Histoires (page 59)
LXII. Les Mèdes marchaient vêtus et armés de même. Cette manière de s’habiller et de s’armer est propre aux Mèdes, et non aux Perses. Ils avaient à leur tête Tigranes, de la maison des Achéménides. Tout le monde les appelait anciennement Ariens ; mais, Médée de Colchos ayant passé d’Athènes dans leur pays, ils changèrent aussi de nom suivant les Mèdes eux-mêmes. Les Cissiens étaient habillés et armés comme les Perses ; mais au lieu de tiares ils portaient des mitres. Anaphès, fils d’Otanes, les commandait. Les Hyrcaniens avaient aussi la même armure que les Perses, et reconnaissaient pour général Mégapane, qui eut depuis le gouvernement de Babylone.
LXIII. Les Assyriens avaient des casques d’airain tissus et entrelacés d’une façon extraordinaire et difficile à décrire. Leurs boucliers, leurs javelots et leurs poignards ressemblaient à peu près à ceux des Égyptiens. Outre cela, ils portaient des massues de bois hérissées de nœuds de fer et des cuirasses de lin[39]. Les Grecs leur donnaient le nom de Syriens, et les Barbares celui d’Assyriens. Les Chaldéens faisaient corps avec eux. Les uns et les autres étaient commandés par Otaspès, fils d’Artachée.
LXIV. Le casque des Bactriens approchait beaucoup de celui des Mèdes. Leurs arcs étaient de canne, à la mode de leur pays, et leurs dards fort courts. Les Saces, qui sont Scythes, avaient des bonnets foulés et terminés en pointe droite, des hauts-de-chausses, des arcs à la mode de leur pays, des poignards, et outre cela des haches appelées sagaris[40]. Quoique Scythes Amyrgiens, on leur donnait le nom de Saces ; car c’est ainsi que les Perses appellent tous les Scythes. Hystaspes, fils de Darius et d’Atosse, fille de Cyrus, commandait les Bactriens et les Saces.
LXV. Les Indiens portaient des habits de coton, des arcs de canne, et des flèches aussi de canne armées d’une pointe de fer. Ces peuples ainsi équipés servaient sous Pharnazathrès, fils d’Artabates. Les arcs des Ariens ressemblaient à ceux des Mèdes, et le reste de leur armure à celle des Bactriens. Ils étaient commandés par Sisamnès, fils d’Hydarnes.
LXVI. Les Parthes, les Chorasmiens, les Sogdiens, les Gandariens et les Dadices étaient armés comme les Bactriens. Artabaze, fils de Pharnaces, commandait les Parthes et les Chorasmiens ; Azanes, fils d’Artée, les Sogdiens, et Artyphius, fils d’Artabane, les Gandariens et les Dadices.
LXVII. Les Caspiens étaient vêtus d’une saie de peaux de chèvres. Ils avaient des arcs et des flèches de canne, à la mode de leur pays, et des cimeterres. Ariomarde, frère d’Artyphius, les commandait. Les Sarangéens avaient des habits de couleur éclatante ; leur chaussure, en forme de bottines, montait jusqu’aux genoux. Leurs arcs et leurs javelots étaient à la façon des Mèdes. Phérendates, fils de Mégabaze, était leur commandant. Les Pactyices avaient aussi une saie de peaux de chèvres, et pour armes des arcs à la façon de leur pays, et des poignards. Ils étaient commandés par Artyntès, fils d’Ithamatrès.
LXVIII. Les Outiens, les Myciens et les Paricaniens étaient armés comme les Pactyices. Arsaménès, fils de Darius, commandait les Outiens et les Myciens, et Siromitrès fils d’Œbasus, les Paricaniens.
