Les Misérables (page 39)
On verra, page 621, le joli dessin de l’abbaye de Villers.
Au-dessous du moulin de Mont-Saint-Jean, crayonné sur place, on lit ces vers écrits à l’encre :
.................... Ô despote orageux, que fut ta destinée ! Tu fus César, tu fus grand comme Salmonée, Tu fis rouler des chars de fumée et de feu, Tu fis sur terre un bruit égal au bruit de Dieu, Et les hommes croyaient entendre le tonnerre Quand passait au galop ta cavale de guerre Sur ce noir champ d’airain qu’on appelle Austerlitz.
(Fait à travers le rêve et le sommeil. Nuit du 7 au 8 juin.)
Ce qui domine dans les croquis, c’est le lion de Waterloo ; on a pu s’apercevoir qu’il ne le considérait pas comme un chef-d’œuvre ; c’est un peu, sous bien des rapports, sa « bête noire » ; aussi le malmène-t-il de toutes façons ; d’abord il ébauche deux fois la tête, puis il le dessine tout entier au crayon ; nous sommes forcé de dire qu’il ne le flatte pas.
Quelques pages plus loin, nouveau croquis à l’encre au-dessous de cette note :
Nuit du 28 au 29 mai. Orage. Pluie. Tonnerre. Larges éclairs sur le lion de Waterloo.
C’est cet orage sans doute qui lui a inspiré les lignes suivantes :
Le lion de Waterloo, point culminant de tout ce large horizon, a cette particularité qu’il coupe les orages en deux et les partage, selon le vent, tantôt entre Ohain et Plancenoit, tantôt entre la Hulpe et Braine-l’Alleud. Chose remarquable, depuis un demi-siècle qu’il est là, debout, masse de fer énorme, sans paratonnerre, sans défense, à la pointe d’une cime de cent cinquante pieds de haut, au milieu des nuages, jamais l’éclair ne l’a touché. Il semble qu’il ne court aucun risque d’être renversé de ce côté-là. Serait-ce que le tonnerre du ciel sait que cette besogne est réservée au tonnerre de la terre ?
Plus loin il lui décoche encore ce trait :
De cette bataille gagnée par le hasard, on a fait une bataille gagnée par les hommes. Faute grave. Faute plus grave encore, à l’erreur on a ajouté un monument. Où Dieu n’avait fait qu’une plaine et n’avait jeté qu’une leçon, les hommes ont mis une montagne et un lion. Fausse montagne, faux lion. La montagne n’est pas en roche et le lion n’est pas en bronze. Dans cette argile, façonnée en hauteur, dans cette fonte, peinte en airain, dans cette grandeur fausse, on sent la petitesse. Ce n’est pas un lieu, c’est un décor.
Terminons ces citations par deux petits extraits qui semblent résumer l’espoir du poète :
Maintenant l’anniversaire de Waterloo s’efface à Waterloo même. Les Anglais ont renoncé à y venir ce jour-là avec des branches de laurier. Le 18 juin 1861, l’anniversaire a été célébré à Mont-Saint-Jean par une vente à l’encan.
L’hymne anniversaire a eu pour tout refrain : une fois, deux fois, adjugé.
Au mois de juin, à l’anniversaire, la cocarde tricolore enterrée dans ces sombres plaines y renaît en pâquerettes, en bleuets et en coquelicots.
Notes de travail : (Peut-être Waterloo — grand récit épique mêlé au roman.)
Commencer par là. (19 octobre) [1860].
LIVRE II. — LE VAISSEAU L’ORION.
(Autre titre : Jean Valjean à Toulon.)
Ce livre, à l’exception du chapitre ii, est de 1847.
Feuillet 475. — Cette page de titre contient plusieurs indications précieuses. Et d’abord, dans un coin en haut, ces mots rayés :
Fin de la première partie.
Le Vaisseau l’Orion devait en effet, dans l’esprit de l’auteur, appartenir à la première partie : Fantine.
Sous la variante de titre indiquée plus haut, cette mention entourée :
La dernière page fait partie du dossier suivant Cosette. Elle commence le feuillet M3.
