Histoires (page 31)
Après ce second exploit, laissant encore écouler le nombre de jours convenu, il fit une troisième sortie, mena ses troupes vers le poste où il avait dit à Darius d’envoyer quatre mille hommes ; et, les ayant investis, il les massacra. Ce nouveau succès le rendit tout-puissant parmi les assiégés : il était tout, on lui confia tout, le commandement de l’armée et la garde des remparts.
CLVIII. Enfin Darius fit, au jour marqué, approcher son armée de toutes parts pour donner un assaut général. Alors Zopyre manifesta sa fraude : Tandis que les Babyloniens, montés sur les remparts, se défendaient contre l’armée de Darius, Zopyre ouvrit les portes Cissiennes et Bélides, et introduisit les Perses dans la place. Ceux des Babyloniens qui s’en étaient aperçus se réfugièrent dans le temple de Jupiter Bélus ; mais ceux qui ne l’avaient pas vu tinrent ferme dans leurs postes, jusqu’à ce qu’ils eussent aussi reconnu qu’on les avait livrés aux ennemis.
CLIX. Ce fut ainsi que Babylone tomba pour la seconde fois en la puissance des Perses. Darius, s’en étant rendu maître, en fit abattre les murs et enlever toutes les portes. Cyrus, qui l’avait prise avant lui, n’avait fait ni l’un ni l’autre. Il fit ensuite mettre en croix environ trois mille hommes des plus distingués de Babylone. Quant aux autres, il leur permit d’habiter la ville comme auparavant. En même temps il eut soin de leur donner des femmes pour la repeupler ; car les Babyloniens, comme nous l’avons dit au commencement, avaient étranglé les leurs dans la vue de ménager leurs provisions. Il ordonna donc aux peuples voisins d’envoyer des femmes à Babylone, et chaque nation fut taxée à un certain nombre. Elles se montaient en tout à cinquante mille. C’est de ces femmes que sont descendus les Babyloniens d’aujourd’hui.
CLX. Il n’y a jamais eu en Perse, au jugement de Darius, dans les siècles les plus reculés ou dans les derniers temps, personne qui ait surpassé Zopyre par ses belles actions, excepté Cyrus, à qui jamais aucun Perse ne se jugea digne d’être comparé. On rapporte que Darius déclarait souvent qu’il eût mieux aimé que Zopyre ne se fût pas traité si cruellement, que de devenir maître de vingt autres villes comme Babylone. Il lui accorda les plus grandes distinctions : tous les ans, il lui faisait présent de ce que les Perses regardent comme le plus honorable. Il lui donna la ville de Babylone, sans en exiger la moindre redevance, pour en jouir sa vie durant, et y ajouta beaucoup d’autres choses. Zopyre eut un fils, nommé Mégabyze, qui commanda en Égypte contre les Athéniens et leurs alliés. Mégabyze eut un fils, qui s’appelait aussi Zopyre. Celui-ci quitta les Perses, et passa volontairement à Athènes.
↑ Urotal signifie le soleil et la lumière ; Alitat, la lune lorsqu’elle est nouvelle : elle s’appelait aussi Alitta. Tel est le sentiment de Scaliger et de Selden. (L.)
↑ Épaphus était le fils d’Io, fille d’Inachus. Les Grecs, qui rapportaient tout à eux, prétendaient qu’il était le même que le dieu Apis. Mais les Égyptiens rejetaient cela comme une fable, et disaient qu’Épaphus était postérieur à Apis de plusieurs centaines de siècles. (L.)
↑ Nous ne savons pas ce que c’est que ces pataïques, et, suivant toutes les apparences, nous l’ignorerons toujours. Hérodote est le seul auteur qui en ait parlé : il ne leur donne point le nom de dieux ; j’ai cru devoir l’imiter, quoique Hésychius, qui ne fait que l’interpréter, les décore de ce titre. Ce qui peut faire croire que les pataïques n’étaient pas des dieux, c’est que les anciens ne mettaient qu’à la poupe les figures des dieux tutélaires des vaisseaux, et jamais à la proue, et que cette dernière place était destinée seulement à des figures d’animaux qui donnaient le nom aux vaisseaux. (L.)
↑ Dans une fête solennelle qu’on célébrait à Samos en l’honneur de Junon, tous les citoyens se rendaient processionnellement au temple de la déesse, avec leurs armes. Polycrate, ayant amassé sous ce prétexte beaucoup d’armes, les distribua à ses partisans, qui avaient pour chefs ses frères Syloson et Pantagnote. La procession finie, les Samiens mirent bas les armes, afin de se disposer au sacrifice. Les partisans de Polycrate, s’étant saisis de ces armes, massacrèrent tous ceux qui n’étaient pas de leurs amis, et, s’étant emparés des postes les plus avantageux, ils firent venir de l’île de Naxos Lygdamis, qui en était tyran, et, par son moyen, ils se rendirent maîtres de la citadelle, nommée Astypalée. (L.)