LXIX. Les habits des Arabes étaient amples et retroussés avec des ceintures. Ils portaient au côté droit de longs arcs qui se bandaient dans l’un et l’autre sens. Les Éthiopiens, vêtus de peaux de léopard et de lion, avaient des arcs de branches de palmier de quatre coudées de long au moins, et de longues flèches de canne à l’extrémité desquelles était, au lieu de fer, une pierre pointue dont ils se servent aussi pour graver leurs cachets[41]. Outre cela, ils portaient des javelots armés de cornes de chevreuil pointues et travaillées comme un fer de lance, des massues pleines de nœuds. Quand ils vont au combat, ils se frottent la moitié du corps avec du plâtre, et l’autre moitié avec du vermillon. Les Éthiopiens qui habitent au-dessus de l’Égypte et les Arabes étaient sous les ordres d’Arsamès, fils de Darius et d’Artystone, fille de Cyrus, que Darius avait aimée plus que toutes ses autres femmes, et dont il avait fait faire la statue en or, et travaillée au marteau. Arsamès commandait donc aux Éthiopiens qui sont au-dessus de l’Égypte et aux Arabes.
LXX. Les Éthiopiens orientaux (car il y avait deux sortes d’Éthiopiens à cette expédition) servaient avec les Indiens. Ils ressemblaient aux autres Éthiopiens, et n’en différaient que par le langage et la chevelure. Les Éthiopiens orientaux ont en effet les cheveux droits, au lieu que ceux de Libye les ont plus crépus que tous les autres hommes. Ils étaient armés à peu près comme les Indiens, et ils avaient sur la tête des peaux de front de cheval enlevées avec la crinière et les oreilles. Les oreilles se tenaient droites, et la crinière leur servait d’aigrette. Des peaux de grues leur tenaient lieu de boucliers.
LXXI. Les Libyens avaient des habits de peaux, et des javelots durcis au feu. Ils étaient commandés par Massagès, fils d’Oarizus.
LXXII. Les casques des Paphlagoniens étaient tissus[42] ; leurs boucliers petits, ainsi que leurs piques. Outre cela, ils avaient des dards et des poignards. La chaussure à la mode de leur pays allait à mi-jambe.
Les Ligyens, les Matianiens, les Mariandyniens et les Syriens, que les Perses appellent Cappadociens, étaient armés comme les Paphlagoniens. Dotus, fils de Mégasidrès, commandait les Paphlagoniens et les Matianiens ; et Gobryas, fils de Darius et d’Arystone, les Mariandyniens, les Ligyens et les Syriens.
LXXIII. L’armure des Phrygiens approchait beaucoup de celle des Paphlagoniens ; la différence était fort petite. Les Phrygiens s’appelèrent Briges, suivant les Macédoniens, tant que ces peuples restèrent en Europe et demeurèrent avec eux ; mais, étant passés en Asie, ils changèrent de nom en changeant de pays, et prirent celui de Phrygiens.
Les Arméniens étaient armés comme les Phrygiens, dont ils sont une colonie. Les uns et les autres étaient commandés par Artochmès, qui avait épousé une fille de Darius.
LXXIV. L’armure des Lydiens ressemblait à peu de chose près à celle des Grecs. On appelait autrefois ces peuples Méoniens, mais dans la suite ils changèrent de nom, et prirent celui qu’ils portent de Lydus, fils d’Atys. Les Mysiens avaient des casques à la façon de leur pays, avec de petits boucliers et des javelots durcis au feu ; ils sont une colonie des Lydiens, et prennent le nom d’Olympiéniens du mont Olympe. Les uns et les autres avaient pour commandant Artapherne, fils d’Artapherne qui avait fait une invasion à Marathon avec Datis.
LXXV. Les Thraces (d’Asie) avaient sur la tête des peaux de renards, et pour habillement des tuniques, et par-dessus une robe de diverses couleurs, très-ample, avec des brodequins de peaux de jeunes chevreuils. Ils avaient outre cela des javelots, des boucliers légers et de petits poignards. Ces peuples passèrent en Asie, où ils prirent le nom de Bithyniens. Ils s’appelaient auparavant Strymoniens, comme ils en conviennent eux-mêmes, dans le temps qu’ils habitaient sur les bords du Strymon, d’où les chassèrent, suivant eux, les Teucriens et les Mysiens.
