Dicu.
1 Seigneur, votre main victorieuse , alléluia ; car la
Sagesse a ouvert la bouche des muets, et a rendu éloquente la langue des petits enfants. Alléluia, alléluia.
Ps. Chantez au Seigneur un cantique nouveau ; car il a opéré des merveilles. Gloire au Père. Ils ont loué.
VicTRiCEM manu m tuam, Domine, laudaverunt pariter, alléluia : quia Sapientia aperuit os mutum , et linguas infantium fecit disertas. Alléluia, alléluia
Ps. Cantate Domino canticLim novum : quia mirabiiia fecit. Gloria Patri. Victricem.
La Collecte nous montre toutes les nations, réunies en une seule par la prédication apostolique. Les néophytes ont été admis dans cette unité par leur baptême; la sainte Eglise demande à Dieu de les y maintenir par sa grâce.
ODiEU, qui avez réuni les nations diverses dans la confession de votre Nom ;
DEUS, qui diversitatem gentium in confc^- sione tui Nominis aduLe Jeudi de Pâques.
nasti : da ut, renatis fonte baptisniatis, una sit fidcs mentium, et pietas actionum. Pcr Dominum nostrum Jcsum Christum. Amen.
faites que ceux qui sont renés dans la fontaine du baptême n'aient qu'une même foi dans leurs esprits, et qu'une même piété dans leurs œuvres. Par Jesus-Christ notre Seigneur.
On ajoute ensuite l'une des deux Collectes ci-dessus, à la Messe du Mercredi, page 323.
Lectio Actuum Aposlolorum. Cap. viii.
INdiebusillis : Angélus Domini locutus est ad P h i 1 i p p u m, d i c en s : Siirgc et vade contra meridianum ad viam, qua; descendit ab Jérusalem in Gazam : hœc est déserta. Et surgens abiit. Et ecce vir ^lîthiops, eunuchus potens Candacis regina; ^thiopum , qui erat super omnes gazas ejus, vencrat adorare in Jérusalem : et revertebatur sedens super currum suum , Icgensque Isaiam prophetam. Dixii a item Spiritus Phiiippo: Accède, et adjunge te ad currum istum. Accurrcns autem Philippus, audivit eum legentcm Isaiam prophetam, et dixit : Putasne intelligis quœ Icgis ? Qui ait : Et quomvjdo possum, si non aliquis ostcndcrit mihi ?
Lecture du livre des Actes des Apôtres. Chap. VUI.
bN ces jours-là, l'Ange du Seigneur parla à Philippe, et lui dit: Lève-toi, et va sur le chemin désert qui descend de Jérusalem à Gaza, vers le midi. Et se levant, Philippe y alla. Et voici qu'un eunuque éthiopien, puissant à la cour de Candace, reine d'Ethiopie , et surintendant de tous ses trésors, était venu à Jérusalem pour adorer; et il s'en retournait assis sur son char, et lisant le prophète Isaïe. Alors l'Esprit dit à Philippe : Avance et joins ce char. Philippe courut , et ayant entendu que l'eunuque lisait le prophète Isaïe, il lui dit : Pensez-vous entendre ce que vous lisez ? L'eunuque répondit : Et comment le pourraisje , si personne ne me l'explique ? Et il pria Philippe de monter et de s'asseoir auprès de lui. Or le passage de l'E-
A la Messe.
criture qu'il lisait était celuici : Il a été mené à la mort comme une brebis, et il e>t demeuré dans le silence, sans ouvrir la bouche, semblable à l'agneau devant celui qui le tond. Il a été abaissé, mais le jugement porté contre lui a été anéanti. Qui racontera sa génération, à lui dont la vie a été retranchée de la terre? L'eunuque dit à Philippe : Dites-moi de qui le Prophète dit ceci : est-ce de lui ou d'un au re ? Alors Philippe ouvrant la bouche et commençant par ce texte de l'Ecriture, lui annonça Jésus. Et comme ils marchaient par le chemin , ils rencontrèrent un lieu où il y avait de l'eau. Et l'eunuque dit : Voici de l'eau ; q-ii empêche de me baptiser ? Philippe dit : Si vous croyez de tout votre cœur, cela se
Îeut. Et l'eunuque répondit : e crois que Jésus-Christ est le Fils de Dieu. Et il fit arrêter le char, et ils descendirent tous deux dans l'eau , et Philippe baptisa l'eunuque. Comme ils remontaient de l'eau, l'Esprit du Seigneur enleva Philippe, et l'eunuque ne le vit plus : mais il. continua sa route , tout rempli de joie. Or, Philippe se trouva dans Azot. d'où étant sorti, il annonça le nom du Seigneur JésusChrist à toutes les villes qu'il
Rogavitque Philippum ut ascenderet, et sederet secum. Locus autem Scripturas quam legebat, erat hic : Tamquam ovis ad occisionem ductus est : et sicut agnus coram tondente se, sine voce, sic non aperuit os suum. In humilitate judicium ejus sublatum est. Generationem ejus quis enarrabit, quoniam tolletur de terra vita ejus ? Respondens autem eunuchus Philippo, dixit : Obsecro te. de quo Propheta dicit hoc ? de se, an de aiio aliquo ? Aperiens autem Philippus os suum , et incipiens a Scriptura ista, evangelizavit illi Jesum. Et dum irent per viam, venerunt ad quamdam aquam : et ait eunuchus : Ecce aqua, quid prohibet me baptizari ? Dixit autem Philippus : Si credis ex toto corde, licet. Et respondens ait : Credo Filium Dei esse Jesum Christum. Et jussit stare currum : et descenderunt uterque inaquam, Philippus et eunuchus, et baptizavit eum. Cum autem ascendissent de aqua. Spiritus Dcm'ni rapuit Philippum. et amplius non vidit eum eunuchus. Ibat autem per viam
Le Jeudi de Pâques.
traversa, jusqu'à ce qu'il arrivât à Ccsaréc.
suam gaudens. Philippus auteni inventus est m Azoto, et pertransiens cvangelizabat civitatibus cunclis , donec veniret Cœsaream, nomen Domini Jesu Christi.
Ce passage des Actes des Apôtres était destiné à rappeler aux néophj/tes la sublimité de la grâce qu'ils avaient reçue dans le baptême, et la condition à laquelle ils avaient été régénérés. Dieu avait placé sur leur chemin l'occasion du salut, comme il envoya Philippe sur la route que devait parcourir l'eunuque. Il leur avait inspiré le désir de connaître la vérité, comme il mit dans le cœur de cet officier de la reine d'Ethiopie l'heureuse curiosité qui le conduisit à entendre parler de Jésus-Christ. Mais tout n'était pas consommé encore. Ce païen aurait pu n'écouter qu'avec défiance et sécheresse d'âme les explications de l'envoyé de Dieu, et fermer la porte â cette grâce qui le cherchait ; loin de là, il ouvrait son cœur, et la foi le remplissait. De même ont fait nos néophytes; ils ont été dociles, et la parole de Dieu les a éclairés; d'une lumière ils sont montés à une autre, jusqu'à ce que l'h^glise ait reconnu en eux de véritables disciples de la foi. Alors sont venus les jours de la Pâque, et cette mère des âmes s'est dit à elle-même : « Voici de l'eau, îcau qui purifie, l'eau qui est sortie du côté de l'Epoux ouvert par la lance sur la croix; qui empêche de les baptiser? » Et quand ils ont eu confessé que Jésus-Christ est le Fils de Dieu, ils ont
A la Messe.
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été plongés, comme notre Ethiopien, dans la fontaine du salut; maintenant, à son exemple, ils vont continuer à marcher dans le chemin de la vie, tout remplis de joie ; car ils sont ressuscites avec le Christ, qui a daigné associer les joies de leur nouvelle naissance à celles de son propre triomphe.
"est le jour que le Seigneur a fait; passons-le dans les transports de Fallégresse.
f. La pierre qu'avaient rejetée ceux qui bâtissaient, est devenue la tête même de l'angle ; c'est le Seigneur qui l'a fait, et nos yeux le voient avec admiration.
Alléluia, alléluia.
j^. Le Christ, qui a créé toutes choses, est ressuscité, et il a eu compassion du genre humain.
On chante ensuite la Séquence Victimœ paschali, ci-dessus, page 2t9.
],J JEC dies quam fecit i » Dominus : exsultemus et laetemur in ea.
f. Lapidcm quem reprobaverunt œdificantes, hic factus est in caput iinguli . a Domino factura est ibtud, et est mirabile in oculis nostris.
Alléluia, alléluia.
f. Surrexit Christus, qui creavit omnia : et misertus est humano geLa suite du saint Evangile selon saint Jean. Chap. xx.
EN ce temps-là, Marie se tenait dehors près du sépulcre, et elle pleurait. Et en pleurant, elle se pencha et regarda dans le sépulcre. Elle vit deux Anges vêtus de blanc, assis au lieu où Ion avait posé le corps de Jésus,
Sequentia sancti Evangelii secundum Johannem. Cap. xx.
IN illo tempore : Maria stabat ad monumentum foris, plorans. Dura ergo rieret, inclinavit se, et prospexit in monumentum : et vidit duos Angelos in albis sedentes, unum ad caput, et
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Le Jeudi de Pâques.
unum ad pedes, ubi positiim fucrat corpus Jesu. Dicunt ei illi : Mulier. quid ploras ? Dicit eis : Quia tulerunt Dominum meum : et nescio ubi posucrunt eum. Hœc cum dixisset , conversa est rctrorsuni, el vidit Jesuin stantcm : et non sciebat quia Jésus est, Dicit ei •lesus; Mulier, quid ploras .'' quem qureris ? lUa cxistimans quia hortulanus esset, dicit ei : Domine, si tusustulisti eum, dicilo mihi ubi posuisti eum : et ego eum tollam. Dicit ei Jésus : Maria. Conversa illa, dicit ei : Rabboni (quod dicitur maçister). Dicit ei Jésus : Noli me tangcre, nondum enim ascendi ad Patrem meum. Vadc autem ad fratres meos, et die eis : Ascendo ad Patrem meum et Patrem vestrum , Deum meum et Deum vestrum. Venit Maria Magdalenc annuntians discipulis vidi Dominum, dixit mihi.
: quia et hœc
l'un à la tête et l'autre aux pieds. Ils lui dirent : Femme, pourquoi pleures-tu ? Elle leur dit : Parce qu'ils ont enlevé mon Seigneur, et je ne sais où ils l'ont mis. Ayant dit cela, elle se retourna , et elle vit Jésus debout, et elle ne savait pas que c'était Jésus. Jésus lui dit : Femme , pourquoi pleures-tu ? qui cnerchestu ? Elle, pensant que c'était le jardinier , lui dit : Seigneur , si c'est vous qui l'avez enlevé, dites-moi où vous l'avez mis, et je l'emporterai. Jésus lui dit : Marie 1 elle, se retournant, lui dit : Rabboni 1 c'est-a-dire, mon maître. Jésus lui dit : Ne me touche pas ; car je ne suis pas encore monté vers mon Père ; mais va trouver mes frères, et dis-leur ceci: Je monte vers mon Père et votre Père, vers mon Dieu et votre Dieu. Marie-Madeleine alla dire aux disciples: J'ai vu le Seigneur, et il m'a dit cela.
Nous sommes dans la Basilique des Apôtres; et la sainte Eglise, au lieu de nous faire entendre aujourd'hui quelqu'un des récits du saint Evangile où sont rapportées les diverses apparitions du Sauveur ressuscite à ses Apôtres, nous lit celui dans lequel est relatée
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la faveur que Jésus lit à Madeleine. Pourquoi cet oubli apparent du caractère et de la mission qui furent conférés à ces ambassadeurs de la nouvelle loi? La raison en est aisée à saisir. En honorant aujourd'hui dans ce Sanctuaire la mémoire de celle que JésusChrist choisit pour être TApôtre de ses Apôtres, l'Eglise achève d'exprimer dans toute leur adorable vérité les circonstances du jour de la Résurrection. C'est par Madeleine et ses compagnes qu'a commencé l'Apostolat du plus grand des mystères du Rédempteur ; elles ont donc un droit véritable à recevoir aujourd'hui l'honneur dans cette Basilique dédiée aux saints Apôtres.
Comme il est tout-puissant, Dieu aime à se manifester dans ce qu'il va de plus faible; de même que, dans sa bonté, il se fait gloire de reconnaître l'amour dont il est l'objet : voilà pourquoi le Rédempteur prodigua d'abord toutes les preuves de sa résurrection et tous les trésors de sa tendresse à Madeleine et à ses compagnes. Elles étaient plus faibles encore que les "bergers de Bethléhem : elles eurent donc la préférence ; les Apôtres euxmêmes étaient plus faibles que la moindre des puissances du monde qu'ils devaient soumettre : voilà pourquoi ils furent initiés à leur tour. Mais Madeleine et ses compagnes avaient aimé leur Maître jusqu'à la croix et jusqu'au tombeau, tandis que les Apôtres l'avaient abandonné : c'était donc aux premières, et non aux seconds, que Jésus devait les premières faveurs de sa bonté.
