Histoires (page 60)

Hérodote · Histoire

Texte français, domaine public · Source : fr.wikisource.org — trad. Larcher 1850 · 80 pages

Fiche de l’œuvre dans le savoir

Les Égyptiens avaient fourni deux cents vaisseaux. Ils avaient pour armure de tête des casques de jonc tissu. Ils portaient des boucliers convexes dont les bords étaient garnis d’une large bande de fer, des piques propres aux combats de mer, et de grandes haches. La multitude avait des cuirasses et de grandes épées. Telle était l’armure de ces peuples.

XC. Les Cypriens avaient cent cinquante vaisseaux. Voici comment ces peuples étaient armés. Leurs rois avaient la tête couverte d’une mitre, et leurs sujets d’une citare ; le reste de l’habillement et de l’armure ressemblait à celui des Grecs. Les Cypriens sont un mélange de nations différentes. Les uns viennent de Salamine et d’Athènes, les autres d’Arcadie, de Cythnos, de Phénicie et d’Éthiopie, comme ils le disent eux-mêmes.

XCI. Les Ciliciens amenèrent cent vaisseaux. Ils avaient des casques à la façon de leurs pays, de petits boucliers de peaux de bœufs crues avec le poil, et des tuniques de laine, et chacun deux javelots, avec une épée à peu près semblable à celle des Égyptiens. Anciennement on les appelait Hypachéens ; mais Cilix, fils d’Agénor, qui était Phénicien, leur donna son nom.

Les Pamphyliens fournirent trente vaisseaux. Ils étaient armés et équipés à la façon des Grecs. Ces peuples descendent de ceux qui, au retour de l’expédition de Troie, furent dispersés par la tempête avec Amphilochus et Calchas[45].

XCII. Les Lyciens contribuèrent de cinquante vaisseaux. Ils avaient des cuirasses, des grêvières, des arcs de bois de cornouiller, des flèches de canne qui n’étaient point empennées, des javelots, une peau de chèvre sur les épaules, et des bonnets ailés sur la tête. Ils portaient aussi des poignards et des faux. Les Lyciens viennent de Crète et s’appelaient Termiles ; mais Lycus, fils de Pandion, qui était d’Athènes, leur donna son nom.

XCIII. Les Doriens-Asiatiques donnèrent trente vaisseaux. Ils portaient des armes à la façon des Grecs, comme étant originaires du Péloponnèse. Les Cariens avaient soixante-dix vaisseaux. Ils étaient habillés et armés comme les Grecs. Ils avaient aussi des faux et des poignards. On dit dans le premier livre quel nom on leur donnait autrefois.

XCIV. Les Ioniens amenèrent cent vaisseaux. Ils étaient armés comme les Grecs. Ils s’appelèrent Pélasges-Ægialéens, comme le disent les Grecs, tout le temps qu’ils habitèrent la partie du Péloponnèse connue aujourd’hui sous le nom d’Achaïe, et avant l’arrivée de Danaüs et de Xuthus dans le Péloponnèse. Mais dans la suite ils furent nommés Ioniens, d’Ion, fils de Xuthus.

XCV. Les Insulaires, armés comme les Grecs, donnèrent dix-sept vaisseaux. Ils étaient Pélasges ; mais dans la suite ils furent appelés Ioniens, par la même raison que les douze villes ioniennes fondées par les Athéniens. Les Éoliens amenèrent soixante vaisseaux. Leur armure était la même que celle des Grecs. On les appelait anciennement Pélasges, au rapport des Grecs. Les Hellespontiens, excepté ceux d’Abydos, qui avaient ordre du roi de rester dans le pays à la garde des ponts, et le reste des peuples du Pont, équipèrent cent vaisseaux. Ces peuples, qui étaient des colonies d’Ioniens et de Doriens, étaient armés comme les Grecs.

XCVI. Les Perses, les Mèdes et les Saces combattaient sur tous ces vaisseaux, dont les meilleurs voiliers étaient phéniciens, et principalement ceux de Sidon. Toutes ces troupes, ainsi que celles de terre, avaient chacune des commandants de son pays. Mais, n’étant point obligé à faire la recherche de leurs noms, je les passerai sous silence. Ils méritent en effet d’autant moins qu’on en parle, que non-seulement chaque peuple, mais encore toutes les villes ayant leurs commandants particuliers, les officiers ne suivaient pas en qualité de généraux, mais comme les autres esclaves qui marchaient à cette expédition, et que j’ai nommé les généraux qui avaient toute l’autorité, et les Perses qui commandaient en chef chaque nation.

