Les Châtiments (page 6)

Victor Hugo · Lettres

Texte français, domaine public · Source : fr.wikisource.org — Les Châtiments · 10 pages

Fiche de l’œuvre dans le savoir

Sans porte ni volet.

Le père en frémissant va mendier dans l’ombre ;

La mère n’ayant plus de pain, dénûment sombre,

L’enfant n’a plus de lait.

II

Millions ! millions ! châteaux ! liste civile !

Un jour je descendis dans les caves de Lille ;

Je vis ce morne enfer.

Des fantômes sont là sous terre dans des chambres,

Blêmes, courbés, ployés ; le rachis tord leurs membres

Dans son poignet de fer.

Sous ces voûtes on souffre, et l’air semble un toxique ;

L’aveugle en tâtonnant donne à boire au phtisique ;

L’eau coule à longs ruisseaux ;

Presque enfant à vingt ans, déjà vieillard à trente,

Le vivant chaque jour sent la mort pénétrante

S’infiltrer dans ses os.

Jamais de feu ; la pluie inonde la lucarne ;

L’œil en ces souterrains où le malheur s’acharne

Sur vous, ô travailleurs,

Près du rouet qui tourne et du fil qu’on dévide,

Voit des larves errer dans la lueur livide

Du soupirail en pleurs.

Misère ! l’homme songe en regardant la femme.

Le père, autour de lui sentant l’angoisse infâme

Étreindre la vertu,

Voit sa fille rentrer sinistre sous la porte,

Et n’ose, l’œil fixé sur le pain qu’elle apporte,

Lui dire : D’où viens-tu ?

Là dort le désespoir sur son haillon sordide ;

Là, l’avril de la vie, ailleurs tiède et splendide,

Ressemble au sombre hiver ;

La vierge, rose au jour, dans l’ombre est violette ;

Là, rampent dans l’horreur la maigreur du squelette,

La nudité du ver ;

Là frissonnent, plus bas que les égouts des rues,

Familles de la vie et du jour disparues,

Des groupes grelottants ;

Là, quand j’entrai, farouche, aux méduses pareille,

Une petite fille à figure de vieille

Me dit : J’ai dix-huit ans !

Là, n’ayant pas de lit, la mère malheureuse

Met ses petits enfants dans un trou qu’elle creuse,

Tremblants comme l’oiseau ;

Hélas ! ces innocents aux regards de colombe

Trouvent en arrivant sur la terre une tombe,

En place d’un berceau !

Caves de Lille ! on meurt sous vos plafonds de pierre !

J’ai vu, vu de mes yeux pleurant sous ma paupière,

Râler l’aïeul flétri,

La fille aux yeux hagards de ses cheveux vêtue,

Et l’enfant spectre au sein de la mère statue !

Ô Dante Alighieri !

C’est de ces douleurs-là que sortent vos richesses,

Princes ! ces dénûments nourrissent vos largesses,

Ô vainqueurs ! conquérants !

Votre budget ruisselle et suinte à larges gouttes

Des murs de ces caveaux, des pierres de ces voûtes,

Du cœur de ces mourants.

Sous ce rouage affreux qu’on nomme tyrannie,

Sous cette vis que meut le fisc, hideux génie,

De l’aube jusqu’au soir,

Sans trêve, nuit et jour, dans le siècle où nous sommes,

Ainsi que des raisins on écrase des hommes,

Et l’or sort du pressoir.

C’est de cette détresse et de ces agonies,

De cette ombre, où jamais, dans les âmes ternies,

Espoir, tu ne vibras,

C’est de ces bouges noirs pleins d’angoisses amères,

C’est de ce sombre amas de pères et de mères

Qui se tordent les bras,

Oui, c’est de ce monceau d’indigences terribles

Que les lourds millions, étincelants, horribles,

Semant l’or en chemin,

Rampant vers les palais et les apothéoses,

Sortent, monstres joyeux et couronnés de roses,

Et teints de sang humain !

III

Ô paradis ! splendeurs ! versez à boire aux maîtres !

