Histoires (page 73)

Hérodote · Histoire

Texte français, domaine public · Source : fr.wikisource.org — trad. Larcher 1850 · 80 pages

Fiche de l’œuvre dans le savoir

CXLIV. S’adressant ensuite aux envoyés de Sparte : « La crainte qu’ont les Lacédémoniens que nous ne traitions avec le Barbare est dans la nature. Mais elle aurait bien dû vous paraître honteuse, à vous qui connaissez la magnanimité des Athéniens. Non, il n’est point assez d’or sur terre, il n’est point de pays assez beau, assez riche, il n’est rien enfin qui puisse nous porter à prendre le parti des Mèdes pour réduire la Grèce en esclavage : et quand même nous le voudrions, nous en serions détournés par plusieurs grandes raisons. La première et la plus importante, les statues et les temples de nos dieux brûlés, renversés et ensevelis sous leurs ruines ; ce motif n’est-il pas assez puissant pour nous forcer bien plutôt à nous venger de tout notre pouvoir qu’à nous allier à celui qui est l’auteur de ce désastre ? Secondement, le corps hellénique étant d’un même sang, parlant la même langue, ayant les mêmes dieux, les mêmes temples, les mêmes sacrifices, les mêmes usages, les mêmes mœurs, ne serait-ce pas une chose honteuse aux Athéniens de le trahir ? Apprenez donc, si vous l’avez ignoré jusqu’à présent, apprenez que tant qu’il restera un Athénien au monde, nous ne ferons jamais alliance avec Xerxès. Nous admirons l’offre que vous nous faites de nourrir nos familles et de pourvoir aux besoins d’un peuple dont les maisons et la fortune sont renversées, et vous portez la bienveillance jusqu’à son comble ; mais nous subsisterons comme nous le pourrons, sans vous être à charge. Les choses étant donc ainsi, mettez au plus tôt votre armée en campagne. Car aussitôt que le Barbare aura appris que nous ne voulons point accepter ses offres, il entrera sans différer sur nos terres, comme nous le conjecturons. Il est donc à propos de prévenir son irruption dans l’Attique, et d’aller au-devant de lui en Béotie. »

↑ 16 200 livres. Il y a dans le grec : trois talents d’argent. Il donna encore un talent à un Athénien. Ainsi il lui resta la somme de 113 400 livres.

↑ Avant qu’on fît usage de la trompette, on donnait le signal du combat avec un flambeau. Ceux qui le portaient étaient consacrés au dieu Mars. Ils s’avançaient à la tête des armées, et dans l’espace qui était entre deux, ils lâchaient leur flambeau, et se retiraient ensuite sans qu’on leur fît le moindre mal. Les armées se battaient ; et quand même toute une armée eût péri, on sauvait toujours la vie au porte-flambeau, parce qu’il était consacré au dieu Mars. De là vient le proverbe sur les défaites totales : Le porte-flambeau n’a pas même été épargné. Hérodote est le premier auteur où l’on voit cette expression, qui devint dans la suite si familière qu’elle passa en proverbe. (L.)

↑ Ce Scyllias avait fait apprendre à Cyana sa fille l’art de plonger. Dans le temps de la tempête qui accueillit les Perses près du mont Pélion, ils plongèrent tous les deux, arrachèrent les ancres qui retenaient les vaisseaux de Xerxès, et lui causèrent par là une perte considérable. On érigea, par ordre des amphictyons, au père et à la fille, des statues dans le temple d’Apollon à Delphes. La statue de Cyana fut du nombre de celles que Néron fit transporter à Rome. (L.)

↑ Je crois qu’il s’agit ici de petits stades à cinquante-une toises le stade. Je trouve en effet quatre-vingts de ces stades dans la carte de la Grèce de M. d’Anville. Suivant cette évaluation, cela ferait une lieu et demie et un peu plus de demi-quart. (L.)

↑ Ce furent les Athéniens qui se distinguèrent le plus parmi les Grecs, et ceux de Sidon parmi les Barbares. « Bel Artémisium ! dit Pindare dans une ode qui n’est point venue jusqu’à nous, bel Artémisium, où les Athéniens ont jeté les glorieux fondements de la liberté ! » (L.)