XCVII. L’armée navale avait pour généraux Ariabignès, fils de Darius ; Prexaspes, fils d’Aspathinès ; Mégabaze, fils de Mégabates, et Achéménès, fils de Darius. Les Ioniens et les Cariens étaient commandés par Ariabignès, fils de Darius et de la fille de Gobryas ; et les Égyptiens par Achéménès, frère de père et de mère de Xerxès. Les deux autres généraux commandaient le reste de la flotte, les vaisseaux à trente et à cinquante rames, les cercures[46], ceux qui servaient au transport des chevaux, et les vaisseaux longs, qui allaient à trois mille.

XCVIII. Entre les officiers de la flotte, les plus célèbres, du moins après les généraux, étaient Tétramneste, fils d’Anysus, de Sidon ; Mapen, fils de Siromus, de Tyr ; Merbal, fils d’Agbal, d’Arados ; Syennésis, fils d’Oromédon, de Cilicie ; Cybernisque, fils de Sicas, de Lycie ; Gorgus, fils de Chersis, et Timonax, fils de Timagoras, tous deux de l’île de Cypre ; Histiée, fils de Tymnès ; Pigrès, fils de Seldome, et Damasithyme, fils de Candaules, de Carie.

XCIX. Je ne vois aucune nécessité de parler des autres principaux officiers. Je ne passerai pas cependant sous silence Artémise. Cette princesse me paraît d’autant plus admirable, que, malgré son sexe, elle voulait être de cette expédition. Son fils se trouvant encore en bas âge à la mort de son mari, elle prit les rênes du gouvernement, et sa grandeur d’âme et son courage la portèrent à suivre les Perses, quoiqu’elle n’y fût contrainte par aucune nécessité. Elle s’appelait Artémise[47], était fille de Lygdamis, originaire d’Halicarnasse du côté de son père, et de Crète du côté de sa mère. Elle commandait ceux d’Halicarnasse, de Cos, de Nisyros et de Calydnes. Elle vint trouver Xerxès avec cinq vaisseaux les mieux équipés de toute la flotte, du moins après ceux des Sidoniens ; et parmi les alliés, personne ne donna au roi de meilleurs conseils. Les peuples soumis à Artémise, dont je viens de parler, sont tous Doriens, comme je le pense. Ceux d’Halicarnasse sont originaires de Trézen, et les autres d’Épidaure. Mais c’en est assez sur l’armée navale.

C. Le dénombrement achevé, et l’armée rangée en bataille, Xerxès eut envie de se transporter dans tous les rangs, et d’en faire la revue. Monté sur son char, il parcourut l’une après l’autre toutes les nations, depuis les premiers rangs de la cavalerie et de l’infanterie jusqu’aux derniers, fit à tous des questions, et ses secrétaires écrivaient les réponses. La revue des troupes de terre finie, et les vaisseaux mis en mer, il passa de son char sur un vaisseau sidonien, où il s’assit sous un pavillon d’étoffe d’or. Il vogua le long des proues des vaisseaux, faisant aux capitaines les mêmes questions qu’aux officiers de l’armée de terre, et fit écrire leurs réponses. Les capitaines avaient mis leurs vaisseaux à l’ancre environ à quatre plèthres du rivage, les proues tournées vers la terre, sur une même ligne, et les soldats sous les armes, comme si on eût eu dessein de livrer bataille. Le roi les examinait en passant entre les proues et le rivage.

CI. La revue finie, il descendit de son vaisseau, et envoya chercher Démarate, fils d’Ariston, qui l’accompagnait dans son expédition contre la Grèce. Lorsqu’il fut arrivé, « Démarate, dit-il, je désire vous faire quelques questions ; vous êtes Grec, et même, comme je l’apprends et de vous-même et des autres Grecs avec qui je m’entretiens, vous êtes d’une des plus grandes et des plus puissantes villes de la Grèce. Dites-moi donc maintenant si les Grecs oseront lever les mains contre moi. Pour moi, je pense que tous les Grecs et le reste des peuples de l’Occident réunis en un seul corps seraient d’autant moins en état de soutenir mes attaques, qu’ils ne sont point d’accord entre eux. Mais je veux savoir ce que vous en pensez. »

« Seigneur, répondit Démarate, vous dirai-je la vérité, ou des choses flatteuses ? » Le roi lui ordonna de dire la vérité, et l’assura qu’il ne lui en serait pas moins agréable que par le passé.

