L'Année liturgique — Le Temps Pascal (t. 7-9) (page 8)

Dom Prosper Guéranger · Vie de piété

Texte français, domaine public · Source : archive.org — L'Année liturgique t. 7-9, éd. 1911 (OCR) · 18 pages

Fiche de l’œuvre dans le savoir

1. Psalm. Lxxxvi. 5.

he Samedi de la Quatr. Sem. après Pâques. 2 4y

modestie s'alarma de tels éloges; avec quel trouble aujourd'hui n'accueillez-vous pas les hommages des Apôtres s'inclinant devant votre dignité de Mère de Dieu, toujours Vierge, immaculée dans sa Conception ! Mais c'est en vain, ô Marie, que vous voudriez fuir les honneurs qui vous sont dus, que vous vous réfugiez dans les profondeurs de votre humilité. Il doit s'accomplir, l'oracle que votre bouche inspirée prononça jadis dans la maison de Zacharie. Si le Seigneur a regardé en vous c( la bassesse de sa servante, » il faut aussi que « toutes les générations vous procc clament bienheureuse. » Le moment est venu ; d'ici à peu de jours la prédication évangélique commencera son cours. Votre nom, votre ministère et vos grandeurs font partie essentielle du Symbole qui doit être porté dans le monde entier. Assez longtemps votre gloire a été couverte d'un nuage mystérieux; Jésus veut que ce nuage se dissipe, et que. vous apparaissiez aux yeux des peuples comme la Mère du Dieu qui, voulant sauver l'ouvrage de ses mains, n'a pas dédaigné de venir prendre l'être humain dans vos chastes entrailles. Laissez-nous, 6 notre douce Mère, notre auguste Reine, nous unir de cœur aux premiers hommages que vous rendit le collège apostolique, lorsque Jésus lui révéla vos grandeurs.

A Marie, Mère du divin ressuscité, chantons cette pieuse Séquence du Missel de Cluny de 1 523. Elle consiste en une gracieuse imitanon du Victimœ vaschali.

VIRGINI Mari.T laudes Intonent christiani.

O beata domina, Tua per suftVagia Reconcilientur peccatores.

Fiant per te liberi A fermente veteri, Victima; paschalis Perceptores.

Da nobis, Maria, V"irgo clemens et pia,

Aspectu Christi viventis, Et gloria frui Resurgentis.

Tu precc nos pia, Christo reconcilia,

Quae sola Mater intacta,

Es Genitrix Verbi Dei facta.

Credendum est ex te

Deum Et hominem natum,

Resurrexisse

Glorificatum.

Scimus Christum surrexisse A mortuis verc ; Conserva Mater nos et

tuerc. Amen.

DE la vierge Marie, chrétiens, faites retentir les louanges.

O bienheureuse dame, par votre intercession, réconcilier les pécheurs à Dieu.

Afin qu'ils puissent recevoir la victime pascale, daignez les délivrer du vieux levain.

O Marie, vierge clémente et miséricordieuse,

Faites-nous jouir de la vue du Christ vivant, et contempler la gloire de sa résurrection.

Par vos tendres prières, faites notre paix avec lui.

Vous seule êtes mère et vierge, la Mère du Verbe de Dieu.

La foi nous enseigne que celui qui de vous naquit Dieu et homme, est ressuscité glorieux du tombeau.

Oui, nous savons que le Christ est vraiment ressuscité des morts ; o vous qui êtes sa Mère, soyez notre salut et notre défense. Amen.

- A VOTRE résurrection, ^' r\ 6 Christ ! alléluia,

Hf. Le ciel et la terre sont ans l'alléoresse, alléluia.

^^ IN resurrectione ' ■ 1 tua, Christe, alléluia,

'Ef. Cœli et terra lastentur, alléluia.

lous avons vu Jésus constituer son Eglise, et contier aux mains de ses Apôtres le dépôt des vérités qui seront l'objet de notre foi. Il est une autre œuvre non moins importante pour le monde, à laquelle il donne ses soins durant cette dernière période de son séjour sur la terre : c'est l'institution définitive des Sacrements. Il ne nous suffit pas de croire ; il faut encore que nous soyons rendus justes, c'est-àdire conformes à la sainteté de Dieu ; il faut que la grâce, fruit de la Rédemption, descende en nous, s'incorpore à nous; atin qu'étant devenus les membres vivants de notre divin Chef, nous puissions être les cohériLe Temps Pascal.

tiers de son Royaume. Or, c'est au moyen des Sacrements que Jésus doit opérer en nous cette merveille de la justification, en nous appliquant les mérites de son incarnation et de son Sacrifice par les moyens qu'il a décrétés dans sa puissance et dans sa sagesse.

Souverain maître de la grâce, il est libre de déterminer les sources par lesquelles il la fera descendre sur nous ; c'est à nous de nous conformer à ses volontés. Chacun des Sacrements sera donc une loi de sa religion, en sorte que l'homme ne pourra prétendre aux effets que le Sacrement est destiné à produire, s'il dédaigne ou néglige de remplir les conditions selon lesquelles il opère. Admirable économie, qui concilie, dans un même acte, l'humble soumission de l'homme avec la plus prodigue largesse de la munificence divine.

Noiïs avons" montré, il y a quelques jours, comment la sainte Eglise, société spirituelle, était en même temps une société visible et extérieure, parce que l'homme auquel elle est destinée est composé d'un corps et d'une âme. Jésus, en instituant ses Sacrements, leur assigne à chacun un rite essentiel ; et ce rite est extérieur et sensible. Le Verbe divin, en prenant la chair, en a fait l'instrument de notre salut dans sa Passion sur la croix : c'est par le sang de ses veines qu'il nous a rachetés; poursuivant ce plan mystérieux, il prend les éléments de la nature physique j?our auxiliaires dans l'œuvre de notre justification. Il les élève à l'état surnaturel, et en fait jusqu'au plus intime de nos âmes les conducteurs fidèles et tout-puissants de sa grâce. Ainsi s'appliquera jusqu'à ses

Le Quatrième Dimanche après Pâques. 25 1

dernières conséquences le mystère de la divine incarnation, qui a eu pour but de nous élever, par les choses visibles, à la connaissance et à la possession des choses invisibles. Ainsi est brisé l'orgueil de Satan, qui dédaignait la créature humaine, parce que l'élément matériel s'unit en elle à la grandeur spirituelle, et qui refusa, pour son éternel malheur, de fléchir le genou devant le Verbe fait chair.

En même temps, les divins Sacrements étant autant de signes sensibles, formeront un lien de plus entre les membres de l'Eglise, déjà unis entre eux par la soumission à Pierre et aux Pasteurs qu'il envoie, et par la profession d'une même foi. L'Esprit-Saint nous dit dans les divines Ecritures que « le lien tressé en trois ne se rompt pas aisément ^ » ; or, tel est celui qui nous retient dans la glorieuse unité de l'Eglise : Hiérarchie, Dogme et Sacrements, tout contribue à faire de nous un seul corps. Du septentrion au midi, de l'orient à l'occident, les Sacrements proclament la fraternité des chrétiens ; ils sont en tous lieux leur signe de reconnaissance, et la marque qui les ""désigne aux yeux des infidèles. C'est dans ce but que ces Sacrements divins sont identiques pour toutes les races baptisées, quelle que soit la variété des formules liturgiques qui en accompagnent l'administration : partout le fond est le même, et la même grâce est produite sous les mêmes signes essentiels.

Notre divin ressuscité choisit le septénaire

25 2 Le Temps Pascal.

pour le nombre de ses Sacrements. Il empreint ce nombre sacré sur son œuvre la plus sublime, de même qu'il l'avait marque au commencement, en créant ce monde visible et inaugurant la semaine par six jours d'action et un jour de repos. Sagesse éternelle du Père, il nous révèle, dès TAncien Testament, qu'il se bâtira une maison qui est la sainte Eglise, et il ajoute qu'il la fera reposer sur sept colonnes ^ Cette Eglise, il la hgure d'avance dans le tabernacle de Moïse, et il ordonne qu'un superbe chandelier qui lance sept branches chargées de fleurs et de fruits, éclaire jour et nuit le sanctuaire -. S'il transporte au ciel, dans un ravissement, son disciple bien-aimé, c'est pour se montrer à lui environné de sept chandeliers, et tenant sept étoiles dans sa main s. S'il se manifeste sous les traits de l'Agneau vainqueur, cet Agneau porte sept cornes, symbole de sa force, et sept yeux qui marquent l'étendue infinie de sa science ^. Près de lui est le livre qui contient les destinées du genre humain, et ce livre est scellé de sept sceaux que l'Agneau seul peut lever ^'. Devant le trône de la Majesté divine, le disciple aperçoit sept Esprits bienheureux ardents comme sept lampes '•, attentifs aux moindres ordres de Jéhovah, et prêts à porter sa parole jusqu'aux dernières limites de la création.

Si maintenant nous tournons nos regards vers l'empire des ténèbres, nous voyons l'esprit de malice occupé à contrefaire l'œuvre

16. — 4. Ibid. \\ 6. — 5. Ibid. v, 5. — 6. Ibid. iv, 5.

Le Quatrième Dimanche après Pâques. 2 53

divine, et usurpant le septénaire pour le souiller en le consacrant au mal. Sept péchés capitaux sont l'instrument de sa victoire sur l'homme ; et le Seigneur nous avertit que lorsque, dans sa fureur, Satan s'élance sur une âme, il prend avec lui sept esprits des plus méchants de l'abîme. Nous savons que Madeleine, l'heureuse pécheresse, ne recouvra la vie de l'âme qu'après que le Sauveur eut expulsé d'elle sept démons. Cette provocation de l'esprit d'orgueil forcera la colère divine, lorsqu'elle tombera sur le monde pécheur, à empreindre le septénaire jusque dans ses justices. Saint Jean nous apprend que sept trompettes, sonnées par sept Anges, annonceront les convulsions successives de la race humaine i, et que sept autres Anges verseront tour à tour sur la terre coupable sept coupes remplies de la colère de Dieu '^. Nous donc qui voulons être sauvés, et jouir de la grâce en ce monde, et en l'autre de la vue de notre divin ressuscité, accueillons avec un souverain respect et une tendre reconnaissance le Septénaire miséricordieux de ses Sacrements. Sous ce nombre sacré il a su renfermer toutes les formes de sa grâce. Soit qu'il veuille dans sa bonté nous faire passer de la mort à la vie, par le Baptême et la Pénitence; soit qu'il s'applique à soutenir en nous la vie surnaturelle, et à nous consoler dans nos épreuves, par la Confirmation, l'Eucharistie et l'Extrême-Onction ; soit enfin qu'il pourvoie au ministère de son Eglise et à sa propagation par l'Ordre et le Mariage :

2 54 ^^ Temps Pascal.

on ne saurait trouver un besoin de l'âme, une nécessité de la société chrétienne auxquels il n'ait satisfait au moyen des sept sources de régénération et de vie qu'il a ouvertes pour nous, et qu'il ne cesse de faire couler sur nos âmes. Les sept Sacrements suflisent atout; un seul de moins, l'harmonie serait rompue. Les Eglises de l'Orient, séparées de l'unité catholique depuis tant de siècles, confessent avec nous le septénaire sacramentel ; et le protestantisme, en portant sur ce nombre sacré sa main profane, a montré en cela, comme en toutes ses autres réformes prétendues, que le sens chrétien lui faisait défaut. Ne nous en étonnons pas; la théorie des Sacrements s'impose tout entière à la foi ; l'humble soumission du hdèledoit l'accueillir d'abord comme venant du souverain Maître : c'est lorsqu'elle s'applique à l'âme que sa magniticence et son efficacité divine se révèlent ; alors nous comprenons, parce que nous avons cru. Crédite et intelligetis.

A-ujourd'hui, consacrons notre admiration et notre reconnaissance au premier des Sacrements, au Baptême. Le Temps pascal nous le montre dans toute sa gloire. Nous l'avons vu, au Samedi saint, comblant les vœux de l'heureux catéchumène, et enfantant à la patrie céleste des peuples entiers. Mais ce divin mystère avait eu sa préparation. En la fête de l'Epiphanie, nous adorâmes notre Emmanuel descendant dans les tiots du Jourdain, et communiquant à l'élément de l'eau, par le contact de sa chair sacrée, la vertu de purifier toutes les souillures de l'âme. L'Esprit-Saint, colombe mystique,, vint reposer

Le Quatrième Dimanche après Pâques. 2 55

sur la tête de l'Homme-Dieu, et féconder par sa divine influence l'élément régénérateur, tandis que la voix du Père céleste retentissait dans la nue, annonçant l'adoption qu'il daignerait faire des baptisés, en son Fils Jésus, l'objet de son éternelle complaisance.

Durant sa vie mortelle, le Rédempteur s explique déjà devant un docteur de la loi sur ses mystérieuses intentions. « Celui, dit-il, (( qui ne sera pas rené de l'eau et du Saint« Esprit ne pourra entrer dans le royaume de « Dieu '. » Selon son usage presque constant, il annonce ce qu'il doit faire un jour, mais il ne l'accomplit pas encore; nous apprenons seulement que notre première naissance n'ayant pas été pure, il nous en prépare une seconde qui sera sainte, et que l'eau en sera l'instrument.

Mais en ces jours le moment est \'enu où notre Emmanuel va déclarer la puissance qu'il a donnée aux eaux de produire la sublime adoption projetée par le Père. S'adressant à ses Apôtres, il leur dit tout à coup avec la majesté d'un roi qui promulgue la loi fondamentale de son empire : a Allez ; enseignez « toutes les nations ; baptisez-les au nom du « Père, et du Fils, et du Saint-Esprit -. » Le salut par l'eau, avec l'invocation de la glorieuse Trinité, tel est le bienfait capital qu'il annonce au monde ; car, dit-il encore : « Celui « qui croira et sera baptisé, sera sauvé 3. » Révélation pleine de miséricorde pour la race humaine ; inauguration des Sacrements, par

2 56 Le Temps Pascal.

la déclaration du premier, de celui qui, selon le langage des saints Pères, est la porte de tous les autres !

Nous qui lui devons la vie de nos âmes, avec le sceau éternel et mystérieux qui fait de nous les membres de Jésus, saluons avec amour cet auguste mystère. Saint Louis, baptisé sur les humbles fonts de Poissy, se plaisait à signer Louis de Poissy, considérant la fontainebaptismale comme une mère qui l'avait enfante à la vie céleste, et oubliant son origine royale pour ne se souvenir que de celle d'entant de Dieu. Nos sentiments doivent être les mêmes que ceux du saint roi.

Mais admirons avec attendrissement la condescendance de notre divin ressuscité, lorsqu'il institua le plus indispensable de ses Sacrements. La matière qu'il choisit est la plus commune, la plus aisée à rencontrer. Le pain, le vin, l'huile d'olives, ne sont pas partout sur la terre : l'eau coule en tous lieux ; la providence de Dieu l'a multipliée sous toutes les formes, atîn qu'au jour marqué, la fontaine de régénération fût accessible de toutes parts à Tliomme pécheur.

Ses autres Sacrements, le Sauveur les a contiés au sacerdoce qui seul a pouvoir de les administrer ; il n'en sera pas ainsi du Baptême. Tout tidèle pourra en être le ministre, sans distinction de sexe ni de condition. Bien plus, tout homme, ne fût-il pas même membre de l'Eglise chrétienne, pourra conférer à son semblable, par l'eau et l'invocation de la sainte Trinité, la grâce baptismale qui n'est pas en lui, à la'seule condition de vouloir, en cet acte, accomplir sérieuLe Quatrième Dimanche après Pdqiies. 2b j

sèment ce que fait la sainte Eglise, quand elle administre le sacrement du Baptême.

Ce n'est pas tout encore. Ce ministre du Sacrement peut manquer à l'homme qui va mourir; l'éternité va s'ouvrir pour lui sans que la main d'autrui se lève pour répandre sur sa tcte l'eau purificatrice ; le divin instituteur de la régénération des âmes ne l'abandonne pas dans ce moment suprême. Qu'il rende hommage au saint Baptême, qu'il le désire de toute l'ardeur de son âme, qu'il entre dans les sentiments d'une componction sincère et d'un véritable amour; après cela qu'il meure : la porte du ciel est ouverte au baptisé de désir.

Mais l'enfant qui n'a pas encore l'usage de sa raison, et que la mort va moissonner dans quelques heures, a-t-il donc été oublié dans cette munificence générale ? Jésus a dit : <c Celui qui croira et sera baptisé, sera sauvé» ; comment alors obtiendra-t-il le salut, cet être faible qui va s'éteindre, chargé de la faute originelle, et incapable de la foi ? Rassurezvous. La puissance du saint Baptême s'étendra jusqu'à lui. La foi de l'Eglise qui le veut pour fils, lui va être imputée"; qu'on répande l'eau sur sa tête au nom des trois divines Personnes, et le voilà chrétien pqur jamais. Baptisé dans la foi de l'Eglise, cette foi est maintenant personnelle en lui, avec l'Espérance et la Charité; l'eau sacramentelle a produit cette merveille. Qu'il expire maintenant, ce tendre rejeton de la race humaine; le royaume du ciel est à lui.

Tels sont, ô Rédempteur, les prodiges que vous opérez dans le premier de vos" Sacre2 5S Le Qiiatrième Dimanche après Pâques.

ments, par l'cflct de cette volonté sincère qu» vous avez du salut de tous i ; en sorte que ceux en qui cette volonté ne s'accomplit pas, n'échappent à la grâce de la régénération que par suite du péché commis antérieurement, péché que votre éternelle justice ne vous permet pas toujours de prévenir en lui-même, ou de réparer dans ses suites. Mais votre miséricorde est venue au secours; elle a tendu ses filets, et d'innombrables élus y sont tombés. L'eau sainte est venue couler jusque sur le front de l'enfant qui s'éteignait entre les bras d'une mère païenne, et les Anges ont ouvert leurs rangs pour recevoir cet heureux transfuge. A lavue de tant de merveilles, (jue nous reste-t-il à faire, sinon de nous écrier avec le Psalmiste: « Nous qui possé« dons la vie, bénissons le Seigneur » ."

