Les Misérables (page 38)

Victor Hugo · Lettres

Texte français, domaine public · Source : fr.wikisource.org — Les Misérables (1908) · 163 pages

Fiche de l’œuvre dans le savoir

À ceux qui trouveraient de telles existences invraisemblables, il suffira de répondre qu’elles sont réelles, et de citer ce dialogue tout récent du tribunal correctionnel de Paris :

M. le président. — Voyons, vous avez pris tant de noms, qu’il n’est pas inutile de vous faire dire comment vous vous appelez.

La prévenue. — Thérèse-Marie-Alexandrine-Victoire, femme Bouvet.

M. le président. — Mais les prénoms de votre mari ?

La prévenue. — Claude-Julien.

M. le président. — Il se nomme Bouvet ?

La prévenue. — Oui, monsieur.

M. le président. — Vous avez été connue sous le nom de femme Lamadou ?

La prévenue. — Oui, monsieur.

M. le président. — Puis sous le nom de femme Beauval ?

La prévenue. — Oui, monsieur.

M. le président. — Puis de femme Desroches ?

La prévenue. — Oui, monsieur.

M. le président. — De femme Aubert ?

La prévenue. — Oui, monsieur.

M. le président. — De femme Decanches ?

La prévenue. — Oui, monsieur.

M. le président — De femme Perrin ?

La prévenue. — Oui, monsieur.

M. le président. — De femme Dubreuil ?

La prévenue. — Oui, monsieur.

M. le président. — De femme Raymond ?

La prévenue. — Oui, monsieur.

M. le président. — Et pourquoi avez-vous pris successivement tous ces noms-là ?

La prévenue. — Mais pour cacher qui j’étais.

Revenons à la Magnon.

De temps en temps, la Magnon faisait le petit voyage de Montfermeil. Occasions de toucher au couple Thénardier, de s’assurer qu’il était toujours là, de dîner, de causer, de s’entendre. Qui vit d’expédients s’abouche avec le plus de coquins possible. Entre existences suspectes, on voisine volontiers.

Un jour la Magnon apporta un godiveau à la Thénardier et lui dit : — C’est de chez Lesage rue de la Harpe. À propos, je suis inscrite au bureau de charité de la mairie comme veuve avec un enfant. Je ne suis pas veuve et je n’ai pas d’enfant. J’ai peur qu’on ne me dénonce. Alors bonsoir les secours. Rien n’est tel que de montrer un môme. Prêtez-moi donc une de vos petites.

La Thénardier lui prêta Cosette.

— Ce sera trois francs, dit Thénardier.

Les guenilles actuelles de Cosette allaient à la situation de pauvresse de la Magnon dans le douzième arrondissement. On n’eut rien à y ajouter ni à y retrancher. La pauvre petite était toute costumée pour la comédie de la misère.

Elle se laissa manier et prendre et emmener par la Magnon avec cette stupeur qui est la résignation des enfants. Rien n’est navrant pour l’observateur comme cet accablement étonné et tranquille.

La Magnon prit place avec Cosette dans un coucou de Chelles pour Paris.

— Je vous la rapporterai dans huit jours, cria-t-elle.

Le lendemain ou le surlendemain, elle se présentait, augmentée de Cosette, à la mairie du douzième arrondissement. Cette mairie était située alors dans le tronçon de la rue Saint-Jacques compris entre la rue des Ursulines et le cul-de-sac des Feuillantines. La rue est là assez étroite. La Magnon y remarqua de l’encombrement : deux ou trois voitures bourgeoises à la porte de la mairie, auxquelles s’était ajustée une queue de fiacres, force mendiantes, ses doyennes. — Quelque mariage ! pensa-t-elle.

Elle entra dans la salle basse où était le bureau de bienfaisance, se fit complimenter de Cosette par l’employé, et reçut un bon de pain et de cotrets pour le trimestre dans la forme où la ville les distribuait à cette époque.

En sortant, elle vit beaucoup de monde dans l’escalier. Assez habituellement dans les mairies on reçoit la charité au rez-de-chaussée et l’on se marie au premier.

— Ah çà ! se dit la Magnon, si je montais regarder le mariage.

