L'Année liturgique — Le Temps Pascal (t. 7-9) (page 7)

Dom Prosper Guéranger · Vie de piété

Texte français, domaine public · Source : archive.org — L'Année liturgique t. 7-9, éd. 1911 (OCR) · 18 pages

Fiche de l’œuvre dans le savoir

6 Christ ! allcluia,

Vf. Le ciel et la terre sont dans l'alléiïressc, alléluia.

GLiSE de Jésus, promise par lui à la terre dans les jours de sa vie mortelle, sortie de son flanc divin ouvert par la lance sur la croix, ordonnée et perfectionnée par lui dans les dernières heures de son séjour ici-bas , nous vous saluons avec amour comme notre Mère commune. Vous êtes l'Epouse de notre Rédempteur, et vous nous avez enfantés à lui. C'est vous qui nous avez donné la vie dans le Baptême ; c'est vous qui nous éclairez par la Parole qui produit en nous la lumière; c'est vous qui nous administrez les secours au moyen desquels notre pèlerinage terrestre doit nous conduire au ciel ; c'est vous entin qui nous gouvernez dans l'ordre du salut par vos saintes ordonnances.

Dans votre sein maternel, 6 Eglise, nous sommes en sûreté , nous n'avo'ns rien à craindre. Que peut contre nous l'erreur? Vous êtes « la colonne et l'appui de la vérité ce sur la terre L » Que nous font les révoluI. I Tim. m, i3.

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tions de la patrie terrestre ? Nous savons que si tout manque, vous ne sauriez manquer. En ces jours mêmes, Jésus dit à ses Apôtres, et en eux à leurs successeurs ; « Voici que je « suis avec vous jusqu'à la consommation « des siècles '. » Quel titre de durée que celui-là, 6 Eglise ! L'histoire humaine tout entière est là "pour attester si jamais, depuis dix-huit siècles, il vous a fait défaut. Mille fois les portes de l'enfer ont mugi ; mais elles n'ont pas prévalu contre vous une seule heure.

C'est ainsi, 6 Eglise, qu'étant fondée dans le Christ votre Epoux, vous nous faites participer à la divine immutabilité que vous avez reçue. Etablis en vous, il n'est pas de vérité que notre œil purihé par la foi ne pénètre, pas de bien que, malgré notre faiblesse, nous ne puissions réaliser, pas d'espérance infinie dont nous ne soyons capables d'atteindre l'objet. Vous nous tenez dans vos bras, et de la hauteur où vous nous élevez, nous découvrons les mystères du temps et les secrets de l'éternité. Notre regard vous suit avec admiration, soit qu'il vous considère militante sur la terre, soit qu'il vous retrouve souffrante dans vos membres chéris , au séjour temporaire de l'expiation, soit enfin qu'il vous découvre triomphante dans les cieux: notre contemporaine dans le temps, vous êtes déjà, pour une partie de vousmême, héritière de l'éternité. Oh! gardeznous avec vous, gardez-nous en vous toujours, 6 notre Mère qui êtes la bien -aimée

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de l'Epoux 1 A qui irions-nous? n'est-ce pas à vous seule qu'il a contié les paroles de la vie cternclle ?

Qu'ils sont à plaindre, ceux qui ne vous connaissent pas, 6 Eglise ! Mais nous savons que s'ils cherchent 'Dieu du fond de leur cœur, ils vous connaîtront un jour. Qu'ils sont à plaindre, ceux qui vous ont connue, et qui vous renient dans leur orgueil et leur ingratitude ! Mais nul n'arrive à un tel malheur sans avoir volontairement éteint en soi la lumière. Qu'ils sont à plaindre, ceux qui vous connaissent, qui vivent de votre substance maternelle, et qui s'unissent à vos ennemis pour vous insulter et vous trahir ! Légers de pensée, confiants en eux-mêmes, entraînés par l'audace de leur siècle, on dirait qu'ils vous considèrent désormais comme une institution humaine, et ils osent vous juger, pour vous absoudre ou vous condamner, selon qu'il semblera convenable à leur sagesse.

Au lieu de révérer, ô Eglise, tout ce que vous avez enseigné sur vous-même et sur vos droits, tout ce que vous avez ordonné, réglé, pratiqué, il en est qui, sans vouloir rompre le lien qui les unit à vous, osent confronter avec les idées d'un soi-disant progrès votre parole et vos actes. En ce monde qui vous a été donné en héritage, ces fils insolents se permettent de vous faire votre part. Désormais, vous, la Mère du genre humain régénéré, vouz seriez en tutelle sous leur garde. C'est d'eux que vous apprendriez désormais ce qui convient à votre ministère ici-bas. Des hommes sans Dieu et adorateurs de ce

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qu'ils appelaient les droits de l'homme, osèrent, il y a moins d'un siècle, vous expulser de la société politique, que vous aviez jusqu'alors maintenue en rapport avec son divin auteur. Pour satisfaire aujourd'hui leurs imprudents disciples , il vous faut anéantir tous les monuments de votre droit

Îublic, et vous résigner au rôle d'étrangère, usqu'ici vous exerciez les droits que vous avez reçus du Fils de Dieu sur les âmes et sur les corps ; il vous faut désormais accepter, en place de votre royauté, la liberté commune qti'une même loi de progrès assure à l'erreur comme à la vérité. Les conseils ; de ce monde ont obtenu le sacrilège succès i de faire descendre de son trône, af)Vès mille j ans de règne, le \'icaire de votre Epoux ; et au lieu de se relever de toute la hauteur de :. leur foi et de se poser en défenseurs chréi tiens du dernier boulevard de -la chrétienté, j il en est parmi nous qui ont été chercher les ! moyens de le soutenir dans les utopies d'une i politique rationaliste, dont votre existence, î votre enseignement et vos actes sont la j réprobation la plus formelle. Aveugles qui ! pensent vous faire accepter sous un masque

1 humain par ceux qui haïssent précisément en vous le caractère surnaturel !

Qu'ils ont bien mieux compris les devoirs de leur temps, ceux qui, dédaignant ces profanes théor es, partirent au dernier siècle, avec le dévouement des Machabées, pour tirer le glaive contre vos ennemis, 6 Eglise I Dans des jouis où la foi était altérée et diminuée, ils comprirent leur rôle de chrétiens, et la couronne des martyrs est à eux. O

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Eglise ! il ne s'agit pas pour nous de vous travestir, mais de vous confesser. Vous êtes l'un des articles de notre Symbole : a Je crois la sainte Eglise catholique. » Il y a dix-neuf siècles que les chrétiens vous connaissent ; ils savent que vous ne marchez pas au caprice des hommes. C'est à eux «.le vous accepter telle que Jésus vous a faite : signe de contradiction comme lui ; à eux de s'instruire par vos réclamations, vos protestations, et non de vous réformer sur un type nouveau. Une main divine pourrait seule opérer ce prodige.

Qu'il fait bon, 6 Eglise , partager votre sort! Dans un siècle qui n'est plus chrétien, vous êtes redevenue impopulaire. \'ous le fûtes longtemps dans les siècles passés ; et vos fils n'étaient dignes de vous appartenir qu'à la condition de savoir se compromettre pour vous. C^s temps sont revenus. Nous ne voulons point séparer notre cause de la votre; nous vous avouerons toujours comme notre Mère immuable supérieure à tout ce qui passe, et poursuivant ses destinées à travers des siècles de gloire et des siècles de persécution, jusqu'à ce que l'heure ait sonné où cette terre qui fut créée pour être votre domaine, vous verra monter dans les cieux, et fuir un monde condamné à périr sans retour pour vous avoir méconnue et mise hors la loi.

A LA louange du divin Epoux de notre Mère , chantons ce cantique pascal tiré des anciens Missels de Flandre.

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QUE l'univers entier chante alléluia : par ses vœux, par ses cantiques, qu'il célèbre la solennité pascale.

Que le jeune essaim, blanc comme la neige, éclate en transports, au sortir des fonts sacrés, délivré des eaux du fleuve infernal.

Et nous avec mélodie, faisons résonner les cordes de nos instruments.

Que nos voix sonores expriment avec accord les neumes de nos joyeux cantiques.

Le Christ plein de douceur, devenu notre hostie, a porté le bois de la croix pour remédier à nos maux.

Pour nous assurer la vie immortelle, il a supporté la mort.

Il a daigné boire lamer breuvage du fiel.

Il aenduré de cruelles blessures dans sa chair, que les clous et la lance ont traversée.

Après avoir souffert pour

CONCINAT orbis cunctus Alléluia, votis, voce solemnia Celebrando paschalia.

In sumptu tenera Congaudeat turma, Sacro fonte nivea, Spernens Phlegethontis undas.

Nos quoque laxas Aptemus fibras Artemusica ;

Voce sonora

JNIodificantes Prorsus neumata Voce satis tinnula,

Christus namque mitis hostia

Factus nostra ob remédia,

Crucis tulit robora ;

Ut jugis vita Maneret, subiit lethalia.

Fcllis amara Passus prœlibare pocula.

Vulnera satis tolaravit dura, Transfixus clavis et lancea.

Sic tolerando, mala

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Gerens nostra, Descendit ad ima Tartara.

Hosiis antiqul confringens arma, Revehit potcns ampla Ovando trophasa.

Sicque devicta morte Ac resumpta carne, Resurgit victor Die hodierna.

Unde jam jocundas Ipsi canamus odas ;

Per quem nobis vita Redit aeterna, Et cœli clara Nobis patescit aula :

Gui sit laus praeclara.

Amen.

nos péchés qu'il avait pris sur lui, il est descendu au fond du Tartare :

D'où il remonte, après avoir brisé les armes de l'antique ennemi, rapportant en triomphe un superbe trophée.

Ayant vaincu la mort et repris sa chair, il ressuscite aujourd'hui victorieux.

Ghantons donc à sa gloire de joyeux cantiques.

G'est par lui que la vie éternelle nous est rendue, et que les palais célestes nous sont rouverts.

A lui donc la louange et les cantiques d'honneur.

i A VOTRE resurrec^- I\ tion, ô Christ ! alléluia,

fi|. Le ciel et la terre sont dans l'allégresse, alléluia.

5^ 1 N resurrectione ^' 1 tua, Christe, alléluia,

^. Cœli et terra lœtentur, alléluia.

Samedi nous ramène à Marie ; mais en vénérant les grandeurs de la Mère de Dieu, nous ne perdons pas de vue pour cela la sainte Eglise été, cette semaine, l'objet de nos contemplations. Considérons aujourd'hui les rapports de Marie avec l'Eglise de son Fils ; cette vue nous découvrira de nouveaux aspects sur ces deux Mères du genre humain.

Avant que l'Homme-Dieù entrât en possession de l'Eglise qui devait être inaugurée devant toutes les nations au jour de laPentecôte, il avait préludé à cette possession royale en s'unissant à celle qui mérite pardessus tout d'être appelée la Mère et la représentante du genre humain. Formée du plus noble sang de notre race, du sang de David , d'Abraham et de Sem , pure dans son origine comme le i'urent nos premiers parents au sortir des mains de leur créateur, destinée au sort le plus sublime auquel Dieu puisse élever une simple créature, Marie fut sur la terre l'héritage et la coopératrice du Verbe incarné, la Mère des vivants. Dans sa

lOS Le Temps Pascal.

personnalité, elle fut ce que l'Eglise a été collectivement depuis. Son rôle de Mère de

etc de Dieu dépasse sans doute en dignité toutes ses grandeurs; mais nous ne devons pas *pour"cela fermer les yeux aux autres merveilles qui brillent en elle.

Marie fut la première créature qui répondit pleinement aux vues du Fils de Dieu descendu du ciel. En elle il trouva la foi la plus vive, l'espérance la plus ferme, l'amour le plus ardent. Jamais la nature humaine complétée par la grâce n'avait offert à Dieu un objet de possession aussi digne de lui. En attendant qu'il célébrât son union avec le genre humain en qualité de Pasteur, il fut ïe Pasteur de cette unique brebis, dont les mérites et la dignité dépassent d'ailleurs ceux de l'humanité tout entière, quand bien même celle-ci se fût montrée en tout et toujours tidèle à Dieu.

Marie tint donc la place de l'Eglise chrétienne, avant que celle-ci fût née. Chez elle le Fils de Dieu trouva non seulement une Mère, mais l'adoratrice de sa divinité dès le premier instant de l'Incarnation. Nous avons vu, au Samedi saint, comment la foi de Marie survécut à l'épreuve du Calvaire et du sépulcre, comment cette foi qui ne vacilla pas un instant conserva sur la terre la lumière qui ne devait plus s'éteindre, et qui bientôt allait être confiée à l'Eglise collective chargée de conquérir toutes les nations au divin Pasteur.

Il n'entrait pas dans les plans du Fils de Dieu que sa sainte Mère exerçât l'apostolat extérieur, au delà du moins d'une certaine

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Le Samedi de la Trois. Sem. après Pâques. 1 6g

limite; d'ailleurs il ne devait pas la laisser ici-bas jusqu'à la lin des temps ; mais de même que, depuis son Ascension glorieuse, il associa son Eglise à tout ce qu'il opère pour ses élus, de môme voulut-il, durant sa vie mortelle, que Marie entrât en partage avec lui dans toutes les œuvres qu'il accomplissait pour le salut du genre humain. Celle dont le consentement formel avait été requis avant que le Verbe éternel se fît homme en elle, se retrouva, comme nous l'avons vu, au pied de la croix, afin d'offrir comme créature celui qui s'offrait comme Dieu Rédempteur. Le sacrifice de la mère se confondit dans le sacrifice du fils, qui l'éleva à un degré de mérite que notre pensée mortelle ne saurait pénétrer. Ainsi, quoique dans une mesure inférieure, l'Eglise s'unit-elle dans une même oblation avec son Epoux divin dans le Sacrifice de l'autel. En attendant que la maternité de l'Eglise à naître fût proclamée, Marie reçut du haut de la croix l'investiture de Mère des hommes ; et lorsque la lance vint ouvrir le côté de Jésus, pour donner passage à l'Eglise qui procède de l'eau et du sang de la rédemption, Marie était là debout pour accueillir dans ses bras cette mère future qu'elle avait représentée avec tant de plénitude jusqu'alors.

Sous peu de jours nous contemplerons Marie dans le Cénacle , tout embrasée des feux de TEsprit-Saint, et nous aurons à exposer sa mission dans l'Eglise primitive. Arrêtons-nous ici aujourd'hui"; mais en finissant jetons un dernier regard sur nos deux Mères , dont les rapports sont si intimes,

Quelque inégale que soit la dignité de l'une cl e l'autre.

Notre Mère des cieux, qui est en même temps la Mère du Fils de Dieu, se tient étroitement unie à notre Mère de la terre, et ne cesse de répandre sur elle ses célestes influences. Si dans sa sphère militante celleci triomphe, c'est le bras de xMarie qui lui assure la victoire ; si la tribulation Toppresse, c'est avec le secours de Marie qu'elle soutient l'épreuve. Les tils de l'une sont les fils de l'autre, et toutes deux les enfantent : l'une qui est « la Mère de la divine grâce », par sa prière toute-puissante; l'autre par la Parole et par le saint Baptême. Au sortir de ce monde, si nos fautes ont mérité que la vue de Dieu soit retardée pour nous , et qu'il nous faille descendre au séjour où les âmes se purifient, les suffrages de notre Mère de la terre nous y suivent et viennent adoucir nos douleurs ; mais le sourire de notre Mère du ciel a plus de vertu encore pour consoler et abréger la trop juste expiation que nous avons méritée. Au ciel, l'éclat dont resplendit l'Eglise glorifiée fait tressaillir d'admiration et de bonheur les élus, qui l'ont laissée luttant encore sur la terre où elle les enfanta ; mais leurs regards éblouis se portent encore avec plus d'extase et d'attendrissement sur cette première Mère qui fut leur étoile dans les tempêtes, qui du haut de son trône ne cessa de les suivre de son œil prévoyant, leur ménagea, dans sa sollicitude, les secours qui les on"t conduits au salut, et leur ouvre pour jamais ces bras maternels sur lesquels elle porta autrefois

Le Samedi de la Trois. Sem. après Pâques. ly t

le divin fruit de ses entrailles, « ce Premierné 1 » dont nous sommes les frères et les cohéritiers.

nr ANDis que nous habitons cette vallée •^ de larmes , devenue en ces jours un paradis par la présence prolongée de notre divin ressuscité , chantons encore une fois les allégresses de sa Mère, en empruntant aux mêmes sources, aux Eglises de Germanie, le cantique d'aujourd'hui.

