La Montée du Mont-Carmel (page 15)
Le septième consiste à rendre celui qui n’étouffe pas cette vaine dilectation, incapable de prendre conseil, et de suivre des instructions raisonnables et salutaires dans l’exercice des bonnes œuvres. L’habitude qu’il y a de s’y ménager du contentement, l’affaiblit et le tient lié si étroitement, qu’il juge que le sentiment des autres n’est pas le meilleur ; ou s’il l’estime le plus conforme à la raison et à la vertu, il n’a pas assez de courage pour le réduire en pratique. Ces sortes de gens sont encore bien froids en l’amour de Dieu, et bien lâches en la charité du prochain, parce que l’ardeur de l’amour propre qui les échauffe en leurs entreprises louables, éteint cette vertu dans leur cœur.
CHAPITRE VINGT-HUITIÈME.
Des différentes utilités que l’ame reçoit, lorsqu’elle se prive du plaisir des vertus morales.
Les fruits dont l’ame est participante, lorsqu’elle ne veut pas se nourrir de la vaine joie de cette sorte de biens, sont très-grands. Le premier est, que l’ame dissipe l’orage des tentations que le démon lui suscite, et elle se délivre des embûches qu’il lui dresse sous les apparences de ces bonnes œuvres, comme nous l’apprenons de cet endroit du livre de Job : Il dort à l’écart sous l’ombre des roseaux et dans des lieux humides. Le saint homme parle de Satan, qui se cache dans l’humidité et la mollesse du plaisir et dans le vide du roseau ; c’est-à-dire, dans une action vaine, pour surprendre l’ame, et pour l’embarrasser en ses filets. Ce qui ne doit pas nous étonner, puisque cette satisfaction est d’elle-même, sans la suggestion du démon, une pure tromperie ; surtout lorsque celui qui fait ces actions en sent dans le fond du cœur quelque complaisance. C’est ce que Jérémie exprime admirablement en ces termes : Votre arrogance et l’orgueil de cœur vous ont déçu. Car, je vous prie, quelle plus grande tromperie peut-on imaginer que la vaine gloire ? Il est donc nécessaire que l’ame qui s’en veut garantir, extermine cette joie inutile.
Le second : un homme fait des actions plus parfaites et plus fréquentes ; ce qui lui serait impossible, si la passion du plaisir dominait dans ses œuvres. Car cette passion donnerait de si grandes forces à l’appétit irascible et à l’appétit concupiscible, qu’ils ne laisseraient nulle autorité à la raison, et qu’ensuite l’ame serait pour l’ordinaire inconstante dans le bien et dans ses résolutions ; elle omettrait plusieurs saintes œuvres ; elle en entreprendrait quelques-unes selon son caprice ; elle en commencerait quelques autres sans les achever ; et dans cette perpétuelle vicissitude elle ne ferait aucun profit. Car comme elle ne serait attirée à faire le bien que par le goût du plaisir, qui est changeant de sa nature et différent, tantôt plus grand, tantôt plus petit, il est certain que quand il cesserait de flatter le cœur, les bonnes œuvres, quelque importantes qu’elles fussent s’évanouiraient. Ce contentement étant l’ame et la vie des actions, celles-ci meurent lorsque celui-là s’étouffe. Ces gens-là sont semblables à ceux qui écoutent la parole divine, dit Jesus-Christ ; mais à qui le démon vient ensuite la ravir du milieu du cœur, de peur qu’ayant cru ils ne soient sauvés. La raison est, parce que tout leur appui et toutes leurs forces pour agir, ne consistent qu’en la jouissance de cette satisfaction. C’est pourquoi celui qui s’en prive, trouve le secret de persévérer, et d’éviter les fraudes du malin esprit. Si bien que cette utilité est de très-grande conséquence, comme la perte qui lui est opposée est d’une suite très-dangereuse. Celui qui se conduit par les lumières et selon les principes de la sagesse chrétienne, tient les yeux toujours attachés sur la substance de ses œuvres, sur le profit qu’il en attend, et non sur la douceur d’esprit qu’il peut y puiser. Il ne bat point l’air ; il ne cherche point de secours pour se procurer de la consolation ; il ne s’arrête qu’à ce qu’il y a de solide en ses actions.
