L'Année liturgique — Le Temps Pascal (t. 7-9) (page 6)

Dom Prosper Guéranger · Vie de piété

Texte français, domaine public · Source : archive.org — L'Année liturgique t. 7-9, éd. 1911 (OCR) · 18 pages

Fiche de l’œuvre dans le savoir

44 Le Temps Pascal.

divinité, ne pas confesser vos mystères, ne pas dire avec le disciple qui fut incrédule un moment : « Vous êtes mon Seigneur et mon Dieu ? » Je n'ai pas l'avantage de voir de mes yeux mortels et de toucher de mes mains tremblantes vos plaies sacrées et rayonnantes ; mais je crois fermement que vous êtes aussi mon Seigneur et mon Dieu. Vous avez dit : « Heureux ceux qui n'ont pas vu et qui néanmoins ont cru ; » je veux être du nombre de ces heureux croyants, ô Jésus! Je confesse que vous êtes véritablement ressuscité, Fils de Dieu et fils de l'homme. Je crois aussi que vous êtes le Pain vivant descendu du ciel pour donner la vie au monde, et que c'est vous-même que je vais recevoir en moi tout à l'heure. Augmentez encore cette foi, mon Seigneur et mon Dieu, afin que je vous rende tous les hommages que vous avez droit d'attendre de votre humble et heureuse créature.

ACTE d'humilité.

QUI ne tremblerait à la seule pensée de vous voir dans l'éclat de votre majesté, ô divin triomphateur de la mort ? Avant votre Passion, vous laissâtes apparaître quelques rayons de votre gloire à trois de vos cfisciples sur le Thabor, et ils tombèrent comme morts ; nous voici dans les jours où les splendeurs de votre victoire éblouissent les regards même des Anges : et vous voulez faire plus que vous montrer à moi. Vous daignez descendre jusque dans mon néant, m'incorporera vous, moi faible et indigne créature, à vous qui n'êtes plus dans les langes de la crèche, ni sur le bois douloureux de la croix, à vous qui allez vous asseoir pour l'éternité dans la gloire de votre Père. Auteur de la lumière. Lumière infime et sans ombres, vous voulez vous mêler a mes ténèbres. Mon néant tressaille à cette pensée ; mais ma conscience pécheresse en est plus effrayée en«ore. Quel rapprochement peut-il exister entre votre souveraine sainteté et ma vie pleine d'infidélités ? « La lumière a lui dans les ténèbres, nous dit votre Evangéhste ; mais les ténèbres ne l'ont pas comprise. » Les ténèbres de l'orgueil ont cru être la lumière, et elles n ont pas reconnu la vraie Lumière ; qu'il n'en soit pas ainsi de moi, ô Jésus 1 J'humilie mon être tout entier

La Communion. 4?

devant vous ; je reconnais ma misère : elle est immense ; daignez donc agir en moi, ô Lumière ineffable, selon toute l'étendue de votre miséricorde.

VOUS venez en moi, ô libérateur des hommes, vainqueur de Tenfer. et je ne suis qu'un pécheur. Vous voulez donc me traiter comme vous traitâtes vos disciples, au jour de votre résurrection. Ils vous avaient lâchement abandonné dans votre Passion, et vous êtes revenu près d'eux ; afin de rassurer leurs inquiétudes, vous ne leur avez témoigné que de la bonté ; aucun reproche sur leur conduite passée n'est sorti de votre bouche. "Vous vouliez, ô Jésus, qu'ils comprissent, par cette indulgence de votre part, à quel point ils avaient été coupables de vous abandonner. J'accepte pour moimême cette leçon du meilleur des maîtres ; mais qu'il y a loin de la faute de ces hommes qui vous connaissaient à peine, à mes péchés qui sont ceux d'un chrétien tant de fois rebellée la lumière de vos divins mystères! L'ensemble de tant de vérités sublimes était ignoré encore de vos apôtres, lorsqu'ils se laissèrent effrayer par vos ennemis ; ils n'avaient pas reçu encore l'EspritSaint qui m'a été si abondamment communiqué. Je m'unis, Seigneur, aux regrets qu'ils éprouvèrent à la vue de votre générosité ; je déteste mes fautes qui ont blessé si cruellement votre Cœur divin ; je sens que le péché est la mort, et qu'il n'a rien de commun avec la vie que vous renouvelez en nous par votre résurrection. Je veux être mort au péché, et vivre à votre grâce. Daignez, par ce mvstère de vie que vous allez communiquer à mon âme repentante, la préserver pour jamais du malheur de perdre votre grâce.

ACTE d'amour.

OTRE résurrection, ô Jésus, n'est pas seulement le trophée de votre victoire ; elle est bien plus encore le suprême triomphe de votre amour. C'est par amour que vous avez pris notre humble chair ; c'est par amour que vous avez enduré votre cruelle Passion ; mais ces monuments de votre adorable bonté envers nous ne sont

4h Le Temps Pascal.

le la préparation du dernier effort de cet amour d'un ieu pour sa créature coupable. En ces jours, vous sortez du tombeau, vous entrez en possession de l'immortalité ; mais vous ne voulez pas jouir seul de ces avantages conquis par vos humiliations et vos soutlrances. Si vous triomphez, c'est pour nous. Qu'aviez-vous besoin de la crèche et de la croix, ô vous, Dieu éternel et souverainement heureux ? Quelle nécessité de mourir et de re'^susciter ensuite, de passer par le tombeau pour reprendre ensuite la vie ? Je le comprends, ô mon Dieu ! vous nous avez aimés, nous qui avions mérité de mourir en punition de nos péchés. Dans votre amour incompréhensible, vous avez voulu partager notre mort, afin de nous donner part à votre résurrection. Attaché à la croix, sortant de votre tombeau glorieux, toujours vous êtes à nous, vous êtes pour nous ; mais c'est par ce dernier acte de votre toute-puissante bonté que vous mettez le comble à vos bienfaits. Que pouvons-nous faire, ô Jésus, si ce n'est de vous offrir en retour l'humble et fervent hommage de notre amour ? Et à quel moment vous l'exprimerai-je avec plus d'effusion, si ce n'est à celui-là même où vous vous préparez à me communiquer ce Pain sacré qui est vous-même, et par lequel vous venez m'unir à votre divine chair ressuscitée, afin de m'incorporer à votre gloire et à votre immortalité ? O Jésus, mon libérateur, qui êtes à moi dans votre mort et dans votre vie, je veux être tout à votre amour dans le temps et dans l'éternité.

VOUS êtes en moi , et je suis en vous , Majesté infinie ! Au moment où vous vous élanciez du tombeau, la terre trembla à l'aspect de votre gloire ; à cette heure fortunée où je vous sens en moi-même, mon être tout entier tressaille d'émotion ; car vous êtes le grand Dieu à qui il n'a fallu qu'un acte de sa volonté pour faire jaillir la lumière du sein du chaos, à qui il n'a fallu qu'un instant pour réunir sou âme à

La Communion. 4~

son corps et s échapper des liens du tombeau. Que puis-je faire, sinon adorer profondément cette puissance, cette grandeur qui m'est unie en ce moment ? O Dieu à qui rien ne résiste, je m'anéantis devant vous, • je confesse votre domaine sur moi ; recevez mon hommage que vous êtes venu chercher du haut du ciel, en descendant jusqu'au fond de cet abîme de néant. Je succombe sous le poids de l'insigne honneur que vous daignez me faire. Vous êtes le souverain Etre, l'auteur et le conservateur de toutes choses : je vous adore comme mon maître absolu, je confesse avec bonheur ma dépendance, et je vous offre de tout mon cœur mon humble service.

QUI me donnera de reconnaître, comme je le dois, le bienfait de votre visite., ô Jésus ? C'est pour me faire part de votre propre vie que vous êtes venu en moi. Faible comme je le suis, le souvenir de ce que vous avez opéré en ma faveur ne suffirait pas à me soutenir dans la voie nouvelle que votre résurrection m'a ouverte; dans votre aimable condescendance pour mon infirmité, vous êtes venu dans mon fime sans bruit, mais avec toute votre puissance et toute votre gloire. Vous vous montrâtes ainsi aux Apôtres réunis dans le Cénacle, ô divin Ressuscité ! « C'est moi, leur dites-vous; n'ayez pas de crainte. » J'entends au dedans de moi les mêmes paroles. Vous me dites de ne pas me troubler, quelles que soient votre grandeur et ma bassesse, votre souveraine sainteté et mon indignité. « La paix soit avec vous ! » c'est le salut que vous donnâtes à vos disciples; en ce moment, c'est à moi-même que vous l'adressez. Je le reçois, ô Jésus, de votre bouche adorable, et j'y réponds par mes actions de grâces. Soyez béni pour cette divine prévenance, pour cette tendre sollicitude qui vous porte à vous unir ainsi à mon indignité, à abaisser toutes les barrières qui me captivaient sous l'empire de la mort, à m'associer intimement à votre triomphe, à me prémunir contre le retour de la mort, en m'incorporant, par ce Pain sacré, votre immortelle vie. Je dirai donc avec le Roi-Prochète : « Mon âme, et tout ce qui

4^ Le Temps Pascal.

est en moi, bénis le Seigneur, et n'oublie jamais son bienfait ; c'est lui qui t'a rachetée de la mort, et qui a renouvelé ta jeunesse comme celle de l'aigle. »

COMBLiî de vos plus chères faveurs, que dois-je faire, ô Jésus, sinon répondre à votre amour par tout l'amour dont je suis capable ? Madeleine , à votre sépulcre, n'a entendu de vous qu'une seule parole, et son cœur se fond; elle ne peut répondre que par cette exclamation : « Mon maître ! mon cher maître ! » Et moi, ô Jésus, qui n'entends pas seulement votre parole, mais qui vous sens en moi-même, qui suis tout pénétré de vous, quels termes emploierai-je pour exprimer mon amour? Les disciples d'Emmaiis n'avaient eu avec vous qu'un simple entretien, et ils disaient: « Notre cœur n'était-il pas brûlant au dedans de nous , pendant qu'il nous parlait dans le chemin? » Que dirai-je ? que ressentirai-jc en ce moment où vous reposez dans ma poitrine ? J'oserai vous dire Que moi aussi je vous aime, ô mon Sauveur ressuscité ! Vous daignâtes agréer l'amour de Madeleine et encourager par votre bonté celui de vos disciples ; agréez aussi le mien. S'il est faible, vous pouvez l'accroître ; je prends la résolution de ne le plus contrarier, de le développer en moi, avec l'aide de votresainte grâce, et de recourir souvent, pour cet effet, à l'adorable Sacrement dans lequel vous avez déposé toutes les ressources et tous les secrets de

ce saint amour.

J'ÉTAIS à vous, ô Jésus, parce que vous m'aviez ^ racheté; je suis maintenant à vous, parce que vous m'ayez rendu la vie par votre Résurrection ; et dans le divin mystère dont vous venez de me faire part, vous m'avez associé à tout ce que votre victoire sur la mort a de plus glorieux. Mon sort est donc désormais uni au vôtre ; comme vous, je suis mort au péché, et je vis à Dieu. Que dois-je donc faire , sinon m'offrir et me donner a vous pour ne m'en plus séparer jamais ? Disposez de moi, ù Jésus! Je suis votre rachète et votre

La Communion. 4q

compagnon de gloire ; tout mon présent , tout mon avenir est en vous jusque dans l'éternité. Je renonce donc à moi-même, pour être à toutes vos volontés ; je renonce au monde et à ses m.aximes, qui sont l'opposé de la vie nouvelle que je veux mener désormais ; m.ais je sens que, pour être fidèle, j'ai besoin d'un secours puissant qui m'assiste sans cesse. Ce secours, ô Jésus, c'est la venue en moi de votre Esprit-Saint; c'est sa demeure en moi. Vous l'avez promis ; il doit, par son arrivée, mettre le sceau à toutes les joies pascales. Envoyez-le-moi, 6 Fils du Père ! Vous montez au ciel : ne me laissez pas orphelin. Votre divin Sacrement me reste ; mais je n'y puis participer à toute heure, et mes besoins sont de chaque instant. Daignez donc renouveler en moi la présence de ce divin Esprit, qui conservera et développera, pour votre gloire, les dons que vous venez de me communiquer en vous unissant à moi.

O Marie, je vous en supplie par la joie dont votre cœur maternel est inondé dans la résurrection de votre divin Fils, gardez en moi le fruit de l'heureuse visite qu'il a daigné me faire. Anges de Dieu, montrez-vous jaloux de conserver intacte la demeure de votre Maître. Saints et Saintes, priez, afin que je ne perde pas le souverain Bien dont l'immuable possession vous rend à jamais heureux.

DE l'office des VÊPRES DES DIMANCHES ET

"Ef. Domine, ad adjiivandum me fcstina.

Gloria Patri, et Filio, et Spiritui Sancto ;

Sicut eratin principio, et nunc, et semper, et in saecula saeculorum. A- men. Alléluia.

Dieu . venez à mon aide !

Rj. Hàtez-vous, Seigneur, de me secourir.

Gloire au Père , et au Fils, et au vSaint-Esprit ;

Comme il était au commencement , et maintenant et toujours . et dans les siècles des siècles. Amen Alléluia.

DIXIT Dominus Domino meo : ' Sede a dextris meis.

Donec ponaminimicos tuos : * scabellum pedum tuorura.

CELUI gui est le Seigneur a dit à son Fils mon Seigneur : Asseyez-vous à ma droite et régne^ avec moi ;

Jusqu'à ce que. au jour Je voire dernier avènement , je fasse de vos ennemis l'escabeau de vos pieds.

A Vêpr

O Christ ! le Seigneur votre Père fera sortir de Sion le sceptre de votre force ; c'est de là que vous partirez pour dominer au milieu de vos ennemis.

La principauté éclatera en vous, au jour de votre force, au milieu des splendeurs des Saints ; car le Père vous a dit : Je vous ai engendré de mon sein avant l'aurore.

Le Seigneur l'a juré, et sa parole est sans repentir : il a dit en vous parlant : DieuHomme, vous êtes Prêtre à jamais, selon l'ordre de Melchisédech.

O Père ! le Seigneur votre Fils est donc à votre droite : c'est lui qui, au jour de sa colère, viendra juger les rois.

Il jugera aussi les nations : dans cet avènement terrible, il consommera la ruine du monde, et brisera contre terre la tête de plusieurs.

Il s'est abaissé pour boire l'eau du torrent des afflictions ; mais c'est pour cela même quait jour de son triomphe sur la mort, ^il élèvera la tête.

Virgam virtutis tuas emittet Dominus ex Sion : * dominare in medio inimicorum tuorum.

Tecum principium in die virtutis tuas in splendoribus Sanctorum : * ex utero anle luciferum genui te.

Juravit Dominus . et non pœnilebit eum : * Tu es SaCerdos in asternum secundum ordinem Melchisedech.

Dominus a dextris tuis : ' confregit in die iras suœ reges.

Judicabit in nationibus, implebit ruinas : * conquassabit capita in terra multorum.

De torrente in via bibet : * proplerea exallabit caput.

JE vous louerai, Seigneur, de toute la plénitude de mon cœur dans l'assemblée des justes.

Grandes sont

les œuvres

ONFITEBOR tibi, Domine, in toto corde meo : * in concilie justoruni et congregatione.

Magna opéra Domini

* exquisita in omnes voluntatcs ejus.

Confessio et magnificentia opus ejus : * et justitia ejus manet in saeculum sncculi.

Mcmoriam fecit mirabiliiim suoriim, misericors et miserator Dominus : * escam dédit timentibus se.

Memor erit in ScTcuIum tesiamenti siii : * virtutem opcrum suorum annuntiabit populo suo.

Ut deî illis haîreditatem gentium : * opéra manuum ejus Veritas et judicium.

Fideliaomnia mandata ejus, confirmata in saeculum saeculi : * facta in veritate et asquitate.

Redemptionem misit populo suo : * mandavit in aeternum testamentum suum.

Sanctum et terribile Nomen ejus : * initium sapientiae timor Domini.

Intellectus bonus omnibus facientibus eum : * iaudatio ejus manet in saeculum soeculi.

du Seigneur ; elles ont été concertées dans les desseins de sa sagesse.

Elles sont dignes de louange et magnifiques , et la justice de Dieu demeure dans les siècles des siècles.

Le Seigneur clément et miséricordieux nous a laissé un mémorial de ses merveilles : il est le Pain de vie, et il a donné une nourriture à ceux qui le craignent.

Il se souviendra à jamais de son alliance avec les humilies, il fera éclater aux vcuk de son peuple la vertu de ses œuvres.

Il donnera à son Flglise l'héritage des nations : tout ce qu'il fait est justice et vérité.

Ses préceptes sont immuables et garantis par la succession des siècles ; ils sont fondes sur la vérité et la justice.

Il a envoyé à son peuple un Rédempteur ; il rend par là son alliance éternelle.

Son Nom est saint et terrible : le commencement de la sagesse est de craindre le Seigneur.

La lumière et l'intelligence sont pour celui qui agit selon cette crainte : gloire et louange à Dieu dans les siècles des siècles.

A Vêpres.

HEUREUX l'homme qui craint le Seigneur, et qui met tout son zèle à lui obéir !

Sa postérité sera puissante sur la terre : la race du juste sera en bénédiction.

La gloire et la richesse sont dans sa maison, et sa justice demeure dans les siècles des siècles.

Tout à coup une lumière se lève sur les justes au milieu des ténèbres : c'est le Seigneur, le Dieu miséricordieux, clément et juste, sortant du tombeau.

Heureux alors l'homme qui a fait miséricorde , qui a prêté au pauvre, qui a réglé jusqu'à ses paroles avec justice ! car il ne sera point ébranlé.

La mémoire du juste sera éternelle : s'il entend une nouvelle fâcheuse, elle ne lui .donnera point à craindre.

Son cœur est toujours prêt à espérer au Seigneur; son cœur est en assurance : il ne sera point ému, et méprisera la rage de ses ennemis.

11 a répandu l'aumône avec profusion sur le pauvre : sa justice demeurera à jamais ; sa force sera élevée en gloire.

Le pécheur le verra, et il entrera en fureur ; il grincera

EATUS vir, qui timet Dominum : * in mandalis ejus volet nimis.

Potens in terra erit semen ejus:* generatio rectorum benedicetur.

Gloria et divitiae in domo ejus : * et justitia ejus manct in saeculum sccculi.

Exortum est in tcnebris lumen rectis : * misericors, et miserator, et justus.

Jucundus homo, qui miseretur et commodat, disponet sermones suos in judicio : * quia in seternum non commovebitur.

In memoria asterna erit justus : * ab auditione mala non timebit.

Paratum cor ejus sperare in Domino, confirmatum est cor ejus : * non commovebitur donec despiciat inimicos suos.

Dispersit, dédit pauperiljus ; justitia ejus manet in saeculum saeculi : * cornu ejus exaltabitur in gloria.

Peccator videbit, et irascetur, dentibus suis

fremct et tabescet : * dcsiderium pcccatorum périrbit.

des dents et séchera de colère : mais les désirs du pécheur périront.

LAUDATE, pueri, Dominum : * iaudate Nomen Domini.

Sit Nomen Domini benedictum : * ex hoc nunc et usque in saeculum.

A solis ortu usque ad occasum : * laudabile Nomen Domini.

Kxcelsus super omnes gentes Dorainus : * et super cœlos gloria ejus.

Quis sicut Dominus Deus noster, qui in altis habitat : * et humilia respicit in cœlo et in terra ?

Suscitans a terra inopem: * et de stercore erigens pauperem,

Ut collocet eum cum principibus : * cum principibu^ populi siii.

Qui habilare facit sterilem in domo : ' matrem filiorum lœtantem.

SERViTEiiRS du Seigneur, faites entendre ses louanges : célébrez le Nom du Seigneur.

Que le Nom du Seigneur soit béni, aujourd'hui et jusque dans l'éternité.

De l'aurore au couchant, le Nom du Seigneur doit être à jamais célébré.

Le Seigneur est élevé audessus de toutes les nations ; sa gloire est par delà les cieux.

Qui est semblable au Seigneur notre Dieu , dont la demeure est dans les hauteurs? C'est de là qu'il abaisse ses regards sur les choses les plus humbles dans le ciel et sur la terre.

C'est de là qu'il soulève de terre l'indigent ; qu'il élève le pauvre de dessus le fumier où il languissait.

Pour le placer avec les princes , avec les princes mêmes de son peuple.

C'est lui qui a fait habiter pleine de joie dans sa maison celle qui , auparavant, fut stérile , et qui maintenant est mère de nombreux enfants.

A Vêpres.

LORSQUE Israël sortit d'E- gypte, et la maison de Jacob du milieu d'un peuple barbare ;

La nation juive fut consacrée à Dieu, Israël fut son domaine.

La mer le vit et s'enfuit : le Jourdain remonta vers sa source.

Les montagnes bondirent comme des béliers , et les collines comme des agneaux.

O mer, pourquoi fuyaistu ? Et toi, Jourdain, pourquoi remontais-tu vers ta source ?

Montagnes, pourquoi bondissiez-vous comme des béliers ? Et vous , collines, comme des agneaux ?

A la face du Seigneur la terre a tremblé : à la face du Dieu de Jacob,

Qui changea la pierre en torrents, et la roche en fontaines.

Non pas à nous, Seigneur, non pas à nous, mais à votre Nom donnez la gloire ;

A cause de votre miséricorde et de votre vérité, de peur que les nations ne disent : Où est leur Dieu ?

Notre Dieu est au ciel : il a fait tout ce qu'il a voulu.

Les idoles des nations ne

!N exitu Israël de jEgypto : * domus Jacob de populo barbare :

Facta est Judœa sanctificatio ejus : * Israël potestas ejus.

Mare vidit, et fugit : * Jordanis conversus est retrorsum.

Montes exsultaverunt ut arietes : * et colles sicut agni ovium.

Quid est tibi mare, quod fugisti : * et tu, Jordanis, quia conversus es retrorsum ?

Montes exsultastis sisicut arietes : * et colles sicut agni ovium ?

A facie Domini mota est terra : *.a facie Dei Jacob,

Qui convertit petram in stagna aquarum : * et rupem in fontes aquarum.

Non nobis , Domine, non nobis : * sed Nomini tuo da gloriam.

Super misericordia tua, et verilate tua : * nequando dicant gentes : Ubi est Deus eorum ?

Deus auîem noster in cœlo : * omnia quaecumque voluit, fecit.

Simulacra gentium arLe Temps Pascal.

gentum et aurum : opéra manuum hominum.

Os habent, et non loqucntur : ' ociilos habent, et non videbunt.

Aurcs habent, et non audient : * nares habent, et non odorabunt.

Manus habent, et non palpabunt ; pedes habent, et non ambulabunt : ' non clamabunt in gutture suo.