L’orchestre rit, la fête empourpre les fenêtres,

La table éclate et luit ;

L’ombre est là sous leurs pieds ; les portes sont fermées ;

La prostitution des vierges affamées

Pleure dans cette nuit.

Vous tous qui partagez ces hideuses délices,

Soldats payés, tribuns vendus, juges complices,

Évêques effrontés,

La misère frémit sous ce Louvre où vous êtes !

C’est de fièvre et de faim et de mort que sont faites

Toutes vos voluptés !

À Saint-Cloud, effeuillant jasmins et marguerites,

Quand s’ébat sous les fleurs l’essaim des favorites,

Bras nus et gorge au vent,

Dans le festin qu’égaie un lustre à mille branches,

Chacune, en souriant, dans ses belles dents blanches

Mange un enfant vivant !

Mais qu’importe ! riez ! Se plaindra-t-on sans cesse ?

Serait-on empereur, prélat, prince et princesse,

Pour ne pas s’amuser ?

Ce peuple en larmes, triste, et que la faim déchire,

Doit être satisfait puisqu’il vous entend rire

Et qu’il vous voit danser !

Qu’importe ! Allons, emplis ton coffre, emplis ta poche.

Chantez, le verre en main, Troplong, Sibour, Baroche !

Ce tableau nous manquait.

Regorgez, quand la faim tient le peuple en sa serre,

Et faites, au-dessus de l’immense misère,

Un immense banquet !

IV

Ils marchent sur toi, peuple ! O barricade sombre,

Si haute hier, dressant dans les assauts sans nombre

Ton front de sang lavé,

Sous la roue emportée, étincelante et folle

De leur coupé joyeux qui rayonne et qui vole,

Tu redeviens pavé !

À César ton argent, peuple ; à toi, la famine.

N’es-tu pas le chien vil qu’on bat et qui chemine

Derrière son seigneur ?

À lui la pourpre ; à toi la hotte et les guenilles.

Peuple, à lui la beauté de ces femmes, tes filles,

À toi leur déshonneur !

V

Ah ! quelqu’un parlera. La muse, c’est l’histoire.

Quelqu’un élèvera la voix dans la nuit noire.

Riez, bourreaux bouffons !

Quelqu’un te vengera, pauvre France abattue,

Ma mère ! et l’on verra la parole qui tue

Sortir des cieux profonds !

Ces gueux, pires brigands que ceux des vieilles races,

Rongeant le pauvre peuple avec leurs dents voraces,

Sans pitié, sans merci,

Vils, n’ayant pas de cœur, mais ayant deux visages,

Disent : — Bah ! le poëte ! il est dans les nuages ! —

Soit. Le tonnerre aussi.

Jersey, janvier 1853.

IV L’art et le peuple

I

L’art, c’est la gloire et la joie ;

Dans la tempête il flamboie,

Il éclaire le ciel bleu.

L’art, splendeur universelle,

Au front du peuple étincelle,

Comme l’astre au front de Dieu.

L’art est un champ magnifique

Qui plaît au cœur pacifique,

Que la cité dit aux bois,

Que l’homme dit à la femme,

Que toutes les voix de l’âme

Chantent en chœur à la fois !

L’art, c’est la pensée humaine

Qui va brisant toute chaîne !

L’art, c’est le doux conquérant !

À lui le Rhin et le Tibre !

Peuple esclave, il te fait libre ;

Peuple libre, il te fait grand !

II

Ô bonne France invincible,

Chante ta chanson paisible !

Chante, et regarde le ciel !

Ta voix joyeuse et profonde

Est l’espérance du monde,

Ô grand peuple fraternel !

Bon peuple, chante à l’aurore !

Quand le soir vient, chante encore !

Le travail fait la gaîté.

Ris du vieux siècle qui passe !

Chante l’amour à voix basse,

Et tout haut la liberté !

Chante la sainte Italie,

La Pologne ensevelie,

Naples qu’un sang pur rougit,

La Hongrie agonisante… —

Ô tyrans ! le peuple chante

Comme le lion rugit !