Cette « dernière page commençant le feuillet M3 » porte actuellement, par suite de remaniements et d’intercalations que nous expliquerons, le numéro 495 et contient, au recto, la fin du récit de l’évasion de Jean Valjean à Toulon, récit qui devait primitivement clore la première partie, Fantine, et, au verso, le premier chapitre du livre iii : La question de l’eau à Montfermeil, qui devait commencer la seconde partie : Cosette.
Enfin, toujours sur ce feuillet 475, on lit sous le titre : Le vaisseau l’Orion, cette mention :
Il faudrait dire : Jean Valjean avait été repris.
Nous avons dit aux Notes du tome Ier de cette édition que la série alphabétique établie de 1845 à 1848, s’arrêtait pour la première partie à la première page de la lettre J3 ; on trouve la seconde page et la suite de l’alphabet à partir du livre deuxième, le livre premier Waterloo ayant été écrit en 1861 et chiffré à part, comme nous l’avons indiqué.
Rappelons aussi que le dernier livre de Fantine ne portait pas de divisions nettement établies, les chiffres des chapitres ayant été ajoutés entre les lignes ou en marge ; le Vaisseau l’Orion devant être autrefois englobé dans la première partie, il s’ensuit une surcharge de chiffres dans les trois chapitres de ce livre.
Feuillet 476. — I. Le numéro 24601 devient le numéro 9430.
L’article supposé du Drapeau blanc a été ajouté en marge en 1862.
Ce chapitre comprend deux feuillets recto et verso numérotés actuellement 476-480. L’intervalle est rempli par le chapitre 11 composé aussi de deux feuillets et intercalé, comme l’indique une mention, entre le premier et le troisième chapitre. Une page blanche porte le numéro 479.
Feuillet 480. — Fin du premier chapitre daté par une note en marge, et entre parenthèses :
(Interrompu le 18 avril par la loi sur les prisons.)
Victor Hugo s’est occupé en avril 1847 de la loi sur les prisons.
Feuillet 480, verso. — III. Qu’il fallait que la chaîne de la manille…
En tête du chapitre, cette mention :
Repris le 1er juin.
Ce feuillet et le suivant contiennent beaucoup d’intercalations en marge, datant de Guernesey, notamment tout le commentaire sur la guerre d’Espagne.
LIVRE III. ACCOMPLISSEMENT DE LA PROMESSE FAITE À LA MORTE.
(Autre titre : La petite Cosette.)
Feuillet 485. — Titre-table du livre où nous relevons quelques variantes dans les titres des chapitres :
Louches au premier, affreux au second.
II. Deux portraits complétés.
Qui donne peut-être raison aux recherches de Boulatruelle
IV. Qui peut-être prouve l’intelligence de Boulatruelle.
Exploitation du Monsieur du n° I, « Philanthrope »
IX. Thénardier à la manœuvre.
Plus une variante illisible sous la rature.
Après la table, au feuillet suivant, nous voyons, au lieu du premier chapitre, le chapitre ii. Voici pourquoi :
Dans la version de 1847, le livre III n’était pas divisé, et le chapitre : La question de l’eau à Montfermeil qui suivait immédiatement, nous l’avons déjà dit, le livre II intitulé depuis : Le vaisseau l’Orion, se continuait sans interruption jusqu’à ces mots : l’enfant n’eut pas peur (fin actuelle du chapitre v). À la révision, en 1861, Victor Hugo a dressé la table du livre III : Accomplissement de la promesse…, et écrit tout le chapitre ii : Deux portraits complétés ; puis à la suite il a recopié, comme début du chapitre iii : Il faut du vin aux hommes… quelques phrases empruntées à sa première version, et établi entre les lignes les sections du livre III.
Feuillet 495. — Fin du livre II : Le vaisseau l’Orion.
Au bas, une note :
7 juin. Interrompu pour les travaux de la Chambre. Affaire Cubières. Loi sur le travail des enfants. Pétition Jérôme.
On trouve en effet dans Choses vues la relation du procès Cubières, et le volume Avant l’exil (Actes et paroles) donne le discours prononcé par Victor Hugo en 1847 pour appuyer la rentrée des Bonaparte en France.