ÉJOUlssEZ-vous, ô \'ierge, étoile de la mer, épouse chérie du Christ ; car A'oici que le messager de notre salut vient vous apporter le plus grand sujet d'allégresse. Chaste et féconde Mère, purifiez-nous de nos péchés, et annoncez aussi à nos cœurs les joies d'en haut.

Réjouissez-vous. Mère sans tache, qui, dans votre admirable fécondité, avez enfanté un fils, comme un astre lance son rayon ; par la grâce de votre enfantement, source de notre salut, rendez-nous féconds dans le bien, nous jusau'ici stériles de cœur.

G AUDE, Virgo Stella maris, Sponsa Christi singularis,

Jocundata nimium Per salutisnuntium: A peccatis nos emunda, Casta Mater etfœcunda. Et suprema gaudia Nostro cordi nuntia.

Claude Mater illibata, Quae tam mire fœcundata

Genuisti filium, Velut sidus radium : Fac nos quoque salutari Partu semper fœcundari, Atque corde stériles Fac clementer fertiles.

Gaude florcns lilium, Cujus novum filium Magi cum muneribus Plaçant flexis genibus : O felix puerpera. Nos illorum munera Deo ferre tribuc Semper et assidue.

Gaude Parens, cujus natus Jam in templo prnesentatus

Simeonis manibus ToUitur cum laudibus : Confer nobis, supplicamus, Ut et illum nos geramus Puris semper cordibus Etsincerismentibus.

Gaude, qui tripudio Lnctabaris nimio, Résurgente filio Mortis ab imperio : Fac a nostro scelere, Pia, nos resurgere, Sursum toile variis Cor oppressum vitiis.

Gaude, quae felicibus Conspexisti visibus Ire tuum filium Ad paternum solium : Da ut ejus reditum, Hujus vitœ terminum, Valeamus libère Sine melu cernere.

Réjouissei.-vous, ô lis couvert de fleurs, dont les Mages chargés de présents adorent à genoux l'enfant nouveau-né. Heureuse Mère, accordeznous de pouvoir offrir toujours à Dieu les hommages figurés par leurs dons.

Réjouissez-vous, ô Mcre, dont le fils fut présenté au temple, et placé sur les bras de Siméon qui célèbre sa gloire ; donnez-nous de le porter, nous aussi, dans des cœurs purs et sincères.

Réjouissez-vous, Marie , vous dont l'allégresse fut au comble, au jour où votre fils ressuscita vainqueur des liens de la mort ; faites-nous aussi ressusciter de nos péchés, ô très clémente! élevez en haut notre cœur accablé sous le poids d« ses vices.

Réjouissez-vous , Marie , vous dont les heureux regards suivirent le vol de votre fils remontant au trône de son Père ; donnez-nous de voir sans crainte son retour, lorsque ce monde arrivera à sa fin.

Le Samedi de la Trois. Sem. après Pâques. 1 7 3

Réjouissez-vous, Vierge des vierges, que la main du doux Jésus emporta au-dessus des astres, lorsque vous alites achevé cette vie mortelle ; accordez-nous l'allégement du poids de nos péchés. et après les tribulations présentes, conduisez-nous à la vraie pairie.

Amen.

Gaude, Virgo virginum, Quam post vitœ terminum Dulcis Jesu dextera Vexit super sidéra : Prœsta nobis miseris Sublevamcn sceleris, Et post hanc miseriam Duc ad veram patriam.

Amen,

Llr, JKUlSltME UIMANCHL:

au culte

\ série des mystères du Temps pascal est suspendue aujourd'hui ; un autre objet attire pour un moment nos contemplations. La sainte Eglise nous propose de donner la journée 'Epoux de Marie, du Père nourricier du Fils de Dieu, Patron de l'Eglise universelle. Au iq mars cependant nous lui avons rendu notre hommage annuel : aussi n'est-ce pas proprement sa fête que nous allons célébrer en ce jour. Il s'agit d'ériger par la piété du peuple chrétien "un monument de reconnaissance au puissant Protecteur, à Joseph, le recours et l'appui de tous ceux qui l'invoquent avec contiance. Assez de bienfaits lui ont mérité cet hommage ; la sainte Eglise se propose aujourd'hui, dans rintérêtXieses enfants, de diriger

Le Patronage de Saint Joseph. ij5

leur confiance vers un secours si puissant et si opportun.

La dévotion à saint Joseph avait été réservée pour ces derniers temps. Le culte de cet admirable personnage, culte fondé sur l'E- vangile même, ne devait pas se développer dans les premiers siècles de l'Eglise ; non pas que les tidèles, considérant le rôle sublime de saint Joseph dans l'économie du mystère de l'Incarnation, fussent entravés en quelque chose dans les honneurs qu'ils auraient voulu lui rendre ; mais la divine Providence avait ses raisons mystérieuses pour retarder le moment oîi la Liturgie devait prescrire chaque année les hommages publics à offrir à l'E- poux de Marie. L'Orient précéda l'Occident, ainsi qu'il est arrivé d'autres fois, dans le culte spécial de saint Joseph ; mais au xv* siècle l'Eglise latine l'avait adopté tout entière; et depuis lors il n'a cessé de faire les plus heureux progrès dans les âmes catholiques. Les grandeurs de saint Joseph ont été exposées "au iQ mars; le but de la présente fête n'est pas de revenir sur cet inépuisable sujet. Elle a son motif spécial d'institution qu'il est nécessaire de faire connaître.

La bonté de Dieu et la fidélité de notre Rédempteur à ses promesses s'unissent toujours plus étroitement de siècle en siècle, pour protéger en ce monde l'étincelle de vie surnatureire qu'il doit conserver jusqu'au dernier jour. Dans ce but miséricordieux, une succession non interrompue de secours vient réchauffer, pour ainsi dire, chaque génération, et lui apporter un nouveau motif de confiance dans la divine Rédemption. A parj-f) Le Troisième Dimanche après Pâques.

tir du xni« siècle, où le refroidissement du monde commença à se faire sentir, ainsi que l'Eglise elle-mcme nous en rend témoignage ', chaque époque a vu s'ouvrir une nouvelle source de grâces. Ce fut d'abord la fcte du très saint Sacrement, dont les développements ont produit successivement la Procession solennelle, les Expositions, les Saluts, les Quarante Heures. Ce fut ensuite la dévotion au saint Nom de Jésus, dont saint Bernardin de Sienne fut le principal apôtre, et celle du Via criicis ou Chemin de la Croix, qui produit tant de fruits de componction dans les âmes. Le xvi* siècle vit renaître la fréquente communion, par l'influence principale de saint Ignace de Loyola et de sa Compagnie. Au xvii« fut promulgué le cui*:e du sacre Cœur de Jésus, qui s'établit dans le siècle suivant. Au xix" la dévotion à la très sainte \'ierge a pris des accroissements et une importance qui sont un des caractères surnaturels de notre temps. Le saint Rosaire, le saint Scapulaire, que nous avaient légués les âges précédents, ont été remis en honneur ; les pèlerinages aux sanctuaires de la Mère de Dieu, suspendus par les préjugés jansénistes et rationalistes, ont repris leur cours; l'Archiconfrérie du Saint-Cœur de Marie a étendu ses affiliations dans le monde entier; des prodiges nombreux sont venus récompenser la foi rajeunie; enfin notre temps a vu le triomphe de l'Immaculée Conception, préparé et attendu dans des siècles moins favorisés.

I . Frigescente muudo- Oraison de la fête des Stigmates de saint François.

Le Patronage de Saint Joseph, i-jj

Mais la dévotion envers Marie ne pouvait se développer ainsi sans amener avec elle le culte fervent de saint Joseph. Marie et Joseph ont une part trop intime dans le divin mystère de l'Incarnation, l'une comme Mère du Fils de Dieu, l'autre comme gardien de l'honneur de la Vierge et Père nourricier de l'Enfant-Dieu, pour que l'on puisse les isoler l'un de l'autre. Une vénération particulière envers saint Joseph a donc été la suite du développement de la piété envers la très sainte Vierge. Mais la dévotion à l'égard de l'Epoux de Marie n'est pas seulement un juste tribut que nous rendons à ses admirables prérogatives ; elle est encore pour nous la source d'un secqurs nouveau aussi étendu qu'il est puissant, ayant été déposé entre les mains de saint Joseph par le Fils de Dieu lui-même. Ecoutez le langage inspiré de l'Eglise dans la sainte Liturgie : « O Joseph, l'honneur des habitants « du ciel, l'espoir de notre vie ici-bas, le « soutien de ce monde ^ ! » Quel pouvoir dans un homme ! Mais aussi cherchez un homme qui ait eu avec le Fils de Dieu sur la terre des rapports aussi intimes que Joseph. Jésus daigna être soumis à Joseph ici-bas ; au ciel, il tient à glorifier celui dont il voulut dépendre, et à q"ui il contîa son enfance avec l'honneur de sa Mère. Il n'est donc pas de limites au pouvoir de saint Joseph ; et la sainte Eglise nous invite aujourd'hui à recourir avec

Cœlitum, Joseph, decus atque nostrœ Certa spes vitœ, columenque mundi. Hymne des Laudes de la fête du Patronage de saint Joseph,

ijS Le Troisième Dimanche après Pâques.

une confiance absolue à ce tout-puissant Protecteur. Au milieu des agitations terribles auxquelles le monde est en proie, que les fidèles l'invoquent avec foi, et ils seront protégés. En tous les besoins de l'àme et du corps, en toutes les épreuves et toutes les crises que le chrétien peut avoir à traverser, dans l'ordre temporel comme dans l'ordre spirituel, qu'il ait recours à saint Joseph, et sa contiance ne sera pas trompée. Le roi de l'Egypte disait à ses peuples alfamés : « Allez a Joseph 1 » ; le Roi du ciel nous fait la même invitation; et le fidèle gardien de Marie a plus de crédit auprès de lui que le fils de JacQb, intendant des greniers de Memphis, n'en eut auprès de Pharaon.

La révélation de ce nouveau refuge préparé pour les derniers temps a été cl'abord communiquée, selon l'usage que Dieu garde pour l'ordinaire, à des âmes privilégiées auxquelles elle était confiée comme un germe précieux; ainsi en fut-il pour l'institution de la fête du Saint-Sacrement, pour celle du sacré Cœur de Jésus, et pour d'autres encore. Au xvi* siècle, sainte Thérèse, dont les écrits étaient appelés à se répandre dans le monde entier, reçut dans un degré supérieur les communications divines à ce sujet, et elle consigna ses sentiments et ses désirs dans sa Vie écrite par elle-même. On ne s'étonnera pas que Dieu ait choisi la réformatrice du Carmel pour la propagation du culte de saint Joseph, quand on se rappellera que ce fut par l'influence de l'Ordre des Carmes, introLe Patronage de Saint Joseph, ijq

duit en Occident au xiii^ siècle, que ce culte

s'établit i-H'^bord dans nos contrées. Voués

depuis tant de siècles à la religion envers

Marie, les solitaires du Mont-Carmel avaient

découvert avant d'autres le lien qui rattache

les honneurs auxquels a droit la Mère de

Dieu à ceux qui sont dus à son virginal Epoux.

j Sur cette terre où s'est accompli le divin mysj tère de l'Incarnation, l'œil du tidèle plonge

I Entouré de tant de souvenirs ineffables, le

! chrétien arrive plus promptement à compren! dre que le Fils de Dieu prenant la nature

I humaine, s'il lui fallait une Mère, il fallait à cette Mère un protecteur; en un mot que

Jésus, Marie et Joseph forment à des degrés

divers l'ensemble de relations et d'harmonies

sous lesquelles l'ineffable mystère devait se

produire sur la terre.

Voici donc comment s'exprime la séraphique Thérèse : « Je pris pour avocat et pour « protecteur le glorieux saint Joseph, et je « me recommandai très instamment à lui. « Son secours éclata de la manière la plus « visible. Ce tendre père de mon âme, ce « bien-aimé protecteur se hâta de me tirer « de l'état où languissait mon corps, comme « il m'a arrachée à des périls plus grands « d'un autre genre, qui menaçaient mon hon« neur et mon salut éternel. Pour comble de « bonheur, il m'a toujours exaucée au delà « de mes prières et de mes espérances. Je ne « me souviens pas de lui avoir jamais rien « demandé jusqu'à ce jour, qu'il ne l'ait ac« cordé. Quel tableau je mettrais sous les « yeux, s'il m'était donné de retracer les grâ7^0 Le Troisième Dimanche après Pâques.

« ces insignes dont Dieu m'a comblée, et les « dangers, tant de l'âme que du corps, dont « il m'a délivrée par la médiation de ce bien« heureux saint! Le Très-Haut donne seuleo ment grâce aux autres saints pour nous

IV secourir dans tel ou tel besoin; mais le

« glorieux saint Joseph, je le sais par expé« rience, étend son pouvoir à tous. Notre w Seigneur veut nous faire entendre par là « que, de même qu'il lui fut soumis sur cette a terre d'exil, reconnaissant en lui l'autorité « d'un père nourricier et d'un gouverneur, « de même il se plaît encore à faire sa volonté « dans le ciel, en exauçant toutes ses deman« des. C'est ce qu'ont vu comme moi, par u expérience, d'autres personnes auxquelles « j'avais conseillé de se recommander à cet u incomparable Protecteur : aussi le nombre « des âmes qui l'honorent commence-t-il à « être grand, et les heureux effets de sa mé« diation confirment de jour en jour la vérité « de mes paroles i. »

Ces paroles , accompagnées de plusieurs autres témoignages de la même précision et de la même énergie, trouvèrent un écho dans les âmes. Elles avaient été semées en leur temps; leur germination fut lente, mais elle fut sûre. Dès la première moitié du xvii* siècle, le pressentiment qu'un jour l'Eglise dans sa Liturgie convierait les fidèles à recourir à leur puissant Protecteur, se manifestait chez les dévots clients de saint Joseph. Nous lisons ces paroles , que l'on dirait inspirées, dans un livre pieux publié à Dijon

I. Vie de sainte Thérèse. Traduction de Bouix, page 64.

Le Patronage de Saint Joseph. i8i

en 1645: « Beau soleil, père des jours, hâte « ta course, fais vitement naître cette heure « fortunée, en laquelle doivent être accom« plis les oracles des saints, qui nous pro« mettent que, sur le déclin du monde, on « fera magnitiquement paraître toutes les « grandeur's de saint Joseph ; qui nous as« surent que Dieu même tirera le rideau, « et déchirera le voile qui nous a empêchés « jusqu'à maintenant de \ oir à découvert les « merveilles du sanctuaire de Tàme de Joseph ; « qui prédisent que hî Saint-Esprit agira « incessamment dans le cœur des tideles, « pour les émouvoir à exalter la gloire de ce « divin personnage, lui consacrant des mai« sons religieuses, lui bâtissant des temples « et dressant des autels; qui publient que, « par tout l'empire de l'Eglise militante, on « reconnaîtra pour Protecteur particulier ce « saint qui l'a été de Jésus-Christ, fondateur « du même empire ; qui nous font espérer « que les Souverains Pontifes ordonneront, « par un secret mouvement du ciel, que la « fête de ce grand Patriarche soit solennel« lement célébrée par toute l'étendue du « domaine spirituel de saint Pierre ; qui « annoncent que les plus savants hommes « de l'univers s'emploieront à la recherche « des dons de Dieu cachés dans saint Joseph, « et qu'ils y rencontreront des trésors de « grâces incomparablement plus précieux et « plus abondants, que n'en posséda la meil« leure partie des prédestinés de l'AncienTes« tament par l'espace de quarante siècles ^. »

j82 Le Patronafçe de Saint Joseph.

De si ardents désirs ont été comblés. Déjà depuis plus d'un siècle un Office en l'honneur du Patronage de saint Joseph avait été présenté à l'approbation du Siège Apostolique par l'Ordre des Carmes, et il avait été accepte. Un grand nombre d'Eglises en avaient successivement sollicité et obtenu l'extension. Un dimanche avait été choisi pour la célébration de cette pieuse solennité, afin d'y intéresser le peuple fidèle, qui n'est pas appelé par le devoir à l'église au jour de la propre tète de saint Joseph. Cette fête principale tombant toujours en Carême, on choisit pour la seconde le troisième dimanche après Pâques, afin d'unir aux joies pascales les consolations et les espérances que cette solennité apporte avec elle. La nouvelle fête allait s'étendant peu à peu par des concessions locales, lorsque tout à coup un Décret apostolique du lo septembre 1847 ^'^"^ l'établir dans toute la chrétienté. A la veille des grandes tribulations de l'Eglise, Pie IX, par un instinct surnaturel, appelait Joseph au secours du troupeau confié au successeur de Pierre. Nous avons vu comment le titre et les honneurs de Patron de l'Eglise universelle sont venus, au temps marqué, donner satisfaction entière à la pieté des fidèles, et confirmer leur confiance envers le puissant Protecteur qui jamais n'eut tant de maux à combattre, ni tant de fléaux à détourner.