Sublime spectacle de l'Eglise, à ce moment où elle s'élève sur la foi de la Résur-»
302 Le Jeudi de Pâques.
rection oui est sa base! Après Marie, la Mère de Dieu, en qui la lumière ne vacilla jamais, et à qui était duc, comme Mère et comme toute parfaite, la première manifestation, qui voyons nous illuminées de cette foi par laquelle vit et respire l'Eglise? Madeleine et ses compagnes. Pendant plu- i sieurs heures, Jésus se complaît à la vue de son œuvre, si faible à l'œil humain, mais en réalité si grande. Encore un peu de temps, et ce petit' troupeau d'âmes choisies va s'as- ; similer les Apôtres eux-mêmes; que dis-je? i le monde entier viendra à elles. Par toute la ! terre, en ces jours, l'Eglise chante ces paroles: « Qu'avcz-vous vu au tombeau, Marie? ;' dites-le-nous. » Et Marie-Madeleine répond ' à la sainte Eglise: « J'ai vu le tombeau du Christ qui était vivant ; j'ai vu la gloire du Christ ressuscité. »
Et ne nous étonnons pas que des femmes aient seules formé autour du Fils de Dieu ce premier groupe de croyants, cette Eglise ,; véritablement primitive qui resplendit' des j premiers rayons de la résurrection; car c'est t ici la continuation de l'œuvre divine sur le plan irrévocable et sublime dont nous avons déjà reconnu le début. Par la prévarication de la femme, l'œuvre de Dieu fut renversée i au commencement; c'est dans la femme j qu'elle sera d'abord relevée. Au jour de l'An- | nonciation, nous nous sommes inclinés | devant la nouvelle Eve qui réparait par son s obéissance la désobéissance de la première; | mais dans la crainte que Satan ne s'y trom- \ pât, et ne voulût voir en Marie que l'exaltation de la personne, et non la réhabilitation
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du sexe, Dieu veut qu'aujourd'hui les faits ' mêmes déclarent sa suprême volonté. « La \ femme, nous dit saint Ambroise, avait goûté I la première le breuvage de la mort; cessera î donc elle qui, la première, contemplera la | résurrection. En prêchant ce mystère, elle ! compensera sa faute i; et c'est avec raison 1 qu'elle est envoyée pour annoncer aux \ hommes la nouvelle du salut, pour mani- [ tester la grâce qui vient du Seigneur, celle j qui autrefois avait annonce le péché à l'homme 2. » Les autres Pères relèvent avec non moins d'éloquence ce plan divin qui donne à la femme la primauté dans la distribution des dons de la grâce, et ils nous y font reconnaître non seulement un acte du ; pouvoir du maître souverain, mais en même \ temps la légitime récompense de l'amour que Jésus trouva dans le cœur de ces hum- ' blés créatures, et qu'il n'avait pas rencontré dans celui de ses Apôtres, auxquels, durant trois ans, il avait prodigué les plus tendres soins, et de la part desquels il était en droit d'attendre un plus mâle courage.
Au milieu de ses heureuses compagnes, : Madeleine s'élève comme une reine dont les autres forment la cour. Elle est la bien- ; aimée de Jésus, celle qui aime le plus, celle dont le cœur a été le plus brisé par la douloureuse Passion, celle qui insiste avec plus de force pour revoir et embaumer de ses larmes et de ses parfums le corps de son cher maître. Quel délire dans ses paroles,
364 ^e Jeudi de Pâques.
tant qu'elle le cherche ! quel élan de tendresse, quand elle le reconnaît vivant et toujours rempli d'amour pour Madeleine ! Jésus cependant se dérobe aux démonstrations d'une joie trop terrestre : « Ne me touche pas, lui dit-il ; car je ne suis pas monté encore vers mon Père ».
Jésus n'est plus dans les conditions de la vie mortelle; en lui l'humanité demeurera éternellement unie à la divinité ; mais sa résurrection avertit Tàme fidèle que les relations qu'elle aura désormais avec lui ne sont plus les mêmes. Dans la première période, on l'approchait comme on approche un homme; sa divinité paraissait à peine; maintenant c'est le Fils de Dieu, dont l'éclat éternel se révèle, et dont les rayons jaillissent à travers même son humanité. C'est donc le cœur qui doit le chercher désormais plus que l'œil, l'affection respectueuse plus que la tendresse sensible. Il s'est laissé toucher à Madeleine, lorsqu'elle était faible et que lui-même était encore mortel; il faut maintenant qu'elle aspire à ce souverain bien spirituel qtii est la vie de l'âme, Jésus au sein du Père. Madeleine, dans le premier état, a fait assez pour servir de modèle à l'âme qui commence à chercher Jésus ; mais qui ne voit que son amour a besoin d'une transformation ? A force d'être ardent, il la rend aveugle ; elle s'obstine à « chercher parmi les "morts celui qui est vivant ». Le moment est venu où elle doit s'élever à une voie supérieure, et chercher enfin par l'esprit celui qui est esprit.
c( Je ne suis pas monté encore vers mon
A la Messe. 365
Père », dit le Sauveur à cette heureuse femme ; comme s'il lui disait : « Retiens pour le moment ces caresses trop sensibles qui t'arrêteraient à mon humanité. Laisse-moi d'abord monter dans ma gloire ; un jour tu y seras admise près de moi ; alors il te sera cionné de me prodiguer toutes les marques de ton amour, parce qu'alors il ne sera plus possible que mon humanité te dérobe la vue de ma nature divine. » Madeleine a compris la leçon de son maître tant aimé ; un renouvellement s'opère en elle; et bientôt, sur les rochers arides de la Sainte-Baume , seule avec ses souvenirs qui s'étendent depuis la première parole de Jésus qui fondit son cœur et l'enleva aux amours terrestres, jusqu'à la faveur dont il l'honore aujourd'hui en la préférant aux Apôtres, elle s'élancera chaque jour vers son souverain bien, jusqu'à ce que, épurée par l'attente, devenue l'émule des Anges qui la visitent et consolent son exil, elle monte enlin pour toujours vers Jésus, et saisisse dans un embrassement éternel ces pieds sacrés où elle retrouve la trace ineffaçable de ses premiers baisers.
L'Offertoire rappelle le lait et le miel de la Terre promise, au sein de laquelle la prédication des saints Apôtres a introduit nos néophytes. Mais l'autel sur lequel se prépare le festin du Seigneur leur réserve une nourriture plus douce encore.
tr jour de votre solennité, j J N die solemnitatis vesle Seigneur a dit : Je 1 tras, dicit Dominus, vous introduirai dans une J inducara vos in terram
Le Jeudi de Piques.
fluentem lac et mel. Alléluia.
terre où coulent le lait et miel. Aliehra.
La sainte Eglise recommande à Dieu, dans la Secrète, l'offrande de ses nouveaux enfants; ce pain transformé par les paroles divines deviendra pour eux l'aliment fortifiant qui conduit le voyageur jusqu'au port de l'éternité.
SUSCIPE, qiKTsumus Domine, munera populorum tuoriim propitius . ut confessione tui Nominis, et Baptismale renovati , sempitcrnam beatitudinem conscquantur. Per Dominum nosliiim Jcsum Chrislum. Amen.
DAIGNEZ, SciLïnciir, agréer favorablement les offrandes de vos peuples ; afin qu'ayant reçu une nouvelle vie par la confession de votre Nom et par le Baptême, ils obtiennent l'éternelle félicité. Par Jésus-Christ notre Seigneur. Amen.
On ajoute une des deux Secrètes ci-dessus, page "331.
Dans l'Antienne de la Communion, la voix du Collège apostolique se fait entendre par l'organe de Pierre. Il félicite avec une effusion paternelle ce peuple nouveau-né des faveurs dont il a été l'objet de la part du souverain auteur de la lumière, qui a daigné rendre les ténèbres fécondes.
fj OPULUS acquisitionis, annuntiate virtutes ejus, alléluia : qui vos de tencbris vocavit in admirabile lumen suum. AlJeluia.
I^euplf: qu'il a conquis , publiez ses grandeurs, alléluia ; c'est lui qui vous a appelés du sein de vos ténèbres à son admirable lumière. Alléluia.
Le Jeudi de Paquet.
Les effets de la divine Eucharistie sont exprimés avec effusion dans la Postcommunion. Ce mystère sacré confère tout bien à l'homme; il le soutient dans le voyage de cette vie, et il le met d'avance en possession. de sa fin éternelle.
SEIGNEUR, exaucez nos prières, et faites que cette communion sacrée au mystère de notre rédemption nous confère* le secours pour la vie présente, et nous assure les joies de l'éternité. Par Jésus-Christ notre Seigneur. Amen.
EXAUDi. Domine, preces nostras : ut redemptionis nostrae sacrosancta commercia , et viras nobis conférant prasentis auxilium, et gaudia sempiterna concilient. Per Dominum nostrum Jesum Christum. Amen.
On ajoute une des deux Postcommunion; ci-dessus, page 332.
L'œuvre du Fils de Dieu se développe de plus en plus ; les êtres vivants paraissent aujourd'hui sur notre terre ; les eaux et les airs se peuplent d'habitants. Dans les eaux, c'est déjà le mouvem-ent de la vie ; dans les airs, c'est le mouvement, la vie, avec un chant vif et mélodieux, qui vient rompre entin le solennel silence de la terre, où l'on n'avait encore entendu que le bruissement des arbres, lorsque le souffle des vents agitait leur feuillage. Les deux mondes, naturel et surnaturel, se pénètrent encore ici. Les eaux donneront naissance, par le saint Baptême, à d'autres poissons ; et de la terre s'élance:^f)S
Le Jeudi de Pâques.
ront vers le ciel, sur les ailes de la contempla- ;
îion, d'autres oiseaux, lorsque le Seigneur '• créateur aura visité, sous la forme humaine,
ce monde dont sa main puissante élabore suc- ;
cessivement et sans effort les diverses et mys- i
térieuscs parties. Aidons-nous de cette belle j
prière du Bréviaire Mozarabe pour rendre nos it
actions de grâces au Verbe divin, en ce cin- ^ quième jour de la création.
DEUS qui, m operatione quinti diei reptiHa animariim vivarum, homines scilicet rcnovatos per sacramentiim Baptismatis, condidisti : et volatilia cœli, animas vidclicct sanctoriim ad superna volantes, manifesta virtutum luce, formasti ; prœbe animabiis nostris invictum de tua resurrectione solatium : ut per te renova li resurgamus ad gloriam, per quem regenerati sumus ad vitam.
/'^ Dieu qui, clans l'œuvre ^ ' du cinquième jour, avez créé les poissons des eaux vives, qui signifient les hommes renouvelés par le sacrement du Baptême ; . et qui avez formé les oiseaux du ciel, qui représentent les âmes des saints, dont le vol tend vers les régions supérieures par l'éclatante lumière des vertus : accordez à nos âmes l'invincible consolation qu'apporte votre Résurrection ; afin que, .par vous renouvelés, nous ressuscitions pour la gloire , ayant été par vous régénérés à la vie.
A la louange de la glorieuse Marie-Madeleine, dont la sainte Eglise exalte aujourd'hui les mérites, nous plaçons ici deux des nombreuses Séquences que le moyen âge lui avait consacrées, et qui se chantaient autrefois dans l'Octave de Pâques. Pleines d'une
Le Jeudi de Pâques.
3b q
touchante naïveté, elles respirent l'amour le' plus tendre envers cette bien-aimée du Christ, dont le nom est lié pour jamais au récit de la Résurrection, et dont le crédit est si grand sur le cœur de celui qui daigna la choisir la première pour attester aux Apôtres et à tous les siècles la victoire de la vie sur la mort.
D'Agneau devenu Lion, le Christ victorieux se lève avec gloire , armé de son trophée.
Par sa mort il a vaincu la mort : par son trépas il a ouvert les portes.
C'est cet Agneau qui fut suspendu à la croix, et qui racheta le troupeau tout entier.
Nul alors ne lui compatissait ; mais une douleur ardente consumait le cœur de Madeleine.
Dites-nous , Marie . q ic vîtes-vous en contemplant la croix du Christ ?
J'ai vu Jésus que l'on dépouillait, et les mains de^ pécheurs qui relevaient en croix.
Dites-nous , Marie , que
SURGIT Christus cura trophïeo, Jam ex Agno factus Léo Solemni victoria.
Mortemvicit sua inorReseravit seram portje Suas morlis gratia.
Hic est Agnus qui pendebat , Et in cruce redimebat Totum gregera ovium.
Cui cum nullus condolebat, Magdalenam consumebat Doloris incendium.
Die. Maria quid-vidifi Contemplando crucem Christi ?
\'idi Jesum spoiiari, Et in cruce sublevari }-'cccatorum manibus.
Die, Maria, quid vidisti
3-jo
Le Jeudi de Pâques.
Contemplando cruccm Christi ?
Spinis caput coronritum, \'^ultum sputis maculaUim, Et plénum livoribus.
Die. Maria, qiiid vidisti Contemplando cruccm Christi ?
Clavos man.is pcrforare, Hastam latus vulncrarc, ViVi fontis exitum.
Die, Maria, quid vidisti Contemplando cruccm Christi ?
Quod se Patri commendavit, Et quod caput inclinavit Et emisit spiritum.
Die, Maria, quid fecisti, Postquam Jesum amisisMatrem flentcm sociavi, Cum qua domum remcavi, Et in terram me prostravi, Et utrumque deploravi.
Die, Maria, quid fecisti, Postquam Jesum amisisti ?
vîtes -vous en contemplant la ! croix du Christ ?
.l'ai vu sa tête couronnée d'épines, son visage souillé de crachats, et tout livide de meurtrissures.
Dites-nous , Marie , que vîtes-vous en contemplant la croix du Christ ?
J'ai vu des clous percer ses mains, une lance blesser son côté, et une source vive qui en découlait.
Dites-nous, Marie, que vîtes-vous en contemplant la croix du Christ ?