LXXVI. Bassacès, fils d’Artabane, commandait les Thraces asiatiques… Ils portaient de petits boucliers de peaux de bœufs crues, chacun deux épieux à la lycienne, des casques d’airain, et, outre ces casques, des oreilles et des cornes de bœufs en airain avec des aigrettes. Des bandes d’étoffe rouge enveloppaient leurs jambes. Il y a chez ces peuples un oracle de Mars.
LXXVII. Les Cabaliens-Méoniens et les Lasoniens étaient armés et vêtus comme les Ciliciens. J’en parlerai lorsque j’en serai aux troupes ciliciennes. Les Milyens avaient de courtes piques, des habits attachés avec des agrafes, des casques de peaux, et quelques-uns avaient des arcs à la lycienne. Badrès, fils d’Hystanès, commandait toutes ces nations. Les Mosches portaient des casques de bois, de petits boucliers, et des piques dont la hampe était petite et le fer grand.
LXXVIII. Les Tibaréniens, les Macrons et les Mosynœques étaient armés à la façon des Mosches. Ariomarde, fils de Darius et de Parmys, fille de Smerdis et petite-fille de Cyrus, commandait les Mosches. Les Macrons et les Mosynœques étaient sous les ordres d’Artayctès, fils de Chérasmis, gouverneur de Sestos sur l’Hellespont.
LXXIX. Les Mares portaient des casques tissus à la façon de leur pays, et de petits boucliers de cuir avec des javelots. Les habitants de la Colchide avaient des casques de bois, de petits boucliers de peaux de bœufs crues, de courtes piques, et outre cela des épées. Pharandates, fils de Tésapis, commandait les Mares et les Colchidiens. Les Alarodiens et les Sapires, armés à la façon des Colchidiens, recevaient l’ordre de Masistius, fils de Siromitrès.
LXXX. Les insulaires de la mer Érythrée[43], qui venaient des îles où le roi fait transporter ceux qu’il exile, se trouvaient à cette expédition ; leur habillement et leur armure approchaient beaucoup de ceux des Mèdes. Ces insulaires reconnaissaient pour leur chef Mardontès, fils de Bagée, qui fut tué deux ans après à la journée de Mycale, où il commandait.
LXXXI. Tels étaient les peuples qui allaient en Grèce par le continent, et qui composaient l’infanterie. Ils étaient commandés par les chefs dont je viens de parler. Ce furent eux qui formèrent leurs rangs, et qui en firent le dénombrement. Ils établirent sous eux des commandants de dix mille hommes et de mille hommes ; et les commandants de dix mille hommes créèrent des capitaines de cent hommes et des dizeniers. Ainsi les différents corps de troupes et de nations avaient à leur tête des officiers subalternes ; mais ceux que j’ai nommés commandaient en chef.
LXXXII. Ces chefs reconnaissaient pour leurs généraux, ainsi que toute l’infanterie, Mardonius, fils de Gobryas ; Tritantæchmès, fils de cet Artabane qui avait conseillé au roi de ne point porter la guerre en Grèce ; Smerdoménès, fils d’Otanes, tous deux neveux de Darius et cousins germains de Xerxès ; Masiste, fils de Darius et d’Atosse ; Gergis, fils d’Arize ; et Mégabyse, fils de Zopyre.
LXXXIII. Toute l’infanterie les reconnaissait pour ses généraux, excepté les dix mille, corps de troupes choisi parmi tous les Perses, qui était commandé par Hydarnès, fils d’Hydarnès. On les appelait Immortels, parce que si quelqu’un d’entre eux venait à manquer pour cause de mort ou de maladie, on en élisait un autre à sa place, et parce qu’ils n’étaient jamais ni plus ni moins de dix mille. Les Perses surpassaient toutes les autres troupes par leur magnificence et par leur courage. Leur armure et leur habillement étaient tels que nous les avons décrits. Mais, indépendamment de cela, ils brillaient par la multitude des ornements en or dont ils étaient décorés. Ils menaient avec eux des harmamaxes pour leurs concubines, et un grand nombre de domestiques superbement vêtus. Des chameaux et d’autres bêtes de charge leur portaient des vivres, sans compter ceux qui étaient destinés au reste de l’armée.