Similes illis fiant qui faciunt ea : * et omnes qui confidunt in eis.

Domus Israël speravit in Domino : ' adjutor eorum , et protector eorum est,

Domus Aaron speravit in Domino: * adjutor eorum, et protecîor eorum est.

Qui timcnt Dorainum speraverunt in Domino:* adjutor eorum, et protector eorum est.

Dominus memor fuit nostri : ' et benedixit nobis.

Benedixitdomui Israël : * benedi.xit domui Aaron.

Benedixit omnibus qui timent Dominum : * pusillis cum majoribus.

Adjiciat Dominus super vos : ' super vos, et super filios vcstros.

S'ont que de l'or et de l'argent, et l'ouvrage des mains des hommes.

Elles ont une bouche, et ne parlent point ; des yeux, et ne voient point.

Elles ont des oreilles, et n'entendent point ; des narines, et ne sentent point.

Elles ont des mains, et ne peuvent rien toucher ; des pieds, et ne marchent point ; un gosier, et ne peuvent se faire entendre.

Que ceux qui les font leur deviennent semblables, avec tous ceux qui mettent en elles leur confiance.

La maison d'Israël a espéré dans le Seigneur : il est leur appui et leur protecteur.

La maison d'Aaron a espéré dans le Seigneur : il est leur appui et leur protecteur.

Ceux qui craignent le Seigneur out espéré en lui : il est leur appui et leur protecteur.

Le Seigneur s'est souvenu de nous, et il nous a bénis.

Il a béni la maison d'Israël ; il a béni la maison d'Aaron.

Il a béni tous ceux qui craignent le Seigneur, grands et petits.

Que le Seigneur ajoute encore à ses dons sur vous, sur vous et sur vos enfants.

A Vépt

Bénis soyez-vous du Seigneur qui a fait le ciel et la terre!

Au Seigneur, les hauteurs du ciel ; la terre est aux hommes par sa largesse.

Ce ne sont pas les morts qui vous loueront, ô Seigneur ! ni tous ceux qui descendent dans le sépulcre ;

Mais nous qui vivons, nous bénissons le Seigneur, aujourd'hui et à jamais.

Benedicti vos a Domino : * qui fecit coelum et terram.

Cœlumcoeli Domino:* terram autem dédit filiis hominum.

Non mortui laudabunt te, Domine : * neque omnes qui descendunt in infernum.

Sed nos qui viviraus, benedicimus Domino : * ex hoc nunc et usque in sœculum.

APRÈS le passage de la mer Rouge, couverts de nos robes blanches et assis au festin royal de l'Agneau, chantons au Christ notre roi.

C'est lui dont la charité divine nous verse à boire son propre sang ; c'est son amour qui sacrifie en victime les membres de son corps sacré.

L'Ange exterminateur est saisi de crainte à la vue du sang dont nos portes sont marquées : la mer divisée en deux fuit devant nous : nos ennemis sont submergés sous les flots.

Notre "Pâque, c'est le Christ ; il est notre victime

AD regias Agni dapes, Stolis amicti candidis, Post transitum maris

Rubri Christo canamus principi.

Divina cujus charitas Sacrum propinat sanguinem, Almique membra corporis Amor sacerdos immolât.

Sparsum cruorem postibus Vastator horret Angélus: Fugitque divisum mare, Merguntur hostes fluctibus.

Jam pascha nostruni Christus est,

5 c?

Paschalis idem victima. Et para puris mentibus Sinceritatis azynia.

O vera cœli victima, Subjecta cui sunt tartara. Sûluta niortis vincula, Recepta vitae prjemia.

Victor subactis inferis Trophsea Christus explicat, Cœloque aperto, subditum Regem tenebrarum trahit.

Ut sis perenne mentibus Paschale, Jesu, gaudium, A. morte dira criminum Vitae renatos libéra.

Dco Patri sit gloria, Et Filio. qui a mortuis Surrexit, ac Paraclito, In sempiterna sascuia.

Amen.

f. Mane nobiscum, Domine, alléluia ;

f^. Quoniam advesperascit, alléluia.

MAGNIFICAT : * anima mea Dominum. Et cxsultavit spiritus meus : • in Dec salutari meo.

pascale ; il est l'azyme de sincérité pour les cœurs purs.

O victime véritable venue du ciel, par qui l'enfer est abattu, les liens de la mort brisés, les dons de la vie restitués.

Vainqueur de la mort qu'il a terrassée, le Christ déploie son étendard ; il rouvre le ciel, et traîne en captif le roi des ténèbres.

Pour être toujours, ô Jésus, la joie pascale de nos âmes, daignez sauver de la cruelle mort du péché ceux que vous avez fait renaître à la vie.

A Dieu le Père soit la gloire! gloire au Fils, ressuscité d'entre les morts ! et gloire au Paraclet dans les siècles éternels !

Amen.

^. Demeurez avec nous. Seigneur, alléluia ;

B. Car le soir est venu, alléluia.

MON âme glorifie le Seigneur ; Et mon esprit tressaille en

Sauvi

A Vêpres.

Car il a regardé la bassesse de sa servante ; et pour cela, toutes les nations m'appelleront bienheureuse.

II a fait en moi de grandes choses, celui qui est puissant et de qui le Nom est saint ;

Et sa miséricorde s'étend de génération en génération sur ceux qui le craignent.

I! a opéré puis^^amment par son bras, et dispersé ceux qui suivaient les orgueilleuses pensées de leur coeur.

Il a mis à bas de leur trône les puissants, et il a élevé les humbles.

Il a rempli de biens ceux qui avaient faim, et renvoyé vides ceux qui étaient riches.

Il a reçu sous sa protection Israël son serviteur, se souvenant de la miséricordieuse promesse

Qu'il fit autrefois à nos pères, à Abraham et à sa postérité pour jamais.

Quia respexit humilitatem ancillae suœ : * ecce enim ex hoc beatam me dicent omnes generationes.

Quia fecit mihi magna qui potens est : * et sanctum Nomen eju«.

Et misericordia ejus a progenie in progenies : ' timentibus eum.

Fecit potentiam in brachio suo : * dispersit superbos mente cordis sui.

Deposuit potentes de sede : * et exaltavit humiles.

Esurientes implevit bonis : * et divites dimisit inanes.

Suscepit Israël puerum suum : * recotdatus raisericordias suae.

Sicut locutus est ad patres nostros : * Abraham et semini ejus in saecula.

Les Antiennes de Magnificat et les Orai- \ sons se trouvent à chaque Dimanche. \

_i3 <3fo i3k> 5fo c»

i

nc, benedicere. BeneNoctem quietam et finem perfectiim concédât nobis Dominus omnipotens. ^. Amen.

ON Père, veuillez me bénir.

TION. Que le

Dieu tout-puissant nous accorde une nuit tranquille et une fin heureuse. Rj. Amen.

FRATRES : Sobrii estote. et vigilate : quia advcrsarius rester diabolus tamquam leo rugiens circuit, quEerens quem devoret : oui resistite fortes in fide. Tu autem, Domine, miserere nobis.

Kl. Deo gratias.

j^. Adjutorium nostrum in Nomine Domini.

lyi. Qui fecit cœlum et lerram.

MES Frères, soyez sobres et vigilants ; car votre adversaire le diable tourne autour de vous comme un lion rugissant, cherchant qui il pourra dévorer ; résistez-lui, étant forts dans la foi. Mais vous. Seigneur, ayez pitié de nous.

^. Rendons grâces à Dieu.

f. Tout notre secours est dans le Nom du Seigneur.

Ri. C'est lui qui a fait le ciel et la terre.

A Compiles.

6i

On récite ensuite TOraison Dominicale en silence ; puis le Prêtre dit le Confiteor^ et le Chœur le répète après lui.

"* N-^ ô Dieu, notre Sauveur !

"Bf. Et détournez votre colère de dessus nous.

j^. O Dieu, venez à mon aide !

% Seigneur, hâtez-vous de me secourir.

Gloire au Père. etc.

^' v^ Deus Salutaris noster.

içî. Etaverte iram tuam a nobis.

f. Deus, inadjutorium meum intende.

Rj. Domine, ad adjuvandiim me festina.

Gloria Patri, etc.

AU milieu de ma prière, le Dieu de ma justice m'a e.Kaucé ; vous m'avez mis au larjEje, quand j'étais dans l'affliction.

Ayez pitié de moi, et exaucez ma prière.

Enfants des hommes, jusques à quand aurez-vous le cœur appesanti, aimerez-vous la vanité, et chercherez-vous le mensonge ?

Sachez que le Seigneur a rendu admirable celui qui lui est consacré : le Seigneur m'exaucera quand je crierai vers lui.

Si vous vous il ritez, faitesle sans pécher ; repassez avec componction, dans le repos de votre couche, les pensées de vos cœurs.

Offrez un sacrifice de justice, et espérez au Seigneur. Il en est plusieurs qui disent :

Cl' M invocarem exaudivit me Deus justitiœ meae : * in tribulatione dilatasti mihi.

Miserere mei : * et exaudi orationem meam.

Filii hominum. usquequo gravi corde ? * ut quid diligitis vanitatem, et quEeritis mendacium ?

Et scitote quoniam mirificavit Dominus sanctum suum ; * Dominus exaudiet me, cum clamavero ad eum.

Irascimini, et nolite peccare : * quas dicitis in cordibus vestris, in eubilibus vestris compungimini.

Sacrificate sacrificium justitisp, etsperate in Domino : * multi dicunt :

Quis os tendit nobis bona ?

Sig'natum est super nos lumen vultus tui, Domine : ' dedisti Ixtitiam in corde meo.

A fructu frumenti, vini et olei sui ; * multiplicati sunt.

In pace in idipsum : ' dormiam et requiescam.

Quoniam tu, Domine, singulariter in spe : ' constituisti me.

Qui nous montrera le bonheur que nous cherchons ?

La lumière de votre visnsfe. Seigneur, se réfléchit sur nous ; c'est vous qui donnez la joie à mon cœur.

Par l'abondance du vin, de l'huile et du froment, vos enfants se sont multipliés.

Je m'endormirai donc, et me reposerai dans la paix ;

Parce que vous m'avez, Seigneur, affermi dans l'espéIN te Domine speravi, non confundar in œternum : * in justitia tua libéra me.

Inclina ad me aurem tuam : * accéléra ut eruas me.

Esto mihi in Deum protectorem, et in domum refugii : * ut salvum me facias.

Quoniam fortitudo mea, et refugium meum es tu : * et propter Nomen tuum deduces me, et enutries me.

Educes me de laqueo hoc, quem absconderunt mihi : " quoniam tu es protector meus.

In manus tuas commendo spiritum meum : " redemisti me. Domine, Deus veriiaiis.

EN vous, Seigneur, j'ai mis mon espérance ; faites que je ne sois pas confondu : sauvez-moi dans votre justice.

Inclinez votre oreille vers moi, hàtez-vous de me délivrer.

Soyez-moi un Dieu protecteur et une maison de refuge, pour me sauver.

Car vous êtes ma force et mon refuge : et vous me conduirez, vous me nourrirez à cause de votre Nom.

Vous me tirerez du piège qu'on m'a tendu en secret ; car vous êtes mon prolecteur.

Je remets mon esprit entre vos mains : c'est vous qui m'avez racheté, Seigneur, Dieu de vérité.

A Compiles.

CELUI qui habite dans l'asile du Très-Haut, demeurera sous la protection du Dieu du ciel.

Il dira au Seigneur : Vous êtes mon protecteur et mon refuge ! Il est mon Dieu, j'espérerai en lui.

Car c'est lui qui m'a délivré du filet des chasseurs et des paroles fâcheuses.

Le Seigneur te couvrira de son ombre ; tu seras dans l'espérance sous ses ailes.

Sa vérité sera ton bouclier : tu ne craindras ni les alarmes de la nuit,

Ni la flèche qui vole au milieu du jour, ni la contagion qui se glisse dans les ténèbres, ni les attaques du démon du Midi.

Mille tomberont à ta gauche, et dix mille à ta droite : mais la mort n'approchera pas de toi.

Cependant tu jetteras les yeux autour de toi, et tu contempleras le sort de l'impie.

Parce que tu as dit : Seigneur, vous êtes mon espérance ! parce que tu as placé ton refuge dans le TrèsHaut,

Le mal n'approchera pas de toi, et les fléaux s'éloigneront de ta tente ;

Car le Seigneur a comQUI habitat in adjutorio Altissimi : * in protectione Dei cœii commorabitur.

Dicet Domino : Susceptor meus es tu. et refugium meum : * Deus meus, sperabo in eum.

Quoniam ipse liberavit me de laqueo venantium : ' et a verbo aspero.

Scapulis suis obumbrabit tibi : * et sub pennis ejus sperabis.

Scuto circumdabit te Veritas ejus : ' non timebis a timoré nocturno.

A sagitta volante in die, a negotio perambulante in tenebris : * ab incursu, et dœmonio meridiano.

Cadent a latere tuo mille, et decem millia a dextris tuis : * ad te autem non appropinquabit.

V^erumtaraen oc u lis tuis considerabis : * et retributionem peccatorum videbis.

Quoniam tu es, Domine, spes mea : * Altissimum posuisti refugium tuum.

Non accedet ad te malum : * et flagellum non appropinquabit tabernaculo tuo.

Quoniam Angelis suis

h4

mandavit de te : * ut ciistodiant te io omnibus viis tuis.

In inanibus portabunt te : ' ne forte oftendas ad lapidcm pedem tuum.

Super aspidem et basiliscum ambulabis : ' ei conculcabis leoncm et draconem.

Quoniam in me speravit , liberabo eum : ' protegam eum, quf<ninm cognovit Nomen meuni.

Clamabit ad me, et ego exaudiam eum : " eum ipso sum in tribulatione, eripiam eum et glorificabo eum.

Longitudine dierum repfebo eum : * et ostendam illi Sahitare meum.

mandé à ses Anges de te garder en toutes tes voies.

Ils te porteront sur leurs mains, dans la crainte que tu ne heurtes ton pied contre la pierre.

Tu marcheras sur l'aspic et le basilic, et tu fouleras aux pieds le lion et le dragon.

Dieu dira de toi : Parce qu'il a espéré en moi. je le délivrerai. Je le protégerai, parce qu'il a cunnu mon Nom.

Il criera vers moi. et je l'exaucerai : je suis avec lui dans la tribulation : je l'en retirerai et le glorifierai.

Je le rassasierai de longs jours, et je lui montrerai le Sauveur que je lui ai préparé.

Ecr.E De

"E nunc benedicite )ominum : * omnes servi Domini.

Qui statis in domo Domini : ' in atriis domus Dei nostri.

In noctibus extollite manus vestras in Sancta : * et benedicite Dominum.

Benedicat te Dominus ex Sion : * qui fecit cœ- lum et terram.

BÉNISSEZ maintenant le Seigneur, vous tous qui le servez.

Vous qui êtes dans la maison du Seigneur, sous les portiques de la maison de notre Dieu,

Elevez vos mains durant les nuits vers le Sanctuaire, et bénissez le Seigneur.

Diles ii IsijL'l : Que le Seigneur te bénisse de Sion, le Seigneur qui a fait le ciel et la terre.

A Compiles.

Ant. Alléluia, alléluia, alléluia.

AVANT que la lumière disparaisse, nous vous supplions, 6 Créateur de toutes choses, d'être dans votre clémence notre protecteur et notre gardien.

Que les songes et les fantômes de la nuit s'enfuient loin de nous. Comprimez notre ennemi ; qu'il ne profane point nos corps.

Ant. Alléluia, alléluia, alléluia.

Gloire soit à Dieu le Père ! Gloire au Fils ressuscité des morts ! Gloire à l'Esprit consolateur dans les siècles des siècles ! Amen.

TE lucis ante terminum, Rerum Creator, poscimus. Ut pro tua clementia Sis praesul et custodia.

Procul recédant somnia,

Et noctium phantasmata ;

Hostemque nostrum comprime,

Ne poUuantur corpora.

Deo Patri sit gloria. Et Filio qui a mortuîs Surrexit, ac Paraclito, In sempiterna saecula.

Amen.

CAPITULE. 'Jerem. xiv,

ous êtes en nous, Seigneur, et votre saint Nom a été invoqué sur nous : ne nous abandonnez pas. Seigneur notre Dieu 1

"Ef. Entre vos mains, Seigneur, je remets mon esprit. ^ Alléluia, alléluia.

On répète : Entre vos mains, Seigneur, etc.

j^. Vous nous avez rachetés. Seigneur, Dieu de vérité.

On répète : * Alléluia, alléluia.

TU autem in nobis es, Domine, et Nomen sanctum tuum invocatum est super nos ; ne derelinquas nos. Domine Deus noster.

Rj. In manus tuas. Domine, commendo spiritum meum. * Alléluia, alléluia.

In manus tuas.

j^. Redemisti nos, Donc Deus veritatis. * Alléluia, alléluia.

Gloria. In manus tuas.

'fr. Custodi nos, Domine, ut pupillam oculi, allcluia.

^. Sub umbra alarum tuaruih protège nos, alléluia.

Gloire au Père, etc. Entre vos mains, etc.

j^. Gardez-nous, Seigneur, comme la prunelle de l'œil, alléluia.

fi|. Protégez-nous de l'ombre de vos ailes, alléluia.

NLNC dimittis servum tuum. Domine : * secundum verbum tuum in pacc.

Quia viderunt oculi mei : * Salutare tuum.

Quod parasti : * ante faciem omnium populorum.

Lumen ad revelationem gentium : * et gloriam "plebis tuœ Israël.

Ant. Salva nos. Domine, vigilantes ; custodi nos dormientes : ut vigilemus cum Christo. et requiescamus in pace. Alléluia.

VISITA, quaesumus Domine , habitationem istam. et omnes insidias inimici ab ea longe repelle : Angeli tui sancti habitent in ea, qui nos in pace custodiant : et benedictio tua sit super nos semper. Per Dominum

C'est maintenant. Seigneur, que vous laisserez aller en paix votre serviteur, selon votre p. rôle ;

Parce que l'jes yeux ont vu le Sauveur,

Que vous avez destiné à être exposé aux regards de tous les peuples :

Pour être la lumière qui éclairera les nations, et la gloire de votre peuple d'Israël.

Ant. Sauvez-nous, Seigneur, durant la veille : gardez-nous durant le sommeil ; afin que nous puissions veiller avec Jésus-Christ, et que nous reposions dans la paix. Alléluia.

VISITEZ, s'il vous plaît, Seigneur, cette maison, et éloignez-en toutes les embûches de l'ennemi. Que vos saints Anges y habitent, qu'ils nous y gardent dans la paix, et que votre bénédiction demeure toujours sur nous. Par Jcsus-Christ votre Fils,

A Compiles.

notre Seigneur, qui, étant Dieu, vit et régne avec vous en l'unité du Saint-Esprit, dans tous les siècles des siècles. Amen.

y. Le Seigneur sôit avec vous ; B?. Et avec votre esprit. ^. Bénissons le Seigneur.

"Ef. Rendons grâces à Dieu.

Que le Seigneur tout-puissant et miséricordieux, le Père, le Fils et le SaintEsprit, nous bénisse et nous conserve.

f\. Amen.

nostrum Jesum Chris-» tum P'ilium tuum, qui tecum vivit et régnât in unitate Spiritus Sancti Deus, per omnia sascula sœculorum. Amen.

^. Dominusvobiscum ;

Bj. Et cum spiritu tuo.

i^. Benedicamus Domino.

^. Deo gratias.

Benedicat et custodiat nos omnipotens et misericors Dominus, Pater, et Filius, et Spiritus Sanctus.

^. Amen.

REINE du ciel, réjouissezvous, alléluia ; Car celui que vous avez mérité de porter, alléluia,

Est ressuscité comme il l'avait dit, alléluia.

Daignez prier Dieu en notre faveur, alléluia.

y. Soyez dans l'allégresse, ô ^'^ie^ge Marie, alléluia ;

BJ!. Carie Seigneur est vraiment ressuscité, alléluia.

REGINA cœli, laetare, alléluia ; Quia quem meruisti portare, alléluia, Resurrexit sicut di.xit,

alléluia. Ora pro nobis Deum, alléluia.

f. Gaude et Izetare, Virgo Maria, aileluia ;

^. Quia surrexit Dominus vere, alléluia.

O Dieu, qui avez voulu réjouir le monde par la Résurrection de Jésus-Christ, votre Fils; daignez nous faire arriver aux joies de la

Deus, qui per Resurrectionem Filii tui Domini nostri Jesu Christi mundum lœtificare dignatus es : prassta

quœsumus, ut per ejus Genitriccm Virgineiii Mariam, perpctuae capiamus gaudia viiS?. Per eumdcm Christum Dominum nostriim. Amen.

f. Divinum auxilium maneat semper nobiscurn.

% Amen.

, par le sccourr, Mère la Vierge

vie eterne

de sa saime i>

Marie. Pjff le même Jésus

Christ notre Seigneur

f. Que le secours divin demeure toujours avec nous !

^ A VOTRE résurrection, ^- Pi 6 Christ! alléluia. Vf. Le ciel et la terre sont dans l'allégresse, alléluia.

resurrectione

I , Christe , alléluia,

^. Cœli et terra laeten tur, alléluia.

A première semaine a été donnée tout entière aux joies du retour de notre Emmanuel. II nous est apparu pour ainsi dire à chaque heure, ahn de nous rendre certains de sa résurrection. «Voyez, (( touchez ; c'est bien moi » ; nous a-t-il di't i ; mais nous savons qu'il ne doit pas prolonger au delà de quarante jours sa présence visible au milieu de nous. Cette heureuse période

avance peu à peu dans son cours; les heures s'écoulent, et bientôt il aura disparu à nos regards, celui vers lequel la terre a tant soupire. « O vous, l'attente d'Israël et son Sauce veur , s'écrie le Prophète, pourquoi vous (( montrez- vous ici-bas comme un voyageur u qui refuse de taire séjour ? pourquoi votre (( course est-elle semblable à celle de l'homme « qui ne s'arrête jamais i ? » Mais les moments sont d'autant plus chers. Pressons-nous autour de lui durant ces heures rapides; suivons-le du regard, lorsque nous n'entendons plus sa voix; mais recueillons surtout ses paroles, quand elles arrivent jusqu'à nous; elles sont le testament de notre divin Chef.

Durant ces quarante jours, il ne cesse d'apparaître à ses disciples, non plus dans le but de rendre certaine à leurs 3eux sa résurrection, dont ils ne peuvent plus douter; mais, comme nous l'apprend saint Luc, pour « les entretenir du Royaume de Dieu - ». Par son sang et par sa victoire les hommes sont désormais rachetés, le ciel et la terre sont pacifiés ; ce qui reste à consommer maintenant, c'est l'organisation de l'Eglise. L'Eglise est le royaume de Dieu; car c'est en elle et par elle que Dieu va régner sur la terre. L'Eglise est l'Epouse du divin ressuscité qui l'a tirée de la poussière; il est temps qu'il la dote, qu'il la pare pour le grand jour où l'Esprit-Saint descendant sur elle doit la proclamer, à la face de toutes les nations, Epouse du Verbe incarné et Mère des élus.