Je l'ai vu se recommander à son Père ; puis il inclina sa tête et rendit l'esprit.
Dites-nous , Marie , que fites-vous, après avoir perdu Jésus ?
J'accompagnai la Mère en pleurs •, avec elle je revins à la maison. Là, je me prosternai contre terre, et je pleurai sur le fils et sur la mère.
Dites-nous , Marie , que fîtes-vous, après avoir perdu Jésus ?
Le Jeudi de Pâques.
Ensuite je préparai des parfums ; j'allai visiter le sépulcre, et mes sanglots redoublèrent.
Dites-nous , Marie , que fîtes-vous, après avoir perdu Jésus ?
Un Ange m'adressa ces paroles : « Ne pleure pas, ô Marie ! le Christ est déjà ressuscité ! »
Dites-nous , Marie , que fîtes-vous, après avoir perdu Jésus ?
Enfin par moi-même je reconnus les signes évidents de la résurrection du Fils du Tout-Puissant.
Dites-nous, Marie, qu'avez-vous vu. quand vous allâtes au tombeau ?
J'ai vu le tombeau du Christ qui était vivant ; j'ai vu la gloire du Christ ressuscité.
Les Anges étaient témoins, avec le suaire et les linceuls.
11 est ressuscité, le Christ mon espérance ; il précédera les siens en Galilée,
Post unguenta comparavi, Et scpulcrum visitavi. Planctus meos duplicavi.
Die, Maria, quid fecisti, Postquam Jesum amisisti ?
Angélus hœc dixit
clare : O Maria, noli flere ; Jam surrexit Christus
ve re .
Dîc, Maria, quid fecisti, Postquam Jesum amisisti ?
Certe multis argumcntis. Vidi signa resurgentis Filii omnipotentis.
Die nobis. Maria, Quid vidisti in via ?
Sepulcrum Christi vivent! s Et gloriam vidi resurgentis.
Angelicos testes, Sudarium et vestes.
Surrexit Christus spes mea, Praecedet suos in Galilaam.
Le Jeudi de Pdquea.
Credendiim est magis soli Mariae vcraci, Quam Judoeoruni turba; fallaci.
Scimus Christiini surrexisse A mortuis verc ; Tu nobis , victor rex ,
miserere. Amen.
Croyons plutôt à Marie seule et véridique, qu'à la tourbe perfide des Juifs.
Nous aussi, nous savons que le Christ est vraiment ressuscité des morts ; mais vous, ô Roi vainqueur, prenez pitié de nous.
Amen.
M ANE prima Sabbati
Surgens Dei Filius, Nostra spcs et gloria.
Victo rcge sccleris, Rediit ab inferis, Cum summa victoria.
Resurgentis itaquc Maria Magdalena Facta est pra;nuntia.
Ferens Christi fratribus, Ejus morte tristibus, Expectata gaudin.
O beati oculi, Quibus rcgem s.-ccuii, Morte jam deposita, Primum est intaita 1
Haec est illa femina, Cujus cuncta crimina Ad Christi vestigia Ejus lavit gratia.
A u matin du Dimanche, le ^ Fils de Dieu, notre espérance et notre gloire, s'est levé du tombeau.
Vainqueur du roi du péché, il est remonté des enfers avec les honneurs du triomphe ;
Et Marie-Madeleine a été la messagère de sa résurrection glorieuse.
Elle est allée porter aux frères du Christ, si désolés de sa cruelle mort, la nouvelle joyeuse et désirée.
Heureux les yeux qui, les premiers, contemplèrent le maître du monde affranchi de la mort !
C'est cette femme dont tous les péchés furent lavés aux pieds du Christ, par sa erâce.
Le Jeudi de Pâques.
Elle pleurait , son âme priait ; ses actions annonçaient ce que son cœur aimait, Jésus par-dessus tout.
Celui qu'elle adorait, elle le reconnaissait déjà ; ce qu'elle implorait, déjà elle l'avait obtenu : le pardon des fautes qui effrayaient sa conscience.
O Marie, douce mère, ton nom veut dire Etoile de la mer ; tes œuvres ont mérité un tel nom.
Tu partages l'honnear d; ce nom avec la Mère du Christ ; mais tes honneurs s'etFacent devant les siens.
L'une est l'impératrice du monde ; l'autre, l'heureuse pécheresse : toutes deux furent le principe de la joie dans l'Eglise.
La première e?t la Porte par laquelle le salut est venu ; la seconde a rempli le monde d'allégresse en proclamant la Résurrection.
O Marie-Madeleine, écoute nos vœux et nos louanges ; présente au Christ notre assemblée ; daigne nous obtenir sa faveur.
Il est la source de toute
QujE dum ploraï eî
mens orat, Facto clamât quod cor
amrt, Jesum super omnia.
Non ignorât quem
adorât, Quod precatur jam deletur, Quod mens timet conscia.
O Maria , mater pia, Stella Maris appellaris. Operum per mérita.
Matri Christi coœ- quata. Dum fuisti sic vocata, Sed honore subdita.
Illa mundi imperatrix, Ista beata peccatrix : LatiticE primordia Fuderunt in Ecclesia
nia enim fuit porta. Per quam falus est exorta : Hœc resurgentis nuntia Mundum replet laetitia.
O Maria Magdalena, Audi vota laude plena, Apud Christum chorum
istum Clementer concilia.
Ut fons summas pietatis
Le Jeudi de Pâques.
Qui te lavit a pcccatis, Serves suos atque tuos Mundet data venia.
Amen dicant omnia.
bonté, lui qui t'a lavée de tes fautes ; prie-le de nous purifier aussi, et de nous donner pardon, à nous ses serviteurs et tes clients.
A cette prière, que toute créature dise Amen.
'est le jour que le Seigneur a fait : passonâle dans les transports de
L y a huit jours, nous entourions la croix sur laquelle « l'homme des douleurs » (Isai. lui, 3) expirait abandonné de son Père, et repoussé comme un faux Messie par le jugement solennel de la Synagogue; et voici que le soleil se lève aujourdfiui pour la sixième fois, depuis que le cri de l'Ange, proclamant la Résurrection de l'adorable victime, s'est fait entendre. L'Epouse qui naguère, le front dans la Eoussière, tremblait devant cette justice d'un lieu qui se montre ennemi du péché, jusqu'à « ne pas épargner même son propre Fils » (Rom. VIII, 32;, parce que ce Fils divin en portait la ressemblance, a relevé tout à coup la tête pour contempler le triomphe subit et éclatant de son Epoux qui la convie luimême à la joie. Mais s'il est un jour dans
3-f) Le Vendredi de Pâques.
cette Octave où elle doive exalter le triomphe d'un tel vainqueur, c'est assurément le Vendredi, où elle avait vu expirer, « rassasié d'opprobres » {Thren. m, 3o), celui-là même dont la victoire retentit présentement dans le monde entier.
Arrêtons-nous donc aujourd'hui à considérer la Résurrection de notre Sauveur comme l'apogée de sa gloire personnelle, comme l'argument princ^ipal sur lequel repose notre foi en sa divinité. « Si le Christ n'est pas ressuscité, nous dit l'Apôtre, notre foi est vaine » (I Cor. xv, 17); mais parce qu'il est ressuscité, notre foi est assurée. Jésus nous devait donc d'élever sur ce point notre certitude au plus haut degré; voyez s'il a manqué de le faire ; voyez si, au contraire, il n'a pas porté en nous la conviction de cette vérité capitale jusqu'à la pltis souveraine évidence de fait. Pour cela deux choses étaient nécessaires : que sa mort fût la plus réelle, la mieux constatée , et que le témoignage qui atteste sa Résurrection fût le plus irréfragable à notre raison. Le Fils de Dieu n'a manqué à aucune de ces conditions ; il les a remplies avec un divin scrupule : aussi le souvenir du triomphe qu'il a remporté sur la mort ne saurait-il s'elTacer de la pensée des hommes; et de là vient que nous éprouvons encore aujourd'hui, après dix-neuf siècles, quelque chose de ce frisson de terreur et d'admiration que ressentirent les témoins qui eurent à constater ce passage subit de la mort à la vie.
Certes, il était bien réellement devenu la proie de la mort, celui que, vers la dixième
Le Vendredi de Pâques. S-j-j
heure du jour, Joseph d'Arimathie et Nicodème descendaient de la croix, et dont ils déposaient les membres roidis et sanglants entre les bras de la plus désolée des mères. L'atfreuse agonie de la veille, lorsqu'il luttait avec les répugnances de son humanité, à la vue du calice qu'il était appelé à épuiser; le brisement qu'avait éprouvé son cœur par suite de la trahison de l'un des siens et de l'abandon des autres; les outrages et les violences dont il fut assailli durant de longues heures; l'effroyable flagellation que Pilate lui ht subir, dans le but d'apitoyer un peuple altéré de meurtre; la croix, avec ses clous ouvrant quatre sources d'où le sang s'échappait à grands flots; les angoisses du cœur de l'agonisant, à la vue de sa mère éplorée à ses pieds; une soif ardente qui consumait rapidement les dernières ressources de la vie; enfin le coup de lance traversant la poitrine, et allant atteindre le cœur et faire sortir de son enveloppe les dernières gouttes de sang et d'eau : tels furent les titres de la mort pour revendiquer une si noble victime. C'est afin de vous glorifier, 6 Chri'st, que nous les rappelons aujourd'hui : pardonnez à ceux pour lesquels vous avez daigné mourir, de n'oublier aucune des circonstances d'une mort si chère. Ne sont-elles pas aujourd'hui les plus solides assises du monument de votre résurrection .''
Il avait donc véritablement conquis la mort, ce vainqueur d'une nouvelle espèce qui s'était montré à la terre. Un fait surtout restait acquis à son histoire : c'est que sa carrière, passée tout entière dans une obscure
3-j8 Le Vendredi de Pâques.
contrée, s'était terminée par un trépas violent, au milieu des acclamations de ses indignes concitoyens. Pilale adressa à Tibère les actes du jugement et du supplice du prétendu Roi des Juifs; et dès ce moment l'injure fut toute prête pour les sectateurs de Jésus. Les philosophes, les beaux esprits, les esclaves de la chair et du monde, se les montreront du doigt, en disant : « Voilà ces gens étranges qui adorent un Dieu mort sur une croix». Mais si pourtant ce Dieu mort s'est ressuscité, que devient sa mort, sinon la base inébranlable sur laquelle s'appuie l'évidence de sa divinité ? Il était mort et il s'est ressuscité; il avait annoncé qu'il mourrait et qu'il ressusciterait; quel autre qu'un Dieu peut tenir entre ses mains « les clefs de la mort et du tombeau » ? {Apoc. i, 17.)
Or il est ainsi. Jésus mort est sorti vivant du tombeau. Comment le savonsnous ? — Par le témoignage de ses Apôtres, qui l'ont vu vivant après sa mort, auxquels il s'est donné à toucher, avec lesquels il a conversé durant quarante jours. Mais ces Apôtres, devons-nous les en croire ? — Et qui pourrait douter du témoignage le plus sincère que le monde entendit jamais ? Car quel intérêt auraient ces hommes à publier la gloire du maître auquel ils s'étaient donnés, et qui leur avait promis qu'après sa mort il ressusciterait, s'ils savaient qu'après avoir péri dans un supplice ignominieux pour eux aussi bien que pour lui, il n'a pas rempli sa promesse ? Que les princes des Juifs, pour décrier le témoignage de ces hommes, soudoient les gardes du tombeau, afin de leur
Le Vendredi de Pâques.
faire dire (que, pendant qu'ils dormaient, ces i pauvres disciples que la frayeur avait dis- ; perses, sont venus durant la nuit enlever le corps ; on est en droit de leur répondre par [ cet éloquent sarcasme de saint Augustin : « Ainsi donc les témoins que vous produisez sont des témoins qui dormaient ! Mais n'estce pas vous-mêmes qui dormez, quand vous \ vous épuisez à chercher une telle défaite i ? » \ Mais où les Apôtres auraient-ils pris le motif ' de prêcher une résurrection qu'ils auraient su n'être pas arrivée ? « A leurs yeux , remarque saint Jean Chrysostome , leur maître ne doit plus être qu'un faux prophète et un imposteur; et ils iront défendre sa mémoire contre une nation tout entière ! Ils se dévoueront à tous les mauvais traitements pour un homme qui les aurait trompés ! Serait-ce dans l'espérance des promesses qu'il leur avait faites ? Mais s'ils savent qu'il n'a pas rempli sa promesse de ressusciter, quel fond peuvent-ils faire sur les autres- ? » Non, il faut nier la nature humaine, ou reconnaître que le témoignage des Apôtres est un témoignage sincère.
Ajoutons maintenant que ce témoignage fut le plus indépendant de tous : car if ne procurait d'autres avantages aux témoins que les supplices et la mort; qu'il révélait dans ceux qui l'émettaient une assistance divine : } car il faisait voir en eux, si timides la veille, ! une fermeté que rien ne fit jamais faiblir, et \ dans des hommes du peuple une assurance ;
1. Enarrat. in Psalm. LXin.
2, In Matth. Homil. Lxxxix.
