Histoires (page 32)

Hérodote · Histoire

Texte français, domaine public · Source : fr.wikisource.org — trad. Larcher 1850 · 80 pages

Fiche de l’œuvre dans le savoir

↑ Pour bien entendre ce passage, il faut se rappeler que les Grecs désignaient fréquemment les Perses sous le nom de Mèdes, quoique les Mèdes fussent des peuples auxquels les Perses avaient enlevé l’empire. (Miot.)

Hérodote Histoire d’Hérodote Traduction par Pierre-Henri Larcher. Charpentier, 1850 (Tome 1, p. 316-402).

La Scythie. — Hercule. — Les Gryphons. — Les Hyperboréens. — Description de la terre. — Périple de Scylax. — Usage des Scythes. — Anacharsis. — Expédition de Darius. — Le Pont-Euxin. — Les Amazones. — Les Thraces. — Les Gètes. — La Libye. — Culte du soleil, etc.

I. Après la prise de Babylone, Darius marcha en personne contre les Scythes. L’Asie était alors riche, très-peuplée, et se trouvait dans l’état le plus florissant. Ce prince souhaitait ardemment se venger de l’insulte que les Scythes avaient faite les premiers aux Mèdes, en entrant à main armée dans leur pays, et de ce qu’après une victoire complète ils étaient devenus les maîtres de l’Asie supérieure pendant vingt-huit années, comme je l’ai dit auparavant. Ils y étaient entrés en poursuivant les Cimmériens, et en avaient enlevé l’empire aux Mèdes, qui le possédaient avant leur arrivée.

Après une absence de vingt-huit ans, les Scythes avaient voulu retourner dans leur patrie ; mais ils n’avaient pas trouvé dans cette entreprise moins de difficultés qu’ils n’en avaient rencontré en voulant pénétrer en Médie. Une armée nombreuse était allée au-devant d’eux, et leur en avait disputé l’entrée ; car leurs femmes, ennuyées de la longueur de leur absence, avaient eu commerce avec leurs esclaves.

II. Les Scythes crèvent les yeux à tous leurs esclaves, afin de les employer à traire le lait, dont ils font leur boisson ordinaire. Ils ont des soufflets d’os qui ressemblent à des flûtes ; ils les mettent dans les parties naturelles des juments ; les esclaves soufflent dans ces os avec la bouche, tandis que d’autres tirent le lait. Ils se servent, à ce qu’ils disent, de ce moyen parce que le souffle fait enfler les veines des juments, et baisser leur mamelle.

Lorsqu’ils ont tiré le lait, ils le versent dans des vases de bois autour desquels ils placent leurs esclaves pour le remuer et l’agiter. Ils enlèvent la partie du lait qui surnage[1], la regardant comme la meilleure et la plus délicieuse, et celle de dessous comme la moins estimée. C’est pour servir à cette fonction que les Scythes crèvent les yeux à tous leurs prisonniers ; car ils ne sont point cultivateurs, mais nomades.

III. De ces esclaves et des femmes scythes, il était né beaucoup de jeunes gens, qui, ayant appris quelle était leur naissance, marchèrent au-devant des Scythes qui revenaient de la Médie. Ils commencèrent d’abord par couper le pays en creusant un large fossé depuis les monts Tauriques jusqu’au Palus-Mæotis, qui est d’une vaste étendue. Ils allèrent ensuite camper devant les Scythes qui tâchaient de pénétrer dans le pays, et les combattirent. Il y eut entre eux des actions fréquentes, sans que les Scythes pussent remporter le moindre avantage. « Scythes, que faisons-nous ? s’écria l’un d’entre eux ; s’ils nous tuent quelqu’un des nôtres, notre nombre diminue ; et, si nous tuons quelqu’un d’entre eux, nous diminuons nous-mêmes le nombre de nos esclaves. Laissons-là, si vous m’en croyez, nos arcs et nos javelots, et marchons à eux, armés chacun du fouet dont il se sert pour mener ses chevaux. Tant qu’ils nous ont vus avec nos armes, ils se sont imaginé qu’ils étaient nés nos égaux. Mais quand, au lieu d’armes, ils nous verront le fouet à la main, ils apprendront qu’ils sont nos esclaves, et, convaincus de la bassesse de leur naissance, ils n’oseront plus nous résister. »

IV. Ce conseil fut suivi. Les esclaves étonnés prirent aussitôt la fuite, sans songer à combattre. C’est ainsi que rentrèrent dans leur pays les Scythes, qui, après avoir été les maîtres de l’Asie, en avaient été chassés par les Mèdes. Darius leva contre eux une nombreuse armée, pour se venger de cette invasion.