Le quatrième Dimanche après Pâques est appelé, dans l'Eglise grecque, \q Dimanche de la Samaritaine, parce qu'on y lit le passage de l'Evangile où la conversion de cette femme est rapportée.

L'Eglise Romaine commence aujourd'hui, à l'Office de la nuit, la lecture des Epîtres dites Canoniques, qu'elle continue jusqu'à la fête de la Pentecôte.

A la Messe.

5q

ANS rintroït, l'Eglise, adoptant un des plus beaux cantiques du Psalmiste, célèbre avec enthousiasme les bienfaits que le Seigneur son Epoux a répandus sur elle, toutes les nations appelées à connaître ses grandeurs, à recevoir l'effusion de la sainteté dont il est la source, le salut auquel il a appelé tous les hommes.

CHANTEZ au Seigneur un cantique nouveau, alléluia ; car le Seigneur a opéré des merveilles, alléluia: il a fait paraître sa justice à la face des nations, alléluia, alléluia, alléluia.

Ps. Sa droite nous a sauvés, et la sainteté de son bras nous a délivrés. .Gloire au Père. Chantez.

CANTATEDomino canticum novum, alléluia : quia mirabilia fecit Dominus , alléluia : ante conspectum gentium revelavit justitiam suam, alléluia, alléluia, alléluia.

Ps. Salvavit sibi dextera ejus : et brachium sanctum ejus . Gloria Patri. Cantate.

Comblés des bienfaits de Dieu qui les unit en un seul peuple par ses divins Sacrements, les fidèles doivent s'élever à l'amour des préceptes du Seigneur, et aspirer aux délices éternelles qu'iTleur promet : l'Eglise implore pour eux cette grâce dans la Collecte.

/^ Dieu qui unis< ^-^ prits des fidel

issez les esprits des hdèles en une même volonté, donnez à vos peuples d'aimer ce que vous

r^EUS. qui fidelium '-^ mentes unius efficis voluntatis : da populis tuis id amare quod pra;-

200 Le Quatrième Dimanche après Pâques.

cipis, id desiderare quod leur commandez, de désirer

promittis ; ut inter mun- ce que vous leur promettez ;

danas varietales ibi nos- alin qu'au milieu des changetra fixa sint corda, ubi ments de ce monde, nos cœurs

vera sunt gaudia. Per demeurent fixés là où sont les

Dominum nostrum Je- seules joies véritables. Par

sum Christum. Amen. .lésus-Christ notre Seigneur. Amen.

On ajoute à la Collecte du jour deux des trois Oraisons ci-dessus, page 120.

Lectio Epistolae beati Jacobi Apostoli.CAP. I.

CHARissiMi, Omne datum optimum, et omne donum perfectum desursum est. descendens a Pâtre luminum, apud quem non est transmutatio, nec vicissitudinis obumbratio. Voluntarie enim genuit nos verbo veritatis. ut simus initium aliquod creaturae ejus. Scitis. fratres mei diiectissimi. Sit autem omnis homo velox ad audiendum : tardus autem ad loquendum, et tardus ad iram. Ira enim viri, justitiam Dei non operntur. Propter quod abjicientes omnem immunditiam et abundantiam malitise. in mansueludine suscipite insitum verbum, quod potcst salvare animas vestras.

Lecture de l'Epître du bienheureux Jacques, Apôtre. Chap. I.

MES bien-aimés, toute grâce excellente et tout don parfait viennent d'en haut, et descendent du Père des lumières, chez lequel il n'y a ni changement, ni ombre de vicissitude. C'est lui qui nous a librement engendrés par la parole de vérité, afin que nous fussions comme les prémices de ses créatures. Vous le savez, mes frères très chers. Que tout homme soit donc prompt à écouter, lent à parler, et lent à se mettre en colère ; car ce n'est pas la colère de l'homme qui accomplit la justice de Dieu. Rejetant donc toutes les suites immondes et superflues du péché, recevez dans la douceur la parole qui est grert'ée en vous, et qui a la puissance de sauver vos âmes.

A la Messe.

'.6i

LES faveurs répandues sur le peuple chrétien procèdent de la haute et sereine bonté du Père céleste. Il est le principe de tout dans l'ordre de la nature; et si, dans l'ordre de la grâce, nous sommes devenus ses enfants, c'est parce que lui-même a envoyé vers nous son Verbe consubstantiel, qui est la Parole de vérité, par laquelle nous sommes devenus, au moyen du Baptême, les rils de Dieu.

11 suit de là que nous devons imiter, autant qu'il est possible à notre faiblesse, le calme divin de notre Père qui est dans les cieux, et nous garantir de cette agitation passionnée qui est le caractère d'une vie toute terrestre, tandis que la nôtre doit être du ciel où Dieu nous attire. Le saint Apôtre nous avertit de recevoir dans la douceur cette Parole qui nous fait ce que nous sommes. Elle est, selon sa doctrine, une greffe de salut entée sur nos âmes. Qu'elle s'y développe, que son succès ne soit pas traversé par nous, et nous serons sauvés.

Dans le premier Verset alléluiatique, le Christ ressuscité célèbre, par la voix du Psalmiste, la puissance du Père qui lui a donné la victoire dans sa résurrection. Le second, emprunté à saint Paul, proclame la vie immortelle de notre divin ressuscité.

A LLELUIA, alléluia.

f. La droite du Seigneur a signalé sa force : la droite du Seigneur m'a élevé en gloire.

Alléluia.

f. Le Christ ressuscité

A LLELUIA, alléluia.

f. Dextera Domini fecit virtutem : dextera Domini exaltavit me.

Alléluia.

f. Christus resurpcns

202 Le Qitatrième Dimanche après Pâques.

cx moi tuis, )am non moritur : mors illi ultra non dominabitur, alléluia.

d'entre les morts, ne meurt plus: la mort n'aura plus sur lui d'empire, alléluia.

Sequentia sancti Evangelii secundum Johanneni. Cap. xvi.

IN illo tempore : Dixit Jésus discipulis suis : Vado ad eum qui misit me : et ncmo ex vobis interrogat me, Quo vadis ? Sed quia hœc locutus sum vobis, tristitia implevit cor vestrum. Sed ego veritatem dico vobis : Expedit vobis ut e^o vadam : si enim non abiero, Paraclitus non veniet ad vos : si autem abiero, mittam eum ad vos. Et eum venerit ille. arguet mundum de peccato, et de justitia, et de judicio. De peccato quidem, quia non crediderunt in me : de justitia vero, quia ad Patrem vado, et jam non videbitis me: de judicio autem, quia princeps hujus mundi jam judicatus est. Adhuc multa habeo vobis dicere : sed non potestis portare modo. Cum autem venerit ille Spiritus veritatis. docebit vos omnem veritatem : non enim loquetur a semetipso : sed quœcLimque audiet loquetur, et quae venLa suite du saint Evangile selon saint Jean. Chap.

EN ce temps-là, Jésus dit à ses disciples : Je m'en vais à celui qui m'a envoyé, et aucun de vous ne me demande : Où allez-vous ? Mais parce que je vous ai dit ces choses, la tristesse a rempli votre cœur. Néanmoins je vous dis la vérité : Il vous est bon que je m'en aille ; car si je ne m'en vais pas, le Paraclet ne viendra pas à vous ; mais si je m'en vais, je vous l'enverrai. Et lorsqu'il sera venu, il convaincra le monde en ce qui touche le péché, et la justice, et le jugement. En ce qui touche le péché, parce qu'ils n'ont pas cru en moi ; en ce qui touche la justice, parce que je vais au Père, et que vous ne me verrez plus ; en ce qui touche le jugement, parce que le prince de ce monde est déjà jugé. J'ai encore beaucoup de choses à vous dire ; mais vous ne les pourriez porter présentement. Quand cet Esprit de vérité sera venu, il vous enseignera toute vérité. Car il ne parlera pas de lui-même ; mais il dira tout ce qu'il aura entendu, et vous annoncera ce qui

A la Messe. 2 63

doit advenir. Il me glorifiera, parce qu'il recevra de ce qui est à moi, et vous l'annoncera.

tura sunt annuntiabit vobis. nie nie clarificabit : quia de meo accipiet et annuntiabit vobis.

ES Apôtres furent attristés lorsque Jésus leiir eut dit : « Je m'en vais ». Ne le sommesnous pas aussi, nous qui, depuis sa naissance en Bethléhem, l'avons suivi constamment, grâce à la sainte Liturgie qui nous attachait à ses pas ? Encore quelques jours, et il va s'élever au ciel, et l'année va perdre ce charme qu'elle empruntait, jour par jour, aux actions et aux discours de notre Emmanuel. Il ne veut pas cependant que nous nous laissions aller à une trop grande tristesse. Il nous annonce qu'en sa place le divin Consolateur, le Paraclet, va descendre sur la terre, et qu'il restera avec nous pour nous éclairer et nous fortifier jusqu'à la fin des temps. Profitons avec Jésus des dernières heures ; bientôt il sera temps de nous préparer à recevoir l'hôte céleste qui doit venir le remplacer.

Jésus, qui prononçait ces paroles la veille de sa Passion, ne se borne pas à nous montrer la venue de l'Esprit-Saint comme la consolation de ses fidèles, il nous la fait voir en même temps comme redoutable à ceux qui auront méconnu leur Sauveur. Les paroles de Jésus sont aussi mystérieuses que terribles; empruntons-en l'explication à saint Augustin, le Docteur des docteurs. « Lorsque « l'Esprit-Saint sera venu, dit le Sauveur, il « convaincra le monde en ce qui touche le « péché. » Pourquoi ? « parce que les hom« mes n'ont pas cru en Jésus. » Combien, en effet, sera grande la responsabilité de ceux

264 ^^ Quatrième Dimanche après Pâques.

qui, ayant été les témoins des merveilles opérées par le Rédempteur, ne se rendront pas à sa parole ! Jérusalem entendra dire que l'Esprit est descendu sur les disciples de Jésus, et elle demeurera aussi indifférente qu'elle le fut aux prodiges qui lui désignaient son Messie. La venue de l'Esprit-Saint sera comme le prélude de la ruine de cette ville déicide. Jésus ajoute que w le Paraclet convaincra le « monde au sujet de la justice, parce que, ditce il, je vais au Père, et que vous ne me verrez ce plus )). Les Apôtres et ceux qui croiront à leur parole seront saints et justes par la foi. Ils croiront en celui qui s'en est allé au Père, en celui que leurs yeux ne verront plus en ce monde, Jérusalem, au contraire, ne gardera souvenir de lui cjue pour le blasphémer ; la justice, la sainteté, la foi de ceux qui auront cru seront sa condamnation, et l'EspritSaint l'abandonnera à son sort, Jésus dit encore : « Le Paraclet convaincra le monde en <£ ce qui touche le jugement, yy Et pourquoi r « parce que le prince du monde est déjà jugé. )^ Ceux qui ne suivent pas Jésus-Christ ont cependant un chef qu'ils suivent. Ce chef est Satan. Or, le jugement de Satan est déjà prononcé. L'Esprit-Saint avertit donc les disciples du monde que leur prince est pour jamais plongé dans la réprobation. Qu'ils y réfléchissent'; car, ajoute saint Augustin, x l'or« gueil de l'homme aurait tort de compter « sur l'indulgence ; qu'il se donne la peine « de contempler le supplice auquel sont livrés c( les anges superbes '. ^)

. In Johannem, Traci. xcv,

A la Messe.

Dans rOrtertoire, le chrétien emploie les paroles de David pour célébrer les bienfaits de Dieu envers son âme. Il associe la terre entière à sa reconnaissance, et avec raison ; car les faveurs dont le chrétien est comblé sont le bien commun du genre humain, que ■Jésus ressuscité a appelé tout entier à prendre part, dans les divins Sacrements, aux grâces de la Rédemption.

JUBILATE Deo universa terra, psalmum dicite Nomini ejus : venite et audite. et narrabo vobis, omnes qui timetis Deum, quanta fecit Dominus animas meae, alléluia.

RÉJOUISSEZ-VOUS en Dieu, peuples de la terre entière ; chantez un cantique à la gloire de son Nom. Venez et écoutez, vous tous qui craignez Dieu ; je vous raconterai quelles grandes faveurs le Seigneur a faites à mon âme, alléluia.

La sainte Eglise, qui prend ses délices dans la contemplation de la vérité, dont Jésus ressuscité lui prodigue les trésors, demande pour ses enfants, dans la Secrète, la grâce de mener une vie pure, afin qu'ils puissent mériter d'être admis à voir éternellement cette auguste vérité dans sa source.

ODiEU, qui par l'auguste communion que ce Sacrifice établit entre vous et nous, nous rendez participants de votre divinité souveraine : faites, s'il vous plaît, qu'étant mis en rapport avec votre vérité par la connaissance que vous nous en

DEUS, qui nos per hujus sacrificii veneranda commercia, unius summœ divinitatis participes eflVcisti : prassta quœsumus; ut sicut tuam cognoscimus veritatem. sic eam dignis moribus assequamur. Per Domi206 Le Qiiatrième Dimanche après Pâques.

num noslrum Jesum Christum. Amen.

donnez, nous puissions l'atteindre par la pureté de notre vie. Par Jésus-Christ notre Seigneur, Amen.

Le Prctre ajoute à la Secrète de ce jour deux des trois Oraisons ci-dessus, page 126.

L'Antienne de la Communion reproduit les paroles mystérieuses de l'Evangile que nous venons d'interpréter, et dans lesquelles la venue du divin Esprit nous est montrée comme devant apporter en même temps la récompense aux croyants et le châtiment aux incrédules.

CUM venerit Paraclitus. Spiritus veritatis, ille arguet mundum de peccato. et de justitia, et

de judicio, alléluia, alléluia.

le Paraclet, Esprit de vérité, sera venu, il convaincra le monde sur le péché, la justice et le jugement, alléluia, alléluia.

En offrant ses actions de grâces pour le divin Mystère auquel ils viennent de participer, la sainte Eglise enseigne à ses enfants, dans la Postcommunion, que l'Eucharistie a en même temps la vertu de nous purifier de nos péchés et de nous préserver des dangers auxquels nous vivons exposés.

DESTO nobis, Domiper hœc quœ fideliter sumpsimus, et'purgemur a vitiis, et a periculis omnibus eruamur. Per Dominum nostrum Jesum Christum. Amen.

ssisTEZ-xous, beigneur notre Dieu, afin que par ce Mystère que nous venons de recevoir avec foi et sincérité, nous soyons purifiés de nos péchés et délivrés de tous périls. Par Jésus-Christ notre Seigneur. Amen.

A Vêpres.

Le Prêtre ajoute à la Postcommunion du jour deux des trois Oraisons ci-dessus, page

LES Psaumes, l'Hymne et le Verset se trouvent à l'Ordinaire des Vêpres du Dimanche, pages 5o et suivantes.

ANTIENNE DE McigniJÎCat.

JE m'en vais à celui qui \rADOadeum qui misit m'a envoyé ; mais parce V me : sed quia haec que je vous ai dit ces choses, locutus sum vobis. trisla tristesse a rempli votre titia implevit cor vescœur, alléluia. trum, alléluia.

ODiEU qui unissez les esprits des fidèles en une même volonté, donnez à vos peuples d'aimer ce que vous leur commandez, de désirer ce que vous leur promettez ; afin qu'au milieu des changements de ce monde, nos cœurs demeurent fixés là où sont les seules joies véritables. Par Jésus-Christ notre Seigneur. Amen.

DEUS, qui fidelium mentes unius efficis voluntatis : da populis tuis id amare quod prascipis, id desiderare quod promittis ; ut inter mundanas varietatcs ibi nostra fixa sint corda, ubi vera sont gaudia. Per Dominum nostrum Jesum Christum. Amen.

pouR terminer cette journée, nous emprun^ terons cette belle Préface à l'antique Missel gothique publié par dom Mabillon, et qui a été en usage autrefois dans un grand nombre d'Eglises des Gaules.

•os Le Quatrième Dimanche après Pâques.

DiGNiM et )ustum est ; aequum et salutare est : nos tibi hic et ubique semper gratias agere, Domine sancte, Pater oninipotens,a?terne Deus, Sed in hac die Resurrectionis Domini nostri Jesu Christi Filii tui gratulatio major exsultat in cordibus nostris. Hic est enim dies, in quo nobis exorta est perpetuae causa lastitiae. Hic est dies resurrctionis humanx, et vitœ natalis acternae. Hic est dies, in quo satiati sumus mane misericordia tua : quo nobis ille Benedictus, qui venit in nomine Domini, Deus noster inluxit nobis. Hic enim Dominus noster Jésus Christus Filius tuus adimplcns Prophetias temporibus praestitutis. visitavit nos post biduum, die tertia resurrexit. Hic est enim dies tanti muneris benedictione signatus : qui hodierna festivitate gaudentibus in toto orbe mortalibus frequentatur Quia omnium mors perempta est in cruce Christi ; et in Resurrectione ejus omnium viia surrexit.

IL est digne et juste, équitable et salutaire , que nous vous rendions grâces en tout temps et en tous lieux, Seigneur saint, Père toutpuissant. Dieu éternel ; mais dans ce jour de la résurrection de notre Seigneur JésusChrist votre Fils, une allégresse plus grande fait tressaillir nos cœurs. Car c'est ici le jour en lequel nous est apparue la cause des joies éternelles. C'est le jour de la résurrection de l'humanité et le principe de la vie qui ne doit pas finir. C'est le jour où dès le matin nous avons été rassasiés par votre miséricorde, où il a lui sur nous, celui qui est béni et qui vient au nom du Seigneur, celui qui est notre Dieu. C'est le jour où notre Seigneur JésusChrist votre Fils, accomplissant les prophéties au temps marqué, nous a visités après deux jours, en ressuscitant le troisième. C'est le jour béni par le souvenir de si grands bienfaits, que, par toute la terre, il est la source de la joie des mortels ; car si la mort a succombé sur la Croix même du Christ, la vie de tous les hommes s'est relevée dans sa Résurrection.