La troisième utilité est toute divine. Après que l’homme spirituel a ruiné la vaine joie de ses bonnes œuvres, il entre dans la pauvreté d’esprit, à qui le Fils de Dieu donne le premier rang entre les béatitudes, et le royaume du Ciel pour récompense.
Le quatrième celui qui a banni ce contentement de sa volonté, devient doux, humble et prudent en ses actions. Car les appétits irascibles et concupiscibles ne souffrent plus en leurs opérations les impressions violentes de la volupté, et cet homme agira sans présomption de lui-même, sans estime de ses œuvres, et sans être couvert du bandeau que la satisfaction du bien qu’il fait lui mettrait sur les yeux, s’il ne l’abhorrait pas.
La cinquième : il gagne le cœur de Dieu et l’amitié des hommes, et il se défend des vices odieux d’avarice, de gourmandise de paresse, d’envie, d’une infinité d’autres défauts spirituels.
CHAPITRE VINGT-NEUVIÈME.
On parle des biens surnaturels, qui sont le cinquième genre des biens qui peuvent remplir de joie la volonté. On montre de quelle nature ils sont, comment on les distingue des biens spirituels, et comment il faut rapporter à Dieu le contentement qui en vient.
Il est convenable de traiter maintenant du cinquième genre des biens, où la volonté peut trouver du plaisir. Nous les appelons surnaturels, car ce sont tous les dons et toutes les grâces que Dieu nous accorde gratuitement, et qui surpassent toutes les forces et toute la vertu de la nature. Tels furent les dons de sagesse et de science, dont Dieu enrichit Salomon ; tels sont ceux que saint Paul marque en sa première Lettre aux Corinthiens ; savoir, le don de foi, la grâce de guérir les malades, le don de faire des miracles, le don de prophétie, le discernement des esprits, le don de parler diverses langues, le don de les interprêter. Tous lesquels biens quoiqu’ils soient sans contredit spirituels, comme le sont ceux dont nous parlerons bientôt, nous avons néanmoins jugé qu’il était nécessaire de les distinguer, à cause de l’extrême différence qui se trouve entre eux. Car l’usage qu’on fait de ceux-ci regarde immédiatement le bien des hommes ; et c’est pour cette raison que Dieu les leur communique, puisque le Saint-Esprit, dit l’Apôtre, ne se fait paraître en chacun que pour l’utilité commune. Mais les grâces purement spirituelles ne servent qu’à entretenir le commerce de Dieu avec l’ame, et la familiarité de l’ame avec Dieu, dans l’union de l’entendement et de la volonté. Et c’est cet objet et la manière de l’atteindre, qui en font la distinction d’avec les autres dons surnaturels, lesquels sont donnés de Dieu pour le profit des créatures. Ils n’ont pas toutefois cette seule différence de l’objet ; ils ont encore la différence de leur substance et de leur opération. Ce qui nous oblige à en donner une différente connaissance.
Or, prenant ces dons surnaturels dans le sens que je leur donne, je dis pour nous encourager à fermer notre cœur à la satisfaction qu’ils y font entrer, qu’on en reçoit deux sortes de fruits considérables, pour le temporel et pour le spirituel. Le fruit temporel est la guérison des malades, la vue rendue aux aveugles, la résurrection des morts, la fuite des démons, la prédiction de l’avenir, afin que les hommes pourvoient à leurs affaires, et d’autres semblables faveurs. Le fruit spirituel regarde principalement l’éternité. Car sa fin est, que ces saintes opérations contribuent à nous faire connaître Dieu, à lui rendre l’obéissance et l’honneur que nous lui devons, à exciter le prochain à s’acquitter des mêmes devoirs.
Le premier fruit ne doit pas inspirer à l’homme beaucoup de joie, parce que les miracles et les autres dons qu’il contient lui sont peu utiles pour acquérir l’union divine : c’est la charité qui le conduit à ce terme. Or ces merveilles extraordinaires peuvent lui arriver sans avoir la grâce sanctifiante, soit que Dieu les communique comme au faux prophète Balaam, soit que le démon les opère par sa force et ses prestiges, ou par quelque secrète vertu de la nature, comme il a paru dans Simon le Magicien. Si ces prodiges devaient apporter quelque avantage aux hommes, ce serait assurément ceux dont Dieu serait l’auteur et l’ouvrier.