Mettons donc notre confiance dans le pouvoir de l'auguste Père du peuple chrétien,

noi, de la Compagnie de Jésus. Nouvelle édition, page 204.

A la Messe. i83

Joseph, sur qui tant de grandeurs n'ont été accumulées qu'afin qu'il répandit sur nous, dans une mesure plus abondante que les autres saints, les influences du divin mystère de l'Incarnation dont il a été, après Marie, le principal ministre sur la terre.

Le troisième Dimanche après Pâques porte, dans l'Eglise grecque, le nom de Dimanche du Paralytique, parce qu'on y célèbre d'une manière particulière la commémoration du miracle que notre Seigneur opéra à la Piscine Probatique.

L'Eglise Romaine commence aujourd'hui, à l'Office des Matines, la lecture de l'Apocalypse de saint Jean.

EN cette fête dédiée à saint Joseph comme Protecteur des fidèles, la sainte Eglise, dans rintroït, nous met à la bouche les paroles dans lesquelles David exprim.e la confiance qu'il a placée dans la Protection du Seigneur. Saint Joseph est le ministre de cette protection divine, et Dieu nous la promet, si nous nous adressons à son incomparable serviteur.

LE Seigneur est notre secours et notre protecteur; en lui notre cœur se réjouira, et nous avons espéré en son saint Nom, alléluia, alléluia.

ADJUTOR et protestor nosterest Dominus : in eo lœtabitur cor nostrum : et in Nomine sancto ejus speravimus, alléluia, alléluia.

ifi4 Le Patronage de Saint Joseph.

Ps. qui régis Israël, intende : gui deducis vclut ovem Joseph. Gloria Patri. Adjutor.

Ps. O vous qui régissez Israël, jetez un regard sur nous ; c'est vous qui avez conduit Joseph comme voire brebis fidèle. Gloire au Père. Le Seigneur.

Dans la Collecte, l'Eglise relève le choix q^ue Dieu a daigné faire de saint Joseph pour Lpoux de Marie, et elle nous apprend que ce choix a eu pour effet de nous assurer en lui un Protecteur, qui répondra toujours à nos hommages par son intercession toutepuissante.

D EUS, qui ineffabili providentia beatum Joseph sanctissimae Genitricis tuœ Sponsum eligere dignatuses : praesta quœsumus, ut quem Protcctorem vcneramur in terris, interccssorem habere mereamur in cœlis. Qui vivis et régnas in saecula sœculorum.Amen.

ODiEU, qui, par une providence ineffable, avez daigné choisir le bienheureux Joseph pour être l'Iipoux de votre très sainte Mère ■ faites, s'il vous plaît, que nous qui le vénérons comme notre Protecteur sur la terre, nous méritions de l'avoir pour intercesseur dans les cieux ; vous qui vivez et régnez dans les siècles des siècles. Amen.

On fait ensuite commémoraison du troisième Dimanche après Pâques par cette Oraison.

lEUS. qui errantibus, ut in viam possint redire justitiœ, veritatis tuje lumen ostendis : da cunctis, qui christiana

Dieu, qui daignez mondans l'erreur la lumière de votre vérité, afin qu'ils puissent rentrer dans la voie de

A la Messe.

i85

la justice, accordez a tous ceux qui font profession d'être chrétiens la grâce d'éloigner d'eux tout ce que repousse ce beau nom, et de suivre fidèlement tout ce à quoi il engage. Par JésusChrist notre Seigneur. Amen.

professione censentur, et illa respuere quœ huic inimica sunt nomini ; et ea quae sunt aptasectari. Per Dominum nostrum Jesum Christum. Amen.

Lecture du livre de la Genèse. Chap. xlix. ON fils Joseph a été élevé en gloire ; sa puissance va toujours croissant ; il est beau et plein de charmes ; les jeunes filles ont couru sur les galeries pour le voir. Mais avant ses grandeurs, ses frères l'avaient poursuivi avec malice, et lui avaient suscité des rixes ; dans leur envie, ils lui lançaient des traits. Mais son arc tendu est demeuré dans sa force ; les chaînes qui liaient ses bras et ses mains ont été déliées par la main du tout-puissant Dieu de Jacob ; et il est sorti de là pour être le pasteur d'un peuple et la force d'Israël. O mon fils, le Dieu de ton père sera ton protecteur, le Tout-Puissant te comblera de ses bénédictions du haut du ciel ; le sol que tu habiteras sera arrosé par les sources qui procèdent de l'abime des eaux, pour être aussi une bénédiction ; et tu seras béni également dans la

Lectio libri Genesis. Cap. xlix.

FiLlus accrescens Joseph, filius accrescens et decorus aspectu : filiœ discurrerunt super murum. Sed exasperaverunt eum, et jurgati sunt, invideruntque illi habentes jacula. Sedit in forti arcus ejus, et dissoluta sunt vincula brachiorum et manuum illius per manus potentis Jacob : inde pastoregressus est lapis Israël. Deus patris tui erit adjutor tuus, et omnipotens benedicet tibi benedictionibus cœli desuper, benedictionibus abyssi jacentis deorsum, benedictionibus uberum et vuIvjt. Benedictiones patris tui confortatae sunt benedictionibus patrum ejus : donec veniret desiderium collium aeternorum : fiant in capite Joseph, et in vertice Nazarœi inter fratres suos.

i86 Le Patronage de Saint Joseph.

fécondité des mères. Les bénédictions que répand sur toi ton père surpassent celles qu'il a reçues de ses aïeux ; et elles seront sur toi, jusqu'à ce que s'accomplisse le désir des collines éternelles. Que ces bénédictions se répandent sur la fête de Joseph, sur la tête de celui qui est comme le Nazaréen au milieu de ses frères.

CETTE magnifiL)ue prophétie de Jacob mourant, et révélant à son tils Joseph le sort glorieux qui l'attend dans sa personne et clans ses entants, vient à propos en ce jour pour nous rappeler les touchantes relations que saint Bernard a si éloquemment relevées entre les deux Joseph. Nous les avons signalées au dix-neuf mars, et le pieux lecteur a pu se convaincre que le premier Joseph fut le type du second. Le vieux Patriarche, après avoir prophétisé la destinée de ses dix premiers enfants, s'arrête avec complaisance sur le fils de Rachel. Après avoir loué sa beauté, il rappelle les persécutions auxquelles il fut en butte de la part de ses frères, et les voies merveilleuses par lesquelles Dieu le délivra de leurs mains, et le conduisit à la puissance. De là Jacob montre ce fils de sa tendresse élevé en gloire, et devenu le type du second Joseph. Qui a mérité plus que l'Epoux de Marie, le Protecteur des fidèles, d'être appelé (( le Pasteur d'un peuple et la force d'Israël » ? Nous sommes tous sa famille : il veille sur nous avec amour ; et dans nos tribulations, nous pouvons appuyer sur lui notre confiance, comme sur un roc inébranlable. L'héritage de saint Joseph est l'Eglise, que les eaux du Baptême arrosent sans cesse et rendent féconde ; c'est là qu'il exerce son pouvoir

A la Messe. i8j

bienfaisant sur ceux qui se confient en lui. Jacob promet au premier Joseph d'immenses bénédictions , dont l'elfet durera jusqu'au jour où le Sauveur promis « descendra des « collines de l'éternité. » Alors commencera le ministère du second Joseph, ministère de secours et de protection, qui durera jusqu'au second avènement du Fils de Dieu. Enfin, si le premier Joseph est présenté dans la prophétie comme Nazaréen, c'est-à-dire consacré à Dieu et saint au milieu de ses frères, le second remplira l'oracle plus littéralement encore ; car non seulement sa sainteté dépassera celle du fils de Jacob, mais sa demeure sera Nazareth. C'est dans cette ville qu'il habitera avec Marie, dans cette ville qu'il reviendra au retour de l'Egypte , dans cette ville qu'il achèvera sa sainte carrière; enfin pour avoir habité cette ville avec lui, son fils adoptif, Jésus, Verbe éternel, « sera appelé Nazaréen i ».

Dans le premier Verset alléluiatique on entend la voix de saint Joseph, Il invite les fidèles à recourir à lui, et leur promet un prompt secours. Dans le second, l'Eglise demande pour ses enfants qu'ils soient empressés à imiter la pureté de l'Epoux de Marie, en même temps qu'elle implore pour eux son Patronaae.

A LLELUIA, alléluia.

j^. De quelque tribulation qu'ils crient vers moi, je les

8 s Le Patronage de Saint Joseph.

me, exaudiam eos : et ero protector eorum semper, alléluia.

^. Fac nos innocuam, Joseph, decurrere vitam, sitque tuo semper tuta patrocinio, alléluia.

exaucerai, et )e serai leur protecteur à jamris, alléluia.

y. Faites-nous, ô Joseph, couler une vie pure : qu'elle soit toujours en sûreté sous votre patronage, alléluia.

Sequentia sancti Evangelii secundum Lucam.

1 t illo tempore : Factum est autcm cum baptizaretur omnis populus, et Jesu baptizato et orante. apertum est cœ- lum ; et descendit Spiritus Sanctus corporali specie sicut columba in ipsum : et vox de cœlo facta est : Tu es Filius meus dilectus , in te complacui mihi. Et ipse Jesuserat incipiens quasi annorum triginta, ut putabatur, filius Joseph.

La suite du saint Evangile selon saint Luc. Chap. m.

EN ce temps-là, il advint que dans les jours où tout le peuple venait recevoir le baptême de Jean, Jésus luimême, ayant été baptisé et priant, le ciel s'ouvrit ; et l'Esprit-Saint descendit sur lui sous la forme visible d'une ccilombe ; et une voix du ciel parla ainsi : « Vous êtes mon « Fils bien-aimé ; en vous

M j'ai mis mes complai ••

« sances. » Et Jésus avait alors environ trente ans, et il était regardé comme le fils de Joseph.

1 Ésus était regardé comme le lils de

J Joseph !» Ainsi l'amour filial de Jésus pour sa Mère, les égards dus à l'honneur de la plus pure des vierges, allèrent jusqu'à faire accepter au Fils de Dieu, durant trente années , le nom et l'extérieur de fils de Joseph. Joseph s'est entendu appeler père par le Verbe incréé dont le Père est éternel ; il a reçu d'un homme mortel les soins de l'enfance et les aliments dans ses premières années. Joseph a été le chef de la

A la Messe. iSq

sainte famille de Nazareth , et Jésus a reconnu son autorité. L'économie de la divine incarnation exigeait ces étonnantes relations entre le créateur et la créature. Mais si le Fils de Dieu assis à la droite de son Père a retenu la nature humaine indissolublement unie à sa personne divine, il n'a pas non plus dépouillé les sentiments qu'il professa icibas envers les deux autres membres de la famille de Nazareth. Envers Marie, qui sera éternellement sa Mère dans l'ordre de l'humanité, sa tendresse tiliale et ses égards n'ont fait que s'accroître; mais nous nepouvons douter que l'affection et la déférence qu'il eut pour son père d'adoption ne soient aussi représentées éternellement dans le cœur de l'Homme-Dieu. Nul mortel n'a eu avec Jésus des rapports aussi intimes et aussi familiers. Joseph, par ses soins paternels envers le fils de Marie, a fait ressentir la reconnaissance au Fils de l'Eternel ; il est juste de penser que des honneurs particuliers et un crédit supérieur dans le ciel ont acquitté cette reconnaissance. Telle est la croyance de l'Eglise, telle est la confiance des âmes pieuses, tel est le motif de l'institution de la solennité d'aujourd'hui.

Dans l'Offertoire formé des paroles du Psaume cxlvii, Jérusalem, c'est-à-dire l'E- glise, est félicitée du soin que Dieu a pris d'elle, en l'assurant contre ses ennemis par de forts remparts. La protection de saint Joseph est l'un des plus invincibles.

i()0 Le Patronap^e de Saint Joseph.

LAUDA Jérusalem Dominum, quoniamconfortavit seras portarum luarum : benedixit filiis tuis in te, alléluia, alleJÉRUSALEM, loue le Seigneur ; car c'est lui qui a fortifié les serrures de toutes tes portes, qui a béni tes fils dans tes murs, allelui;i, alléluia.

Dans la Secrète, l'Eglise implore pour ses enfants la grâce d'imi'ter le détachement du charpentier de Nazareth.

SANCTissiMiE Genitricis tuae Sponsi patrocinio suffulti, rogamus, Domine , clementiam tuam, ut corda nostra facias terrenacuncta despicere, ac te verum Deum perfecta charitate diligere. Qui vivis et régnas in saecula saeculorum. Amen.

SOUTENUS par le patronage de l'Epoux de votre trcs sainte Mère, nous implorons. Seigneur, votre clémence, afin que nos cœurs, aidés de votre grâce, arrivent à dédaigner toutes les choses terrestres, et vous aiment d'une parfaite charité, vous qui êtes le vrai Dieu, qui vivez et régnez dans les siècles des siècles. Amen.

On fait ensuite mémoire du troisième Dimanche après Pâques par l'Oraison suivante.

His nobis. Domine, mysteriis conferatur, quo terrena desideria mitigantes , discamus amare cœlestia. Per Dominum nostrum Jesura Christum. Amen.

QUE ces Mystères, Se\- gneur, nous confèrent cette grâce d'apaiser en nous les désirs terrestres, et d'aimer les choses du ciel. Par Jésus-Christ notre Seigne-'- Amen.

A la Messe.

igi

L'Antienne de la Communion est le passage de saint Matthieu dans lequel l'Evangéliste inscrit le titre glorieux de notre grand Protecteur : « Joseph , Epoux de Marie », et le titre plus glorieux encore de Marie, c( de laquelle est né Jésus. »

JACOB autem geniiit Joseph viium Mariae, de qua natiis est Jésus, qui vocatur Christus, alléluia, alléluia.

JACOB fut père de Joseph, Epoux de Marie, de laquelle est né Jésus qui est appelé le Christ, alléluia , alléluia.

La sainte Eglise demande dans la Postcommunion que saint Joseph, notre Protecteur durant la vie présente, veuille bien aussi intervenir dans rintérct de notre bonheur éternel.

AYANT réparé nos forces à la source même du don divin, nous vous demandons. Seigneur notre Dieu, qui nous faites jouir du patronage du bienheureux Joseph, de nous rendre participaats de la gloire céleste, par ses mérites et son intercession. Par Jésus-Christ notre Seigneur. Amen.

INI muneris fonte refecti, quaesumus Domine Deus noster ; ut, sicut nos facis beati Joseph protectione gaudere, ita ejus meritis et intercessione , cœlestis gloria? facias esse participes. Per Dominum nostrum Jesum Christum. Amen.

On ajoute l'Oraison suivante, pour commémoration du troisième Dimanche après Pâques.

FAITES, s'il vous plaît, Sei- 1 O gneur, que les Mystères | "«^ sumpsimus

ACRAMENTA, quas

quœsuIQ2 Le Patronage de Saint Joseph.

mus Domine , et spiritualibus nos instaurent alimcntis, et corporalibus tueantur auxiliis. Par Dominum nostrum Jesum Christum. Amen.

A la fin de la Messe, on lit l'Evangile du troisième Dimanche après Pâques.

auxquels nous venons de participer, soient à la fois l'aliment de nos âmes et la protection de nos corps. Par Jésus-Christ notre Seigneur. Amen.

Sequentia sancti Evangelii secundum Johannem. Cap. xvi.

IN illo tempore : Dixit Jésus discipulis suis : Modicum, et jam non videbitis me, et iterum modicum, et videbitis me : quia vado ad Patrem. Dixerunt erçjo ex discipulis ejus ad invicem : Quid est hoc, quod dicit nobis : Modicum, et non videbitis me, et iterum modicum, et videbitis me. et quia vado ad Patrem ? Dicebant ergo : Quid est hoc, quod dicit, Modicum ? nescimus quid loquitur.Cognovit autem Jésus, quia volebant eum interrogare, et dixit eis : De hoc quoeritis inter vos, quia dixi. Modicum, et non videbitis me : et iterum modicum, et videbitis me. Amen, amen dico vobis : quia plorabitis, et flebitis vos, mundus autem gaudebit :

La suite du saint Evangile selon saint Jean. Chap. xvi.

