Odes et Ballades (page 14)
Hélas ! ne puis-je aussi m’immoler pour mes frères ?
N’est-il plus d’opprimés ? n’est-il plus de bourreaux ?
Sur quel noble échafaud, dans quels murs funéraires
Chercher le trépas des héros ?
Oui, que brisant mon corps, la torture sanglante,
Sur la croix, à ma soif brûlante
Offre le breuvage de fiel,
Fier et content, Seigneur, je dirai vos louanges ;
Car l’ange du martyre est le plus beau des anges
Qui portent les âmes au ciel !
Décembre 1821.
BALLADE CINQUIÈME. LE GÉANT.
Les nuées du ciel elles-mêmes craignent que je ne vienne chercher mes ennemis dans leur sein…
Mottenabi.
Ô guerriers ! je suis né dans le pays des Gaules.
Mes aïeux franchissaient le Rhin comme un ruisseau,
Ma mère me baigna dans la neige des pôles
Tout enfant, et mon père, aux robustes épaules,
De trois grandes peaux d’ours décora mon berceau.
Car mon père était fort ! L’âge à présent l’enchaîne.
De son front tout ridé tombent ses cheveux blancs.
Il est faible ; il est vieux. Sa fin est si prochaine,
Qu’à peine il peut encor déraciner un chêne
Pour soutenir ses pas tremblants !
C’est moi qui le remplace ! et j’ai sa javeline,
Ses bœufs, son arc de fer, ses haches, ses colliers ;
Moi qui peux, succédant au vieillard qui décline,
Les pieds dans le vallon, m’asseoir sur la colline,
Et de mon souffle au loin courber les peupliers.
À peine adolescent, sur les Alpes sauvages,
De rochers en rochers je m’ouvrais des chemins ;
Ma tête ainsi qu’un mont arrêtait les nuages ;
Et souvent, dans les cieux épiant leurs passages,
J’ai pris des aigles dans mes mains.
Je combattais l’orage, et ma bruyante haleine
Dans leur vol anguleux éteignait les éclairs ;
Ou, joyeux, devant moi chassant quelque baleine,
L’océan à mes pas ouvrait sa vaste plaine,
Et mieux que l’ouragan mes jeux troublaient les mers.
J’errais, je poursuivais d’une atteinte trop sûre
Le requin dans les flots, dans les airs l’épervier ;
L’ours, étreint dans mes bras, expirait sans blessure,
Et j’ai souvent, l’hiver, brisé dans leur morsure
Les dents blanches du loup-cervier.
Ces plaisirs enfantins pour moi n’ont plus de charmes.
J’aime aujourd’hui la guerre et son mâle appareil,
Les malédictions des familles en larmes,
Les camps, et le soldat, bondissant dans ses armes,
Qui vient du cri d’alarme égayer mon réveil.
Dans la poudre et le sang, quand l’ardente Mêlée
Broie et roule une armée en bruyants tourbillons,
Je me lève, je suis sa course échevelée,
Et, comme un cormoran fond sur l’onde troublée,
Je plonge dans les bataillons.
Ainsi qu’un moissonneur parmi des gerbes mûres,
Dans les rangs écrasés, seul debout, j’apparais.
Leurs clameurs dans ma voix se perdent en murmures ;
Et mon poing désarmé martelle les armures
Mieux qu’un chêne noueux choisi dans les forêts.
Je marche toujours nu. Ma valeur souveraine
Rit des soldats de fer dont vos camps sont peuplés.
Je n’emporte au combat que ma pique de frêne,
Et ce casque léger que traîneraient sans peine
Dix taureaux au joug accouplés.
Sans assiéger les forts d’échelles inutiles,
Des chaînes de leurs ponts je brise les anneaux.
Mieux qu’un bélier d’airain je bats leurs murs fragiles.
Je lutte corps à corps avec les tours des villes.
Pour combler les fossés, j’arrache les créneaux.
Oh ! quand mon tour viendra de suivre mes victimes,
Guerriers ! ne laissez pas ma dépouille au corbeau ;
Ensevelissez-moi parmi des monts sublimes,
Afin que l’étranger cherche en voyant leurs cimes
Quelle montagne est mon tombeau !
