La Légende des siècles (page 47)

Victor Hugo · Lettres

Texte français, domaine public · Source : fr.wikisource.org — La Légende des siècles · 69 pages

Fiche de l’œuvre dans le savoir

Et qui, français, défend la France, est un pauvre homme ;

Telle est la vérité que vos calculs nous font.

Ah ! si c'est là le but, ah ! si c'est là le fond,

Si c'est la vérité seule vraie, affirmée

Par Walpole, et par toi, sénateur Mérimée,

Je la déclare fausse, ô sacrés firmaments !

Et je crache dessus, et je lui dis : Tu mens !

À cette vérité qui, vile, atroce, obscène,

Donne tort à Barbès et raison à Bazaine !

Non ! non ! non ! je l'ai dit et le dirai cent fois,

Ce n'est point pour cela qu'on a brisé les rois

Et fait entrer le jour dans les profonds repaires !

Non ! non ! non ! ce n'est point pour cela que nos pères

Ont fait cette conquête altière, l'avenir !

Qu'ils poussaient leurs chevaux et les faisaient hennir

De Memphis à Berlin, de l'Èbre à la Thuringe !

Non ! j'ai les droits de l'homme et non les droits du singe.

Je comprends qu'on se penche avec fraternité

Vers les êtres qui sont hors de l'humanité,

Qu'on éclaire leur nuit ; mais qu'on s'y précipite,

Non. Je veux, de ce gouffre où la bête palpite,

Faire monter, labeur superbe et hasardeux,

Les monstres jusqu'à nous, et non tomber près d'eux ;

Je veux être pour eux non l'égal, mais l'archange,

Et leur donner mon âme et non prendre leur fange.

Êtes-vous la science après tout ? question.

Non, vous ne l'êtes pas. Vous doutez. Montyon

Donne un prix de vertu, Troplong un prix de crime ;

Garibaldi délivre et Bonaparte opprime ;

Où vont-ils ? au néant ? à Dieu ? Tout le destin,

Si l'on vous en croit, flotte et ment, rien n'est certain ;

L'énigme n'offre au loin que des plages désertes ;

Vous êtes les premiers à tout ignorer ; certes,

Votre doute est complet et vous le confessez ;

Vous ne voyez qu'un mur fermé de noirs fossés,

C'est vous qui l'avouez ; et nul ne peut conclure

Du présent l'avenir, du front la chevelure ;

Nul ne voit l'autre aspect du destin, le trépas ;

Nul ne sait rien. Alors j'ai le choix, n'est-ce pas ?

J'ai mon goût, vous le vôtre ; après tant de souffrance,

Le désespoir vous plaît, moi je prends l'espérance ;

Et puisque selon vous rien n'est clair, rien n'est sûr,

Vous choisissez la cendre et je choisis l'azur.

*

Je veux être ici-bas libre, ailleurs responsable,

Je suis plus qu'un brin d'herbe et plus qu'un grain de sable ;

Je me sens à jamais pensif, ailé, vivant.

*

Ce n'est point vers la nuit que je crie en avant !

Mourir n'est pas finir, c'est le matin suprême.

Non ! je ne donne pas à la mort ceux que j'aime !

Je les garde, je veux le firmament pour eux,

Pour moi, pour tous, et l'aube attend les ténébreux ;

L'amour en nous, passants qu'un rayon lointain dore,

Est le commencement auguste de l'aurore ;

Mon cœur, s'il n'a ce jour divin, se sent banni,

Et, pour avoir le temps d'aimer, veut l'infini ;

Car la vie est passée avant qu'on ait pu vivre.

C'est l'azur qui me plaît, c'est l'azur qui m'enivre,

L'azur sans nuit, sans mort, sans noirceur, sans défaut ;

C'est l'empyrée immense et profond qu'il me faut,

La terre n'offrant rien de ce que je réclame,

L'heure humaine étant courte et sombre, et, pour une âme

Qui vous aime, parents, enfants, toi ma beauté,

Le ciel ayant à peine assez d'éternité !</

poem>

===IV. Le géant Soleil parle à la naine Étincelle===

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Le géant Soleil parle à la naine Étincelle :

— Ô néant, feu follet, ver que l'ombre recèle,

Lueur qui disparaît sitôt qu'elle a flotté,

Contemple-moi, je suis l'abîme de clarté.