<3!u iJt^ *3it> oio *3iu l:& t3it) t^t> i^o o^> Gfo i^

a. A VOTRE resurrec^ t\ tion, ô Christ ! alléluia,

Rj. Le ciel et la terre sont dans l'allégresse, alléluia.

resurrectione Christe, alléluia,

% Cœli et terra laetentur, allcluia.

Ésus ressuscite accorde un don inestimable à ses Apôtres, et de ce don ^ procéderont deux Sacrements. Au sixième jour de la création, le Verbs divin avait répandu son souffle sur l'homme dont il avait formé le corps du limon de la terre, et tout aussitôt une âme portant l'image de Dieu vint animer ce corps. Au soir du jour de Pâques, le même Verbe manifesté dans sa chair ressuscitée survient tout à coup au milieu de ses Apôtres. « La paix soit avec « vous, leur dit-il. Comme mon Père m'a « envoyé, ainsi je vous envoie L » Puis il souffle sur eux, et leur dit avec empire : « Re« cç:.\cz le Saint-Esprit. ï> Quel est ce souffle qui ne s'adresse pas à tout homme, mais qui est réservé pour quelques-uns ? Jésus l'explique aussitôt : ce souffle communique l'EspritSaint. L'Esprit-Saint est donné aux Apôtres, parce qu'ils sont les envoyés de Jésus, de même que Jésus est l'envoyé du Père.

Les Apôtres reçoivent donc cet Esprit di2-0 Le Temps Pascal.

vin pour le communiquer aux hommes, de même que Jésus l'a répandu en eux. La tradition de l'Eglise complète le récit succinct de l'Evangile. Deux Sacrements, ainsi que nous l'avons dit, tirent leur origine de cet acte de Jésus ressuscité ; sa parole a déterminé ensuite les conditions rituelles sous lesquelles le double mystère devra s'accomplir.

Le premier de ces deux Sacrements est la Contirmation, pour l'institution de laquelle nous rendrons grâces aujourd'hui ; le second est l'Ordre, dont nous contemplerons dans quelques jours la dignité : l'un et l'autre, apanage glorieux du caractère épiscopal, qui renferme" pour nous la source des dons qui furent conférés aux Apôtres pour la sanctitîcation de l'homme.

Telle est l'importance du Sacrement de Confirmation pour le fidèle, que tant qu'il n'en a pas été marqué, il ne peut être regardé comme chrétien parfait. Sans doute, il "jouit, en vertu de son Baptême, des prérogatives d'enfant de Dieu, de membre de Jésus-Christ, de fils de l'Eglise; mais le chrétien est un homme de lutte ; il doit confesser sa foi. tantôt devant les tyrans jusqu'à donner son sang, tantôt en présence du monde, dont les maximes séduisantes ou impérieuses chercheront à l'entraîner dans la défection, tantôt contre les démons dont l'hostilité est redoutable aux serviteurs du Christ. Le sceau de l'Esprit-Saint imprimé sur son âme lui confère un degré de force que le Baptême n'apporte pas;" de citoyen de l'Eglise qu'il était, la Confirmation en fait le chevalier de Dieu et de son Christ. Nous pouvons, il est vrai,

Le Lundi de la Cinq. Sem. après Pâques. 2"/ i

combattre et vaincre avec la seule armure du Baptême; Dieu nous en a assuré le pouvoir ; "car il sait que le Sacrement qui perfectionne le chrétien n'est pas toujours à notre portée ; mais malheur à l'imprudent qui néglige l'occasion d'obtenir le complément de son Baptême ! Nous avons vu, au Samedi saint, avec quel empressement l'Evêque, lorsqu'il administrait en ce grand jour le Sacrement de la régénération, achevait son œuvre en donnant l'Esprit-Saint à tous ceux qui venaient de renaître dans le Fils et de recevoir l'adoption du Père.

C'est en effet au Pontife qu'il appartient de dire à nous tous néophytes : c( Recevez le « Saint-Esprit. » La dignité de ce divin Esprit n'exige pas moins; et si quelquefois, à cause dé la nécessité, un Prêtre est appelé par le Vicaire du Christ à administrer ce Sacrement auguste, il ne peut l'accomplir d'une manière vaïide qu'à la condition d'employer le Chrême consacré par l'P^-êque ; en sorte que la puissance du Pontife y paraît toujours en première ligne.

Qu'il est sublime le moment où l'Esprit de force qui confirma les Apôtres eux-mêmes, descend sur les néophytes à genoux autour de l'Evêque ! Les bras du Pontife sont étendus au-dessus d'eux ; il répand sur leurs âmes cet Esprit qu'il a reçu pour le communiquer ; et afin que rien ne manque à la solennité du don qu'il va leur faire, il rappelle la prophétie d'Isaïe qui annonce la descente de l'Esprit sur le rejeton de Jessé élevant sa tige du sein des ondes du Jourdain, ce O Dieu, dit-il, qui « avez déjà régénéré vos serviteurs dans l'eau

« et le Saint-Esprit; envoyez maintenant du « ciel sur eux cet Esprit aux sept dons : Es« prit de sagesse et d'intelligence, Esprit de» <» conseil et'de force, Esprit de science et de « piété. Esprit de crainte de Dieu ; et maru quez-les tout à l'heure du sceau de la croix (( du Christ •. »

Alors paraît le Chrême sacré dont nous avons célébré les grandeurs au Jeudi saint. C'est ici le Sacrement du Chrême, pour parler le langage de l'antiquité, du Chrême en qui réside la vertu du Saint-Esprit. Le Pontife en marque au front chacun des néophytes, et l'Esprit-Saint imprime au même moment sur leurs âmes le sceau de la perfection du chrétien. Les voilà confirmés pour jamais. Qu'ils écoutent donc la voix du Sacrement qui s'est incorporé à eux, et nulle épreuve, nul péril ne seront au-dessus de leur courage. L'huile divine avec laquelle la croix a été tracée sur leur front lui a communiqué cette dureté de diamant que reçut le front du Prophète, et qui défiait tous les traits de ses adversaires -.

Pour le chrétien en effet la force c'est le salut; car la vie de l'homme est un combat 3. Gloire soit donc à Jésus ressuscité qui. prévoyant les assauts que nous aurions à soutenir, n'a pas voulu souffrir que nous fussions inégaux dans la lutte, et nous a donné dans l'admirable Sacrement de Confirmation cet Esprit divin qui procède de lui et du Père, afin qu'il fût notre force invincible ! RemerI. Pontificale romanum. De confirmaiidis. IsAl. xi. —

2. EzECH. ni, q. — 3. Job. vu, i.

Le Lundi de la Cinq. Sem. après Pâques. 2j3

cions-le aujourd'hui d'avoir ainsi complété en nous la grâce baptismale. Le Père qui a daigné nous'adopter, a livré son propre Fils pour nous ; le Fils nous donne l'Esprit pour habiter en nous : quelle créature que l'homme devenu ainsi l'objet des complaisances de la Trinité tout entière ! Cependant l'homme est pécheur, infidèle ; tant de merveilleux secours sont dépensés sur lui trop souvent en vain! Rendons hommage à la divine bonté, en nous tenant unis à la sainte Eglise ; célébrons avec elle dans toute l'effusion de nos cœurs les mystères de miséricorde que l'Année liturgique ramène tour à tour sous nos yeux.

^Jésus ressuscité, notre bienfaiteur divin, présentons au nom de son Eglise enrichie de dons si précieux, ce beau cantique pascal, emprunté encore aux anciens Missels de SaintGall.

QUE l'Eglise aujourd'hui entonne avec harmonie un cantique à son bien-aimé ; qu'elle célèbre avec joie son retour triomphant.

Qu elle essuie les larmes qui coulaient sur son beau visage: qu'elle accueille dans des transports de joie, à son retour, celui dont naguère elle pleurait le trépas.

ECCE vocibus Carmina comparibus Ecclesia dilecto

Pangat suo,

lUius gaudens

Reditus triumpho.

Et a pulchra

Tergens gêna

Lacrymulam, Laeta nunc excipiat

Regressum, Qucm nuper flebat

Ademptum.

Qui de sursum veniens, Hujus et affecta ardens,

Tersil suo vulnere

Ab illa naevum

Parentis primulœ. Cujus Sponsi radio Procul de nuptae gaudio Synagoga pellatur, Colore obFuscata nigerrimo.

Namque illius amore Alta confixus crucis arbore Sacravit lateris Illam flumine.

Hatic praefiguravit Eva. Viri cum fabricatur a Costa,

Et Noe arcula

Aquis levata. .

Hanc Babylonis Nuper tyrannus

Misère afflictam, Atque suis a sedibus

Translatam.

Tu, Christe,

Favens ploranti, Atque sternens Babylonem,

Revocasti Sion tuum Ad montem.

Quam hic jocundis Ovantem gaudiis Gratia figurât

Il était venu des cieux, dans un élan d'amour pour elle ; et par le sang de ses propres blessures il l'avait purifiée de la souillure qu'elle avait reçue de sa première mère. Aujourd'hui son front brille illuminé des rayons de son Epoux : à ce moment où ses noces se célcbrent dans l'allégresse, la synagogue enveloppée d'un voile noir est expulsée de la salle du festin.

Attaché sur l'arbre de la croix- par amour pour son Epouse, le Christ l'a rendue sacrée par l'eau sortie de son flanc ouvert.

Eve formée d'une côte de l'homme fut sa figure, ainsi que l'arche de Noé voguant sur les eaux.

Tout à l'heure elle était transplantée de son sol, et foulée cruellement par le tyran de Babylone. Touché de ses pleurs, 6 Christ, vous avez abattu Babylone, et rappelé votre peuple sur la montagne de Sion.

La floraison de la nature entière nous représente en ce moment l'alléoresse et les

Le Lundi de la Cinq. Sent, après Pâques. 2j5

transports de votre Epouse ; ô Jésus, vous nous avez rachetés de votre sang, rendeznous participants de votre triomphe.

Pour nous délivrer de captivité, vous avez frappé de mort les princes de TEgypte, nos oppresseurs ; faites que nos pieds soient protégés, et qu'ils puissent fouler sans péril les serpents de feu dans le désert de ce monde.

Daignez enfin nous accorder d'arriver, sous votre conduite, à la terre promise. Amen.

Mundi florentis :

Hujus gratiœ Consortes nos esse Fac Jesu redemptos Tuo cruore ;

Et qui nostri causa Canopicos afflixisti Morte principes, Ut nos inde solvercs, Praesta in eremo Hujus vitœ. Ut niuniti pedes Viperas Contcramus igneas.

Te duce, promissam Vcniamus ut ad terram.

Amen.

<tlA CtiA (XlX ftlA CtiA CtiA CtiA ftlA CtiA CtlA <tlA ftiA

- TN resurrectione

I tua, Christe, alléluia.

"Ef. Cœli et terra laetentur, alléluia.

i \ VOTRE résurrec^' -^ tion, ô Christ ! alléluia,

^. Le ciel et la terre sont dans l'allégresse, alléluia.

E troisième Sacrement, celui de la divine Eucharistie, a un rapport trop intime avec la Passion du Sauveur, pour que son institution eût été retardée jusqu'après la résurrection. Nous avons honoré, au Jeudi saint, l'acte solennel par lequelJésus préluda au Sacrifice sanglant du lendemain, en inaugurant le mystère de son Corps et de son Sang, véritablement immolés dans la Cène eucharistique. Non seulement nous avons vu les Apôtres admis à participer, au nom de toutes les générations qui suivront jusqu'à la hn des siècles, à l'aliment céleste w qui donne la vie au monde i » ; mais encore nous avons entendu le Prêtre éternel leur conférer le pouvoir de faire désormais ce qu'il venait de faire lui-même. Le sublime mystère est établi pour jamais, le sacerdoce nouveau est institué ; et Jésus ressuscité n'a plus qu'à instruire ses Apôtres sur la nature et l'importance du don qu'il daigna faire aux hommes en cette circonsLe Mardi de la Cinq. Sem. après Pâques. 2jy

tance, et sur la maniùre dont ils devront exercer l'auguste .pouvoir qu'il a placé en eux, lorsque l'Esprit-Saint descendu du ciel donnera à l'Eglise le signal d'user de toutes ses prérogatives.

A la d'ernière Cène, les Apôtres, encore grossiers, préoccupés de l'événement qui allait éclater, émus des paroles de leur Maître qui les avait avertis que cette Pâque était la dernière qu'il célébrerait avec eux, étaient hors d'état de comprendre tout ce que Jésus avait fait pour eux, lorsqu'il leur avait dit: « Pre« nez et mangez : ceci est mon corps ; buvez-en « tous : ceci est mon sang. » Moins encore avaient-ils pu se rendre compte de l'étendue du pouvoir qu'ils avaient reçu de reproduire le mystère qui venait de s'opérer sous leurs yeux. C'était à Jésus ressuscité qu'il appartenait de leur dévoiler ces merveilles, et il le fait dans les jours où nous sommes. Le Sacrement de l'Eucharistie n'y a pas été institué ; mais il y a été déclaré, exposé, glorifié par la bouche même de son divin instituteur ; et cette circonstance contribue à rendre plus sacrée encore la période que nous traversons en ce moment.

De tous les Sacrements il n'en est aucun qui soit comparable en dignité à celui de la sainte Eucharistie ; les autres nous transmettent la grâce, mais celui-ci contient l'auteur même de la grâce; les autres sont seulement des Sacrements, et celui-ci est à la fois un Sacrement et un Sacrifice. Nous essaierons d'en développer toutes les magnificences, lorsque bientôt la radieuse fête du Saint-Sacrement apparaîtra sur le Cycle^ et fera très27 ti Le Temps Pascal.

saillir de joie l'Eglise tout entière. Nous devons seulement aujourd'hui rendre l'hommage de nos adorations et de notre amour à Jésus, « le Pain vivant qui donne la vie au « monde ' », et proclamer sa tendre sollicitude pour ses brebis, qu'il semble abandonner pour retourner à son Père, et au milieu desquelles son amour le retient dans cet auguste mystère, où sa présence, pour être invisible, n'en est pas moins réelle.

Soyez donc béni. Fils éternel du Père, qui dans les divins oracles de l'antique Alliance, nous aviez déjà révélé que <£ vos délices sont « d'être avec les enfants des hommes - ». Vous nous le montrez aujourd'hui par. ce merveilleux Sacrement qui concilie votre absence annoncée et votre séjour permanent au milieu de nous.

Soyez béni d'avoir voulu nourrir nos âmes comme vous nourrissez nos corps. A.u Temps de Noël, nous vous vîmes naître en Bethléhem, qui signitie la Maison du Pain. C'était un Sauveur qui naissait alors pour nous, et c'était en même temps un aliment qui descendait du ciel pour nos âmes.

Soyez béni, ô vous qui, non content d'avoir opéré, à la dernière Cène, le plus admirable des prodiges, en changeant le pain en votre corps et le vin en votre sang, voulez encore que cette merveille se renouvelle en tous lieux et jusqu'à la tin des temps, pour soutenir et consoler nos âmes.

Soyez béni de n'avoir mis aucune limite à notre empressement de recourir à ce Pain de

I. JOHAN. VI, 33, 41. — 2. Prov. VIII, 3i.

Le Mardi de la Cinq. Sem. après Pâques. 2 y g

vie ; mais de nous avoir au contraire encouragés à en faire notre nourriture habituelle, afin que nous ne soyons pas exposés à défaillir sur le chemin de cette vie.

Soyez béni de la générosité avec laquelle vous avez exposé jusqu'à votre honneur pour vous communiquer à nos âmes, vous résignant aux blasphèmes des hérétiques, aux profanations des mauvais chrétiens, à l'indifférence des tièdes.

Soyez béni, divin Agneau, qui scellez la nouvelle Pàquc par l'ctîusion de votre sang, et convoquez le nouvel Israël à s'asseoir à la table oîi votre sacré Corps est offert pour aliment à Aos ticiè!es, qui viennent y puiser la vie à sa source même, et prendre leur part des joies inetfables de votre résurrection.

Soyez béni, 6 Jésus, d'avoir institué, dans la divine Eucharistie, non seulement le plus noble des Sacrements, mais encore le plus auguste de tous les Sacrifices, celui par lequel nous pouvons offrir à l'éternelle Majesté le seul hommage digne d'elle, lui présenter une action de grâce proportionnée à ses bienfaits, lui fournir une réparation surabondante pour nos péchés, enfin demander et obtenir toutes les grâces dont notre vie passagère a besoin.

Soyez béni, 6 notre Emmanuel, qui, dans les jours de votre vie mortelle, aviez promis de nous donner ce Pain et ce breuvage ; qui, la veille du jour où vous deviez souffrir, daignâtes nous laisser ce divin Sacrement comme le Testament de votre amour, et qui, dans les dernières heures de votre séjour visible ici-bas, en avez manifesté les excellences à

2Sn

\os Apôtres, afin que notre foi s'élevât à la hauteur du don que vous nous faites.

Nous vous l'otfrons, cet hommage de la foi en votre parole, o notre divin Ressuscite! Nous confessons que, dans cet auguste mystère, le pain est changé en votre Corps et le vin en votre Sang; et nous le croyons ainsi parce que vous l'avez dit, et que rien n'est au-dessus de votre puissance.

A LA louange de notre divin Agneau pascal qui daigne se donner en nourriture à ses fidèles, chantons ce beau cantique que Notker composa pour l'Eglise de Saint-Gall.