Mars 1825.
À M. DE CHATEAUBRIAND.
ODE SIXIÈME. LE GÉNIE.
Va d’un pas ferme au Capitole ! Le Tasse. Ode.
Les circonstances ne forment pas les hommes ; elles les montrent : elles dévoilent, pour ainsi dire, la royauté du génie, dernière ressource des peuples éteints. Ces rois qui n’en ont pas le nom, mais qui règnent véritablement par la force du caractère et la grandeur des pensées, sont élus par les événements auxquels ils doivent commander. Sans ancêtres et sans postérité, seuls de leur race, leur mission remplie, ils disparaissent en laissant à l’avenir des ordres qu’il exécutera fidèlement.F. de La Mennais.
I
Malheur à l’enfant de la terre,
Qui, dans ce monde injuste et vain,
Porte en son âme solitaire
Un rayon de l’esprit divin !
Malheur à lui ! l’impure envie
S’acharne sur sa noble vie,
Semblable au vautour éternel ;
Et, de son triomphe irritée,
Punit ce nouveau Prométhée
D’avoir ravi le feu du ciel.
La Gloire, fantôme céleste,
Apparaît de loin à ses yeux ;
Il subit le pouvoir funeste
De son sourire impérieux !
Ainsi l’oiseau, faible et timide,
Veut en vain fuir l’hydre perfide
Dont l’œil le charme et le poursuit ;
Il voltige de cime en cime,
Puis il accourt, et meurt victime
Du doux regard qui l’a séduit.
Ou, s’il voit luire enfin l’aurore
Du jour, promis à ses efforts ;
Vivant, si son front se décore
Du laurier, qui croît pour les morts ;
L’erreur, l’ignorance hautaine,
L’injure impunie et la haine
Usent les jours de l’immortel.
Du malheur imposant exemple,
La gloire l’admet dans son temple,
Pour l’immoler sur son autel.
II
Pourtant, fallût-il être en proie
À l’injustice, à la douleur,
Qui n’accepterait avec joie
Le génie, au prix du malheur ?
Quel mortel, sentant dans son âme
S’éveiller la céleste flamme
Que le temps ne saurait ternir,
Voudrait, redoutant sa victoire,
Au sein d’un bonheur sans mémoire,
Fuir son triste et noble avenir ?
Chateaubriand, je t’en atteste,
Toi qui, déplacé parmi nous,
Reçus du ciel le don funeste
Qui blesse notre orgueil jaloux :
Quand ton nom doit survivre aux âges,
Que t’importe, avec ses outrages,
À toi, géant, un peuple nain ?
Tout doit un tribut au génie.
Eux, ils n’ont que la calomnie ;
Le serpent n’a que son venin.
Brave la haine empoisonnée ;
Le nocher rit des flots mouvants,
Lorsque sa poupe couronnée
Entre au port, à l’abri des vents.
Longtemps ignoré dans le monde,
Ta nef a lutté contre l’onde
Souvent prête à l’ensevelir ;
Ainsi jadis le vieil Homère
Errait inconnu sur la terre,
Qu’un jour son nom devait remplir.
III
Jeune encor, quand des mains du crime
La France en deuil reçut des fers,
Tu fuis ; le souffle qui t’anime
S’éveilla dans l’autre univers.
Contemplant ces vastes rivages,
Ces grands fleuves, ces bois sauvages,
Aux humains tu disais adieu ;
Car dans ces lieux que l’homme ignore
Du moins ses pas n’ont point encore
Effacé les traces de Dieu.
Tu vins, dans un temps plus tranquille,
Fouler cette terre des arts
Où croît le laurier de Virgile,
Où tombent les murs des Césars.
Tu vis la Grèce humble et domptée :
Hélas ! il n’est plus de Tyrtée
Chez ces peuples, jadis si grands ;
Les grecs courbent leurs fronts serviles,
Et le rocher des Thermopyles
Porte les tours de leurs tyrans.