Trois choses sont nécessaires à la sainte

I. Jerem. XIV, 8. — 2. Act. I. 3.

Le Lundi de la Deux. Sem. après Pâques. 7 1

Eglise pour l'exercice de sa mission : une constitution dressée de la main même du Fils de Dieu, et par laquelle elle va devenir une société visible et permanente; le dépôt fait entre ses mains de toutes les vérités que son céleste Epoux est venu révéler ou confirmer ici-bas, ce qui renferme le droit d'enseigner, et d'enseigner avec infaillibilité; enfin les moyens efficaces par lesquels les fidèles du Christ seront mis en participation des grâces de salut et de sanctification qui sont le fruit du Sacrifice offert sur la croix. Hiérarchie, doctrine, sacrements : tels sont les graves objets sur lesquels Jésus donne à ses disciples, durant quarante jours, ses dernières el solennelles instructions.

Avant de le suivre dans ce sublime travail par lequel il dispose et perfectionne son œuvre immortelle, considérons-le encore, toute cette semaine, dans son attitude de Fils de Dieu ressuscité, habitant parmi les hommes, et présentant à leur admiration et à leur amour tant de traits qu'il nous importe de recueillir. Nous l'avons contemplé dans les langes et sur la croix ; qu'il nous soit permis maintenant de le considérer dans sa gloire.

Il est devant nous, « le plus beau des en« fants des hommes 1 ! » Mais si déjà il méritait d'être appelé ainsi dès le temps où il voilait l'éclat de ses traits sous l'infirmité d une chair mortelle, quelle n'est pas la splendeur de sa beauté, aujourd'hui qu'il a vaincu la mort, et qu'il ne comprime plus comme autrefois les rayons de sa gloire ! Le voilà fixé

I. Psalm. XLiv.

pour l'éternité à l'âge de sa victoire, à cet âge où l'homme a pris tout son accroissement en force et en beauté, où rien n'annonce encore en lui la future décadence. C'est à ce même âge qu'Adam, formé sur le type du Médiateur'à venir, sortit des mains de Dieu, comme le chef-d'œuvre de la création terrestre ; c'est aussi à cet âge que les justes reprendront leurs corps à la résurrection générale, et qu'ils entreront pour jamais dans la gloire, étant tixés, comme dit l'Apôtre, « à la mesure de l'âge complet du « Christ » ' .

Mais ce n'est pas seulement par l'inelîable harmonie de ses traits que le corps de notre divin ressuscité ravit les regards des heureux mortels auxquels il se laisse contempler ; des perfections que l'oeil des trois Apôtres avait à peine entrevues un instant sur le Thabor, éclatent en lui, accrues de toute la magniticence de son triomphe. Dans la glorieuse transfiguration, l'humanité unie au Verbe divin resplendissait comme le soleil ; maintenant tout l'éclat de la victoire et de la royauté est venu s'unir à celui que projetait sur le corps non encore glorifié du Rédempteur la personne divine à laquelle l'incarnation l'a uni. Aujourd'hui, les astres du tirmament ne sont plus dignes d'être mis en comparaison avec la splendeur de ce divin soleil, dont saint Jean nous dit qu'il éclaire à lui seul toute l'immensité de la Jérusalem céleste 'K

A ce don que l'Apôtre des Gentils désigne

I. Eph. IV. — 2. Apoc. XXI, 23.

"Le Lundi de la Deux. Sem. après Pâques. 7 3

sous le nom de clarté, se joint celui de l'impassibilité, par laquelle le corps de notre divin ressuscité a cessé d'être accessible à la souffrance et à la mort. La vie l'a pris pour siège ; l'immortalité éclate dans tous ses traits ; il est entré dans les conditions de l'éternité. Ce corps demeure matière, mais aucune diminution, aucun affaiblissement ne sauraient avoir prise sur lui ; on sent qu'il est en possession de la vie, et pour jamais. La troisième qualité du corps glorieux de notre Rédempteur est l'agilité, avec laquelle il se transporte d'un lieu dans un autre sans effort et dans un instant. La chair a perdu ce poids qui, dans notre état actuel, empêche le corps de suivre les mouvements et les volontés de l'âme. De Jérusalem à la Galilée il franchit l'espace avec la rapidité de l'éclair, et l'Epouse s'écrie avec transport : « J'en« tends la voix de mon bien-aimé ; il vient « s'élançant des montagnes, laissant derrière « lui lescollines '. » Enfin, par une quatrième merveille, le corps de l'Emmanuel a revêtu cette qualité que l'Apôtre appelle la spiritualité ; c'est-à-dire que, sans changer cependant de nature, sa subtilité est devenue telle, qu'il pénètre tous les obstacles, avec plus d'énergie que la lumière n'en met à traverser le cristal. Nous l'avons vu, au moment où l'âme se réunissait à lui, franchir la pierre scellée du sépulcre; maintenant, il entre dans le Cénacle dont les portes sont fermées, et paraît tout à coup aux regards de ses disciples éblouis.

74 I-e Temps Pascal.

Tel est notre libérateur, affranchi des conditions de la mortalité. Ne nous étonnons plus que l'Eglise, cette petite famille qui l'entoure et dont nous sommes issus, soit ravie à sa vue, qu'elle lui dise dans son admiration et son amour : « Que vous êtes beau, 6 mon « bien-aimé M » Répétons-le à notre tour: Oui, vous êtes beau par-dessus tout, 6 Jésus ! Nos yeux si affligés du spectacle de vos douleurs, lorsque naguère vous nous apparaissiez couvert de plaies et semblable à un lépreux, ne peuvent se lasser aujourd'hui de contempler l'éclat dont vous orillez, de se délecter dans vos charmes divins. Gloire à vous dans votre triomphe ! mais aussi gloire à vous dans votre munificence envers vos rachetés ! car vous avez décrété qu'un jour nos corps, purifiés par l'humiliation du tombeau, partageront avec le votre les sublimes prérogatives que nous célébrons en lui.

CONSACRONS à notre Chef glorieux, nous ses membres destinés à la participation de sa gloire, ce beau cantique au'un enthousiasme divin inspira aux Eglises de l'Allemagne dans les siècles du moyen âge.

REX regiim, Deî Agne, Léo Juda magne.

Crucis virtute

ROI des Rois, Agneau de Dieu, Lion puissant de Juda :

Par la vertu de la croix, tu

Le Lundi de la Deux. Sem. après Pâques, y 5

es la mort du péché, la vie de la sainteté.

Pour réparer le mal que nous fit l'arbre de la science, tu nous fais part du fruit de l'arbre de vie ; pour réparer les suites du larcin que commit notre ori^ueil, tu nous apportes le remède de la grâce.

Ton sang a éteint la flamme du glaive qui nous menaçait ; par toi la porte du Paradis est ouverte ; car tu viens nous enseigner l'obéissance. et panser nos blessures par ton divin secours.

Aujourd'hui est le jour auguste du Seigneur : la paix, règne sur la terre ; des éclairs menaçants sillonnent les régions infernales ; la lumière brille plus éclatante au ciel ; c'est le jour marqué par le double baptême, de la Loi et de l'Evangile.

Le Christ est lui-même la Pàque de l'homme : par lui le vieil homme passe, et le nouveau se lève. C'est le jour du Seigneur ; àme qui repousses le vieux levain, qui te rassasies du pain azyme, sois dans la joie.

Tes ennemis sont submergés, tu as marqué ta p'orte ; mange maintenant, avec les

Mors peccati,

Vita justitiœ.

Dans fructum jam

ligni vitœ, Pro gustu scientias, Medicina grati.-e

Pro rapina gloriœ.

Quum tuus sanguis Jus romphaeaï

Restrinxit flammea?, Paradisi pandis hortuni, Stirps obedientia?,

Medicina «ratias.

Ha?c dies Domini celebris : Pax est in terris,

Fulgur inferis, Et lux superis ; Dies duplicis baptismi,

Legis et Evangelii.

Christus Pascha est homini : Dum vêtus transit, Novum surgit. Hcec dies Domini, Gaude mens expers ferment!,

Plena panis azymi.

Submersis hostibus, Signatis postibus, Assum Pascha

Noctc domo una, Jam cum lactucis EJe agrestibus.

Accinctis renibus, Pellitis pedibus,

Cum baculo propcra, Kl caput cum intcstinis Et pedibus vora.

Hac die nos lava. Christe, mundans hyssopo, Fac et dignos hoc mysterio ; Mare siccans, Levialhan

perforans Maxillam hamo armilla.

Calice nos inebria, Sopi, suscita ; De torrente bibens in via Damna nostra ; Tu Pontifex. hostia, Torcular calcans, tu uva.

O flos virgineae virgas fragrans,

Plena septemplici rore,

Specie rosœ rubor,

Lilii candor,

Quo te taniœ clementiœ Consilio,

!Microcosmi inclina .cras Auxilio,

Ut miseris particeps

Redemptor esses,

Absque peccati naevo,

Gestans f'ormulam peccati ?

laitues ameres, la victime pascale passée parle feu, la nuit, dans la maison unique.

La ceinture aux reins, les

Eieds chaussés, tenant le àton, hàte-toi, et consomme la victime tout entière.

O Christ , purifie-nous avec l'hysope en ce jour ; rends-nous dignes d'un tel mystère ; dessèche le lit de la mer sous nos pas, transperce de l'hameçon meurtrier la gueule de Léviathan notre ennemi.

Enivre-nous de ton calice, assoupis-nous, puis réveillenous, toi qui sur la route as bu l'eau du torrent de nos misères. O Pontife, o victime ! c'est toi-même, grappe divine, qui foules le pressoir.

O fleur • odorante de la branche virginale , ton calice est rempli de la rosée des sept dons, vermeil comme la rose, blanc comme le lis. Qui a pu t'inspirer cette immense bonté avec laquelle tu t'abaissas pour secourir notre humble race, pour partager nos misères, et devenir notre rédempteur, toi qui n'avais pas la tache du péché, et qui en portais l'apparence ?

Le Lundi de la Deux. Sem. après Pâques. 7 7

O Seigneur, devenu un même sang avec ton esclave, espoir de la résurrection première et seconde, par le serment que tu juras à Abraham, étends jusquà nous tes bienfaits . Chef immortel qui rends la vie à ton corps, ressuscite-nous en même temps, nous dont tu as partagé la mort. Unis les membres débiles que nous avons reçus d'Adam, l'antique père, à tes membres pleins d'une vigueur divine ; ouvre-nous les pâturages de la vie éternelle, toi qui es la Pàque. Amer..

O Consanguinee Servi, Domine, Spes anastaseos prima», Ultimœ, per jusjurandum Semini Abrflhœ firma et

nos, Dux athanatos. Nos tuo convivificans

corpori, Commortuos Adas parenti veteri ; Tu membris fortioribus Jungens infirma, Vitœ asternœ

Des pascua,

Tu Pascha. Amen.

v resurrectione tua, Chris te, alléluia,

^. Cœli et terra Ixtentur, alléluia.

t.

A VOTRE résurrection . ô Christ 1

tion , o alléluia,

^. Le ciel et la terre sont dans l'allégresse, alléluia.

CELLES sont ces plaies, ô Messie, « que nous apercevons au milieu « de vos mains ' ? » s'écriait le prophète Zacharie cinq siècles avant la naissance de notre Emmanuel. Le même cri respectueux s'échappe de nos cœurs, lorsque, contemplant la gloire inénarrable de Jésus ressuscité, nos regards rencontrent les plaies dont son corps tout radieux est marqué. Ses mains, ses pieds portent la trace des clous, son côté celle du coup de lance ; et ces plaies sont profondes comme elles l'étaient lorsqu'il fut descendu de la croix. « Enfonce ici ton doigt, » dit-il à'Thomas, en lui présentant ses mains; « mets ta « main dans l'ouverture de mon côté. »

Nous sortons de voir cette scène imposante, où la vérité de la résurrection fut rendue plus sensible encore par l'incrédulité du disciple ; mais ce fait nous apprend en même temps que Jésus sortant du tombeau, huit

Le Mardi de la Deux. Sem. après Pâques. 79

jours auparavant, avait conserve sur sa chair £;lorifiée les stigmates de sa passion. Dès lors il devait les garder éternellement ; car aucun changement ne peut plus avoir lieu dans sa perso'nne : il demeure ce qu'il est pour l'éternité. N'allons pas croire cependant que ces stigmates qui rappellent le Calvaire atténuent sa gloire en quoi que ce soit. S'il les conserve, c'est parce qu'il le veut ainsi ; et il le veut ainsi, parce que ces cicatrices, loin d'attester sa défaite et son infirmité, proclament au contraire sa force invincible et son triomphe. Il a vaincu la mort, et les plaies qu'il a reçues dans la lutte sont le souvenir de sa victoire. Il faut donc que le ciel le voie rentrer au jour de son Ascension, éblouissant les regards des Anges par les rayons qui émanent de ses mernbres transpercés. A son exemple, ses martyrs, vainqueurs aussi de la mort, resplendiront d'un éclat tout spécial aux parties de leurs corps que les tortures ont sillonnées : telle est la doctrine des saints Pères 1.

Et ne doit-il pas, notre di*-in ressuscité, exercer du haut de son trône la sublime médiation pour laquelle il a revêtu notre chair, désarmant sans cesse la trop juste colère de son Père, intercédant pour nous, et faisant descendre sur la terre les grâces qui sauvent les hommes? L'éternelle justice réclame ses droits, tout est à craindre pour les pécheurs; mais l'Homme-Dieu interposant ses membres marqués du sceau de sa passion, arrête la

i.AuG. De Civitate Dei,Lib. xxii. Cap. xxix;Ambr. In Lucam. Lib. x.

cVo Le Temps Pascal.

foudre prête à éclater, et la miséricorde prévaut encore une fois sur la rigueur. O plaies sacrées, ouvrage de nos péchés, et devenues ensuite notre bouclier, après vous avoir vénérées sanglantes dans toute la componction de nos cœurs, nous vous adorons au ciel comme la noble parure de notre Emmanuel; partout vous êtes notre espérance et notre sauvegarde.

Cependantun jour viendra où ces augustes stigmates, sans rien perdre de leur splendeur aux yeux des Anges, se révéleront aux hommes, et seront pour plusieurs un objet de confusion et d'épouvante. « Ils verront en ce jour <r celui qu'ils ont percé », nous dit le Prophète 1. Les ineffables douleurs de la passion, les joies non pareilles de la résurrection, dédaignées, méconnues, foulées aux pieds, auront préparé la plus terrible vengeance, la vengeance d'un Dieu qui ne peut avoir été en vain crucifié, et qui ne peut être ressuscité en vain. On comprend alors ce cri d'effroi : « Montagnes, tombez sur nous ! ro« chers, couvrez-nous! dérobez-nous la vue « de ces plaies vengeresses qui n'envoient « plus sur nous les rayons de la miséricorde, o mais nous lancent aujourd'hui les éclairs « d'un implacable courroux. »

O plaies sacrées de notre divin ressuscité, en ce jour terrible soyez propices à tous ceux auxquels la Pàque a'rendu la vie. Heureux ceux qui durant ces quarante jours eurent la faveur de vous contempler ! heureux serons-nous nous-mêmes, si nous vivons en

Le Mardi de la Deux. Sent, après Pâques. 8 1

vous aimant, en vous vénérant. Empruntons les sentiments de saint Bernard, et disons avec lui : « Quel plus sûr asile que les plaies « du Sauveur pour celui qui est faible ? Pour « moi, je m'y trouve d'autant plus en sécu« rite, qu'il est plus puissant pour sauver. « Le monde frémit de rage, la chair fait sen« tir son poids, le démon tend ses embûches; « je ne succombe pas, fondé que je suis sur « la pierre ferme. Mon péché est grand ; ma « conscience en est troublée, mais'^mon trou« ble n'ira pas jusqu'au désespoir; car je « me souviens des plaies du Seigneur. N'est« ce pas pour nos iniquités qu'il a été blessé ? « Ce qui me manque, je vais le prendre « dans le Cœur même du Seigneur, source de « miséricorde. Il est des ouvertures par les« quelles cette miséricorde jaillit jusque sur « moi. En perçant ses mains et ses pieds, en « ouvrant son côté, ils m'ont fourni le moyen « de goûter combien le Seigneur est doux. « Le Seigneur voulait faire la paix avec moi, « et je ne le savais pas; car quel est celui « qui- connaît les pensées du Seigneur .'' Mais « le fer en pénétrant les menribres divins « m'a donné à voir l'intention du Seigneur. « Et que vois-je et qu'entends-je ? c'est le « clou lui-même, c'est la blessure elle-même « qui me crient que Dieu est dans le Christ « afin de se réconcilier avec le monde. Si le « fer de la lance est allé jusqu'à son Cœur, « c'était afin que ce Cœur sût compatir à mes « misères. Par les ouvertures du corps de « l'Homme-Dieu apparaissent les secrets de « son Cœur, le grand mystère de bonté, les « entrailles de la miséricorde de notre Dieu.

« Qui pouvait nous montrer mieux que ne « l'ont fait vos blessures, Seigneur, à quel « point vous êtes doux et miséricordieux ' ? »

Nous fêterons aujourd'hui la glorieuse Résurrection, en employant cette admirable Séquence du xi* siècle, puisée dans un Missel de l'abbaye de Murbach.

CARMEN suo dilecto Ecclesia Christi canal, Ob quam patrem matremque dcseretis, Deus nostra Se vestiit natura. Etsynagogam respuit.

Christe, Tuo sacro latere Sacramenta manarunt illius: Tui ligni adminiculo Conservatur in salo saeculi.

Hanc adamans conjugera,

Clauderis Gaza;. Sed portas effracturus

Illius; Hanc etiam hostibus Eruitiirus. Es congressus Tyranno Goliath.

Quem lapilln Prosternis unico.

QUE l'Eglise du Christ chante un cantique à son bien-aimé ; pour elle il a quitté son père et sa mère. Etant Dieu il s'est revêtu de notre nature, et né Juif il a rejeté la synagogue.

De ton côté sacré , o Christ, ont découlé les sacrements de ton Eglise ; sur le bois de ta croix, elle traverse sans sombrer la mer du siècle.

Par amour pour cette épouse, tu te laisses enfermer à Gaza ; mais tu sauras briser les portes de cette ville. Pour affranchir du joug ennemi cette épouse, tu luttes avec le tyran Goliath : tu retends par terre . en lui lançant un seul caillou.

I. Bern. In Cantic. Scrm. LXi.

Le Mardi de la Deux. Sem. après Pâques.

Voici maintenant, ô Christ, ton Eglise tout entière rassemblée dans le jardin, se livrant en paix à l'allégresse sous l'ombre chérie de la vigne. C'est toi , ô Christ, qui, en ressuscitant, as ouvert aux tiens ce jardin fleuri du paradis si longtemps fermé ; c'est toi, ô Seigneur, Roi des rois !

Ecce sub vite Amœna, Christe,

Ludit in pace Omnis Ecclesia tute in

horto ; Resurgens, Christe, Hortum florentis Paradisi tais Obstructum Diu, reseras,

Domine, Rex regum.

\.h MKKCKliDi

^ 1 N resurrectione

191. Cœli et terra Isetentur, alléluia.

rOTRE résurrection , ô Christ ! alléluia,

^. Le ciel et la terre sont dans l'allégresse, alléluia.

I la sainte humanité de Jésus ressuscité resplendit de mille et mille rayons, n'allons pas croire qu'entouré d'une si vive splendeur il soit devenu inaccessible aux mortels. Sa bonté, sa condescendance sont restées les mêmes, et Ton dirait plutôt que sa divine familiarité avec les enfants des hommes est devenue plus empressée et plus touchante. Que de traits inetfables n'avons-nous pas vu se succéder dans la radieuse Octave de la Pàque ! Rappelons-nous son aimable prévenance à l'égard des saintes femmes, quand il les rencontre et les salue, sur la route du tombeau ; l'épreuve aimable qu'il fait subir à Madeleine en lui apparaissant sous les dehors d'un jardinier ; l'intérêt avec lequel il accoste les deux disciples sur le chemin d'Emmaûs, se mêle à leur conversation, et les dispose doucement à le reconnaître ; son apparition aux dix, le soir du dimanche, où il leur donne le salut de paix, leur livre à palper ses membres divins, et condescend jusqu'à manger sous leurs yeux ; l'aisance

Le Mercr. de la Deux. Sem. après Pâques. 85

avec laquelle, huit jours après, il oblige Thomas à véritier les stigmates de la Passion ; la rencontre au bord du lac de Génézareth, où il daigne encore favoriser la pèche de ses disciples, et leur offre un repas sur le rivage : tous ces traits ineffables nous révèlent assez combien les rapports de Jésus ressuscité furent intimes et pleins de charme durant ces quarante jours.

Nous reviendrons sur les relations qu'il entretint avec sa sainte Mère ; aujourd'hui considérons-le au milieu de ses disciples, auxquels il se montre assez fréquemment pour que saint Luc ait pu nous dire « qu'il c( leur apparut pendant quarante jours ^ ». Le collège apostolique est réduit à onze membres ; car la place du traître Judas ne doit être remplie qu'après le départ du Seigneur, à la veille du jour où l'Esprit divin descendra. Qu'ils sont beaux à contempler dansleur simplicité, ces futurs messagers de la paix au milieu des nations - ! Naguère faibles dans la foi, hésitant, oublieux de tout ce qu'ils avaient vu et entendu, ils s'étaient éloignés de leur Maître au moment du péril ; ainsi qu'il le leur avait prédit, ses humiliations et sa mort les avaient scandalisés ; la nouvelle de sa résurrection les avait trouvés indifférents et même incrédules ; mais il s'est montré si indulgent, ses reproches étaient si doux, que bientôt ils ont retrouvé la confiance et l'abandon qu'ils avaient avec lui durant sa vie mortelle. Pierre qui s'est montré le plus infidèle, après avoir été le

86 Le Temps Pascal.

plus vain, a repris ses relations familières avec son Maître ; une épreuve particulière l'attend d'ici peu de jours; mais toute l'attention des apôtres est concentrée en leur Maître. Leurs yeux sont ravis de son éclat ; sa parole a pour eux un charme tout nouveau ; mais aujourd'hui ils comprennent mieux son langage. Eclairée par les divins mystères de la Passion et de la Résurrection, leur vue est plus ferme et s'élève plus haut. Au moment de les quitter, le Sauveur multiplie ses enseignements; ils écoutent avec avidité ce complément des instructions qu'il leur donna autrefois. Ils savent que le moment approche où ils ne l'entendront plus; maintenant il s'agit de recueillir ses dernières volontés, et de se rendre aptes à remplir pour sa gloire la mission qui va s'ouvrir pour eux. Ils" ne pénètrent pas encore tous les mystères qu'ils seront chargés d'annoncer aux nations ; leur mémoire aurait de la peine à retenir de si hauts et si vastes enseignements ; mais Jésus leur annonce l'arrivée prochaine de l'Esprit divin qui doit non seulement fortifier leur courage, mais développer encore leur intelligence, et les faire ressouvenir de tout ce que leur Maître leur aura enseigné '.