Et elle ajouta :

— Quelquefois ces gens-là donnent. Ils se figurent qu’ils vont être heureux. Ils sont si bêtes !

Elle prit Cosette dans ses bras, à cause de la foule et monta. Cosette, indifférente, se taisait.

La Magnon, robuste, jeune, et se faisant place parmi les vieilles à coups de coude, pénétra dans la salle de la mairie.

Il y avait mariage en effet.

La salle offrait un aspect majestueux ; une estrade, une table, le maire tout noir, en écharpe blanche ; devant le maire, des papiers, des plumes, l’encrier de la loi, un gros volume, le code, ayant sur sa tranche l’arc-en-ciel, un adjoint, deux appariteurs ; au fond, le large buste du roi régnant.

Un garçon de bureau contenait le peuple.

Devant la table, les gens de la noce, endimanchés, comme il convient pour ce grand dimanche-là, faisant face au maire et tournant les épaules à la cantonade, étaient assis sur deux rangées de fauteuils. — Des riches, pensa la Magnon, S’ils étaient pauvres, ce seraient des chaises.

Le père et la mère, solennels, opulents, resplendissaient ; la mariée était en chapeau blanc, la couronne de fleurs d’oranger étant réservée pour l’église ; le marié, irréprochable dans son habit noir, était jeune, sérieux et chauve.

La Magnon, comme tout le monde, ne voyait que les dos.

La cérémonie venait de commencer. Les mariés étalent debout.

Le maire, aux termes de la loi, donna lecture du chapitre vi du titre du mariage. Il souligna, comme il sied, avec un accent vraiment municipal, le verset essentiel : — Le mari doit protection à la femme, la femme doit obéissance au mari. — Puis, faisant ce geste du buste propre aux personnes officielles et dirigeant sa poitrine vers le marié, il l’interpella.

Le marié, souriant, se tourna à demi vers sa fiancée, et la foule put le voir. C’était un assez bel homme, un peu fatigué.

L’auditoire fit silence.

— Félix de Tholomyès, dit le maire, consentez-vous à prendre pour femme…

En ce moment, au milieu de toute cette attention muette, on entendit ce mot dit tout haut par une petite voix douce :

— Papa.

Le maire s’interrompit, toutes les têtes se tournèrent, et l’on vit au milieu de la foule, dans les bras d’une femme, une petite fille en guenilles qui regardait fixement le marié avec de grands yeux calmes.

L’enfant, inattentive à la subite émotion dont elle était le centre, répéta avec gravité : Papa.

C’était Cosette.

Tous les regards allèrent de Cosette à Tholomyès. Il était très pâle. Il se tourna à demi vers Cosette.

— Ça ? dit-il. Je ne sais pas ce que c’est.

L’enfant ouvrit ses grands yeux bleus plus grands encore, lui tendit ses petits bras, et, pour la troisième fois, répéta : Papa.

La mariée se trouva mal. M. Brouable fronça un sourcil décisif.

La petite recommença et jeta encore une fois dans la cérémonie déconcertée ces deux syllabes : Papa.

Ce fut comme un coup de foudre qui sortirait d’une fleur.

Il y eut brouhaha.

La Magnon s’esquiva. Ce n’était pas plus son affaire que celle de Tholomyès. Dans la cour, elle jura aux commères environnantes qu’elle n’avait jamais eu d’enfant de ce monsieur, ce qui était vrai. Et elle emporta Cosette qui criait dans la rue : Papa ! Papa !

La Magnon avait eu beau disparaître, le père avait froncé le sourcil.

— C’est là un enfant, dit-il. Je m’y connais.

Le mariage fut manqué.

Tholomyès s’en retourna dans son département. Il y oublia vite cette histoire désagréable. Pendant quatre ou cinq mois, il lui arriva pourtant de penser quelquefois à cette petite. Il y pensait avec indignation. Il est en effet très pénible pour un honnête homme d’être poursuivi à ce point par une frasque de jeunesse. C’est de l’acharnement.

Puis, philosophe après tout, il n’y songea plus.

Nous n’apprendrons rien au lecteur en lui disant que Tholomyès, dépaysé de Paris, retrouva un autre excellent mariage, cette fois dans sa province, qu’il fit bien ses affaires, qu’il devint quelque chose comme un riche avoué, et que c’est aujourd’hui un électeur sage et un juré très sévère.