EN ce temps-là, Jésus dit à ses disciples : Encore un peu de temps, et vous ne me verrez plus ; et encore un peu de temps, et vous me verrez, parce que je vais au Père. Ses disciples se dirent donc l'un à l'autre : Que nous ditil par là : Encore un peu de temps, et vous ne me verrez plus ; et encore un peu de temps, et vous me verrez, parce que je vais au Père ? Ils se disaient donc : Que veutil dire par cette parole : Un peu de temps ? nous ne savons ce qu'il veut exprimer. Jésus connut qu'ils voulaient l'interroger, et il leur dit : Vous vous demandez les uns aux autres ce que j'ai voulu dire par ces paroles : Encore un peu de temps, et vous ne me verrez plus; et encore un peu de temps, et vous me verrez ? En vérité, en vérité, je vous le dis : vous

A Vêpres.

iq3

pleurerez et vous gémirez vous autres, et le monde sera dans la joie; vous serez dans la tristesse ; mais votre tristesse se tournera en joie. Une femme, lorsqu'elle enfante, est dans la douleur, parce que son heure est venue ; mais après qu'elle a enfanté un fils, elle ne se souvient plus de la souffrance, par la joie qu'elle a d'avoir mis un homme au monde. Vous donc aussi, vous avez présentement de la tristesse ; mais je vous verrai de nouveau, et votre cœur se réjouira, et nul ne vous ravira votre joie.

vos vero contristabimini, sed tristitia vestra vertetur in gaudium. Mulier cum parit, tristitiam habet, quia venithora ejus : cum autem pepereritpuerum, jam non meminit pressurae propter gaudium : quia natus est homo in mundum. Et vos igitur nunc quidem tristitiam habetis ; iterum autem videbo vos, et gaudebit cor vestrum : et gaudium vestrum nemo tollet a vobis.

I. Ant. lACOB autem

'• ''^"*- J genuit Joseph virum Mariae, de qua natus est Jésus, qui vocatur Christus, alléluia.

Psaume Dixit Dominus, page 5o.

2. Ant. L'Ange Gabriel fut envoyé de Dieu dans une ville de Galilée nommée Nazareth, à une vierge mariée à un homme nommé Joseph, alléluia.

2. Ant. Missus est ^Lngelus Gabriel a Deo in civitatem GalilœEe cui nomen Nazareth, ad virginem desponsatam viro cui nomen erat Joseph, alléluia.

Psaume Confitebor, page 5i.

3. Ant. Joseph se rendit de 1 3. Ant. Ascendit au2a Galilée, de la ville de Na- | tem Joseph a Galilœa, de

; 04 ^^ Patronage de Saint Joseph.

civitate Nazareth, in Judacam, in civitatem David, qusE vocatur Bethlehem, alléluia.

zareth, en Judée, dans la ville de David qui est appelée Bcthlchem, alléluia.

Psaume Beatiis vir, page 55.

4. Ant. Et venerunt festinantes, et invenerunt Mariam et .Joseph et infantem positum in praesepio, alléluia, alléluia.

4. AxT. Les bergers vinrent en hâte, et ils trouvèrent

Marie et Joseph, avec l'enfant placé dans la crèche, allcluia, alléluia.

Psaume Laudate piteri, page 54.

5. Ant. Jésus, lors de son baptême, arrivait à l'âge de trente ans, et on le regardait comme le fils de Joseph, alléluia.

LAUDATE Dominumoranes gcntes : * laudate cum omnes populi.

Quoniara confirmata est super nos misericordia ejus : * et veritatis Domini raanet in sternum.

BENEDICTIONES patris tui confortatSE sunt benedictionibus patrum ejus. doncc veniret desiderium coUium xtcrnorum ; fiant in capitc Joseph et in vertice Nazaraei inter fratres suos.

TOUTES les nations. louez le Seigneur ; tous les peuples, proclamez sa gloire.

Car sa miséricorde s'est affermie sur nous ; et la vérité du Seigneur demeure éternellement.

ÇGen. XLixi.)

LES bénédictions que répand sur toi ton père surpassent celles qu'il a reçues de ses aïeux ; et elles seront sur toi, jusqu'à ce que s'accomplisse le désir des collines éternelles. Qu'elles se répandent sur la tête de Joseph, sur la tête de celui qui est comme le Nazaréen au milieu de ses frères.

A Vêpres.

ig5

/~\UE les chœurs célestes V<^ chantent ta gloire, ô Joseph ! Que l'assemblée des chrétiens fasse résonner tes louanges; tout rayonnant de mérites, une chaste alliance t'unit -à l'auguste Vierge.

Ton Epouse porte les traces d'une prochaine maternité ; l'étonnement et l'inquiétude ont saisi ton âme incertaine ; un Ange vient t'apprendre que le fruit qu'elle porte est l'œuvre de

1 Esprit divin.

Le Seigneur est né ; tu l'enlèves,et tu l'accompagnes dans sa fuite jusqu'aux lointaines plages de l'Egypte; dans Jérusalem, tu le perds et le retrouves ; ainsi tes joies soiit mêlées d'alarmes.

Une mort sainte fixe le sort des autres hommes, et la palme glorieuse vient couronner leurs mérites ; plus heureux tu vis encore, et tu jouis d'un Dieu, égal dans ton bonheur aux bienheureux.

Trinité soirveraine, exaucez nos prières, donnez-nous le pardon : que les mérites de Joseph nous aident à monter

""nE, Joseph, célèbrent

i agmina cœlitum ; Te cuncti resonent christiadum chori, Qui clarus meritis junctus es inclytîe Casto fœdere Virgini.

Almo cum tumidam germine conjugem Admirans, dubio tangeris anxius, Afflatu superi Flaminis Angélus

Conceptum puerum docet.

Tu natum Dominum

stringis, ad exteras

-(Egypti profugum tu sequeris plagas ; Amissum Solymisquœris et invenis, Miscens gaudia fietibus.

Post mortem reliquos

mors pia consecrat, Palmamque e m e r i t o s

gloria suscipit ; Tu vivens, superis par,

frueris Deo,

Mira sorte beatior.

Nobis, summa Trias, parce precantibus, Da Joseph meritis sidcra scandere ;

ig6 Le Troisième Dimanche après Pâques.

Ut tandem liceat nos tibi perpetim

G r a t u m promcre canticura. Amen.

f. Sub umbra illius quem desideraveram sedi, alléluia.

Ri. Et fructiis cjus dulcis gutturi meo, alléluia.

dans les cieux, et qu'il nous soit donne de chanter à jamais le cantique de la félicité. Amen.

^. Je me suis assis à l'ombre de celui que j'aimais, alléluia.

^. Et son fruit est doux à ma bouche, alléluia.

ANTIENNE DE Magnificdt.

FILl. quid fccisti nobis sic ? Ecce pater tuus et ego dolentes quarebamus te, alléluia.

ON fîls, pourquoi avezvous agi ainsi envers nous ? Voilà votre père et moi qui vous cherchions tout aflligés, alléluia.

D EUS, qui inefTabili providentia bealum Joseph sanctissimae Genitricis tuas Sponsum eligere dignatus es : prœsta qua?sumus ; ut quem Protectorem veneramur in terris, intercessorem habere mereamur in cœ- lis. Qui vi\ is et régnas in sxcula saeculorum.Amcn.

ODiEU, qui par une providence ineffable, avez daigné choisir le bienheureux Joseph pour être l'Epoux de votre très sainte Mère : faites, s'il vous plaît, que nous qui le vénérons comme notre Protecteur sur la terre, nous méritions de l'avoir pour intercesseur dans les cieux ; vous qui vivez et régnez dans les siècles des siècles. Amen.

On fait ensuite mémoire du troisième Dimanche après Pâques par l'Antienne, le Verset et l'Oraison qui suivent.

Ant,

AMEN dico vobis quia plorabitis et flebitis vos : mundus autem gaudebit,

A-Ev;

)e vous e dis : vous pleurerez et vous gémirez, et le monde sera dans la joie ; vous

Le Patronage de Saint Joseph, igy

serez dans la tristesse ; mais votre tristesse se tournera en joie, alléluia.

f. Demeurez avec nous, Seigneur, alléluia ;

B?. Car il se fait tard, alléluia.

vos vero contristabimini; sed tristitia vestra vertetur in gaudium, alléluia.

}. Mane nobiscum , Domine, alléluia ;

Kj. Quoniam advesperascit, alléluia.

D EUS, qui errantibus,ut in viam possint redire justitiœ. veritatis tuœ lumen ostendis : da cunctis qui christiana professione censentur, et illa respuere quas huic inimica sunt nomini, et ea qua> sunt apta sectari. Per Christum Dominum nostrum. Amen.

ODiEU, qui faites voir la lumière de votre vérité à ceux qui sont dans l'erreur, afin qu'ils puissent rentrer dans la voie de la justice ; accordez à tous ceux qui font profession d'être chrétiens la grâce de repousser tout ce qui est contraire à un tel nom, et d'embrasser tout ce qui lui est conforme. Par Jésus-Christ notre Seigneur. Amen.

PÈRE et protecteur des fidèles , glorieux Joseph, nous bénissons notre mère la sainte Eglise qui, dans ce déclin du monde, nous a appris à espérer en vous. De longs siècles se sont écoulés sans que vos grandeurs fussent encore manifestées ; mais vous n'en étiez pas moins au ciel l'un des plus puissants intercesseurs du genre humain. Chef de la sainte famille dont un Dieu est membre, vous poursuiviez ^■otrc ministère paternel à notre égard. Votre action cachée se faisait sentir pour le salut des peuples et des particuliers ; mais la terre éprouvait vos bienfaits, sans avoir encore institué, pour les reconnaître, les hommages qu'elle vous offre aujourd'hui. Une connaissance plus étendue

iqS Le Troisième Dimanche après Pâques.

de vos grandeurs et de votre pouvoir, la proclamation de votre auguste Patronage, de votre Protectorat sur tous nos besoins, étaient réservées à ces temps malheureux où l'état du monde aux abois appelle des secours

3ui ne furent pas révélés aux âges précéents. Nous venons donc à vos pieds, 6 Joseph ! atin de rendre hommage en vous à une puissance d'intercession qui ne connaît pas de limites, à une bonté qui embrasse tous les frères de Jésus dans une même adoption. Nous savons , 6 Marie , qu'il vous est agréable de voir honorer l'Epoux que vous avez aimé d'une incomparable tendresse. Vous accueillez avec une faveur particulière nos demandes, lorsqu'elles vous sont présentées par ses mains. Les liens formés par le ciel à Nazareth subsisteront éternellement entre vous et Joseph ; et l'amour sans bornes que vous portez à votre Fils divin resserre encore Taflection que ^otre cœur si aimant conserve pour jamais à celui qui fut en même temps le nourricier de Jésus et le gardien de votre virginité. O Joseph, nous sommes aussi les fils de votre épouse Marie , prenez dans vos bras tous ces nouveaux enfants, souriez à cette nombreuse famille, et daignez accepter nos instances que la sainte Eglise encourage, et qui montent vers vous plus pressantes que jamais.

Vous êtes <i le soutien du monde, columen mundi », l'un des appuis sur lesquels il repose ; car le Seigneur , en vue de vos mérites et par déférence à votre prière, le souffre et le conserve malgré les iniquités qui le souillent. Votre eflort est grand, 6

Le Patronage de Saint Joseph, igg

Joseph, en ces temps ce où les saints manquent, où les vérités sont diminuées ' » ; il vous faut peser de tout le poids de vos mérites , pour que le fléau de la divine balance n'incline pas du coté de la justice. Daignez , o Protecteur universel , ne pas vous lasser dans ce labeur; l'Eglise de votre Fils adoptif vous en supplie aujourd'hui. Le sol miné par la liberté effrénée de l'erreur et du mal est, à chaque instant, sur le point de fondre sous ses pieds ; ne vous reposez pas un instant, et par votre intervention paternelle, hàtez-vous de lui préparer une situation plus calme.

Aucune de nos nécessités n'est étrangère à votre connaissance ni à votre pouvoir ; les moindres enfants de l'Eglise ont droit de recourir à vous jour et nuit, assurés de rencontrer près de vous l'accueil d'un père tendre et compatissant. Nous ne l'oublierons pas , ô Joseph ! Dans tous les besoins de nos âmes , nous nous adresserons à vous. Nous vous demanderons de nous aider dans l'acquisition des vertus dont Dieu veut que notre âme soit ornée, dans les combats que nous avons à soutenir contre notre ennemi, dans les sacrifices que nous sommes si souvent appelés à faire. Rendez-nous dignes d'être appelés vos fils, 6 vous le Père des fidèles! Mais votre souverain pouvoir ne s'exerce pas seulement dans les intérêts de la vie future ; l'expérience de tous les jours montre combien votre crédit est puissant pour nous obtenir la protection céleste

2 00 Le Troisième Dimanche après Pâques.

dans les choses même du temps, lorsque nos désirs ne sont pas contraires aux desseins de Dieu. Nous osons donc déposer entre vos mains tous nos intérêts de ce monde, nos espérances, nos Aœux et nos craintes. Le soin de la maison de Nazareth vous fut contié ; veuillez être le conseil et le secours de tous ceux qui remettent entre vos mains leurs affaires temporelles.

Auguste chef de la sainte Famille , la famiÙe chrétienne est placée sous votre garde spéciale ; veillez sur elle en nos temps malheureux. Répondez favorablement à ceux et à celles qui s'adressent à vous, dans ces moments solennels où il s'agit pour eux de choisir l'aide avec lequel ils doivent traverser cette vie et préparer le passage à une meilleure. Maintenez entre les époux la dignité et le respect mutuel qui sont la sauvegarde de l'honneur conjugal ; obtenez-leur la fécondité, gage des ijénédictions célestes. Que vos clients," 6 Joseph, aient en horreur ces infâmes calculs qui souillent ce qu'il y a de plus saint, attirent la malédiction divine sur les races, et menacent la société d'une ruine à la fois morale et matérielle. Dissipez des préjugés aussi honteux que coupables, remettez en honneur cette sainte continence dont les époux chrétiens doivent toujours conserver l'estime, et à laquelle ils sont tenus de rendre souvent hommage , sous peine de ressembler à ces païens "dont parle l'Apôtre, c( qui ne suivent que leurs appétits, parce « qu'ils ignorent Dieu ^ ».

I. I Thess. IV, 5.

Le Patronage de Saint Joseph. 201

Une dernière prière encore , ô glorieux Joseph! Il est dans notre vie un moment suprême, moment qui ne se présente qu'une fois, moment qui décide de tout pour l'éternité : c'est le moment de notre mort. Nous nous sentons cependant portés à l'envisager avec moins d'inquiétude, lorsque nous nous souvenons que la divine bonté en a fait l'un des principaux objets de votre souverain pouvoir. Vous avez été investi du soin miséricordieux de faciliter au chrétien qui recourt à vous, le passage du temps à l'éternité. C'est à vous, 6 Joseph, que nous devons nous adresser pour obtenir une bonne mort. Cette prérogative vous était due , à vous dont l'heureuse mort, entre les bras de Jésus et de Marie, a fait l'admiration du ciel, et l'un des plus sublimes spectacles qu'ait offert la terre. Soyez donc notre recours, o Joseph, à ce solennel et dernier instant de notre vie terrestre. Nous espérons en Marie, que nous supplions chaque jour de nous être propice à l'heure de notre trépas; mais nous savons que Marie se réjouit de la confiance que nous avons en vous, et que là où vous êtes, elle daigne être aussi. Fortihés par l'espérance en votre paternelle bonté, 6 Joseph, nous attendrons avec calme cette heure décisive ; car nous savons que si nous sommes tidèles à vous la recommander, votre secours nous est assuré.

ALLÉGRESSE quc portc avec elle la fête d'aujourd'hui s'est unie aux joies pascales; mais il est juste que celles-ci aient aussi

leur expression particulière. Nous terminerons donc cette journée en otîrant à notre divin ressuscité cette Préface empruntée à l'ancien Missel gothique publié par dom Mabillon.

{In die Sabbato, octava Pasc/iœ.)