Vois, dans mon flamboiement les mondes vont et viennent ;

Mes rayons sont les fils effrayants qui les tiennent ;

Sans moi le firmament ne serait qu'un linceul ;

Je ne suis pas bien sûr de ne pas être seul ;

Toute l'immensité, depuis l'aube première,

Me regarde effarée, ivre de ma lumière.

Ainsi parla le gouffre éblouissant de feu.

L'atome écouta l'astre, et lui répondit : Dieu.

IV LES LIONS

Les lions dans la fosse étaient sans nourriture.

Captifs, ils rugissaient vers la grande nature

Qui prend soin de la brute au fond des antres sourds.

Les lions n’avaient pas mangé depuis trois jours.

Ils se plaignaient de l’homme, et, pleins de sombres haines,

À travers leur plafond de barreaux et de chaînes,

Regardaient du couchant la sanglante rougeur ;

Leur voix grave effrayait au loin le voyageur

Marchant à l’horizon dans les collines bleues.

Tristes, ils se battaient le ventre de leurs queues ;

Et les murs du caveau tremblaient, tant leurs yeux roux

À leur gueule affamée ajoutaient de courroux !

La fosse était profonde ; et, pour cacher leur fuite,

Og et ses vastes fils l’avaient jadis construite ;

Ces enfants de la terre avaient creusé pour eux

Ce palais colossal dans le roc ténébreux ;

Leurs têtes en ayant crevé la large voûte,

La lumière y tombait et s’y répandait toute,

Et ce cachot de nuit pour dôme avait l’azur.

Nabuchodonosor, qui régnait dans Assur,

En avait fait couvrir d’un dallage le centre ;

Et ce roi fauve avait trouvé bon que cet antre,

Qui jadis vit les Chams et les Deucalions,

Bâti par les géants, servît pour les lions.

Ils étaient quatre, et tous affreux. Une litière

D’ossements tapissait le vaste bestiaire ;

Les rochers étageaient leur ombre au-dessus d’eux ;

Ils marchaient, écrasant sur le pavé hideux

Des carcasses de bête et des squelettes d’homme.

Le premier arrivait du désert de Sodome ;

Jadis, quand il avait sa fauve liberté,

Il habitait le Sin, tout à l’extrémité

Du silence terrible et de la solitude ;

Malheur à qui tombait sous sa patte au poil rude !

Et c’était un lion des sables.

Et c’était un lion des sables Le second

Sortait de la forêt de l’Euphrate fécond ;

Naguère, en le voyant vers le fleuve descendre,

Tout tremblait ; on avait eu du mal à le prendre,

Car il avait fallu les meutes de deux rois ;

Il grondait ; et c’était une bête des bois.

Et le troisième était un lion des montagnes.

Jadis il avait l’ombre et l’horreur pour compagnes ;

Dans ce temps-là, parfois, vers les ravins bourbeux

Se ruaient des galops de moutons et de bœufs ;

Tous fuyaient, le pasteur, le guerrier et le prêtre ;

Et l’on voyait sa face effroyable apparaître.

Le quatrième, monstre épouvantable et fier,

Était un grand lion des plages de la mer.

Il rôdait près des flots avant son esclavage.

Gur, cité forte, était alors sur le rivage ;

Ses toits fumaient ; son port abritait un amas

De navires mêlant confusément leurs mâts ;

Le paysan portant son gomor plein de manne

S’y rendait ; le prophète y venait sur son âne ;

Ce peuple était joyeux comme un oiseau lâché ;

Gur avait une place avec un grand marché,

Et l’Abyssin venait y vendre des ivoires ;

L’Amorrhéen, de l’ambre et des chemises noires ;

Ceux d’Ascalon, du beurre, et ceux d’Aser, du blé.