Feuillet 495, verso. — I. La question de l’eau à Montfermeil. En tête la date : 5 juillet [1847].
Ce chapitre et les deux suivants ont été remaniés en 1861 ; une note de travail nous donne ce renseignement :
11 mars 1861. Aujourd’hui je mets dans ce dossier la copie du commencement refait depuis : Montfermeil est situé jusqu’à : Je lui ai parlé.
Feuillet 496. — En marge une note biffée :
Interrompu. Les procès. Repris le 1er août.
Feuillets 497-498. — Les conversations entre buveurs et l’alinéa relatif au dernier-né des Thénardier sont écrits sur de petits bouts de papier collés en regard et au bas du feuillet 496. Deux lignes qui fixeraient l’âge de Gavroche sont rayées ; les voici :
C’était un petit garçon que la Thénardier avait eu au commencement de l’année et qui était âgé d’environ huit mois.
Feuillet 502, verso. — V. La petite toute seule.
Un ajouté en marge, écrit en 1862, comprend deux alinéas à partir de ces mots :
L’obscurité est vertigineuse.
Feuillet 504. — VI. Qui peut-être prouve l’intelligence de Boulatruelle.
Tout le portrait de Louis XVIII dans sa berline a été écrit en marge en 1862.
Feuillet 507. — VII. Cosette côte à côte dans l’ombre avec l’inconnu.
L’âge de Cosette n’était pas bien fixé ; il y a en effet trois variantes, d’abord cinq ans, puis six, puis huit.
Feuillet 513. — VIII. Désagrément de recevoir chez soi un pauvre…
Après cette ligne : Cosette s’alla coucher emportant Catherine entre ses bras, vient ce passage biffé :
Pour sortir de la salle, il fallait qu’elle côtoyât la table où était assis l’étranger ; en passant devant cette table, elle s’arrêta tout près de l’homme, sans lever les yeux sur lui, comme si elle attendait quelque chose. L’homme se pencha, et parut être au moment de l’embrasser sur le front, puis il se baissa encore plus bas, prit sa petite main rouge et la baisa.
Deux feuillets plus loin, quelques lignes ajoutées en marge, puis rayées, en face de l’alinéa où Victor Hugo nous montre Jean Valjean considérant Cosette endormie :
L’homme posa sa bougie à terre, et se mit à genoux près de ce lit.
Il resta ainsi quelque temps dans l’attitude de la prière, puis il se releva et reprit sa bougie.
Ces détails ont été utilisés au livre suivant.
Feuillet 516. — IX. Thénardier a la manœuvre.
Chapitre daté en tête : 18 août. Premier début biffé :
Avant le jour, la Thénardier, suivant son habitude, était dans la salle basse où une lampe brûlait toute la nuit. Elle y était à peine depuis quelques minutes lorsque l’étranger à la redingote jaune y entra ; on entendait un bruit dans la maison, un bruit de bois heurté contre la pierre. C’était Cosette qui balayait les escaliers.
Feuillet 522. — XI. Le numéro 9430 reparaît, et Cosette le gagne à la loterie.
Ce chapitre devait, comme l’indique une rature, être le premier du livre IV.
LIVRE IV. — LA MASURE CORBEAU.
(Autre titre : La Masure 50-52.)
Ce livre, à la révision près, est tout entier de 1847.
Feuillet 523. — Note sous le titre :
La dernière page commence la section suivante : Jean Valjean traqué. Elle est la première page du feuillet C4.
Le livre Jean Valjean traqué a été définitivement appelé : À chasse noire, meute muette.
Feuillet 524. — I. Maître Corbeau.
En marge de ce feuillet, ces intéressantes notes au crayon :
(Peut-être à partir d’ici, faudra-t-il mettre une note pour dire que cela a été écrit il y a douze ans, quand l’ancien Paris des 12 arrondissements existait encore, et avant tous les travaux commencés en 1852.)
On comprend que l’auteur n’a pu modifier toute cette partie de son livre selon la réalité actuelle, n’ayant point vu Paris depuis neuf ans.
