Histoires (page 41)
↑ Les Neures sont des Scythes qui, dans les grands froids, se couvraient d’une saie faite de peaux de loups, et qui quittaient cette fourrure dès que le temps était adouci : voilà tout le mystère, qu’Hérodote n’a pas compris. (Pelloutier, Histoire des Celtes, t. i, p. 305.)
↑ Ce sont les villes sur le Pont-Euxin, et la ville de Borysthène.
↑ Cette nation a véritablement existé ; mais, sa manière d’exister étant très-précaire, elle a bientôt été éteinte. « Un grand nombre d’écrivains célèbres attestent qu’Hercule fit une expédition contre les Amazones, et qu’il enleva à Hippolyte, leur reine, son baudrier, qu’il emporta en Grèce ; et que les Athéniens, sous la conduite de Thésée, vainquirent ces femmes, qui avaient fait une invasion en Europe, et qu’ils repoussèrent. Cette histoire a été écrite par Cimon avec le même soin que l’on a écrit les batailles des Athéniens contre les Perses. » (Arrian., Exped. Alexand., lib. vii)
↑ C’est que leurs chariots leur tenaient lieu de maisons. Or tout le monde sait qu’en Grèce les femmes sortent rarement des leurs. Mais j’ai bien peur qu’Hérodote n’ait attribué aux femmes scythes les mœurs des Grecques. (L.)
↑ « Les femmes des Sauromates, dit Hippocrate, montent à cheval, tirent de l’arc, lancent le javelot de dessus le cheval, et vont à la guerre, tant qu’elles sont filles. Elles ne se marient point qu’elles n’aient tué trois ennemis, et ne cohabitent point avec leurs maris qu’elles n’aient fait les cérémonies sacrées prescrites par la loi. Les femmes mariées cessent d’aller à cheval, à moins qu’il ne soit nécessaire de faire une expédition générale. » (L.)
↑ L’un était commandé par Idanthyrse, et l’autre par Taxacis. Voyez § cxx.
↑ L’auteur veut dire qu’ils ne cessaient point de passer d’un pays dans un autre.
↑ Théras était le sixième descendant d’Œdipe, et le dixième de Cadmus « Le sixième descendant d’Œdipe, dit Callimaque, mena de Sparte à Théra une colonie. » Le scoliaste de Callimaque suppose que Théras était fils de Tisamène, et petit-fils d’Antésion. C’est le contraire. (L.)
↑ 32 400 livres de notre monnaie. Leur gain était par conséquent de 324 000 livres.
↑ Hérodote ne s’explique pas davantage, et nous laisse absolument ignorer quels furent ces malheurs. Le scoliaste de Pindare (Ménéclès) suppléera à son silence. « Il y eut, dit-il, des troubles dans l’île de Théra, et les citoyens se partagèrent en deux factions. Battus, s’étant mis à la tête de l’une de ces deux factions, eut du dessous dans un combat, et fut obligé de quitter sa patrie. Comme il avait perdu l’espoir d’y retourner, il résolut de s’établir ailleurs avec ceux qui l’avaient accompagné dans sa fuite. Battus, étant allé à Delphes, demanda au dieu s’il combattrait pour recouvrer sa patrie, ou s’il irait chercher ailleurs un établissement. Le dieu lui répondit : « Battus, le premier parti est mauvais, le second est bon. Va, quitte une terre environnée de mer ; le continent vaut mieux. Renonce à l’Orient, où fut ton premier domicile. Obéis à mes ordres, en allant habiter une terre ferme, suivant la volonté des dieux. Garde-toi d’entreprendre une navigation injuste en retournant en ta patrie, et souviens-toi que telles sont les œuvres de l’homme, tel est le succès de ses entreprises. »
↑ On appelait ces pièces d’or des dariques. La darique valait 20 drachmes ; la drachme, 18 sous de notre monnaie. Ainsi la darique valait 18 livres. (L.)
↑ Hérodote interrompt ici sa narration pour faire la description de l’Afrique, et la reprend plus bas, § cc.