Du vol de ses vaisseaux l’abîme était troublé.

Or, ce lion était gêné par cette ville ;

Il trouvait, quand le soir il songeait immobile,

Qu’elle avait trop de peuple et faisait trop de bruit.

Gur était très-farouche et très-haute ; la nuit,

Trois lourds barreaux fermaient l’entrée inabordable ;

Entre chaque créneau se dressait, formidable,

Une corne de buffle ou de rhinocéros ;

Le mur était solide et droit comme un héros ;

Et l’Océan roulait à vagues débordées

Dans le fossé, profond de soixante coudées.

Au lieu de dogues noirs jappant dans le chenil,

Deux dragons monstrueux pris dans les joncs du Nil

Et dressés par un mage à la garde servile,

Veillaient des deux côtés de la porte de ville.

Or, le lion s’était une nuit avancé,

Avait franchi d’un bond le colossal fossé,

Et broyé, furieux, entre ses dents barbares,

La porte de la ville avec ses triples barres,

Et, sans même les voir, mêlé les deux dragons

Au vaste écrasement des verrous et des gonds ;

Et, quand il s’en était retourné vers la grève,

De la ville et du peuple il ne restait qu’un rêve,

Et, pour loger le tigre et nicher les vautours,

Quelques larves de murs sous des spectres de tours.

Celui-là se tenait accroupi sur le ventre.

Il ne rugissait pas, il bâillait ; dans cet antre

Où l’homme misérable avait le pied sur lui,

Il dédaignait la faim, ne sentant que l’ennui.

Les trois autres allaient et venaient ; leur prunelle,

Si quelque oiseau battait leurs barreaux de son aile,

Le suivait ; et leur faim bondissait, et leur dent

Mâchait l’ombre à travers leur cri rauque et grondant.

Soudain, dans l’angle obscur de la lugubre étable,

La grille s’entr’ouvrit ; sur le seuil redoutable,

Un homme que poussaient d’horribles bras tremblants,

Apparut ; il était vêtu de linceuls blancs ;

La grille referma ses deux battants funèbres ;

L’homme avec les lions resta dans les ténèbres.

Les monstres, hérissant leur crinière, écumant,

Se ruèrent sur lui, poussant ce hurlement

Effroyable, où rugit la haine et le ravage

Et toute la nature irritée et sauvage

Avec son épouvante et ses rébellions ;

Et l’homme dit : « La paix soit avec vous, lions ! »

L’homme dressa la main ; les lions s’arrêtèrent.

Les loups qui font la guerre aux morts et les déterrent,

Les ours au crâne plat, les chacals convulsifs

Qui pendant le naufrage errent sur les récifs,

Sont féroces ; l’hyène infâme est implacable ;

Le tigre attend sa proie et d’un seul bond l’accable ;

Mais le puissant lion, qui fait de larges pas,

Parfois lève sa griffe et ne la baisse pas,

Étant le grand rêveur solitaire de l’ombre.

Et les lions, groupés dans l’immense décombre,

Se mirent à parler entre eux, délibérant ;

On eût dit des vieillards réglant un différend

Au froncement pensif de leurs moustaches blanches.

Un arbre mort pendait, tordant sur eux ses branches.

Et, grave, le lion des sables dit : « Lions,

Quand cet homme est entré, j’ai cru voir les rayons

De midi dans la plaine où l’ardent semoun passe,

Et j’ai senti le souffle énorme de l’espace ;

Cet homme vient à nous de la part du désert. »

Le lion des bois dit : « Autrefois, le concert

Du figuier, du palmier, du cèdre et de l’yeuse,

Emplissait jour et nuit ma caverne joyeuse ;

Même à l’heure où l’on sent que le monde se tait,

Le grand feuillage vert autour de moi chantait.