↑ Il y a seulement dans le grec : C’était l’ouvrage de, etc. J’y ai substitué le genre d’ouvrage que le terme de cachet suppose. Ce Théodore de Samos inventa l’équerre, le niveau, la tour et les clefs. Pausanias, en parlant de l’art de jeter en fonte les statues, fait mention de Théodore de Samos, fils de Téléclès, et de Rhœcus, fils de Philéus, qui en avaient été les inventeurs ; et à propos de Théodore il parle de cette émeraude. (L.).
↑ Ce tyran est mis au nombre des sept sages. Cependant Platon met en sa place Myson, de Chen en Laconie. Je ne puis croire que ce philosophe l’ait jugé indigne de ce titre à cause qu’il était tyran, comme le pense saint Clément d’Alexandrie : je crois plutôt que la tradition sur ces sept sages étaient fort incertaine, puisqu’on mettait en la place de Périandre tantôt Anarcharsis, tantôt Épiménis de Crète, tantôt Arcésilaüs d’Argos, et Myson de Chen. (L.)
↑ Corcyre fut fondée l’an 3938 de la période julienne, 736 ans avant Jésus-Christ.
↑ Rhœcus, fils de Philéus, était non-seulement un habile architecte, mais encore il inventa, avec Théodore de Samos, l’art de faire des moules avec de l’argile, longtemps avant que les Bacchiades eussent été chassés de Corinthe ; et ils jetèrent les premiers en fonte l’airain, et en firent des statues. Pausanias ajoute que, sur la balustrade qui est au-dessus de l’autel de Diane, dite Protothronia, à Éphèse, on voit à l’extrémité une statue de ce même Rhœcus. C’est une femme en bronze, que les Éphésiens disent être la Nuit. Il eut deux fils, Téléclès et Théodore, tous deux habiles statuaires. (L.)
↑ Mithridate, roi de Pont, qui fit dans la suite tant de peine aux Romains, descendait d’un de ces sept conjurés. (L.)
↑ Les Perses avaient coutume d’adorer le soleil levant. Au reste, il n’est pas question de tirer un présage du hennissement du cheval : c’était seulement une convention faite entre les conjurés. Les passages qu’apporte M. l’abbé Brotier pour prouver que les Perses tiraient des présages des chevaux, ne le prouvent pas. Dans le premier, il s’agit d’une convention ; dans le second, il est question de chevaux sacrés ; mais il n’est point dit qu’on en tirât des présages. (L.)
↑ Lorsque Cyrus perdit la vie, Darius avait environ vingt ans ; Cambyse régna sept ans cinq mois ; le mage Smerdis ne fut sur le trône que sept mois. Par conséquent, Darius avait environ vingt-neuf ans lorsqu’il parvint à la couronne. (L.)
↑ Le grec porte dans ses anaxyrides. Les anaxyrides étaient de larges culottes qui descendaient jusqu’à la cheville du pied. (L.)
↑ Les Arabes n’ont jamais été asservis, et à présent ils sont encore indépendants. « Cette nation a été de tout temps extrêmement jalouse de sa liberté ; elle n’a jamais admis de prince étranger. Aussi les rois de Perse, et après eux les rois de Macédoine, n’ont jamais pu les subjuguer. Des forces étrangères ne peuvent s’emparer de leur pays, parce qu’il est en partie désert et qu’il manque d’eau, et qu’il y a seulement, d’espace en espace, des puits cachés qui ne sont connus que des habitants. » (Diodore de Sicile, lib. ii, § i.) (L.)
↑ Le talent d’Eubée valait, selon la remarque d’Appien, 7 000 drachmes d’Alexandrie, c’est-à-dire 70 mines. Le talent babylonien était de la même valeur que celui d’Eubée ; l’un et l’autre valait donc 6 300 livres de notre monnaie. (L.)
↑ 2 700 000 livres de notre monnaie. On peut être surpris de ce que cette satrapie, qui était la plus petite des vingts, payât une si forte contribution. Il faut faire attention qu’elle comprenait la Lydie, pays très-riche, et que le Pactole, qui l’arrosait, roulait des paillettes d’or. (L.)
↑ Cet Amphilochus, fils d’Amphiaraüs et d’Ériphyle, fut un célèbre devin. Il fut roi d’Argos, mais il ne put se maintenir dans ce royaume, et il en sortit pour aller fonder la ville d’Argos Amphilochium, dans le golfe d’Ambracie. Il bâtit aussi Malle en Cilicie. Les Pamphyliens qui servaient sur la flotte des Perses descendaient des Grecs qui, avec Amphilochus et Calchas, avaient été dispersés par la tempête après la prise de Troie. Ce ne peut être que ce même Amphilochus, puisque Strabon parle du voyage d’Amphilochus, fils d’Amphiaraüs, avec Calchas. (L.)