↑ Il s’agit ici de la grande Syrte, dont l’embouchure n’est pas éloignée de Barcé, et qui est beaucoup plus près de l’Égypte que la petite. (L.)
↑ L’ancienne coutume des Nasamons de boire la main l’un de l’autre, en se donnant leur foi, est encore aujourd’hui la seule cérémonie qu’on observe dans les mariages parmi les Algériens. (L.)
↑ Il est encore ici question de la grande Syrte. Le territoire des Psylles s’étendait depuis le pays des Nasamons jusqu’aux Maces ; ils étaient par conséquent enfermés au nord par la grande Syrte. C’est ce qui fait dire à Hérodote qu’ils étaient en dedans de la Syrte. (L.)
↑ C’est une espèce de jujubier, le rhamnus lotus de Linné. Son fruit a beaucoup de rapport avec celui du jujubier cultivé, le rhamnus ziziphus, mais il en diffère en ce qu’il est sphérique et plus petit. (Dissertation de Desfontaines sur le lotus, dans les Mémoires de l’Académie des sciences.)
↑ « Les Grecs avaient appris la navigation et l’art de construire des vaisseaux des Phéniciens qui étaient venus avec Cadmus en Béotie. Ces peuples avaient deux sortes de vaisseaux : les uns ronds, qu’ils appelaient gaules ; les autres longs, qu’ils nommaient arca ou arco. Les Grecs, changeant, suivant leur usage, le c en g, firent argo. Mais, venant ensuite à oublier la cause de cette dénomination, ils inventèrent, suivant leur usage, des fables pour en rendre raison. » (Bochart.)
↑ L’asphodèle est une plante de la famille des liliacées, et qui est en abondance sur les bords de la Méditerranée. Les tiges de l’espèce connue sous le nom d’asphodèle rameux sont assez élevées pour construire des habitations légères, ou du moins pour les couvrir. L’asphodèle était consacrée aux cérémonies funèbres, et les anciens supposaient que les morts s’en nourrissaient. Les prés où apparaissent les ombres des héros, dans le onzième livre de l’Odyssée, sont des prés d’asphodèle. (Miot.)
↑ Aristote parle d’ânes qui n’ont qu’une corne : c’est l’âne d’Inde. Mais il n’en parle que sur le rapport d’autrui, il y a grande apparence qu’il a puisé ce qu’il en dit dans l’Histoire de l’Inde de Ctésias. Cet âne de Ctésias me paraît fabuleux ; celui d’Hérodote ne me le paraît pas moins. (L.)
↑ Homère parle aussi du thos. Cet animal paraît être le chacal. Il est d’une couleur plus obscure que le renard, et à peu près de la même grandeur. Il glapit aussi de même que cet animal. Les Arabes l’appellent deeb ou chathal. (L.)
↑ Hérodote reprend ici la narration qu’il avait interrompue, § clxviii, par la description de la Lybie.
↑ Ce trait d’histoire prouve que l’art de faire des mines pour prendre une place est très-ancien, et que celui de les éventer ne l’est pas moins. Ce trait historique est précieux dans l’art d’attaquer et de défendre les places. Énée a très-bien fait de le rapporter. Voy. Æneas Poliorcet., §37, p. 1711. (L.)
Hérodote Histoire d’Hérodote Traduction par Pierre-Henri Larcher. Charpentier, 1850 (Tome 1, p. 403-466).
Suite de l’histoire de Darius. — Athènes et Sparte. — Les Pisistratides. — Cléomène. — Les statues d’Égine. — Origine de l’inimitié des Athéniens et des Éginètes. — Cypsélus, tyran de Corinthe. — Hippias. — Prise de Sardes par les Ioniens et les Athéniens. — Darius lance une flèche contre le ciel, en demandant aux dieux de se venger des Athéniens. — Toutes les villes de l’Hellespont, de l’Ionie et de l’Éolie sont soumises par les Perses, etc.