38n Le Vendredi de PdqiœF.
humainement inexplicable, et qui les accompagna jusqu'au sem des capitales les plus civilisées, où ils tirent de nombreuses conquêtes. Disons encore que les prodiges les plus frappants venaient conhrjner leur témoignage, et réunir autour d'eux dans la foi de la Résurrection de leur maître des multitudes de toute langue et de toute nation; qu'enfin, lorsqu'ils ^disparurent de la terre, après avoir scellé de leur sang le grand fait dont ils étaient dépositaires', ils avaient répandu dans toutes les régions du monde, et bien au delà des frontières de l'Empire romain, la semence de leur doctrine, qui germa promptement et produisit une moisson dont la terre entière se vit bientôt couverte. Tout ceci n'engendre-t-il pas la plus ferme de toutes les certitudes sur le fait étonnant dont ces hommes étaient porteurs ? Les récuser, ne serait-ce pas récuser en même temps les lois de la raison ? O Christ! votre résurrection est certaine comme votre mort; la vérité a pu seule faire parler vos Apôtres; seule elle peut expliquer le succès de leur prédication.
Mais le témoignage des Apôtres a cessé ; et un autre ténioignage non moins imposant, celui de l'Eglise, est venu continuer le premier, et il proclame avec non moins d'autorité que Jésus n'est plus parmi les morts. L'Eglise attestant la résurrection de Jésus, c'est la voix de toutes ces centaines de millions d'hommes qui, chaque année depuis dix-huit siècles, ont fêté la Pâque. En face de ces milliards de témoignages de foi, y at-il place pour le daute ? Qui ne se sent écrasé
Le Vendredi de Pâques. 38 1
sous le poids de cette acclamation qui n'a pas fait défaut une seule année, depuis que la parole des Apôtres est venue l'ouvrir ? Et dans cette acclamation, il est juste de distin§uer la voix de tant de milliers d'hommes octes et profonds qui ont aimé à sonder toute vérité, et n'ont donné leur adhésion à la foi qu'après avoir tout pesé dans leur raison; de tant de millions d'autres qui n'ont accepté le joug d'une croyance si peu favorable aux pa'ssions humaines, que parce qu'ils ont vu clairement que nulle sécurité après cette vie n'était possible en dehors des devoirs qu'elle impose; entin, de tant de millions d'autres qui ont soutenu et protégé la société humaine par leurs vertus, et qui ont été la gloire de notre race, uniquement parce qu'ils "ont fait profession de croire au Dieu mort et ressuscité pour les hommes.
Ainsi s'enchaîne d'une façon sublime l'incessant témoignage de l'Eglise, c'est-à-dire de la portion la plus éclairée et la plus morale de l'humanité, à celui des premiers témoins que le Christ daigna se choisir luimêmie : en sorte que ces deux témoignages n'en font qu'un seul. Les Apôtres attestèrent ce qu'ils avaient vu; nous, nous attestons, et nous attesterons jusqu'à la dernière génération, ce que les Apôtres ont prèclié. Les Apôtres s'assurèrent par eux-mêmes au fait qu'ils avaient à annoncer ; nous nous assurons de la véracité de leur parole. Après expérience, ils crurent ; et après expérience, nous aussi nous croyons. Ils ont été assez heureux pour voir, dès ce monde, le Verbe de vie, pour l'entendre, pour le toucher de leurs
382 Le Vendredi de Pâques.
mains (I Jqhan. i) ; nous, nous voyons et nous entendons l'Eglise qu'ils avaient établie en tous lieux, mais qui ne faisait encore que sortir du berceau, lorsqu'ils furent enlevés de la terre. L'Eglise est le complément du Christ, qui l'avait annoncée aux Apôtres comme devant couvrir le monde, bien que sortie du faible grain de sénevé. Sur ce sujet, saint Augustin, dans un de ses Sermons sur la Pâque", dit ces admirables paroles : « Nous ne voyons pas encore le Christ; mais nous voyons l'Eglise; croyons donc au Christ. Les Apôtres, ail contraire, virent le Christ; mais ils ne voyaient l'Eglise que par la foi. L'une des deux choses leur était montrée, et l'autre était l'objet de leur croyance; il en est de même pour nous. Croyons au Christ que nous ne voyons pas encore ; et en nous tenant attachés à l'Eglise aue nous voyons, nous arriverons à celui dont la vue ne nous est que diftérée •. »
Ayant donc, ô Christ, par une si magnifique attestation, la certitude de votre Résurrection glorieuse, comme nous avons celle de votre rnort sur l'arbre de la croix, nous confessons que vous êtes le grand Dieu, l'auteur et le souverain Seigneur de toutes choses. Votre mort vous a abaissé, et votre résurrection vous a élevé; et c'est vous-même qui avez été l'auteur de votre abaissement et de votre élévation. Vous aviez dit devant vos ennemis : « Personne ne m'ôte la vie ; c'est moi-même qui la dépose ; j'ai le pouvoir de la quitter, et j'ai aussi celui de la reprendre »
A la Messe. 383
(JoHAN. X, i8); un Dieu pouvait seul réaliser cette parole : vous l'avez accomplie dans toute son étendue ; en confessant votre Résurrection, nous confessons donc votre Divinité : rendez digne de vous Thumbie et heureux hommage de notre foi.
La Station, à Rome, est dans l'Eglise de Sainte-Marie ad Martyres. Cette Eglise est l'ancien Panthéon d'Agrippa, dédié autrefois à tous les faux dieux, "et concédé par Tempereur Phocas au pape saint Boniface IV, qui le consacra à la Mère de Dieu et à tous les Martyrs. Nous ignorons en quel sanctuaire de Rome avait lieu auparavant la Station d'aujourd'hui. Quand elle fut tixée à cette Eglise, au vii^ siècle, les néophytes, réunis pour la seconde fois de cette Octave dans un temple dédié à Marie, devaient sentir combien l'Eglise avait à cœur de nourrir dans leurs ànies la confiance tiliale en celle qui était devenue leur Mère, et qui est chargée de conduire elle-même à son Fils tous ceux qu'il appelle par sa grâce à devenir ses frères.
L'Introït, tiré des Psaumes, rappelle aux néophytes le passage de la mer Rouge, et la puissance de ses eaux pour la délivrance d'Israël. Ces grands souvenirs continuent d'attirer l'attention de l'Eglise durant toute l'Octave de la Pâque.
Le Vendredi de Pâques.
EDUXIT eos Dominus in spe, alléluia : et inimicos eorum operuit mare. Alléluia, alléluia, alléluia.
Ps. Attendite, popule meus, lepem meani : inclinate aurem vestram in verba oiis mei. Gloria Patri. Eduxit.
LE Seigneur les a fait sortir pleins d'espérance, alléluia ; et la mer a submergé leurs ennemis. .Alléluia, alléluia, alléluia.
Ps. Mon peuple, écoute ma loi : incline ton oreille aux paroles de ma bouche. Gloire au Pcre. Le Seigneur.
La Pâque est la reconciliation de l'homme avec Dieu ; car le Père ne peut rien refuser à un vainqueur tel que son Fils ressuscité. L'Eglise demande, dans la Collecte, que nous demeurions toujours dignes d'une si belle alliance, en conservant tidèlement en nous le cachet de la régénération pascale.
OMNIPOTENS scmpiterne Deus, qui paschalc Sacramentum in rcjonciliationis humanœ fœdere contulisti : da mcntibus nostris , ut quod professionc celebramus, imitemur effeetu. Per Dominum nostrum Jesum Christum. Amen.
DIEU tout-puissant et éternel, qui par le mystère de la Pàque avez formé un pacte de reconciliation avec l'humanité ; accordez-nous de reproduire dans nos actions les vérités que nous Îrofessons en celte fête. Par ésus-Christ notre Seigneur. Amen.
On ajoute ensuite l'une des deux Collectes ci-dessus, à la Messe du Mercredi, page 323.
A la Messe.
Lecture de l'Epître de saint Pierre , Apôtre. I Chap.
MES bien-aimés, le Christ est mort une fois pour nos péchés, le juste pour les iniustes. afin qu'il pût nous ofiFrir à Dieu, étant mort en sa chair, mais ayant été ressuscité par l'Esprit. C'est par cet Esprit qu'il alla prêcher aux âmes qui étaient retenues en prison , et qui autrefois avaient été incrédules, lorsque aux jours de Noé ils s'attendaient à la patience de Dieu, pendant la fabrication de l'Arche, dans laquelle si peu de personnes, savoir huit seulement, furent sauvées au milieu des eaux. C'était la figure du baptême auquel vous devez d'être maintenant sauvés ; lequel ne consiste pas dans la purification des souillures du corps , mais dans la réponse que vous faites quand on vous demande si vous voulez garder en D et ce salut vous est donné par Christ notre Seigneur, qui est
Lectio Epistolœ beati Pétri Apostoli. I Cap.
CHARissiMl , Christus semel pro peccatis nostris mortuus est, justus pro injustis, ut nos offerret Deo, mortificatus quidem carne, vivificatus autem Spiritu. In quo et his. qui incarcère erant, spiritibus veniens prasdicavit : qui increduli fuerant aliquando, quando exspectabant Dei patientiam in diebus S^oe, cum fabricaretur arca : in qua pauci, id est octo animae salvae factae sunt per aquam. Quod et vos nunc similis formae salvos facit baptisma : non carnis depositio sordium, sed conscienticB bonas interrogatio in Deum, per resurrectionera .Jesu Christi Domini nostri, qui est in dextera Dei. eu une conscience pure ; la résurrection de Jésusà la droite de Dieu.
C'est encore TApôtre saint Pierre que nous entendons aujourd'liui dans l'Epître ; et ses enseignements sont d'une haute importance pour "nos néophytes. L'Apôtre leur rappelle d'abord la visite que fit naguère Tàme du
386 Le Vendredi de Fàques.
Rédempteur à ceux qui étaient captifs dans j les régions inférieures de la terre, et parmi j lesquels elle rencontra plusieurs de ceux qui j autrjfois avaient été victimes des eaux du j déluge, et qui avaient trouve leur salut sous | ces vaLues vengeresses; parce que ces hommes, î incréaules d'abord aux menaces de Nôé, mais bientôt abattus pur l'imminence du fléau, regrettèrent leur faute, et en implorèrent sincèrement le pardon. De là, l'Apotre élève la pensée des auditeurs vers les heureux habitants de l'Arche, qui représentent nos néophytes, auxquels nous avons vu traverser l'eau, non pour périr sous cet élément, mais pour devenir, ainsi que les rils de Noé, les pères d'une nouvelle génération d'enfants de Dieu. Le Baptême n'est donc pas, a;outc l'Apôtre, un bain vulgaire ; il est la purification des âmes, à la condition que ces âmes auront été sincères dans l'engagement solennel qu'elles ont pris, sur les Bords de la fontaine sacrée, d'être tidèlcs au Christ qui les sauve, et de renoncer à Satan et à tout ce qui est de lui. L'Apotre termine en nous montrant le mystère de la Résurrection de Jésus-Christ comme la source de la grâce du Baptême, dont l'Eglise a, pour cette raison, attaché l'administration solennelle à la célébration même de la Pâque.
l-I jF.r. dics qunm fec l)i-min is : exsult( mus et lœicmur in en.
'^. Benedictiis qui vcnit in nomine Domini :
C^ 'est le joir que le Seigneur a faii : passun— le dans les transports de l'allcgrcsse.
f. Héni soit celui qui vient au nom du Seigneur 1 Le
A la Messe.
Seigneur Dieu a répandu sur no-is sa lumière.
Alléluia, alléluia.
i^. Dites parmi les nations : Le Seigneur règne par le bois.
Deus Dominus, et illuxit nobis.
Àlle'.uia, alléluia.
f. Dicite in gentibus : quia Dominus regnavit a ligno.
On chante ensuite la Séquence de la Messe du jour de Pâques, F/c^/mf^Fdt^c/zcj//, page 219.
La suite du saint Evangile selon saint Matthieu. Chap. xxvnu
EN ce temps-là. les onze disciples s'en allèrent en Galilée, sur la montagne où Jésus leur avait commandé de se trouver. Et le voyant ils l'adorèrent ; mais quelques-uns éprouvèrent du doute. Et Jésus s'approchant. leur parla et leur dit : Toute puissan>;e m'a été donnée au ciel et sur la terre ; allez donc et instruisez toutes les nations , les baptisant au nom du Père, et du Fils, et du Saint-Esprit ; leur enseignant à garder tout ce que je vous ai commandé. Et voici que je suis avec vous tous le-^ jours jusqu'à la consommation du m.;nJe.
Sequentia sancti Evangelii secundum Matthn?um. Cap. xxviii,
IN illo tempore : Undecimdiscipuli abierunt in Galilaeam. in montem, ubi constituerat illis Jésus. Et videntes eum adoraverunt ; quidam autem dabitaverunt. Et accedens Jésus locutus est eis. dicens : Data est mihi omnis potestas in cœlo, et in terra. Euntes ergo docete omnes gentes, baptizantes eos in nomine Patris, et Filii. et Spiritus Sancti : docen^es eos servare omnia qasccumque mandavi vobis : et ecce ego vobiscum sum omnibus diebus, usque ad consummationem saeculi.
Dans ce passage de l'Evangile, saint Matthieu, celui des Evangélistes qui a raconté le plus brièvement la Résurrection du Sauveur, résume en quelques mots les relations de Jésus ressuscité avec ses disciples en Galilée.