Cependant saint Paul nous apprend à juger de leur prix, si on les sépare des dons du second rang. Quand je parlerais, dit-il, le langage des hommes et des Anges, si je n’avais pas la charité, je ressemblerais à de l’airain ou à une cymbale qui retentit. Et quand j’aurais le don de prophétie, que j’entendrais tous les mystères, que j’aurais toute la science et toute la foi, en sorte que je transportasse les montagnes d’un lieu à un autre, si je n’avais pas la charité, je ne serais rien. C’est pourquoi lorsque plusieurs diront à Jésus-Christ Notre Sauveur : Seigneur, n’avons-nous pas prophétisé en votre nom ? N’avons-nous pas chassé les démons en votre nom ? Navons-nous pas fait beaucoup de miracles en votre nom ? Alors il leur répondra : Je ne vous ai jamais connus : Retirez-vous de moi, vous qui avez commis l’injustice. Ainsi un homme doit se réjouir, non pas de ce qu’il est favorisé de ces grâces extraordinaires, mais de ce qu’il en use pour servir Dieu avec un parfait amour en quoi consiste le fruit de la vie éternelle et bienheureuse. De là vient que Notre-Seigneur reprit ses disciples, qui lui témoignaient de la joie qu’ils sentaient d’avoir chassé les démons. Ce n’est pas, dit-il, de ce que les esprits vous sont soumis que vous devez vous réjouir, mais c’est de ce que vos noms sont écrits dans le Ciel. Comme s’il eût dit, selon les lumières de la Théologie : Réjouissez-vous de ce que vos noms sont dans le livre de Vie. Nous apprenons de là que personne ne doit concevoir de la joie, sinon de ce qu’il marche par le chemin qui mène à la vie éternelle en s’appliquant avec soin aux œuvres de charité. Que peut nous servir devant Dieu, et de quelle valeur peut être à ses yeux tout ce qui n’est pas amour de Dieu ? Or, cet amour n’est point parfait, s’il n’est pas assez fort, assez prudent et assez discret pour nous purger de toute la satisfaction qui peut naître de ces faveurs surnaturelles, et pour la référer au seul accomplissement de la volonté divine. De cette façon la volonté s’unit à son Créateur par l’entremise des biens, qui surpassent les forces et l’état de la nature.
CHAPITRE TRENTIÈME.
Des pertes que l’ame peut souffrir, quand la volonté met son contentement en cette espèce de biens.
Il me paraît que quand un homme établit son contentement dans les biens surnaturels, il en peut souffrir trois grandes pertes. Il peut tromper les autres et être trompé lui-même ; il peut décheoir de la foi divine ; il peut s’affectionner à la gloire ou à quelque autre vanité.