Un autre groupe attire aussi nos regards : c'est celui dès saintes femmes. Ces fidèles compagnes du Rédempteur qui l'ont suivi au Calvaire, et qui en retour ont les premières goûté les allégresses de la résurrection, avec quelle bonté" leur Maître les félicite et

Le Mercr. de la Deux. Setn. après Pâques. S y

les encourage ! avec quelle touchante recherche il aime" à reconnaître leur dévouement ancien et nouveau ! Autrefois, comme nous l'apprend le saint Evangile, elles pourvoyaient à sa subsistance ; maintenant qu'il n'a plus besoin des aliments terrestres, c'est lui qui les nourrit de sa chère présence ; elles le voient, elles l'entendent, et la pensée qu'il doit bientôt leur être enlevé redouble encore le charme de ces dernières heures. Glorieuses mères du peuple ch'rétien, ancêtres illustres de notre foi, nous les retrouverons au Cénacle, le jour où l'Esprit-Saint s'arrêtera sur elles en langues de feu comme sur les apôtres. Leur sexe devait être représenté en ce moment où la sainte Eglise sera déclarée à la face de toutes les nations, et les femmes du Calvaire et du Sépulcre avaient droit par-dessus tous de prendre part aux divines splendeurs de la Pentecôte.

A l'honneur de Jésus rendu pour quarante ^ jours àTaffection des apôtres et des saintes femmes de l'Evangile, consacrons cette belle Séquence d'Adam de Saint-Victor.

VOICI le jour glorieux : la lumière succède aux ténèbres, la résurrection à la mort. Que la tristesse fasse place à la joie; car la gloire est plus grande que ne fut l'ignominie. L'ombre fuit devant la vérité, l'antique loi devant la nouvelle ; la

ECCE dies celebris ! Lux succedit tenebris, Morti resurrectio ; Laetis cédant tristia, Cum sit major gloria Quam prima confusio; Umbram fugat veritas, Vetustatem novitas,

s s

Luctura consola:

Pascha novum colite ; Quod praeit in capite, Membra sperent singula. Pascha novum Christus

est, Qui pro nobispassus est, Agnus sine macula.

Hosti qui nos circuit, Praedam Christus eruit : Quod Samsonpraeinnuit, Dum leonem lacérât. David, fortis viribus, A leonis unguibus Et ab ursi faucibus Gregem patris libérât.

Quod in morte plures stravit Samson, Christum figuravit, Cujus mors Victoria. Samson dictus Sol eoriim : Christus lux est electorum Quos illustrât gratia.

Jam de crucis sacre vecte Botrus fluit in dilectœ

Pénétrai Ecclesias. Jam calcato torculari. Musto gaudent debriari

Gentium primitise.

consolation a remplacé le deuil.

Venez fêter la Pàque nouvelle ; que les membres espèrent pour eux-mêmes la gloire qui déjà brille en leur chef. Notre nouvelle Pàque, c'est le Christ, lui qui souffrit pour nous. Agneau sans tache.

L'ennemi qui rôde autour de nous avait saisi sa proie ; le Christ la lui arrache. C'est la victoire que figurait Samson, lorsqu'il déchira le lion furieux ; et David, jeune et robuste , lorsqu'il sauva le troupeau de son père des griffes du lion et de la dent de l'ours.

Samson immolant par sa mort ses nombreux ennemis, présageait encore le Christ, dont la mort a été la victoire; Samson, dont le nom exprime le Soleil, rappelle le Christ, lumière des élus que sa grâce illumine.

Sous le pressoir sacré de la croix, la grappe s'épanche dans le sein de l'Ei^lise bien-aimée ; exprimé par la violence, le vin coule, et sa liqueur plonge dans une joyeuse ivresse les prémices de la gentilité.

Le Mercr. de la Deux. Sem. après Pâques. 8g

Le sac lacéré par tant de blessures devient un ornement royal : cette chair qui a vaincu la souffrance est transformée en une parure de gloire.

Pour avoir immolé le roi, le juif a perdu le royaume nouveau Caïn, il est exposé en exemple, et le signe dont il est marqué ne s'effacera pas.

La pierre qu'il a rejetée et réprouvée est maintenant la pierre élue ; posée à la tête de l'angle, elle y brille comme un trophée. Par elle le péché est ôté, mais non la nature ; elle donne à l'homme un nouvel être, et réunis par elle , les deux peuples n'en forment plus qu'un seul.

Donc soit gloire au Chef, et concorde entre les membres !

Amen.

Saccus scissus et pertusus, In regales transit usus • Saccus fit soccus glorias, Caro victrix miseriae.

Qaia regera peremerunt,

Rei regnum perdiderunt ;

Sed non deletur penitus

Gain, in signura positus.

Reprobatus et abjectus. Lapis iste nunc electus, In tropasura stat erectus

Et in caput anguli. Culpam delens, non naturam, Novam créât creaturam, Tenens in se ligaturam

Utriusque populi.

Capiti sit gloria, Membrisque coiicordia !

Amen.

a TN resurrectionc

1 tua , Christe, allejuia,

"Bf. Cœli et terra la;- tcntur. allehiia.

A A VOTRE résurrec^ '^' /\ lion , ù Christ l

alléluia,

^. Le ciel et la terre sont

dans l'allégresse, alléluia.

[es Apôtres et les saintes femmes ' ne sont pas les seuls à jouir de la présence de notre divin ressuscité ; _ . _ un peuple innombrable de justes' doiTit il est le roi bien-aimé, réclame aussi la faveur de le voir et de l'entretenir dans sa sainte humanité. Distraits par les magnificences de la Résurrection, nous avons quelque peu perdu de vue ces vénérables captifs que l'âme bienheureuse du Rédempteur alla visiter, durant les heures de la mort, dans les prisons souterraines où tant d'amis de Dieu groupés autour d'Abraham attendaient le lever de la lumière éternelle. Depuis l'heure de None du grand Vendredi jusqu'au point du jour du Dimanche, l'àme divine de l'Emmanuel demeura avec ces heureux prisonniers qu'il mit par sa vue en possession de la béatitude suprême. Mais l'heure étant arrivée où le vainqueur de la mort alla:it entrer dans son triomphe, il ne pouvait laisser captives derrière lui ces âmes désormais affranchies par sa mort et sa résurrection. Au moment marqué, l'âme de

Le Jeudi de la Deux. Sem. après Pâques, g i

Jésus s'élance des profondeurs de la terre jusqu'au sein du sépulcre, où elle revient animer pour jamais son corps glorieux; et la foule des âmes saintes, remontant des limbes à sa suite, lui sert de cortège, en tressaillant de bonheur.

Ces âmes, au jour de l'Ascension, formeront sa cour, et s'élèveront avec lui; mais la porte du ciel est encore fermée; elles doivent attendre l'expiration des quarante jours que le Rédempteur va consacrer à l'éditication de son Eglise. Invisibles au\ regards des mortels, elfes planent au-dessus de cette humble demeure qui fut la leur, et où elles ont conquis la récompense éternelle. Notre premier père revoit cette terre qu'il cultiva à la sueur de son front; Abel admire la puissance du sang divin qui a crié pour la miséricorde, tandis que le sien n'implorait encore que la justice i ; Noé parcourt du regard cette multitude d'hommes qui couvre le globe, issue tout entière de ses trois fils; Abraham, le Père des croyants, Isaac et Jacob saluent l'heureux moment où va s'accomplir sur le monde la promesse qui leur fut faite, que toutes les générations seraient bénies en celui qui devait sortir de leur race ; Moïse retrouve son peuple, au sein duquel le divin envoyé « plus grand que « lui », qu'il avait annoncé, a trouvé si peu de disciples et tant d'ennemis; Job, qui représente les élus de la gentilité, est tout entier à la joie de voir « ce Rédempteur vivant '^ )>, en lequel il espérait dans son infortune ;

0 2 Le Temps Pascal.

David, saisi d'un saint enthousiasme, prépare pour l'éternité des cantiques plus beaux encore a la louante de l'Epoux divin de la nature humaine ; Isaie et les autres Prophètes voient de leurs yeux l'accomplissement littéral de tout ce qu'ils ont prédit; entin l'armée entière des justes, dont les rangs sont formés des élus de tout siècle et de toute nation, contemple avec regret les traces honteuses du pQlythéisme etde l'idolâtrie qui ont envahi une si grande partie de la terre, et appelle de toute l'ardeur de ses désirs le moment où la trompette évangélique va retentir pour réveiller de leur fatal sommeil tant de peuples assis sous les ombres de la mort.

Mais de même qu'au jour où les élus sortiront de leurs tombeaux, ils s'élanceront dans les airs au-devant du Christ, semblables, nous dit le Sau\eur, « à des aigles « qu'une même proie a rassemblés i » ; ainsi les âmes bienheureuses aiment à se grouper autour de leur libérateur. Il est leur aimant; sa vue les nourrit, et les communications avec lui leur causent d'ineffables délices. Jésus condescend aux désirs de « ces bénis « de son Père » qui sont à la veille de « possède der le royaume qui leur est préparé depuis « la création du monde - » ; il se laisse suivre et accompagner par eux, et les heures qui retardent le solennel triomphe de l'Ascension leur paraissent couler avec moins de lenteur.

Avec quel attendrissement le tidèle et chaste Joseph, à l'ombre de son tils adoptif

I. Matth. XXIV, 28. — 2. IMd. XXV, 34.

Le Jeudi de la Deux. Sem. après Pâques. g3

qui est en même temps son créateur, contemple sa virginale épouse, devenue au pied de la croix la Mère des hommes ! Qui pourrait décrire le bonheur d'Anne et de Joachim, à la vue de leur auguste tille que désormais « toutes les générations appelleront « Bienheureuse i ? » Et Jean le Précurseur, sanctifié dès le sein de sa mère à la voix de Marie, quelle félicité est la sienne de revoir celle qui a donné au monde TAgneau qui en efface tous les péchés ! Avec quels regards de tendresse les âmes bienheureuses considèrent les Apôtres, ces futurs conquérants de la terre, que leur Maître en ce moment arme pour les combats ! C'est par eux que la terre, rappelée bientôt à la connaissance du vrai Dieu, enverra au ciel de nombreux élus cqui monteront sans interruption, jusqu'au jour où le temps cessera d'ctre, et où l'éternité planera seule sur l'œuvre de Dieu.

Honorons aujourd'hui les augustes et invisibles témoins des préparatifs de la divine miséricorde pour le salut du monde. Bientôt nos regards suivront leur vol vers la patrie céleste, dont ils iront prendre possession au nom de l'humanité rachetée. Des limbes à l'empirée la distance est longue; gardons souvenir de leur station de quarante jours dans leur première patrie, théâtre de leurs épreuves et de leurs vertus. En revoyant la terre, ces glorieux ancêtres l'ont sanctifiée, et la route qu'ils vont bientôt suivre sur les pas du Rédempteur,restera ouverte pour nous.

POUR exprimer les joies mystérieuses de cette journée, empruntons cette belle Séquence au Missel de Cluny de i523.

PROME casta Concio cantica , Organa subnectens Hypodorica.

Régi claustra Deo tartarea Rumpenti , décanta Nunc symphonia.

Morte qui victa

Resurgens, fraudir. Mundo gestat colenda.

Hanc insolita

Mirantes perdita Cocyti confinia,

Spectant fortia. Intrante illo Vita beata.

Terrore perculsa,

Tremescit dœmonum Plebs valida.

Dant suspiria

Fletuum alta :

Repagula

Quis sic audax fregerit, Mirantur nunc forSSEMBLÉE sainte, fais entendre tes chants mélodieux, et accompagne-les du concert des instruments.

Chante aujourd'hui à l'honneur d'un Dieu qui a brisé les portes des enfers.

Vainqueur de la mort, il ressuscite , apportant au monde des joies qu'il faut célébrer.

Etonnées à la vue d'un spectacle si nouveau , les régions maudites de l'abime

Contemplent ses hauts faits, en le voyant entrer, lui, source de la rie bienheureuse.

Frappée de terreur , la troupe formidable des démons en est dans le tremblement.

Elle gémit, elle pousse des cris de désespoir, tout en s'étonnant de l'audace de celui qui a pu rompre de telles barrières.

Le Jeudi de la Deux. Sent, après Pâques, g 5

Le Christ revient à la lumière, amenant avec lui la troupe glorieuse des élus ; il vient rassurer les cœurs timides de ses disciples.

Pour nous, qui admirons de si hauts faits, nous l'implorons d'une voix suppliante.

Qu'il daigne nous rendre dignes de célébrer la solennelle Pàque dans les rangs de l'armée des vierges ;

Dans ce séjour que figurait la Galilée; là où il est donné aux élus de contempler la source éblouissante et sacrée de toute lumière. Alléluia.

Sic ad supera

Redit cum turma

Gloriosa,

Et timida Refovet discipulorum

corda.

Praecelsa

Hujus tropœa Admirantes, Flagitamus nunc Voce decliva.

Virginum inler agmina, Mereamur pretiosa Colère ut pascha :

Galilaea

In qua sacrata Prœ fulgore contueri Lucis exordia. Alléluia.

mmmnmmmmmmm

f.

N resurrectiooe tua , Christe, alléluia,

r^. Cœli et terra laetentur, alléluia.

resurrecChrist !

' ■ r\ tion , <

alléluia,

^. Le ciel et la terre sont dans l'allégresse, alléluia.

ouRNONS aujourd'hui nos regards vers un autre spectacle; abaissonsles sur Jérusalem, la ville déicide qui retentissait, il y a quinze jours, de l'horrible cri : « Otez-le ! 6tez-le ! cruciu fiez-le! » Est-elle émue des grands événements qui se sont accomplis dans son sein ? la rumeur qui s'est répandue sur le tombeau trouvé vide dure-t-elle encore ? Les ennemis du Sauveur sont-ils parvenus à endormir le public par leur ignoble stratagème ? Ils ont fait venir les gardes du sépulcre, et ils leur ont donné àe l'argent pour dire à qui voudra les entendre, qu'ils ont mal gardé la consigne qu'on leur avait assignée, qu'ils se sont'tous laissés aller au sommeil, et que, pendant ce temps, les disciples sont venus furtivement et ont enlevé le corps de leur Maître. Dans la crainte que ces soldats ne s'inquiètent des suites cjue peut avoir pour eux une telle infraction à la discipline, on leur a promis de négocier l'impunité auprès des chefs L

Le Vend, de la Deux. Sem. après Pâques, gj

Voilà donc le dernier effort de la synagogue pour anéantir jusqu'à la mémoire de Jésus de Nazareth ! Elle prétend en faire un obscur imposteur qui a tini par un supplice honteux, et qu'une plus honteuse supercherie a achevé de compromettre après sa mort. Encore quelques années cependant, et le nom de ce Jésus s'échappant de l'étroite enceinte de Jérusalem et de la Judée, aura retenti jusqu'aux extrémités de la terre. Encore un siècle, et les adorateurs de ce Jésus couvriront le monde. Encore trois siècles, et la corruption païenne s'avouera vaincue, et les idoles rouleront dans la poussière, et la majesté des Césars s'inclinera devant la croix. Dis donc encore, ô Juif aveugle et obstiné, qu'il n'est pas ressuscité, celui que tu n'as su que maudire et crucitier, lorsque maintenant il est le roi du monde, le monarque béni d'un empire sans limites. Relis donc encore une fois tes propres oracles, ces oracles que nous avons reçus de ta main. Ne disent-ils pas que le Messie sera méconnu, qu'il sera mis au rang des scélérats, et traité par toi comme l'un d'eux i ? Mais ne disentils pas aussi que « son sépulcre sera glo« rieux ~ ? » Pour tout autre homme le tombeau est recueil contre lequel vient se briser sa gloire ; pour Jésus, il en a été autrement: le trophée de sa victoire est un sépulcre ; et c'est parce qu'il a étouffe la mort dans ses bras victorieux que nous le proclamons le Messie, le Roi des siècles, le Fils de Dieu

Mais Jérusalem est charnelle, et l'humble

I. IsAl. un, 12. — 2. Ibid. XI, 10.

()S Le Temps Pascal.

Nazaréen n'a pas flatté son orgueil. Ses prodiges étaient éclatants, la sagesse et l'autorité de ses discours sans égales' dans le présent ni dans le passé, sa bonté, sa miséricorde supérieures encore aux misères de l'homme: Israël n'a rien vu, n'a rien entendu, n'a rien compris; il ne s'est souvenu de rien. Sa destinée est, hélas! fixée en ce moment, et c'est lui qui l'a faite. Daniel le déclara, il y a cinq siècles : « Le peuple qui l'aura renié ne sera « plus son peuple i. » Qu'ils se hâtent donc d€ recourir au divin ressuscité, ceux qui ne veulent pas être ensevelis sous la plus affreuse ruine qui ait jamais épouvanté le monde.

Une lourde atmosphère pèse sur la cité déicide. Ils ont crié : « Que son sang soit sur « nous et sur nos enfants ! » Ce sang est sur Jérusalem comme un nuage de colère. Encore quarante ans, et les foudres qu'il recèle éclateront. Ce sera le carnage, l'incendie, la destruction, et « une désolation qui demeurera jusqu'à la fin -. » Dans son aveuglement, Jérusalem, qui sait que les temps sont accomplis, va devenir un foyer de séditions. Des aventuriers se donnant tour à tour pour le Messie agiteront la nation juive, jusqu'à ce qu'enfin Rome s'émeuve, et envoie ses légions pour éteindre sous des flots de sang le foyer de la révolte; et Israël chassé de sa patrie sera errant, comme Cain, par toute la terre.

Oh ! que ne reconnaissent-ils celui qu'ils ont méconnu, et qui les attend encore ! pourquoi passent- ils sans remords près de ce tomI, Dan. IX, 26.-2. Ibid.

Le Vend, de la Deux. Sem. après Pâques, gq

beau vide qui proteste contre eux ? N'ont-ils pas demanûc que le sang innocent fût versé? Ce premier crime, fruit de leur orgueil, demande à être rétracté, et alors le pardon descendra sur eux. Que s'ils persistent à le soutenir, c'en est fait; l'aveuglement est désormais leur châtiment, Ils s'agiteront dans les ténèbres, et rouleront jusqu'au fond de J'abîme. Les échos de Bethphagé et de la montagne des Oliviers n'ont pas eu le temps d'oublier le cri de triomphe qu'ils répétaient il y a peu de jours: « Hosannah au tils de David ! » Essaie, 6 Israël, il en est temps encore, de faire entendre de nouveau cette légitime acclamation. Les heures s'écoulent ; la solennité de la Pentecôte s'ouvrira bientôt. C'est en ce jour que la loi du tils de David doit être promulguée, que l'abrogation de la loi désormais stérile de Moïse doit être publiée. En ce jour, tu sentiras deux peuples dans ton sein : l'un faible quant au nombre, mais appelé à conquérir toutes les nations au vrai Dieu, s'inclinera avec amour et repentir devant le fils de David crucifié et ressuscité; l'autre, superbe et dédaigneux, n'aura cjue des blasphèmes pour son Messie, et méritera par son ingratitude de servir à jamais d'exemple à quiconque endurcit volontairement son cœur. 11 nie encore aujourd'hui la résurrection de sa victime ; mais le châtiment qui pèse sur lui jusqu'à la fin des siècles, montre assez que le bras vengeur que l'on y sent est un bras divin, le bras du Dieu de vérité dont les anathèmes sont infaillibles.

r^ LORiFioNS notre divin Messie ressuscite, ^-^ en lui offrant cette Séquence pascale que nous trouvons dans les anciens Missels de Saint-Gall.

MAGNinCET confessiu Atque pulchritudû

Magni Régis novam In cruce victoriam,

In qua triumphatus Est mortis principatus

Qua evacuatum Est peccati veteris Chirographum,

Qua paschalis Agni Immolatur victima Pro ovili,

Qua torcular calcat De Edom qui venerat, Et de Bosra.

Cujus antidotum Serpentini vulneris Sanat morsum.

Per crucem Deo Reconciliaturmundus : Per lignum nunc redeniptus, Per lignum in Adam venditus.

be

chants les plu^ célébrons avec

les beaux transport

La nouvelle victoire que le grand Roi a remportée sur

C'est sur ce bois qu'il a triomphé de l'empire de la mort;

Qu'il a anéanti l'antique cédule de nos péchés ;

Que l'Agneau pascal a été immolé comme une victime pour le troupeau ;

Qu'il a foulé le pressoir, celui qui est venu d'Edom et de Bosra,

Apportant avec lui le remède qui devait guérir la blessure faite par le serpent.

Par la croix le monde est réconcilié avec Dieu; parle bois l'homme fut vendu dans Adam, et par le bois il est racheté maintenant.

Le Vend, de la Deux. Sem. après Pâques. loi

Par la croix, la créature dernière est associée aux Astres du matin ; c'est elle qui remplira les vides du ciel."

O croix, arbre de vie, qui portes celui qui est' la vie et la rançon du monde, tu es l'échalas auquel est suspendue la grappe transplantée des vignes d'Engaddi.

Le Christ, notre paix, a détruit l'inimitié, il a donné la paix à ceux qui étaient près, et à ceux qui étaient loin.

O croix puissante , tu as attifé le monde entier , en l'enserrant tout entier dans tes deux bras.

O croix, tu t'élèves dans les airs , mais tu plonges aussi jusqu'aux abîmes, et les captifs que tu viens délivrer, tu les élèves jusqu'au ciel.

Le Christ a offert en victime sur ton bois le temple de sa chair, ce temple qui fut créé dans le nombre de jours figuré par les quatre lettres grecques du nom d'A- dam ; mais c'est afin de réédifier après trois jours le monde , dont les quatre points du ciel mesurent létendue.

Per crucem Astris Sociatur matutinis. Factura novissima, Restaurans cœli dispendia.

Crux vitœ lignum, Vitam mundi portans Atque pretium, Tu vectis es botri Nati in vineis Engaddi.

Christus pax nostra Inimicitias solvens, lis qui erant prope Dans pacem. Et his qui a longe.

O virtus crucis, Mundum attrahis, Amplexando tuis Hinc inde brachiis.