388 Le Vendredi de Pâques.
Ce fut là qu'il daigna se faire voir non seulement aux Apôtres, mais encore à beaucoup d'autres personnes. L'Evangéliste ne manque pas de remarquer qu'il y en eut plusieurs qui d'avance étaient disposés à croire, et quelques-uns qui passèrent d'abord par le doute. Il nous montre ensuite le Sauveur donnant à ses Apôtres la mission d'aller prêcher sa doctrine dans le monde entier; et comme il ne doit plus mourir, il s'engage à demeurer avec eux jusqu'à la fin des temps. Mais les Apôtres ne vivront pas jusqu'au dernier jour du monde : comment donc s'accomplira la promesse ? C'est que les Apôtres, ainsi que nous l'avons dit tout à l'heure, se continuent dans l'Eglise; le témoignage des Apôtres et celui de l'Eglise s'enchaînent l'un a l'autre d'une manière indissoluble; et Jésus-Christ veille à ce que ce témoignage unique soit aussi fidèle qu'il est incessant. Nous avons aujourd'hui même sous les yeux un monument de sa force invincible. Pierre, Paul, Jean, ont prêché dans Rome la Résurrection de leur maître, et ils y ont jeté les fondements du christianisme ; et cinq siècles après, l'Eglise, qui n'a cessé de continuer leurs conquêtes, recevait en hommage des mains d'un empereur le temple vide et dépouillé de tous les faux dieux, et le successeur de Pierre le dédiait à Marie, Mère de Dieu, et à toute cette légion de témoins de la Résurrection que l'on appelle les Martyrs. L'enceinte de ce vaste temple réunit en ce jour l'assemblée des fidèles. A la vue de ce superbe édifice qui a vu le feu des sacrifices païens s'éteindre faute d'aliment, et qui, après trois siècles d'abanA la Messe.
38c,
don, comme pour expier son passé impie, maintenant purifié par l'Eglise, reçoit dans ses murs le peuple chrétien, comment nos néophytes ne diraient-ils pas : « 11 est vraiment ressuscité, le Christ qui, après être mort sur une croix, triomphe ainsi des Césars et des dieux de l'Olympe ? » j L'Offertoire estformé des paroles de l'Exode, dans lesquelles le Seigneur fait à son peuple le commandement de célébrer, chaque année, le jour anniversaire de son Passage. S'il en est ainsi pour un événement qui n'avait qu'une portée terrestre et figurative, avec quelle fidélité et cruelle allégresse les chrétiens doivent-ils célébrer l'an'niversaire de cet autre Passage du Seigneur, dont les conséquences embrassent l'éternité tout entière, et dont l'heureuse réalité a mis au néant toutes les figures !
CE jour vous demeurera en mémoire, alléluia; et vous en ferez une fête solennelle au Seigneur dans toutes vos générations, un jour de précepte à jamais. Alléluia, alléluia , alléluia.
ERIT vobis ha?c dies memorialis, alléluia: et diem festum celebrabitis solemnem Domino in progenies vestras : legitimum sempiternum diem. AUeluia, alléluia, alléluia.
La sainte Eglise, dans la Secrète, off"re à Dieu le Sacrifice qui s'apprête, en faveur de ses nouveaux enfants ; elle demande qu'il serve au rachat de leurs péchés. Mais leurs péchés n'existent plus ? Il est vrai qu'ils ont été lavés dans la fontaine du salut : mais la
Le Vendredi de Pâques.
science divine prévoyait cette offrande d'aujourd'hui, et c'est en vue d'elle que la miséricorde a été octroyée, avant même que la condition eût été remplie dans le temps.
HOSTIAS , quassiimus Domine , placatus assume : quas et pro rcnatoruin expiatione peccati deferimus, et pro acceleratione cœlestis auxilii. Per Dominum nostrum Jesum Christum. Amen.
GRÉEZ, s'il VOUS plnît, Seigneur , les hosties que nous vous offrons pour l'expiation des péchés de nos nouveau-nés, et pour hâter l'envoi du secours céleste. Par Jésus-Christ noire Seigneur. Amen.
On ajoute une des Secrètes ci-dessus, page 33 1.
L'Antienne de la Communion proclame en triomphe le commandement du Sauveur à ses Apôtres et à son Eglise, d'enseigner toutes les nations, et de baptiser tous les peuples ; c'est là le titre de leur mission ; mais l'usage que les Apôtres en ont fait et aue l'Eglise continue d'en faire, depuis dix-nuit siècles, montre assez riue celui qui a parlé ainsi est vivant et qu'il ne mourra plus.
pYATA est mihi omnis *-^ potestas in cœlo et in terra, alléluia : euntes docete omnes gentes, baptizantes eos in noniine Patris, et Filii, et Spiritus Sancti. Alléluia, alléluia.
'j oiiTE puissance m'a été ' donnée au ciel et sur la terre, alléluia; allez et enseignez toutes les nations, les baptisant au nom du Pèic, et du Fils, et du SaintEsprit. Alléluia, allekiia.
L'Eglise, après avoir nourri ses enfants du
Le Vendredi de Pâques.
3g I
pain de l'éternité, continue dans la Postcommunion à demander pour eux la rémission de ces fautes que l'homme conmiet dans le temps, et qui le perdraient pour toujours, si les mérites de la mort et de la Résurrection du Seigneur n'étaient pas sans cesse présents aux yeux de la divine justice.
DAIGNEZ, Seigneur, jeter un regard sur votre peuple; et puisque, dans votre bonté, vous venez de le renouveler par le Mystère éternel, veuillez aussi lui faire rémission des offenses qu'il a commises dans le temps. Par Jésus-Christ notre Seigneur. Amen.
On ajoute une des deux Postcommunions ci-dessus, page 332.
HESPICE, quœsumus - Domine , populum tuum : et quem ssternis dignatus es renovare mysteriis . a temporalibus culpis dignanter absolve. Per Dom'num nos^rum Jesum Chrislum. Amen.
Le sixième jour est arrivé, le jour qui vit la main du Fils de Dieu façonner avec l'argile le corps de l'homme, et d'un souffle de vie animer cette créature appelée à régner sur l'univers visible. Un seul commandement du Verbe divin avait suffi pour faire sortir de la terre tous les animaux qui vivent sur sa surface; mais lorsque, vers la tin de cette grande journée, le Créateur se fut dit • « Faisons l'homme à notre image », il sembla se recueillir, et ce ne fut plus seulement le commandement qu'il employa ; il daigna se faire l'artisan de son ouvrage.
Le Vendredi de Paquet.
Adorons cette souveraine bonté envers notre race, et, dans notre reconnaissance, célébrons le Vendredi comme le jour dans lequel le Fils de Dieu mit le complément à l'œuvre qu'il avait commencée le Dimanche, en installant dans ses honneurs le roi de la Création. Cependant ce jour a vu le Verbe divin faire plus encore pour l'homme. Il l'a vu revêtu de cette même humanité, ouvrage de ses mains, mourir attaché à une croix, pour sauver l'homme révolté et perdu par sa révolte. Jour sacré dans lequel s'unissent notre création et notre rédemption, tu nous parles de l'amour du Fils de Dieu pour nous plus éloquemment encore que de sa puissance ! Exprimons nos sentiments en ce jour, par cette touchante prière que la Liturgie mozarabe emploie le Vendredi de l'Octave de Pâques.
DEUS, Dei Filins, qui hominem, quem sexto die formasti ex nihiio, sexta aetate sœculi redemisti sanguine tuo : et qui tune bt'ne conditus maie cecidit ; nunc in melius reformatus surrexit : da nobis, ut ita veraciter redemptionis nostrœ mysterium pcrpendamus , qualiter in morte et resurreclionc tua perenniter gloricmur : ut qui tempore salutis , mundo occurrens, mortcm noslram moriendo devicisti, ab
ODiEU, Fils de Dieu, qui avez racheté par votre sang, au sixième âge du monde, l'homme que vous aviez tiré du néant le sixième jour; qui, créé dans le bien, se précipita dans le mal ; et qui a été en ces jours régénéré dans le mieux : faites que nous soyons si sincèrement pénétrés du mystère de notre rédemption, que nous méritions de nous glorifier toujours dans votre mort et dans votre résurrection. Daignez enfin, vous qui, au jour marqué pour le salut, êtes venu au secours de ce monde, ci
Le Vendredi de Pâques.
3q3
avez vaincu notre mort en mourant vous-même , nous délivrer de l'éternelle damnation du jugement.
aeterna nos libères damnatione judicii.
Ecoutons aujourd'hui les accents de l'Eglise arménienne célébrant la Résurrection du Sauveur. Sa voix retentit à travers treize siècles, dans ces strophes qu'une main fraternelle a bien voulu extraire et traduire, pour l'embellissement de notre œuvre, du livre des Hymnes de cette antique Eglise qui est désigné sous le nom de Charagan. Le sentiment est le même que celui qui s'exprime dans les autres Liturgies; mais on y trouve le cachet du génie "arménien, avec le parfum de l'antiquité, et un lyrisme mâle et imposant qui surpasse en beauté celui de l'Eglise grecque.
AUJOURD HUi est ressuscite d'entre les morts l'Epoux immortel et céleste : à toi la nouvelle joyeuse, ô Epouse. Eglise de la terre ! Bénis ton Dieu, ô Sion, avec une voix d'allégresse.
Aujourd'hui l'ineffable Lumière de lumière a illuminé tes enfants ; illumine-toi, Jérusalem ; car le Christ, ta lumière, est ressuscité.
Aujourd'hui les ténèbres de l'ignorance ont été dissipées par la triple lumière; et
ODIE rcsurrexit
mortuis sponsus immortalis et cœlestis : tibi nunlium gaudii, o sponsa e terra Écclesia ; benedic voce exsultationis Deum tuum. Sion.
Hodie inenarrabile Lumen de lumine illuminavit pueros tuos ; illuminare . Jérusalem, quia resurrexit lumen tuum Christus,
Hodie tenebrae inscitias depulsœ sunt trina luce, et tibi orta est lux
3g4
Le Vendredi de Pâques.
scientiœ, resurgcns a mortuis Christus.
Hodie Pascha nostrum pcr immolationem Christi ; peragamiis festum in exsiiltatione, renovati nos a vetustaie peccati, dicentes : Christus resurrcxit a mortuis.
Hodie Anp;clus refulfens, e cœlis descenens, deterruit custodes, et sanctis mulieribus prœdicabat dicens : Christus resurrexit a mortuis.
Hodie magnum nuntium Adœ protoplastaj fuit datum : Surge, qui dormis", illuminavit te Christus, Deus patrum nostrorura.
Hodie vocem nuntiiad Evœ aures sonant filiae unguentiferae ; Vidimus resurrectum resurrectionem tuam Christum, Deum patrum nostrorum.
Hodie Angeli de cœlis desi-'cndentes annuntiant hominibus : Resurrexit crucilîxus, et suscitavit vos sccum.
Hodie Phase aerumnarum exitus Israël comtttutasti in salutis animarum Pascha, sancta resurrcctione lua, Christe.
Hodie pro sanguinila lumière de la science s'est levée, le Christ ressuscitant d'entre les morts.
Aujourd'hui est notre Pàqiie, par l'immolation du Christ ; nous t( us, renouvelés du vieil homme et du péché, faisons fête avec transport ; disons : Le Chrif^test ressuscité d'entre les morts.
Aujourd'hui l'Ange des- >
cendu du ciel et tout écla- ( tant de splendeur a elTrayé
les gardes ; il a parlé aux >
saintes femmes, et leur a dit : j
Le Christ est ressuscité ;
d'entre les morts. '<
Aujourd'hui la grande nou- j
velle a été apportée à Adam
le premier créé : Toi qiii dors, lève-toi; le Christ, Dieu de nos pères, vient t'éclairer.
Aujourd'hui la voix de ses filles qui portent des parfums retentit aux oreilles d'Eve : Nous avons vu ressuscité celui qui est ta résurrection , le Christ Dieu de nos pères.
Aujourd'hui les Anges descendant du ciel disent aux hommes : Le crucifié est ress'iscité, et il vous fait ressusciter avec lui.
Aujourd'hui, par ta sainte résurrection, ô Christ, tu as changé la Phase des misères d'Israël dans la Pàque qui sauve les âmes.
Aujourd'hui, en place du
Le Vendredi de Pâques.
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sang des agneaux sans raison, tu nous as donné, ô Agneau de Dieu, ton sang qui opère le salut.
Aujourd'hui, à la place du rachat des premiers-nés, tu as substitué le rachat des captifs, toi qui es le premierné d'entre les morts, les prémices de la vie à ceux qui dormaient.
Aujourd'hui les Anges dans les cieux partagent la joie des hommes ; ils descendent des régions célestes . el viennent dire à ce monde : Triomphez maintenant; le Christ est ressuscité d'entre les morts.
Aujourd'hui l'Ange qui veille assis sur la pierre, faisait entendre sa voix éclatante aux saintes femmes qui portaient leurs parfams ; il leur ordonnait d'aller dire aux disciples : Triomphez maintenant ; le Christ est ressuscite d'entre les morts.
Aujourd'hui celui qui est la Pierre de la foi et Jean le bien-aimé couraient ensemble au sépulcre du ressuscité ; et racontant ce qu'ils ont vu, ils disent : Le Christ est ressuscité d'entre les mo^ts.
Aujourd'hui, nous aussi, dans noire allégresse, illuminons-nous des splendeurs d'une telle fête : Dieu est apaisé ; donnons-nous le
bus irrationabiiium aguorum mactatorum, donasti nobis, Agn s Dei, sancuinem tuum salutare.
Hodie pro primogenitorum redempii'.ne redemisti captivos, primitias vitae dormientium, et primogenitus mortuoHodie Angeli in cœlis laetantur cum hominibus, et descendentes de cœlis annuntiant mundo : Exsultate : hodie Christus resurre^it a m-^rtuis.