DIGNUM et )ustum est ; necessarium et salutare est : ut te Dominum ac Deum totis visceribus humana conditio veneretur. Re\- mirabilis Chrisle. Cujus condemnatione, tartareis vinculis absoluta credentium turba, libertatis insignia gralulalur. Qui vere ut Léo de tribu Juda mundo ostensus , animarum devoratorem exslincturn leonem diabolum omnis terra laetatur. Permittit se clavorum nexibus alligatum ad stipitem crucis teneri : ut non sit parva, quam impius quondam expavescat, potentia. Ad cujus vocem emittens spiritum, terra tremuit, cœlum expavit, dies fugit, sol obscuratus est, astra abscondentia radios suos, simul omnia migraverunl. Cujus descensu, confractis portis, luget Infernum. Quo résurgente, lœtantur Angeli ; exsultat terra cum ha1L est digne et juste, nécessaire et salutaire, que le genre humain vous rende ses plus ardents hommages, comme à son Seigneur et à son Dieu, 6 vous, Christ, Roi admirable 1 C'est celui qui, ayant été condamné, à affranchi des liens de lenfer la foule des croyants, et l'a rangée sous les étendards de la liberté. Il a paru dans le monde, le Lion de la tribu de Juda ; et toute la terre célèbre par ses acclamations la destruction de cet autre lion qui dévorait les âmes. Il permit que ses membres fussent fixés par des clous sur le bois de la croix, pour faire éclater davantage ce pouvoir qui devait épouvanter l'esprit impie. A sa voix, quand il rendit l'esprit, la terre trembla, le ciel fut effrayé, le jour s'enfuit, le soleil s'obscurcit, les astres voilant leurs rayons disparurent tous à la fois. Il descendit dans les régions inférieures, il en brisa les portes, et plongea l'enfer dans le deuil. MainLe Troisième Dimanche après Pâques. 20 3

tenant, il ressuscite ; les Anges sont dans la joie, et la terre tressaille avec ses habitant5. Dans ce triomphe s'accomplit l'oracle du Prophète : « O mort ! ô enfer ! je serai ta mort. » Où est donc, ô mort ! ta victoire ? Mais la mort ne pouvait être ainsi dévorée que par la vie. Etant descendu près de ceux qui étaient les captifs de la mort. en ressuscitant, il les a rendus à la lumière ; afin que le témoignage des vivants et des morts s'unît pour proclamer sa résurrection.

bitatoribus suis. In quo triumpho . conspicitur comitatio illa prophetico ore promissa : Ero mors tua, o Ini'erne. Ubi est ergo Victoria tua ? Nec enini ab alio poterat, nisi a vita mors devorari. Qui descensu suo eos qui tencbantur a morte, superis reddidit resurgendo : ut ejus resurrectio vivorum vel mortuorum testimonio fîrmaretur.

«tlA ftlA CtlA ftiA CtiA ttiA ttiA <tiA «tiA CtiA CtiA CtiA

VOTRE résurrec^ T N resiirrectione ^' I tua, Chrisie, alléluia.

t^. Cceli et terra lœ- teiilur, alléluia.

^ A vuiKh. resurrec^' i\ tion.ô Christ! alléluia,

% Le ciel et la terre sont dans l'allégresse, alléluia.

Ésus ressuscité ne se borne pas à constituer son Eglise, à établir la hiérarchie qui doit la régir en son nom jusqu'à la consommation des siècles ; il confie en même temps à ses disciples sa divine parole, les vérités qu'il est venu révéler à la terre, et dont il. a ébauché en eux la connaissance durant les trois années qui précédèrent sa passion. La Parole de Dieu, que nous appelons autrement la Révélation, est, avec la Grâce, le plus précieux don que le ciel ait pu nous faire. Par la Parole de Dieu nous connaissons les mystères de sa divine essence, le plan selon lequel il a ordonné la création, la fin surnaturelle qu'il a préparée pour les êtres intelligents et libres, les conséquences de la chute originelle, l'œuvre sublime de la réparation par l'Incarnation du \'erbe, enfin les moyens par lesquels nous devons l'honorer et le servir, et obtenir ainsi notre fin.

Dieu dès le commencement avait f^it entendre sa Parole à l'homme ; plus tard il

Le Lundi de la Quatr. Sent, après Pâques. 20 5

parla par les Prophètes ; mais lorsque la plénitude des temps fut arrivée, son propre Fils descendit sur la terre pour compléter la révélation première. Jésus n'a cessé d'enseigner les hommes depuis trois ans, et pour Faire pénétrer sa doctrine dans leurs esprits, 'il s'est mis pour ainsi dire à leur niveau. Rien de plus élevé, de plus divin, et en même temps rien de plus familier que son enseignement; pour en faciliter l'intelligence, il a eu recours souvent à d'ingénieuses et simples paraboles dans lesquelles l'imagination venait en aide à la pensée de ses auditeurs. Ses apôtres et ses disciples, destinés à recevoir l'héritage de sa doctrine, ont été l'objet d'une instruction spéciale ; mais jusqu'à l'accomplissement des mystères de la mort et de la résurrection de leur Maître, ils avaient peu compris ce qu'il leur disait. Depuis sa résurrection, il a repris l'œuvre de leur initiation. Leur esprit saisit mieux son enseignement, en ces jours où il le leur donne avec tout l'ascendant de sa victoire sur la mort, où leur intelligence s'est développée à la lumière des événements surhumains qu'ils ont vu s'accomplir. Si déjà, lors de la dernière Gène, il pouvait leur dire : « Je ne vous appellerai « plus mes serviteurs, mais mes amis; car « tout ce que j'ai appris de mon Père, je vous « l'ai manifesté ' » ; comment doit-il les traiter aujourd'hui qu'il a résumé à leurs yeux toute la somme de ses enseignements, q^u'ils sont en possession de sa Parole tout entière, et n'attendent plus que la venue de l'Esprit2o(} Le Temps Pascal.

Saint en eux pour la confirmer dans leur intelligence et leur donner la force de la proclamer à la face du monde entier?

Parole divine, révélation sacrée, qui nous initiez aux secrets de Dieu que la raison n'eût jamais connus, nous nous inclinons devant vous avec reconnaissance et soumission. Vous donnez naissance à une vertu « sans laquelle « rhomme ne saurait être agréable à Dieu ' », à une vertu par laquelle commence l'œuvre du salut de l'homme, et sans laquelle cette œuvre ne pourrait ni se continuer ni se conclure. La Foi est cette vertu, la foi qui incline la raison devant la divine Parole ; la foi qui répand plus de lumière, du fond de ses glorieuses ténèbres, que toutes les spéculations de la raison entourées de toute leur évidence. Cette vertu sera le lien intime de la nouvelle société ; pour en devenir membre, il faudra commencer par croire ; pour en demeurer membre, il faudra ne pas cesser un seul instant de croire. « Celui qui croira, nous dira « tout à l'heure Jésus, au moment de mon« ter au ciel, celui qui croira et sera baptisé, « sera sauvé ; celui qui ne croira pas sera « condamné -. » Ahn d'exprimer cette nécessité de la foi, les membres de la nouvelle société porteront le beau nom de fidèles, et Ton appellera infidèles ceux qui n'ont pas le bonheur de croire.

La foi étant le premier lien qui imit surnaturcllement l'homme à Dieu, lien dont la rupture entraîne une séparation complète, celui qui, après avoir )oui de ce lien, aura

1. Hcbr. XI, 6. — 2. Marc XVI, i6.

Le Lundi de la Qitatr. Sem. après Pâques. 20 y

le malheur de le rompre en rejetant la Parole divine pour y substituer une doctrine contraire, aura commis le plus grand des crimes. On l'appellera hérétique, c'est-à-dire celui qui se sépare ; et les fidèles verront sa ruine avec terreur. Quand bien même sa rupture avec la Parole révélée n'aurait lieu que sur un seul article, il commet le plus énorme blasphème ; car ou il se séf)are de Dieu comme d'un être trompeur, ou il déclare que sa raison d'emprunt, si faible et si bornée, est audessus de la Vérité éternelle et infinie.

Durant de longs siècles l'hérésie se montrera, attaquant et cherchant à ébranler chaque do^me tour à tour, mais en vain. La divine révélation sortira toujours plus pure, plus lumineuse et plus primitive de ces assauts redoublés. Mais arrivera un temps, et ce temps est le nôtre, où l'hérésie ne s'exercera plus sur tel ou tel article de la foi, en conservant les autres. Il paraîtra des hommes qui proclameront l'indépendance absolue de la raison en face de toute révélation divine, déclarée impossible; et ce système impie s'intitulera du nom superbe de Rationalisme. Au dire de ces infidèles, Jésus-Christ sera non avenu, son Eglise une école d'abaissement pour la dignité humaine, dix-huit siècles de civilisation chrétienne une illusion. Ces hommes qui se disent Philosophes chercheront à mettre la main sur la société humaine. Leurs affreux essais l'eussent anéantie, si Dieu ne fût venu à son secours, pour remplir la promesse qu'il a faite de ne pas laisser périr au sein de l'humanité la Parole révélée dont il l'a dotée, ni l'Eglise déposi20 s Le Temps Pascal.

taire de cette divine Parole jusqu'au dernier jour.

D'autres, moins audacieux, et ne pouvant fermer les yeux aux faits si évidents de l'histoire et de l'humanité, qui attestent le progrès si visible dont le christianisme a été la source pour le monde, refusant d'ailleurs de soumettre leur raison à des mystères intimés d'en haut, s'y prennent autrement pour enlever de ce monde l'élément de la foi. Poursuivant toute croyance révélée, tout prodige destiné à certitîer l'intervention divine, ils veulent expliquer par la marche naturelle des événements tous les faits qui rendent témoignage de la présence du propre Fils de Dieu ici-bas. Ils n'insultent pas, ils dédaignent ; selon eux le surnaturel est inutile; on a pris, disent-ils, des apparences pour des réalités : peu leur importent l'histoire et les lois du bon sens. Au nom de leur système qu'ils appellent Naturalisme, ils nient ce qu'ils ne peuvent expliquer, ils déclarent que dix-huit siècles se sont trompés, et proclament que le Créateur n'a pu violer les lois de la nature, de même que les rationalistes soutiennent qu'il n"cxiste rien qui soit audessus de la raison.

Raison et Nature ! faibles obstacles pour arrêter l'amour du Fils de Dieu venant au secours de l'homme. La Raison, il la redresse et la perfectionne par la foi; la Nature, il en enfreint les lois par son souverain pouvoir, afin que nous ouvrions les yeux, et que noire foi ne soit pas téméraire, mais appuyée sur le témoignage divin que rendent les prodiges. Jésus est véritablement ressuscite ; que

Le Lundi de la Qiiatr. Sem. après Pâques. 2oq

la raison et la nature se réjouissent ; car il vient les relever et les sanctiticr i'une et l'autre.

/~» HANTONS la gloire du divin triomphateur ^ que notre foi adore, et offrons-lui cette Séquence du Missel de Cluny de i523.

TL a vaincu, le rejeton de

1 David, le Lion de la tribu de Juda.

r CCEvicit radix David, Cl Léo de tribu Juda.

La mort a triomphé ûe la mort ; elle est devenue notre vie.

Mors vicit mortem, Et mors nostra est vita.

Duel merveilleux, victoire admirable aux yeux des brebis du troupeau',

Mira bella, et stupenda satis Inter oves victoria.

Lorsqu'on le vit surmonter par sa mort l'ennemi robuste et tous ses artifices.

Ut moricns superaret fortem Cum callida versutia.

Le Roi éternel a pénétré jusque dans sa demeure ; il y a brisé les armes de l'enfer.

Domum ejus ingressus Est Rex seternus, Et averni confregit vasa,.

Il a rapporté avec lui la drachme qui était perdue ; il a abaissé les barrières du royaume céleste.

Drachmam secum quae perierat Asportavit, et patefecit regni claustra.

La porte du Paradis qui fut close dès les premiers jours, à cause du fruit défendu qui donna la mon ;

Paradisi porta Quœ clausa fuerat Per lignum vetitum Et lethaie inprimsevo;

t/c/

La porte qu'Eve révoltée contre son créateur, avait ferQuam clauserat Eva conditori,

Clauscratquc cunctis Postmodum natis De stirpc sua :

Quîc commisit protoplastus, Reseravit dextra pcr stirpis materiam.

Susceperat mors indemnem, Qucm tenere numquam potuerat propterculpam.

Dum ambiit illicita, Qu.-c tenebat juste Perdidit acquisita.

Ampliare voluerat in secessu. Et remansit evacuata.

Hic verus est agiius

legalis Qui multis se manifestavit figuris. Tandem se hostiam pro

mundo Dédit Patri ut redimeret

membra sua.

mce à tous les fils qui sortiraient de sa race,

Un Dieu l'a ouverte en effaçant le péché du premier père dont il a pris la descendance.

La mort s'était emparée

sans droit de celui qui n'eût

jamais pu tomber sous ses lois par le péché.

Convoitant plus qu'il ne lui fut permis, elle a perdu justement ce que par droit elle avait gagné.

Elle voulut accroître son empire, et elle a été dépouillée de ce qu'elle possédait.

Voici le véritable Agneau manifesté sous les nombreuses figures de la Loi. Pour racheter ses propres membres, il s'est offert comme hostie à son Père, en nos jours, afin de sauver le monde.

Hiclapis est angularis. Il est la pierre angulaire

Quem reprobaverunt x- rejetée par ceux qui construi

dificantes. saient l'édifice.

Jam factus est in caput anguli Super omnes in cxcelso.

Regnum ojus magnum Et potestas ejus prima per sîEcula. Amen.

Cette pierre est maintenant la tête de l'angle, dominant toutes les autres.

Son royaume est vaste, et sa puissance s'.exerce des l'origine de ssiècles.

Amen.

^yyyy^yyyyyyyyyyy

VOTRE résurrection, 6 Christ ! alléluia,

fij. Le ciel et la terre sont dans l'allégresse, alléluia.

A IN resurrectione ^' 1 tua, Christe, alléluia,

Bj. Cœli et terra laetentur, alléluia.

Parole divine impose la foi à la créature qui l'entend ; mais cette parole ne se révèle pas sans être accompagnée de tous les signes qui la t'ont discerner comme venant cle Dieu même. Jésus ne s'est pas dit le Fils de Dieu, sans prouver qu'il l'était véritablement ; il n'a pas réclamé la foi en sa parole, sans garantir cette parole par un argument irréfragable. Cet argument est le miracle : le miracle par lequerDieu s'atteste lui-même. Quand le miracle a lieu, l'homme se rend attentif; car il sait que la volonté seule du Créateur peut déroger aux lois sur lesquelles il a fondé la nature. Si Dieu déclare ses volontés à la suite du miracle, il a droit de trouver l'homme obéissant. Israël sentit que Dieu le conduisait, lorsque la mer s'ouvrit pour lui donner passage, aussitôt que Moïse eut étendu sa main sur les flots.

Or Jésus, « l'auteur et le consommateur de notre foi », n'a exigé notre croyance aux vérités qu'il venait nous apporter qu'à la suite des miracles qui cerlihaient sa mission

divine. « Les œuvres que j'opère, disait-il, « rendent témoignage de moi i ; si vous ne « voulez pas croire à moi, croyez à mes œu« vrcs 2. » Veut-on savoir quelles sont les œuvres dont il invoque ainsi la sanction ? Jean lui envoie dire : « Etes-vous celui qui « doit venir, ou devons-nous en attendre «n « autre ? » Pour toute réponse, Jésus dit aux envoyés: « Allez, et dites à Jean ce que vous « avez vu et entendu : que les aveugles voient, « que les boiteux marchent, que les lépreux « sont guéris, que les sourds entendent, que « les morts ressuscitent, que les pauvres sont « évangélisés =>. »

Tel est le motif de notre foi. Jésus a agi en maître sur la nature, et après s'être montré le Fils de Dieu par ses œuvres, il a exigé que nous le reconnussions pour tel dans ses paroles. Oh ! combien « son témoignage est « croyable * »! A qui croirons-nous, si nous ne croyons pas à lui ? Et quelle responsabilité pour ceux qui refuseront de croire ! Ecoutons encore notre divin ressuscité parlant de ces esprits superbes que la vue de ses miracles n a pas rendus dociles à ses enseignements : « Si, dit-il, je n'avais pas fai't au « milieu d'eux des œuvres que personne en« core n'avait faites, ils seraient sans péché ••. » C'est leur incrédulité qui les a perdus ; mais cette incrédulité s'est montrée lorsque, témoins des miracles opérés sous leurs yeux, la résurrection de Lazare par exemple, ils ont refusé de reconnaître la divinité au perI. JoHAN. V, 36. — 2. Ibid. X. 38. — 3. Liir vu, 22. — 4. Psalm. xcn. — 5. Johan. xv, 24.