Ces cités, que vante l’histoire,
Pleurent leurs enfants aguerris ;
Le vieux souvenir de leur gloire
N’habite plus que leurs débris.
Les dieux ont fui : dans les prairies,
Adieu les blanches théories !
Plus de jeux, plus de saints concerts !
Adieu les fêtes fraternelles !
L’airain, qui gronde aux Dardanelles,
Trouble seul les temples déserts.
Mais si la Grèce est sans prestiges,
Tu savais des lieux solennels
Où sont de plus sacrés vestiges,
Des monuments plus éternels,
Une tombe pleine de vie,
Et Jérusalem asservie
Qu’un pacha foule sans remord,
Et le bédouin, fils du numide,
Et Carthage, et la Pyramide,
Tente immobile de la mort !
Enfin, au foyer de tes pères,
Tu vins, rapportant pour trésor
Tes maux aux rives étrangères,
Et les hautes leçons du sort.
Tu déposas ta douce lyre :
Dès lors, la raison qui t’inspire
Au sénat parla par ta voix ;
Et la Liberté rassurée
Confia sa cause sacrée
À ton bras, défenseur des rois.
Dans cette arène où l’on t’admire,
Sois fier d’avoir tant combattu,
Honoré du double martyre
Du génie et de la vertu.
Poursuis : remplis notre espérance ;
Sers ton prince, éclaire la France,
Dont les destins vont s’accomplir.
L’Anarchie, altière et servile,
Pâlit devant ton front tranquille
Qu’un tyran n’a point fait pâlir.
Que l’envie, aux pervers unie,
Te poursuive de ses clameurs,
Ton noble essor, fils du génie,
T’enlève à ces vaines rumeurs ;
Tel l’oiseau du Cap des Tempêtes
Voit les nuages sur nos têtes
Rouler leurs flots séditieux ;
Pour lui, loin des bruits de la terre,
Bercé par son vol solitaire,
Il va s’endormir dans les cieux !
Juillet 1820.
ODE HUITIÈME. LE MATIN.
Moriturus morituræ !
Le voile du matin sur les monts se déploie.
Vois, un rayon naissant blanchit la vieille tour ;
Et déjà dans les cieux s’unit avec amour,
Ainsi que la gloire à la joie,
Le premier chant des bois aux premiers feux du jour.
Oui, souris à l’éclat dont le ciel se décore ! —
Tu verras, si demain le cercueil me dévore,
Un soleil aussi beau luire à ton désespoir,
Et les mêmes oiseaux chanter la même aurore,
Sur mon tombeau muet et noir !
Mais dans l’autre horizon l’âme alors est ravie.
L’avenir sans fin s’ouvre à l’être illimité.
Au matin de l’éternité
On se réveille de la vie,
Comme d’une nuit sombre ou d’un rêve agité.
Avril 1822.
ODE SIXIÈME. LE NUAGE.
J’erre au hasard, en tous lieux, d’un mouvement plus doux que la sphère de la lune.Shakespeare.
Ce beau nuage, ô vierge, aux hommes est pareil.
Bientôt tu le verras, grondant sur notre tête,
Aux champs de la lumière amasser la tempête,
Et leur rendre en éclairs les rayons du soleil.
Oh ! qu’un ange longtemps d’un souffle salutaire
Le soutienne en son vol, tel que l’ont vu tes yeux !
Car, s’il descend vers nous, le nuage des cieux
N’est plus qu’un brouillard sur la terre.
Vois, pour orner le soir, ce matin il est né.
L’astre géant, fécond en splendeurs inconnues,
Change en cortège ardent l’amas jaloux des nues ;
Le génie est plus grand d’envieux couronné !
La tempête qui fuit d’un orage est suivie.
L’âme a peu de beaux jours ; mais, dans son ciel obscur,
L’amour, soleil divin, peut dorer d’un feu pur
Le nuage errant de la vie.
Hélas ! ton beau nuage aux hommes est pareil.
Bientôt tu le verras, grondant sur notre tête,
Aux champs de la lumière amasser la tempête,
Et leur rendre en éclairs les rayons du soleil !