O excelsa crux, Ima perforans, Vinctos, quos absolvis. Ad summa erii;is.

Christus carnis templum Hac dierum summa constructum, Quam tetragrammaton Adam graece coUigit, In te dissolvendum obtulit; Sed, ut mundum Salvet quadrifidum, Reaedificat post triduum.

Agne Palris summi, Cruce toUens crimina

mundi, Da, ut in augmente Charitatis, fidei, spei, Crucis sacrosanctac valeamus, Cum sanctis omnibus, Dimensiones comprehcndere,

Et proximis condolentes, Carnem macérantes, Crucis alms bajulos Tua trahas post vestigia.

Quo hic tuti et indemnes,

Ibi ad tribunal, jadex, tuum

Simus sanctae

Crucis per signaculum,

Annuntiantes in genlibus, Quia regnavit a ligno Deus. Amen.

Agneau du Père souverain, toi qui par la croix ôtes les péchés du monde, donnenous l'accroissement de la foi, de l'espérance et de la charité, afin que nous puissions comprendre avec tous les saints , les dimensions mystérieuses de cette croix sacrée.

Rends-nous pleins de compassion pour le prochain; encourage-nous à mortifier la chair, et laisse-nous marcher sur tes traces, chargés aussi nous-mêmes du poids de notre croix.

Ainsi protégés et garantis ici-bas, nous attendrons de parailre devant ton tribunal, ô Juge, mettant notre confiance dans le sceau imprimé sur nous de ta sainte croix.

Et proclamant devant toutes les nations que Dieu a vaincu, et qu'il règne par le bois.

Amen.

*• A VOTRE résurrection, ^- r\ à Christ ! alléluia,

1^. Les cieux et la terre sont dans l'allégresse, alléluia.

^ IN resurrectione ■ 1 tua, Christe, alléluia,

"Bf. Cœli et terra laetentur, alléluia.

N ce jour du samedi, tournons-nous vers Marie, et contemplons-la de nouveau au milieu des joies de la résurrection de son fils. Elle avait traversé avec lui la mer des douleurs ; pas une des souffrances de Jésus qu'elle n'eût ressentie dans la mesure possible à une créature ; pas une des grandeurs de la résurrection du Rédempteur qui ne lui soit communiquée dans la même mesure. Il était juste gue celle à laquelle Dieu avait accordé la grâce et le mérite de participer à l'œuvre de la Rédemption, eût aussi sa part dans les prérogatives de son fils ressuscité. Son âme s'éleva à des hauteurs nouvelles; la grâce l'inonda de faveurs qu'elle n'avait pas reçues jusque-là, et ses œuvres ainsi que ses sentiments en devinrent plus célestes encore.

Jésus, en se montrant à elle la première, au moment qui suivit sa résurrection, lui a communiqué dans ses divins embrassements cette vie nouvelle où il est entré ; et nous ne

104 Le Temps Pascal.

devons pas nous en étonner, puiscjue nous savons que le simple chrétien qui, puritic par la compassion aux douleurs de Jésus, s'unit ensuite, avec la sainte Eglise, au sublime mystère de la Pâque, devient aussi participant de la vie du Sauveur ressuscité. Cette transformation qui en nous est faible, et souvent, hélas ! trop fugitive, s'opéra en Marie dans toute la plénitude qu'appelaient à la fois sa haute vocation et son incomparable fidélité ; et l'on pouvait dire d'elle, bien autrement que de nous, qu'elle était véritablement ressuscitée en son fils.

En songeant à ces quarante jours durant lesquels Marie doit encore posséder son divin fils sur la terre, notre souvenir se rej^orte à ces autres quarante jours où nous la vîmes penchée sur le berceau de Jésus nouveau-né. Alors nous entourions de nos tendres hommages cette heureuse mère allaitant le plus chéVi des fils; on entendait les concerts des Anges, on voyait arriver les bergers et bientôt'les Mages ; tout était doucetir, charme et attendrissement. Mais l'Emmanuel que nos yeux contemplaient alors avec tant de délices nous frappait surtout par son humilité ; en lui nous reconnaissions l'Agneau venu pour effacer les péchés du monde : rien n'annonçait encore le Dieu fort. Quel changement s'est opéré depuis cette époque de touchante mémoire ! Avant d'arriver aux joies qui l'inondent en ce moment, que de douleurs ont assiégé le cœur de Marie î Le glaive prédit par Siméon est brisé pour toujours; mais combien sa pointe fut acérée et son tranchant cruel ! Aujourd'hui, Marie peut

Le Samedi de la Deux. Sent, après Pâques. io5

dire avec le Prophète : « Autant les angoisses « de mon cœur furent vives et poignantes, « autant le bonheur le ravit aujourd^'hui i. ■» L'Agneau, le tendre Agneau est devenu le Lion superbe de la triou de Juda, et Marie, mère de l'enfant de Bethléhem, est mère aussi du puissant triomphateur.

Avec quelle complaisance ce vainqueur de la mort étale aux yeux de Marie les splendeurs de sa gloire! Le voilà tel qu'il devait paraître après l'accomplissement de sa mission, ce divin Roi des siècles qu'elle a porté neuf mois dans son sein, qu'elle a nourri de son lait, qui éternellement, tout Dieu qu'il est, l'honorera comme sa mère. Durant les quarante jours de la résurrection, il l'entoure de toutes les recherches de sa tendresse, il aime à combler ses vœux maternels en se montrant fréquemment à elle. Qu'elles sont touchantes et intimes, ces entrevues du fils et de la mère ! Que de sentiment dans le regard de Marie contemplant son Jésus, si différent de ce qu'il paraissait naguère et cependant toujours le même ! Ses traits si familiers à Marie ont pris un éclat inconnu à la terre; les plaies restées imprimées sur ses memÎDres les embellissent des rayons d'une lumière ineffable, en bannissant tout souvenir de douleur. Parlerons-nous du regard de Jésus contemplant Marie, sa chaste'mère, son associée dans l'œuvre du salut des hommes, la créature parfaite, digne de plus d'amour que tous les êtres ensemble ? Quels entretiens que ceux d'un tel fils avec une telle

I. Psalm. XCHI, ig.

io6 Le Temps Pascal.

mère, à la veille de l'Ascension, de ce départ qui doit encore, pour quelque temps, les séparer l'un de l'autre! Nul mortel n'oserait entreprendre de raconter les divins épanchements auxquels ils se livrent durant ces trop courts instants: l'éternité nous les révélera; mais notre cœur, s'il aime le fils et la mère, doit en pressentir quelque chose. Jésus veut dédommager Marie des délais que le ministère de Mère des hommes lui impose encore ici-bas; Marie, plus heureuse qu autrefois la sœur de Marthe, écoule sa parole, et s'en nourrit dans l'extase de l'amour. Heures trop rapides et trop rares, qui serez suivies d'une trop longue absence, coulez plus lentement, et laissez à la Mère de Jésus le temps de se rassasier de la vue et des caresses du plus cher et du plus beau des enfants des hommes ! O Marie, par ces heures de félicité qui compensèrent les heures si longues et si amères de la Passion de votre fils, demandez pour nous qu'il daigne se faire sentir et goûter à nos cœurs dans cette vallée de larmes où « nous sommes en voyage loin de lui i,» en attendant l'heureux mornent où nous nous réunirons à lui pour n'en être plus séparés.

OFFRONS aujourd'hui à Marie cette belle Séquence, dans laquelle les Eglises d'Allemagne célébraient autrefois ses sept AUéf[resses, dont celle de la Résurrection fut pour a Mère de Dieu l'une des plus joyeuses.

Le Samedi de la Deux. Sem. après Pâques. loy

O Vierge, temple de la Trinité , le Dieu de bonté et de miséricorde ayant vu votre humilité, goûté les charmes de votre douceur et le parfum de votre pureté, vous envoie un message pour vous apprendre qu'il veut naitre de vous. L'Ange vous apporte le salut de la grâce ; vous demandez comment s'opérera la merveille ; l'Ange vous l'explique ; vous consentez, et aussitôt le Roi de gloire s'incarne en vous.

Par cette allégresse, nous vous en prions, rendez-nous propice ce grand Roi ; faites qu'il nous protège, et que sa protection nous introduise dans la terre des vivants.

Votre seconde joie est lorsque vous enfantez le Soleil. vous étoile ; le rayon lumineux, vous semblable à la lune. Cet enfantement ne vous a pas lésée ; il vous laisse vierge et n'opère en vous aucun changement. Comme la fleur ne perd pas son éclat en envoyant ses parfums autour d'elle ; ainsi votre virginité ne perd rien

VIRGO templum Trinitatis, Deus summae bonitatis

Et misericordiae, Qui tuas humilitatis Et dulcorem suavitatis

Vidit et fragrantiœ, De te nasci nuntiatur, Cum per Angelum mandatur

Tibi salus gratiœ ; Modum quœris, demonstratur, Dum consentis, incarnatur

Confestim Rex glorias.

Per hoc gaudium precamur. Ut hune Regem mereamur,

Habere propitium, Et ab eo protegamur, Protecti recipiamur

In terra viventium.

De secundo gratularis, Quod tu solem stella paris,

Velut luna radium ; Pariendo non gravaris, Virgo mânes, non mutaris

Propter puerperium. Sicutflos propter odorem Suum non perdit décorera, Dum odor emittitur;

loS

Sic nec proptcr crealorem Virginitatis candorem

Tu perdis, cum nascitur.

O Maria, mater pia, Eslo nobis recta via

Apud tuum filium, Atque pro tua gratia Repelle nostra vitia

Per secundum gaudium.

De tertio gratulari Stella monet, quam morari

Vides super filio, Cum a Magis adorari Ipsum cernis et ditari

Munere tam vario. Stella monet unitatem Tresque reges trinitatem

In dicto sacrificio, Aurum mentis puritatem, Myrrha carnis castitatem.

Thus est adoratio.

O Maria, Stella mundi, A peccatis simus mundi

Per te, Virgo Maria, Et virtutibus fœcundi, Laeti tecum et jocundi

Laetemur in patria.

Quartum, \ irgo, libi

datur, Cum a morte suscitatur

Christus die tertia. Per hoc tides roboratur.

de son éclat, au moment où le Créateur daigne naître de vous.

O Marie, Mère de bonté, soyez pour nous la voie droite qui conduit à votre fils ; par cette seconde allégresse, montrez-vous favorable, et repoussez loin de nous nos péchés.

Une étoile vous annonce votre troisième joie ; cette étoile que vous voyez s'arrêter au-dessus de votre fils, au moment où les mages l'adorent, et lui présentent la richesse variée des biens de la terre. En cette offrande, Tctoile rappelle l'unité, les trois rois la trinitc, l'or la pureté de l'âme, la myrrhe la chasteté des sens, l'encens les vœux de l'adoration.

O Marie, étoile du monde, purifiez-nous du péché ; rendez-nous féconds en vertus, et qu'un jour nous avons part avec vous, vierge Marie, aux allégresses de la patrie.

La quatrième joie vous est donnée, ô Vierge, au moment où le Christ ressuscite d'entre les morts le troisième jour. Par ce mvstère. la foi se forLe Samedi de la Deux. Sem. après Pâques. log

tifie, l'espérance renaît, la mort est chassée, et vous avez part à ces merveilles, ô pleine de grâces ! L'ennemi vaincu est enchaîné ; il se plaint, il gémit, il s'agite dans son désespoir d'avoir perdu sa puissance ; l'homme captif est délivré, et soulevé de cette terre, il s'élève en haut vers les cieux.

Mère du Créateur, daignez prier assidûment, afin que par cette allégresse, après le labeur de cette vie, nous puissions entrer dans les chœurs des habitants du ciel.

Votre cinquième joie fut, ô Vierge, lorsque vous vîtes votre fils monter au ciel. La gloire dont il était environné vous révélait alors plus que ■jamais que celui dont vous étiez la mère était votre propre Créateur. En rnontant ainsi dans les cieux, il nous montre la voie par où l'homme s'élève aux palais célestes. Qu'il se lève donc et suive cette voie, celui qu'enchaînent encore les misères de ce monde.

Nous vous prions, Marie, par cette allégresse, de ne pas nous laisser sous le joug du démon ; mais faites-nous

Spes redit et mors fugatur

Per te, pieita gratis ; Hostis victus captiyatur

Amissa potentia •, Homo captus liberatur, Et ab humo sublevatur

Sursum ad cœlestia.

Ergo mater creatoris, Funde preces cunctis horis.

Ut per istud gaudium, Post cursum hujus laboris, Beatis jungamur choris Supernorum civium.

Quintum, Virgo, recepisti, Ascendentem dumvidisti

Filium in gloria. Tune aperte cognovisti Quod tu mater exstitisti,

Cuius eras filia. In ascensu demonstratur Via, per quam ascendatur

Ad cœli palatia ; Ergo surgat et sequatur Istam viam, qui moratur

In mundi miseria.

Per hoc gaudium rog

mus. Ne subjici valeamus

Dœmonis imperio :

tin

Sed ad cœlos ascendamus,

Ubi semper gaudcamus,

Tecum et cum filio.

Sextum gaudium ostendit.

De siipernis qui descendit In lin»uis Paraclitus,

Dum confirmât et défendit,

Replet, inundat et accendit Apostolos penitus.

Ignis in linguis estdatus.

Ut per ignem sit sanatus Homo linguis perditus,

Et per ignem emendatus

Qui fuerat raaculatus

Per peccatum primitus.

Per hoc gaudium beatum Ora, Virgo. tuum natum,

Ut in hoc exsilio Nostrum deleat reatum, Ne sit in nobis peccatum In magno judicio.

Ad septimujji invitavit, Cum de mundû te vocavit Christus ad cœlestia, Super thronos exaltavit, Exaltatam honoravit

Speciali gratia. Sic honor tibi praestafur

monter au ciel, où nous jouirons, avec vous et avec votre fils, de l'éternelle félicitéEn descendant dos cieux sous la forme des langues, pour fortifier, protéger, remplir, purifier et enflammer les Apôtres, le divin Paraclet vient, ô Marie, apporter votre sixième joie. Le feu descend sous forme de langues, afin de guérir l'homme que la langue avait perdu, et de cautériser son âme que le péché avait souillée dès le commencement.

Par cette joyeuse allégresse, ô Vierge, priez votre fils, afin que, dans le cours de cet exil, il daigne effacer nos taches, et que le péché ne soit plus sur nous au jour du grand jugement.

Le Christ vous convia à la septième joie, lorsqu'il vous appela de ce monde au séjour céleste, lorsqu'il vous éleva, ô Marie, sur le trône où vous recevez des honneurs incomparables. C'est là qu'une gloire vous entoure, à laquelle n'atteindra jamais aucun habitant du ciel ; et nul, sur

Le Samedi de la Deux. Sem. après Pâques. 1 1 1

la terre, n'arrivera non plus au comble des vertus, si vous ne daignez les conserver en lui.

O Vierge, mère de bonté, faites-nous sentir les effets de votre tendresse ; gardez-nous du péché, et conduisez-nous avec les bienheureux aux éternelles allégresses.

O Marie toute pure, par ces sept joies, purifiez-nous de nos péchés. O Mère féconde, rendez nos âmes fécondes en vertus, et emmeneznous avec vous au sein de la félicité du Paradis. Amen.

Qui nemini reservatur

In cœlesti curia ; Nec virtutibus ditatur, Nisi cui per te datur Virtutum custodia.

Virgo, mater pietatis,

Sentiamus bonitatir

Tuce bénéficia ;

Et nos serves a peccatis,

Et perducas cum beatis

Ad ceterna gaudia.

O Maria tota munda. A peccatis nos emunda Per hœc septem gaudia, Et fœcunda nos fœcunda, Etductecumad jocunda Paradisi gaudia. Amen.

f- r

!N resurrectione tua , Christe , alléluia.

S. Cœli et terra la?tentur, alléluia.

OTRE résurrection, Christ ! alléluia,

1^. Le ciel et la terre sont dans l'allégresse, alléluia.

E Dimanche est désigné sous l'appellation populaire de Dimanche du bon Pasteur, parce qu'on y lit à la Messe le passage de l'Evangile de saint Jean où notre Seigneur se donne à lui-mcme ce titre. Un lien mystérieux unit ce texte évangélique au temps' où nous sommes; car c'est en ces jours que le Sauveur des hommes établissant et consolidant son Eglise, commença par lui donner le Pasteur qui devait la gouverner jusqu'à la consommation des siècles.

Selon le décret éternel, l'Homme-Dieu, après quelques jours encore, doit cesser d'être

Le Deuxième Dimanche après Pâques. 1 1 3

visible ici-bas. La terre ne le reverra plus qu'à la fin des temps, lorsqu'il viendra juger les vivants et les morts. Cependant il ne saurait abandonner cette race humaine pour laquelle il s'est offert en sacrifice sur la croix, qu'il a vengée de la mort et de l'enfer en sortant victorieux du tombeau. Il demeurera son Chef dans les cieux; mais sur la terre qu'aurons-nous pour suppléer à sa présence ? nous aurons l'Eglise. C'est à l'Eglise qu'il va laisser toute son autorité sur nous ; c'est entre les mains de l'Eglise qu'il va remettre le dépôt de toutes les vérités qu'il a enseignées; c'est l'Eglise qu'il va établir dispensatrice de tous les moyens de salut qu'il a destinés aux hommes.

Cette Eglise est une vaste société dans laquelle tous les hommes sont appelés à entrer; société composée de deux sortes de membres, les uns gouvernant et les autres gouvernés, les uns enseignant et les autres enseignés, les uns sanctifiant et les autres sanctifiés. Cette société immortelle est l'E- pouse du Fils de Dieu : c'est par elle qu'il produit ses élus. Elle est leur mère unique: hors de son sein le salut ne saurait exister pour personne.

Mais comment cette société subsisterat-elle ? Comment traversera-t-elle les siècles, et arrivera-t-elle ainsi jusqu'au dernier jour du monde ? qui lui donnera l'unité et la cohésion ? quel sera le lien visible entre ses membres, le signe palpable qui la désignera comme la véritable Epouse du Christ, dans le cas où d'autres sociétés prétendraient frau114 ^e Temps Pascal.

Si Jésus eût dû rester au milieu de nous, nous ne courions aucun risque ; partout où il est, là est aussi la vérité et la vie; mais « il s'en va », nous dit-il, et nous ne pouvons encore le suivre. Ecoutez donc, et apprenez sur quelle base il a établi la légitimité de son unique Epouse.

Durant sa vie mortelle, étant un jour sur le territoire de Césarée de Philippe, ses Apôtres assemblés autour de lui, il les interrogea sur ridée qu'ils avaient de sa personne. L*un d'eux, Simon, fils de Jean ou Jonas, et frère d'André, prit la parole, et lui dit : « Vous êtes le Christ, Fils du Dieu vivant ». Jésus reçut avec bonté ce témoignage qu'aucun sentiment humain n'avait suggéré à Simon, mais qui sortait de sa conscience divinement inspirée à ce moment; et il déclara à cet heureux apôtre que désormais il n'était plus Simon, mais Pierre. Le Christ avait été désigné par les Prophètes sous le caractère symbolique de la pierre i ; en attribuant aussi solennellement à son disciple ce titre distinctif du Messie, Jésus donnait à entendre que Simon aurait avec lui un rapport que n'auraient pas les autres Apôtres. Mais Jésus continua son discours. Il avait dit à Simon : « Tu es Pierre >» ; il ajouta : « et sur a cette Pierre je bâtirai mon Eglise ».

Pesons ces paroles du Fils de Dieu : « Je « bâtirai mon Eglise. » Il a donc un projet : celui de bâtir une Eglise. Cette Eglise, ce n'est pas maintenant qu'il la bâtira ; cette œuvre est encore différée ; mais ce que nous

Le Deuxième Dimanche après, Pâques. ii5

savons déjà avec certitude, c'est que cette Eglise sera bâtie sur Pierre. Pierre en sera le fondement, et quiconque ne posera pas sur Pierre ne fera pas partie de l'Eglise. Ecoutons encore : « Et les portes de l'enfer ne prévau« dront pas contre mon Eglise. » Dans le style des Juifs les portes signifient les puissances ; ainsi l'Eglise de Jésus sera indestructible, malgré tous les efforts de l'enfer. Pourquoi ? parce que le fondement que Jésus lui aura donné sera inébranlable. Le Fils de Dieu continue : « Et je te donnerai les clefs du (( Royaume des cieux. » Dans le langage des Juifs les clefs signifient le pouvoir de gouvernement, et dans les paraboles de l'Evangile le Royaume de Dieu signifie l'Eglise qui doit être bâtie par le Christ. En disant à Pierre, qui ne s'appellera plus Simon: « Je te don« nerai les clefs du Royaume des cieux, » Jésus s'exprimait comme s'il lui eût dit : « Je « te ferai le Roi de cette Eglise, dont tu sert ras en même temps le fondement. » Rien n'est plus évident; mais ne perdons pas de vue que toutes ces magnifiques promesses regardaient l'avenir i.

Or, cet avenir est devenu le présent. Nous voici arrivés aux dernières heures du séjour de Jésus ici-bas. Le moment est venu où il va remplir sa promesse, et fonder ce Royaume de Dieu, cette Eglise qu'il devait bâtir sur la terre. Fidèles aux ordres que leur avaient transmis les Anges, les Apôtres se sont rendus en Galilée. "Le Seigneur se manifeste à eux sur le bord du lac de Tibériade, et après

1 1 6 Le Temps Pascal.

un repas mystérieux qu'il leur a préparc, pendant qu'ils sont tous attentifs à ses paroles, il interpelle tout à coup son disciple, u Simon, tils de Jean, lui dit-il, m'aimes-tu ? )> Remarquons qu'il ne lui donne pas en ce moment le nom de Pierre ; il se replace au moment où il lui dit autrefois: « Simon, fils « de Jonas, tu es Pierre; » il veut que les disciples sentent le lien qui unit la promesse cl l'accomplissement. Pierre, avec son empressement accoutumé, répond à l'interrogation de son Maître: « Oui, Seigneur; vous savez « que je vous aime. ); Jésus reprend la parole avec autorité : « Pais mes agneaux, » dit-il au disciple. Puis réitérant la demande, il dit encore : « Simon, fils de Jean, m'aimesc( tu ? » Pierre s'étonne de l'insistance avec laquelle son Maître semble le poursuivre; toutefois il répond avec la même simplicité : (( Oui, Seigneur ; vous savez que je vous « aime. » x\près cette réponse, Jésus répète les mêmes paroles d'investiture : « Pais mes « agneaux, d

L"es disciples écoutaient ce dialogue avec respect ; ils comprenaient que Pierre était encore une fois mis à part, qu'il recevait en ce moment quelque chose qu'ils ne recevraient pas eux-mêmes. Les souvenirs de Césarée de Philippe leur revenaient à l'esprit, et ils se rappelaient les égards particuliers que leur Maître avait toujours eus pour Pierre depuis ce jour. Cependant, tout n'était pas terminé encore. Une troisième fois Jésus interpelle Pierre : « Simon, fils de Jean, « m'aimes-tu ? » A ce coup l'apôtre n'y tient plus. Ces trois appels que fait J^'ci.t ù sors

Le Deuxième Dimanche après Pâques. 117

amour ont réveillé en lui le triste souvenir des trois reniements qu'il eut le malheur de prononcer devant la servante de Caïphe. Il y sent une allusion à son infidélité encore si récente, et c'est en demandant grâce qu'il répond cette fois avec plus de componction encore que d'assurance : « Seigneur, dit-il, u tout vous est connu ; vous savez que je vous « aime. » Alors le Seigneur mettant le dernier sceau à l'autorité de Pierre, prononce ces paroles imposantes : « Pais mes brebis 1. »

Voilà donc Pierre établi Pasteur par celuilà même qui nous a dit : « Je suis le bon Pas« teur. » D"abord le Seigneur a donné à son disciple, et par deux fois, le soin des agneaux; ce n'était pas encore l'établir Pasteur ; mais quand il le charge de paître aussi les brebis^ le troupeau tout entier est placé sous son autorité. Que l'Eglise paraisse donc maintenant, qu'elle s'élève, qu'elle s'étende ; Simon fils de Jean en est proclamé le Chef visible. Est-elle un édifice, cette Eglise ? il en est la Pierre fondamentale. Est-eïle un Royaume ? il en tient les Clefs, c'est-à-dire le sceptre. Est-elle une bergerie ? il en est le Pasteur.