CII. « Seigneur, répliqua Démarate, puisque vous le voulez absolument, je vous dirai la vérité, et jamais vous ne pourrez dans la suite convaincre de fausseté quiconque vous tiendra le même langage. La Grèce a toujours été élevée à l’école de la pauvreté ; la vertu n’est point née avec elle, elle est l’ouvrage de la tempérance et de la sévérité de nos lois, et c’est elle qui nous donne des armes contre la pauvreté et la tyrannie. Les Grecs qui habitent aux environs des Doriens méritent tous des louanges. Je ne parlerai pas cependant de tous ces peuples, mais seulement des Lacédémoniens. J’ose, seigneur, vous assurer premièrement qu’ils n’écouteront jamais vos propositions, parce qu’elles tendent à asservir la Grèce ; secondement, qu’ils iront à votre rencontre, et qu’ils vous présenteront la bataille, quand même tout le reste des Grecs prendrait votre parti. Quant à leur nombre, seigneur, ne me demandez pas combien ils sont pour pouvoir exécuter ces choses. Leur armée ne fût-elle que de mille hommes, fût-elle de plus, ou même de moins, ils vous combattront. »

CIII. « Que me dites-vous, Démarate ! lui répondit Xerxès en riant : mille hommes livreraient bataille à une armée si nombreuse ! Dites-moi, je vous prie, vous avez été leur roi : voudriez-vous donc sur-le-champ combattre seul contre dix hommes ? Si vos concitoyens sont tels que vous l’avancez, vous, qui êtes leur roi, vous devez, selon vos lois, entrer en lice contre le double ; car si un seul Lacédémonien vaut dix hommes de mon armée, vous en pouvez combattre vingt, et vos discours seront alors conséquents. Mais si ces Grecs que vous me vantez tant vous ressemblent, si leur taille n’est pas plus avantageuse que la vôtre ou celle des Grecs avec qui je me suis entretenu, j’ai bien peur qu’il n’y ait dans ce propos beaucoup de vaine gloire et de jactance. Faites-moi donc voir d’une manière probable comment mille hommes, ou dix mille, ou cinquante mille, du moins tous également libres et ne dépendant point d’un maître, pourraient résister à une si forte armée. Car enfin s’ils sont cinq mille hommes, nous sommes plus de mille contre un. S’ils avaient, selon nos usages, un maître, la crainte leur inspirerait un courage qui n’est pas dans leur caractère, et, contraints par les coups de fouet, ils marcheraient, quoiqu’en petit nombre, contre des troupes plus nombreuses. Mais, étant libres et ne dépendant que d’eux-mêmes, ils n’auront[48] jamais plus de courage que la nature ne leur en a donné, et ils n’attaqueront point des forces plus considérables que les leurs. Je pense même que s’ils nous étaient égaux en nombre, il ne leur serait pas aisé de combattre contre les seuls Perses. En effet, c’est parmi nous qu’on trouve des exemples de cette valeur ; encore y sont-ils rares et en petit nombre. Car il y a parmi mes gardes des Perses qui se battraient contre trois Grecs à la fois[49] ; et vous ne débitez à leur sujet tant de sottises que parce que vous ne les avez jamais éprouvés. »

CIV. « Seigneur, répliqua Démarate, je savais bien, en commençant ce discours, que la vérité ne vous plairait pas ; mais, forcé de vous la dire, je vous ai représenté les Spartiates tels qu’ils sont. Vous n’ignorez pas, seigneur, à quel point je les aime actuellement, eux qui, non contents de m’enlever les honneurs et les prérogatives que je tenais de mes pères, m’ont encore banni. Votre père m’accueillit, me donna une maison et une fortune considérable[50]. Il n’est pas croyable qu’un homme sage repousse la main bienfaisante de son protecteur, au lieu de la chérir. Je ne me flatte point de pouvoir combattre contre dix hommes, ni même contre deux, et jamais, du moins de mon plein gré, je me battrai contre un homme seul. Mais si c’était une nécessité, ou que j’y fusse forcé par quelque grand danger, je combattrais avec le plus grand plaisir un de ces hommes qui prétendent pouvoir résister chacun à trois Grecs. Il en est de même des Lacédémoniens. Dans un combat d’homme à homme, ils ne sont inférieurs à personne ; mais, réunis en corps, ils sont les plus braves de tous les hommes. En effet, quoique libres, ils ne le sont pas en tout. La loi est pour eux un maître absolu ; ils le redoutent beaucoup plus que vos sujets ne vous craignent. Ils obéissent à ses ordres, et ses ordres, toujours les mêmes, leur défendent la fuite, quelque nombreuse que soit l’armée ennemie, et leur ordonne de tenir toujours ferme dans leur poste, et de vaincre ou de mourir. Si mes discours ne vous paraissent que des sottises, je consens à garder dans la suite le silence sur tout le reste. Je n’ai parlé jusqu’ici que pour obéir à vos ordres. Puisse, seigneur, cette expédition réussir selon vos vœux ! »