Pourtant, au-dessus de la première ligne Victor Hugo a ajouté ces mots :
Il y a quarante ans…
Feuillets 525-526-527. — Le premier et le dernier sont collés de chaque côté du feuillet 5265 le feuillet 525 n’est que la copie mise au net d’un ajouté marginal ; le 527 a été écrit à Guernesey, il contient le récit des mésaventures de Maîtres Corbeau et Renard.
Le feuillet 526 porte plusieurs corrections datant de Guernesey. Sur l’ancien texte nous lisons :
Il y a vingt-cinq ans, en laissant à part cette place Saint-Jacques…
À la révision, Victor Hugo a biffé le nombre vingt-cinq et écrit au-dessus : trente-sept.
Au verso, même particularité.
Aujourd’hui et depuis six vingt ans…
Feuillet 531. — IV. Les remarques de la principale locataire.
Autre titre : Stupéfactions de la principale locataire.
Cette division a été ajoutée d’après coup entre les lignes, ce qui amène une surcharge dans le chiffre du chapitre suivant, d’abord iv, puis v. — Une des remarques a été supprimée ; la principale locataire trouvait dans les poches de Jean Valjean : un rouleau de corde assez volumineux. Ces mots ont été biffés.
LIVRE V — À CHASSE NOIRE, MEUTE MUETTE.
(Autre titre : Jean Valjean traqué.)
Ce livre, de 1847, a été remanié en 1861.
Sous le titre, cette note :
(La première page qui commence le feuillet C4 est la dernière du dossier précédant la Masure 50-52. La dernière page qui commence le feuillet G4 est la première du dossier suivant le Couvent.)
Cette note nous donne la clef des bouleversements du manuscrit relié. Victor Hugo, en 1847, écrivait des deux côtés de la page ; quand le commencement d’un chapitre se trouvait au verso d’une page, si ce chapitre, à la révision, en 1861, prenait la tête d’un livre, le titre de ce livre, ou les chapitres ajoutés, venaient forcément couper le livre précédent ; de là la nécessité d’une note explicative.
Pas de divisions établies pour le livre V qui se poursuit sans interruption.
Feuillet 534, verso. — I. Les zigzags de la stratégie.
En tête de ce feuillet, qui débute par : Jean Valjean avait tout de suite quitté le boulevard, nous lisons cette indication :
Commencer ce chapitre par les deux pages ci-jointes qui ont pour premier mot ici et pour dernier mot continuons.
Les deux pages « ci-jointes » commencent actuellement en effet le chapitre Ier ; elles ont été, le texte seul l’indique, écrites à Guernesey. Victor Hugo avait d’abord voulu modifier l’itinéraire de sa « Chasse noire » selon le Paris de 1862, mais il n’avait pu obtenir les renseignements précis qu’il demandait dans cette note :
Me dire s’il y a dans les rues des maisons nouvelles et leur numéro.
Que faire ? les lecteurs de 1862 pourront-ils se reconnaître dans cette description écrite en 1847 ?
Cette difficulté même inspire alors au poète, au Français, deux pages exquises où, sous prétexte de topographie, il fait passer dans l’âme du lecteur un peu de sa tristesse d’exilé, de ses regrets et de son amour de « tous ces lieux qu’on ne voit plus, qu’on ne reverra peut-être jamais ».
Avant de continuer la description du livre V, nous sommes forcé de citer deux notes placées en tête du livre VI, et qui ont amené les modifications des livres V et VI :
Texte non modifié, tel que je l’ai écrit dans la réalité absolue.
Aujourd’hui, vu le régime et les tracasseries possibles, j’ai dû dépayser le couvent, en changer le nom et le transporter imaginairement quartier Saint-Antoine.
25 janvier 1862.
Le lieu, fort respectable d’ailleurs, où les aventures de ce livre vont pénétrer, existait très réellement dans Paris à l’époque où se passent les faits que nous racontons, mais pour des raisons que l’auteur aura peut-être l’occasion d’expliquer plus tard, il convient, en cette année 1861 où nous sommes, que cette réalité soit voilée. Le lecteur donc trouvera bon que désormais nous le dépaysions un peu en supprimant le nom des rues et les indications qui pourraient faire reconnaître le quartier.
(Transporter la chose quartier Saint-Antoine.) (Ne faire les altérations de cette nature que sur la copie.)