À huis clos, il est resté homme de plaisir. Cet éloge fait une fois pour toutes, nous ne parlerons plus de M. Tholomyès.

Quant à la Magnon, elle rapporta, dès le lendemain même, Cosette aux Thénardier, paya les trois francs, et, craignant quelque complication nuisible à ses bons de pain et de cotrets et aux divers incognito qu’elle désirait garder, elle ne souffla mot de l’esclandre fait par « cette petite drôlesse ».

De sorte que Thénardier ne sut rien de l’incident.

Ce qui fut vraiment fâcheux, car cet homme capable eût, à coup sûr, tiré bon parti de ce bout de la manche d’un bourgeois traînant dans une aventure scabreuse. Pouvoir rattacher le nom d’un riche à une paternité obscure, cela vaut une métairie. Or Thénardier excellait à coudoyer désagréablement les réputations délicates, et à engager des querelles de charbonnier avec les gens vêtus de blanc. Mais il ignora les péripéties de la mairie de la rue Saint-Jacques et le petit scandale Cosette-Tholomyès-Brouable. Ce fut un malheur.

Il dut borner son horizon, et se contenter de Cosette.

ILLUSTRATION DES ŒUVRES

REPRODUCTIONS ET DOCUMENTS

Couverture de l’Édition originale.

Frontispice des Misérables. Composition de Lix. Édition Hugues.

M. Myriel. Composition de G. Brion. Édition Hetzel.

Les deux carlatides. Composition d’Émile Bayard. Édition Hugues.

Cosette. Composition d’Émile Bayard. Édition Hugues.

Javert. Composition de G. Brion. Édition Hetzel.

Fantine. Composition de G. Brion. Édition Hetzel.

Fac-similé du manuscrit. Première partie. (Voir page 58.)

Fac-similé du manuscrit. Première partie. (Voir page 65)

Fac-similé du manuscrit. Préface philosophique. (Voir page 317.)

Abbaye de Villers. Dessin de Victor Hugo. Maison de Victor Hugo.

Les Thénardier. Composition de G. Brion. Édition Hetzel.

Cosette portant son seau. Terre cuite de Lecorney.

Le grand bourgeois. Composition de Jeanniot. Édition Testard.

Patron-Minette. Composition de G. Brion. Édition Hetzel.

Éponine. Composition de G. Brion. Édition Hetzel.

Fac-similé du manuscrit. Deuxième partie. (Voir page 5.)

Fac-similé du manuscrit. Deuxième partie. (Voir pages 276-277.)

Fac-similé du manuscrit. Troisième partie. (Voir pages 317.)

Fac-similé d’une Note de travail.

LE MANUSCRIT des MISÉRABLES.

DEUXIÈME ET TROISIÈME PARTIES

DEUXIÈME PARTIE. — COSETTE.

Pour cette deuxième partie, nous comptons 295 feuillets, de 370 à 665 inclus ; la série alphabétique établie de 1846 à 1848 va de la lettre K3 à M4 bis.

Le titre-table, dont nous donnons le fac-similé page i, est placé entre le titre de la deuxième partie (feuillet 370) et la table du livre premier.

Dans ce volume et dans les suivants, nous citerons quelques notes de travail à la fin du livre ou du chapitre auquel elles se rapportent.

Nous avons du adopter cette méthode en raison de la confusion qui existe sur ces pages volantes. Ainsi, une remarque sur Toussaint, dont il n’est question qu’à la quatrième partie, est écrite au-dessus d’un trait de caractère de Gillenormand et à côté d’indications sur la règle du silence observée au couvent (deuxième partie). Un fac-similé (page 639) donne la physionomie de ces notes. Si nous ne les avons pas mentionnées dans le tome Ier de cette édition, c’est qu’elles n’avaient pas grande importance pour la première partie.

LIVRE PREMIER. — waterloo.

Tout ce livre, comme la première phrase l’indique, a été écrit pendant le dernier mois de 1861 et les premiers de 1862. Pas de titres au courant de ce livre qui n’est divisé que par des chiffres. Il comprend deux séries d’alphabet, de Aw à Zw, et de Aw2 à Xw2.