CV. Xerxès, au lieu de se fâcher, se mit à rire, et renvoya Démarate d’une manière honnête. Après cette conversation, ce prince destitua le gouverneur que Darius avait établi à Dorisque, et, ayant mis à la place Mascames, fils de Mégadostes, il traversa la Thrace avec son armée pour aller en Grèce.

CVI. Ce Mascames, qu’il laissa à Dorisque, était le seul à qui il avait coutume d’envoyer tous les ans des présents, parce qu’il était le plus brave de tous les gouverneurs établis par Darius ou par lui-même. Artaxerxès, fils de Xerxès, se conduisit de même à l’égard de ses descendants. Avant l’expédition de Grèce, il y avait des gouverneurs en Thrace et dans toutes les places de l’Hellespont. Mais après cette expédition ils en furent tous chassés, excepté Mascames, qui se maintint dans son gouvernement de Dorisque, malgré les efforts réitérés des Grecs. C’est pour le récompenser que tous les rois qui se succèdent en Perse lui font des présents à lui et à ses descendants.

CVII. De tous les gouverneurs à qui les Grecs enlevèrent leurs places, Bogès, gouverneur d’Éion, est le seul qui ait obtenu l’estime du roi. Ce prince ne cessait d’en faire l’éloge, et il combla d’honneurs ceux de ses enfants qui lui survécurent en Perse. Bogès méritait en effet de grandes louanges. La place où il commandait étant assiégée par les Athéniens et par Cimon, fils de Miltiade, on lui permit d’en sortir par composition, et de se retirer en Asie. Mais Bogès, craignant que le roi ne le soupçonnât de s’être conservé la vie par lâcheté, refusa ces conditions et continua à se défendre jusqu’à la dernière extrémité. Enfin, quand il n’y eut plus de vivres dans la place, il fit élever un grand bûcher, tua ses enfants, sa femme, ses concubines, avec tous ses domestiques, et les fit jeter dans le feu. Il sema ensuite dans le Strymon, par-dessus les murailles, tout ce qu’il y avait d’or et d’argent dans la ville, après quoi il se jeta lui-même dans le feu. Ainsi c’est avec justice que les Perses le louent encore aujourd’hui.

CVIII. Xerxès, en partant de Dorisque pour la Grèce, força tous les peuples qu’il rencontra sur sa route à l’accompagner dans son expédition. Car toute cette étendue de pays jusqu’en Thessalie était réduite en esclavage, et payait tribut au roi depuis que Mégabyse, et Mardonius après lui, l’avaient subjuguée, comme nous l’avons dit plus haut. Au sortir de Dorisque, il passa d’abord près des places des Samothraces, dont la dernière du côté de l’occident s’appelle Mésambrie. Elle est fort près de Stryma, qui appartient aux Thasiens. Le Lissus passe entre ces deux villes. Cette rivière ne put alors suffire aux besoins de l’armée, et ses eaux furent épuisées. Ce pays s’appelait autrefois Galaïque ; on le nomme aujourd’hui Briantique, mais il appartient à juste droit aux Ciconiens.