Avril 1822.
BALLADE DOUZIÈME. LE PAS D’ARMES DU ROI JEAN.
Plus de six cents lances y furent brisées ; on se battit à pied et à cheval, à la barrière, à coups d’épée et de pique, où partout les tenants et les assaillants ne firent rien qui ne répondît à la haute estime qu’ils s’étaient déjà acquise ; ce qui fit éclater ces tournois doublement. Enfin, au dernier, un gentilhomme nommé de Fontaines, beau-frère de Chandiou, grand prévôt des maréchaux, fut blessé à mort ; et au second encore, Saint-Aubin, autre gentilhomme, fut tué d’un coup de lance. Ancienne chronique.
Çà, qu’on selle,
Écuyer,
Mon fidèle
Destrier.
Mon cœur ploie
Sous la joie,
Quand je broie
L’étrier.
Par saint-Gille,
Viens-nous-en,
Mon agile
Alezan ;
Viens, écoute,
Par la route,
Voir la joute
Du roi Jean.
Qu’un gros carme
Chartrier
Ait pour arme
L’encrier ;
Qu’une fille,
Sous la grille,
S’égosille
À prier ;
Nous qui sommes,
De par Dieu,
Gentilshommes
De haut lieu,
Il faut faire
Bruit sur terre,
Et la guerre
N’est qu’un jeu.
Ma vieille âme
Enrageait ;
Car ma lame,
Que rongeait
Cette rouille
Qui la souille,
En quenouille
Se changeait.
Cette ville,
Aux longs cris,
Qui profile
Son front gris,
Des toits frêles,
Cent tourelles,
Clochers grêles,
C’est Paris !
Quelle foule,
Par mon sceau !
Qui s’écoule
En ruisseau,
Et se rue,
Incongrue,
Par la rue
Saint-Marceau.
Notre-Dame !
Que c’est beau !
Sur mon âme
De corbeau,
Voudrais être
Clerc ou prêtre
Pour y mettre
Mon tombeau !
Les quadrilles,
Les chansons
Mêlent filles
Aux garçons.
Quelles fêtes !
Que de têtes
Sur les faîtes
Des maisons !
Un maroufle,
Mis à neuf,
Joue et souffle
Comme un bœuf
Une marche
De Luzarche
Sur chaque arche
Du Pont-Neuf.
Le vieux Louvre !
Large et lourd,
Il ne s’ouvre
Qu’au grand jour,
Emprisonne
La couronne,
Et bourdonne
Dans sa tour.
Los aux dames !
Au roi los !
Vois les flammes
Du champ clos,
Où la foule,
Qui s’écroule,
Hurle et roule
À grands flots.
Sans attendre,
Çà, piquons !
L’œil bien tendre,
Attaquons
De nos selles
Les donzelles,
Roses, belles,
Aux balcons.
Saulx-Tavane
Le ribaud
Se pavane,
Et Chabot
Qui ferraille,
Bossu, raille
Mons Fontraille
Le pied-bot.
Là-bas, Serge
Qui fit vœu
D’aller vierge
Au saint lieu ;
Là, Lothaire,
Duc sans terre ;
Sauveterre,
Diable et dieu.
Le vidame
De Conflans
Suit sa dame
À pas lents,
Et plus d’une
S’importune
De la brune
Aux bras blancs.
Là-haut brille,
Sur ce mur,
Yseult, fille
Au front pur ;
Là-bas, seules,
Force aïeules
Portant gueules
Sur azur.
Dans la lice,
Vois encor
Berthe, Alice,
Léonor,
Dame Irène,
Ta marraine,
Et la reine
Toute en or.
Dame Irène
Parle ainsi :
« Quoi ! la reine
Triste ici ! »
Son altesse
Dit : « Comtesse,
J’ai tristesse
Et souci. »
On commence.
Le beffroi !
Coups de lance,
Cris d’effroi !
On se forge,
On s’égorge,
Par saint-George !
Par le roi !
La cohue,
Flot de fer,
Frappe, hue,
Remplit l’air.
Et, profonde,
Tourne et gronde,
Comme une onde
Sur la mer.