Paris, 7 novembre 1851.

VI L’autre président

I

Donc, vieux partis, voilà votre homme consulaire !

Aux jours sereins, quand rien ne nous vient assiéger,

Dogue aboyant, dragon farouche, hydre en colère ;

Taupe aux jours du danger !

Pour le mettre à leur tête, en nos temps que visite

La tempête, brisant le cèdre et le sapin,

Ils prirent le plus lâche, et, n’ayant pas Thersite,

Ils choisirent Dupin.

Tandis que ton bras fort pioche, laboure et bêche,

Ils te trahissaient, peuple, ouvrier souverain ;

Ces hommes opposaient le président Bobèche

Au président Mandrin.

II

Sa voix aigre sonnait comme une calebasse ;

Ses quolibets mordaient l’orateur au cœur chaud ;

Ils avaient, insensés, mis l’âme la plus basse

Au faîte le plus haut ;

Si bien qu’un jour, ce fut un dénouement immonde,

Des soldats, sabre au poing, quittant leur noir chevet,

Entrèrent dans ce temple auguste où, pour le monde,

L’aurore se levait !

Devant l’autel des lois qu’on renverse et qu’on brûle,

Honneur, devoir, criaient à cet homme : — Debout !

Dresse-toi, foudre en main, sur ta chaise curule ! —

Il plongea dans l’égout.

III

Qu’il y reste à jamais ! qu’à jamais il y dorme !

Que ce vil souvenir soit à jamais détruit !

Qu’il se dissolve là ! qu’il y devienne informe,

Et pareil à la nuit !

Que, même en l’y cherchant, on le distingue à peine

Dans ce profond cloaque, affreux, morne, béant !

Et que tout ce qui rampe et tout ce qui se traîne

Se mêle à son néant !

Et que l’histoire un jour ne s’en rende plus compte,

Et dise en le voyant dans la fange étendu :

— On ne sait ce que c’est. C’est quelque vieille honte

Dont le nom s’est perdu ! —

IV

Oh ! si ces âmes-là par l’enfer sont reçues,

S’il ne les chasse pas dans son amer orgueil,

Poëtes qui, portant dans vos mains des massues,

Gardez ce sombre seuil,

N’est-ce pas ? dans ce gouffre où la justice habite,

Dont l’espérance fuit le flamboyant fronton,

Dites, toi de Patmos lugubre cénobite,

Toi Dante, toi Milton,

Toi, vieil Eschyle, ami des plaintives Electres,

Ce doit être une joie, ô vengeurs des vertus,

De faire souffleter les masques par les spectres,

Et Dupin par Brutus !

Bruxelles. Décembre 1851.

X L’EMPEREUR S’AMUSE

CHANSON

Pour les bannis opiniâtres

La France est loin, la tombe est près.

Prince, préside aux jeux folâtres,

Chasse aux femmes dans les théâtres,

Chasse aux chevreuils dans les forêts ;

Rome te brûle le cinname,

Les rois te disent : mon cousin. —

Sonne aujourd’hui le glas, bourdon de Notre-Dame,

Et demain le tocsin !

Les plus frappés sont les plus dignes.

Ou l’exil ! ou l’Afrique en feu !

Prince, Compiègne est plein de cygnes,

Cours dans les bois, cours dans les vignes,

Vénus rayonne au plafond bleu ;

La bacchante aux bras nus se pâme

Sous sa couronne de raisin. —

Sonne aujourd’hui le glas, bourdon de Notre-Dame,

Et demain le tocsin !

Les forçats bâtissent le phare,

Traînant leurs fers au bord des flots !

Hallali ! hallali ! fanfare !

Le cor sonne, le bois s’effare,

La lune argente les bouleaux ;

À l’eau les chiens ! le cerf qui brame

Se perd dans l’ombre du bassin. —

Sonne aujourd’hui le glas, bourdon de Notre-Dame,

Et demain le tocsin !