V. Les Scythes disent que de toutes les nations du monde la leur est la plus nouvelle, et qu’elle commença ainsi que je vais le rapporter.

La Scythie était autrefois un pays désert. Le premier homme qui y naquit s’appelait Targitaüs. Ils prétendent qu’il était fils de Jupiter et d’une fille du Borysthène : cela ne me paraît nullement croyable : mais telle est l’origine qu’ils rapportent. Ce Targitaüs eut trois fils : l’aîné s’appelait Lipoxaïs, le second Arpoxaïs, et le plus jeune Colaxaïs.

Sous leur règne, il tomba du ciel, dans la Scythie, une charrue, un joug, une hache et une soucoupe d’or. L’aîné les aperçut le premier, et s’en approcha dans le dessein de s’en emparer ; mais aussitôt l’or devint brûlant. Lipoxaïs s’étant retiré, le second vint ensuite, et l’or s’enflamma de nouveau. Ces deux frères s’étant donc éloignés de cet or brûlant, le plus jeune s’en approcha, et trouvant l’or éteint, il le prit et l’emporta chez lui. Les deux aînés, en ayant eu connaissance, lui remirent le royaume en entier.

VI. Ceux d’entre les Scythes qu’on appelle Auchates sont, à ce qu’on dit, issus de Lipoxaïs ; ceux qu’on nomme Catiares et Traspies descendent d’Arpoxaïs, le second des trois frères ; et du plus jeune, qui fut roi, viennent les Paralates. Tous ces peuples en général s’appellent Scolotes, du surnom de leur roi ; mais il a plu aux Grecs de leur donner le nom de Scythes.

VII. C’est ainsi que les Scythes racontent l’origine de leur nation. Ils ajoutent qu’à compter de cette origine et de Targitaüs, leur premier roi, jusqu’au temps où Darius passa dans leur pays, il n’y a pas en tout plus de mille ans, mais que certainement il n’y en a pas moins. Quant à l’or sacré, les rois le gardent avec le plus grand soin. Chacun d’eux le fait venir tous les ans dans ses États, et lui offre de grands sacrifices pour se le rendre propice. Si celui qui a cet or en garde s’endort le jour de la fête, en plein air, il meurt dans l’année, suivant les Scythes ; et c’est pour le récompenser et le dédommager du risque qu’il court qu’on lui donne toutes les terres dont il peut, dans une journée, faire le tour à cheval. Le pays des Scythes étant très-étendu, Colaxaïs le partagea en trois royaumes, qu’il donna à ses trois fils. Celui des trois royaumes où l’on gardait l’or tombé du ciel était le plus grand. Quant aux régions situées au nord et au-dessus des derniers habitants de ce pays, les Scythes disent que la vue ne peut percer plus avant, et qu’on ne peut y entrer, à cause des plumes qui y tombent de tous côtés. L’air en est rempli, et la terre couverte[2] ; et c’est ce qui empêche la vue de pénétrer plus avant.

VIII. Voilà ce que les Scythes disent d’eux-mêmes, et du pays situé au-dessus du leur. Mais les Grecs, qui habitent les bords du Pont-Euxin, racontent qu’Hercule, emmenant les troupeaux de bœufs de Géryon, arriva dans le pays occupé maintenant par les Scythes, et qui était alors désert ; que Géryon demeurait par delà le Pont, dans une île que les Grecs appellent Érythie, située près de Gadès, dans l’Océan, au delà des colonnes d’Hercule. Ils prétendent aussi que l’Océan commence à l’est, et environne toute la terre de ses eaux ; mais ils se contentent de l’affirmer sans en apporter de preuves.