A GNi paschalis

Esu potuque dignas.

Moribus sinceris Prœbeant omnes se chri slianx anims.

Pro quibus se Deo hostiam obtulit, Ipse summus Pontifex.

Quarutn frons In postis est modum Ejus illita sacrosancto

cruore, Tuta a clade Canopica.

Qua crudeles hostes

LE jour est venu où le festin de l'Agneau pascal nous

Que les âmes chrétiennes se montrent dignes, par une vie pure, d'un tel mets et d'un tel breuvage.

C'est pour elles que l'A- gneau, Pontife souverain, s'est offert à Dieu.

Comme les portes des Israélites , leur front est marqué de son sang. Ce sang divin les met à couvert du désastre qui fond sur l'E- gypte,

Lorsque cecruel ennemi est

Le Mardi de la Cinq. Sem. après Pâques. 2 8

submergé dans la mer Rouge.

Que les fidèles aient la ceinture, symbole de pureté ; que leurs pieds soient chaussés contre la morsure des serpents ;

Qu'ils tiennent sans cesse à la main le bâton spirituel, pour repousser les chiens infernaux :

Ainsi ils mériteront d'avoir part à la Pàque de Jésus, cette Pâque qui l'a vu remonter victorieux du tombeau.

La nature qui renaît p'us brillante et plus belle au moment où ressuscite le Christ, apprend aux fidèles

De quelle vie supérieure ils doivent vivre avec lui. après avoir passé par la mort.

Amen.

In mari rubro sunt obruti.

Renés constringant ad pudicitiam ; Pedes tutentur adversus viperas ;

Baculosque spirituales Contra canes jugiter manu bajulent :

Ut Pascha Jesu mereantur sequi, Quo de barathro victor rediit.

En redivivus mundus, Ornatibus Christo consurgens. Fidèles admonet,

Post mortem melius Cum eo victuros. Amen.

^ 1 N resurrectione ^' 1 tua, Christe, alléluia,

^. Cœli et terra laîtentur, alléluia.

^ A VOTRE résurrection, '• Aô Christ! alleli

luia,

^. Le ciel et la terre sont dans l'allégresse, alleli'ia.

A 'miséricorde du Rédempteur a donné naissance au quatriciriC Sacrement, dont nous contemplons aujourd'liui les merveilles. Jésus connaît la faiblesse de l'homme: il sait que, chez le plus grand nombre, la grâce reçue dans le Baptême ne se conservera pas, que le péché viendra le plus souvent Hétrir cette plante que la rosée du ciel avait nourrie, et qui, après sa croissance et sa tioraison, devait être transplantée dans les jardins de l'éternité. N'y aura-t-il plus d'espoir qu'elle revive, cette tîeur autrefois si suave, maintenant fanée comme l'herbe des champs que la faux a coupée ? Celui-là seul qui l'avait produite pourrait lui rendre la vie. O prodige de bonté! c'est ainsi qu'il a daigné agir. Plus jaloux du salut du pécheur que de sa propre gloire, il a préparé, comme disent les Pères, ïine seconde planche pour le second naufrage. Le saint Baptême avait été la première après le premier naufrage; mais le péché mortel est venu replonger Vàme dans l'abîme. Désormais retombée" au pouvoir de son ennemi.

Le Mercr. de la Cinq. Serti, après Pâques. 2 S 3

elle gémit dans des liens qu'il n'est pas en son pouvoir de rompre, et ces liens l'enchaînent pour l'éternité.

Aux jours de sa vie mortelle, Jésus, qui était venu « non pour juger le monde, mais « pour le sauver i », annonça, dans sa compassion pour les âmes qu'il venait racheter, que ces liens encourus par l'ingratitude du pécheur céderaient devant un pouvoir qu'il daignerait un jour établir. Parlant à ses Apôtres, il leur déclara « que tout ce qu'ils au« raient délié sur la terre serait en même « temps délié dans le ciel - ». Depuis cette parole si. solennelle, Jésus a offert son Sacritice sur la croix; son sang d'un prix infini a coulé pour l'expiation surabondante des péchés du monde. Un tel Rédempteur ne saurait oublier l'engagement qu'il a pris. Rien au contraire ne lui tient plus à cœur que de le remplir ; car il connaît les redoutables périls que court notre salut. Le soir même de sa résurrection, il apparaît à ses Apôtres, et dès les premières paroles qu'il leur adresse, il s'empresse de dégager la promesse qu'il ht autrefois. On y sent comme une miséricordieuse impatience de ne pas laisser pliis longtemps l'homme dans ces liens humiliants et terribles qu'il a encourus. A peine a-t-il répandu dans leurs âmes son Esprit-Saint en soufflant sur eux, que tout aussitôt il ajoute : « Ceux à qui vous remettrez les péchés, ils « leur sont remis 3 ». Et remarquez ici, avec toute l'Eglise, l'énergie de ces paroles : a ils

^4 Le Temps Pascal.

« leur sont remis. » Jésus ne dit pas : « ils leur a seront remis «. Ce n'est plus la promesse, cest le don lui-mcme. Les Apôtres nont pas tait usage encore du divin pouvoir que Jésus leur contcrc, et déjà toutes les sentences d'absolution qu'eux et leurs successeurs dans ce noble ministère rendront jusqu'à la tin des siccles, sont confirmées au ciel.

Gloire soit donc à notre divin Ressuscité qui a daigné abaisser toutes les barrières de sa justice, pour laisser passage au torrent de sa miséricorde! Que toute créature humaine chante a son honneur ce beau cantique dans lequel David, entrevovant les merveilles qui devaient apparaître dans la plénitude des temps, célébrait cette Rémission des péchés, dont les Apôtres devaient faire l'un des articles de leur Svmbole. a O mon âme, s'écriait « le Roi-Prophète, bénis le Seigneur; que c( toutes tes puissances s'unissent pour exalc( ter son saint Nom; car c'est lui-même qui « te pardonne toutes tes iniquités, qui guérit (( toutes tes maladies, et qui rachète ton âme « du trépas.

a Semblable à l'aigle, tu recouvres ta prea miere jeunesse; car le Seigneur est misé(i ricordieux jusqu'à l'excès, et sa colère n'est « pas éternelle contre nous. Il a dais^né ne <r pas nous traiter selon nos péchés, et mainC( tenant nos iniquités sont aussi loin de nous « que l'orient l'est du couchant.

a Comme un père a pitié de ses enfants, (( ainsi le Seigneur a eu pitié de ceux qui le « craignent; car il connaît l'argile dont nous a sommes formés. Il sait que'nous ne som« mes que poussière, que la vie de l'homme

Le Mercr. de la Cinq. Sem. après Pâques. 2 85

c( est comme la durée de l'herbe des champs. « Il sait que le souffle qui nous anime passe oc en un moment, et qu'après un peu de temps, « on ne retrouve déjà plus la trace de l'homme ce ici-bas. Mais la miséricorde du Seigneur «c est en rapport avec son éternité ; et jusqu'à a la fin, il daigne l'offrir à ceux qui le craic( çnent. Bénis donc le Seigneur, 6 mon a ame ^ ! »

Mais nous, enfants de la promesse, nous connaissons mieux encore que David l'étendue des miséricordes du Seigneur. Jésus ne s'est pas contenté de nous dire que le pécheur recourant avec un humble repentir à la divine Majesté au plus haut des cieux, pourra obtenir son pardon ; car la réponse de miséricorde n'étant pas sensible, une anxiété terrible viendrait trop souvent traverser notre espérance ; ce sont des hommes qu'il a chargés de traiter avec nous en son nom. « Afin «c que toute créature sache que le Fils de ce l'homme a le pouvoir de remettre les pé« chés sur la terre '-^ », il a donné pouvoir à ses délégués de prononcer sur nous une sentence d'absolution que nos oreilles seront à même d'entendre, et qui portera jusqu'au fond de nos âmes repentantes la douce confiance du pardon.

O Sacrement ineffable par la vertu duquel le ciel, qui sans lui serait resté presque désert, est peuplé d'innombrables élus, « qui (( chanteront éternellement les miséricordes ce du Seigneur ^ » ! O puissance irrésistible des paroles de l'absolution, qui empruntent

I. Psalm. çii.— 2. Luc. V, 24. — 3. Psalm. lxxxvui.

2^6 Le Temps Pascal.

sa force intinic au sang de la Rédemption, et entraînent après elles toutes les iniquités qui vont se perdre dans l'abîme des divines miséricordes ! L'éternité des douleurs eût roulé sur ces iniquités toutes ses vagues brûlantes, sans leur apporter l'expiation'; et il a suffi de la parole sacerdotale : Je vous absous, pour les faire évanouir sans retour.

Tel est le divin Sacrement de la Pénitence, où, en retour de l'humble confession de ses péchés et du regret sincère de les avoir commis, rhomme rencontre le pardon, et non une fois dans sa vie, mais toujours ; non pour un genre de péchés, mais pour tous. Dans son envie contre le genre humain racheté par un Dieu, Satan a voulu ra^ir un tel don à l'homme, en lui étant la foi à cet ineffable bienfait de Jésus ressuscité. Que n'a pas dit l'hérésie contre cet auguste Sacrement ? D'abord elle osa prétendre qu'il obscurcissait la gloire du saint Baptême, tandis qu'au contraire il l'honore en la renouvelant sur les ruines du péché. Plus tard, elle voulut exiger comme absolument nécessaires au Sacrement des dispositions tellement parfaites, que l'absolution trouverait l'âme dé)à réconciliée avec Dieu : piège dangereux dans lequel le jansénisme sut prendre un si grand nombre de chrétiens, perdant les uns" par l'orgueil, et les autres par le découragement. Enfin elle a produit ce dicton huguenot trop souvent répété dans notre société'incroyante : a Je confesse mes péchés à Dieu » ; comme si Dieu oflensé n'était pas maître de fixer les conditions auxquelles il veut bien remettre l'offense.

Le Merci', de la Cinq. Sem. après Pâques. 28 j

Les divins Sacrements ne peuvent être acceptés que par la foi; et cela doit être, puisqu'ils sont divins ; mais celui de la Pénitence est d'autant plus cher au fidèle, qu'il humilie plus profondément son orgueil, en le contraignant de demander à l'homme ce que Dieu aurait pu directement accorder, a Allez, et « faites-vous voir aux prêtres 1 », disait Jésus aux lépreux qu'il lui plaisait de guérir : nous devons trouver tout simple qu'il procède de même quand il s'agit de la lèpre des âmes.

Ç\ FFRONS aujourd'hui à notre généreux Ré^^ dempteur l'hommage de cette Hymne pascale que la sainte Eglise emploie en ces jours à l'Office de la nuit.

ETERNEL roi des habitants des Cieiix, Créateur de l'univers, Fils de Dieu, qui avant tous les siècles fûtes toujours égal au Père ;

Lorsque le monde naquit à votre parole, artisan de l'homme, vous donnâtes à Adam vos propres traits, et votre puissance réunit en lui un noble esprit à un corps sorti de la poussière.

L'envie et l'artifice du démon entraînèrent bientôt la race humaine dans une dégradation honteuse ; revêtu de

tu

sempiterne cœllRerum creator omnium, yEqualis ante sœcula Semper Parenti Filius.

Nascente qui mundo faber Imaginem vultus tui Tradens Adamo.nobilem Limo jugasti spiritum.

Cum livor et fraus dœ- monis Fœdasset humanum genus,

Tu carne smicius pcrditam Formamreformas artifex.

Qui natus olim e Virgine, Nunc e sepulcro nasceris, Tecumque nos a mortuis Jubés sepultos surgere.

Qui pastor aeternus

gregem Aqua lavas baptismatis : Haec est lavacrura mentium, HaîC est sepulcrum criminum.

Nobis diu qui débitas Redemptor affixus cruci. Nostrœ dedisti prodigus Pretium salutis sanguiUt sis perenne mentitibus Paschale, Jesu, gaudium. A morte dira criminum Vitae renatos libéra.

Deo Patri sit gloria, Et Filio, qui a mortuis Surrexit. ac Paraclito, In sempiterna saccula.

Amen.

la chair, vous êtes venu rétablir l'œuvre perdue dont vous aviez été louvrier.

Né d'abord de la Vierge, en ces jours vous naissez de nouveau du sépulcre ; et nous qui étions déjà ensevelis, vous nous commandez de nous lever d'entre les morts.

Pasteur éternel, vous lavez votre troupeau dans l'eau baptismale ; cette eau est la fontaine où se purifient les âmes ; elle est le tombeau où disparait le péché.

Attaché comme Rédempteur à la croix qUi nous était due, vous avez prodigué votre sang, la rançon de notre salut.

Pour être à jamais, ô Jésus, la joie pascale de nos âmes, daignez sauver de la cruelle mort du péché ceux que vous avez fait renaître à la vie.

A Dieu le Père soit la gloire ! gloire au Fils ressuscité d'entre les morts ! et gloire au Paraclet dans les >iècles éternels !

Amen.

f A-

VOTRE résurrection. Christ ! alléluia:

Hj. Le ciel et la terre sont dans l'alléirresse, alléluia.

, T N resurrectione ^' 1 tua, Christe, alléluia,

^. Cœli et terra laetentur. alléluia.

Ésus a pourvu dans les quatre pre,;^^ 1^-, miers Sacrements aux divers be4^m^ soins spirituels de l'homme durant e^^^^ sa vie. Le Baptême est la naissance du tîdèle, la Contirmation vient l'armer pour le combat, l'Eucharistie est sa nourriture, la Pénitence son remède; mais le dernier moment de la vie, le plus grave et le plus redoutable de tous, celui qui décide de l'éternité pour chacun de nous, ne semble-t-il pas exiger un secours sacramentel d'un genre nouveau ? Le passage de cette existence à celle qui va la suivre, cette heure d'angoisse et d'espérance, serons-nous réduits à regretter que le Rédempteur n'ait pas songé à les assister de sa*protection par l'institution d'un rite destiné à produire le secours spécial dont le mourant éprouve à ce moment le besoin extrême ? Jésus a pourvu à tout, et la grâce de la rédemption a su revêtir une nouvelle forme pour nous visiter et nous fortifier dans cette dernière crise.

Dès avant sa Passion, il montra un indice de ce qu'il méditait pour l'avenir. Envoyant

ît)

2go Le Temps Pascal.

ses disciples devant lui, afin de préparer les peuples à sa prédication, il leur commanda d'oindre les malades avec l'huile; et les disciples, tidèlesà l'ordre de leur Maître, voyaient les infirmes, après l'emploi de ce remède mystérieux, se lever de leurs lits, guéris et consolés 1. Mais lorsque, après sa résurrection, notre divin Rédempteur s'occupe de doter son Eglise, c'est alors que, pour alléger les douleurs futures de cette mère commune, il assure à ses fils mourants la douce consolation d'un puissant Sacrement établi uniquement pour eux.

L'huile est le symbole de la force ; l'athlète qui veut lutter dans l'arène en baigne ses membres pour les rendre plus agiles et plus souples. C'est pour cette raison que Jésus la choisit comme élément sacramentel, lorsqu'il voulut assurer à notre âme régénérée par le Baptême la vigueur dont elle allait avoir besoin dans les tuttes du salut. L'heure de la mort est aussi un combat, et ce combat est le plus redoutable de tous. A ce moment, Satan, sur le point de voir échapper la proie qu'il a convoitée durant toute une vie, redouble d'etforts pour s'en saisir. L'homme, au bord des abîmes de l'éternité, est circonvenu tour à tour par les attaques d'une confiance présomptueuse et celles d'un découragement contraire à l'espérance. D'ici à quelques instants, il va se trouver aux pieds du juge dont la sentence est sans appel; et les restes du péché gênent encore les mouvements de son âme. (Quelle sera sa force dans cette dernière

I. Marc, vi, i3.

Le Jeudi de la Cinq. Sem. après Pâques. 2g i

lutte qui va décider du succès tinal de toutes celles qui ont précédé dans la vie ? N'est-il pas temps que Jésus vienne au secours avec un Sacrement, et un Sacrement qui puisse fournir à son athlète des forces égales à la situation ? Il est venu, notre divin ressuscité, et sa main sacrée a préparé l'huile de la dernière Onction, non moins puissante que celle de la première : application suprême du sang rédempteur, « qui coule si abondamment avec cette précieuse liqueur 1 ».

Et voyez les effets de cette onction que l'A- pôtre saint Jacques, instruit de la bouche même du Sauveur, nous décrit dans son Epître. C'est « la rémission même des péchés - » ; de ces péchés que la conscience, même attentive, n'avait pas aperçus, et qui n'en pèsent pas moins sur Tàme ; de ces restes du péché remis quant à la coulpe, mais dont les cicatrices n'étaient pas entièrement fermées et exerçaient encore une influence maligne. L'huile sainte s'en va parcourant miséricordieusement chacun des sens qui tour à tour s'avouent pécheurs, et reçoivent aussi tour à tour la puritication qui leur est propre. Ces portes ouvertes si périlleusement du côté du monde se ferment l'une après l'autre, et l'âme n'est plus attentive que du côté de l'éternité. Vienne maintenant l'ennemi ; ses attaques n'auront pas de prise. 11 comptait sur un adversaire tout terrestre, blessé déjà en cent combats, et il va rencontrer un athlète du Seigneur, plein de vigueur et préparé pour

I. BossUET. Oraison funèbre de Madame Henriette,

— 2. Jacob, v. i5.

2Q2 Le Temps Pascal.

la défense. Le divin Sacrement a opéré cette transformation.