Le père est au bagne à Cayenne,

Et les enfants meurent de faim.

Le loup verse à boire à l’hyène ;

L’homme à la mitre citoyenne

Trinque en son ciboire d’or fin ;

On voit luire les yeux de flamme

Des faunes dans l’antre voisin. —

Sonne aujourd’hui le glas, bourdon de Notre-Dame,

Et demain le tocsin !

Les morts, au boulevard Montmartre,

Rôdent, montrant leur plaie au cœur.

Pâtés de Strasbourg et de Chartre ;

Sous la table, un tapis de martre ;

Les belles boivent au vainqueur,

Et leur sourire offre leur âme,

Et leur corset offre leur sein. —

Sonne aujourd’hui le glas, bourdon de Notre-Dame,

Et demain le tocsin !

Captifs, expirez dans les fièvres.

Vous allez donc vous reposer !

Dans le vieux saxe et le vieux sèvres

On soupe, on mange, et sur les lèvres

Éclôt le doux oiseau baiser ;

Et, tout en riant, chaque femme

En laisse fuir un fol essaim. —

Sonne aujourd’hui le glas, bourdon de Notre-Dame,

Et demain le tocsin !

La Guyane, cachot fournaise,

Tue aujourd’hui comme jadis.

Couche-toi, joyeux et plein d’aise,

Au lit où coucha Louis seize,

Puis l’empereur, puis Charles dix ;

Endors-toi, pendant qu’on t’acclame,

La tête sur leur traversin. —

Sonne aujourd’hui le glas, bourdon de Notre-Dame,

Et demain le tocsin !

Ô deuil ! par un bandit féroce

L’avenir est mort poignardé !

C’est aujourd’hui la grande noce,

Le fiancé monte en carrosse ;

C’est lui ! César le bien gardé !

Peuples, chantez l’épithalame !

La France épouse l’assassin. —

Sonne aujourd’hui le glas, bourdon de Notre-Dame,

Et demain le tocsin !

Jersey, décembre 1853.

II L’HOMME A RI

« M. Victor Hugo vient de publier à Bruxelles un livre qui a pour titre : Napoléon le Petit, et qui renferme les calomnies les plus odieuses contre le prince-président. » On raconte qu’un des jours de la semaine dernière un fonctionnaire apporta ce libelle à Saint-Cloud. Lorsque Louis-Napoléon le vit, il le prit, l’examina un instant avec le sourire du mépris sur les lèvres, puis, s’adressant aux personnes qui l’entouraient, il dit, en leur montrant le pamphlet : « Voyez, messieurs, voici Napoléon le Petit, par Victor Hugo le Grand. »

(Journaux élyséens, août 1852.)

Ah ! tu finiras bien par hurler, misérable !

Encor tout haletant de ton crime exécrable,

Dans ton triomphe abject, si lugubre et si prompt,

Je t’ai saisi. J’ai mis l’écriteau sur ton front ;

Et maintenant la foule accourt et te bafoue.

Toi, tandis qu’au poteau le châtiment te cloue,

Que le carcan te force à lever le menton,

Tandis que, de ta veste arrachant le bouton,

L’histoire à mes côtés met à nu ton épaule,

Tu dis : je ne sens rien ! et tu nous railles, drôle !

Ton rire sur mon nom gaîment vient écumer ;

Mais je tiens le fer rouge et vois ta chair fumer.

Jersey, août 1852.

XV LE BORD DE LA MER

HARMODIUS.

La nuit vient. Vénus brille.

L’ÉPÉE.

La nuit vient. Vénus brille.Harmodius, c’est l’heure !

LA BORNE DU CHEMIN.

Le tyran va passer.

HARMODIUS.

Le tyran va passer.J’ai froid, rentrons.

UN TOMBEAU.

Le tyran va passer. J’ai froid, rentrons.Demeure.

HARMODIUS.

Qu’es-tu ?

LE TOMBEAU.

Qu’es-tu ?Je suis la tombe. — Exécute, ou péris.