En premier lieu, il peut très-facilement tromper les autres et se tromper soi-même, lorsqu’il fait ses délices de ces opérations surnaturelles. Car il est nécessaire d’être éclairé de grandes lumières de Dieu, et soutenu de bons conseils et d’avis très-sages, pour juger avec discernement et avec súreté, si ces grâces extraordinaires sont illusoires ou véritables, en quel temps et de quelle manière il faut les mettre en pratique. Or, c’est ce que l’estime qu’on en fait et la joie qu’on y puise, empêchent pour deux raisons : La première est, parce que ce contentement émousse la pointe de l’esprit, et éteint la lumière du jugement et du bon sens : la seconde, parce que celui qui se repaît de ces délices, non-seulement se hâte trop d’agir, mais il a aussi un violent penchant à opérer hors du temps qui lui est prescrit par les ordres de la sagesse divine. Supposé même que ses vertus et ses œuvres n’aient rien que de certain et de solide, néanmoins sa précipitation et son penchant suffisent pour l’engager dans l’illusion, ou parce qu’il ne comprend pas ces choses surnaturelles comme il faut, ou parce qu’il n’en tire pas le fruit qu’il devrait, et qu’il n’en fait pas l’usage dans le temps et de la manière qu’il est convenable. Car quoiqu’il soit très-constant que lorsque Dieu distribue aux hommes ses dons extraordinaires, il verse dans l’ame ses lumières, et il y fait naître des mouvemens intérieurs, pour les éclairer et pour les exciter à employer utilement ces dons : ils peuvent toutefois s’égarer en cette pratique, en ne faisant pas les choses avec la perfection que Dieu demande d’eux, ni quand et comment il faut, parce qu’ils s’en font les propriétaires ; et de cette sorte ils se souillent de grandes imperfections. En quoi ils ressemblent au prophète Balaam, qui eut la présomption de vouloir aller, contre la volonté de Dieu, jeter des malédictions sur le peuple d’Israël. C’est pourquoi Dieu voulut le faire mourir sur le champ. Saint Jacques et saint Jean, emportés par un zèle trop ardent, voulurent faire descendre le feu du Ciel sur les Samaritains, qui refusèrent l’entrée de leur ville et de leurs maisons à leur divin Maître ; mais Jésus-Christ leur en fit aussitôt une réprimande. Il est évident par là, que ces gens imparfaits se portent et se déterminent par le mouvement de quelque passion secrète, de quelque plaisir délicat, de quelque estime cachée, à faire ces actions non communes, lorsqu’il n’est pas expédient de les entreprendre. Car quand il ne s’y glisse point de semblables défauts, ils attendent le mouvement de Dieu, qui les excite à s’y occuper lorsque le temps, la nécessité et les autres circonstances l’exigent. Cette précipitation a donné sujet autrefois à Dieu, de se plaindre par la bouche de Jérémie de certains Prophètes, qui prévenaient en cela ses ordres : Je n’envoyais pas, dit-il, ces Prophètes, et ils couraient de toutes leurs forces : Je ne leur parlais pas, et ils prophetisaient comme si je les eusse inspirés. Il dit encore, qu’ils ont séduit son peuple par leurs mensonges et par leurs faux miracles, quoiqu’il ne les eût pas envoyés, et qu’il ne leur eût donné aucun ordre. Il ajoute qu’ils n’avaient que les visions de leur propre esprit, et qu’ils le débitaient aux autres. Tous lesquels abus ne fussent pas arrivés si ces Prophètes ne se fussent pas attribué à eux-mêmes leurs opérations, comme quelque chose de propre et de particulier.
On peut comprendre par ces autorités, que cette joie entraîne à faire un mauvais usage des dons gratuits de Dieu, comme firent autrefois Balaam et les autres Prophètes, qui faisaient des miracles pour décevoir le peuple. Elle jette même les esprits vains dans de si grands égaremens, que quoiqu’ils n’aient rien reçu de Dieu, ils se servent de leurs rêveries et de leurs imaginations, comme ils se les sont formées, ou comme le démon les leur a présentées ; et ils les publient comme des oracles infaillibles. Car ce Prince des ténèbres les voyant attachés à ces sortes de visions, leur ouvre un vaste champ, et leur fournit une grande matière pour s’y appliquer ; il se mêle en leurs opérations, et il les excite en différentes manières. Ainsi ces gens, animés de ses suggestions malignes, s’abandonnent à leurs emportemens en ce sujet ; et par une hardiesse qui va jusqu’à l’impudence, ils deviennent prodigues de ces merveilles prétendues et de ces faux miracles.
Cependant ce mal déplorable n’arrête pas là son cours ; le désir et le plaisir d’éclater poussent si loin ces gens-là, que s’ils avaient auparavant quelque commerce occulte avec le démon ; car c’est d’ordinaire par sa puissance et par son ministère, qu’ils font ces prodiges illusoires ; ils n’ont plus de honte de se déclarer, et de faire profession d’être ses disciples aussi bien qu’ils sont ses esclaves. C’est là où se forment les empoisonneurs, les devins, les enchanteurs, les magiciens et les sorciers. Ils passent encore plus outre. Car non-seulement ils souhaitent d’acheter à prix d’argent les dons extraordinaires de Dieu, comme Simon le Magicien, pour rendre leurs hommages et leur obéissance au malin esprit, mais ils s’efforcent aussi d’acquérir les choses sacrées et même les divines ; ce qu’on ne peut dire sans frayeur. Ô que nous avons besoin que Dieu augmente et multiplie à l’infini les effets de sa grande miséricorde !