LXXXIV. Toutes ces nations ont de la cavalerie ; cependant il n’y avait que celles-ci qui en eussent amené. La cavalerie perse était armée comme l’infanterie, excepté un petit nombre qui portait sur la tête des ornements d’airain et de fer travaillés au marteau.
LXXXV. Les Sagartiens, peuples nomades, sont originaires de Perse, et parlent la même langue. Leur habillement ressemble en partie à celui des Perses, et en partie à celui des Pactyices. Ils fournirent huit mille hommes de cavalerie. Ces peuples ne sont point dans l’usage de porter des armes d’airain et de fer, excepté des poignards ; mais ils se servent à la guerre de cordes tissues avec des lanières, dans lesquelles ils mettent toute leur confiance. Voici leur façon de combattre. Dans la mêlée, ils jettent ces cordes, à l’extrémité desquelles sont des rets ; s’ils en ont enveloppé un cheval ou un homme, ils le tirent à eux et, le tenant enlacé dans leurs filets, ils le tuent. Telle est leur manière de combattre. Ils faisaient corps avec les Perses.
LXXXVI. La cavalerie mède était armée comme leur infanterie, ainsi que celle des Cissiens. Les cavaliers indiens avaient les mêmes armes que leur infanterie ; mais, indépendamment des chevaux de main, ils avaient des chars armés en guerre, traînés par des chevaux et des zèbres. La cavalerie bactrienne était armée comme leurs gens de pied. Il en était de même de celle des Caspiens et des Libyens ; mais ces derniers menaient tous aussi des chariots. Les… et les Paricaniens étaient armés comme leur infanterie. Les cavaliers arabes avaient aussi le même habillement et la même armure que leurs gens de pied ; mais ils avaient tous des chameaux dont la vitesse n’était pas moindre que celle des chevaux.
LXXXVII. Ces nations seules avaient fourni de la cavalerie. Elle montait à quatre-vingt mille chevaux, sans compter les chameaux et les chariots. Toutes ces nations, rangées par escadrons, marchaient chacune à son rang ; mais les Arabes occupaient le dernier, afin de ne point effrayer les chevaux, parce que cet animal ne peut souffrir le chameau.
LXXXVIII. Hermamithrès et Tithée, tous deux fils de Datis, commandaient la cavalerie. Pharnuchès, leur collègue, était retenu à Sardes par une maladie que lui avait occasionnée un accident fâcheux dans le temps que l’armée partait de cette ville. Son cheval, effrayé d’un chien qui se jeta à l’improviste entre ses jambes, se dressa et le jeta par terre. Pharnuchès vomit le sang, et tomba dans une maladie qui dégénéra en phthisie. Ses gens exécutèrent sur-le-champ l’ordre qu’il leur avait donné dès le commencement au sujet de son cheval. Ils conduisirent cet animal à l’endroit où il avait jeté par terre son maître, et lui coupèrent les jambes aux genoux. Cet accident fit perdre à Pharnuchès sa place de général.
LXXXIX. Le nombre des trirèmes montait à douze cent sept. Voici les nations qui les avaient fournies. Les Phéniciens et les Syriens de la Palestine en avaient donné trois cents. Ces peuples portaient des casques à peu près semblables à ceux des Grecs, des cuirasses de lin, des javelots, et des boucliers dont le bord n’était pas garni de fer[44]. Les Phéniciens habitaient autrefois sur les bords de la mer Érythrée, comme ils le disent eux-mêmes ; mais étant passés de là sur les côtes de Syrie, ils s’y établirent. Cette partie de la Syrie, avec tout le pays qui s’étend jusqu’aux frontières d’Égypte, s’appelle Palestine.