Oui, elle sera une bergerie, cette Eglise que Jésus organise en ce moment, et qui^se révélera au jour de la Pentecôte. Le Verbe de Dieu est descendu du ciel «pour réunir en un « les enfants de Dieu qui auparavant étaient « dispersés '-, » et le moment approche où il n'y aura plus « qu'une seule bergerie et un « seul Pasteur "\ » Nous vous bénissons, nous vous rendons grâces, ô notre divin Pasteur!

I. JoHAN. XXI. — 2. Ibid. XI. 32. — 3. IbiJ. x, 16.

iiS Le Deuxième Dimanche après Pâques.

C'est par vous qu'elle subsiste et qu'elle traverse les siècles, recueillant et sauvant toutes les âmes qui se confient à elle, cette Eglise que vous fondez en ces jours. Sa légitimité, sa force, son unité, lui viennent de vous, son Pasteur tout-puissant et tout miséricordieux. Nous vous bénissons aussi et nous vous rendons grâces, 6 Jésus, pour la prévoyance avec laquelle vous avez pourvu au mamtien de cette légitimité, de cette force, de cette unité, en nous donnant Pierre votre vicaire, Pierre notre Pasteur en vous et par vous, Pierre â qui brebis et agneaux doivent obéissance, Pierre en qui vous demeurez visible, ô notre divin Chef, jusqu'à la consommation des siècles.

Dans l'Eglise grecque, le deuxième Dimanche après Pâques que nous appelons du Bon Pasteur, est désigné sous le nom de Dimanche des saintes myrophores, ou porte-parfums. On y célèbre particulièrement la piété des saintes femmes qui apportèrent des parfums au Sépulcre pour embaumer le corps du Sauveur. Joseph d'Arimathie a aussi une part dans les cantiques dont se compose l'Office de l'Eglise grecque durant cette semaine.

L'Eglise'Romaine lit les Actes des Apôtres, à l'Office des Matines, depuis lundi dernier jusqu'au troisième Dimanche après Pâques exclusivement.

A la Messe.

jig

L'Introït respire le triomphe. Empruntant les accents de David, il célèbre la miséricorde du Seigneur qui s'est étendue à la terre entière, par la fondation de l'Eglise. Les deux, qui signifient les Apôtres dans le langage mystérieux de TEcriture, ont été affermis par le Verbe de Dieu, le jour où il leur a donné Pierre pour Pasteur et pour fondement.

MISERICORDIA Domini plena est terra, alléluia : Verbo Domini cœli firmati sunt, alléluia, alléluia.

Ps. Exsultate justi in Domino : rectos decet coUaudatio. Gloria Patri. Misericordia.

LA terre est remplie de la miséricorde du Seigneur, alléluia ; par le Verbe du Seigneur les cieux ont été affermis, alléluia, alléluia.

Ps. Justes, réjouissez-vous dans le Seigneur ; c'est aux bons qu'il appartient de chanter ses louanges. Gloire au Père. La terre.

Dans la Collecte, la sainte Eglise demande pour ses enfants la grâce d'une sainte joie ; car tel est le sentiment qui convient au Temps pascal. 11 nous faut nous réjouir d'avoir été sauvés de la mort par le triomphe de notre Sauveur, et nous préparer par les joies pascales à celles de l'éternité.

ODliCU qui, dans l'hutrii_ liation de votre Fils, avez relevé le monde abattu; accordez à vos fidèles une joie constante, et faites jouir

DEUS, qui in Filii tui humilitate jacentem mundum erexisti : fidelibus tuis perpetuam concède L-etiliam ; ut quos

120 Le Deuxième Dimanche après Pâques perpétuas mortis eripuisti casibus. gaudiis facias perfrui sempiternis. Per euradem Dominum nostrum Jesura Christum. Amen.

de l'éternelle allégresse ceux que vous avez arrachés aux dangers d'une mort sans fin. Par le même Jésus-Christ notre Seigneur. Araen.

On a)OUte à la Collecte du jour deux des trois Oraisons suivantes :

De la très sainte Vierge.

CONCEDE nos famulos tuos. quaiîsumus Domine Deus, perpétua mentis et corporis sanitate gaudere : et gloriosa beatœ Marise semper Virginis intercessione, a praîsenti liberari tristitia et œterna perfrui laetitia.

SEIGNEUR Dieu, daignez accorder à tous vos serviteurs la grâce de jouir constamment de la santé de l'âme et du corps ; et par la glorieuse intercession de la bienheureuse Marie toujours Vierge, délivrez-nous de la tristesse du temps présent, et faites-nous jouir de l'éternelle félicité.

Contre les persécuteurs de l'Eglise.

ECCLEsi.t; tuœ, quaesumus Domine, preces placatus admitte : ut, destructis adversitatibus et erroribus universis, secura tibi serviat libertate. Per Dominum nostrum Jesum Christum. Amen.

DAIGNEZ, Seigneur, vous laisser fléchir par les prières de votre Eglise, afin que, toutes les adversités et toutes les erreurs ayant disparu, elle puisse vous servir dans une paisible liberté. Par Jésus-Christ notre Seigneur. Amen.

Pour le Pape.

DEUS omnium fidelium Pastor et Rector, famulum tuum N. quem Pastorem Ecciesiae tuae pracesse voluisti, propiODiEU, qui êtes le Pasteur et le Conducteur de tous les fidèles, regardez d'un ceil propice votre serviteur N. qu8 vous avez mis à la

A la Messe.

tète de votre Eglise en qualité de Pasteur ; donnez-lui, nous vous en supplions, d'être utile par sa parole et son exemple à ceux qui sont sous sa conduite, afin qu'il puisse parvenir à la vie éternelle avec le troupeau qui lui a été confié. Par JésusChrist notre Seigneur. Amen.

tius respice : da ei, quaesumus, verbo et exemple, quibus prsest, proficere; ut ad vitam, una cum grege sibi crédite, perveniat sempiternam. Per Dominum nostrum Jesum Christum. Amen.

Lecture de TEpître du bienheureux Pierre, Apôtre. I,

MES bien-aimés, le Christ a souffert pour nous, vous laissant ainsi un exemple, afin que vous suiviez ses traces. Lui qui n'avait commis aucun péché, et dans la bouche duquel la tromperie ne se trouva jamais, il ne répondait pas d'injures quand on le maudissait ; quand on le maltraitait, il ne menaçait pas ; mais il s'est livré à celui qui le jugeait injustement. C'est lui qui a porté nos péchés en son corps sur le bois de la Croix ; afin qu'étant morts aux péchés, nous vivions à la justice ; et c'est par ses meurtrissures que vous avez été guéris ; car vous étiez comme des brebis errantes ; mais maintenant vous êtes retournés au Pasteur et à l'Evêque de vos âmes.

Lectio Episfclae beati Pétri Apostoli. 1, Cap. II.

CHARissiMi, Christus passus est pro nobis, vobis relinquens exemplum, ut sequamini vestigia ejus. Qui peccatum non fecit. nec inventus est dolus in ore ejus : qui quum malêdiceretur, non maledicebat ; quum pateretur, non comminabatur : tradebat autem judicanli se injuste : qui peccata nostra ipse pertulit in corpore suo super lignum : ut peccatis mortui, justiti^ vivamus : cujus livore sanati estis. Eratis enim sicut oves errantes, sed c-onversi estis nunc ad Pastorem et Episcopum animarum vestrarum.

122 Le Deuxième Dimanche après Pâques.

C'est le Prince des Apoircs, le Pasteur visible de l'Eglise universelle, qui vient de nous faire entendre sa parole. Voyez comment il termine ce passage en reportant nos pensées sur le Pasteur invisible dont il est le Vicaire, et comment il évite avec modestie tout retour sur lui-même. C'est bien là ce Pierre qui, dirigeant Marc son disciple dans la rédaction de son Evangile, n'a pas voulu qu'il y racontât l'investiture que le Christ lui a donnée sur tout le troupeau, mais a exigé qu'il n'omît rien dans son récit du triple reniement chez Caïphe. Avec quelle tendresse l'Apôtre nous parle ici de son Maître, des souffrances qu'il a endurées, de sa patience, de son dévouement jusqu'à la mort à ces pauvres brebis errantes dont il devait composer sa bergerie ! Ces paroles auront un lour leur application dans Pierre lui-même. L'heure viendra où il sera attaché au bois, où il se montrera patient comme son Maître au milieu des outrages et des mauvais traitements. Jésus le luiavait prédit ; car, après lui avoir contié brebis et agneaux, il ajouta que le temps viendrait où'^Pierre « devenu a vieux étendrait ses mains )) sur la croix, et que la violence des bourreaux s'exercerait sur sa faiblesse. (Johan. xxi.) Et ceci arrivera non seulement à la personne de Pierre, mais à un nombre considérable de ses successeurs qui tous ne font qu'un avec lui, et que l'on verra, dans la suite des siècles, si souvent persécutés, exilés, emprisonnés, mis à mort. Suivons, nous aussi, les traces de Jésus, en soutfrant de bon cœur pour la justice; nous le devons à celui qui, étant de toute

A la Messe.

éternité l'égal de Dieu le Père dans la gloire, a daigné descendre sur la terre pour être « le Pasteur et l'Evèque de nos âmes. »

Le premier Verset alléluiatique rappelle le repas d'Emmaûs ; dans peu d instants nous aussi nous connaîtrons Jésus à la fraction du Pain de vie.

Le second proclame par les propres paroles du Sauveur la dignité et les qualités du Pasteur, son amour pour ses brebis, et l'empressement de celles-ci à le reconnaître pour leur chef.

Alléluia, alléluia.

f. Les disciples reconnurent le Seigneur Jésus à la fraction du pain, alléluia.

f. Je suis le bon Pasteur, et je connais mes brebis, et mes brebis me connaissent, alléluia.

Alléluia, alléluia.

^. Cognoverunt discipuli Dominum Jesum in fractione panis, alléluia.

f. Ego sum Pastor bonus : et cognosco oves meas, et cognoscunt me raea:, alléluia.

La suite du saint Evangile selon saint Jean. Chap. X.

EN ce temps-là, Jésus dit aux Pharisiens : Je suis le bon Pasteur. Le bon Pasteur donne sa vie pour ses brebis : mais le mercenaire, et celui qui n'est pas le pasteur, à qui les brebis n'appartiennent pas. voyant venir le loup, laisse là les brebis en s'enfuit : et le loup ravit les brebis et les disperse. Or le mercenaire s'enfuit, parce

Sequentia sancli Evangelii secundum Johannem.. Cap. x.

IN illo tempore : Dixit Jésus Pharisœis : Ego sum Pastor bonus. Bonus pastor animam suam dat pro ovibus suis. Mercenarius autem et qui non est pastor, cujus non sunt oves propria?, videt lupum venientem, et dimittit oves, et fugit ; et lupus rapit et dispergit oves : mercenarius

124 Le Deuxième Dimanche après Pâques.

autem tugit, quia mercenarius est, et non pertinet ad cum de ovibus. Ego sum Pastor bonus : et cognosco meas, et cognoscunt me meœ. Sicut novit me Pater, et ego agnosco Patrem : et animam meam pono pro ovibus meis. Et alias oves habeo, qusE non sMnt ex hoc ovili : et illas oportet me adducere, et vocem meam audient, et tiet unum ovile, et unus Pastor.

qu il est mercenaire, et n a point souci des brebis. Moi, je suis le bon Pasteur, et je connais mes brebis, et elles me connaissent. Comme mon Père me connaît, moi aussi je connais le Père, et je donne ma vie pour mes brebis. Kt j'ai d'autres brebis qui ne sont point de cette bergerie ; il faut aussi que je les amène, et elles entendront ma voix, et il n'y aura qu'une bergerie et qu'un Pasteur.

DIVIN Pasteur de nos âmes, qu'il est grand votre amour pour vos heureuses brebis ! Vous allez jusqu'à donner votre vie pour qu'elles soient sauvées. La fureur des loups ne vous fait pas fuir ; vous vous donnez en proie, atin de détourner d'elles la dent meurtrière qui voudrait les dévorer. Vous êtes mort en notre place, parce que vous étiez notre Pasteur. Nous ne nous étonnons plus que vous ayez exigé de Pierre plus d'amour que vous n'en attendiez de ses frères : vous vouliez l'établir leur Pasteur et le nôtre. Pierre a pu répondre avec assurance qu'il vous aimait, et vous lui avez conféré votre propre titre avec la réalité de vos fonctions, afin qu'il vous suppléât quand vous aurez disparu à nos regards. Soyez béni, divin Pasteur ; car vous "avez songé aux besoins de votre bergerie qui ne pouvait se conserver Une, si elle eût eu plusieurs Pasteurs sans un Pasteur suprême. Pour nous conformer

A la Messe. i25

à vos ordres, nous nous inclinons avec amour et soumission devant Pierre, nous baisons avec respect ses pieds sacrés; car c'est par lui que nous nous rattachons à vous, c'est par lui que nous sommes vos brebis. Conservez-nous, 6 Jésus, dans la bergerie de Pierre qui est la vôtre. Eloignez de nous le mercenaire qui voudrait usurper la place et les droits du Pasteur. Intrus dans la bergerie par une profane violence, il affecte les airs de maître ; mais il ne connaît pas les brebis, et les brebis ne le connaissent pas. Attiré, non par le zèle, mais par la cupidité et l'ambition, il fuit à l'approche du danger. Quand on n'est mû que par des intérêts terrestres, on ne sacrifie pas sa vie pour autrui; le pasteur schismatique s'aime luimême; ce n'est pas vos brebis qu'il aime; pourquoi donnerait-il sa vie pour elles ? gardez-nous de ce mercenaire, 6 Jésus ! Il nous séparerait de vous , en nous séparant de Pierre que vous avez établi votre Vicaire. Nous n'en voulons pas connaître d'autre. Anathème à quiconque voudrait nous commander en votre nom, et ne serait pas envoyé de Pierre ! Faux pasteur, il ne poserait pas sur la pierre du fondement, il n'aurait pas les clefs du Royaume des cieux; il ne pourrait que nous perdre. Accordeznous, 6 bon Pasteur, de demeurer toujours avec vous et avec Pierre dont vous êtes le fondement, comme il est le nôtre, et nous pourrons défier toutes les tempêtes. Vous l'avez dit. Seigneur : « L'homme sage a bâti « sa maison sur le rocher ; les pîuies ont « fondu sur elle, les fleuves se sont déchaîLe Deuxième Dimanche après Pâques

«* nés, les vents ont soufflé, toutes ces forces « se sont ruées sur la maison, et elle n'est « pas tombée, parce qu'elle était fondée sur « la Pierre i. »

L'Offertoire est une aspiration vers Dieu empruntée au Roi-Prophète.

te de

»eiis meus, ad luce vigilo : et in Nomine tuo levabo manus meas, alléluia.

Ç\ Dieu, ô mon Dieu, je ^-^ veille vers vous dès le point du jour ; et je lève mes mains en votre Nom, alléluia.

Dans la Secrète, l'Eglise demande que la divine énergie du Mystère qui va se consommer sur l'autel produise en nous les etfets auxquels nos âmes aspirent : mourir au péché et ressusciter à la grâce.

OUE l'oblation sacrée attire sur nous, Seigneur, votre bénédiction salutaire; afin que ce Sacrifice produise en nous l'effet puissant des mystères qu'il renouvelle. Par Jésus-Christ Srotre Seigneur. Amen.

Le Prêtre ajoute à la Secrète de ce jour deux des trois Oraisons suivantes :

BENEDICTIONE.M nobis, Domine , conférât salutarem sacra semper oblatio : ut quod agit mysterio . virtute perficiat. Per Dominum nostrum Jesum Christum. Amen.

De la très sainte Vierge.

nrUA, Domine, i tiatione, et

propibeatx

DAIGNEZ, Seigneur , nous être propice, et par l'inA la Messe.

tercession de la bienheureuse Marie toujours vierge, faire que cette oblation nous procure la prospérité et la paix, en ces jours et à jamais.

Maric-E semper Virginis intercessione, ad perpetuam atque praesentem hase oblatio nobis proficiat prosperitatem et pacem.

Contre les persécuteurs die V Eglise.

PROTÉGEZ-NOUS, Seigneur, nous qui célébrons vos Mystères, afin que nous attachant aux choses divines. nous vous servions dans le corps et dans l'âme. Par Jésus-Christ notre Seigneur, Amen.

PROTEGE nos, Domine, tuis mysteriis servientes : ut divinis rébus inha?rentes , et corpore tibi famulemur et mente. Per Dominum nostrum Jesum Christum. Amen.

Pour le Pape.

LAISSEZ-VOUS fléchir. Seigneur, par loffrande de ces dons , et daignez gouverner par votre continuelle protection votre serviteur N. que vous avez voulu établir Pasteur de votre PJglise. Par Jésus-Christ notre Seigneur. Amen.

Les paroles de TAntienne de la Communion rappellent encore le bon Pasteur. C'est le mystère qui domine toute cette journée. Rendons un dernier hommage au Fils de Dieu qui daigne se montrer à nous sous des traits si touchants, et soyons toujours pour lui de fidèles brebis.

BLATis, qu^Tsumus, lomine , placare muneribus : et famulum tuum N. quem Pastorem Ecclesiœ tuae prœesse voluisti , assidua protectione guberna. Per Dominum nostrum Jesum Christum. Amen.

E suis I alléluia

bon Pasteur , je connais mes

lE'^"

GO sum Pastor bonus, lleluia : et cognosco

128 Le Deuxième Dimanche après Pâques.

oves meas , et cojrnoscimt me ine«, alléluia, alléluia.

brebis, et mes brebis me connaissent, alléluia, alléluia.

Au divin banquet, Jésus bon Pasteur vient li'ètre donne en nourriture à ses brebis ; la sainte Eglise , dans la Postcommunion , demande pour nous que nous soyons toujours plus pénétrés d'amour pour cet auguste sacrement, dans lequel nous devons niettre notre gloire ; car il t>si pour nous l'aliment d'immortalité.

■^ plaît, Dieu tout-puissant, qu'ayant reçu la grâce de la nouvelle vie dans la participation de votre don sacré, nous mettions toujours en lui^ notre gloire. Par Jésus-Christ notre Seigneur. Amen.

Le Prêtre ajoute à la Postcommunion du jour deux des trois oraisons suivantes ;

De la très sainte Viersre.

Dr.esta nobis, quœsu* mus omnipotens Deus ; ut vivificationis tuas gratiam conséquentes, in tuo semper munere gloriemur. Per Dominum nostrum Jesum Christum. Amen.

SUMPTis, Domine, salutis nostrae subsidiis : da , quaïsumus , beatas Mariae semper Virginis patrociniis nos ubique protegi, in. cujus veneratione ha?c tuce obtulimus Majestati.

Nous venons. Seigneur, de recevoir le puissant secours du salut; daignez faire que nous soyons en tous lieux couverts de la protection de la bienheureuse Marie toujours vierge , en l'honneur de laquelle nous avons otfert ce Sacrifice à votre Majesté.

A Vêpres.

Contre les persécuteurs de V Eglise.

ous vous supplions, Seigneur notre Dieu , de ne pas laisser exposés aux périls de la part des hommes, ceux à qui vous accordez de participer aux Mystères divins. Par Jésus-Christ notre Seigneur. Amen.

Qu -E s u yiv s Domine Deus noster : ut quos divina tribuis participatione gaudere, humanis non sinas subjacere periculis. PerDominum nostrum Jesum Christum. Amen.

Pour le Pape.

QUE la réception de ce divin Sacrement nous protège, Seigneur ; qu'elle sauve aussi et fortifie à jamais, avec le troupeau qui lui est confié, votre serviteur N. que vous avez établi Pasteur de votre Eglise. Par Jésus-Christ notre Seigneur: Amen.

H, ce nos , quaesumus Domine, divini sacramenti perceptio protegat : et famulum tuum A'^. quem Pastorem Ecclesiae tuœ praeesse voluisti, una cum commisso sibi grege salvet semper et muniat. Per Dominum nostrum Jesum Christum. Amen.

Les Psaumes et l'Hymne sont à l'Ordinaire des Vêpres du Dimanche, page 5o.

ANTIENNE DE Magnificat.

IE suis le bon c'est moi qui brebis, et pour ell* ma vie, alléluia.

Pasteur : pais mes s je donne

EGO sum Pastor bonus, qui pasco oves meas, et pro ovibus meis pono animam meam. alléluia.

ODiEU, qui dans l'humi- | pn i lité de votre Fils avez | U

humilitate jacentem

mundiim erexisli : Hdelibus tuis perpetuamconcedc Inetitiara ; ut quos perpetuae mortiseripuisti casibus , gaudiis facias perfrui sempiternis. Per eumdem Dominum nostrum Jesum Christum. Amen.

relevé le monde abattu ; accordez à vos fidèles une joie constante, et faites jouir de l'éternelle allégresse ceux que vous avez arrachés aux dangers d'une mort sans fin. Par le même Jésus-Christ notre Seigneur. Amen.

ERMiNONS cette journée par le grand souvenir de la Résurrection, en empruntant cette belle Préface au Missel mozarabe.