Ils ajoutent qu’Hercule, étant parti de ce pays, arriva dans celui qu’on connaît aujourd’hui sous le nom de Scythie ; qu’y ayant été surpris d’un orage violent et d’un grand froid, il étendit sa peau de lion, s’en enveloppa, et s’endormit ; et que ses juments, qu’il avait détachées de son char pour paître, disparurent pendant son sommeil, par une permission divine.

IX. Hercule les chercha à son réveil, parcourut tout le pays, et arriva dans le canton appelé Hylée. Là il trouva, dans un antre, un monstre composé de deux natures, femme depuis la tête jusqu’au-dessous de la ceinture, serpent par le reste du corps. Quoique surpris en la voyant, il lui demanda si elle n’avait point vu quelque part ses chevaux. « Je les ai chez moi, lui dit-elle ; mais je ne vous les rendrai point que vous n’ayez habité avec moi. » Hercule lui accorda à ce prix ce qu’elle désirait. Cette femme différait cependant de lui remettre ses chevaux, afin de jouir plus longtemps de sa compagnie. Hercule de son côté souhaitait les recouvrer pour partir incessamment. Enfin elle les lui rendit, et lui tint en même temps ce discours : « Vos chevaux étaient venus ici ; je vous les ai gardés : j’en ai reçu la récompense. J’ai conçu de vous trois enfants. Mais que faudra-t-il que j’en fasse, quand ils seront grands ? Les établirai-je dans ce pays-ci, dont je suis la souveraine ? ou voulez-vous que je vous les envoie ? »

« Quand ces enfants auront atteint l’âge viril, lui répondit Hercule, suivant les Grecs, en vous conduisant de la manière que je vais dire, vous ne courrez point risque de vous tromper. Celui d’entre vous que vous verrez bander cet arc comme moi et se ceindre de ce baudrier comme je fais, retenez-le dans ce pays, et qu’il y fixe sa demeure. Celui qui ne pourra point exécuter les deux choses que j’ordonne, faites-le sortir du pays. Vous vous procurerez par là de la satisfaction, et vous ferez ma volonté. »

X. Hercule, en finissant ces mots, tira l’un de ses arcs, car il en avait eu deux jusqu’alors, et le donna à cette femme. Il lui montra aussi le baudrier ; à l’endroit où il s’attachait pendait une coupe d’or : il lui en fit aussi présent, après quoi il partit. Lorsque ces enfants eurent atteint l’âge viril, elle nomma l’aîné Agathyrsus, le suivant Gélonus, et le plus jeune Scythès. Elle se souvint aussi des ordres d’Hercule, et les suivit. Les deux aînés, trouvant au-dessus de leurs forces l’épreuve prescrite, furent chassés par leur mère, et allèrent s’établir en d’autres pays. Scythès, le plus jeune des trois, fit ce que son père avait ordonné, et resta dans sa patrie. C’est de ce Scythès, fils d’Hercule, que sont descendus tous les rois qui lui ont succédé en Scythie ; et, jusque aujourd’hui, les Scythes ont toujours porté au bas de leur baudrier une coupe, à cause de celle qui était attachée à ce baudrier. Telle fut la chose qu’imagina sa mère en sa faveur. C’est ainsi que les Grecs qui habitent les bords du Pont-Euxin rapportent cette histoire.