Mais qui peut dire combien ces malheureux sont pernicieux à eux-mêmes ? Qui peut connaître combien ils sont funestes au Christianisme ? Tous ceux qui s’adonnèrent à la magie parmi les Israélites que Saül chassa de son royaume, commirent ces abominations, et séduisirent ainsi le peuple, parce qu’ils voulurent imiter les Prophètes du Seigneur. Il est donc nécessaire, pour éviter ces illusions, que ceux qui ont reçu de Dieu quelque grâce particulière, renoncent à toute la satisfaction que l’usage qu’ils en feront leur pourrait donner. Ils doivent aussi attendre que Dieu, qui les gratifie de la sorte pour le bien de l’Église et de ses enfans, leur inspire le temps et la manière de se servir de ces dons naturels. Car comme le Sauveur des hommes défendit aux Apôtres de se mettre en peine de ce qu’ils auraient à dire, parce qu’il s’agissait d’établir la Foi, ce qui le regardait en particulier, de même il veut qu’en ces œuvres extraordinaires, qui sont sans doute très-importantes, les hommes qu’il a choisis pour les faire dépendent de ses inspirations, et des momens qu’il leur marquera pour opérer, puisque c’est par sa seule vertu qu’ils produisent ces effets miraculeux. Pour cette raison les Disciples de Jésus-Christ, quoique partagés avantageusement de ces faveurs surnaturelles, prièrent Dieu d’opérer lui-même la guérison des malades, et de faire par eux les autres miracles, qui devaient planter dans les cœurs la foi de notre Sauveur. Maintenant, Seigneur, disaient-ils, considérez leurs menaces, et donnez la grâce à vos serviteurs d’annoncer votre parole avec une entière liberté. Étendez aussi votre main pour faire des guérisons, des prodiges et des miracles au nom de votre saint fils Jesus.
Le second dommage, qui est la perte de la foi, peut naître du premier en deux manières. Premièrement au regard des autres. Car quand ces hommes-là veulent faire quelque miracle hors du temps et sans nécessité, ils tentent Dieu ; ce qui est assurément un grand crime. Et parce que l’effet ne répond pas à leurs désirs, ceux qui sont témoins de ce manquement de prodige, ou qui en sont informés, diminuent la force de leur foi, et quelquefois même ils la méprisent. Car quoique l’affaire réussisse quelquefois selon les vœux de ces gens-là, Dieu le voulant ainsi pour des raisons particulières, comme il permit que la magicienne que Saül consulta, fit paraître l’ame de Samuel, si toutefois c’était son ame, néanmoins il arrive très-souvent que le succès n’est pas égal en toutes choses : et si d’aventure ils obtiennent ce qu’ils prétendent, ils ne sont pas exempts d’erreur et de faute, puisqu’ils emploient ces dons gratuits, en sortant des bornes de leur devoir.