↑ Clinias, fils d’Alcibiade, et père du célèbre Alcibiade, d’une des plus illustres maisons d’Athènes, descendait d’Eurysaces, fils d’Ajax. Il avait épousé Dinomaque, fille de Mégaclès, dont la grand’mère, Agariste, était fille de Clisthènes, tyran de Sicyone. Il comptait parmi ses ancêtres Alcméon, grand-père de celui que Crésus enrichit. Clinias se distingua à la bataille d’Artémisium, et périt au combat de Coronée contre les Béotiens. Il laissa un fils en bas âge, ce fut le fameux Alcibiade. On ignore quel âge avait celui-ci quand son père mourut. (L.)

↑ Il y eut trois Bacis, tous trois devins ; le plus ancien était d’Étéon en Béotie, le second d’Athènes, et le troisième de Caphyé en Arcadie, comme on le voit par le scoliaste d’Aristophane. Théopompe, dans son neuvième livre, raconte de ce dernier beaucoup de choses merveilleuses, et entre autres qu’il purifia et guérit les femmes de Lacédémone qui étaient devenues folles, Apollon leur ayant dit de s’adresse à lui pour les purifier. (L.)

↑ Les jeux olympiques, institués par Pisus, Pélops et Hercule, ayant été interrompus, furent renouvelés par Lycurgue de Lacédémone, de la race d’Hercule ; par Iphitus, souverain d’un petit canton de l’Élide, parent des Héraclides ; et par Cléosthènes de Pise, vingt-sept olympiades avant celle où Corœbus d’Élée remporta le prix. Les noms des vainqueurs à ce jeux ne furent pas inscrits sur les registres. Ils ne commencèrent à l’être que dans l’olympiade qui commence l’an 776 avant notre ère, olympiade où Corœbus remporta le prix. C’est cette dernière olympiade qu’on regarde comme la première, et c’est celle dont les Grecs se sont servis pour calculer les temps. (L.)

↑ Les Thessaliens, originaires de la Thesprotie, s’étant emparés de l’Éolide, qu’on appela depuis Thessalie, tâchèrent de pénétrer dans la Phocidie par le passage des Thermopyles ; mais les Phocidiens construisirent en cet endroit un mur qui arrêta leurs incursions. De là l’origine de la haine que se portaient ces peuples. Cette haine devint implacable, et au point que les Thessaliens égorgèrent en un jour tous les magistrats et les tyrans des Phocidiens, et que-ci firent périr sous le bâton deux cent cinquante otages qu’ils avaient entre les mains. (L.)

↑ Tellias fut le chef de la famille des Telliades, où la divination était héréditaire. Il est parlé plus bas d’Hégésistrate, devin, et de la famille des Telliades. Comme les Phocidiens lui avaient obligation de la bataille gagnée, ils firent faire sa statue par Aristomédon d’Argos, et l’envoyèrent à Delphes avec celles de leurs chefs et des héros de leur pays. (L.)

↑ Comme la Pythie rendait ses oracles avec un son de voix confus et inintelligible, on se servait d’un interprète sacré qui les rédigeait, et les remettait aux personnes qui venaient consulter le dieu. Cet interprète s’appelait prophète. Il n’y en avait encore qu’un du temps d’Hérodote. Mais la superstition ayant fait des progrès avec la réputation de l’oracle, il fallut en avoir plusieurs. On les tirait au sort parmi les Delphiens de la première distinction, parce qu’on craignait de confier un ministère si important à d’autres personnes qu’à celles qui étaient intéressées à en garder le secret. (L.)

↑ Lorsque les Gaulois vinrent pour piller le temple de Delphes, les héros Hypérochus, Laodocus, Pyrrhus, vinrent au secours, et quelques-uns mettent aussi de ce nombre Phylacus, héros du pays. Justin a métamorphosé les deux premiers en deux vierges d’une beauté extraordinaire. (L.)

↑ Le grec dit : au bas du sommet Hyampée. Le Parnasse avait deux sommets, Nauplia et Hyampée. Les Delphiens précipitaient les sacriléges du haut de cette dernière cime ; mais ayant fait périr injustement Ésope, le rocher Hyampée ne leur servit plus à cette usage, et ils précipitèrent les sacriléges du haut du rocher Nauplia. (L.)

↑ C’était un crime à Athènes d’abandonner la patrie dans un temps de danger, ou même de soustraire sa femme et ses enfants au périls dont la ville était menacée, avant que la permission en eût été donnée par un décret. Léocrates s’étant retiré à Rhodes et à Mégare quelque temps après la bataille de Chéronée, il fut accusé, à son retour à Athènes, par Lycurgue, d’avoir trahi la patrie ; et, s’il eût eu un suffrage de plus contre lui, il était banni ou puni de mort. (L.)