Mais telle est l'étendue des effets de cette onction sacramentelle, qu'étant instituée principalement pour le renouvellement des forces de l'âme, elle a reçu aussi la vertu de rétablir les forces du corps et de rendre la santé aux malades. C'est ce que nous enseigne le même Apôtre saint Jacques. « Le Sei« gneur, nous dit-il, accordera le soulage« ment au malade, qui trouvera sa guérison « dans l'efficacité de la prière de la foi.» La formule sacrée qui accompagne chaque onction dans ce Sacrement a donc'la vertu de restaurer les forces physiques de l'homme, en même temps qu'elle chasse les restes du péché, principale cause des misères de l'homme en son corps aussi bien que dans son âme. Tel est le sens des paroles de saint Jacques interprétées par la sainte Eglise ; et l'expérience nous montre encore assez souvent que le divin instituteur de ce Sacrement miséricordieux n'a pas oublié la double promesse dont il a daigné enrichir ce rite auguste. C'est dans cette confiance que le prêtre, après avoir fait les onctions sacrées sur les membres du malade, s'adresse ensuite à Dieu, dans de touchantes supplications, pour lui demander de rendre les forces corporelles à celui dont l'âme vient d'expérimenter la puissance du céleste remède , et la sainte Eglise regarde comme tellement fondé sur la parole du Christ l'eflét sacramentel de l'Extrême-Onction quant au soulagement du corps, qu'elle ne compte pas parmi les miracles proprement dits les gucrisons opérées par ce Sacrement.

Le Jeudi de la Cinq Sem. après Pâques. 2q3

Offrons donc au vainqueur de la mort l'hommage de notre reconnaissance, à la vue de ce nouveau bienfait de sa compassion pour ses frères. Il a daigné passer par toutes nos misères; la mort nrième, nous l'avons vu, n'a pas été exceptée, et les langueurs de l'agonie ne lui ont pas été épargnées. Lorsque, sur l'arbre de la Croix, il était en phoie à toutes les angoisses du pécheur mourant, bien qu'il fût la sainteté même, il daigna penser à notre dernier combat, et, dans sa bonté, il dirigea sur les chrétiens agonisants un jet de son sang précieux. De Ta est provenu le divin Sacrement de l'Extrème-Onction, qu'il promulgue en ces jours, et pour lequel nous lui présentons aujourd'hui nos humbles actions de grâces.

L'Hymne suivante composée par saint Ambroise, et usitée dans l'Eglise de Milan au Temps pascal, célèbre avec l'énergie ordinaire au saint Docteur la puissance de salut que renfermait la mort du Christ, puissance qui s'est fait sentir de la façon la plus expressive sur le larron expirant à la droite de Jésus.

ENVIRONNÉ de sa lumière sereine, le jour de Pâques est le saint et véritable jour de Dieu, le jour où la vertu du sang divin efface le crime et la honte de l'homme.

Ce jour rend la foi à ceux oui étaient perdus sans elle.

HIC est dies verus Dei, Sanctus sereno lumine, Quo diluit sanguis sacer Probrosa mundi crimina.

Fidem refundens pe -_ ditis.

2r)4

Caecûsque visu illuminans : Quem non gravi solvct

metu Latronis absolutio ?

Qui prœmio mutans

crucem,

Jesumbrevi acquirit fide,

Justusque prnevio gradu

Pervenit in regnum Dci.

Opus stupent et Angeli, Pœnam videntes corporis, Christoque adhœrentem

reum Vitam beatam carpere.

Mysteriuni mirabile, Ut abluat mundi luem, Peccata tollit omnium. Garnis vitia mundans caro.

Quid hoc potest sublimius.

Ut culpa qua°rat gratiam,

Metumque solvat caritas,

Reddatque mors vitam

nova m ?

Hamum sibi mors dévore t. Suisque se nodis liget : Moriatur vita omnium, Resurgat ut vita omnium.

il restitue la lumière aux aveugles : qui ne sentirait ses craintes dissipées, à la vue du larron recevant son pardon ?

Cet homme qui a échangé la croix contre la récompense, a .yagné Jésus par sa foi d'un moment ; et hàtit dans sa marche, devenu juste en un instant, il est entré au royaume de Dieu.

Les Anges, à ce spectacle, sont dans l'étonncraent ; ils ont sous les yeux le Christ en proie au supplice, et voient un coupable s'attacher à lui et saisir la vie bienheureuse.

O mvstère digne d'admiration ! pour effacer la Icpre du monde, pour enlever les péchés de tous, c'est une chair qui purifie les vices de la chair.

Quoi de plus merveilleux que de voir le péché cherchant la grâce, l'amour détruisant la crainte, la mort restituant la vie?

Cette mort, la voici qui dévore l'hameçon, et qui se prend dans ses propres liens ; celui qui est la vie de tous daigne mourir pour rendre à tous la vie.

Le Jeudi de la Cinq. Sem. après Pâques. 2g5

La mort avait passé par tous les hommes, la résurrection leur devient commune à tous ; transpercée du coup qu'elle a porté, la mort gémit en voyant que seule elle va périr.

Gloire soit

Seigneur, qui êtes ressuscite d'entre les morts ! Gloire au Père et au Saint-Esprit, dans les siècles éternels ! Amen.

Cum mors per omnes

transeat, Omnes resurgunt mortui : Consumpta mors ictu suo Périsse se solam gémit.

Gloria tibi. Domine, Qui surrexisti a mortuis, Cum Pâtre et Sancto

Spiritu, In sempiterna sascula.

Amen.

^ T N resurrcctionc ^' 1 tua.Christe, alléluia,

15)!. Cœli et terra Lttentur, alléluia.

VOTRE résurrection, ô Christ ! allekiia,

fil. Le ciel et la terre sont dans l'allégresse, alléluia.

[ous avons contemplé le Rédempteur instituant les secours sacramentels par lesquels l'homme est élevé et maintenu à l'état de la grâce sanctifiante, depuis le moment de son entrée en ce monde jusqu'à celui de son passage à la vision éternelle de Dieu. Il nous faut maintenant considérer le sublime Sacrement que Jésus a établi pour être la source de laquelle émane sur les nommes cette grâce divine qui prend toutes les formes et s'adapte à tous nos besoins.

L'Ordre est ce Sacrement, et il est ainsi appelé parce qu'il est communiqué à des degrés ditférents aux membres de l'Eglise qui en sont honorés. De même qu'au ciel les saints Anges sont gradués selon divers rangs inégaiix en lumière et en puissance, en sorte que les rangs supérieurs influent sur ceux qui leur sont inférieurs, ainsi dans le Sacrement de l'Ordre, tout est ordonné d'après une harmonie semblable, en sorte que le degré supérieur influe sur celui qui est au-dessous cette puissance et cette lumière qui est la propriété de la Hiérarchie ecclésiastique.

Le VenJr. de la Cinq. Sem . après Pâques. 2 g'}

W\évd.vch\&s,\s,r\\^e Principauté sacrée. Cette principauté éclate dans le Sacrement de l'Ordre par trois degrés: TEpiscopat, la Prêtrise, et le Diaconat dans lequel il faut comprendre les Ordres inférieurs qui en ont été détachés. On appelle cet ensemble Hiérarchie d'Ordre, pour le distinguer de la Hiérarchie de Juridiction. Cette dernière, destinée au gouvernement de la société chrétienne, se conipose du Pape, des Evèques et des membres du clergé mférieur auxquels ils ont délégué une portion de leur pouvoir de gouvernement. Nous avons vu comment cette Hiérarchie prend sa source dans l'acte souverain par lequel Jésus, Pasteur des hommes, a donné à Pierre les clefs du Royaume de Dieu. La Hiérarchie d'Ordre, liée intimement à la première, a pour objet la sanctification des hommes par les dons de la grâce dont elle est dépositaire ici-bas.

Au soir de la Pâque, ainsi que nous l'avons rappelé déjà plusieurs fois, Jésus se présente à ses Apôtres et leur dit : « Comme mon Père « m'a envoyé, ainsi je vous envoie. » Or le Père a envoyé son Fils atin qu'il fût le Pasteur des hommes, et nous avons entendu Jésus dire à Pierre de paître agneaux et brebis. Le Père a envoyé son Fils ahn qu'il fût le Docteur des hommes, et nous avons vu Jésus confier à ses Apôtres le dépôt des vérités qui seront l'objet de notre foi. Mais le Père a envoyé son Fils pour être aussi le Pontife des hommes; il faut donc que Jésus laisse sur la terre, pour y être exercée jusqu'à la fin, cette charge de Pontife qu'il a exercée luimême dans toute sa plénitude. Or, qu'est-ce

2qH Le Temps Pascal.

que le Pontife? C'est l'intermédiaire entre le ciel et la terre ; c'est lui qui rattache l'homme à Dieu, qui oftVe le Sacrifice par lequel la majesté divine est honorée et le péché de l'homme réparé ; c'est lui qui purifie la conscience du pécheur et le rend juste; lui enfin qui l'unit a Dieu par les mystères dont il est le dispensateur.

Jésus, notre Pontife, a accompli toutes ces choses par Tordre du Père ; mais le Père veut qu'elles se continuent ici-bas, lorsque son Fils sera monté aux cieux. 11 faut donc que Jésus communique à quelques hommes sa qualité de Pontife par un Sacrement particulier, de même qu'il a conféré à tous ses fidèles rhonneur de devenir sesmembresdans le Baptême. L'Esprit-Saint opérera dans ce nouveau mystère, à chacun des degrés du Sacrement. Ce fut lui dont l'opération toute divine produisit la présence du Verbe incarné dans le sein de la Vierge; ce sera lui qui imprimera sur l'âme de ceux qui lui seront présentés le caractère auguste de Jésus, le Prêtre éternel. Aussi avons-nous vu notre divin Ressuscité, après les paroles que nous venons de rappeler, envoyer son souffle sur les Apôtres et leur dire : u Recevez le Saintce Esprit » : montrant ainsi que c'est par une infusion spéciale de l'Esprit du Père et du Fils que ces hommes sont mis en état « d'ê« tre envoyés par le Fils, comme le Fils l'a « été lui-même par le Père ».

Mais ce ne sera pas par le souffle, qui est réservé au Verbe, principe de vie, que les Apôtres et leurs successeurs conféreront ce nouveau Sacrement. Ils imposeront les

Le Vendr. de la Cinq. Sent, après Pâques. 2gq

mains sur ceux qui auront été élus pour cette charge et cet honneur. A ce moment l'Esprit divin couvrira de son ombre ceux gui ont été mis à part et destinés à cette initiation suprême. La transmission du don céleste se fera ainsi de génération en génération, selon les degrés respectifs, conformément à la volonté de l'Hiérarque par lequel et avec lequel FEsprit-Saint opère; et lorsque Jésus redescendra pour juger le monde, il retrouvera transmis et conservé intact sur la terre ce caractère qu'il imprima lui-même en ses Apôtres lorsqu'il leur conféra son Esprit,

Contemplons avec amour cette échelle lumineuse de la sainte Hiérarchie que Jésus a dressée pour nous conduire jusqu'au ciel. Au sommet, et dominant les autres degrés, resplendit l'Episcopat qui contient en lui la plénitude de l'Ordre, avec la fécondité pour produire de nouveaux Pontifes, de nouveaux Prêtres, de nouveaux Diacres. Le pouvoir d'offrir le Sacrifice éternel réside en lui, les clefs pour ouvrir et fermer le ciel reposent dans ses mains, tous les Sacrements sont en son pouvoir, la consécration du Chrême et de l'huile sainte lui appartient; il ne bénit pas seulement, il consacre.

Au-dessous de lui paraît le Prêtre qui est son fils, qu'il a engendré par l'imposition de ses mains ; le Prêtre, dont le caractère est si auguste, mais qui ne possède pas cependant la plénitude du caractère de l'Homme-Dieu. Ses mains, toutes sanctifiées qu'elles sont, n'ont pas reçu la fécondité pour produire d'autres prêtres; il bénit, mais il ne consacre pas; il reçoit de l'Evêque le Chrême sacré qu'il est

3 on Le Temps Pascal.

impuissant à faire. Sa dignité est grande cependant ; car le pouvoir d'offrir le Sacrifice est en lui, et son hostie divine est la même que celle du Pontife. 11 remet les péchés aux hdèles que le Pontife a placés sous sa conduite. L'administration solennelle du Baptême lui est confiée, quand l'Evcque ne l'exerce pas lui-même, et l'Extrême-Onction lui appartient en propre.

Le degré inférieur est celui du Diacre qui est le serviteur du Prêtre, selon la signification de son nom. Dépourvu du sacerdoce, il ne peut offrir le Sacrifice, il ne peut remettre les péchés, il ne peut donner l'Onction aux mourants; mais il assiste et sert le Prêtre à l'autel, et pénètre jusque dans la nuée mystérieuse où s'accomplit l'auguste mystère. Les fidèles l'entendent lire avec solennité le saint Evangile du haut de l'ambon, La divine Eucharistie est confiée à sa garde, et il pourrait, au défaut du Prêtre, "la distribuer au Peuple. Le Baptême pourrait être, dans le même cas, administré par lui solennellement, et il a reçu le pouvoir d'annoncer au peuple la divine parole.

Tels sont les trois degrés de la Hiérarchie d'Ordre, correspondant," selon la doctrine du grand saint Dcnys, aux trois degrés par les quels l'homme arrive à s'unir à Dieu: la purification, l'illumination et la perfection. Au Diacre de préparer le catéchumène et le pécheur, en les instruisant de la parole divine qui les délivrera des erreurs de l'esprit, et leur fera concevoir le repentir de leurs fautes avec le désir d'en être délivrés; au Prêtre d'éclairer ces âmes, de les rendre lumiLe Vendr. de la Cinq. Sem.aprcs Pâques, ."io i

neuscs par le saint Baptême, par la rémission des péchés, par la participation à l'hostie sacrée ; au Pontife de répandre en elles les dons de l'Esprit-Saint, et de les élever, par la contemplation de ce qu'il est lui-même, jusqu'à l'union avec Jésus-Christ, dont il possède le complet caractère de Pontife. C'est là le Sacrement de l'Ordre, moyen essentiel du salut des hommes, canal nécessaire des grâces intinics de la divine Incarnation, et" qui perpétue sur la terre la présence et l'action du Rédempteur.

Rendons grâces à Jésus pour ce bienfait inénarrable, et honorons comme le trésor de la terre ce Sacerdoce nouveau qu'il a inauguré en lui-même, et qu'il a ensuite confié à lies hommes chargés de continuer dans sa plénitude la mission que le Père lui avait donnée. L'action sacramentelle est le grand ressort du monde; elle est entre les mains du Sacerdoce. Prions pour ceux qui sont établis dans ces degrés redoutables ; car ces degrés sont tout divins, et ceux qui les occupent ne sont que des hommes, lis ne forment point une tribu, une caste, comme le sacerdoce de l'ancienne Alliance ; l'imposition des mains les enfante de toute race, de toute famille, et inférieurs par nature aux saints Anges, ils sont au-dessus d'eux par leurs fonctions.

CÉLÉBRONS aujourd'hui la résurrection du Pontife éternel par ce joyeux cantique que nous fournit l'antique Missel de l'Eglise

EIA die nobis Quibus e terris Nova cuncto mundo Nuntias gaudia,

Nostram rursus Visitans patriam.

Respondens placido vultu, Dulci voce dixit : Alléluia.

Angélus mihi de Christo indicavit Pia miracula.

Resurrexisse Dominum Cecinirvoce laudanda.

Mox ergo pennas Volucris vacuas Dirigens laeta per auras :

Redii famulis. Ut dicam vacuatam legem veterem. Et novam regnare graItaque plaudite, famuli,

Voce ci ara : Christus hodie redemit nos A morte dira.

ANGE, dis-nous de quelles régions tu arrives, porteur d'une nouvelle allégresse pour le monde.

Qui t'amène de nouveau sur la terre que nous habitons ?

Il nous répond d'un visage tranquille, et de sa douce voix il nous dit : « Alléluia ! »

« Un Esprit céleste m'a annoncé l'admirable prodige du Christ ;

« Il s'est mis à célébrer le Roi des cieux sorti du tombeau.

« Tout aussitôt j'ai pris mes ailes rapides, et traversant joyeusement et sans résistance la région d» l'air,

« Je suis revenu près de vous, serviteurs de Dieu, afin de vous apprendre que la loi ancienne est abolie, et que la grâce nouvelle a commencé son règne. »

Instruits par l'Ange, chantez, serviteurs de Dieu, d'une voix mélodieuse : « Le Christ aujourd'hui nous a délivrés de la mort cruelleLe Vendr. de la Cinq. Sem. après Pâques. 3o3

« Le Père avait livré son Fils, et les esclaves l'ont mis à mort pour notre salut.

« Le Fils a subi volontairement le trépas, pour nous racheter nous-mêmes de la mort éternelle. »

Maintenant donc, ô brebis, livrez-vous au repos, et jouissez d'une vie sans fin.

Serviteurs de Dieu, unissez vos voix et chantez la Pàque sacrée.

Le Christ est notre Paix. Alléluia.

Pater Filium tradidit

servis. Ut interimerent pro salute nostra.

Sponte subiit Filius mortem. Ut nos redimeret morte

ab œterna.

Nunc requiem capere licet ovibus. Et frui vita perpétua.

Hune colite pariter mecum famuli Celebri laude sanctum Pascha.

Christus est Pax nostra. Alléluia.

^ I N re«urrectione '' * tua, Christe, alléluia.^

^. Cœli et terra laetentur, alléluia.

. A VOTRE resuireciion, ^ A ô Christ, alléluia,

Ht. Ijc ciel et la terre sont dans l'allégresse, alléluia.

N ce jour consacré à Marie, nous ouvrirons le saint Evangile, et nous y lirons ces paroles: « Il se ht des

M noces à Cana de Galilée, et la

« mère de Jésus était là •. » Le récit sacré ajoute immédiatement que Jésus et ses disciples furent également invités à ces noces ; mais ce n'est pas sans une raison profonde que l'Esprit-Saint qui conduisait la main de l'Evangéliste a voulu qu'il fit d'abord mention de Marie. Il voulait nous apprendre que cette Mère des hommes étend sa protection sur l'alliance conjugale, quand cette alliance est contractée sous les yeux et avec la bénédiction de son fils.