CIX. Après avoir traversé le lit desséché du Lissus, il passa près de Maronéa, de Dicée et d’Abdère, villes grecques, et près des lacs fameux qui leur sont contigus, l’Ismaris, entre Maronéa et Stryma, et le Bistonis, proche de Dicée, dans lequel se jettent le Trave et le Compsate. Mais, n’y ayant point aux environs d’Abdère de lac célèbre, il traversa le fleuve Nestus, qui se jette dans la mer ; ensuite il continua sa route près des villes du continent, dans le territoire de l’une desquelles il y a un lac poissonneux et très-salé de trente stades de circuit ou environ. Les bêtes de charge qu’on y abreuva seulement le mirent à sec. Cette ville s’appelait Pistyre. Xerxès passa près de ces villes grecques et maritimes, les laissant sur la gauche.

CX. Les peuples de Thrace dont il traversa le pays sont les Pætiens, les Ciconiens, les Bistoniens, les Sapæens, les Dersæens, les Édoniens, les Satres. Les habitants des villes maritimes le suivirent par mer, et l’on força ceux qui occupaient le milieu du pays, et dont je viens de parler, à l’accompagner par terre, excepté les Satres.

CXI. Les Satres n’ont jamais été soumis à aucun homme, autant que nous le pouvons savoir. Ce sont les seuls peuples de Thrace qui aient continué à être libres jusqu’à mon temps. Ils habitent en effet de hautes montagnes couvertes de neige, où croissent des arbres de toute espèce, et sont très-braves. Ils ont en leur possession l’oracle de Bacchus. Cet oracle est sur les montagnes les plus élevées. Les Besses interprètent parmi ces peuples les oracles du dieu[51]. Une prêtresse rend ces oracles, de même qu’à Delphes, et ses réponses ne sont pas moins ambiguës que celles de la Pythie.

CXII. Après avoir traversé ce pays, Xerxès passa près des places des Pières, dont l’une s’appelle Phagrès et l’autre Pergame, ayant à sa droite le Pangée, grande et haute montagne, où il y a des mines d’or et d’argent qu’exploitent les Pières, les Odomantes, et surtout les Satres.

CXIII. Il passa ensuite le long des Pæoniens, des Dobères et des Pæoples, qui habitent vers le nord au-dessus du mont Pangée, marchant toujours à l’occident, jusqu’à ce qu’il arrivât sur les bords du Strymon et à la ville d’Éion. Bogès, dont j’ai parlé un peu plus haut, vivait encore, et en était gouverneur. Le pays aux environs du mont Pangée s’appelle Phyllis. Il s’étend à l’occident jusqu’à la rivière d’Angitas, qui se jette dans le Strymon, et du côté du midi jusqu’au Strymon même. Les mages firent sur le bord de ce dernier fleuve un sacrifice de chevaux blancs, dont les entrailles présagèrent d’heureux succès[52].

CXIV. Les cérémonies magiques achevées sur le bord du fleuve, ainsi qu’un grand nombre d’autres, les Perses marchèrent par le territoire des Neuf-Voies des Édoniens vers les ponts qu’ils trouvèrent déjà construits sur le Strymon. Ayant appris que ce canton s’appelait les Neuf-Voies, ils y enterrèrent tout vifs autant de jeunes garçons et de jeunes filles des habitants du pays. Les Perses sont dans l’usage d’enterrer des personnes vivantes ; et j’ai ouï dire qu’Amestris, femme de Xerxès, étant parvenue à un âge avancé, fit enterrer quatorze enfants des plus illustres maisons de Perse, pour rendre grâces au dieu qu’on dit être sous terre.

CXV. L’armée partit des bords du Strymon, et passa près d’Argile, ville grecque sur le rivage de la mer à l’occident. Cette contrée et le pays au-dessus s’appellent Bisaltie. De là, ayant à gauche le golfe qui est proche du temple de Neptune, elle traversa la plaine de Sylée, et passa près de Stagyre, ville grecque ; elle arriva ensuite à Acanthe avec toutes les forces de ces nations, tant celles des habitants du mont Pangée, que celles des pays dont j’ai parlé ci-dessus. Les peuples maritimes l’accompagnèrent par mer, et ceux qui étaient plus éloignés de la mer le suivirent par terre. Les Thraces ne labourent ni n’ensemencent le chemin par où Xerxès fit passer son armée ; et encore aujourd’hui ils l’ont en grande vénération.

CXVI. Xerxès, étant arrivé à Acanthe, ordonna aux habitants de cette ville de le compter au nombre de leurs amis, leur fit présent d’un habit à la façon des Mèdes ; et voyant avec quelle ardeur ils le secondaient dans cette guerre, et apprenant que le canal du mont Athos était achevé, il leur donna de grandes louanges.

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