I. Les Périnthiens n’ayant pas voulu se soumettre à Darius, les Perses que ce prince avait laissés en Europe, sous le commandement de Mégabyse, commencèrent la conquête de l’Hellespont par celle de ce peuple[1]. Les Pæoniens des bords du Strymon les avaient auparavant fort maltraités dans une guerre qu’ils leur avaient faite, sur la réponse d’un oracle. Cet oracle leur avait enjoint de marcher contre les Périnthiens, de les attaquer si, lorsque les deux armées seraient en présence l’une de l’autre, ceux-ci les provoquaient au combat en les appelant par leur nom, et de se tenir tranquilles s’ils ne le faisaient pas. Les Pæoniens obéirent. Les Périnthiens ayant assis leur camp devant la ville et vis-à-vis des Pæoniens, les défièrent à trois combats particuliers : l’un d’un homme contre un homme, le second d’un cheval contre un cheval, le troisième d’un chien contre un chien. Ils eurent le dessus dans les deux premiers combats, et, charmés de cet avantage, ils entonnaient le Pæon[2], lorsque les Pæoniens, conjecturant que c’était cela même qu’avait voulu faire entendre le dieu, se dirent les uns aux autres : L’oracle est accompli, faisons actuellement notre devoir ; et sur-le-champ ils les attaquèrent tandis qu’ils chantaient le Pæon, et les taillèrent en pièces, de manière qu’il en réchappa très-peu.
II. Tel fut l’avantage que les Pæoniens avaient auparavant remporté sur ces peuples ; mais en cette occasion-ci les Périnthiens combattirent généreusement pour leur liberté contre Mégabyse, qui ne dut la victoire qu’au nombre de ses troupes. Périnthe soumise, Mégabyse parcourut la Thrace avec son armée, en subjugua toutes les villes et tous les peuples, et les façonna au joug, suivant les ordres qu’il en avait reçus de Darius.
III. Les Thraces sont, du moins après les Indiens, la nation la plus nombreuse de la terre. S’ils étaient gouvernés par un seul homme, ou s’ils étaient bien unis entre eux, ils seraient, à mon avis, le plus puissant de tous les peuples ; mais cette union est impraticable, et c’est cela même qui les rend faibles. Ils ont chacun un nom différent, suivant les différents cantons qu’ils occupent : cependant leurs lois et leurs usages sont en tout à peu près les mêmes, excepté chez les Gètes, les Trauses[3], et ceux qui habitent au-dessus des Crestoniens.
IV. J’ai parlé ailleurs[4] des coutumes des Gètes, qui se disent immortels : quant à celles des Trauses, elles ressemblent parfaitement aux usages du reste des Thraces, excepté en ce qui regarde les enfants nouveau-nés et les morts. Lorsqu’il naît chez eux un enfant, ses parents, assis autour de lui, font une énumération de tous les maux auxquels la nature humaine est sujette, et gémissent sur le sort fâcheux qu’il doit nécessairement éprouver pendant sa vie. Mais si quelqu’un meurt, ils en témoignent de la joie en le mettant en terre, et se réjouissent du bonheur qu’il a d’être délivré d’une infinité de maux.
V. Chez les peuples qui demeurent au-dessus des Crestoniens, chaque particulier a plusieurs femmes. Lorsqu’un d’entre eux vient à mourir, il s’élève entre ses femmes de grandes contestations pour savoir celle qu’il aimait le mieux, et ses amis s’intéressent vivement à cette dispute. Celle en faveur de qui on prononce un jugement si honorable reçoit les éloges de la compagnie. Son plus proche parent l’immole ensuite sur le tombeau de son mari, et on l’enterre, avec lui. Les autres femmes sont très-affligées de cette préférence ; c’est pour elles un très-grand affront.
VI. Les autres Thraces ont coutume de vendre leurs enfants, à condition qu’on les emmènera hors du pays. Ils ne veillent pas sur leurs filles, et leur laissent la liberté de se livrer à ceux qui leur plaisent ; mais ils gardent étroitement leurs femmes, et les achètent fort cher de leurs parents. Ils portent des stigmates sur le corps[5] ; c’est chez eux une marque de noblesse ; il est ignoble de n’en point avoir. Rien de si beau à leurs yeux que l’oisiveté, rien de si honorable que la guerre et le pillage, et de si méprisable que de travailler à la terre. Tels sont leurs usages les plus remarquables.