Le Mariage est grand aux yeux de Dieu luimême. Il rétablit dans le Paradis terrestre en faveur de nos premiers parents encore innocents, et il en détermina dès ce jour les conditions, déclarant que l'unité serait sa base, que la femme n'appartiendrait qu'à un seul homme, et l'homme qu'à une seule femme ; mais il ne manifesta pas dès lors le

Le Samedi de la Cinq. Sem. après Pâques. 3o5

type glorieux que cette noble unité devait reproduire. Ayant résolu de faire sortir d'une même souche, par génération successive, tous les membres de la famille humaine, à la différence des Anges qui n'ont pas procédé les uns des autres, mais ont été créés simultanément, le Créateur a compté sur le Mariage pour l'accomplissement de ses desseins. Les élus dont il veut former sa cour dans les cieux, qui doivent renforcer les rangs des Esprits bienheureux décimés par la défection des anges déchus, c'est par le Mariage qu'il les obtiendra. Aussi le bénit-il, aux premiers jours du monde, d'une bénédiction permanente qui , comme nous l'enseigne l'Eglise dans la sainte Liturgie, « n'a été enle« vée ni par la sentence que le Seigneur pro« nonça à l'origine contre l'homme pécheur, « ni par les eaux vengeresses du déluge i. » Mais avant même que ce second châtiment tombât sur notre race coupable, dans le cours de cette première période où « toute chair c( avait corrompu sa voie - », le Mariage déchut de l'élévation où le Créateur l'avait placé. Détourné de sa noble tin, abaissé au niveau d'une vulgaire satisfaction pour les sens, il perdit l'unité sacrée qui faisait sa gloire. La polygamie d'une part, le divorce cie l'autre, vinrent lui enlever son caractère primitif: de là l'anéantissement de la famille honteusement sacrifiée au plaisir, de là aussi la dégradation du rôle de la femme, réduite à n'être plus qu'un objet de convoitise. La

I. Missale romanum. Pra-fatio super sponsam. — y oh Le Temps Pascal.

grande leçon du déluge n'arrêta pas cette décadence chez les petits-fils de Noé ; elle ne tarda pas à reprendre son cours, et la loi de Moïse n'eut pas en elle-même l'énergie nécessaire pour faire remonter le Mariage à la dignité de son institution première.

Il fallait pour cela que le divin auteur dt l'alliance conjugale descendît sur la terre. Lorsque les misères de rhumanîté furent arrivées à leur comble, il parut au milieu des hommes, ayant pris en lui-même leur nature, et il déclara qu'il était l'Epoux i, celui que les Prophètes et le divin Cantique avaient annoncé comme devant un jour prendre une Epouse parmi les mortels. Cette Epouse qu'il s'est choisie, c'est la sainte Eglise, c'està-dire l'humanité purifiée par le Baptême et ornée des dons surnaturels. Il l'a dotée de son sang et de ses mérites, et il se l'est unie pour l'éternité. Cette Epouse est unique ; dans son amour, il l'appelle de ce nom : « mon unique "- ». Et elle ne saurait non plus avoir d'autre Epoux que lui. Ainsi est révélé le type divin de l'alliance conjugale qui, comme' nous l'enseigne l'Apôtre, pïiise son mystère et sa grandeur dans l'union du Christ avec son Eglise ^. La fin de ces deux alliances est commune, et elles s'enchaînent l'une à l'autre. Jésus aime son Eglise d'un amour d'époux ; mais son Eglise procède du mariage humain qui lui donne ses fils, et la renouvelle sans cesse sur la terre. Jésus devait donc relever le Mariage, le ramener à ses

I. Matth. IX, i5. — 2. Gant, vi, 8. — 3. Eph. v, 32.

Le Samedi de la Cinq. Sem. après Pâques. 3oj

conditions primitives, l'honorer comme le puissant auxiliaire de ses desseins.

D'abord, ainsi que nous l'avons vu au deuxième Dimanche après l'Epiphanie, lorsqu'il veut inaugurer son ministère par le premier de ses miracles, il choisit la salle nuptiale de Cana. En acceptant l'invitation de paraître à des noces auxquelles déjà sa mère avait été conviée, on sent qu'il vient relever par sa divine présence la dignité du contrat sacré qui doit unir les deux ^ époux, et que l'antique bénédiction du Paradis terrestre se renouvelle en leur faveur. Maintenant qu'il a commencé à se manifester comme le Fils de Dieu auquel la nature obéit, il va ouvrir sa prédication. Ses enseignements qui ont pour but de ramener l'homme aux hns de sa création, s'appliqueront souvent et expressément à la réhabilitation du mariage. 11 proclamera le principe de l'unité, en faisant appel à l'institution divine. Il répétera avec autorité la parole du commencement : « Qu'ils soient deux « dans une même chair » ; deux et non trois, et non dix. Proclamant l'indissolubilité du lien sacré, il déclarera que l'infidélité de l'un des époux outrage ce lien, mais qu'elle ne saurait le rompre ; car, dit- il, ce l'homme ne « saurait séparer ce que Dieu même a uni i ». Ainsi est rétablie la famille dans ses véritables conditions ; ainsi est abrogée la liberté dégradante de la polygamie et du divorce, monuments de la dureté du cœur de l'homme qui n'avait pas vu encore son Rédempteur. Ainsi fleurira l'alliance de l'homme et de la

3o8 Le Temps Pascal.

femme, alliance où tout attire, où rien ne repousse la grâce d'en haut, alliance féconde à la fois pour l'Eglise de la terre et pour celle du ciel.

Cependant, la munificence de notre divin Ressuscité à l'égard du Mariage ne se borne pas à en renouveler l'essence altérée par la faiblesse de l'homme. Il \eut faire bien plus encore. Ce contrat solennel et irrévocable par lequel l'homme prend la femme pour épouse, et la femme prend l'homme pour époux, il rélève pour jamais à la dignité d'un Sacrement. Au moment où deux chrétiens contractent cette alliance qui les lie pour jamais, une grâce sacramentelle descend en eux, et vient serrer le nœud de leur union qui passe à l'instant même au rang des choses sacrées. A la vue de cette merveille, l'Apôtre s'écrie : « Qu'il est grand ce mystère dans lequel apa paraît l'union même du Christ et de l'L- (( glise 1 ! » Les deux alliances se réunissent en effet ; le Christ et son Eglise, l'homme et la femme n'ont qu'un même but : la production des élus ; c'est pour cela que le même Esprit divin les scelle l'une et l'autre.

Mais la grâce du septième Sacrement ne vient pas s'eulement serrer le lien qui unit pour jamais les époux ; elle leur apporte en même temps tous les secours dont ils ont besoin pour remplir leur sublime mission. Elle verse d'abord dans leurs cœurs un amour mutuel Il fort comme la mort, et que le torrent « des eaux glacées de l'égoisme n'éteindra « jamais - », s'ils persévèrent dans les sentiI. Eph. V, 32. — 2. Cant. vni, 6, 7.

Le Samedi de la Cinq. Sem. après Pâques. 3og

ments du christianisme ; un amour mêlé de respect et de pureté, capable de commander, s'il le faut, à l'entraînement des sens ; un amour que les années n'affaiblissent pas, mais épurent et développent; un amour calme comme celui du ciel, et qui dans sa mâle tranquillité s'alimente souvent et comme sans effort des plus généreux sacritices. La grâce sacramentelle adapte en même temps les époux au grand ministère de l'éducation des enfants que le ciel leur prépare. Elle leur apporte un dévouement sans limites à ces fruits bénis de leur union, une patience toute de tendresse pour attendre et faciliter leur croissance dans le bien, un discernement qu'inspire la foi seule pour apprécier ce qui convient à leur âge et aux tendances qui se révèlent en eux ;"le sentiment constant de la destinée immortelle de ces êtres chéris dont Dieu veut faire ses élus ; enfin la conviction intime qu'ils lui appartiennent avant d'appartenir aux parents dont il s'est servi pour ieurdonner la vie.

Telle est la transformation opérée par la grâce du Sacrement de Mariage dans l'état conjugal ; telle est la révolution que la loi chrétienne fit éclater au sein du monde païen, chez lequel un brutal égoïsme avait étouffe le sentiment de la dignité humaine. Le Christianisme venait révéler, après tant de siècles de dégradation, la vraie notion du Mariage : l'amour dans le sacrifice, et le sacrifice d'ans l'amour. 11 ne fallait pas moins qu'un Sacrement pour porter et maintenir l'homme à cette hauteur. Deux siècles ne s'étaient pas encore écoulés depuis la promulgation de l'E-

vangilc, le droit païen était encore debout, plus impérieux que jamais, et déjà un chrétien traçait ainsi le tableau de la régénération du Mariage, au sein de cette société nouvelle que les édits impériaux proscrivaient, comme si elle eût été le fléau de l'humanité. « Où « trouver, disait-il, des paroles pour décrire « la félicité d'un mariage dont l'Eglise forme « le nœud , que l'oblation divine vient « confirmer, auquel la bénédiction met le «c sceau, que les Anges proclament, et que le « Père céleste ratifie ? Quel joug que celui

M dans une même espérance, sous la même

« loi et sous la même dépendance ! Tous « deux sont frères, tous deux servent le même n maître : tous deux ne sont qu'un dans une « même chair, qu'un dans un même esprit. « Ensemble ils prient, ensemble ils se pros« ternent , ensemble ils jeûnent; l'un l'au« tre ils s'instruisent, ils s'exhortent, ils se « soutiennent. De compagnie on les voit à w l'église, de compagnie au banquet divin ; « ils partagent également les épreuves, les « persécutions et les joies. Nuls secrets à se « dérober, jamais d'isolement, jamais de dé(' goût. Ils n'ont pas à se cacher l'un de l'au« tre pour visiter les malades, pour assister « les indigents ; leurs aumônes sont sans dis(' cussion, leurs sacrifices sans froissement, « leurs pratiques pieuses sans entraves. Chez a eux pas de signes de croix furtifs. pas de ti« midité dans leurs pieux transports, pas de « muettes actions de grâces. Ils chantent à « l'envi les Psaumeset les Cantiques, et, « s'ils sont rivaux en quelque chose, c'est à

Le Samedi de la Cinq. Sem . après Pâques. 3 1 1

'( qui chantera le mieux les louanges de son « Dieu. Voilà les alliances qui réjouissent les « yeux et les oreilles du Christ, celles aux« quelles il envoie sa paix. Il a dit qu'il se « trouverait où deux sont réunis ; il est donc « là, et l'ennemi de l'homme en est absent i. » Quel langage! quel tableau! comme l'on sent que le divin Sacrement a intîué sur les relations de l'homme et de la femme, pour les avoir harmonisées déjà sur un tel plan ! Voilà le secret de la régénération du monde: la famille chrétienne était descendue du ciel, et elle s'implanta sur la terre. De longs siècles se passèrent durant lesquels, en dépit de la faiblesse humaine, ce type fut l'idéal admis universellement et dans la conscience et dans les institutions légales. Depuis, l'élément païen, que l'on peut comprimer, mais qui ne meurt jamais, a fait effort pour reprendre le terrain qu'il avait perdu, et il est arrivé à fausser de nouveau, chez la plupart des nations chrétiennes, la théorie du Mariage. La foi nous enseigne que ce contrat, devenu Sacrement, est du domaine de l'Eglise quant au lien qui le constitue ; l'Eglise se l'est vu arracher au nom de l'Etat, aux yeux duquel la loi de l'Eglise n'est plus qu'un joug suranné dont la liberté moderne a affranchi l'humanité. Il est vrai que tout aussitôt la légitimité du divorce a fait irruption dans les codes, et que la famille est redescendue au niveau païen. La leçon n'a cependant pas été comprise. Le sens moral, préservé encore chez le grand nombre par l'intluence séculaire

I. Tertull. Ad uxorem, Lib. Il, cap. ix.

3i2 Le Temps Pascal.

du Mariage chrétien, a pu faire reculer de Quelques pas sur ce terrain périlleux ; mais

1 inflexible logique ne saurait abdiquer des conséquences dont les prémisses ont été posées: parmi nous aujourd'hui, tel mariage est un lien éternel et sacramentel aux yeux de l'Eglise; ce même mariage aux yeux de l'Etat n'existe pas même ; tel autre a valeur devant la loi civile, et l'Eglise le déclare nul devant la conscience du chrétien. La rupture est donc consommée.

Mais ce que le Christ a établi dans sa toutepuissance ne saurait périr : ses institutions sont immortelles. Queleschrétiensne s'émeuvent donc pas; qu'ils persévèrent à recevoir de l'Eglise leur mère la doctrine des divins Sacrements, et que le saint Mariage continue à maintenir chez eux, avec les traditions de la famille établie de Dieu, le sentiment de la dignité de l'homme membre du Christ et citoyen du ciel. Ainsi ils sauveront la société peut-être; mais à coup sûr ils sauveront leurs âmes, et prépareront le salut de leurs enfants.

En terminant cette semaine, et en méditant les grandeurs du divin Sacrement du Mariage, "nous avons rencontré votre souvenir, ô Marie ! Le festin nuptial de Cana, où votre présence sanctifia l'union de deux époux, est l'un des grands faits du saint Evangile. Pourquoi donc, 6 vous qui êtes le type inaltérable de la virginité, qui eussiez renoncé aux honneurs de ivfère de Dieu plutôt que de sacrifier cette noble auréole, paraissez-vous en cette rencontre, sinon afin que les époux chrétiens aient toujours présente la supérioLe Samedi de la Cinq. Sent, après Pâques 3 13

rite de la continence parfaite sur le mariage, et que l'hommage qu'ils aiment à rendre à celle-ci assure pour jamais à leurs pensées et à leurs désirs cette chaste réserve qui fait la dignité et maintient la vraie félicité du mariage ? C'est donc à vous, 6 Vierge sans tache, qu'il appartient de bénir et d'honorer cette alliance si pure et si élevée dans ses fins. Daignez en ces jours la protéger plus que jamais, en ces jours où les lois humaines l'altèrent et la dénaturent de plus en plus, en même temps que le débordement du sensualisme menace d'éteindre chez un si grand nombre de chrétiens jusqu'au sentiment du bien et du mal. Soyez propice, ô Marie, à ceux qui ne veulent s'unir que sous vos regards maternels. Ils sont l'héritage de votre fils, le sel de la terre qui l'empêchera de se corrompre tout entière, l'espérance d'un avenir meilleur. O Vierge ! ils sont à vous ; gardez-les, et augmentez leur nombre, afin que le monde ne périsse pas sans retour.

^ Marie, Vierge des vierges et protectrice du Mariage chrétien, à Marie épouse du Verbe éternel avant de devenir sa Mère par la divine incarnation, nous offrirons aujourd'hui l'anneau nuptial de sa chaste alliance, en lui présentant cette gracieuse Séquence inspirée au génie pieux de l'Allemagne catholique dans les siècles du moyen âge.

SALUT, ô Marie, noble I A ve Virgo nobilis, Vierge appelée à l'ai- | x\. Desponsari habilis

Summo Régi, annulum, Arrhabonis titulum, Suscipc, Maria,

Novum florem virgula, Paranympho credula, Concipis, quam Jaspidis Color mon'itrat viridis Plenam fide pia.

Virtus spei stabiiis. Numquam in te labilis Fuit neque verita-;, Signât ut serenitas

Cœlica Sapphiri.

Lucens Chalcedonius, Sed sub divo pulchrius, Pandit te e\-imio Caritatis radio

Fervide igniri.

Ut Smaragdi claritas Monstrat et viriditas. Mente cunctis purior Es. et elcgantior

Actu virtuali.

Sardonyx inturbidus Ruber, niger, candidus. Te désignât limpide Conversatam placide

Gestu virginali.

Bene rubens Sardius

liance avec le souverain Roi; daignez agréer lanneau qu'en ce jour nous vous offrons comme un arrhe de vos grandeurs.

Tendre Branche de l'arbre prophétique, votre sein conçoit celui qui est la Fleur ; sur cet anneau le Jaspe au vert reflet figurera la Foi qui vous fit acquiescer à la parole du céleste paranymphe.

En vous l'Espérance ne chancela jamais ; toujours la vérité fut stable dans vos pensées ; il est donc juste de joindre le Saphir qui retrace dans son azur la sérénité du

La brillante Chalcédoine, plus belle encore à l'cclat du jour, exprimera les feux de la Charité dont votre àme envoie les rayons.

La transparence de l'Emeraude et son éclat verdoyant vous désigneront comme la plus pure, comme la plus gracieuse dans vos actes de vertu.

La Sardoine limpide, bien que sur elle se jouent le blanc, le rouge et le noir, désignera votre vie, aux allures virginales, s'écoulant tranquille et sans trouble.

L'autre Sardoine par sa

Le Samedi de la Cinq. Sem. après Pâques. 3 1 5

pourpre indiquera la blessure que le glaive, à Marie, fit à votre âme au moment où mourut le Christ votre tils.

Le Chrysolithe, qui scintille en jets de feu, servira pour rappeler vos miracles sans nombre, et aussi la Sagesse dont votre âme fut douée.

Le Bcrylle est modeste en sa couleur, et cependant il jette une lumière éclatante ; nous l'emploierons pour signifier, avec l'Humilité de votre cœur, la bienveillance que vous fîtes paraître envers le prochain.

Plus précieuse et plus agréable que les autres pierres, la Topaze viendra exprimer que dans la vision de Dieu votre œil dépasse tous les bienheureux.

Votre ferveur d'amour, ô Marie, sera représentée dans ses ardeurs par le Chrysoprase. qui s'émaille de pourpre et d'or. .

L'Hyacinthe fond ses "eintes avec celles de l'air : nous en ferons le symbole de ce secours bienfaisant qui s'adapte à toutes les infortunes que votre œil découvre.