Feuillets bleu foncé, remplis d’un seul côté.

Plusieurs ratures et remaniements.

En regard de la première ligné la date 8 décembre 1861. (Voir le fac-similé page 633).

I. Ce qu’on rencontre en venant de Nivelles.

Autre titre : Un homme venant de Nivelles.

Feuillet 389. — III. Le 18 juin 1815.

Nous avons dû respecter dans ce volume, au dernier paragraphe du chapitre iii, le texte modifié par Victor Hugo lui-même dans l’édition Hetzel-Quantin, mais nous ne pouvons Faire autrement que d’indiquer ici la version du manuscrit qui ne mentionne qu’un historien, Charras.

… Cette histoire d’ailleurs est faite, et faite magistralement, à un point de vue par Napoléon, à l’autre point de vue par Charras. Quant à nous, nous laissons les deux historiens aux prises. (Voir page 14.)

Feuillet 390. — IV. A.

Au bas de ce feuillet le dernier paragraphe est marqué d’un trait vertical et précédé d’un point d’interrogation ; le texte diffère un peu de celui imprimé page 15 :

Au milieu de cette corde est le point précis où Cambronne a dit son mot éternel. C’est là qu’on a placé le lion, symbole involontaire du suprême héroïsme de la garde impériale.

Si quelque chose dans cette bataille ressemble au grondement du lion, c’est, à coup sûr, le mot de Cambronne.

Feuillet 397, verso. — V. Le quid obscurum des batailles.

Brouillon bitîé de la fin du chapitre ix.

Feuillets 398-399. — À partir de ces mots :

Cette bataille, entre toutes, est une énigme…

le texte est rayé ; on le relit en tête du chapitre xvi, moins cette phrase qui indique pourquoi Victor Hugo a reporté plus loin ces deux paragraphes :

Mais n’anticipons point, le dénouement arrivera assez tôt, reprenons l’enchaînement des faits. Quelle qu’eut été la confusion des premières heures, dans l’après-midi, à un certain moment, la bataille se précisa.

Feuillet 407. — VII. Napoléon de belle humeur.

Petit fragment de papier bleu foncé collé au bas du feuillet 406 et relatant les « gaités » de Napoléon.

Feuillet 413. — VIII. L’Empereur fait une question au guide Lacoste.

En tête du chapitre, nous lisons sous les ratures un passage donnant le plan de bataille de Napoléon ; comme ce plan se lit textuellement au chapitre iii, il faut en conclure que le viii- siècle chapitre a été écrit avant le iii- siècle. Le feuillet 413 est un des plus surchargés.

Feuillet 453. — XVI. Quot libras in duce ?

Changement d’écriture marquant une reprise de travail à partir de cet alinéa :

Ce que nous admirons par-dessus tout…

Copie, au feuillet précédent, d’un article de l’Étoile belge du 8 juin 1861, donnant la statistique des pertes étrangères et françaises dans les diverses batailles, statistique dont Victor Hugo s’est servi dans le même chapitre.

Feuiilet 468. — XIX. Le champ de bataille la nuit.

On découvre sous les ratures du commencement de ce feuillet le mot qui le relie au feuillet 465 ; la visite de Thénardier glissant comme une bête fauve sur le champ de bataille, les angoisses des blessés laissés pour morts, ces incidents, d’une vérité si cruelle et si saisissante, ont donc fourni les développements des feuillets intercalaires 466 et 467.

À propos de ce chapitre, citons une note de travail donnant plusieurs variantes du nom de Pontmercy :

Pontchaumont — Pontverdicr. — Pontbéziers. — Pontvitry. — Pontverdan, — Pontbadon. — Pontflorent. —

Au-dessus de tous ces noms Victor Hugo a ajouté le nom définitif, Pontmercy, dont les deux dernières syllabes justifiaient la méprise de Thénardier, méprise expliquée à la troisième partie :

Je n’ai entendu que Merci. J’aurais mieux aimé son nom que son remerciement.