↑ Ces insulaires étaient très-faibles. Aussi Démosthènes dit aux Athéniens : « Si je vous croyais donc des Siphniens, des Cythniens, ou d’autres peuples pareils, je ne vous conseillerais pas de prendre des sentiments si élevés. » (L.)

↑ Cette mer n’était autre chose qu’un puits où se rendait de l’eau de mer par des conduits souterrains, « ce qui n’est pas bien merveilleux, ajoute Pausanias ; mais ce qui mérite d’être rapporté, c’est que, lorsque le vent du midi souffle, on y entend un bruit semblable à celui des vagues agitées, et que l’on voit sur la pierre de ce puits la figure d’un trident qu’on dit être un témoignage de la contestation qu’eut Neptune avec Minerve au sujet de l’Attique. » Il jaillissait aussi de l’eau de mer dans le temple de Neptune Hippias, près de Mantinée, et à Mylases, ville de Carie, quoique le port de cette ville soit éloignée de la mer de quatre-vingt stades, et que Mantinée soit si avant dans les terres que la mer n’y peut venir, dit Pausanias, que par miracle. (L.)

↑ Cécrops régna dans l’Attique. Elle s’appelait auparavant Actæa ; il l’appela de son nom Cécropia. On dit que sous son règne les dieux choisirent les villes où ils voulaient être honorés d’un culte particulier. Neptune vint le premier dans l’Attique, et ayant frappé la terre de son trident vers le milieu de la citadelle, il en fit sortir une mer, qu’on appelle aujourd’hui Érechtéide. Après lui vint Minerve, qui fit croître un olivier qu’on voit aujourd’hui dans le Pandrosion. Jupiter fit adjuger la ville à Minerve, qui lui donna son nom, cette déesse s’appelant en grec Athéné. (L.)

↑ Aristote, selon Plutarque, écrit que le sénat de l’Aréopage donna huit drachmes à chaque soldat, et que par ce moyen surtout on réussit à compléter les équipages des vaisseaux. Clidémus, ajoute Plutarque, assure que cet argent fut trouvé par un artifice de Thémistocles. Car, tandis que les Athéniens, dit-il, se rendaient au Pirée pour s’embarquer, l’égide de la statue de Minerve se perdit. Thémistocles, faisant semblant de la chercher partout, trouva parmi les bagages une somme d’argent immense, qui, ayant été mise en commun, entretint l’abondance de la flotte. (L.)

↑ Le 20 du mois boédromion, qui était le sixième jour de la fête des mystères de Cérès, on portait du Céramique à Éleusis une figure d’Iacchus ou de Bacchus, couronnée de myrte et tenant à la main un flambeau. Pendant la marche on chantait en l’honneur du dieu un hymne qui s’appelait mystique Iacchus, et dans lequel on répétait souvent Iacche. Or c’était cet hymne que disait avoir entendu Dicéus. Cet hymne ne se chantait pas en l’honneur de Bacchus Thébain, fils de Jupiter et de Sémélé ; mais en celui de Bacchus fils de Jupiter et de Proserpine. Celui-ci était, selon Cicéron, le premier des cinq Bacchus, parmi lesquels il ne comprend pas le fils de Sémélé.

↑ Ceci ne s’était pas toujours observé : Hercule, les Dioscures furent initiés, mais auparavant ils furent adoptés par un Athénien. Anacharsis, quoique Barbare, le fut aussi ; mais auparavant il s’était fait adopter. Les Athéniens ne se rendirent pas dans la suite si difficiles, non-seulement à l’égard des Grecs, comme le prouve ce passage, mais encore à l’égard des Barbares, puisqu’ils initièrent Sylla, Pomponius Atticus, Auguste, etc.

↑ Les Achéens, ayant été chassés de la Laconie et de l’Argolide par les Héraclides, s’emparèrent du pays alors occupé par les Ioniens, et qui prit d’eux le nom d’Achaïe ; ainsi cette nation n’est pas sortie du Péloponnèse. (L.)