Secondement, ils peuvent recevoir une perte très-importante, qui est la privation du mérite de la foi, parce que l’estime qu’ils font de ces signes extraordinaires, les détourne de la pratique essentielle de la foi, qui est d’elle-même obscure. De là vient que plus il y a de merveilles qui concourent à faire croire, moins il y a de mérite à donner sa créance. Car la foi, dit saint Grégoire, est vide de mérites, lorsque la raison humaine et l’expérience lui servent de preuve. C’est pourquoi Dieu n’accorde aux hommes des miracles, que quand ils sont nécessaires pour les engager à croire, ou pour avancer la gloire de son saint nom ou pour d’autres fins très-saintes, que ses fidèles serviteurs se proposent en ces rencontres. De peur aussi que ses disciples ne perdissent le mérite de la foi, s’il les eût convaincus de sa résurrection par des preuves tirées de la raison et de l’expérience, il fit plusieurs choses miraculeuses avant que de paraître à leurs yeux en sa vie glorieuse, afin que sans le voir ils crussent qu’il était ressuscité. Il montra d’abord à Marie Magdelaine son tombeau vide ; ensuite il commanda aux Anges de lui déclarer ce mystère ; parce que, dit saint Paul, la foi vient de l’ouie ; afin qu’elle le crût avant qu’elle en eût des preuves par la vue. Lors même qu’elle le vit, ce ne fut que sous la figure d’un jardinier, afin que la ferveur que la présence du Sauveur lui inspirerait, achevat d’affermir et de perfectionner sa créance, qui était au commencement un peu faible et imparfaite. Il fit aussi annoncer par des femmes sa résurrection aux Apôtres, qui coururent ensuite voir le sépulcre de leur divin Maître. Et lorsqu’il se joignit aux Disciples qui allaient au bourg d’Emaüs, il enflamma leurs cœurs d’une extrême ardeur, avant que de se découvrir à eux. Il reprit enfin ses Apôtres et ses Disciples tous ensemble, de ce qu’ils n’avaient pas ajouté foi au témoignage de ceux qui leur avaient donné des assurances de sa résurrection. Il fit le même reproche à saint Thomas, qui voulut se convaincre de ce mystère par l’attouchement de ses plaies, et il l’instruisit de son devoir par ces paroles consolantes : Heureux ceux qui croient, quoiqu’ils n’aient pas vu. Ces remarques prouvent que Dieu n’agrée pas toujours que les hommes le prient de faire des miracles, ni qu’ils désirent des choses extraordinaires. Si bien qu’il blâma les Pharisiens de ce que s’ils ne voyaient des prodiges, ils ne croyoient pas. De sorte que ceux qui se font un plaisir de voir ces œuvres surnaturelles, affaiblissent leur foi et le mérite de cette vertu.
Le troisième dommage, qui vient de la satisfaction que ces miracles apportent, c’est la vaine gloire et la complaisance. Elles gâtent l’esprit et le cœur de ceux qui succombent à leurs atteintes. Car ce plaisir, lorsqu’on ne le renferme pas tout en Dieu, n’est que vanité, comme le montre la réprimande que Jésus-Christ fit à ses Apôtres, qui se réjouissaient de ce que les démons se soumettaient à leurs ordres. Car si ce n’eût pas été une pure illusion, il ne les eût pas traités de la sorte.
CHAPITRE TRENTE-UNIÈME.
L’ame reçoit deux avantages du renoncement de la joie, dont les grâces surnaturelles et gratuites de Dieu la comblent.
Outre que l’ame qui se prive elle-même du contentement de ces merveilles, se garantit des inconvéniens que nous venons de dire, elle en retire deux utilités très-considérables. La première est, qu’elle glorifie Dieu, la seconde, elle se relève beaucoup elle-même. Elle rend de l’honneur à Dieu en deux manières. Premièrement quand elle détache sa volonté et son plaisir de tout ce qui n’est pas Dieu, pour les transférer en lui, comme le Prophète-Roi l’a voulu exprimer par ces paroles : L’homme élèvera son cœur, et Dieu sera exalté. Car lorsque l’ame élève son cœur au-dessus de toutes choses, elle se met aussi dans la même situation. Et parce que cette élévation établit la demeure et le repos du cœur en Dieu seul, Dieu découvre son excellence et sa grandeur à l’ame et par ce moyen il est plus estimé et plus exalté, parce qu’il se fait mieux connaître à elle lorsqu’elle rapporte sa joie à lui seul, comme à son premier principe et à sa dernière fin. Ce qui ne pourrait pas être, si ce contentement n’était épuré de toutes les choses créées. C’est ce que le Seigneur a dit lui-même par la bouche de David : Abstenez-vous des occupations de la terre ; voyez et considérez que seul je suis Dieu.Vacate, et videte, quoniam ego sum Deus : exaltabor in gentibus, et exaltabor in terra. Psal, 45. 11. Et ailleurs : J’ai paru, dit ce Roi, devant vous, mon Dieu, dans une terre déserte, inaccessible et sans eau, comme dans le sanctuaire, pour contempler votre puissance et votre Majesté.Or, si on exalte Dieu lorsqu’on ne prend nul plaisir dans les choses créées, on l’exaltera beaucoup davantage, lorsqu’on détachera sa joie des choses extraordinaires et miraculeuses, pour la mettre tout en Dieu seul, puisque ces choses étant surnaturelles, sont d’un rang supérieur à toutes les créatures, qui ne sont d’un ordre naturel. Car en les abandonnant pour ne se plaire qu’en Dieu seul, on reconnaît qu’il est plus grand, plus parfait et plus excellent qu’elles, parce que plus on méprise de choses considérables, pour l’amour d’un homme, plus on fait paraître l’estime qu’on a pour lui, et on lui rend plus d’honneur et de gloire.