↑ Indépendamment de cette somme, « les Arméniens, dit Strabon, donnaient tous les ans au roi, pendant les fêtes de Mithra, vingt mille chevaux. » Ces chevaux venaient de la plaine Niséenne. Il paraît par là que Strabon pensait que cette plaine était en Arménie, quoiqu’elle fût réellement en Médie. Mais peut-être que, du temps de ce géographe, cette plaine dépendait de l’Arménie. (L.)
↑ C’est le coton. Les anciens l’appelaient byssus, et le regardaient comme une espèce de lin, et tantôt comme une sorte de laine qui croissait sur un arbre dans l’Inde. Théophraste appelle ces arbrisseaux arbres portant laine, ἐριοφόρα δένδρα. Ctésias dit, au rapport de Varron, qu’il y a dans l’Inde des arbres qui portent de la laine. Pomponius Méla est du même avis. « L’Inde, dit-il, est si grasse et si fertile, que le miel découle des feuilles des arbres, et que les bois y portent de la laine. » Il ajoute ensuite que les Indiens sont habillés de lin, ou de la laine dont il vient de parler. Cet auteur confond ici le lin avec le coton, les Indiens n’ayant jamais connu le lin. (L.)
↑ L’arbre qui porte l’encens ne croît qu’en Arabie ; on le trouve particulièrement dans cette partie qu’on appelle Thurifère, dans un canton qui est vers le milieu de l’Arabie, après les Atramites, proche la ville de Saba, capitale du pays des Sabéens. Ce canton est naturellement inaccessible, étant entouré de rochers. On y voit des forêts d’encens qui ont vingt schènes de long sur dix de large. Elles sont voisines des Minéens, qui habitent un autre pays par lequel on apporte l’encens, et de là vient qu’anciennement on appelait l’encens thus minæum. (L.)
↑ C’est le nom que les Grecs et les Latins du Bas-Empire ont donné à notre cannelle, qui est le casia d’Hérodote, et le casia syrinx ou casia fistula de la plupart des auteurs. Mais les anciens entendaient sous le nom de cinnamome l’arbre même qui donne la cannelle. (L.)
↑ Le lédum est un arbrisseau odoriférant qui s’élève à deux ou trois pieds. Les chèvres broutent les feuilles du lédum, sur lesquelles il y a une matière gommeuse dont leur barbe se charge. Les paysans ont soin de la ramasser avec des peignes de bois faits exprès ; ensuite ils la fondent, la coulent, et la mettent en masse ; c’est ce qu’on appelle lédanon ou ladanon. « On l’amasse aussi avec une espèce de fouet à long manche et à double rang de courroies, qu’on fait rouler sur ces plantes, et qui se chargent ainsi de la glu odoriférante attachée sur les feuilles. » (Tournefort.)
↑ Il y a dans le grec : En hiver le dieu (Jupiter) pleut ; telle était l’expression ordinaire. Τί γὰρ ὁ Ζεὺς ποιεῖ ; quel temps fait-il ? (Aristoph., Av., 1501.) Χῶ Ζεὺς ἄλλοκα μὲν πέλει αἴθριος, ἄλλοκα δ’ὕει ; tantôt il pleut, et tantôt il fait beau. (Théocrit., Idyll., iv, vers 43).
↑ Cette opinion paraît bien étrange ; c’était cependant celle du siècle d’Hérodote ; et l’on croirait qu’elle était universellement établie, puisque Sophocle n’a pas craint de la mettre dans la bouche d’Antigone : « Après la mort d’un époux, un autre peut le remplacer ; la naissance d’un fils peut dédommager de celui qu’on a perdu : mais lorsque les auteurs de nos jours sont ensevelis dans la tombe, on ne peut plus compter sur la naissance d’un frère. »
↑ Il y a dans le grec : à la porte du roi. Les grands seigneurs attendaient à la porte des rois en Perse. Cet usage, établi par Cyrus, s’est conservé aussi longtemps que la monarchie ; et même encore actuellement en Turquie, on dit la porte ottomane, pour la cour. (L.)
↑ Avant l’usage des serrures, on avait coutume, dans les temps anciens, de fermer les coffres, etc., avec des nœuds. Il y en avait de si difficiles, que celui seul qui en avait le secret pouvait les délier. Tout le monde connaît le fameux nœud gordien. On trouve souvent cet usage dans Homère. (L.)
↑ Orétès le fit sans doute écorcher vif, genre de supplice assez ordinaire en Perse. (Wesseling.)