ê

Le Mardi de la Quatr. Sem. après Pâques. 2 i3

sonnage qui s'affirmait par de telles œuvres.

Mais notre divin ressuscité va monter au ciel sous quelques jours ; les miracles qu'il opérait vont cesser sur la terre ; sa Parole, l'objet de notre foi, restera-t-elle donc désormais sans son divin témoignage ? gardonsnous de le penser. Ne savons-nous pas que les monuments de l'histoire, quand ils sont certains et avérés, apportent autant de lumière dans notre esprit sur les faits qui se sont passés loin de nous et loin de notre temps, que si ces faits avaient eu lieu sous nos yeux? N'est-ce pas une des lois de notre intelligence, un des fondements de notre certitude rationnelle, de déférer au témoignage de nos semblables, quand nous reconnaissons avec évidence qu'ils n'ont été ni trompeurs, ni trompés ? Les prodiges accomplis par Jésus, en contirmation de la doctrine (:]u'il est venu imposer à notre foi, arriveront jusqu'à la dernière génération humaine entourés d'une certitude supérieure à celle qui garantit les faits les plus incontestables de l'histoire, ces faits sur lesquels nul ne saurait émettre un doute sans passer pour insensé. Nous n'aurons pas été témoins de ces merveilles ; mais elles seront pour nous tellement assurées, que l'adhésion de notre foi suivra avec la même sécurité, avec la même docilité, que si nous eussions assisté aux scènes de l'Evangile.

Toutefois, Jésus qui ne nous doit rien de plus que la certitude de ses miracles, veut faire davantage encore en faveur de notre foi dont le miracle est la base. Il va perpétuer le miracle sur la terre par ses disciples, afin

2 14 ^^ Temps Pascal.

que notre foi se retrempe sans cesse à sa divine sotirce. En ces jours où nous sommes, entouré de ses Apôtres, il leur donne en ces ternies leur mission : « Allez, leur dit-il, dans (( le monde entier : prcchez l'Evangile à toute <i créature. Celui qui croira et sera baptisé, « sera sauvé; celui qui ne croira pas sera <i condanmé i. » Mais cette foi, sur quoi s'appuiera-t-elle ? Nous l'avons dit déjà ; mais ce n'est pas tout; écoutez la suite : « Or, voici, « continua Jésus, les prodiges qui accompa« gneront ceux qui croiront : En mon nom a ils chasseront les démons, ils parleront des « langues qui leur seront nouvelles ; ils ma« nieront les serpents; s'ils boivent quelque « breuvage mortel, ils n'en sentiront pas l'at« teinte; ils imposeront les mains sur les « malades, et les malades seront guéris -. » Voilà donc le pouvoir des miracles contié aux disciples de Jésus. Etablis pour exiger la foi divine de ceux qui les écouteront, ils sont munis désormais d'un pouvoir sur la nature qui les montrera aux hommes comme les envoyés du Tout-Puissant. Leur parole ne sera plus dès lors leur parole, mais celle de Dieu; ils seront les intermédiaires entre le Verbe incarné et les hommes; mais notre foi ne s'arrêtera pas à eux ; elle s'élèvera jusqu'à celui qui les a envoyés, et qui les accrédite près de nous par le moyen dont il s'est servi pour s'accréditer lui-même.

Ce n'est pas tout encore. Pesez les paroles du Sauveur, et remarquez que le don des miracles qu'il leur octroie ne s'arrête pas à

Le Mardi de la Quatr. Sem. après Pâques. 2 1 5

eux. Sans doute l'histoire suffit pour nous attester que Jésus a été fidèle à son engagement, et que les Apôtres, en réclamant la foi des peuples pour les dogmes qu'ils leur proposaient, ont justifié leur mission par toute sorte de prodiges ; mais le divin ressuscité a promis davantage, il n'a pas dit : « \'oici « les prodiges qui accompagneront mes Apô« très » ; il a dit : « Voici "les prodiges qui « accompagneront cei/A- qui croiront ». 11 assurait à son Eglise par ces paroles le don des miracles jusqu'à la fin; il faisait de ce don l'un de ses principaux caractères, l'une des bases de notre foi. Avant sa passion, il était allé jusqu'à dire : a Celui qui croit en moi, <L fera lui-même les œuvres que je fais, et il ce en fera même de plus grandes 1. » En ces jours, il met son Eglise en'possession de cette noble prérogative ; et dès lors nous ne devrons pas èfre surpris de voir ses saints opérer quelquefois des merveilles plus étonnantes que celles qu'il opéra lui-même. Il s'y engage, et il a tenu parole : tant il a à cœur que la foi qui procède du miracle se maintienne, se nourrisse et fructifie dans son Eglise ! Loin donc de tout enfant de l'Eglise cette frayeur, cet embarras, ou cette indifférence que témoignent quelques-uns, lorsqu'ils rencontrent un récit miraculeux. Une seule chose a droit de nous préoccuper : la valeur des témoins. S'ils sont sincères, et éclairés, le vrai catholique s'incline avec joie et reconnaissance ; il rend grâces à Jésus qui a daiLe Temps Pascal.

gné se souvenir de sa promesse, et qui veille du haut du ciel à la conservation de la foi.

p ENDONS-LUi hommage dans sa Résurrec^ tion, le miracle des miracles, en chantant à sa gloire cette noble Séquence du ix^ siècle que nous emprunterons à l'inépuisable source de Saint-Gali.

LAUDES Salvatoris Voce modulemur supplici, Et devoiis melodiis Cœlesti Domino Jubilemus Messiœ : Qui seipsum exinanivit, Ut nos perditos Liberaret homines.

Carne gloriam Deitatis occulens Pannis tegitur in prassepi, Miserans praecepti transgressorem, Pulsum patria Paradisi

nudulum.

Joseph, Marias, Simeoni subditur, Circumciditur, Et legali hostia mundalur, ut peccator, Nostra qui solet relaxare crimina.

Servi subit manus baptizandus,

CHANTONS d'une voix suppliante les louanges du Sauveur ; que nos dévotes mélodies retentissent à l'honneur du Messie, le Seigneur du ciel, qui s'est anéanti luimême, pour nous délivrer, nous hommes qui étions perdus.

Il cache sous le voile de la chair l'éclat de sa divinité ; couché dans la crèche, il est couvert de langes ", c'est par pitié pour l'homme qui transgressa le précepte, et qui fut chassé nu du Paradis sa patrie.

Il se soumet à Joseph, à Marie, à Siméon ; il est circoncis, et on offre l'hostie légale pour son rachat, comme d'un pécheur ; lui accoutumé à nous remettre nos crimes.

Il se courbe sous la main de son serviteur qui le bapLe Mardi de la Qiiatr. Sem. après Pâques. 21 j

tise ; il souflfre les pièges indignes du lentateiir ; il fuit devant ceux qui le poursuivent à coups de pierres.

Il éprouve la faim, le sommeil, la tristesse ; à ses disciples il lave les pieds, lui Dieu et homme, le plus grand et le plus humble.

Mais au milieu de ses abaissements extérieurs, sa divinité ne pouvait demeurer cachée ; de nombreux prodiges, un sublime enseignement la trahissent.

Au festin nuptial il donne à l'eau la saveur du vin.

L'œil des aveugles, à sa parole, s'illumine au flambeau du jour.

Il touche légèrement les lépreux, et leurs plaies hideuses disparaissent.

Le mort déjà corrompu se lève à sa voix ; les membres malades reçoivent de lui leur guérison.

Il arrête un flux de sang par son pouvoir ; avec cinq pains il rassasie cinq mille hommes.

Et perfert fraudes tentatoris,

Fugit persequentum lapides.

Famem patitur. Dormit et tristatur, Ac lavât discipulis pcdes

Deus homo, Summus humilis.

Sed tamen Inter hase abjecta corporis

Ejus Deitas Nequaquam quivit latere,

Signis variis, Et doctrinis prodita.

Aquam nuptiis Dat saporis vinei.

Caïcos oculos Claro luminc vestivit.

Lepram luridam Tactu fugat placido.

Patres suscitât mortuos, Membraque curât debil'iuxum sanguinis constrinxit. Et saturavit quinque de panibus

Quina millia.

2l8

Le Temps H as cal.

Stagnum pcragrat lluctuans, Ceu siccum littus, Ventos ^edat.

Linguam reserat confelrictam, Reclusit aures piivatas vocibus ;

Febres Jepulit.

Post haec mira miracula taliaque, Sponte sua comprchenditur, Et damnatur, et se crucifigi

Non despexit, Sed sol ejus mortera Non aspexit.

Illuxit dies, Quam fecit Dominus, Mortem devastans, Et Victor suis' apparens dilectoribus vivens, Primo Maria?, Dehinc Apostolis ; Docens Scripturas, Cor aperiens, Ut clausa de ipso reserarent.

Pavent igitur resurgenti Christo Cuncta gaudiis.

Flores, segetes redivivo fructu

11 marche sur les flots agités comme sur la terre ferme ;

il apaise la fureur des vents

Il délie une langue enchaînée ; il ouvre des oreilles auxquelles la voix de l'homme n'avait jamais retenti ; la fièvre jusque-là rebelle fuit devant lui.

Après tant de prodiges merveilleux, il se laisse prendre par ses ennemis ; on le condamne, et il ne repousse pas le supplice de la croix ; mais le soleil se voila pour ne pas voir sa mort.

Aujourd'hui s'est levé le jour que le Seigneur a fait, jour qui renverse la mort, où le vainqueur apparaît vivant à ceux qui l'aimaient, d'abord à Marie, ensuite aux

Apôtres. Il leur explique les Ecritures, il ouvre leur cœur, afin qu'ils comprennent les paroles mystérieuses écrites à son sujet.

En ce jour la nature tout entière tressaille de joie pour la fête du Christ sortant du tombeau.

Les fleurs s'épanouissent ; les moissons verdoyantes anLe Mardi de la Quatr. Sem. après Pâques. 21g

noncent que le grain confie à la terre reprend vie ; les oiseaux qui ont vu fuir les frimas expriment leur joie par les chants les plus doux.

Vernant, Et volucres gclu tristi terso

Duke jubilant.

Le soleil et la lune, dont la mort du Christ avait obscurci les disques lumineux, luisent maintenant d'un nouvel éclat.

Lucent clarius sol, et luna Morte Christi turbida.

La terre qui trembla et sembla menacer ruine au moment où il expirait, étale aujourd'hui toutes les richesses de sa végétation pour le saluer quand il sort du tombeau.

Tellus herbida Resurgenti plaudit Christo, Quoe tremula ejus morte Se casuram minitat.

Tressaillons en ce jour, où Jésus par sa résurrection nous a ouvert le chemin de la vie.

Ergo die ista exsultemus, Qua nobis viam vitœ Resurgens patefecit Jésus.

Que les astres, la terre et la mer soient dans l'allégresse ; que tous les chœurs des Esprits bienheureux chantent louange à la glorieuse Trinité dans les cieux. Amen.

Astra, solum, mare jocundentur, Et cuncti gratulentur in

crelis Spiritales chori Trinitati. Amen.

^ I N resurrectione ^* 1 tua, Christe, alléluia.

^. Cœli et terra lœtentur, alléluia.

^ A VOTRE resurrec^' MX tion,ô Christ ! alléluia,

^. Le ciel et la terre sont dans l'allégresse, alléluia.

ous l'avons entendu: le Fils de Dieu qui s'apprête à monter vers son Père, a dit à ses Apôtres : « Allez, « enseignez toutes les nations ; prê« chez l'Evangile à toute créature. » Ainsi, les nations n'entendront pas la parole immédiate de l'Homme-Dieu ; c'est par interprètes qu'il nous parlera. La gloire et le bonheur de l'entendre lui-même directement furent réservés à Israël ; et encore la prédication de Jésus ne dura que trois années.

L'impie a dit dans son orgueil : oc Pource quoi des hommes entre Dieu et moi ? » Dieu pourrait lui répondre: « De quel droit u voudrais-tu m'obliger à te parler moi« même, lorsque tu peux être aussi assuré « de ma parole que si tu l'avais entendue ? » Le 1^'ils de Dieu devait-il donc demeurer sur la terre jusqu'à la tin des siècles, pour avoir droit d'obtenir l'obéissance de notre raison à ses enseignements? Celui qui mesure la distance qui sépare le Créateur de la créature aura horreur d'un tel blasphème. « Si « nous recevons le témoignage des hommes,

Le Mercr. de la Quatr. Sem. après Pâques. 221

« le témoignage de Dieu n'est-il pas plus « digne encore de nos respects 1 ? » Est-ce un témoignage humain que celui des Apôtres se présentant aux hommes, et offrant pour garantie de leur véracité le pouvoir que leur Maître leur a laissé sur la nature qui n'obéit qu'à Dieu? Mais l'orgueil de la raison peut se révolter, il peut contester et refuser de croire à des hommes parlant au nom de Dieu. Qui en doute ? le Fils de Dieu en personne n'a-t-il pas rencontré plus d'incrédules que de croyants ? Pourquoi ? Parce qu'il se disait Dieu', et qu'il ne montrait que les dehors de l'humanité. Il y^ avait donc un acte de foi à faire, quand Jésus lui-même parlait ; l'orgueil pouvait donc se révolter et dire : « Je ne croirai pas », de même qu'il le dira lorsque les Apôtres parleront au nom de leur Maître. L'explication est la même. Dieu en cette vie exige de nous la foi; mais la foi n'est possible qu'avec l'humilité. Dieu appuie sa parole sur le miracle; mais il demeure toujours possible à l'homme de résister, et c'est pour cela que la foi est une vertu.

Que si vous demandez pourquoi Dieu, retirant son Fils à la terre, n'a pas chargé les Anges d'exercer ici-bas la fonction de docteurs en son nom, au lieu de confier à des hommes fragiles et mortels une si haute mission vis-à-vis de leurs semblables, nous vous répondrons que l'homme ne pouvant être relevé de la chute où son orgueil l'avait entraîné, que par la soumission "et l'humiLe Temps Pascal.

lité, il était juste que le ministère de l'cnseignciiicnt divin nous fût dispense par des organes dont la nature supérieure ne fût pas en état de tlatter notre vanité. Sur la parole du serpent , nous avions eu l'orgueil de croire qu'il nous était possible de devenir autant de dieux: le Créateur, pour nous sauver, nous a fait une loi de nous incliner désormais devant des hommes parlant en son nom.

Ces hommes « prêcheront donc l'Evangile « à toute créature » ; et « celui qui ne « croira pas sera condamné ». O Parole divine , semence merveilleuse confiée au champ de l'Eglise, que vous êtes féconde ! Encore un peu de temps , et la moisson blanchira sur les sillons. La foi sera partout, en tout lieu on rencontrera des fidèles. Et comment la foi est-elle entrée en eux? « Par « l'ouie, » nous répond le grand Apôtre des Gentils i. Ils ont écouté Ta Parole, et ils ont cru. O dignité et supériorité de l'ouïe durant notre vie mortelle ! Ecoutez sur ce sujet l'admirable langage de saint Bernard ; nul n'a mieux exposé que lui la destinée de ce sens privilégié en nous sur la terre. <r II <L eût été plus noble, nous dit-il, que la lï Vérité pénétrât dans notre intelligence par c( la vue, un sens si relevé ; mais ceci, 6 (( âme, est réservé pour plus tard, lorsque c( nous la verrons face à face. Pour le pré(T sent , le remède doit entrer par où est c( entré le mal ; la vie doit pénétrer par le <ï chemin que suivit la mort, la lumière par

Le Merci- . de la Quatr. Sem. aprçs Pâques. 22 3

ce le chemin gue suivirent les ténèbres, Tance tidote de vérité par le chemin que suivit C( le venin du serpent. Ainsi sera guéri l'œil c( qui maintenant est troublé. L'ouïe fut la ce première porte de la mort ; la première c( aussi elle est ouverte à la vie. En retour, ce c'est à l'ouïe de réparer la vue ; car si nous ce ne commençons par croire, nous ne sauce rions comprendre. L'ouïe est donc pour c( nous l'instrument du mérite , et la vue ce l'objet de la récompense. Telle est la voie cf que suit l'Esprit-Saint dans l'éducation ce spirituelle de l'âme; ii forme l'ouïe avant ce de donner satisfaction à l'œil : <i Ecoute, ditce il, ô ma fille I et vois i. Ne songe pas à ce l'œil d'abord, prépare ton oreille. Tu désires c( voir le Christ: il te faut d'abord l'enten« dre, entendre parler de lui ; arin que toi ce aussi tu puisses dire : Amsi que nous avions ce entendu^ ainsi avons-nous vu -. La lumière ce à voir est immense; tu serais impuissante ce à l'embrasser ; car ton œil est étroit ; mais ce ce que ton regard ne saurait faire, ton ouïe c( le peut. Qu'elle soit pieuse, vigilante et ce fidèle; la foi purifiera la souillure de Timct piété , et l'obéissance ouvrira la porte « qu'avait fermée la désobéissance ^. »

POUR célébrer la gloire de cckii qui nous a envoyé sa Parole par ses ambassadeurs que nous avons reçus comme lui-même, empruntons encore un des monuments de la

I. Psalm.XLiv, II. — 2. Psalm. xlvii, 9. — 3. InCanlica, Serm. xxvni.

Lç Temps Pascal.

foi de nos pères, cette vieille Séquence de Saint-Gall.