Secondement, l’ame exalte Dieu lorsqu’elle dégage sa volonté du désir de toutes sortes de miracles d’autant que plus elle croit Dieu et lui obéit sans le secours et le témoignage d’aucun prodige, plus elle relève la grandeur de Dieu ; car elle reçoit sa parole avec plus de soumission, que les signes les plus admirables ne pourraient lui persuader.
La seconde utilité de cet éloignement de toutes les choses extraordinaires, c’est que l’ame acquiert une foi très-pure. Dieu la lui donne avec une espérance plus ferme et une charité plus ardente ; de sorte qu’il augmente de plus en plus ces trois vertus théologales. Et alors l’ame puise dans la foi de très-sublimes connaissances de Dieu ; elle jouit, par la charité, d’une admirable douceur qui attache la volonté à Dieu seul ; l’espérance la remplit de consolations toutes divines, et ces avantages incomparables la conduisent à la parfaite union de son Créateur.
CHAPITRE TRENTE-DEUXIÈME.
On traite du sixième genre des biens, où la volonté peut se plaire. On en représente les qualités, et on en fait la première division.
Puisque le but que nous regardons en cet ouvrage est de conduire l’esprit par les biens spirituels jusqu’à l’union de l’ame avec Dieu, il est nécessaire que nous fassions une attention particulière sur le sixième genre des biens, qui nous ouvrent le chemin de cette perfection, afin que nous en parlions d’une manière utile et convenable. Car il est certain que plusieurs n’ayant qu’une légère teinture des choses spirituelles, s’y appliquent pour contenter les sens et laissent l’esprit vide du fruit qu’ils en devraient recueillir. Si bien qu’à peine en trouve-t-on à qui le goût sensible de ces choses ne gâte l’esprit, parce qu’ils boivent l’eau, je veux dire, qu’ils flattent leurs sens de l’onction et de la douceur de ces saints exercices, avant qu’elles coulent dans l’esprit et qu’elles l’arrosent ; et ainsi le cœur démeure sec, aride et fort stérile.
Je dis donc, pour venir à mon sujet, que les biens spirituels comprennent, selon ma pensée, tout ce qui nous porte et nous aide à parvenir à la conversation de l’ame avec Dieu, au commerce de Dieu avec l’ame, et à l’usage de toutes les choses divines. C’est pourquoi en les divisant d’abord par le genre le plus universel, j’en remarque de deux sortes différentes ; les uns sont doux et agréables, les autres sont amers et affligeans ; et chacun d’eux se subdivise en deux espèces. Car entre les premiers il y en a quelques-uns qui viennent des choses claires et connues distinctement, et quelques autres qui naissent des choses obscures et cachées à notre esprit. Entre les derniers il s’en trouve qui procèdent, les uns des objets évidens, les autres des objets confus et couverts de ténèbres.
Nous pouvons distinguer aussi tous ces biens selon les puissances de l’ame. Car les uns, en tant qu’intelligibles, regardent l’entendement ; les autres, en tant qu’aimables, concernent la volonté ; les autres, en tant qu’imaginaires, appartiennent à la mémoire. Nous ne prétendons parler présentement que des biens spirituels, qui viennent des choses manifestes et distinctes, et qui remplissent l’ame de douceur et de satisfaction.