XI. On en raconte encore une autre à laquelle je souscris volontiers. Les Scythes nomades qui habitaient en Asie, accablés par les Massagètes, avec qui ils étaient en guerre, passèrent l’Araxe et vinrent en Cimmérie ; car le pays que possèdent aujourd’hui les Scythes appartenait autrefois, à ce que l’on dit, aux Cimmériens. Ceux-ci, les voyant fondre sur leurs terres, délibérèrent entre eux sur cette attaque. Les sentiments furent partagés, et tous deux furent extrêmes ; celui des rois était le meilleur. Le peuple était d’avis de se retirer, et de ne point s’exposer au hasard d’un combat contre une si grande multitude ; les rois voulaient, de leur côté, qu’on livrât bataille à ceux qui venaient les attaquer. Le peuple ne voulut jamais céder au sentiment de ses rois, ni les rois suivre celui de leurs sujets. Le peuple était d’avis de se retirer sans combattre, et de livrer le pays à ceux qui venaient l’envahir ; les rois, au contraire, avaient décidé qu’il valait mieux mourir dans la patrie que de fuir avec le peuple. D’un côté, ils envisageaient les avantages dont ils avaient joui jusqu’alors ; et, d’un autre, ils prévoyaient les maux qu’ils auraient indubitablement à souffrir s’ils abandonnaient leur patrie.

Les deux partis persévérant dans leur première résolution, la discorde s’alluma entre eux de plus en plus. Comme ils étaient égaux en nombre, ils en vinrent aux mains. Tous ceux qui périrent dans cette occasion furent enterrés, par le parti du peuple, près du fleuve Tyras, où l’on voit encore aujourd’hui leurs tombeaux. Après avoir rendu les derniers devoirs aux morts, on sortit du pays et les Scythes, le trouvant désert et abandonné, s’en emparèrent.

XII. Ou trouve encore aujourd’hui, dans la Scythie, les villes de Cimmérium et de Porthmies Cimmériennes. On y voit aussi un pays qui retient le nom de Cimmérie, et un Bosphore appelé Cimmérien. Il paraît certain que les Cimmériens, fuyant les Scythes, se retirèrent en Asie, et qu’ils s’établirent dans la presqu’île où l’on voit maintenant une ville grecque appelée Sinope. Il ne paraît pas moins certain que les Scythes s’égarèrent en les poursuivant, et qu’ils entrèrent en Médie. Les Cimmériens, dans leur fuite, côtoyèrent toujours la mer ; les Scythes, au contraire, avaient le Caucase à leur droite, jusqu’à ce que, s’étant détournés de leur chemin et ayant pris par le milieu des terres, ils pénétrèrent en Médie.

XIII. Cette autre manière de raconter la chose est également reçue des Grecs et des barbares. Mais Aristée de Proconnèse, fils de Caystrobius, écrit dans son poëme épique[3] qu’inspiré par Phébus, il alla jusque chez les Issédons ; qu’au-dessus de ces peuples on trouve les Arimaspes, qui n’ont qu’un œil ; qu’au delà sont les Gryphons, qui gardent l’or ; que plus loin encore demeurent les Hyperboréens, qui s’étendent vers la mer ; que toutes ces nations, excepté les Hyperboréens, font continuellement la guerre à leurs voisins, à commencer par les Arimaspes ; que les Issédons ont été chassés de leur pays par les Arimaspes, les Scythes par les Issédons ; et les Cimmériens, qui habitaient les côtes de la mer au midi, l’ont été par les Scythes. Ainsi Aristée ne s’accorde pas même avec les Scythes sur cette contrée.

XIV. On a vu de quel pays était Aristée, auteur des histoires qu’on vient de lire. Mais je ne dois pas passer sous silence ce que j’ai ouï raconter de lui à Proconnèse et à Cyzique.

Aristée était d’une des meilleures familles de son pays ; on raconte qu’il mourut à Proconnèse, dans la boutique d’un foulon, où il était entré par hasard ; que le foulon, ayant fermé sa boutique, alla sur-le-champ avertir les parents du mort ; que ce bruit s’étant bientôt répandu par toute la ville, un Cyzicénien, qui venait d’Artacé, contesta cette nouvelle, et assura qu’il avait rencontré Aristée allant à Cyzique, et qu’il lui avait parlé ; que, pendant qu’il le soutenait fortement, les parents du mort se rendirent à la boutique du foulon, avec tout ce qui était nécessaire pour le porter au lieu de la sépulture ; mais que, lorsqu’on eut ouvert la maison, on ne trouva Aristée ni mort ni vif ; que, sept ans après, il reparut à Proconnèse, y fit ce poëme épique que les Grecs appellent maintenant Arimaspies, et qu’il disparut pour la seconde fois. Voilà ce que disent d’Aristée les villes de Proconnèse et de Cyzique.