[Feria VI Pascliœ.)

DIGNUM et )ustum est, sanctum et saiutare est, nos te gioriosissime Pater Domini nostri Jesu Christi. inenarrabilibus triumphis attollere, completisque erga nos promissorum suorum beneficiis , in quantum se mens parvulorum, te inspirante, repleri senserit, propensius conlaudare. Ut cui plus dimissum est amplius diligat, et potiora jam fcedera accumulet qui tanta necdum credenti donavit. Postquam igitur Verbum caro factum et habitavit in nobis. fecitque prius cuncta quœ docuit, perfectum divinis operiIL est digne et juste, saint et salutaire , ô glorieux Père de notre Seigneur JésusChrist . que nous célébrions votre Nom parles plus triomphantes acclamations . et qu'après avoir vu s'accomplir ce qu'il avait promis, nous fassions entendre ses louanges avec tout l'enthousiasme que vous inspirerez à nos âmes, nous qui ne sommes que des enfants. Celui auquel il a été remis davantage doit aimer davantage aussi ; celui qui, ne croyant pas encore, a reçu des dons si précieux , doit d'autant plus reconnaître le lien que que son bienfaiteur a formé avec lui. Le Verbe d'abord se fit chair , et il habita

Le Deuxième Dimanche après Pâques. i3i

parmi nous ; ses œuvres furent conformes à ses enseignements ; plus tard, lui. l'homme parfait dans ses divines opérations, a daigné embrasser la souffrance nécessaire pour nous, volontaire de sa part. Il avait éclairé le monde des rayons de son enseignement, afin de l'arracher aux ténèbres de l'erreur dans lesquelles il flottait : de même il voulut descendre jusque dans les régions souterraines pour briser les chaines de ceux qui y gémissaient captifs. Àlais il n'a pas attendu la fin des siècles pour proclamer sa royauté. Cette proie que le perfide ennemi s'était acquise par la tromperie, lui, l'innocent crucifié , voulait la faire entrer avec lui dans les cieux, et délivrer dans sa justice ceux qu'il avait rachetés par ses humiliations et ses souffrances. Il rendit l'esprit, le remettant aux mains de son Père, ainsi qu'il est écrit ; et un tombeau vierge reçut l'hôte immense et divin que le sein de la Vierge avait conçu et enfanté. Il y demeura sans corruption, de même qu'il avait été conçu de la race d'Adam, sans en contracter la souillure. Sur la demande des Juifs, le gouverneur place des gardes au tombeau ; et le témoignage de ces gardes sert

bus virum necessariae nobis sibique voluntariae tradidit passioni. Ut quemadmodum mundo huic pra?dicationis suas claritate effulserat , ne errorum interitus tenebris fluctuaret, ita etiam infernali carcere mancipatis sua resolvendis descensione succurreret. Neque regnum usque in finem saeculi dilataret. Et spolia qurequondam praedo attraxerat fraudulentus, ad cœlos secum reveheret innocens crucifixus. Et liberaret virtute justitiaï quos humilitatis suce redemerat passione. Emisso itaque spiritu, et paternis, ut scriptum est, manibus commendato , hospitium divinitatis immensœ quem virgine a conceperant atque ediderant viscera , virgo intérim sepultura suscepit. Sed mfinsit ilHc nihilominus incorruptus. quia non fuerat ex Adam nati seminis corruptione conceptus. Judœis quoque petentibus, custodes monumento deputantur a Prœside , quorum testimonio et fides firmaretur credentium. et confunderetur impietas perfidorum. Quid enim illi obesse potuit humana custodia, cui et dum reLe Temps Pascal.

qiiicscerct cceleste vit^ilavit excubium , et cum resurjïcret Deus inerat Verbum ? Quod immaculatne anim.x inseparabiliter copulatum adiit, exterruit , subjecit , et domuit, et vinxit cunctas hujus acris in lacu novissimo potestates. lUic mors hebetata contremuit, scseque peremtam acriusquam stimulaverat sensit. Quoique se humani generis dominam Icetitabat, ancillam mox cruels affectam Christo triumphante lugcbat. Fracta est confestim virtus sœva carnificutn, et ad nihilum redacta est exhausta grassatio cruentorum. Jnclinanata est harum tenebrarum Christi humilitatesuperbia, etdiabolica malitia divini Agni est simplicitate restincta. A- misit e manibus. subito quod se crudelissimus hostis credebat perpetim possessurum, cernenshumanum genus per hominem Deum paradiso , unde prrevaricatione Adœ eliminatum fuerat. restitutum. plicité de l'Agneau

dappui à la foi des croyants, en même temps qu'il confond l'impiété des perfides. Quel obstacle pouvait lui susciter la surveillance des hommes, à lui autour duquel, durant son repos, veillaient les Esprits célestes? à lui, qui est ressuscité parce qu'il était le Verbe de Dieu ? Il n'avait point rompu le lien qui l'unissait indissolublement à son âme très pure. Lorsqu'il vint la réunir à son corps, il épouvanta les puissances de l'air ; il les soumit , les dompta et les enchaîna dans le gouffre le plus profond. Ce fut alors que , sentant son glaive émoussé, la mort trembla , et qu'elle se vit atteinte plus avant que son aiguillon n'avait porté sur sa victime. Elle se proclamait fièrement maîtresse du genre humain ; maintenant, elle pleure d'être devenue l'esclave de la croix du Christ triomphant. La cruauté des bourreaux envers le Rédempteur a été réduite au néant : tous leurs tourments sont vains. L'orgueil des esprits de ténèbres a été abaissé par l'humilité du Christ ; et la malicedu diable a succombe devant la simcruel ennemi s'est vu tout à

coup arracher des mains ce qu'il croyait posséder à jamais ! sous ses yeux, le genre humain a été rétabli par l'Homme-Dieu dans le Paradis, d'où il avcit été expulsé par le crime d'Adam.

. A VOTRE rcsurrec'• ■«* tion, ô Christ ! alléluia,

fij. Le ciel et la terre sont dans l'allégresse, alléluia.

resurrectione tua, Christe, alléluia,

Ri. Cœli et terra laetentur, alléluia.

A première pierre de TEglise est posée ; Jésus va maintenant bâtir sur ce fondement. Le Pasteur des brebis et des a^gneaux a été proclamé : il est temps de former la bergerie ; les clefs du royaume ont été données à Pierre : le moment est venu d'inaugurer le Royaume. Or, cette Eglise, cette bergerie, ce royaume, désignent une société qu'on appellera Chrétienne^ du nom de son fondateur. Cette société formée des disciples du Christ est destinée à recevoir dans son sein tous les membres de l'humanité ; aucun n'en sera exclu, quoique par le fait tous n'y entrent pas. Elle devra durer jusqu'à la fin des siècles, puisqu'il n'y aura d'élus que dans son enceinte. Elle sera Une, car le Christ ne dit pas : « Je bâtirai mes Eglises; » il ne parle que d'une seule. Elle sera Sainte, parce que tous les moyens de la sanctification de l'homme lui seront confiés. Elle sera Catholique, c'est-à-dire universelle, afin qu'étant connue en tous temps et en tous lieux, les

i34 Le Temps Pascal.

hommes soient à même d'en entendre parler et de s'y enrôler. Elle sera Apostolique, c'està-dire que, quelle que soit la durée de ce monde, elle remontera par une succession légitime à ces hommes avec lesquels Jésus traite en ces jours pour sa fondation.

Telle va être l'Eglise, hors de laquelle il ne peut y avoir de salut pour tout homme qui, l'ayant connue, aura négligé de s'y adjoindre. Encore quelcjues jours, et le monde en entendra parler. L'étincelle en ce moment n'est que dans la Judée ; mais sous peu ce sera un incendie qui s'étendra au monde entier. Avant la tin du siècle, non seulement l'empire romain, si vaste déjà , aura des membres de l'Eglise dans toutes ses provinces, mais l'Eglise en comptera jusque chez les peuples au sein desquels Rome n'a pas promené ses aigles victorieuses. Bien plus, cette propagation miraculeuse ne s'arrêtera jamais; à chaque siècle de nouveaux apôtres partiront pour faire de nouvelles conquêtes à cette Eglise immortelle. Rien ne dure sous le soleil ; mais l'Eglise étonnera par sa durée incessante les regards superbes et irrités de l'incrédule. Les persécutions, les hérésies, les schismes, les défaillances de la faiblesse humaine et ses dépravations, n'y auront aucune prise : l'Eglise survivra à tout. Les petits-tilsde ses adversaires l'appelleront leur mère; elle verra rouler à ses pieds le torrent des âges emportant pêle-mêle les trônes, les dynasties, les nationalités et jusqu'aux races"; et elle sera toujours là, ouvrant ses bras à tous les hommes, enseignant toujours les mêmes vérités, répétant jusqu'au dernier

Le Lundi de la Trois. Sem. après Pâques. i35

jour du monde le même symbole, et toujours fidèle aux instructions que notre divin ressuscité lui confia durant les quarante jours dont nous célébrons en ce moment l'anniversaire.

Quelles actions de grâces ne devons-nous pas vous rendre, Seigneur notre Dieu, pour nous avoir fait naître au sein de cette société immortelle, qui seule possède vos enseignements célestes et les secours par lesquels s'opère le salut ! Nous n'avons point à chercher où est votre Eglise; c'est en elle, et c'est par elle que nous vivons de cette vie supérieure qui est au-dessus de la chair et du sang, et dont la plénitude, si nous sommes fidèles, nous est réservée dans l'éternité. Jetez, Seigneur, un regard de miséricorde sur tant d'âmes qui n'ont point eu le même bonheur, et qui n'entreront dans votre unique Eglise qu'au prix de plus d'un sacrifice pénible à la nature. Accordez-leur une lumière plus vive ; soutenez-les, afin qu'elles ne faiblissent pas. Brisez l'indifférence des unes, secondez les efforts des autres, afin que votre bergerie, 6 divin Pasteur, s'accroisse toujours davantage, et que votre Eglise, qui est votre Epouse, se réjouisse encore" de la fécondité que vous lui avez promise pour tous les siècles.

p» ONTiNuoNS de célébrer le mystère de la ^ Pâque , et empruntons aujourd'hui un nouveau cantique au chantre inspiré de l'E- glise de France au moyen âge, notre inépuisable Adam de Saint-Victor.

jV/5

I.e Temps Pascal.

Lux illuxit dominica. Lux insignis, lux unica, Lux lucis et lœtitia», Lux imraortalis gloriae.

LA liimicre du dimanche s'est levée sur le monde; lumière splendide, lumière unique, lumière brillante et joyeuse, lumière de gloire immortelle.

Diem mundi conditio Commendat ab initio, Quam Christi resurrectio Sublimât privilégie.

Inspeperennis gaudii, Lucis exsultent Hlii, V'indicent membra meritis Conformitatem Capitis.

Solemnis est celebritas. Et vota sint solemnia ; Primae diei dignitas Prima requirit gaudia.

Solemnitatum gloria Paschalis est Victoria, Sub multis œnigmatibus Diu promissa patribus.

Jam scisso vélo patuit Quod vêtus lex praecinuit ; Figuram res exterminât, Et umbram lux illuminât.

Quid agnus sine macula.

Ce jour avait la gloire d'être le premier de la création du monde ; la résurrection du Christ vient l'enrichir de nouveaux privilèges.

Enfants delà lumière, tressaillez dans l'espérance des joies sans fin : membres d'un Chef divin, soyez-lui conformes par vos mérites.

Jour solennel, pompes solennelles ; la dignité de la première des fêtes appelle la premieie des allégresses.

La victoire pascale est la gloire des solennités : elle fut promise et présagée longtemps à nos pères sous de nombreux symboles.

II est maintenant déchiré, le voile qui couvrait les oracles de la loi antique ; la réalité anéantit la figure ; la lumière illumine les ombres.

L'Agneau sans tache, le chevreau immolé : le Messie

Le Lundi de la 7 rois. Sem . après Pâques. iSj

expiant nos crimes accomplit ces types à nos yeux.

Par sa mort qui lui est infligée contre toute justice, il nous délivre de celle qui nous était due ; pour avoir saisi une proie qu'elle ne devait pas toucher, la mort perd ses droits sur celle qui lui était dévolue.

Une chair exemptede péché efFace l'opprobre de la chair coupable ; au troisième jour elle refleurit, et sa vue confirme dans la foi les cœurs chancelants.

O mort du Christ vivifiante, rendez-nous un avec le Christ. O mort qui ne dois plus reparaître, assurenous la récompense de vie.

Amen.

Quid haedus typi gesserit, Nostra purgans piacula, Messias nobis aperit.

Par mortem nos indebitam, Solvit a morte débita ; Praedam captans illicitam, Praedo privatur licita.

Garnis delet opprobria Caro peccati nescia ; Die reflorens tertia Corda confirmât dubia.

O mors Christi vivifica.

Tu Christo nos unifica !

Mors morti non obnoxia,

Det nobis vilae pr^emia.

Amen.

. IN resurrectione '■ 1 tua, Chrisie, alléluia.

Sf. Cœli et terra laetentur, alléluia.

VOTRE resurrecion, ô Christ ! alléluia,

iç. Le ciel et la terre sont dans l'allégresse, alléluia !

"Eglise que Jésus ressuscité organise en ces jours, et qui doit s'étendre dans le monde entier , est une société véritable et complète. Elle doit donc renfermer dans son sein un pouvoir qui la régisse, et qui, par Tobéissance des sujets, maintienne l'ordre et la paix. Nous avons vu que le Sauveur avait pourvu à ce besoin en établissant un Pasteur des brebis et des agneaux, un vicaire de son autorité divine ; mais Pierre n'est qu'un homme ; et si grand que soit son pouvoir, il ne peut l'exercer directement sur tous les membres du troupeau. La nouvelle société a donc besoin de magistrats d'un rang inférieur qui soient, selon la belle expression de Bossuet, « brebis à l'égard de Pierre, et Pasteurs à « l'égard des peuples i. »

Jésus a pourvu à tout ; il a choisi douze hommes qu"il a appelés ses Apôtres, et c'est à eux qu'il va conher la magistrature de son Eglise. En mettant Pierre à part pour en faire

[. Sermon sur l'unité de l'Eglise.

Le Mardi de la Trois. Sem. après Pâques. 1 3g

le Chef et comme un autre lui-même, il n'a pas renoncé à les faire servir à son dessein. Loin de là, ils sont destinés à être les colonnes de l'édifice dont Pierre est désormais le fondement. Ils sont au nombre de douze , c(îmme autrefois les douze fils de Jacob; car l'ancien peuple était en tout la figure du nouveau. Avant de monter au ciel, Jésus leur donne pouvoir d'enseigner par toute la terre, et il les établit Pasteurs des fidèles en tous les lieux où ils s'arrêteront. Aucun d'eux n'est chef des autres, si ce n'est Pierre, dont l'autorité paraît d'autant plus grande qu'elle s'élève aa-dessus de ces puissants dépositaires du pouvoir du Christ,

Une délégation si étendue des droits pastoraux dans la généralité des Apôtres avait pour but d'assurer la solennelle promulgation de l'Evangile ; mais elle ne devait pas survivre, dans cette vaste mesure, à ses dépositaires. Le successeur de Pierre devait seul conserver le pouvoir apostolique dans toute son étendue, et désormais, en dehors de lui, nul pasteur légitime n'a pu exercer une autorité territoriale sans limites. Le Rédempteur n'en fondait pas moins, en créant le Collège des Apôtres, cette divine magistrature que nous vénérons sous le nom d'Èpiscopat. Les Evoques, s'ils n'ont pas succédé à la juridiction universelle des Apôtres, s'ils n'ont pas reçu comme eux l'infaillibilité personnelle dans l'enseignement, n'en tiennent pas moins dans l'Eglise la place des Apôtres. A eux Jésus-Christ confère les clefs par le ministère du successeur de Pierre ; et ces clefs, symbole du gouvernement, ils en usent pour

140 Le Temps Pascal.

ouvrir et pour fermer dans toute l'étendue du territoire assigné à leur juridiction.

Qu'elle est magnifique, qu'elle est imposante, cette magistrature de l'Episcopat sur le peuple chrétien ! Contemplez dans le monde entier ces trônes sur lesquels sont assis les pontifes présidant aux diverses parties du troupeau, appuyés sur le bâton pastoral, symbole de leur puissance. Parcourez la terré habitable, franchissez les limites qui séparent les nations, passez les mers ; partout vous trouverez l'Eglise, et partout vous rencontrerez l'Evèque occupé à régir la portion du troupeau confiée à sa garde ; et voyant que tous ces pasteurs sont t^rères, que tous gouvernent leurs ouailles au nom d'un même Christ, et que tous s'unissent dans l'obéissance à un même chef, vous comprendrez alors comment elle est une société complète, cette Eglise au sein de laquelle l'autorité règne avec tant d'empire.

Au-dessous des Evéques, nous trouvons encore dans l'Eglise d'autres magistrats d'un rang inférieur;' la raison de leur établissement s'explique d'elle-même. Préposé à un territoire plus ou moins vaste. l'Evèque a besoin de coopérateurs qui représentent son autorité, et l'exercent en son nom et sous ses ordres, partout où celle-ci ne pourrait s'exercer immédiatement. Ce sont les prêtres à charge d'âmes, dont le Sauveur a fixe la place dans son Eglise, par le choix qu'il fit des soixante-douze disciples, dont il tira ses Apôtres, auxquels les disciples devaient être soumis. Complément admirable du gouvernement dans l'Eglise, où tout fonctionne avec

Le Mardi de la Trois. Sem. après Pâques. 141

la plus parfaite harmonie, au moyen de cette hiérarchie du sommet de laquelle l'autorité descend, et va se répandant dans les Evèques qui la délèguent ensuite au clergé inférieur.

Nous sommes dans les jours où cette divine juridiction que Jésus avait annoncée, émane entin de son divin pouvoir. Voyez avec quelle solennité il la confère : « Toute puissance, « dit-il, m'a été donnée au ciel et sur la « terre : allez donc, enseignez toutes les na« tiens ^ » Ainsi, ce pouvoir que les Pasteurs vont exercer, c'est dans son propre fonds qu'il le puise ; il est un écoulement de sa propre autorité au ciel et sur la terre ; et afin que nous comprenions plus clairement quelle en est la source, il dit encore en ces mêmes jours : « Comme mon Père m'a envoyé, de « même je vous envoie -. »

Ainsi, le Père a envoyé le Fils, et le Fils envoie les Pasteurs, et cette mission ne sera jamais interrompue d'ici à la consommation des siècles. Toujours Pierre instituera les évêques, toujours les évêques conféreront une partie de leur autorité aux prêtres destinés au ministère des âmes; et nulle puissance humaine sur la terre ne pourra ni intercepter cette transmission, ni faire que ceux qui n'y ont pas eu part aient le droit de se donner pour pasteurs. César gouvernera l'E- tat ; mais il sera impuissant à créer un seul pasteur ; car César n"a pas sa place dans cette hiérarchie divine, hors de laquelle l'Eglise ne reconnaît que des sujets. A lui de comLe Temps Pascal.

mander en souverain dans les choses temporelles : à lui d'obéir, comme le dernier des tidèles, au Pasteur charge du soin de son âme. Plus d'une fois il se montrera jaloux de ce pouvoir surhumain ; il cherchera à l'intercepter ; mais ce pouvoir n'est pas saisissablc ; sa nature est purement spirituelle. D'autres fois César en roulera sous ses pieds les dépositaires ; on le verra même, dans son délire, tenter de l'exercer lui-même ; vains efforts ! ce pouvoir qui remonte au Christ ne se contisque pas, ne s'arrête pas ; il est le salut du monde, et l'Eglise au dernier jour doit le remettre intact a celui qui daigna le lui confier avant de remonter vers son" Père.

D EDisoNS encore les louanges de notre divin

^ Roi. Le grand Fulbert de Chartres va nous fournir cette Hymne que nos anciennes liturgies romaines-françaises employaient au Temps Pascal.

CHORUS novK Hierusalem Novam mellis dulccdinem Promat, colcns cum sobriis Paschale festum gaudiis.

Quo Christus. invictus leo.

Dracone surgens obruto,

Dum voce viva personat,

A morte functos excitât.

C~ HŒURS de la Jérusalem nouvelle, célébrez la douceur du miel nouveau ; livrez-vous aux joies innocentes, en cette solennité pascale.

Aujourd hui, le Christ, lion invincible, foule le dragon et se levé du tombeau ; sa voix éclatante retentit ; elle appelle les morts à la vie.

Le Mardi de la Trois. Sem. après Pâques. 148

Le perfide tartare rend la proie qu'il avait dévorée ; une foule affranchie de la captivité suit Jésus montant vers la lumière.

Son triomphe est splendide ; il est digne du triomphateur qui, unissant le ciel et la terre, en fait un seul et même empire.

Nous, ses soldats, célébrons notre Roi ; prions-le humblement de nous donner place en sa cour magnifique.

Au Père suprême soit la gloire 1 honneur au Fils ! honneur à l'Esprit Paraclet. dans les siècles sans fin ! Amen.

Quam devorarat improbus Prasdam refudit tartarus : Captivitate libéra, Jesumsequunturagmina.

Triumphat ille splendide, Et dignus amplitudine, Soli polique patriam Unam facit rempublicam.

Ipsum canendo supplices, Regem precemur milites, Ut in suo clarissimo Nos ordinet palatio.

Per sœcla metaî nescia Patri supremo gloria, Honorque sit cum Filio Et Spiritu Paraclito.

Amen.

m^

yi^yi^^£yi^ifji(^yii!^/ii!^£yS^^£yi^yi^i£/i^y^^

rcsurreciione tua , Christe . alléluia,

Bpt. Cœli et terra laetcntur, alléluia.

^ \ VOTRE résurrection, ^' r\ ô Christ ! alléluia,

Hj. Le ciel et la terre sont dans l'allégresse, alléluia.