↑ Les Minyens, ou descendants des Argonautes, ayant été chassés de l’île de Lemnos par les Pélasges, vinrent dans le Péloponnèse. S’étant emparés peu après du pays des Paroréates et de celui des Caucons, ils en chassèrent les anciens habitants et y bâtirent six villes. Cet événement est de la même époque que la fondation de Théra, comme on le voit dans Hérodote, et par conséquent il est de l’an 3564 de la période julienne, 1150 ans avant notre ère. Il y avant donc, dans le temps de la bataille de Salamine, 670 ans que les Minyens portaient le nom de Paroréates. (L.)

↑ Cette expression fait-elle allusion à l’airain dont les proues des vaisseaux étaient armées, ou aux plus anciens temps où les armes étaient d’airain, le fer n’ayant pas encore été trouvé ?

↑ Ce seul trait suffit pour faire voir qu’en fait d’oracles notre historien, écrivain d’ailleurs si plein de sens, avait la même maladie que la plupart des autres hommes de son siècle. Mais il prouve en même temps qu’il y avait déjà des gens plus clairvoyants et moins crédules. (Walckenaer.)

↑ Ostracisme est un mot grec qui vient d’ὄστρακον, test de pot de terre ou écaille. C’était un jugement en usage à Athènes, par lequel on exilait, ordinairement pour dix ans (pour cinq ans selon Diodore de Sicile), ceux qu’on croyait trop puissants, et dont on craignait le crédit et les richesses. L’ostracisme fut imaginé par les Athéniens après qu’ils eurent secoué le joug des Pisitratides ; ils se défaisait par ce moyen de ceux qu’ils croyaient capables de détruire le gouvernement populaire. Pour ces sortes de jugements, on fermait la place publique de planches, on y laissait dix portes ; le peuple entrait par tribus, et chacun mettait dans l’urne son ostracon, sur lequel était écrit son suffrage. S’il se trouvait six mille voix contre l’accusé, il fallait que dans dix jours il sortît de la ville ; sans ce nombre il n’était pas condamné. (Bellanger.)

↑ Il y a dans le grec Artemisia. L’usage a prévalu en français de dire Artémise. Elle était fille de Lygdamis et reine de Carie. Elle n’en possédait cependant qu’une petite partie, Halicarnasse, qui en était la capitale, et les trois petites îles de Cos, Nisyros et Calydnes. Ainsi il ne faut pas confondre Calydnes avec Calynde, ville sur les frontières de Lycie, dont Damasithyme était roi. Il ne faut pas non plus confondre cette princesse avec une autre Artémise qui fut aussi reine de Carie, et qui était fille d’Hécatomus, sœur et femme de Mausole, lequel mourut vers la cent sixième olympiade, ou 356 ans avant notre ère. (L.)

↑ Voyez les reproches faits à son père Crios, reproches qui occasionnent la récrimination de Polycrite, liv. vi, § l et lxxiii.

↑ « Aristide, voyant que Psyttalie, petite île près de Salamine et dans le détroit, était pleine de troupes ennemies, prit avec lui les plus zélés et les plus braves de ses concitoyens, et, les ayant embarqués sur des bâtiments légers, il fut une descente dans cette île ; il livra bataille aux Barbares, et les passa tous au fil de l’épée, excepté les plus distingués, qui furent faits prisonniers. De ce nombre furent trois frères, fils de Sandauce, sœur du roi. Aristide les ayant envoyés à Thémistocles, on dit qu’ils furent immolés à Bacchus Omestès : le devin Euphrantidès l’ayant ainsi ordonné en vertu d’un oracle. » (Plutarque, Vie d’Aristide.)

↑ Il y a eu plusieurs Musée. Celui dont il est ici question était Athénien, et d’Éleusis, fils d’Antiphémus ou Antiophémus, comme l’appelle Pausanias. Il a écrit des préceptes en vers adressés à son fils Eumolpe, sur lesquels on peut consulter Pausanias. Cet auteur dit cependant qu’on n’a rien qui soit certainement de Musée, si ce n’est un hymne en l’honneur de Cérès, qu’il fit pour être chanté par les Lycomèdes. Il avait aussi composé des oracles qu’on attribuait à Onomacrite. Il fut enterré à Athènes, sur une colline qui est dans l’enceinte de l’ancienne ville, vis-à-vis de la citadelle, où il avait coutume de se retirer pour y chanter ses vers. Il eut un petit-fils de son nom, à qui Diogène Laërce attribue une théogonie et un Traité de la sphère en vers. (L.)

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