Comme appendice au manuscrit du livre Ier, donnons la description d’un petit carnet de voyage emporté par Victor Hugo dans ses excursions à Waterloo, carnet bien simple, pas même broché, fabriqué sans doute par le poète lui-même avec quelques feuilles de papier à lettres et de papier écolier pliées en deux, sorte de journal contenant des vers pour la Fin de Satan, le relevé des dépenses journalières, des faits personnels, des fragments de dialogue pour les différentes parties des Misérables, mais surtout des notes, presque toutes utilisées, sur Waterloo ; nous en extrairons pourtant quelques-unes inédites.

J’ai passe deux mois à Waterloo. C’est là que j’ai fait l’autopsie de la catastrophe. J’ai été deux mois courbé sur ce cadavre.

Le livre Ier, Waterloo, a donc été, pour ainsi dire, écrit sur place ; Victor Hugo, pendant son séjour à Mont-Saint-Jean, a recommencé pour son propre compte l’inspection du champ de bataille, et, non content du témoignage des historiens qu’il cite, il a voulu voir, ressusciter, vivre par lui-même cette tragique épopée avant de nous la raconter. Il l’a vécue en effet :

Waterloo (17 mai).

Là, je me promène la nuit, je regarde, j’écoute, V effrayant 18 juin revit, des limes d’infanterie ondulent dans la plaine…

Après cette vision, voici en quelques lignes le tableau que le poète a devant les yeux :

Waterloo. — Le champ de bataille — le terrain. Plutôt une série de plateaux qu’une plaine, plutôt des ondulations que des collines ; d’énormes vagues de terre immobiles, mais capables pourtant de tempête, comme cela s’est vu le 18 juin 1815. Çà et là de brusques escarpements, bas, mais âpres, comme on peut en voir encore quelques-uns, quoique la plaine ait été stupidement remaniée, notamment près de Mont-Saint-Jean à droite de la route de Nivelles, et près de la Haie-Sainte, et derrière Rossomme. Un sol marneux, glaiseux, visqueux dans les pluies, qui garde l’eau et fait partout des flasques et des mares. Comme Napoléon mettait pied à terre près de la Belle-Alliance et enjambait un fossé, un grenadier lui cria :

— Prenez garde à ce terrain-là, Sire, on y glisse.

On fait plus qu’y glisser, on y tombe.

Plus loin, cette réflexion amère en manière de conclusion :

Rien n’est heureux comme le bonheur. Rien n’a raison comme la victoire. Si Wellington avait été battu, c’eût été lui qui aurait perdu le temps. On lui aurait reproché son bal de la duchesse de Richmond, ses soldats laissés sous la pluie toute la nuit quand il était maître de tant de villages dont il pouvait tirer parti pour abriter ses troupes, l’imprudence d’adosser son armée à un bois qui en cas de défaite devait désagréger son armée, heurter chaque homme à un arbre, dissoudre les bataillons, et changer la retraite en désastre, les étangs de Groenendael et de Boisfort derrière lui, obstacles infranchissables à son artillerie en fuite, ses communications négligées avec Blücher, etc. — Vainqueur, tout cela fut habile.

Tout en visitant les divers points où la lutte s’était engagée, Victor Hugo, son carnet à la main, écrit, debout, où il se trouve, d’abord sur la porte de la ferme d’Hougomont dont il prend deux croquis, l’un de la porte méridionale, l’autre de la porte septentrionale ; ensuite sur l’autel de la chapelle du château, dont il décrit minutieusement l’intérieur ; au milieu d’une feuille il trace un plan sommaire prêt à être consulté à tout moment : là se trouvaient Napoléon et son guide Lacoste ; quelques lignes au coin opposé de la feuille assignent à Wellington sa place ; tout autour les divers points d’attaque sont indiqués : Hougomont, Ohain, la Belle-Alliance, Plancenoit.

À part les notes relatives au livre même, il arrive souvent qu’un village, un hameau suggère à Victor Hugo une remarque ou donne matière à un croquis ; après avoir visité l’église de Nivelles, le poète écrit :

Il y a dans l’église de Nivelles un bas-relief remarquable. La Mort est assise sur un tombeau. L’Amour vient à elle. La Mort se couvre les yeux de sa main. C’est beau, cet éblouissement de la nuit par la lumière.

Plus loin, nous voyons le pilori de Braine-le-Château, si finement esquissé qu’on peut à peine le fixer.

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