UN NAVIRE À L’HORIZON.

Je suis la tombe aussi, j’emporte les proscrits.

L’ÉPÉE.

Attendons le tyran.

HARMODIUS.

Attendons le tyran.J’ai froid. Quel vent !

LE VENT.

Attendons le tyran. J’ai froid. Quel vent !Je passe.

Mon bruit est une voix. Je sème dans l’espace

Les cris des exilés, de misère expirants,

Qui sans pain, sans abri, sans amis, sans parents,

Meurent en regardant du côté de la Grèce.

VOIX DANS L’AIR.

Némésis ! Némésis ! lève-toi, vengeresse !

L’ÉPÉE.

C’est l’heure. Profitons de l’ombre qui descend.

LA TERRE.

Je suis pleine de morts.

LA MER.

Je suis pleine de morts.Je suis rouge de sang.

Les fleuves m’ont porté des cadavres sans nombre.

LA TERRE.

Les morts saignent pendant qu’on adore son ombre.

À chaque pas qu’il fait sous le clair firmament,

Je les sens s’agiter en moi confusément.

UN FORÇAT.

Je suis forçat, voici la chaîne que je porte,

Hélas ! pour n’avoir pas chassé loin de ma porte

Un proscrit qui fuyait, noble et pur citoyen.

L’ÉPÉE.

Ne frappe pas au cœur, tu ne trouverais rien.

LA LOI.

J’étais la loi, je suis un spectre. Il m’a tuée.

LA JUSTICE.

De moi, prêtresse, il fait une prostituée.

LES OISEAUX.

Il a retiré l’air des cieux et nous fuyons.

LA LIBERTÉ.

Je m’enfuis avec eux ; — ô terre sans rayons,

Grèce, adieu !

UN VOLEUR.

Grèce, adieu !Ce tyran, nous l’aimons. Car ce maître

Que respecte le juge et qu’admire le prêtre,

Qu’on accueille partout de cris encourageants,

Est plus pareil à nous qu’à vous, honnêtes gens.

LE SERMENT.

Dieux puissants ! à jamais fermez toutes les bouches !

La confiance est morte au fond des cœurs farouches.

Homme, tu mens ! Soleil, tu mens ! Cieux, vous mentez !

Soufflez, vents de la nuit ! emportez, emportez

L’honneur et la vertu, cette sombre chimère !

LA PATRIE.

Mon fils, je suis aux fers ! Mon fils, je suis ta mère !

Je tends les bras vers toi du fond de ma prison.

HARMODIUS.

Quoi ! le frapper, la nuit, rentrant dans sa maison !

Quoi ! devant ce ciel noir, devant ces mers sans borne !

Le poignarder, devant ce gouffre obscur et morne,

En présence de l’ombre et de l’immensité !

LA CONSCIENCE.

Tu peux tuer cet homme avec tranquillité.

Jersey, octobre 1852

VI Le Te deum du 1er janvier 1852

Prêtre, ta messe, écho des feux de peloton,

Est une chose impie.

Derrière toi, le bras ployé sous le menton,

Rit la mort accroupie.

Prêtre, on voit frissonner, aux cieux d’où nous venons,

Les anges et les vierges,

Quand un évêque prend la mèche des canons

Pour allumer les cierges.

Tu veux être au sénat, voir ton siége élevé

Et ta fortune accrue.

Soit ; mais pour bénir l’homme, attends qu’on ait lavé

Le pavé de la rue.

Peuples, gloire à Gessler ! meure Guillaume Tell !

Un râle sort de l’orgue.

Archevêque, on a pris, pour bâtir ton autel,

Les dalles de la morgue.

Quand tu dis : — Te Deum ! nous vous louons, Dieu fort,

Sabaoth des armées ! —

Il se mêle à l’encens une vapeur qui sort

Des fosses mal fermées.

On a tué, la nuit, on a tué, le jour,

L’homme, l’enfant, la femme !

Crime et deuil ! Ce n’est plus l’aigle, c’est le vautour

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