Hodie vigil secus pe - tram, thuriferis sanctis mulieribus, buccinabat voce exsultationis, ut referrent discipulis : Exsultaîe; hodie Christus resurrexit a moftuis.
Hodie Petra fidei et Johannes dilectus vice versa currebant in monumentum resurrecti , quod videntes narrabant: Christus resurrexit a mortuis.
Hodie nos quoque délectantes clareamus festo hoc ; placato Dec, invicem amplectamur in amore, ac unitim excla3q6
Le Vendredi de Pâques.
memus : Christus rcsurrexit a mortuis.
baiser avec amour, et crions ensemble : Le Christ est ressuscité d'entre les morts.
Nous terminons cette journée par une Séquence tirée du répertoire d'Adam de Saint-Victor, dont nous n'avons pas encore épuisé toutes les richesses. Plusieurs des traits que renferme cette pièce la désignaient à notre choix pour le Vendredi de l'Octave.
SEXTA passus feria, Die Christus tertia Resurrexit ; Surgens cum victoria, CoUocat in gloria Quos dilexit.
Pro fideli populo, Crucis in patibulo
Immolatur ; Clauditur in tumulo, Tandem in diluculo
Suscitatur.
Christi crux et passio Nobis est pricsidio,
Si credamus ; Christi resurrectio Facit ut a vitio
Resurgamus.
Hostia sufficiens Christus fuit moriens
Pro peccato ; Sanguinis effusio Abluit nos, impio
Triumphato.
Morte sua
simphci
AU sixième jour le Christ avait souffert ; au troisième jour il ressuscite. Victorieux, il se lève ; et il associe à sa gloire ceux qu'il aime.
Pour son peuple fidèle, il s'immole sur le gibet de la croix ; on l'enferm.e dans le tombeau, et il ressuscite au point du jour
La croix du (Christ et sa passion, c'est là notre sauvegarde, si nous sommes fermes dans la foi ; la résurrection du Christ nous donne de sortir du péché.
Mourant pour nos crimes, le Christ fut notre hostie de réparation ; son sang versé est pour nous le bain qui purifie; sa force terrasse notre ennemi.
Il est mort une fois; c'en
Le Vendredi de Pâques.
est assez pour nous arracher à notre double mort; il nous fraie le sentier de la vie, apaisant pour toujours nos gémissements et nos lamentations.
Ce fort Lion montre aujourd'hui sa puissance en sortant du tombeau, en renversant par les armes de la justice le prince d'iniquité.
C'est le Seigneur lui-même qui a fait ce jour, dans lequel il lave notre crime, dans lequel la mort succombe, la vie est restituée et l'ennemi abattu.
Chantons d'un cœur pur un double Alléluia ; car en ce jour le péché est effacé, et la vie nous est promise dans le siècle futur.
Quand le soir du monde sera venu, daignez, ô Christ, ressusciter vos fidèles ; en attendant, rendez-leur salutaire ce jour consacré à vos erandeurs. Amen.
Nostrae morti duplici Fert medelam ;
\'^itce pandit aditum.
Ncstrum sanat gemitum Et querelam.
Léo fortis hodie Dat signum potentije,
Resurgendo, Principem nequitiae, Per arma justitiœ,
Devincendo.
Diem istam Dominus Fecit. inqua facinus
Mundi lavit. In qua mors occiditur. In qua vita redditur,
Hostis ruit.
Geminatum igitur Alléluia canitur,
Corde puro ; Quia culpa toUitur Et vita promittitur
In futuro.
In hoc mundi vespere, Fac tuos resurgere, Jesu Christe ; Salutaris omnibus Sit tuis fidelibus
Dies iste. Amen,
I L SAMllI >l i)\: r*Al,)l 'hS.
HjEC dies quam fecit Dom'nis : exsallemu3 et la'tcmar in ea.
C'est le jour que le Seigneur a fait : passons-le dnns les transports de l'allégrc&se.
''^■^E septième jour de la plus
'^^\ joyeuse des semaines s'est levé,
~' ^^1 apportant avec lui le souvenir
"^^ du repos du Seigneur, après
son œuvre de six jours. Il nous
retrace en même temps ce
second repos que le même Seigneur voulut prendre, comme un guerrier assuré de la victoire, avant de livrer le combat décisif à son adversaire. Repos dans un sépulcre, sommeil d'un Dieu qui ne s'était laissé vaincre par la mort que pour rendre son réveil plus funeste à cette cruelle ennemie. Aujourd'hui que ce sépulcre n'a plus rien à rendre, qu'il a vu sortir , de ses flancs le vainqueur qu'il re pouvait retenir, il convenait que nous nous arrêtions à le contempler, à lui rendre nos hommages; car ce sépulcre est saint, et sa vue ne peut qu'accroître notre
Le Samedi de Pâques. Sgg
amour envers celui qui daigna dormir quelques heures à son ombre.
Isaïe avait dit: « Le rejeton de Jessé sera comme l'étendard autour duquel se rallieront les peuples; les nations l'entoureront de leurs hommages ; et son sépulcre deviendra glorieux. » (Isai. xi, io.) L'oracle est accompli ; il n'est pas une nation sur la terre qui ne renferme des adorateurs de Jésus ; et tandis que les tombeaux des autres hommes, quand le temps ne les a pas détruits et égalés au sol, restent comme un trophée de la mort, celui de Jésus est toujours debout et proclame la vie.
Quel tombeau que celui qui réveille des pensées de gloire, et dont les grandeurs avaient été prédites tant de siècles à'Tavance 1 Quand les temps sont accomplis, Dieu suscite dans Jérusalem un homme pieux, Joseph d'Arimathie. qui secrètement, mais d'un cœur sincère, devient le disciple de Jésus. Ce magistrat songe à se faire creuser un tombeau; et c'est à l'ombre des remparts de la ville, sur le versant de la colline du Calvaire, qu'il fait tailler dans la roche vive deux chambres sépulcrales, dont l'une sert de vestibule à l'autre. Joseph pensait travailler pour lui-même : et c'était pour la dépouille d'un Dieu qu'il préparait ce funèbre asile; il songeait à la fin commune de toute créature humaine depuis le péché : et les décrets divins portaient que Joseph ne reposerait pas dans ce tombeau, et que ce tombeau deviendrait pour les hommes le titre de l'immortalité.
Jésus expire sur la croix, au milieu des
40 0 Le Samedi de f agites.
insultes de son peuple; toute la ville est soulevée contre le fils de David, qu'elle avait accueilli peu de jours auparavant au cri de l'Hosannah; c'est à ce moment même que, bravant les fureurs de la cité déicide, Joseph se rend cliez le gouverneur romain pour réclamer l'honneur d'ensevelir le corps du supplicié. 11 ne tarde pas d'arriver avec Nicodème sur le Calvaire; et lorsqu'il a détaché de la croix les membres de la divine victime, il a la gloire de déposer ce corps sacré sur la table de pierre qu'il avait fait préparer pour lui-même : heureux d'en faire honmiage au maître pour lequel il venait de confesser son attachement jusque dans le Prétoire de Ponce-Pilate. O homme véritablement digne des respects de l'humanité tout entière dont vous teniez la place dans ces augustes funérailles, nous ne doutons pas qu'un regard reconnaissant de la Mère des douleurs ne vous ait récompensé du sacrifice que vous faisiez si volontiers pour son Fils .
Les Evangélistes insistent avec une intention marquée sur les conditions du sépulcre. Saint Matthieu, saint Luc, saint .lean, nous disent qu'il était neuf, et qu'aucun corps mort n'y avait encore été déposé. Les saints Pères sont venus ensuite, et nous ont expliqué le mystère, à la gloire du saint tombeau. Ils nous ont enseigné la relation que ce sépulcre, qui rendit l'Hommc-Dieu à la vie immortelle, devait avoir avec le seiu virginal oui l'enfanta pour être la victime du monde ; et ils en ont tiré cette conséquence, que le Seigneur notre Dieu, quand il se choisit un asile dans sa créature, tient à le trouLe Samedi de Pâques. 401
ver libre et digne de sa souveraine sainteté. Honneur donc au tombeau de notre Rédempteur d'avoir présenté, dans son être matériel, un rapport mystérieux avec l'incomparable et vivante pureté de la Mère de Jésus !
Durant les heures qu'il conserva son précieux dépôt, quelle gloire égalait alors la sienne sur la terre ! Quel trésor fut confié à sa garde ! Sous sa voûte silencieuse reposait dans ses linceuls, mouillés des larmes de Marie, le corps qui avait été la rançon du monde. Dans son étroite enceinte, les saints Anges se pressaient, faisant la garde auprès de la dépouille de leur créateur, adorant son divin repos, et aspirant à Theure où l'Agneau égorgé allait se lever Lion redoutable. Mais quel^prodige inouï éclata sous la voûte de l'humble caverne, lorsque l'instant décrété éternellement étant arrivé, Jésus plein de vie pénétra, plus prompt que l'éclair, les veines de la roche, et s'élança au grand jour ! Bientôt, c'est la main de l'Ange qui vient arracher la pierre de l'entrée, afin de révéler le départ du céleste prisonnier; ce sont ensuite d'autres Anges qui attendent Madeleine et ses compagnes. Elles arrivent et font retentir cette voûte de leurs sanglots; Pierre et Jean y pénètrent à leur tour. Vraiment ce lieu est saint entre tous : le Fils de Dieu a daigné l'habiter; sa Mère y a été vue en pleurs; il a été le rendez-vous des Esprits célestes ; les plus saintes âmes de la terre l'ont consacré par leurs visites empressées, l'ont rendu le théâtre de leurs plus dévots sentiments. O sépulcre du Fils de Jessé, vous êtes véritablement glorieux 1
40 2 Le Samedi de Pâques.
L'enfer la voit , cette gloire! et il voudrait l'eflacer de la terre. Ce tombeau désespère son orgueil ; car il rappelle d'une manière trop éclatante la défaite qu'a essuyée la mort, fille du péché. Satan croit avoir accompli son odieux dessein lorsque Jérusalem ayant succombé sous les coups des Romains, une ville nouvelle et toute païenne s'élève sur les ruines avec le nom d'yElia. Mais le nom de Jérusalem ne périra pas plus que la gloire du saint tombeau. En vain des ordres impies prescrivent d'amonceler la terre autour du monument , et d'élever sur ce monticule un temple à Jupitei-, en môme temps que sur le Calvaire lui-même un sanctuaire à l'impure Vénus, et sur la grotte de la Nativité un autel à Adonis ; ces constructions sacrilèges ne feront que désigner d'une manière plus précise les lieux sacrés à l'attention des chrétiens. On a voulu tendre un piège, et tourner au profit des faux dieux les hommages dont les disciples du Christ avaient coutume d'entourer ces lieux : vain espoir ! les chrétiens ne les visiteront plus, tant qu'ils seront souillés par la présence des infâmes idoles; mais ils tiendront l'œil fixé sur ces vestiges d'un Dieu, vestiges ineffaçables pour eux ; et ils attendront en patience qu'il plaise au Père de glorifier encore son Fils.
Lorsque l'heure a sonné, Dieu envoie à Jérusalem une impératrice chrétienne, mère d'un empereur chrétien, pour rendre visibles de nouveau les traces adorables du passage de notre Rédempteur. Lmule de Madeleine et de ses compagnes, Hélène s'avance sur le
Le Samedi de Pâques. 40 3
lieu où fut le tombeau. Il fallait une femme pour continuer les grandes scènes du matin de la Résurrection. Madeleine et ses compagnes cherchaient Jésus; Hélène, qui l'adore ressuscité, ne cherche que son tombeau ; mais un même amour les transporte. Par les ordres de la pieuse impératrice, l'impie sanctuaire de Jupiter s'écroule, la terre amoncelée est écartée; et bientôt le soleil éclaire de nouveau le trophée de la victoire de Jésus. La défaite de la mort était donc une seconde fois proclamée par cette réapparition du sépulcre glorieux. Bientôt un temple magnilîque s'élève aux dépens du trésor impérial, et porte le nom de Basilique de la Résurrection. Le monde entier s'émeut à la nouvelle d'un tel triomphe; le paganisme déjà croulant en ressent un ébranlement auquel il ne résiste plus; et les pieuses pérégrinations des chrétiens vers le sépulcre glorihé commencent pour ne plus s'arrêter qu'au dernier jour du monde.
Durant trois siècles, Jérusalem demeura la ville sainte et libre, éclairée des splendeurs du saint tombeau ; mais les conseils de la justice divine avaient arrêté gue l'Orient, foyer inépuisable de toutes les hérésies, serait châtié et soumis à l'esclavage. Le Sarrasin vient inonder de ses hordes enthousiastes la terre des prodiges; et les eaux de ce déluge honteux n'ont reculé un moment que pour se répandre avec une nouvelle impétuosité sur cette terre qui leur semble abandonnée pour longtemps encore. Mais ne craignons pas pour la tombe sacrée ; elle demeurera toujours debout. Le Sarrasin
404 le Samedi de Pâques.
aussi la révère; car à ses yeux elle est le sépulcre d'un grand propViéte. Pour approcher d'elle, le clirétien devra payer un triout ; mais elle -est en sûreté; on verra même un ca'ife offrir en hommage à notre CharlemaLne les clefs de cet ' auguste sanctuaire, montrant par cet acie de courtoisie la vénération que lui inspire à lui-même la grotte sacrée, autant que le respect dont il est pcnitré envers le plus grand des grinces chrétiens. Ainsi le sépulcre continuait d'apparaître glorieux, à travers même les tribulations qui, à penser humainement, auraient dû l'effacer de la terre.