G RATES Salvatori, Ac Régi Chrislo Deo Solvant omnes insularum incolœ.

Quem spectatiim diu jam tencnt, Jù leges cjus Mentibus captent promptulis,

Quos derelicto populo Delegit Judaeo, De Abrahœ carne genito.

Et per fidem Quos Abrahœ natos fecit, Et cognatos Suum sanctum per sanguinem.

O Christe, Consanguinee naturœnostrae. Nos fove,

Atque per divinam potentiam Tuere ab omni incursu inimici, Et insidiis.

Quem per carnis eduî'.um

RENDEZ grâces au sauveur, •au Christ Roi votre Dieu. vous tous habitants de la

terre.

Longtemps vous l'avez attendu ; présentement vous le possédez ; gardez donc se^ lois d'un cœur empressé.

Lorsqu'il a fait son choix, il a repoussé le peuple Hébreu, peuple issu d'Abraham par la chair.

Par la foi il nous a faits enfants d'Abraham ; par son sang divin, il nous a rendus ses propres frères.

O Christ, devenu membre de notre nature, protégeznous.

Par votre divin pouvoir, dcfendez-nous de toute attaque de l'ennemi, et de sef embûches.

Vous lui avez présenté comme un appât votre cnair;

Le Mercr. de la Qiiatr. Sem. après Paquet. 225

séduit par son avidité, il a rencontré l'hameçon de votre Majesté, ô Fils de Dieu !

Aujourd'hui, sortant du tombeau, ne devant plus mourir, vous triomphez.

Notre corps mortel et formé de la terre, vous le rendez incorruptible, vous l'enlevez jusqu'aux cieux par votre résurrection.

Amen.

Delusisti hamo tuœ Majestatis, Fili Dei.

Tu resurgens imperitas, Non mjriturus amplius.

Tu mortalem nostram. Et terream naturam Resurgens incorruptivam

fecisti, Atque cœlis invexisti.

Amen.

^^^!^^^iii^ii^:^^^mi^^^^:^^^^>^:^

^ TN resurrectiqne ^' 1 tua, Christe, alléluia.

R|. Cœli et terra lajtentur, alléluia.

a. A VOTRE résurrection, ^- r\ à Christ 1 alléluia,

^. Le ciel et la terre sont dans l'allégresse, alléluia.

ES Apôtres ont reçu leur mission, le souverain Maître leur a donné Tordre de se partager les provinces ^ de la terre, et de prccher partout YEvangile, c'est-à-dire la bonne nouvelle, la nouvelle du salut des hommes par le Fils de Dieu incarné, crucitié et ressuscité d'entre les morts. Mais quel sera le point d'appui de ces humbles Juifs transformés tout à coup en conquérants, et devant lesquels est le monde entier? Ce point d'appui est la promesse solennelle qu'il leur fait en ces jours, lorsqu'après leur avoir dit : « Allez, enseignez Il toutes les nations », il ajoute: « Voici que « je suis avec vous jusqu'à la consommation « des siècles •. w Ainsi, il s'engage à ne les quitter jamais, à les présider et a les conduire toujours. Ils ne le verront plus en cette vie; mais ils savent qu'il continuera d'être au milieu d'eux.

Mais les Apôtres avec lesquels le Christ s'est engagé à résider, qu'il préservera de toute chute et de toute erreur dans l'ensei1. Matth. xxvni, 20.

Le Jeudi de la Quatr. Sem. après Pâques. 227

gnement de sa doctrine, les Apôtres ne sont pas immortels. On les verra tour à tour rendre à leur Maître divin le témoignage du sang, et disparaître de ce monde. Sommesnous donc condamnés à l'incertitude, aux ténèbres, qui sont le partage de ceux sur qui la lumière a cessé de luire ? Le passage de l'Emmanuel sur la terre aura-t-il donc été semblable à celui de ces météores qui, la nuit, traversent l'horizon en l'illuminant de mille feux, et s'éclipsent en un instant, laissant le ciel dans une obscurité plus profonde qu'auparavant ?

Rassurons-nous par la parole même de notre divin ressuscité. Il n'a pas dit à ses Apôtres : « Voici que )e suis avec vous jus« qu'à la fin de votre vie »; il a dit : « jusqu'à « la consommation des «siècles. » Ceux auxquels il parlait à ce moment devaient donc vivre autant que le monde. Qu'est-ce à dire, sinon que les Apôtres devaient avoir des successeurs, dans lesquels se perpétueraient leurs droits, des successeurs que Jésus ne cesserait d'assister de sa présence et de soutenir de son pouvoir? Elle devait être impérissable, l'œuvre qu'un Dieu, dans son amour pour les hommes, avait fondée au prix de son sang. Jésus, par sa présence au milieu de ses Apôtres, préservait leur enseignement de toute erreur ; par sa présence aussi il dirigera jusqu'à la fin l'enseignement de leurs successeurs.

O don précieux et nécessaire de l'infaillibilité dans l'Eglise ! Don sans lequel la mission du Fils de Dieu eût manqué son effet ! Don par lequel la foi, cet élément essentiel

!cV Le Temps Pascal.

du salut de l'homme, se conserve sur la terre ! Oui , nous avons la promesse ; et les effets de cette promesse sont visibles même aux yeux de ceux qui n'ont pas le bonheur de croire. Qui pourrait, s'il est de bonne foi, ne pas reconnaître la main divine dans la perpétuité du symbole catholique sur cette terre où tout change, où rien n'a pu demeurer stable? Est-il naturel qu'une société ayant pour lien l'unité dans les pensées traverse les siècles, sans rien perdre et sans rien emprunter à ce qui l'entoure ? qu'elle ait été successivement en butte à mille sectes sorties de son sein, et qu'elle ait triomphé de toutes, survécu à toutes, se faisant gloire de proclamer au dernier jour du monde les mêmes dogmes qu'elle professait le jour qu'elle sortit des mains de son divin initiateur ? N'est-ce pas un prodige inouï que des centaines de millions d'hommes, différents d'origine, de mœurs , d'institutions, souvent hostiles les uns aux autres, s'unissent dans une égale soumission à une même autorité, qui d'un seul mot gouverne leur raison dans les choses de la croyance?

Que votre tidélité à vos promesses est grande, ô Jésus ! Qui ne sentirait votre présence au milieu de votre Eglise, maîtrisant les éléments contraires, et se faisant sentir par cet empire irrésistible et doux qui contient l'orgueil et la mobilité de notre esprit sous votre joug aimé ? Et ce sont des hommes, des hommes comme nous, qui règlent et gouvernent notre croyance ! C'est le successeur de Pierre, en qui la foi ne peut défaillir, et dont la parole souveraine parLe Jeudi de la Qiiatv. Sem. après Pâques. 22g

court le monde entier , produisant l'unité dans les pensées et dans les sentiments, dissipant les doutes et apaisant tout d'un coup les controverses. C'est le corps vénérable de l'Episcopat uni à son Chef, et empruntant de cette union une force invincible dans la proclamation d'une même vérité en toutes les régions du monde. Oui, il est ainsi : des hommes sont devenus infaillibles, parce que Jésus est avec eux et en eux. Pour tout le reste, ils seront des hommes semblables aux autres; mais la chaire sur laquelle ils sont assis est soutenue par le bras même de Dieu, et elle est la chaire de vérité sur la terre.

O triomphe de notre foi, issue du miracle qui commande à la nature, et dirigée, éclairée, conservée par cet autre miracle qui défie toutes les expériences de la sagesse humaine! Que de merveilles notre divin ressuscité a opérées dans le cours de ces quarante jours (^u'il daignenous donner encore ! Jusqu'alors il avait préparé ; il consomme maintenant. Louange, action de grâces à sa divine sollicitude pour ses brebis ! S'il a exigé d'elles la foi, comme l'hommage premier de leur soumission, nous pouvons dire qu'il en a rendu le sacrifice aussi attrayant à la droiture de leur cœur que méritoire à leur humble raison.

HONORONS sa résurrection glorieuse par un nouveau cantique, que nous prendrons dans les anciens Missels de l'Allemagne.

3o

LAUDES Christo redempti. Voce modulemur supplici.

Omnis in hac die Rerum natura jubilans,

Personet immensas Filio Dei gratias.

Jam nostri concives, Cœlestis sanctuarii milites, Ordines noveni, In vestra nos adunate gaudia.

Hymnite nunc superi. Pariter resonate inferi,

Et omnis in Domino Spiritus gratuletur œnesi :

lui hominis causa, Deus homo nasciEt fragili carne, Se deitas occulens, Probra sustinuit patiens:

Virtutibus, signis ut

Christ, letés, accent pieux

AU i^nrist, nous ses chetés, chantons d'un

Qu'en ce jour toute la nature, avec transport,

Offre ses actions de grâces au Fils de Dieu.

Guerriers du céleste palais, partagés en neuf chœurs, vous nos concitoyens, admettez-nous dans votre concert de joie.

Hiérarchies supérieures, faites entendre vos cantiques, et vous, légions inférieures, faites retentir vos acclamations.

Que tout esprit célèbre avec enthousiasme les merveilles qu'a opérées le Seigneur,

Qui étant Dieu a voulu naître homme pour le salut de l'homme.

Cachant sa divinité sous une chair fragile, il a supporté les outrages avec patience:

Tandis que, comme Dieu.

Le Jeudi de la Qiiatr. Sem. après Pâques. 23 j

U éclatait par ses prodiges.

Soumis à toutes les conditions de notre corps, il semblait un simple habitant de la terre.

L'ennemi osa le tenter ; il ne sut pas le connaître, et la divinité ne se révéla pas à lui.

Elle déjoua avec sagesse l'artifice de l'ennemi, jusqu'à ce que le moment fîit venu où elle trancha le nœud de l'antique faute.

Sur l'autel de la croix, le Christ s'offrit pour nous en hostie à Dieu son Père, et par sa mort il mit à mort nos péchés.

Aujourd'hui vainqueur , ayant ravagé l'enfer, enchaîné le prince de la mort, il remonte des limbes entouré d'une pompe sublime.

Voici le jour qui enfin a lui après le règne ténébreux du noir Ethiopien :

Jour aujquel est ressuscité le Christ, qui vivra sans fin dans la chair qu'il a prise de la Vierge Marie.

Deus emicuit ;

Et corporis nostri necessitate fruens, Verus terrigena claruit.

Ab hoste tentatus. Non est agnitus, neque divinitas patuit :

Ars artem delusit, Donec veteris nodum piaculi secuit.

In ara crucis hostiam Se pro nobis Christus

obtulit Deo Patri, Morte sua nostra mortificans crimina.

Jam Victor Christus, Barathro populato, Mortis principe vinculato, Ab inferis pompa regreditur nobili.

Haec est dies Quse illuxit, Post turbida Regni iEthiopum tempora ;

Christus in qua resurrexit Ultra victurus, Cum carne quam sumpsit

de Maria virr^ine.

Qui ovem, Cura gaudio Patri quam

perdideraf, Humero revexitsuo.

Amen.

C'est lui qui rapporte avcr joie, sur ses épaules, à se, I Père la brebis qu'il avait \ perdue.

Amen.

i^ A VOTRE résurrection, "■ /\ô Christ! alléluia,

^. Les cieux et la terre sont dans l'allégresse, alléluia.

a, Y N resurrectione ^' 1 tua, Christe, alléluia,

^. Cœli et terra lœtentur, alléluia.

ÉxN-i soit notre Sauveur ressuscité qui nous a dit en ces jours : « Celui u qui croira et sera baptisé , sera « sauvé ! D Grâce à sa miséricorde, nous croyons et nous avons été régénérés dans le saint Baptême ; nous sommes donc dans la voie du salut. Il est vrai que la foi ne nous sauverait pas sans les œuvres ; mais les œuvres aussi sans la foi seraient incapables de nous mériter le salut. Avec quel transport ne devons-nous pas rendre grâces à Dieu qui a produit en nous par sa grâce ce don inénarrable , premier gage de notre béatitude éternelle ! avec quelsoin ne devonsnous pas veiller à le conserver intact , à l'accroître par notre fidélité ! La foi a ses degrés, comme les autres vertus ; notre prière doit donc être souvent celle que les Apôtres adressèrent à Jésus : « Seigneur, augmentez « en nous la foi i. » Nous sommes appelés à vivre dans un

1. Luc. xvn, 5.

2.^4 ^^ Temps Pascal.

siècle où la foi est diminuée chez la plupart de ceux qui croient: et c'est là l'un des plus grands dangers qui peuvent assaillir le chrénen en ce monde. Quand la foi est languissante, la charité ne peut que se refroidir. Jésus demande à ses disciples s'ils pensent que, lors de son dernier avènement, il trouvera encore de la foi sur la terre i. N'est-il pas à craindre qu'elle ne soit voisine de nous, cette époque où les cœurs seront comme paralysés par le manque de foi ?

La foi procède de la volonté mue par l'Esprit-Saint. On croit, parce qu'on veut croire ; et c'est pour cette raison que le bonheur est dans la foi. L'aveugle à qui Jésus rendit la vue , exhorté par lui à croire au Fils de Dieu, répond : «: Quel est-il ? atin « que je croie en lui '-. » Ainsi devons-nous être disposés en présence de l'objet de notre foi. Croire, afin de connaître ce que nous ne connaîtrions pas sans la foi ; alors Dieu se manifeste à notre pensée et à notre cœur.

Mais vous rencontrez des chrétiens qui se scandalisent des saintes hardiesses de la foi. Ils nous parlent sans cesse des droits de la raison ; ils accusent les tidèles de méconnaître sa dignité, son étendue, son origine divine. Que les fidèles se hâtent donc de leur répondre : « Nous n'avons garde de nier a la raison ; l'Eglise nous fait un devoir de « reconnaître l'existence d'une lumière natu« relie en nous ; mais en même temps elle « nous enseigne que cette lumière , déjà « obscurcie par l'effet de la chute originelle,

Le Vetidr. de la Qiiatr. Sem. après Pâques. 235

« serait incapable, fût-elle même demeurée « dans son intégrité, de découvrir par ses « seules forces la fin à laquelle l'homme est « appelé, et les moyens d'y parvenir. La toi u seule peut établir l'homme dans les condi« tions de la destinée sublime à laquelle la a divine bonté l'a appelé. »

D'autres se persuadent qu'il existe pour le chrétien parvenu à l'âge du développement de la raison, une sorte de liberté de suspendre l'exercice de la foi, afin d'examiner s'il est raisonnable de continuer à croire. Combien font naufrage contre l'écueil que leur présente ce coupable préjuge ! La sainte Lglise cependant enseigne depuis les Apôtres jusqu'à nos jours, et continuera d'enseigner jusqu'à la fin des siècles, que l'enfant qui a reçu le saint Baptême a reçu en même temps la foi infuse dans son âme, qu'il est pour jamais membre de Jésus-Christ et enfant de son Eglise ; et que si, à l'âge de raison, la foi est combattue en lui par le doute, il reçoit la grâce pour anéantir le doute par la foi, et risquerait son salut en suspendant sa croyance. Non assurément que l'Eglise lui interdise de confirmer sa foi par la science; loin^de la; car alors il ne cesse pas de croire. Cestw a foi qui cherche l'intelligence », selon la belle parole du grand saint Anselme, et pour recompense elle la trouve.