^[EN de plus grand, de plus élevé sur la terre que les Princes de la sainte K Eglise, que les Pasteurs établis par 'À le Fils de Dieu, et dont la succession durera autant que le monde; mais n'allons pas croire que les sujets de cet immense empire que Ton appelle l'Eglise n'aient pas aussi leur dignité et leur grandeur. Le peuple chrétien, au sein duquel se confondent, dans une égalité complète, le prince et le simple particulier, l'emporte en lumières et en valeur morale sur tout le reste de l'humanité. Partout où il s'étend, la vraie civilisation pénètre; car il porte partout la vraie notion de Dieu et de la tin surnaturelle de l'homme. Devant lui la barbarie recule, les institutions païennes, si antiques qu'elles soient, s'etîacent ; il vit même un jour la civilisation grecque et romaine lui rendre les armes, et le droit chrétien sorti de l'Evangile se substituer de lui-même au droit des peuples gentils. De nos jours encore, dans l'extrême Orient, la vue seule d'une armée chrétienne, composée de quelques mille hommes, a frappé de stupeur tout un immense emLe Mercr. de la Trois. Sem. après Pâques. 145

pire ; le souverain qui commande à trois cents millions de sujets et se fait appeler le Fils du ciel, n'a pu vaincre ses terreurs ; sans essayer la moindre résistance, il a fui honteusement sa capitale et ses palais. Sous les mêmes cieux, d'autres faits plus nouveaux ont également montré la supériorité que le baptèmeimprime ainsi aux races chrétiennes ; car il serait déraisonnable de prétendre trouver la raison première de cette supériorité dans notre civilisation, puisque cette civilisation elle-même n'a été que le produit du baptême. Mais si la grandeur du peuple chrétien est telle, qu'elle exerce son prestige extérieur jusque sur les infidèles eux-mêmes, que dirons-nous de celle que la foi nous révèle en lui ? L'Apôtre saint Pierre, le Pasteur universel entre les mains duquel nous venons de voir le divin Pasteur déposer les clefs, définit ainsi le noble troupeau qu'il est chargé de paître : « Vous êtes, leur dit-il, la race " choisie, le sacerdoce royal, la nation sainte, « le peuple acquis, chargé de publier les « grandeurs de celui qui vous a appelés du « sein des ténèbres à son admirable lumière ^)) C'est en effet au sein de ce peuple que se conserve la vérité divine ; et elle ne saurait s'éteindre chez lui. Lorsque l'autorité enseignante doit proclamer, dans son infaillibilité, une décision solennelle en matière de doctrine, elle fait d'abord appel à la foi du peuple chrétien, et la sentence déclare inviolable ce qui a été cru « en tous lieux, « en tous temps, et par tous -. » Chez le peu7 4^ l^ Temps Pascal.

pie chrétien réside ce principe admirable de fraternité des intelligences, le plus sublime phénomène qui soit sous le ciel, en vertu duquel vous retrouvez la même croyance chez les races les plus diverses, fussent-elles même hostiles les unes à l'égard des autres ; sous le rapport de la foi, sous celui de la soumission aux Pasteurs, il n'y a qu'un seul peuple. Au sein de ce peuple, fleurissent les vertus les plus complètes, quelquefois les plus héroïques; car il est le dépositaire, pour une large part, de l'élément de sainteté que Jésus a versé par sa grâce dans la nature humaine. Voyez aussi avec quel amour le Pastorat le protège et l'honore ! A tous les degrés de la sainte hiérarchie est attaché le devoir de donner sa vie pour le troupeau. Ce sacrifice du Pasteur à ses brebis n'est pas même un héroïsme : il est un devoir strict. Honte et malédiction au Pasteur qui recule ! le Rédempteur le flétrit du nom de mercenaire. Mais aussi, qu'elle est belle, et qu'elle est innombrable, cette armée de Pasteurs qui, depuis dix-huit siècles, ont donné leur vie pour le troupeau ! Il n'est pas une page des annales de l'Eglise où leurs noms ne resplendissent, depuis celui de Pierre crucifié comme son Maître, jusqu'à ceux de ces Evèques de la Cochinchine, du Tonkin, et de la Corée, dont les récents martyres sont venus nous avertir que le Pasteur n'a pas cessé de se considérer comme victime pour le troupeau. Aussi voyons-nous qu'avant de confier ses agneaux et ses brebis à Pierre. Jésus veut avant tout s'assurer s'il aime plus que les autres. Si Pierre aime son Maître, il aimera

Le Mercr. de la Trois. Sem. après Pâques 14-]

les brebis de son Maître, et il saura les aimer jusqu'à donner sa vie pour elies. C'est l'avertissement que lui donne le Sauveur qui, après lui avoir confié son troupeau tout entier, termine en lui prédisant le mart\ re. Heureux peuple que celui dont les chefs n'exercent la puissance qu'à la condition d'être prêts à répandre pour lui tout leur sang !

Avec quel respect , quelle considération , les Pasteurs traitent ces brebis de leur Maître! Que l'une d'elles vienne à retracer dans sa vie les caractères qui dénotent la sainteté, au point de mériter d'être proposée à la société chrétienne comme modèle et comme intercesseur ; vous verrez alors non seulement le Prêtre dont la parole appelle le Fils de Dieu sur l'autel, non seulement l'Evêque dont les mains sacrées tiennent le bâton pastoral, mais le Vicaire du Christ lui-même, humblement agenouillés devant le tombeau ou l'image du serviteur ou de la servante de Dieu, si humble qu'ait été son rang, si faible qu'ait été son sexe sur la terre. Ce respect pour les brebis du Christ, le sacerdoce hiérarchique le témoignera même à l'enfant baptisé dont la langue n'est pas déliée encore, qui n'est pas compté dans l'Etat parmi les citoyens, qui peut-être avant la fin du jour sera fané comme la fleur des champs. Le Pasteur reconnaît en lui un membre digne d'honneur de ce Corps de Jésus-Christ qui est l'Eglise , un être comblé de dons sublimes qui font de lui l'objet des complaisances du ciel et la bénédiction de tous ceux qui l'entourent. Lorsque le temple saint

i4S Le Temps Pascal.

réunit l'assemblée des tidèles, et que l'encens a fumé sur l'oblation sainte et autour de l'autel, le célébrant qui offre le Sacrifice reçoit l'hommage de ce parfum mystérieux qui honore en lui le représentant du Christ ; le collège sacerdotal voit ensuite s'avancer vers lui le thuriféraire, qui vient rendre honneur à ceux qui sont m.arqués du caractère sacré ; mais l'encens ne s'arrête pas dans le sanctuaire. \'oici que le thuriféraire vient se placer en face du peuple fidèle, et lui décerne au nom de l'Eglise ce même hommage que nous avons vu rendre au Pontife et aux prêtres ; car le peuple fidèle est aussi dans le Christ. Bien plus; lorsque la dépouille mortelle du chrétien , eût-il été le plus pauvre entre ses frères, est apportée dans la maison de Dieu pour y recevoir les derniers devoirs, ces devoirs sont encore un hommage. L'encensoir parcourt encore ces membres inanîmés ; tant l'Eglise tient à reconnaître et à honorer jusqu'au dernier moment le caractère divin que la foi lui révèle jusque dans le plus humble de ses enfants ! O peuple chrétien ! qu'il est juste de dire de toi, et à plus forte raison, ce que Moïse disait de son Israël: « Non, il n'est « pas de nation si grande et si comblée « d'honneur i ! »

A LA louange du divin ressuscité qui nous ^ a assuré 'tous ces biens, chantons un cantique de reconnaissance et d'amour, que nous

Le Mercr. de la Trois. Sem. après Pâques. 14g

prendrons encore dans les anciens Missels de Saint-Gall.

QUI pourra jamais, dans ses chants, célébrer les mystères accomplis par votre majesté, ô le plus grand des rois! Egal en divinité au Père suprême, vous disposez toutes choses par un semblable pouvoir.

Ce monde n'existait pas encore, et déjà au sein du Père, vous étiez cette Sagesse par qui toutes choses ont été faites, et dont rend témoignage ce triple univers. Voyant plongés dans l'abîme ceux que vous aviez honorés en les créant à votre image, vous vous êtes fait homme pour nous, afin de nous délivrer par votre sang.

Votre immolation fut jadis figurée sous le type de notre aicul Isaac, en place duquel un bélier fut otî'ert au Seigneur.

Joseph figura aussi les épreuves que vous deviez souffrir pour le rachat du

î AUDL'M quis carminé L- Unquam praevalet, regum summe, Typica majestatis tuae

Proraere ? Qui Parenti supremo Deitatc cosequalis, Omnia potestate pari

Disponis ;

Nam ante hujus mundi

Exordia, In Pâtre callebas

Sophia ; Per quam facta sunt omnia. Quseque profert Triplex machina. Qui cernens immersos

Esse barathro. Tua quos adcrnat

Imago, Propter nos factus es

homo,

Ut nos solveres

Sanguine tuo.

Haec pridem signavit

Sub typo Isaac parentis nostri

Immolatio, Mactabatur aries Pro quo Domino.

Te. Christe. passurua Pro mundo Joseph prœnotavit

i5o

Venditus in iKgypto,

Nunc daturus typicos

• Victus populo.

Nam fiieras prsefiguratus, Infernum fracliirus, Cum Samson vir invictus Lconem suffocavit, Et portas hostiles

Disrupit.

Tu, Domine, es suave

rubens lUius flos virgae, Quam fudit radix Jesse Generosa germine, Quod sunt praconati

Prophetœ.

Haecnostris prsenotantur

Patribus, O Redemptor, ccu sub

umbra

Primitus, Quae nos verius Te monstrante cernimus. Tu cuncta procul fugas

Nubila, Terrœ reddens tui vultus

Lumina, Quœ morte tua Fuscabatur Iremula.

Ecce nunc perspicuo Cuncta ornantur Elementa sereno. Quia redisti victor Barathro.

monde, ô Christ ! vendu d'abord comme esclave en Egypte, et bientôt fournissant à son peuple un aliment mystérieux.

La victoire que vous deviez remporter sur l'enfer fut représentée aussi par Samson, l'homme invincible, lorsqu'il étouffa le lion, et qu'il brisa les portes de la cité ennemie.

Vous êtes, ô Seigneur, la fleur vermeille et odorante, qu'a produite la branche sortie du tronc de Jessé qui doit sa noblesse à un tel rejeton, comme l'ont chanté les Prophètes.

Tels furent, ô Rédempteur, les symboles manifestés autrefois à nos pères, comme des ombres figuratives ; maintenant, vous daignez vousmême nous en montrer la réalité. A votre présence les nuages se dissipent ; aujourd'hui vous faites voir l'éclat de votre visage à la terre qui naguère, au moment de votre mort, avait disparu tremblante sous les ténèbres.

Tous les éléments de ce monde se sont embellis d'une lumière sereine, depuis que vous êtes revenu vainqueur du tombeau. Donc, ô frères,

Le Mercr. de la Trois. Sem. après Pâques, i5 1

d'un cœur humble et sincère, louons ensemble le Seigneur, et ensemble chantons :

Louange soit au souverain Père, qui, voulant nous retirer de l'abîme du péché, n'a pas épargné même son propre Fils.

Louange aussi soit au Fils, qui pour nous s'est fait homme, afin de nous arracher à l'enfer, et de nous rendre au Paradis.

Gloire égale à l'EspritSaint, dans toute l'éternité. Amen.

Hinc et nos, o socii, Mente Dominum Sincera et humili Simul laudemus Carminé tali :

Sit Patri laus summo, Qui levans Criminum nos cœno, Haud pepercit proprio Propter nosmet Filio.

Laus quoque sit Nato, Pro nobis qui factus est

homo. Ut solvens nos tartaro Redderet paradiso.

Gloria compar sit Pneumati

.^^^vo omni. Amen.

rcsurrectione Christe , alléluia,

19. Cœli et terra Lxtentur, alléluia.

OTRE résurrection. Christ 1 alléluia,

j^. Le ciel et la terre sont dans l'allégresse, alléluia.

ETTE Eglise que le Sauveur a bâtie et qu'il conserve de sa main divine, est-elle seulement la société des esprits qui possèdent, et des cœurs qui amient la vérité apportée du ciel ? L'at-on suffisamment définie, quand on Ta appelée une société spirituelle ? Non, assurément ; car nous savons qu'elle devait s'étendre et qu'elle s'est étendue de fait au monde entier. Or , comment auraient pu avoir lieu ces progrès, comment auraient pu s'étendre ces conquêtes, si la société fondée par le Rédempteur n'eût été extérieure et visible, en même temps que spirituelle: Les âmes ne communiquent pas sans l'intermédiaire des corps. <( La foi vient de l'ouïe, dit l'Apôtre ; or « con^ment entendront-ils, si on ne leur « prêche ' ? » Lors donc que Jésus ressuscité dit à ses Apôtres : « Allez, enseignez toutes « les nations -, » il indique assez que la parole devra retentir aux oreilles, qu'elle fera son bruit dans le monde , un bruit qui sera

I. Rom. X, 17, 14. — 2. Matth. XXVIII, IQ.

Le Jeudi de la Trois. Sem. après Pâques. 1 53

entendu de ceux qui se rendront à cette parole, comme de ceux qui la dédaigneront. Cette parole a-t-elle le droit de circuler ainsi librement, sans demander permission aux puissances de la terre ? Qui oserait nier qu'elle ait ce droit? Le Fils de Dieu a dit : « Allez, et enseignez toutes les nations ; » il doit être obéi ; et la parole de Dieu contiée à ses envoyés ne saurait être enchaînée i.

La voilà donc déclarée libre, cette parole extérieure, et dans sa liberté elle enfante de nombreux disciples. Ces disciples demeureront-ils isolés les uns des autres ? Ne se grouperont-ils pas autour de leur apôtre pour l'entendre ? Ne se sentiront-ils pas frères et membres d'une même famille? Alors il faut qu'ils s'assemblent ; et tout à coup le peuple nouveau apparaît, visible à tous les regards. Il en devait être ainsi ; car si ce peuple qui doit assimiler tous les autres ne frappait pas les regards, ses destinées ne s'accompliraient pas.

Mais il faut à ce peuple qui s'assemble des édifices, des temples. Il va donc bâtir au soleil les maisons de la prédication et de la prière. L'étranger, à la vue de ces nouveaux sanctuaires, se demande : Qu'est-ce que ceci ? D'où viennent ces hommes qui ne prient plus avec leurs concitoyens? Ne dirait-on pas une nation dans la nation ? L'étranger a raison ; c'est une nation dans la nation, jusqu'à ce que la nation elle-même ait passé tout entière dans les rangs de ce peuple nouveau.

Les besoins de toute société exigent qu'elle ait ses lois, comme elle a sa hiérarchie ; l'Eglise montrera donc au grand jour les signes d'un gouvernement intérieur dont les cft'ets se produisent à l'extérieur. Ce sont des Vêtes, ses solennités dont la pompe annonce un grand peuple, des règlements rituels qui forment entre les membres de la société un lien visible au dehors comme au dedans du temple ; des commandements , des ordres émanés des divers degrés de la hiérarchie, qui sont promulgués et viennent réclamer l'obéissance ; des institutions, des corporations qui se meuvent au sein de la société, et lui apportent secours et splendeur; tout entin, jusqu'à des lois pénales contre les délinquants et les réfractaires.

Mais il ne suffit pas à l'Eglise d'avoir des lieux de réunion pour les assemblées de ses fidèles; il faut qu'il soit pourvu à l'entretien de ses ministres, aux dépenses du culte qu'elle rend à Dieu, aux nécessités de ses membres indigents. La voilà donc qui, secondée par la générosité de ses enfants, prend possession de certaines parties du sol qui deviennent par là même sacrées à raison de leur destination, et à cause de la dignité surhumaine de celle qui les possède. Bien plus, lorsque les princes, lassés de s'opposer vainement au progrès de l'Eglise, demanderont eux-mêmes a en faire partie, il deviendra nécessaire que le Pasteur suprême ne soit plus sujet d'aucun roi dans l'ordre temporel, et qu'il devienne roi lui-même. La société chrétienne accueille avec acclamation ce couronnement de l'œuvre du Christ , à qui « toute-puissance a été

Le Jeudi de la Trois. Sem . après Pâques. 1 5 5

« donnée au ciel et sur la terre, » et qui devait un jour régner temporellement dnns son Vicaire.

Telle est donc l'Eglise : société spirituelle, mais extérieure et visible, de même que l'homme, spirituel quant à son àme, tient à la nature physique par son corps qui fait partie essentielle de lui-même. Le chrétien aimera donc la sainte Eglise telle que Dieu l'a voulue, et il aura en horreur ce faux et hypocrite spiritualisme qui, pour renverser l'œuvre du Christ, prétend refouler la religion dans le pur domaine de l'esprit. Nous ne pouvons accepter un tel sort. Le Verbe divin a revêtu notre chair; il s'est donné « à voir , à entendre , à toucher i ; » et s'adressant aux hommes, il les a organisés en Eglise visible, parlante et palpable. Nous sommes un vaste Etat ; nous avons notre monarque, nos magistrats, nos concitoyens, et nous devons être prêts a donner notre vie pour cette patrie surnaturelle, dont la dignité s'élève autant au-dessus de celle de la patrie terrestre que le ciel est au-dessus de la terre. Satan, jaloux de cette patrie qui doit nous conduire à celle dont il est exclu, n'a rien épargné dans le cours des siècles pour la renverser. Il s'est d'abord attaqué à la liberté de la parole sacrée qui enfante les membres de l'Eglise : « Nous vous défendons, disaient « ses premiers organes, de parler désormais « de ce Jésus '-. »"Le stratagème est habile; et s'il n'a pas réussi, si la prédication chrétienne s'est fait jour malgré tout, l'ennemi

I. I JOHAN. I, l. — 2. Act. IV, l8.

i56 Le Temps Pascal.

n'a pas laisse de l'appliquer jusqu'à nos temps dans la mesure qui lui restait possible.

Les assemblées des chrétiens ont éveillé de bonne heure les poursuites de la puissance mondaine. La violence a tenté de les disperser; souvent nous avons été réduits à chercher les antres et les forêts, à choisir les heures de la nuit pour célébrer les Mystères de lumière, pour chanter les splendeurs du divin Soleil de justice. Que de fois nos temples les plus aimés, monuments de la piété, consacrés par les plus chers souvenirs, ont couvert la terre de leurs débris ! Satan eût voulu effacer jusqu'aux traces du domaine de son vainqueur.

Et les lois que l'Eglise promulgue pour ses fidèles, et les relations de ses Pasteurs entre eux et avec leur Chef, à quelles tyranniques jalousies n'ont-elles pas donné lieu ? On a voulu refuser à la société des chrétiens jusqu'au droit de se gouverner elle-même ; des hc-nmes serviles "ont aidé les gens de César à garrotter l'Epouse du Fils d"e Dieu. Ses biens temporels ont aussi tenté la cupidité des puissances du monde ; ils lui procuraient l'indépendance ; il fallait donc les lui ravir, afin qu'elle n'eût plus qu'une situation précaire : attentat que nos sociétés politiques expient cruellement chaque jour, mais moindre pourtant que celui qui est le crime de notre siècle, et qui a fait descendre de son trône, après mille ans de royauté temporelle, le Pasteur qui tient les clefs du Royaume de Dieu.

Cependant, les plus odieuses erreurs cirLe Jeudi de la Trois. Sem . après Pâques. iSj

culent : l'idée d'une Eglise toute spirituelle, d'une Eglise qui ne doit pas être visible, a moins qu'elle ne consente à devenir l'un des ressorts du gouvernement national , cette idée impie et absurde trouve de nombreux partisans. Pour nous, nous n'oublierons pas les innombrables martyrs qui ont donne leur sang pour maintenir et assurer a l'Eglise de Jésus-Christ sa qualité de société ptiblique, extérieure, indépendante de tout joug humain, en un mot complète en elle-même. Peut-être sommes-nous les derniers héritiers de la promesse ; raison de plus pour proclamer jusqu'à la tin les droits de celle que Jésuss'est donnée pour Epouse, à laquelle il a conféré l'empire de ce monde qui n'a été conservé qu'à cause d'elle, et qui s'écroulera le jour où elle en serait exilée.

-r ERMiNONS par le cantique à l'honneur de ^ notre Chef invincible. Les anciens Missels de Saint-Gall nous donnent encore cette Prose pour célébrer le mystère de la Pâque.

frères ! éclat d'harmonie

ALLONS, rreres i que nos chants éclatants et remCérlèbrent, en s'unissant, les joies enivrantes de cette saison riche et printanière.

Dans laquelle le Christ daigna rouvrir pour nous les

EIA harmoniis, Socii, laudum resoHujus spiendidc vernantis Celebremus gaudia Simul temporis,

In qiio patriœ cœlestis Per Christum patet

j5S

Rcserata spes nobis.

Niinc gémit Pharao Sibi raptos, Plaga mortis Quos afHixit vernaculos.

Nos autem referamus

Siipremo

dates régi,

Qui nos redemit

Barathro.

Et qui per Christum Canopica, More Judasorum, Solvimur pœna, Mentes pariter Prœparemus, Typicam ut immolcmus Victimam,

Cujus cruore sacrosancto Insigniti mentis domo. Non pavemus Angeli

ensem Plectentis reos vindicem.

Et digne Mysticis ut ejus Epulemur carnibus. Fermenta criminum

Purgemus, Sinceriter vivamus.

Sic eripi in hujus Eremo vit.-E quimus Per cœleste lumen De tetris hostibus "^

espérances céleste.

de la patrie

A cette heure Pharaon gémit de sentir enlevés à sa tyrannie les esclaves qu'il écrasait d'un joug de mort.

Rendons grâces au Roi sufrême qui nous a rachetés de abime ;

Et puisque, comme Israël, nous sommes dégagés du joug égyptien, préparons aussi nos âmes, et immolons une victime mystique.

Du sang divin de cette victime, marquons la maison de notre âme, et nous ne craindrons plus le glaive vengeur de l'Ange qui vient frapper les coupables.

Pour manger dignement la chair sacrée de l'Agneau, ôtons le levain du péché, et vivons dans la sincérité.

Ainsi nous mériterons que la lumière céleste nous arrache h nos noirs ennemis, dans Iq désert de cette vie.

Le Jeudi de la Trois. Sem. après Pâques. 1 5g

Affranchis de notre adversaire par les eaux purifiantes du Christ, nous chanterons, à la louange du libérateur, le cantique de Moïse qui délivra son peuple opprimé par le cruel Pharaon, en submergeant cet ennemi dans les sombres gouffres de la mer.

Donc à l'envi chantons avec allégresse le Seigneur tout-puissant.

Que nos dévotes prières frappent à la porte de sa sublime miséricorde ; afin que lui qui, par sa mort, a brisé l'empire de la mort, daigne garder ceux qu'il a rachetés ; qu'il les préserve de revenir sur leurs pas, mais plutôt qu'il les aide à monter au royaume promis. Amen.

Per lavacrumque

Christi

Inimicis elapsi Digne ipsum laudare

Hymno Moysi, Qui suos maligno pressos Pharaone alumnos

Libérât,

Obstructo Atris abyssis inimico.

Quapropter Certante nunc voto,

Jubilemus Tantae potestatis Domino,

Et sua? januam Pracelsas pietatis Pulsemus Precibus devotis, Monendo ut qui mortis

Legem rupit atrocis, Hic redemptoscustodiat, Ne post tergum décidant, Sed ut regnum scandant Promissum. Amen.

i I N resurrectione ^' * tua , Christe ,

allcluia,

fil. Cœli et terra K-etentur, alléluia.

- A VOTRE résurrection,

Tous les livres