Sa gloire parut avec plus d'éclat encore, lorsque, à la voix du Père de la chrétienté, l'Occident tout entier se leva soudain en armes, et marcha, sous la bannière de la croix, à la délivrance de Jérusalem. L'amour du saint tombeau était dans tous les cœurs, son nom sur toutes les lèvres; et dès le premier choc, le Sarrasin, contraint de reculer à son tour, laissa la place aux croisés. La Basilique d'Hélène vit alors un sublime spectacle: le pieux Godefroi de Bouillon sacré avec l'huile sainte roi de Jérusalem, à l'ombre du sépulcre du Christ, et les saints Mystères célébrés pour la première fois, avec la langue et les rites de Rome, sous les lambris orientaux de la Basilique constantinicnne. Mais ce règne de Japhet sous les tentes de Sem ne se perpétua pas. D'un côté, l'étroite politique de nos princes d'Occident n'avait pas su comprendre le prix d'une telle conquête; de l'autre, la perfidie de l'empire grec ne se donna pas de relâche qu'elle n'eut amené,
Le Samedi de Pâques. 40 5
par ses noires trahisons, le retour du Sarrasin dans les murs sans défense de Jérusalem. Cette période n'en fut pas moins Tune des gloires prédites par Isaïe au saint tombeau; elle ne sera pas la dernière.
xAujourd'hui, profané par les sacrifices OiTerts dans son enceinte par les mains sacrilèges du schisme et de l'hérésie; confié, à de"s heures rares et comptées, aux hommages légitimes de Tunique Epouse de celui qui daigna se reposer dans son sein, le divin sépulcre attend le jour où son honneur sera encore une fois vengé. Sera-ce que l'Occident, redevenu dociîe à la foi, viendra renouer sur cette terre les grands souvenirs qu'y a laissés sa chevalerie? Sera-ce que l'Orient lui-même, renonçant à une scission qui ne lui a valu que la servitude, tendra la main à la Mère et à la Maîtresse de toutes les Eglises, et scellera sur le roc immortel de la Résurrection une réconciliation qui serait la ruine de l'islamisme? Dieu seul le sait; mais nous avons appris de sa divine et infaillible parole qu'avant la fin des temps, l'antique Israël doit revenir au Dieu qu'il a méconnu et crucifié; que Jérusalem sera relevée par la main des Juifs devenus chrétiens. Alors la gloire du sépulcre du fils de Jessé s'élèvera "au-dessus de tout; mais le fils de Jessé lui-même ne tardera pas à paraître; la terre sera au moment de rendre nos corps pour la résurrection générale ; et le dernier accomplissement de la Pâque se trouvera lié ainsi avec le dernier et suprême honneur qu'aura reçu la tombe sacrée. En nous éveillant de nos sépulcres, nous la chercherons du
4of) Le Samedi de Pâques.
regard ; et il nous sera doux de la contempler alors comme le point de départ et comme le principe de cette immortalité dont nous serons déjà en possession. En attendant l'heure où nous devrons entrer dans l'habitation passagère qui gardera nos corps, vivons dans l'amour du sépulcre du Christ;
3ue son honneur soit le nôtre; et héritiers e cette foi sincère et ardente qui animait nos pères et les arma pour venger son injure, remplissons ce devoir particulier de la Pàque, qui consiste à comprendre et à goûter les magniticences du Sépulcre glorieux.
Cette journée, dans la Liturgie, est appelée le Samedi in albis, ou plus exactement in albis deponendis ; parce que c'était aujourd'hui que les néopnytes devaient déposer les robes planches qu'ils avaient portées durant toute l'Octave. L'Octave, en effet, avait commencé pour eux plus tôt que pour les autres fidèles; car c'était dans la nuit dit Samedi saint qu'ils avaient été régénérés, et qu'on les avait ensuite couverts de ce vêtement, symbole de la pureté de leurs âmes. C'était donc sur le soir du Samedi suivant, après l'Office des Vêpres, qu'ils le quittaient, comme nous le raconterons plus loin.
La Station, à Rome, est aujourd'hui dans la Basilique de Latran, l'Eglise Mère et Maîtresse, qu'avoisine le Baptistère de Constantin, où les néophytes ont reçu, il y a htiit jours, la grâce de la régénération. La Basilique qui les réunit aujourd'hui est celle-là même de laquelle ils partirent, sous les omLe Samedi de Fdqiies.
bres de la nuit, se dirigeant vers la fontaine du salut, précédés du cierge mystérieux qui éclairait leurs pas; c'est "celle où étant de retour sous leurs habits blancs, ils assistèrent pour la première fois à la célébration entière du Sacritice chrétien, et participèrent au corps et au sang du Rédempteur. Nul jautre lieu ne convenait mieux que celui-ci pour la Station de ce jour, dont les impressions doivent se conserver durables dans le cœur des néophytes, qui sont au moment de rentrer dans la vie commune. La sainte Eglise, dans ces dernières heures où ses nouveau-nés se pressent autour d'elle, comme autour d'une mère, les considère avec complaisance; elle couve de son regard ces précieux fruits de sa fécondité, qui lui inspiraient, durant ces jours, de si touchants et de si mélodieux cantiques.
Tantôt elle se les représentait se levant du divin banquet et vivifiés par la chair de celui qui est à la fois sagesse et douceur j et elle chantait ce Répons:
E la bouche du Sage découle le miel, alléluia ; qu'il est doux ce miel sous sa langue ! alléluia ; * Un rayon de mie distille de ses lèvres. Alléluia.
y. La Sagesse repose dans son cœur, et la prudence est dans les paroles de sa bouche. * Un rayon de miel distille de ses lèvres. Alléluia.
E ore prudentis procedit mel, alléluia ; dulcedo mellis estsublinguaejus, alléluia ; ' Favus distillans labia ejus. Alléluia.
f. Sapientia requiescit in corde ejus, et prudentia in sermone oris illius. * Favus dislillans labia ejus. Alléluia.
Tantôt elle s'attendrissait en voyant trans40i
Le Samedi de Pâques.
tonnes en tendres agneaux ces hommes qui avaient vécu jusqu'alors de la vie du siècle, et qui recommençaient leur carrière avec l'innocence des enfants; et elle disait dans un langage pastoral :
•j, ] STi sunt agni no^' ' velli qui annuntiaverunt Alléluia: modo venerunt ad fontes ; * Repleti sunt claritate. Alléluia, allcluia.
^. \n conspectu Agni amicti sunt stolis albis. et palmœ in mnnibus corum. * Repleti sunt claritate. Alléluia, alléluia.
sont là ces aneaux nouvelets qui nous ont annoncé l'AllcKiia ; ils sortent à l'instant de la fontaine ; * Ils sont tout brillants de lumière. Allcluia, allcluia.
f. Compagnons de l'A- gneau, ils sont vêtus de robes blanches et tiennent des palmes dans leurs mains. * Ils sont tout brillants de lumière. Allcluia, allcluia.
D'autres fois elle se prenait à contempler avec un saint orgueil l'éclat des vertus que le saint Baptême avait infusées dans leurs âmes, la pureté sans tache qui les rendait brillants comme la lumière; et sa voix pleine d'enthousiasme célébrait ainsi leur beauté :
fil (^ ANDIDI facti
'■ V V sunt Nazarœi cius,alleluia; splcndorem Dco dederunt, allcluia ;* Et sicut lac coagula ti ?.unt. Allcluia, allcluia.
i^. Candidiores nive, nitidiorcs lacté, rubicundiorcs ebore antique, sapphiro pulchriores. * Kt sicut lac coagulati sunt. Allcluia, allcluia.
fil C^ U'iLS sont blancs '■ V^ les Nazaréens de mon Christ! aliel lia , leur éclat rend gloire à Dieu ; alléluia ; * Leur blancheur est celle du lait le plus pur. Allcluia, allcluia.
j^. Plus blancs que la neige, plus purs que le lait, plus vermeils q;ie l'ivoire antique, plus beaux que le saphir ; '* Leur blancheur est celle du lait le plus pur. Alléluia, allcluia.
A la Messe.
Ces trois Répons tont encore partie des Offices de la sainte Eglise au Temps pascal.
L'Introït est formé des paroles du Psaume civ, dans lesquelles Israël glorifie le Seigneur d'avoir ramené son peuple de l'exil. Par ce peuple nous devons entendre nos néophytes qui étaient exilés du ciel à cause de la faute originelle et de leurs péchés personnels; le Baptême leur a rendu tous leurs droits à cette heureuse patrie, en les établissant dans TEglise.
{ E Seigneur a fait sortir
L son peuple dans les transports de la joie, alléluia, et ses élus dans l'allégresse. Alléluia, alléluia.
Ps. Louez le Seigneur et invoquez son Nom : publiez ses œuvres dans toutes les nations. Gloire au Père. Le Seiîrnear.
EDUXiT Dominus populum suum in exsultatione, alléluia : et electos suos in laetitia. Alléluia, alléluia.
Ps. Confitemini_ Domino, et invocate Nomen ejus : annjntiate inter gentes opéra ejus. Gloria Patri. Eduxit.
Au moment de voir expirer la Semaine pascale, l'Eglise demande au Seigneur, dans la Collecte, que les joies que ses enfants ont goûtées en ces jours leur ouvrent le chemin aux joies plus grandes encore de la Pàque éternelle.
FAITES, s'il vous plaît, Dieu 1 /^ tout-puissant, que nous | ^^
ON'CEDE, quaesumus omnipotens Deus :
Le Samedi de Pâques.
ut qui fcsta paschalia vcnerando cgimus, per hacc contingeread gaudia îeterna mereamur. Per Dominum nostrum Jesum Christum. Amen
qui avons célébré religieusement CCS fêtes de la Pâque, nous méritions d'arriver par elles aux joies de réternité. Par Jésus-Christ notre Seigneur. Amen.
sum Christum. Amen. gncur. Amen.
On ajoute ensuite une des deux Collectes ci-dessus, page 323.
Lectio Epistolae bcati Pétri Apostoli. I Cap. n.
CHARissiMl, Déponentes igitur omnem malitiam, et omnem dolum, et simulationes, et invidias, et omnes detractiones, sicut modo geniti infantes, rationabile, sine dolo lac concupiscite, ut in eo crescatis in salutem : si tamen gustastis quoniam dulcis est Dominus. Ad quem accedentes lapidem vivum , ab hominibus quidem reprobatum, a Deo autem electum et honorificatum : et ipsi tamquam lapides vivi superœdificamini, domus spiritualis, sacerdotium sanctum , oITerre spirituaics hoslias, acceptabiles Deo per Jesum Christum. Proptcr quod continet Scriptura : Ecce pono in Sion lapidem summum angularem, electum, prcLecture de l'Epitre du bienheureux Pierre , Apôtre.
MES bien-aimés, étant affranchis de toute malice, de toute tromperie et dissimulation, de l'envie et de la médisance; devenus semblables à des enfants nouveau-nés, aspirez au lait spirituel et pur qui vous donnera de croître pour le salut, si vous savez goûter combien le Seigneur est doux. Et vous approchant de lui comme de la pierre vivante, que les hommes ont bien pu rejeter, mafs que Dieu lui-même a choisie et mise en honneur; vous aussi , comme autant de pierres vivantes , laissezvous édifier par-dessus , pour former la maison spirituelle, le sacerdoce saint, oftVant à Dieu des hosties ui lui soient agréables par
lésus-Christ. C'est
pourquoi il est dit dans 1 Ecriture : « Voici que je place
A la Messe.
dans Sion une pierre principale, angulaire, choisie et précieuse ; et celui qui croira en elle ne sera pas confondu. » Cette pierre est donc source d'honneur à vous qui croyez; quant à ceux qui ne croient pas , cette pierre rejetée par les architectes, et devenue la tête de l'angle, leur est une pierre qui les fait tomber , eux qui heurtent contre la parole et ne croient point à ce pour quoi ils avaient été préparés. Mais vous, vous êtes la race choisie, le sacerdoce royal, la nation sainte, le peuple conquis, chargé de publier les grandeurs de celui qui vous a appelés du sein des ténèbres à son admirable lumière ; vous qui autrefois n'étiez point son peuple, et qui maintenant êtes le peuple de Dieu ; vous qui n'aviez point obtenu miséricorde, et qui maintenant avez obtenu miséricorde.
tiosum : et qui crediderit in eum non confundetur. Vobis igitur honor credentibus : non credentibus autem, lapis quem reprobaverunt asditicantes , hic factus est in caput anguli : et lapis offensionis , et petra scandali his, qui otfendunt verbo, nec credunt in quo et positi sunt. Vos autem genus electum, regale sacerdotium, gens sancta , populus acquisitionis : ut virtutes annuntietis ejus qui de tenebris vos vocavit in admirabile lumen suum. Qui aliquando non populus, nunc autem populus Dei : qui non consecuti misericordiam, nunc autem raisericordiam consecuti.
Les néophytes ne pouvaient entendre, en ce jour, une exhortation mieux appropriée à leur situation que celle que nous adresse à tous le prince des Apôtres, dans ce passage de sa première Epître. Saint Pierre avait adressé cette lettre à de nouveaux baptisés; aussi avec quelle douce paternité il épanchait les sentiments de son cœur sur ces « enfants nouveau-nés »! La vertu qu'il leur recommande, c'est la simplicité qui sied si
412 Le Samedi de Pâques.
bien à ce premier âge; la doctrine dont ils ont été instruits, c'est un lait qui les nourrira et leur donnera la croissance; ce qu'il faut goûter, c'est le Seigneur; et le Seigneur est plein de douceur.