Quand cet homme a parlé, sa voix m’a semblé douce

Comme le bruit qui sort des nids d’ombre et de mousse ;

Cet homme vient à nous de la part des forêts. »

Et celui qui s’était approché le plus près,

Le lion noir des monts dit : « Cet homme ressemble

Au Caucase, où jamais une roche ne tremble ;

Il a la majesté de l’Atlas ; j’ai cru voir,

Quand son bras s’est levé, le Liban se mouvoir

Et se dresser, jetant l’ombre immense aux campagnes ;

Cet homme vient à nous de la part des montagnes. »

Le lion qui, jadis, au bord des flots rôdant,

Rugissait aussi haut que l’Océan grondant,

Parla le quatrième, et dit : « Fils, j’ai coutume,

En voyant la grandeur, d’oublier l’amertume,

Et c’est pourquoi j’étais le voisin de la mer.

J’y regardais — laissant les vagues écumer —

Apparaître la lune et le soleil éclore,

Et le sombre infini sourire dans l’aurore ;

Et j’ai pris, ô lions, dans cette intimité,

L’habitude du gouffre et de l’éternité ;

Or, sans savoir le nom dont la terre le nomme,

J’ai vu luire le ciel dans les yeux de cet homme ;

Cet homme au front serein vient de la part de Dieu. »

Quand la nuit eut noirci le grand firmament bleu,

Le gardien voulut voir la fosse, et cet esclave,

Collant sa face pâle aux grilles de la cave,

Dans la profondeur vague aperçut Daniel

Qui se tenait debout et regardait le ciel,

Et songeait, attentif aux étoiles sans nombre,

Pendant que les lions léchaient ses pieds dans l’ombre.

LA SŒUR DE CHARITÉ

J'avais vingt ans, j'étais criblé de coups de lance, On me porta sanglant et pâle à l'ambulance. On me fit un lit d'herbe, on me déshabilla. J'avais sur moi des vers ; j'étais, dans ce temps-là, Poëte, comme Horace amoureux de Barine. Les lances qui m'avaient fort piqué la poitrine Avaient aussi troué mes quatrains à Chloris. Tout manquait ; on n'est pas soigné comme à Paris Dans ces vieilles forêts du pays de Thuringe ; Le chirurgien dit : — Nous n'avons pas de linge. Il lut mes vers et dit : — C'est un payen, je crois. La sœur de charité fit un signe de croix. Et le docteur reprit : — Pas de linge ! que faire ? — Ah ! cette guerre était grande, et je la préfère À votre paix. Quel temps ! je suis un des témoins. J'ai des grades de plus et des cheveux de moins, Le vieux général songe au jeune capitaine ; Et l'envie. Ah ! l'aurore est charmante, et lointaine ! — Donc je perdais mon sang, j'étais évanoui. J'étais jeune, blessé, mourant, mais vivant ; oui, Très vivant ! Le docteur disait : — La mort est sûre Si l'on ne parvient pas à bander la blessure ; Du linge ! ou dans une heure il est mort ! — Cependant Il partit. La bataille autour de nous grondant, Pleine de chocs, de meurtre et d'ombre, et des haleines De l'immense agonie éparse dans les plaines, L'appelait de sa voix formidable au secours ; On ne donne aux blessés que des instants très courts. J'étais seul, et mon flanc saignait, et mon épaule Ruisselait, et la sœur de Saint-Vincent de Paule, Très jeune, pâle, et rose à travers sa pâleur, Me veillait. Elle dit : — Sauvons-le ! quel malheur ! S'il mourait, il serait damné, ce pauvre impie ! — Elle arracha sa guimpe et fit de la charpie. Tout entière à ses soins pour le jeune inconnu, Elle ne voyait pas que son sein était nu, Moi, je rouvrais les yeux... — Ô muses de Sicile, Dire à quoi je pensais, ce serait difficile !

III

LES PAUVRES GENS

I

Il est nuit. La cabane est pauvre, mais bien close.

Le logis est plein d’ombre, et l’on sent quelque chose

Qui rayonne à travers ce crépuscule obscur.

Des filets de pêcheur sont accrochés au mur.