Dans la plaine
Un éclair
Se promène
Vaste et clair ;
Quels mélanges !
Sang et franges !
Plaisirs d’anges !
Bruit d’enfer !
Sus, ma bête,
De façon
Que je fête
Ce grison !
Je te baille
Pour ripaille
Plus de paille,
Plus de son,
Qu’un gros frère,
Gai, friand,
Ne peut faire,
Mendiant
Par les places
Où tu passes,
De grimaces
En priant !
Dans l’orage,
Lys courbé,
Un beau page
Est tombé.
Il se pâme,
Il rend l’âme ;
Il réclame
Un abbé.
La fanfare
Aux sons d’or,
Qui t’effare,
Sonne encor
Pour sa chute ;
Triste lutte
De la flûte
Et du cor !
Moines, vierges,
Porteront
De grands cierges
Sur son front ;
Et, dans l’ombre
Du lieu sombre,
Deux yeux d’ombre
Pleureront.
Car madame
Isabeau
Suit son âme
Au tombeau.
Que d’alarmes !
Que de larmes !…
Un pas d’armes,
C’est très beau !
Çà, mon frère,
Viens, rentrons
Dans notre aire
De barons.
Va plus vite,
Car au gîte
Qui t’invite,
Trouverons,
Toi, l’avoine
Du matin,
Moi, le moine
Augustin,
Ce saint homme
Suivant Rome,
Qui m’assomme
De latin,
Et rédige
En romain
Tout prodige
De ma main,
Qu’à ma charge
Il émarge
Sur un large
Parchemin.
Un vrai sire
Châtelain
Laisse écrire
Le vilain ;
Sa main digne,
Quand il signe,
Égratigne
Le vélin.
24-26 juin 1828
LIVRE QUATRIÈME.
1819-1827.
Spiritus flat ubi vult.
ODE PREMIÈRE. LE POËTE.
Muse ! contemple ta victime ! Lamartine. L’enthousiasme.
Ah ! ceux que ravissent ses chants sont loin de croire à l’amertume qui ronge son cœur ! Th. Moore. Mélodies irlandaises.
I
Qu’il passe en paix, au sein d’un monde qui l’ignore,
L’auguste infortuné que son âme dévore !
Respectez ses nobles malheurs ;
Fuyez, ô plaisirs vains, son existence austère ;
Sa palme qui grandit, jalouse et solitaire,
Ne peut croître parmi vos fleurs.
Il souffre assez de maux, sans y joindre vos joies !
Chaque pas qui l’enfonce en de sublimes voies,
Par une douleur est compté.
Il pleure sa jeunesse avant l’âge envolée,
Sa vie, humble roseau, qui se courbe accablée
Du poids de l’immortalité.
Il pleure, ô belle enfance, et ta grâce et tes charmes,
Et ton rire innocent et tes naïves larmes,
Ton bonheur doux et turbulent,
Et, loin des vastes cieux, l’aile que tu reposes,
Et, dans les jeux bruyants, ta couronne de roses
Que flétrirait son front brûlant !
Il accuse et son siècle, et ses chants, et sa lyre,
Et la coupe enivrante où, trompant son délire,
La gloire verse tant de fiel,
Et ses vœux, poursuivant des promesses funestes,
Et son cœur, et la Muse, et tous ces dons célestes,
Hélas ! qui ne sont pas le ciel !
II
Ah ! si du moins, couché sur le char de la vie,
L’hymne de son triomphe et les cris de l’envie
Passaient sans troubler son sommeil !
S’il pouvait dans l’oubli préparer sa mémoire !
Ou, voilé de rayons, se cacher dans sa gloire,
Comme un ange dans le soleil !
Mais sans cesse il faut suivre, en la commune arène,
Le flot qui le repousse et le flot qui l’entraîne !
Les hommes troublent son chemin !
Sa voix grave se perd dans leurs vaines paroles,
Et leur fol orgueil mêle à leurs jouets frivoles
Le sceptre qui pèse à sa main !
Pourquoi traîner ce roi si loin de ses royaumes ?