Par son mélange de rose

Indicat apertius, Mortis Christi gladium Sauciasse nimium Spiritum Mariae.

E.xprimit Chrvsolithus, Prœ fulgore inclytus, Flammeis scintillulis, Claram te miraculis

Ac dono sophias.

A Beryllo pallido, Sed nitenti fulgido, Humilis in animo. Et benigna proximo

Rite comprobaris.

Tandem pretiosior, Cunctis gemmis gratior. Assert't Topazius^, Cunctis quod limpidius

Deum coniemplaris.

Ecce nunc, qui rubeas Guttas jacit aureas Chrysoprasus, nimii ^stu desiderii

Refert te fervere.

Ut Hyacinthus céleri Se conformât oetheri, Sic fers opem anxiis, Tuis quos auxiliis

Cernis indigere.

Insuper te omnibus,

3i6

Deo et hominibus, Prxdilectatn, roseiis Color et purpureus Probat Amethysti.

Recte evangelica Margarita cœlica Es mercantum omnium ; Félix qui commercium

Consequitur Christi !

Grandis niger dicitur, Venis albis cingitur, Qui te vere humilem Hinc et acceptabilem

Reserat Achates.

Illico Onychinus Mixtus fert, quod Dominus Piis te virtutibus • Adornavit omnibus,

Quam optarunt vates.

Nunc te prodit largiter Adamas, qui firmiter Cunctis obstat ictibus, In adversis omnibus

Fortem, patientem.

Indicat perlucida Te Chrystallus frigida Mente, carne virginem. Nostraeque originem

Spei existentem.

Sic le temperanlia.

et de pourpre, l'Améthyste signifiera à la fois l'Amour que Dieu vous porte, et celui que l'homme vous a voué.

Nous placerons aussi la Perle ; car vous êtes cette Perle de l'Evaiigile que convoite le joaillier : heureux celui qui a le bonheur de réussir dans ce noble commerce que recommande le Christ !

Grande et sombre, l'A- gate est traversée de blanches veines ; nous en ferons,

6 Marie ! le symbole de la

Modestie qui vous a rendue chère à Dieu.

L'Onyx aux reflets changeant= retrace ces dons multipliés que le Seigneur a réunis pour être votre parure,

6 vous dont les Prophètes ont désiré la naissance !

Le Diamant sera votre puissant symbole ; il résiste à tous les coups ; et vous, 6 Marie ! vous apparûtes forte et patiente dans toutes les adversités.

Par sa fraîcheur, le Cristal exprime le calme des sens ; il retracera la chasteté de votre âme et de votre corps, ô Vierge qui êtes la source de notre espérance !

Semblable à l'Electre, le

Le Samedi de la Cinq. Sem . après Pâques. 3 ly

Ligure désignera la vertu de tempérance et la crainte du Seigneur que sa grâce forme en vous.

Nous enchâsserons aussi l'Aimant ; car il attire le fer dont on l'approche ; ainsi, o Vierge, par l'attrait de votre bonté, vous faites tressaillir le cœur repentant.

L'Escarboucle qui dissipe l'ombre par son éclat, retrace, ô Marie, votre renommée qui s'étend en tous lieux, et triomphe de toutes les distances.

O vous. Reine des cieux, parée de toutes les vertus, purifiez-nous du péché, et donnez-nous part à vos joies nuptiales.

Quant à l'Or, il abonde en Arabie ; Ophir, Saba et Tharsis nous le fournissent à Tenvi l'un de l'autre.

Nous en avons formé cet humble anneau, émaillé de toutes ces pierreries ; aujourd'hui nous vous l'offrons : daignez. Epouse glorieuse. l'agréer dans votre bonté. Amen.

Ac timoris gratia Ornant, ut egregius Aperit Ligurius Similis Electro.

Magnes ferrum propius Attrahit celerius ; Virgo pœnitentium Chordas tangit mentium

Pietatis plectro.

Approbat Carbunculus, Lucens noctis oculus, Longe, late, largiter Laudis tuas jugiter

Famam dilatari.

Regnansin cœlestibus, Ornata virtutibus, Munda nos a vitiis, Et de tuis nuptiis

Facias laetari.

Insuper in copia Exsultat Arabia, Ophir, Saba pariter, Tharsis dat similiter

Aurum affluenter.

Ex quo praesens parvulus Sit gemmatus annulas, Quem oblatum hodie Per nos, sponsa glorise, Suscipe clementer. Amen.

^i«-

RANÇois de Paule, homme tout céleste , apparaît aujourd'hui sur le Cycle, et vient nous apprendre 'par son exemple qu'il est possible à l'homme aidé de la grâce d'imiter le Rédempteur ressuscité. Dans une chair encore mortelle, il a mené une vie qui n'avait rien de terrestre. Ses austérités ont été rigoureuses ; mais son âme a joui de la paix et de la liberté. Le don des miracles était en lui avec une plénitude qui a rarement été surpassée ; la nature semblait obéir avec empressement à un homme si fidèle à Dieu. La France le vit dans son sein, lorsque Louis XI, ayant sollicité cette faveur auprès du Saint-Siège, le fit venir près de sa personne, l'établit avec

ses religieux au Plessis-lez-Tours, et voulut mourir "entre ses bras.

François de Paule rendit son àme à Dieu le \'endredi saint de l'an iSoy. Cette conformité avec le Sauveur crucifié était une récompense de son amour pour la Croix ; mais le Seigneur voulut donner un signe de l'union que ce serviteur fidèle avait contractée pour jamais avec le divin Ressuscité. Ce fut au milieu des joies pascales que Léon X, en i3i8, célébra la canonisation de François de Paule. Le dimanche de Quasimodo fut choisi par le Pontife pour cette pompe solennelle dans la basilique Vaticane ; et la gloire de l'homme humble qui avait donné à ses disciples le nom de Minimes s'éleva, en ce jour, au-dessus de celle des Césars de l'ancienne Rome.

Lisons maintenant dans le livre de la sainte Eglise le récit abrégé des œuvres de ce grand serviteur de Dieu.

F1ANCISCUS Paulae. quod est Calabrias oppidum, loco humilinatus est : quem parentes, cum diu proie caruissent, voto facto, beati Francise! precibus susceperiint. Is adolescens divine ardore succensus, in eremum secessit ■ ubi annis sex -victu asperam, sed meditationibus cœ- lestibus suavetn vltam duxit : sed cum virtutum ejus fama longius manaret, multique ad eum

FRANÇOIS naquit dans une huriible condition à Paule, ville de Calabre. Ses parents, longtemps privés d'enfants, l'obtinrent du ciel par leurs prières à saint François, et à la suite d'un vœu. Dès sa jeunesse, enflammé d'une divine ardeur, il se retira dans le désert, où il passa six ans dans une vie très dure, mais que la méditation des choses célestes lui rendait douce. La renommée de ses vertus se répandit au loin, et beaucoup de personnes

Saint François de Paiile, Confesseur. 32 1

l'allaienl trouver dans le but de servir Dieu. La charité fraternelle le fit alors sortir de sa solitude ; il bâtit une église près de Paule. et jeta là les premiers fondements de son Ordre.

IL avait le don de la parole dans un degré merveilleux, et garda une perpétuelle virginité. Son humilité fut si grande, qu'il se disait le plus petit de tous, et voulut que ses disciples portassent le nom de Minimes. Son vêtement était grossier ; il marchait nu-pieds, et la terre lui servait de lit. Son abstinence fut admirable ; il ne mangeait qu'une fois par jour après le coucher du soleil ; sa nourriture n'était que du pain et de l'eau, auxquels il n'ajoutait d'autre assaisonnement que celui qui est permis en Carême. Il astreignit par un quatrième vœu ses disciples à suivre cette dernière pratique pendant toute l'année.

DIEU attesta la sainteté de son serviteur par un grand nombre de miracles. dont le plus célèbre est celui que fit François lorsque, repoussé par des matelots, il passa le détroit de Sicile, avec son compagnon, sur son manteau étendu sur les flots. Il fit aussi beaucoup de prépietatis studio concurrerent, fraternse charitatis causa e solitudine egressus, ecclesiam prope Paulam asdificavit, ibique prima sui Ordinis fundamenta jecit.

ERAT in eo mirifica loquendi gratia : perpetuam virginitatem servavit : humilitatem sic coluit, ut se omnium minimum diceret, suosque alumnos Minimes appellari voluerit. Rudi amictu, nadis pedibus incedens, humi .cubabat. Cibi abstinentia fuit admirabili : semel in die post solis occasum reficiebatur, et ad panem et aqu3s potum vix aliquid ejusmodi obsonii adhibebat, quo vesci in Quadragesima licet : quam coasuetudinem ut fratres sui toto anni tempore retineient. quarto eos voto adstrin.xit.

MULTis miraculis servi sui sanctitatem Deus testari voluit, quorum illud in primis célèbre, quod a nautis rejectus, Siciliœ fretum strate super fluctibus pallio, cum socio transmisit. Multa etiam futura prophetico spiritu pra?dixit.

A Ludovico Undecimo Francoriim rege expetitus, magnoque in honore est hahitus. Denique annum primum et nona•^esimiim agens. Turonis migravii ad Doniinum. anno salutis millesimo quingentesimo ?epti;no : cujus corpus dics undecim insepultum, ita incorruptum permansit. ut suavem etiam odorem efflaret. Eum Léo papa Decimus in Sanctorum numerum retulit.

dictions par un esprit prophétique. Louis XL roi de France, souhaita de le voir, et le traita avec beaucoup d honneur. Enfin étant arrivé à sa quatre-vingt-onzième année, il mourut à Tours, et se réunit au Seigneur l'an du salut mil cinq cent sept. Son corps, resté sans sépulture durant onze jours, demeura sans corruption, et rendait même une odeur agréable. Le pape Léon X l'a mis au nombre des Saints.

A PÔTRE de la Pénitence, François de Paulc, -**■ vous êtes entré au bonheur éternel par la Croix, et durant toute votre vie vous avez eu présente à la pensée cette parole de Jésus ressuscité aux disciples d'Emmaûs: cr II fallait « que le Christ souffrît et qu'il entrât ainsi « dans sa gloire. » Il vous a semblé que la loi du .Maîltre devait être aussi la loi du disciple, et le jour est venu où le disciple a été glorifié en vous comme le Maître. Votre triomphe sur la terre fut illuminé des splendeurs de la résurrection de Jésus, et vous êtes l'un de nos protecteurs au temps pascal. Daignez donc bénir le peuple fidèle qui implore vos suffrages, et confirmer en lui par votre intercession puissante le principe de vie qu'il a puisé dans le festin sacré de l'A- gneau. Conservez les restes précieux du saint Ordre que vous avez fondé.

Notre patrie eut l'honneur de vous posséder, 6 François! C'est de son sein que votre

Saint François de Paule, Confesseur. 323

âme bénie s'éleva vers les cieux, laissant à la piété de nos pères sa dépouille mortelle, qui devint bientôt pour la France une source de faveurs et un gage de votre protection. Mais, hélas! ce corps sacré, temple de TEsprit-Saint, nous ne le possédons plus; la rage des hérétiques le poursuivit, il y a trois siècles, et un bûcher sacrilège le réduisit en cendres. Homme de mansuétude et de paix, pardonnez aux tils ce crime de leurs pères. Vous qui contemplez au ciel les miséricordes divines, soyez-nous propice, et ne vous souvenez des iniquités anciennes que pour appeler sur la génération présente ces faveurs célestes qui convertissent les peuples, et font revivre chez eux la foi et la piété.

A sainte Eglise nous présente aujourd'hui la tlouce et imposante ligure d'un de ses plus vertueux Ponttfes. Isidore, le grand Evcque de Scville, le plus savant homme de son siècle, plus recommandable encore par les effets de son zèle sur sa noble patrie, vient nous redire les grandeurs de Jésus ressuscité. La Liturgie gothique ou mozarabe, qui nous a fourni en ces jours de si admirables prières, s'honore de le compter parmi ses principaux auteurs ; et la doctrine que nous avons exposée sur les mystères du service divin au Temps pascal, est puisée en partie dans le traité célèbre où il résume avec tant d'autorité les traditions antiques sur la Liturgie.

Entre toutes les provinces au Christianisme, il en est une qui a mérité par excellence le nom de Catholique : c'est l'Espagne. Dès le commencement du viii« siècle, la divine Providence la soumit à la plus dure épreuve, en permettant que l'inondation sarrasine la submergeât presque tout entière : en sorte qu'il fallut à ses héroïques enfants huit siècles de combats pour recouvrer entin leur patrie. Les vastes contrées de l'Asie et de l'Afrique, qui, à la même époque, subirent l'invasion

s. Isidore, Évéque et Doct. de V Église. 32 5

musulmane, sont demeurées sous le joug de rislamisme : d'où vient que l'Espagn'e a triomphé de ses oppresseurs, et que le sentiment de la dignité humaine ne s'est jamais éteint dans la race qui l'habite ? La réponse est facile à donner: l'Espagne, au moment de l'invasion, était catholiq\ie ; la vie catholique animait cette vaste région; tandis que les peuples qui succombèrent sous le cimeterre musulman avaient déjà rompu avec la chrétienté par l'hérésie ou par le schisme. Dieu les délaissa, parce qu'ils avaient repoussé la vérité de la Foi, l'unité de l'Eglise; ils ne furent plus qu'une proie, et n'offrirent presque aucune résistance à leurs farouches vainqueurs.

L'Espagne cependant avait couru un immense danger. La race des ^'isigoths, en la subjuguant, avait en même temps déposé l'hérésie dans son sein. L'Arianisme élevait dans ribérie ses autels sacrilèges ; mais Dieu ne permit pas que cette terre privilégiée demeurât longtemps sous le joug de l'erreur. Avant l'arrivée du Sarrasin, l'Espagne était déjà réconciliée avec l'Eglise ; une famille aussi illustre que sainte avait eu la gloire de consommer ce grand œuvre. Le voyageur qui parcourt de nos jours encore l'Andalousie, remarque avec un pieux étonnement, à chacun des quatre angles des places publiques, une statue correspondant à trois autres. Ces statues représentent trois frères et une sœur: saint Léandre, évèque de Séville ; saint Isidore, que nous fêtons aujourd'hui ; saint Fulgence, évèque de Carthagène ; et leur sœur, sainte Florentine, vierge consacrée à

Dieu. Par les efforts du zèle et de l'éloquence de saint Léandre, le roi Récarède et toute la nation des Goths se réunirent à la foi catholique, au concile de Tolède, en 58q; la science et le grand caractère de notre Isidore consolidèrent cette heureuse révolution ; Fulgencc la soutint par ses vertus et sa doctrine ; et Florentine apporta à cette œuvre si féconde pour l'avenir de sa patrie le tribut de ses soupirs et de ses prières.

Unissons-nous à l'hommage que rend la nation Catholique à cette glorieuse constellation de saints ; et lisons dans les fastes de la sainte Liturgie le récit des actions et des mérites de notre Isidore.

TsiDORLs natione His^ panus. doctor egregius, ex nova Carthagine, Sevenano pâtre provincia? duce natus, a sanctis episcopis Leandro Hispalensi, et FulgentioCarthaginensi fratribus suis pie et liberaliter educatus, latinis, grœcis et hebraicis litteris, divinisque et humanis legibus instructus, omni scientiarum. atque christianarum virtutum génère prœstantissimus evasit. Adhuc adolescens ha?resim nrianam, quae gentem Gothorum Hispaniae latissime dominantem jam pridem mvaserat, tanta constantia palam oppugnavit, ut

I siDORE. Espagnol de na* tien, docteur illustre, naquit à Carthagène. Il eut pour père Sevérien. gouverneur de la province, et fut élevé dans la piété et les lettres par les saints évégues Léandre de Séville et Fulgence de Carthagène, ses frères. Formé aux littératures latine, grecque et hébraïque, et instruit dans les lois divines et humaines, il se distingua au plus haut degré par les sciences, comme par toutes les vertus chrétiennes. Dès sa jeunesse, il combattit avec tant de courage Ihéresie arienne, qui. depuis longtemps déjà, avait envahi le vaste royaume des Goths d'Espagne, que peu s'en fallut qu'il ne fût mis à mon

s. Isidore, Évêque et Doct. de l'Eglise. 32 j

par les hérétiques. Après la mort de Léandre, il fut élevé maigre lui sur le siège de Séville, par l'iofluence du roi Récarède et l'assentiment unanime du clergé et du peuple. Son élection fut non seulement confirmée par l'autorité Apostolique ; mais saint Grégoire le Grand, en lui envoyant selon l'usage le pallium, l'établit son vicaire et celui du Siège Apostolique dans toute l'Espagne.

ON ne saurait exprimer tout ce qu'il fit paraître dans son Episcopat de constance, d'humilité, de patience, de miséricorde ; combien il employa de sollicitude à rétablir les mœurs chrétiennes et la discipline ecclésiastique, de zèle à les soutenir par sa parole et par ses écrits : enfin avec quel éclat il parut orné de toutes sortes de vertus. Il favorisa et développa l'ordre monastique en Espagne, et construisit plusieurs monastères. Il bâtit pareillement des collèges dans lesquels, se livrant à la science sacrée et à l'enseignement, il instruisit un grand nombre de disciples qui se réunirent autour de lui. et entre lesparum abfuerit quin ab haereticis necaretur. Leandro vita functo, ad Hispalensem cathedram invitus quidem, sed urgente in primis Recaredo rege, magnoque etiam cleri, populique consensu assumitur, ejusque electionem sanctus Gregorius Magnus nedum auctoritate Apostolica confirmasse, sed et electum transmisse de more pallio décorasse, quin etiam suum, et Apostolicae Sedis in universa Hispania vicarium constituisse perhibetur.