Au fond, dans l’encoignure où quelque humble vaisselle

Aux planches d’un bahut vaguement étincelle,

On distingue un grand lit aux longs rideaux tombants.

Tout près, un matelas s’étend sur de vieux bancs,

Et cinq petits enfants, nid d’âmes, y sommeillent.

La haute cheminée où quelques flammes veillent

Rougit le plafond sombre, et, le front sur le lit,

Une femme à genoux prie, et songe, et pâlit.

C’est la mère. Elle est seule. Et dehors, blanc d’écume,

Au ciel, aux vents, aux rocs, à la nuit, à la brume,

Le sinistre Océan jette son noir sanglot.

II

L’homme est en mer. Depuis l’enfance matelot,

Il livre au hasard sombre une rude bataille.

Pluie ou bourrasque, il faut qu’il sorte, il faut qu’il aille,

Car les petits enfants ont faim. Il part le soir

Quand l’eau profonde monte aux marches du musoir.

Il gouverne à lui seul sa barque à quatre voiles.

La femme est au logis, cousant les vieilles toiles,

Remmaillant les filets, préparant l’hameçon,

Surveillant l’âtre où bout la soupe de poisson,

Puis priant Dieu sitôt que les cinq enfants dorment.

Lui, seul, battu des flots qui toujours se reforment,

Il s’en va dans l’abîme et s’en va dans la nuit.

Dur labeur ! tout est noir, tout est froid ; rien ne luit.

Dans les brisants, parmi les lames en démence,

L’endroit bon à la pêche, et, sur la mer immense,

Le lieu mobile, obscur, capricieux, changeant,

Où se plaît le poisson aux nageoires d’argent,

Ce n’est qu’un point ; c’est grand deux fois comme la chambre.

Or, la nuit, dans l’ondée et la brume, en décembre,

Pour rencontrer ce point sur le désert mouvant,

Comme il faut calculer la marée et le vent !

Comme il faut combiner sûrement les manœuvres !

Les flots le long du bord glissent, vertes couleuvres ;

Le gouffre roule et tord ses plis démesurés

Et fait râler d’horreur les agrès effarés.

Lui, songe à sa Jeannie au sein des mers glacées,

Et Jeannie en pleurant l’appelle ; et leurs pensées

Se croisent dans la nuit, divins oiseaux du cœur.

III

Elle prie, et la mauve au cri rauque et moqueur

L’importune, et, parmi les écueils en décombres,

L’Océan l’épouvante, et toutes sortes d’ombres

Passent dans son esprit : la mer, les matelots

Emportés à travers la colère des flots.

Et dans sa gaîne, ainsi que le sang dans l’artère,

La froide horloge bat, jetant dans le mystère,

Goutte à goutte, le temps, saisons, printemps, hivers ;

Et chaque battement, dans l’énorme univers,

Ouvre aux âmes, essaims d’autours et de colombes,

D’un côté les berceaux et de l’autre les tombes.

Elle songe, elle rêve, — et tant de pauvreté !

Ses petits vont pieds nus l’hiver comme l’été.

Pas de pain de froment. On mange du pain d’orge.

— Ô Dieu ! le vent rugit comme un soufflet de forge,

La côte fait le bruit d’une enclume, on croit voir

Les constellations fuir dans l’ouragan noir

Comme les tourbillons d’étincelles de l’âtre.

C’est l’heure où, gai danseur, minuit rit et folâtre

Sous le loup de satin qu’illuminent ses yeux,

Et c’est l’heure où minuit, brigand mystérieux,

Voilé d’ombre et de pluie et le front dans la bise,

Prend un pauvre marin frissonnant et le brise

Aux rochers monstrueux apparus brusquement. —

Horreur ! l’homme, dont l’onde éteint le hurlement,

Sent fondre et s’enfoncer le bâtiment qui plonge ;

Il sent s’ouvrir sous lui l’ombre et l’abîme, et songe

Au vieil anneau de fer du quai plein de soleil !

Ces mornes visions troublent son cœur, pareil

À la nuit. Elle tremble et pleure.

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