L Apôtre insiste ensuite sur un des principaux caractères du Christ: il est la pierre fondamentale et angulaire de l'édiiice de Dieu. C'est sur lui seul que doivent s'établir les fidèles, qui sont les pierres vivantes du temple éternel. Lui seul leur donne la solidité et la résistance; et c'est pour cela que, devant retourner à son Père, il a choisi et établi sur la terre une autre Pierre, une Pierre toujours visible qu'il s'est unie à lui-même, et à laquelle il a communiqué sa propre j solidité. La modestie de l'Apôtre l'empêche \ d'insister sur ce que le saint Evangile ren- \ ferme de glorieux pour lui à ce sujet; mais \ quiconque connaît les paroles du Christ à \ Pierre va jusqu'au fond de la doctrine. t
Si l'Apôtre ne se glorifie pas lui-même, i quels titres magni'iques il nous reconnaît en ' retour, à nous" baptisés! Nous sommes « la ( race choisie et sainte, le peuple que Dieu s'est conquis, un peuple de Rois et de Prêtres ». En effet, quelle différence du baptisé avec celui qui ne lest pas! Le ciel ouvert à l'un est fermé à l'autre; l'un est esclave du démon, et l'autre roi en JésusChrist Roi, dont il est devenu le propre frère; \ l'un liistement isolé de Dieu, et l'autre lui j offrant le Sacrifice souverain par les mains de | Jésus-Christ Prêtre. Et tous ces dons nous ont été conférés par une miséricorde entiè- ' rement gratuite; ils n'ont point été mériA la Messe.
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tés par nous. Otfrons-en donc à notre Père adoptif d'humbles actions de grâces; et, nous reportant au jour où, nous aussi, nous fûmes néophytes, renouvelons les promesses qui furent faites en notre nom, comme la condition absolue à laquelle de si grands biens nous étaient octroyés.
A partir de ce jour, l'Eglise cesse, jusqu'à la fin du Tem.ps pascal, d'employer, entre l'Epître et l'Evangile, la forme d'u Répons appelé Graduel. Elle y substitue le chant repété de V Alléluia, qui présente moins de gravité, mais exprime un plus vif sentiment d'allégresse. Dans les six premiers jours de la solennité pascale, qui sont en rapport avec les six jours de la création, elle n'a pas voulu déroger à la majesté de ses chants ; maintenant que le repos du Seigneur est arrivé, que son œuvre est acheAée, elle se livre avec plus d'abandon à la sainte liberté qui la transporte. -
LLELUI.A, allcluia.
f. C'est le jour que le Seigneur a fait : passons-le dans les transports de l'allégresse.
Alléluia.
f. Enfants, louez le Seigneur; célébrez son saint Nom.
IXELUI.A, aileluin.
f. Hase dies quam fecit Dominus : exsultemus et laetemur in ea.
Alléluia,
f. Laudate pueri Dominum, laudate Nomen Domini.
On chante ensuite la Séquence de la Messe du jour de Pâques, Victimce Faschali, page
4î4
Le Samedi de Pâques.
Scquentia sancti Evangelii secundum Johannem. Cap. xx. T N illo tempore . Una
1 sabbati Maria Magdalene venit mane, cum aJhuc tenebrœ essent. ad monumentum : et vidit lapidem sublatum a monumento. Cucuriit ergo, et venit ad Simoncm Petruiii et ad alium discipuliim, qiicm amabat Jésus, et dicit illis : Tulerunt Dominum de inonumento , et iiescimus ubi posuerunt eum. Exiit ergo Petrus, et illc aliiis discipulus, et venerunt ad monumentum. Cunebant autem duo simul, et ille alius discipulus prœcucurrit citius Petro, et venit primus ad monumentum. Et cum se inclinasset, vidit posita linteamina, non tamen introivit. Venit ergo Simon Petrus scquens eum, et introivit in monumentum, et vidit linteamina posita, et sudarium, quod fucrat super caput ejus non cum linteaminibus positum, sed separatim invoiutum in unum locum. Tune ergo introivit et ille discipulus, qui venerat primus
La suite du sairi^ Evangile selon saint Jean. Chap. xx.
EN ce temps-là , le jour d'après le Sabbat, MarieMadeleine vint dès le matin au sépulcre, lorsque les ténèbres régnaient encore ; et elle vit que la pierre du sépulcre avait été ôtée. Elle courut donc, et vint à Simon Pierre et à cet autre disciple que Jésus aitnait , et elle leur dit : Ils ont ehlevé le Seigneur du sépulcre, et nous ne savons où ils l'ont mis. Pierre sortit avec l'autre disciple, et ils vinrent au sépulcre. Tous deux ensemble couraient ; mais cet autre disciple courut plus vite que Pierre, et arriva le premier au sépulcre. Et s'étant baissé, il vit que les linceuls étaient à terre; mais cependant il n'entra pas; Simon Pierre, qui le suivait , étant donc arrivé, entra dans le sépulcre, et vit les linges posés à terre, et le suaire qui avait été sur sa tête, qui n'était pas avec les linceuls, mais plié et posé en un lieu à pari. Alors cet autre disciple qui était arrive le premier au sépulcre entra aussi , et il vit et crut ; car ils ne savaient pas ce que l'Ecriture enseiA la Messe.
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gne, qu'il fallait qu'il ressuscitât d'entre les morts.
ad monumentum : et vidit, et credidit : nondura enim sciebant Scripturam. quia oportebat eum a mortuis resurgere.
Cet épisode de la matinée du jour de Pâques a été réservé pour aujourd'hui par la sainte Eglise, parce qu'on y voit figurer saint Pierre, dont la voix s'est déjà fait entendre dans l'Epître. Ce jour est le dernier auquel les néophytes assistent au Sacrifice revêtus de la robe blanche; demain, leur extérieur n'aura plus rien qui les distingue des autres fidèles. Il importe donc d'insister auprès d'eux sur le fondement de l'Eglise, fondement sans lequel l'Eglise ne pourrait se soutenir, et sur lequel ils'doivent être établis, s'ils veulent conserver cette foi dans laquelle ils ont été baptisés, et qu'il leur faut garder pure jusqu'à la fin pour obtenir le salut éternel. Or cette foi se maintient inébranlable en tous ceux qui sont dociles à l'enseignement de Pierre, et qui révèrent la dignité de cet Apôtre. Nous apprenons d'un Apôtre même, dans ce {passage du saint Evangile, le respect et la déférence qui sont dus à celui que Jésus a chargé de paitre le troupeau tout entier, agneaux et brebis. Pierre et Jean courent ensemble au tombeau de leur Maître; Jean, plus jeune que Pierre, arrive le premier. Il regarde dans le sépulcre ; mais il n'entre pas. Pourquoi cette humble réserve dans celui qui est le disciple bien-aimé du Maître? Qu'attend-il?— Il attend celui que Jésus a préposé à eux tous, celui qui est leur Chef, et à qui il appartient d'agir en chef.
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Le Samedi de Pâques.
Pierre arrive enfin ; il entre dans le tombeau; il constate l'état des choses, et ensuite Jean pénètre à son tour dans la grotte. Admirab e enseignement que Jean lui-même a voulu nous donner, en écrivant de sa propre main ce récit mystérieux ! C'est toujours à Pierre de précéder, déjuger, d'agir en maître; et c'est au chrétien de le suivre, de l'écouter, de lui rendre honneur et obéissance. Et comment n'en serait-il pas ainsi, quand nous voyons un Apôtre même, et un tel Apotrc, agir ainsi envers Pierre, et lorsque celui-ci n'avait encore reçu que la promesse tles clefs du Royaume descieux, qui ne lui furent données effectivement que dans les jours qui suivirent?
Les paroles de l'Offertoire sont tirées du Psaume cxvii, qui est par excellence le Psaume de la Résurrection. Elles saluent le divin triomphateur qui se lève comme un astre éclatant, et vient verser sur nous ses bénédictions.
ENliUlCTUS qui VCIllt in nomine Domini : benediximus vobis de domo Domini : Deiis Dominus, et iiliixit nobis. Alléluia, alléluia.
ÉNI soit celui qui Aient au nom du Seigneur ; nous qui sommes de la maison du Seigneur, nous vous bénissons ; Dieu est le Seigneur, et il a répandu sur nous la lumière. Alléluia , alléluia.
Dans la Secrète, l'Eglise nous enseigne c]uc | l'action des divins mystères que nous célébrons dans le cours de l'année, est incessante
A la Messe.
sur les fidèles. Ces mystères apportent tour à tour avec eux une nouvelle vie et une nouvelle allégresse; et c'est par leur succession anniversaire dans la sainte Liturgie que l'Eglise arrive à maintenir en elle la vitalité, qu'ils lui ont conférée par leur accomplissement dans leur temps.
CONCEDE , quaesumus Domine, semper nos per hcec mysteria Paschalia gratulari : ut continua nostrœ reparationis operatio, perpétuas nobis fiât causa lastitiœ. Per Dominum nostrum Jesum Christura. Amen.
FAITES, s'il vous plaît, Seigneur, que ces mystères de la Pàque soient désormais pour nous une source d'actions de grâces à vous rendre ; et que l'œuvre de notre régénération, qui est continuelle, soit en nous le principe d'une joie sans fin. Par Jésus-Christ notre Seigneur. Amen.
On ajoute une des deux Secrètes ci-dessus, page 33 1.
Nos néophytes doivent, en ce jour même, déposer leurs habits blancs; quel sera donc désormais leur vêteiuent ? Le Christ luimême, qui s'est incorporé à eux par le Baptême. C'est le Docteur des Gentils qui leur confirme cette espérance dans l'Antienne de la Communion.
Vous tous qui avez été baptisés dans le Christ, vous avez revêtu le Christ. Alléluia.
.MNES qui in Christo baptizati estis , Christum induistis. Alléluia.
Dans la Postcommunion, l'Eglise insiste
4i8 Le Samedi de Pâques.
encore sur le don de la foi. Sans la foi, le christianisme cesse d'exister; mais la divine Eucharistie, qui est le mystère de la foi, a la vertu de la nourrir et de la développer dans les âmes.
N] ous venons d'être nour« ris du Lion de notre rédemption ; daignez faire, Seigneur, que par cet instrument du salut éternel, la véritable foi s'accroisse toujours en nous. Par JésusChrist notre Seigneur. Amen.
On ajoute une des deux Postcommunions ci-dessus, page 3 '3 2.
kEDEMPTiONis nostra? muncre vegetali , quaesumus Domine : ut hoc perpeture salutis auxilio, fidessemper vcra proficiat. Per Dominum nostrum Jesum C^hristum. Amen.
c
. HACUN des jours de cette semaine, l'Office des Vêpres s'est accompli avec la même solennité dont nous avons été témoins au Dimanche. Le peuple fidèle remplissait la Basilique, et accompagnait de ses regards et de son intérêt fraternercctte blanche troupe de néophytes qui s'avançait, chaque soir, à la suite du Pontife, pour revoir encore l'heureuse fontaine qui donne une nouvelle naissance à ceux qui y sont plongés. Aujourd'hui, le concours est plus grand'^cncorc; car un nouveau rite va s'accomplir. Les néophytes, en quittant le vêtement qui retrace à l'extérieur la pureté de leurs âmes, vont prendre l'engagement de conserver intérieurement
Déposition des habits blancs. 41g
cette innocence dont le symbole ne leur est plus nécessaire. Par ce changement qui s'opère sous les yeux des tîdèles, l'Eglise est censée rendre ses nouveaux enfants à leurs familles, aux soins et aux devoirs de la vie ordinaire; c'est à eux maintenant de se montrer ce qu'ils sont désormais pour toujours : chrétiens, disciples du Christ.
Au retour du Baptistère, et après avoir terminé l'Office des Vêpres par la station devant la Croix de l'arc triomphal, les néophytes sont conduits dans une des salles attenantes à la Basilique, et dans laquelle on a préparé un vaste bassin rempli d'eau. L'Lvèque, assis sur un siège d'honneur, et voyant autour de lui ces jeunes agneaux du Christ, leur adresse avec émotion un discours dans lequel il exprime la joie du Pasteur, à la vue des heureux accroissements du troupeau qui lui est conhé. Il félicite de leur bonheur ces élus de la grâce divine ; et venant ensuite à l'objet de leur réunion dans ce lieu, c'est-à-dire à la déposition des vêtements qu'ils reçurent de ses mains au sortir de la fontaine du salut, il les avertit paternellement de veiller sur eux-mêmes et de ne jamais souiller cette blancheur de l'àme dont celle des habits n'a été que la faible image.
Les vêtements blancs des néophytes le'ur ont été fournis par l'Eglise, ainsi que nous l'avons vu au Samedi saint; c'est pour cette raison qu'ils viennent les remettre entre les mains de l'Eglise, L'eau du bassin est destinée à les laver. Après l'allocution, le Pontife bénit cette eau, en récitant sur elle une Oraison dans laquelle il rappelle la vertu
42 0 Le Samedi de Pâques.
3ue l'Esprit-Saint a donnée à ccl élément c puritier les taches mciine de l'âme. Puis se tournant vers les néophytes, après avoir adressé à Dieu ses actions de grâces par la récitation du Psaume cxvi, il prononce cette belle prière :
\ nsiTiiZ, Seigneur, votre peuple dans vos desseins de ^ salut ; voyez-le tout illuminé des joies pascales ; mais daignez conserver dans nos néophytes ce que vous