IN Episcopatu quantum fuerit constans, humi, lis, patiens, misericorsin christiana et ecclesiastica disciplina instauranda sollicitas, eaque yerbo, et scriptis stabilienda indefessus, atque omni demum virtutum ornamento insignitus, nullius lingua enarrare sufficeret. Monastici quoque institut! per Hispaniam promotor et amplificator eximius, plura construxit monasteria ; collegia itidem œdificavit, ubi studiis sacris, et lectionibus vacans, plurimos discipulos, qui ad eum confluebant, erudivit : quos inter sancti

3-2 s

Ildephonsus 'l'olctanus, et Braulio Crpsaraugustanus episcopi emicucrunt. Coacto Hispali concilio, Acephalorum haeresim Hispaniœ jam minitantem, acri et e'oqiienti disputatione frc<^it atque contrivit. Tantam apud omnessanctitatis et doctrinae famam adeptus est, ut elapso vix ab ejus ohitu sextodecimo anno, universa Toletana synodo duorum supra quinquaginta episcoporum plaudente, ipsoque etiam sancto Ildephonso suffragante. doctor egregius. catholicœ Ecclesiae novissimutn déçus, in sajculorum fine doctissimus, et cum reverentia nominandus. appellari meruerit ; eumque sanctus Braulio non modo Gregorio Magno comparaverit, sed et erudiendae Hispaniae, loco Jacobi Apostoli cœlitus datum esse censuerit.

SCRIPSIT Isidorus lib'-os Etymologiarum, et de Ecclesiasticis ofliciis, aliosque quamplurimos christiante et ecclesiastica» disciplina adeo utiles, ut sanctus Léo papa IV ad episcopos Britanninc scribcre non dubitaverit, sicut Hieroquels brillèrent saint lldefonse, évêque de Tolède, et saint Braulion, évcque de Sarragosse. Dans un concile tenu à Séville, il renversa et détruisit, par une discussion éloquente et animée, l'hérésie des Acéphales qui menaçait d'envahir l'Espagne. Il acquit une si haute réputation de sainteté et de doctrine que, seize ans à peine après sa mort, au milieu des applaudissements d'un concile de cinquante-deux évoques, et avec le suffrage de saint Ildeionse, il mérita d'être appelé un excellent docteur, la dernière gloire de l'Eglise catholique, le plus savant homme qui eiit paru à la fin des temps, et dont le nom ne doit être prononcé qu'avec respect. Non seulement saint Braulion le compara à saint Grégoire le Grand ; mais il dit que le ciel avait donne à l'Espagne Isidore pourTinstruire, comme autrefois il lui avait envoyé l'Apôtre Jacques.

ISIDORE a écrit les livres des Etymologie«, ceux des Offices ecclésiastiques, et beaucoup d'autres si importants pour la discipline chrétienne et ecclésiastique, que le pape saint Léon IV n'a pas craint de dire que l'un doit faire usage des paroles d'Isidore, comme de celles

5>. Isidore Évéqiie et Doct. de l'Église. 32g

de Jérôme et d'Augustin, toutes les fois qu'il se présente un cas inusité qui ne peut être décidé par les Canons. Plusieurs sentences de ses écrits ont été recueillies et placées parmi les lois canoniques de l'Eglise. Il présida le quatrième Concile de Tolède, qui e&t le plus célèbre de tous ceux d'Espagne. Enfin, après avoir extirpé de ce pays l'hérésie arienne, prédit publiquement sa mort et la dévastation du royaume par l'armée des Sarrasins, et gouverné son Eglise environ quarante ans, il mourut à Séville, et alla au ciel l'an six cent trente-six. Son corps fut enseveli d'abord, comme il l'avait demandé, entre son frère Léandre et sa sœur Florentine. Ferdinand !'='■, roi de Castille et de Léon, l'ayant racheté à grand prix d'Enète, prince sarrasin, qui dominait à Séville, le transporta à Léon ; et l'on a élevé en son honneur une église où, à cause de l'éclat de ses miracles, il est l'objet d'une grande dévotion de la part des peuples.

nymi et Augustin!, ita Isidori dicta retinenda esse, ubi contigerit inusitatum negotium, quod per {^anones minime detiniri possit. Plurcsetiam ex ejusdem scriptis sentenliœ intcr canonicas Ecclesias leges relatse conspiciuntur. Praefuit Concilie Toletano IV, omnium Hispaniœ celeberrimo. Denique cum ab Hispania arianam haeresim eliminasset, morte sua, et regni vastatione a Saracenorum armis publiée prasnuntiata, postquam quadraginta circiter annos suam rexisset Ecclesiam, Hispali migravit in cœlum anno sexcentesimo trigesimo sexto. Ejus corpus inter Leandrum fratrem , et Florentinam sororem, ut ipse mandaveiat, primo conditum. Ferdinandus Primus, Castellœ et Legionis rex, ab Eneto Saraceno Hispali dominante magno pretio redemptum. Legionem transtulit ; et in ejus honorera templum asdificatum est, ubi miraculis clarus, magna populi devolione coiitur.

ISIDORE, pasteur fidèle, le peuple chrétien honore vos vertus et vos services ; il se ré - jouit de la récompense dont le Seigneur a

3.^0 Le Temps Pascal.

couronné vos mérites ; soyez-lui donc propice en ces jours de salut. Sur la terre, votre vigilance n'abandonna jamais l'heureux troupeau qui lui était confié : regardez-nous comme vos brebis, défendez-nous des loups ravissants qui nous menacent sans cesse. Que vos prières obtiennent pour nous la plénitude des grâces qui nous sont nécessaires pour persévérer dans la vie nouvelle que nous a communiquée notre divin Ressuscité. Obtenez que le mystère de la Pàque, dont vous nous avez ré\'élé les grandeurs, se conserve en nous. Votre bénédiction pascale sur le peuple chrétien lui portera secours et protection comme aux anciens jours. Du sein des joies éternelles, souvenez-vous aussi de votre patrie terrestre; bénissez l'Espagne qui vous conserve un culte si fervent. Rendez-lui l'ardeur primitive de la foi ; renouvelez en son sein les mœurs chrétiennes ; faites disparaître l'ivraie qui s'est levée parmi le bon grain. L'Eglise entière honore cette contrée pour sa fidélité dans la garde du dépôt de la doctrine du salut ; sauvez-la de toute décadence, et arrêtez les maux dont elle souffre ; qu'elle soit toujours fidèle, toujours digne du beau titre que vous l'avez aidée à conquérir.

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^ujourd'hui, c'est encore la catholique Espagne qui fournit à l'Eglise un de ses tils pour être proposé à l'admiration du peuple chrétien. Vincent Ferricr, ÏAnge du jugement , nous apparaît, faisant retentir l'arrivée prochaine du souverain juge des vivants et des morts. Autrefois il sillonna l'Europe dans ses courses évangéliques, et les peuples remués par son éloquence foudroyante se frappaient la poitrine, criaient miséricorde au Seigneur, et se convertissaient. En ce moment, il voit du haut du ciel le peuple fidèle régénéré par la pénitence, fortifié par le pain de vie, en un mot ressuscité avec Jésus-Christ. Tous, il est vrai, n'ont pas été dociles à l'appel de la grâce ; mais si nous recommandons les fugitifs à l'illustre Apôtre de la conversion, il peut encore parler à leurs cœurs, au nom du Maître de la vigne, et préparer pour le salaire les ouvriers ae la onzième heure.

Vincent a célébré le mystère de la Pâque dans seize de ses Sermons qui sont venus jusqu'à nous. Il y a exposé avec la science et la simplicité de son temps les grandeurs et les merveilles de la résurrection du Christ. Nous donnerons ici un fragment du deuxième de ces Sermons, qui se rapporte au jour

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même de Pâques. Le saint prédicateur y célèbre la première apparition du Sauveur, celle qui eut lieu en faveur de la bienheureuse Vierge. On entendra avec plaisir le naif et savant docteur de l'Ordre de saint Dominique exposer sur ce point le sentiment des Saints, qui est en même temps celui des plus graves théologiens.

« Que le Christ," dit-il, ait apparu d'abord à la Vierge Marie sa mère, c'est ce qu'enseigne expressément saint Ambroise, en son livre des Vierges, quand il dit : « Marie a vu « la résurrection du Christ, et elle l'a vue <( avant tout autre. » Si les Evangélistes ne l'ont pas raconté, c'est qu'ils ont voulu produire des témoignages désintéressés , et celui d'une mère ne l'eût pas été. Quant aux raisons de cette apparition, elles sont au nombre de trois. La première est le divin commandement fait aux enfants à l'égard des parents. Marie avait souffert dans la'passion de son fils plus que qui que ce soit ; le Christ devait donc la consoler avant tout autre, lui qui par sentiment filial lui avait épargné les douleurs de l'enfantement, et qui devait plus tard l'affranchir de celles de la mort. La seconde raison fut le mérite de la foi en Marie. Dans le cours de la Passion, les apôtres et les disciples perdirent la foi ; ils doutèrent que leur Maître fût le vrai Dieu et le Messie ; ils ne le regardèrent plus que comme un grand Prophète ; seule la Vierge Marie crut fermement en lui durant tout le Samedi, et mérita ainsi que ce jour lui fût consacré. Jésus devait donc accomplir en sa faveur ce qui est écrit : « Le Seigneur apSaint Vincent Février, Confesseur. 333

« paraît à ceux qui ont foi en lui i. » La troisième raison fut l'ardeur d'amour dont elle était consumée ; car il est certain que jamais mère n'aimera son fils comme elle aime le sien. Or, Jésus a dit : « Celui qui m'aime « sera aimé de mon Père, et je l'aimerai moite même, et je me manifesterai à lui -. » Il a donc dû se manifestera Marie avant tout autre, (c Disons maintenant le mode selon lequel cette apparition a dû avoir lieu. Marie savait avec certitude que son fils ressusciterait le troisième jour, ainsi qu'il l'avait dit luimême ; mais peut-être ne connaissait-elle pas l'heure de la résurrection. La nuit lui paraissait longue ; elle se mit à réciter le Psautier , et étant arrivée au Psaume lvi, elle y lut ces paroles du Père : « Lève-toi, 6 « ma gloire! lève-toi, 6 mon psaltérion, 6 « ma ifiarpe ! » Et le fils répond : « Je me « lèverai dès le point du jour. » Plus loin, dans un autre Psaume, elle retrouva les mêmes paroles. Alors elle suspendit sa prière, afin de voir si l'aurore paraissait au ciel. Mais elle ne brillait pas encore, et Marie revint achever son Psautier. Désirant connaître si quelque autre Prophète n'aurait pas parlé plus clairement, elle ouvrit Osée, et y lut ceci : « Après deux jours il nous rendra « la vie, et le troisième jour il nous ressusci« tera ; et nous vivrons en sa présence, nous « lé suivrons afin de connaître le Seigneur. « Le point du jour sera le moment où il sorte tira 3. w Alors Marie se leva et dit : « Trois

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« témoignages, c'est assez. » Et elle prépara un siège à son fils. « C'est ici, dit-elle, que s'assiéra « mon fils, ici que je lui parlerai. j)Elle regarda à la fenêtre, et vit l'aurore qui se levait, et dans sa joie elle dit : « Bientôt mon fiL va « ressusciter, » Et s'étant mise à genoux, elle priait en disant : « Levez-vous^ Seigneur, « venez au-devant de moi. Ouvrez les yeux, « mon Dieu, Seigneur des armées. Dieu d'Is« raël 1 !» A ce moment, Jésus députa vers elle l'Ange Gabriel, à qui il dit : « De même « que tu lui annonças mon incarnation, va (( lui annoncer ma résurrection, d Plein d'allégresse, l'Ange parut devant la Vierge, et lui dit : « Reine du ciel, soyez dans la joie, « alléluia ; car celui que votre sein a porté, « alléluia, est ressuscité ainsi qu'il l'avait dit, u alléluia. » Au même moment son fils béni entrait, et avec lui les milliers d'élus. Jésus salua sa mère en lui disant : « La paix soit « avec vous ! » La Vierge se précipita à genoux, tout inondée de ses larmes de joie ; elle l'adora, baisant ses pieds et ses mains, et disant: a Chères blessures qui m'avez causé <( Vendredi de si cuisantes douleurs! » Le Christ, la serrant dans ses bras, lui dit : <r Ma « mère, réjouissez-vous ; il n'est plus maintt tenant question que de joie et d'allégresse. » Il essuva ses larmes, s'assit sur le siège qu'elle lui avait préparé, et s'entretint tendrement avec elle. Dans cet entrelien, la Vierge dit à Jésus : « Mon fils, jusqu'ici j'ai fait fête « le Samedi en mémoire du repos divin après « la création ; désormais je ferai fête le

Saint Vincent Ferrier, Confesseur. 335

a Dimanche en souvenirde votre résurrection, « de votre repos et de votre gloire. » Et ce changement agréa au Seigneur. Il raconta ensuite à sa mère ce qu'il avait fait aux enfers, et comment il y avait enchaîné le diable, lui présenta ensuite les saints Pères qu'il avait délivrés, et qui saluèrent Marie avec un grand respect. On peut conjecturer que Adam et Eve lui auront dit : « Bénie êtes-vous, 6 notre (( fille et maîtresse ! car c'est vous de qui le Sei« gneur a dit au serpent : J'établirai une ini« mitié entre la femme et toi. » Eve dit : « J'avais C( par mon péché fermé la porte du Paradis ; « vous l'avez ouverte par la grâce. » Les Prophètes tour à tour lui disaient : « J'ai prédit « à votre sujet, dans tel passage de mes écrits. » Enfin, se tournant tous vers elle et la saluant une dernière fois, ils disaient: « Vous êtes la < gloire de Jérusalem , l'allégresse d'Israël, (( l'honneur de notre race •. » La Vierge les salua à son tour en disant : « \'ous êtes la « race élue, le Sacerdoce royal, la nation « sainte, le peuple acquis; c'est à vous d'an« noncer les merveilles de celui qui vous a « appelés des ténèbres à son admirable lu« mière -. ï Après que le Christ eut consolé Marie, cette mère de consolation pria son fils de vouloir bien consoler aussi Alarie-Madeleine, son amante, que sa mort avait si profondément désolée. « Les Apôtres, dit-elle, « ont éprouvé une grande douleur de votre « Passion ; mais Madeleine en a souffert bien ce plus encore ; daignez la consoler, ainsi que a mes sœurs qui sont parties ce matin même

i Judith, xv, io. — 2. I Petr. ii. q.

j?-?^

CL pour le sépulcre , atîn d'embaumer votre ce corps '. »

La Liturgie Romaine consacre à saint Vincent Ferrier, dans l'Office des Matines, le récit suivant qui contient un abrégé succinct des grandes œuvres du serviteur de Dieu.

WiNCENTics honesta ^ stirpe Valentiae in Hispania natus, ab ineunte a?tate cor gessit senile. Qui dum caliginosi hujus saeculi labilem cursum pro ingenii sui module considcraret, Religionis habitum in Ordine Prxdicatorum décime octavo œtatis suaî anno suscepit ; et emissa s o 1 e m n i professione . sacris litteris sedulo incumbens, Theologiœ lauream sumraa cam laude consecut'js est. Mox obtenta a superioribus licentia, verbum Dei praedicare, Judœorum perfidiam arguere, Saracenorum errores confutare, tanta virtute et efficacia cœpit, ut ingentem ipsorura infidelium multitudinem ad Christi fidem perduN'erit , et multa Christianorum raillia a peccatis ad pœnitentiam, a vitiis ad virtutem revocarit. Electus enim a

VINCENT, né à Valence en Espagne, de parents honnêtes, montra dès ses premières années la maturité d'un vieillard. Ayant reconnu de bonne heure, malgré la faiblesse de son âge, le peu de durée de ce monde rempli de ténèbres, il reçut à dixhuit ans l'habit de la religion dans l'Ordre des Frères-Précheurs. Après sa profession solennelle, il se livra avec ardeur à l'étude des saintes lettres, et conquit avec une grande distinction le degré de docteur en théologie. Bientôt, sur l'obédience des supérieurs, il se mit à prêcher la parole de Dieu, à combattre la perfidie des Juifs, à réfuter les erreurs des Sarrasins avec tant de zèle et de succès, qu'il amena à la foi du Christ un nombre immense d'infidèles . et fit passer plusieurs milliers de chrétiens du péché à la pénitence, du vice à la vertu, l! avait été choisi de Dieu poui répandre les enseignementsdu

I. Sermones S. Vincentii Eerrerii. Pars .xstivalis. Ir die sancro Paschae, Serm. II.

Saiyit Vincent Ferrier, Confesseur. 33j

salut chez toutes les nations, de quelque race et de quelque langue qu'elles fussent ; et en annonçant l'approche du dernier et redoutable jugement, il effrayait les âmes de tous ceux qui l'entendaient, les arrachait aux passions terrestres et les portait à l'amour de Dieu.

DANS l'accomplissement de ce ministère apostolique, son genre de vie fut constamment celui-ci : tous les jours, de grand matin, il célébrait une messe chantée ; chaque jour aussi il adressait une prédication au peuple ; il gardait un jeune inviolable, à moins dune urgente nécessité ; il ne refusa jamais à personne ses conseils toujours saints et équitables ; jamais il ne mangea de chair, ni ne porta de linge ; il apaisa les dissensions des peuples, et rétablit la paix entre des royaumes divisés ; enfin, au temps où la tunique sans couture de l'Eglise était déchirée par un schisme cruel, il se donna beaucoup de mouvement pour rétablir et consolider la réunion. Toutes les vertus brillèrent en lui ; humble et simple, on le vit recevoir avec douceur et embrasser avec tendresse ceux qui l'avaient poursuivi de leurs calomnies et de Luis persécutions.

Deo, ut monita salutis in omnes gentes, tribus et linguas diffunderet, et extremi tremendique judicii diem appropinquare ostenderet, omnium auditorum animos terrore concussos, atque a terrenis affectibus avulsos, ad Dei amorem excitabat.

r N hoc autem apostolico

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