Cette copie, placée à la fin du manuscrit, comprend soixante feuillets, parmi lesquels on en trouve dix de l’écriture de Victor Hugo.
Nous en parlerons souvent au cours de la description du livre V. Établissons d’abord ceci : Victor Hugo, ayant choisi un autre quartier pour le couvent où Jean Valjean et Cosette se réfugieront, devait, par cela même, changer l’itinéraire suivi par Jean Valjean pour arriver à ce couvent situé d’abord sur la rive gauche ; pour aller au quartier Saint-Antoine il fallait traverser la Seine ; ce déplacement a amené l’incident du pont d’Austerlitz, incident qui n’existait naturellement pas sur le manuscrit de 1847. La version définitive remplit dix feuillets originaux mêlés à la copie dont nous avons parlé plus haut ; le lecteur nous saura gré de rétablir les passages tels qu’ils ont été écrits primitivement, quand le couvent était situé sur la rive gauche ; nous citerons donc le manuscrit de 1847, à partir de cette ligne :
[Jean Valjean reconnut parfaitement Javert. (Voir page 153.)]
À partir du carrefour, la rue Neuve-Sainte-Geneviève suit presque parallèlement la rue des Postes. Les trois petites rues désertes du Pot-de-Fer-Saint-Marcel, du Puits-qui-parle et des Irlandais rattachent les deux rues l’une à l’autre à peu près comme des échelons réunissent les deux montants d’une échelle.
La rue des Postes aboutit à la place de l’Estrapade et la rue Neuve-Sainte-Geneviève à l’ancienne muraille des Génovéfains, où il y avait à cette époque un corps de garde.
..........................
Du reste, en exceptant la rue Mouffetard et quelques affluents de cette artère du faubourg Saint-Marceau, tout ce quartier a presque l’aspect monacal d’une ville espagnole. Pas une boutique dans la plupart des rues, pas une voiture, à peine çà et là une chandelle allumée aux fenêtres, toute lumière éteinte après dix heures. Ce ne sont que des couvents et des jardins, de rares maisons basses et de grands murs aussi hauts que les maisons.
Jean Valjean avait remarqué dans ses promenades que la rue Neuve-Sainte-Geneviève menait directement au corps de garde du Panthéon. Il songea que Javert allait probablement chercher main-forte à ce corps de garde et reviendrait de là lui barrer le chemin par la rue des Irlandais. Rétrograder était impossible, l’entrée de la rue étant gardée derrière lui. Il s’enfonça rapidement dans la rue des Postes, espérant s’échapper par quelque ruelle latérale. Cosette commençait à se fatiguer et ne marchait plus aussi vite. Il la prit dans ses bras et la porta. Il n’y avait pas un passant, et l’on n’avait point allumé les réverbères à cause de la lune.
En quelques enjambées il fut à la rue du Pot-de-Fer-Saint-Marcel, qui coupe, comme nous l’avons indiqué, la rue des Postes à angle droit. Il allait s’y jeter lorsqu’il aperçut à l’autre bout de la ruelle, au coin de la rue Neuve-Sainte-Geneviève, un fantôme debout et immobile qui gardait le passage. C’était un des hommes qui accompagnaient Javert. Jean Valjean recula.
En face de la rue du Pot-de-Fer, une autre ruelle opère sa jonction avec la rue des Postes. Jean Valjean sonda cette ruelle du regard. Le clair de lune la lui montra distinctement murée à son extrémité. C’est en effet le cul-de-sac des Vignes. S’y engager, c’était entrer dans une souricière. Javert avait évidemment calculé cela.
Il poussa plus avant, dépassa la haute et triste porte monumentale du couvent des Spiritains, et atteignit la rue du Puits-qui-parle. L’évasion était possible par là. Il regarda. Là aussi, au coin opposé de la rue, il y avait une statue noire qui attendait. C’était le second des deux hommes de Javert.
Que faire ? Il n’était plus temps de gagner la place de l’Estrapade : Javert était probablement déjà dans la rue des Irlandais. Il revint sur ses pas. Cosette avait appuyé sa tête sur l’épaule du bonhomme et ne disait pas un mot.