XV. Mais voici ce que je sais être arrivé aux Métapontins en Italie, trois cent quarante ans après qu’Aristée eut disparu pour la seconde fois, comme je le conjecture d’après ce que j’ai entendu dire à Proconnèse et à Métaponte. Les Métapontins content qu’Aristée leur ayant apparu leur commanda d’ériger un autel à Apollon, et d’élever près de cet autel une statue à laquelle on donnerait le nom d’Aristée de Proconnèse ; qu’il leur dit qu’ils étaient le seul peuple des Italiotes qu’Apollon eût visité ; que lui-même, qui était maintenant Aristée, accompagnait alors le dieu sous la forme d’un corbeau ; et qu’après ce discours il disparut. Les Métapontins ajoutent qu’ayant envoyé à Delphes demander au dieu quel pouvait être ce spectre, la Pythie leur avait ordonné d’exécuter ce qu’il leur avait prescrit, et qu’ils s’en trouveraient mieux ; et que, sur cette réponse, ils s’étaient conformés aux ordres qui leur avaient été donnés. On voit encore maintenant sur la place publique de Métaponte, près de la statue d’Apollon, une autre statue qui porte le nom d’Aristée, et des lauriers qui les environnent. Mais en voilà assez sur Aristée.

XVI. On n’a aucune connaissance certaine de ce qui est au delà du pays dont nous avons dessein de parler. Pour moi, je n’ai trouvé personne qui l’ait vu. Aristée, dont je viens de faire mention, n’a pas été au delà des Issédons, comme il le dit dans son poëme épique. Il avoue aussi qu’il tenait des Issédons ce qu’il racontait des pays plus éloignés, et qu’il n’en parlait que sur leur rapport. Quoi qu’il en soit, nous avons porté nos recherches le plus loin qu’il nous a été possible, et nous allons dire tout ce que nous avons appris de plus certain par les récits qu’on nous a faits.

XVII. Après le port des Borysthénites, qui occupe justement le milieu des côtes maritimes de toute la Scythie, les premiers peuples qu’on rencontre sont les Callipides ; ce sont des Gréco-Scythes. Au-dessus d’eux sont les Alazons. Ceux-ci et les Callipides observent en plusieurs choses les mêmes coutumes que les Scythes ; mais ils sèment du blé et mangent des oignons, de l’ail, des lentilles et du millet. Au-dessus des Alazons habitent les Scythes laboureurs, qui sèment du blé, non pour en faire leur nourriture, mais pour le vendre. Par delà ces Scythes on trouve les Neures. Autant que nous avons pu le savoir, la partie septentrionale de leur pays n’est point habitée. Voilà les nations situées le long du fleuve Hypanis, à l’ouest du Borysthène.

XVIII. Quand on a passé ce dernier fleuve, on rencontre d’abord l’Hylée, vers les côtes de la mer. Au-dessus de ce pays sont les Scythes cultivateurs. Les Grecs qui habitent les bords de l’Hypanis les appellent Borysthénites ; ils se donnent eux-mêmes le nom d’Olbiopolites. Le pays de ces Scythes cultivateurs a, à l’est, trois jours de chemin, et s’étend jusqu’au fleuve Panticapes ; mais celui qu’ils ont au nord est de onze jours de navigation, en remontant le Borysthène. Plus avant, on trouve de vastes déserts au delà desquels habitent les Androphages, nation particulière, et nullement scythe. Au-dessus des Androphages, il n’y a plus que de véritables déserts ; du moins n’y rencontre-t-on aucun peuple, autant que nous avons pu le savoir.

XIX. À l’est de ces Scythes cultivateurs et au delà du Panticapes, vous trouvez les Scythes nomades, qui ne sèment ni ne labourent. Ce pays entier, si vous en exceptez l’Hylée, est sans arbres. Ces nomades occupent à l’est une étendue de quatorze jours de chemin jusqu’au fleuve Gerrhus.

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