On en rencontre d'autres qui admettent qu'au sein même de la société chrétienne il peut exister des philosophes, c'est-a-dire des hommes étrangers à la foi, professant sur Dieu et sur sa créature un enseignement ou la parole révélée n'est pour rien, une morale

2 36 Le Temps Pascal.

dépourvue de l'élément surnaturel. Des chrétiens acceptent ces philosophes, les louent et les honorent, leur reconnaissent plus ou moins implicitement le droit d'être ce qu'ils sont. Aveugles, qui ne voient pas qu'ils sont en présence de l'apostat ! qui ne sentent pas le trisson qu'éprouvèrent tous les enfants de l'Eglise, lorsque Julien, cherchant en vain à laver la trace inetVaçable de son baptême, se déclara philosophe sous les yeux d'une génération issue des Martyrs !

Parlerons-nous des tristes effets que produit pour la foi la fréquentation des hérétiques, Jes complaisances périlleuses qu'elle entraîne, Jes arrangements déplorables qu'elle fait naître dans un grand nombre d'esprits ? La terrible ligne de'démarcation tracée par saint Jean, dans sa deuxième Epître ', tend à s'effacer ; et la rappeler seulement serait déjà pour plusieurs un sujet de scandale. Il n'y paraît que trop par la facilité avec laquelle se contractent ces maria£;cs mixtes qui commencent par la profanation d'un sacrement, et conduisent doucement à l'indiftérentisme la partie catholique, qu'un entraînement, ou des calculs humains, ont égarée dans des voies si peu sûres. Quelles ctameurs n'exciterions-nous pas si, dans notre pays, nous osions parler le langage qu'osait tenir dans Londres un illustre apôtre de la piété catholique ? Prenons du moins la liberté de le répéter après lui : « L'ancienne haine de l'hérésie ce devient rare; on perd l'habitude de regarde der Dieu comme l'unique vérité, en 'sorte

Le Venir . de la Qiiatr. Sem. après Pâques. 23 7

« que l'existence des hérésies n'est plus un a. sujet d'épouvante. On tient pour certain <i: que Dieu ne doit rien faire qui nous soit « pénible, et que son autorité ne doit pren<r dre aucune forme désagréable ni blessante <t pour la liberté de ses créatures. Comme le « monde a rejeté les idées exclusives, il faut « bien que Dieu suive le progrès et mette de a côté des principes surannés dans sa cona duite à notre égard. Les majorités doivent a finir par avoir le dessus : telle est la a règle et le fait d'expérience dans un pays « constitutionnel. C'est ainsi que la discorde a et l'erreur en re'ligion ont fini par devenir a moins odieuses et" moins alarmantes, sim«. plement parce qu'on s'y est accoutumé. Il <£ faut une certaine hardiesse de cœur et a d'intelligence pour croire que toute une (L grande nation ait tort, ou que tout un siè<L cle puisse aller de travers. Mais la théolod gie, dans sa simplicité, met bravement le d inonde tout entier au ban comme pécheur, a et ne trouve pas de difficulté à n'assigner à (L la vraie Eglise qu'une portion modérée de d la population du globe. La croyance dans (£ la facilité du salut hors de l'Eglise est fort a douce, si nous avons des parents ou des <L amis dans les liens de l'hérésie ; de plus, si a nous voulons admettre cette maxime, le (L monde nous pardonnera une foule d'erreurs a. et de superstitions, et nous fera l'honneur (f de nous complimenter de notre religion c( comme étant un produit littéraire ou phid losophique de notre crû, plutôt qu'un don d de Dieu. Est-ce donc là un si grand avantage, d pour que tant de gens en soient si cnchan238 Le Temps Pascal.

a tés, le paient si cher et sans regret ? Il est a clair que cette croyance diminue notre este time pour l'Eglise, et doit affaiblir notre t( empressement à convertir les autres. Ceux a qui font le moins d'usage du système de c( l'Eglise, sont naturellement ceux qui le a connaissant et l'estimant le moins, seront (( le moins en état d'en juger ; et avec cela, a ce sont justement ceux "qui sont les pre(L miers à faire généreusement le sacrifice des (f prérogatives de l'Eglise aux exigences de « la mollesse et de l'indiffcrentisme moderSignalons encore comme l'une des marques de la décadence de l'esprit de foi chez un grand nombre qui remplissent d'ailleurs les devoirs du chrétien, l'oubli, l'ignorance même des pratiques les plus recommandées par l'Eglise. Combien de maisons habitées exclusivement par des catholiques, où l'on chercherait en vain une goutte d'eau bénite, le cierge de la Chandeleur, le rameau consacré le jour des Palmes : ces objets sacrés et protecteurs que les huguenots du xvi" siècle poursuivaient avec tant de fureur, et que nos pères défendaient au prix de leur sang ! Quelle défiance chez beaucoup d'entre nous, si l'on parle devant eux de miracles qui ne sont pas consignés dans la Bible! Quelle incrédulité superbe, s'ils entendent dire quelque chose des phénomènes de la vie mystique, des extases, des ravissements, des révélations privées ! Quelles révoltes soulèvent en eux les

I. William Faber. Conférences spirituelles. Le ciel et l'enfer, page 341.

Le Vendr. de la Qiiatr. Sem. après Pâques. 23g

récits héroïques de la pénitence des saints, ou même les plus simples pratiques de la mortitication corporelle ! Quelles protestations contre les nobles sacrifices que la grâce inspire à certaines âmes d'élite, qu'elle pousse à briser en un moment les liens Tes plus chers et les plus doux, pour aller s'ensevelir, victimes volontaires, derrière les grilles impénétrables d'un monastère ! L'esprit de foi révèle au vrai catholique toute la beauté, toute la convenance, toute la grandeur de ces pratiques et de ces actes; mais l'absence de cet esprit est cause que beaucoup n'y voient qu'excès, inutilité, et manie.

La foi aspire à croire; car croire est sa vie. Elle ne se borne donc pas à adhérer au strict symbole promulgué par la sainte Eglise. Elle sait que cette Epouse de Jésus possède en son sein toutes les vérités, bien qu'elle ne les déclare pas toujours avec solennité et sous peine d'anathème. La foi pressent le mystère non encore déclaré; avant de croire par devoir, elle croit pieusement. Un aimant secret l'attire vers cette vérité qui semble sommeiller encore ; et quand le dogme éclate au grand jour par une décision suprême, elle s'associe avec d'autant plus de transport au triomphe de la parole révélée dès le commencement, qu'elle lui a rendu plus fidèle hommage dans les temps où une obscurité sacrée la dérobait encore à des regards moins purs et moins pénétrants que les "siens.

— co—

r^ LOIRE soit donc au divin ressuscité qui ré^-^ compensa la foi de Marie, qui fortifia celle

de SCS disciples et des saintes femmes, et qui daignera, nous le lui demandons humblement, couronner la nôtre! Présentons-lui nos hommages par cette Séquence des anciens Missels de baint-Gall.

GAMUs Creatoris, Atque Redemptoris gloriam.

Qui bene creatos, Sed seductos Astutia callidi serpentis, Sua refecit graiia.

Prxdicens, Futurum ut germon Sancta proferret fœmi

Quod hostis antiqui Nociva exsuperaret capita.

Quod prlmitus perdita, Serius nostra Cernunt sascula.

Quum splendida flùi culo virgula Novo poUet Maria.

Qui cditus Mire edidit miracula.

Nec juvenis lantum,

r^ ÉLÉBRONS la gloire du ^^-^ Créateur et du RédempPar sa grâce, il a rétabli ceux qu'il avait créés dans sa bonté, et que le perfide serpent avait séduits par sa ruse.

Il annonça d'abord qu'un jour une femme sainte enfanterait un germe saint ;

Qu'elle dominerait la tête cruelle de l'antique ennemi.

Nos temps enfin voien s'accomplir la promesse qui fut faite, que l'antique désastre serait réparé.

Marie, le rameau glorieux, a produit la fleur nouvelle,

Qui enfantée par un prodige, éclate par la gloire des miracles,

Sans attendre les années,

Le Vendr. de la Qiiatr. Sem. après Pâques. 2-4 1

dès les jours même de sa naissance.

Par les feux de l'astre nouveau, par les paroles inspirées de Siméon, il attire à lui le cœur des vrais Israélites et les présents de la gentilité.

Le Père le glorifie par une voix qui descend du ciel, l'Esprit-Saint, par la forme visible sous laquelle il apparaît.

Ceux qui ont reconnu ce docteur divin, ce médecin des hommes, sont choisis pour enseigner les autres en vertu de son pouvoir.

Après avoir répandu avec abondance les dons du salut, et promulgué de sa bouche éloquente les enseignements de sa doctrine qui sauve les hommes,

Il est soumis aux opprobres, aux crachats, aux soufflets, à la flagellation ; ses vêtements sont tirés au sort ; lui-même couronné d'épines est cloué aux bras de la croix.

Mais aujourd'hui il ressuscite d'entre les morts ; vainqueur, il obtient un superbe triomphe. Il entraîne à sa suite dans les cieux, comme

Sed statim inter suœ nativitatis primordia.

Per sideris lumen, Per Simeonis verba Judaica ad se vel corda,

Vel munera Attrahens nutu gentilia.

Quem Pater in voce, Atque Spiritus Sanctus specie, Glorificat,

\'isentes docîorem, vel archiatrum, Docent auctoritate sua.

Qui postquam salutis Dona dédit multa, Doctrina-que p e r p 1 u r a

verba Ore suo promulgavit saluberrima ;

Ad probra, sputa, Colaphos, et flagella Vestem quoque

quassitam. Et spineum sertum Ad crucis brachia.

udo

Qui hodie triumphali, A mortuis resurgens, Sprevit Victoria, ducens

secum primitiva Ad cœlos membra,

Et nuper dispersa Revocans ovilia.

Quse et speianda Licet ultim

nobis in fine membra

siraus,

Spondet dona. Amen.

SCS membres, les justes des antiques générations ; sur la terre, il réunit en un seul troupeau ses brebis éparses ;

Et à nous-mêmes, les derniers de ses membres, il nous promet à la tin de notre vie des dons sublimes, qui sont l'objet de notre espérance.

I Amen.

- A VOTRE résurrection. ^- A 6 Christ ! alléluia,

IÎ|. Le ciel et la terre sont dans l'alléijresse, alléluia.

^ T N resurrectione ' ' i tua, Christe, alléluia,

R|. Cœli et terra lœtentur. alléluia.

E Samedi ramène le doux et cher souvenir de Marie. Samedi dernier, en terminant la semaine consacrée à méditer sur l'établissement de l'Eglise par le Sauveur ressuscité, nous avons contemplé les rapports qui unissent les destinées de l'Epouse du Christ et. celles de Marie. Durant la semaine qui finit aujourd'hui nous avons considéré le Seigneur Jésus confiant à ses Apôtres l'ensemble de sa doctrine, objet de notre foi ; rendons un hommage particulier aux dogmes qu'il leur révèle sur les grandeurs et le ministère de celle qu'il a choisie pour être sa Mère et la Mère du genre humain.

La sainte Eglise enseigne à ses enfants plusieurs vérités relatives à Marie ; et ces vérités sont l'objet de notre foi, au même titre que les autres qui sont contenues au Symbole. Or, elles ne peuvent être l'objet de la' foi que parce qu'elles furent révélées de la bouche même du Christ. L'Eglise de nos jours les a reçues de l'Eglise des siècles antérieurs, et celle-ci des Apôtres à qui leur Maître les con244 ^^ Temps Pascal.

fia. 11 n'y a pas eu de nouvelle révélation depuis l'Ascension du Rédempteur ; la manifestation de tous les dogmes transmis à l'E- glise et promulgués par elle remonte donc aux enseigneme'nts de Jésus à ses Apôtres ; et c'est pour cette raison cjue nous leur accordons l'adhésion de notre foi théologale, adhésion réservée absolument aux vérités directement révélées de Dieu à la terre.

Quelle est touchante, l'affection filiale du Fils de Dieu envers sa Mère, lorsque sa parole ineffable, après avoir manifesté aux Apôtres les impénétrables secrets de l'essence divine, la Trinité dans l'unité, la génération éternelle du Verbe dans le sein du Père, l'éternelle procession de l'Esprit-Saint produit par le Père et le Fils, l'union des deux natures en une seule personne dans le Verbe incarné, la rédemption du monde par le sang divin, la grâce réparant l'homme tombé et rélevant à l'état surnaturel ; lorsque, disonsnous, cette parole révélatrice s'emploie à faire ressortir les prérogatives d'une simple créature, dont les grandeurs devront être acceptées par notre raison soumise, au même titre que les dogmes qui nous dévoilent la nature même de Dieu ! Jésus, Sagesse du Père, vainqueur de la mort, nous a'révélé la dignité de xMarie de la même bouche qui nous manifestait ce qu'il est lui-même; nous croyons l'un et l'autre d'une même foi, parce qu'il Ta dit.

Ainsi Jésus a dit à ses Apôtres, qui l'ont mystérieusement confié à l'Eglise, sous la garde de l'Esprit-Saint : « Mar*îe, ma .Mère, u descend d'Adam et d'Eve selon la chair; H mais la tache originelle ne l'a pas souilLe Samedi de la Qiiatr. Sem. après Pâques. 245

« lée. Le décret en vertu duquel toute créa« ture humaine est conçue dans le péché a « subi pour elle une exception. Dès le pre« mier instant de sa conception, elle fut pleine « de grâce. Jérémie et Jean-Baptiste furent « sanctifiés dans le sein de leurs mères ; Marie « a été immaculée dès le premier moment « de son existence. »

Jésus a dit encore à ses Apôtres, avec ordre de le répéter à son Eglise : « Marie est véri« tablement Mère de Dieu, et doit être hono« rée en cette qualité par toute créature ; car « elle m'a véritablement conçu et enfanté « dans ma nature humaine, qui ne forme « qu'une seule personne avec ma nature di« vine. »

Jésus a dit encore à ses Apôtres, avec ordre de le répéter à son Eglise : « Marie, ma Mère, « m'a conçu dans son chaste sein sans cesser « d'être vierge, et elle m'a enfanté sans que « sa virginitéen ait souffert aucune atteinte.»

Ainsi, la Conception immaculée de Marie, qui est la préparation de son rôle sublime, sa divine Klaternité, qui en est le but divin, sa perpétuelle ^'irginité qui en est l'ineffable splendeur : ces trois dogmes inséparables, objet sacré de notre foi. Turent directement manifestés par Jésus à ses Apôtres; et la sainte Eglise ne fait que les répéter après eux, qui les ont répétés après leur Maître divin.

Mais le Sauveur n'a-t-il pas manifesté encore d'autres prérogatives de son auguste Mère, prérogatives qui sont la conséquence des trois dons magnifiques que nous venons d'énumérer? Demandons à la sainte Eslise

24f) Le Temps Pascal.

ce qu'elle croit à ce sujet, ce qu'elle enseigne par sa doctrine, et par sa pratique infailliolc comme sa doctrine. Tout ce qui se développe en elle, sous l'action de l'Esprit-Saint, a pour germe la Parole divine prononcée au commencement. Ainsi, nous ne saurions douter que le Rédempteur n'ait dévoilé aux Apôtres son dessein d'élever aux honneurs de Reine de toute la création, de Médiatrice des hommes, de dispensatrice de la grâce, de coopératrice du salut, celle que les trois dons incommunicables placent si fort au-dessus de tout ce que la puissance divine a créé. Sans aucun doute, toutes ces magnitîcences ont été connues des Apôtres ; elles ont fait l'objet de leur admiration et de leur amour; et nous, mis en possession de ces mêmes trésors de vérité et de consolation par la sainte Eglise, nous nous en délectons après eux. Le fils de Marie ne devait pas monter à la droite de son Père, avant d'avoir déclaré au monde les grandeurs inénarrables de celle qu'il avait choisie pour Mère, et qu'il aimait en fils et en Dieu.

Quels furent, ô Marie, les sentiments de votre incomparable humilité, lorsque Jésus manifesta vos excellences à ces hommes mortels dont la vénération vous entourait, mais qu'un Dieu pouvait seul initier aux merveilles de votre personne et de votre mission ! « O Cité de Dieu ! quelles choses admirables « furent racontées de vous M « Si autrefois, lorsqu'un Ange vous salua « pleine de grâce « et bénie entre toutes les femmes, •> votre

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