CHAPITRE TRENTE-TROISIÈME.
Des biens spirituels qui peuvent entrer dans l’entendement et dans la mémoire, et de quelle manière la volonté doit se comporter à l’égard du plaisir qu’ils apportent.
S’il fallait marquer ici la multitude des opérations de la mémoire et de l’entendement, et prescrire à la volonté la manière de se gouverner à l’égard du contentement qui en procède, nous aurions sans doute beaucoup à travailler. Mais comme nous en avons traité dans le second Livre de cet Ouvrage, et dans quelques Chapitres de ce troisième Livre, il n’est pas besoin d’user de redites. C’est assez de dire, que comme suivant les principes que nous avons établis, l’entendement et la mémoire doivent se vider de toutes leurs idées et de toutes leurs connaissances pour s’unir à Dieu par ce renoncement, de même la volonté doit se dépouiller de tout son plaisir, pour arriver par cette abnégation à l’union divine. Car puisque ces deux facultés de l’ame ne peuvent ni recevoir, ni rejeter ces sortes d’impressions sans le consentement de la volonté, il est évident que les mêmes instructions sont également utiles et propres pour diriger la volonté et les autres puissances spirituelles de l’homme. C’est pourquoi on pourra voir en ces endroits les dommages et les dangers que nous avons rapportés, et qui assiégeront l’ame de tous côtés, si la volonté ne se prive pas de la joie de ces opérations et de ces biens, et si elle ne met pas tout son plaisir en son Créateur.
CHAPITRE TRENTE-QUATRIÈME.
Des biens spirituels qui sont doux et agréables, et qui peuvent toucher la volonté ; de leur nombre et de leur différence.
Nous pouvons réduire à quatre genres tous les biens qui peuvent agréer à la volonté ; savoir, ceux qui nous excitent, ceux qui nous provoquent, ceux qui nous dirigent, ceux qui nous perfectionnent ; et nous traiterons de chacun en particulier, commençant par les biens qui nous excitent, tels que sont les images des Saints, les oratoires et les cérémonies de l’Église.
Quant aux images des Saints, elles peuvent être occasion aux esprits faibles de se contenter du vain plaisir qu’elles donnent. Car quoiqu’elles soient utiles et nécessaires pour enflammer le cœur à la piété et à la dévotion, quoiqu’elles réveillent notre tiédeur et que l’approbation de notre mère la sainte Église les justifie, néanmoins plusieurs personnes s’attachent plus au contentement qu’elles en reçoivent, qu’aux objets qu’elles représentent.
La sainte Église a établi l’usage des images sacrées, pour deux fins principales ; l’une, pour rendre aux Saints l’honneur que nous leur devons ; l’autre, pour inspirer de la dévotion envers eux.
Comme c’est par là que nous sommes convaincus de leur utilité, nous devons les regarder non pas comme des ouvrages riches, curieux et bien faits, mais comme de vives représentations des serviteurs de Dieu, et comme des instrumens propres à graver en nos cœurs l’amour du culte divin, des vertus, et de la vénération des Bienheureux : c’est pourquoi ceux qui s’arrêtent à leur prix et à leur beauté, sans passer jusques aux sentimens de dévotion et de piété, qu’ils y devraient puiser, sont obligés d’étouffer tout le plaisir qu’ils prennent à les voir, puisqu’il est contraire à l’intérieur, et qu’il faut éteindre toute l’affection de la volonté pour les choses particulières, de quelque nature qu’elles soient. Ceci paraît clairement par la coutume qui s’est introduite dans le monde. Plusieurs d’entre ceux qui suivent la nouvelle mode des habits, couvrent et ornent les saintes images de vêtemens semblables à ceux dont les plus mondains se parent, pour satisfaire leur vanité et leur légèreté naturelle : ce qui est assurément très-désagréable à ces ames bienheureuses ; et il y a lieu de croire que l’ennemi des Saints donne ces pensées à ces gens-là, pour autoriser par cette pratique pieuse en apparence leur luxe et leur immodestie. Ainsi la solide dévotion d’une ame, laquelle renonce à la vanité qui éclate dans les ornemens des images, et au plaisir de les posséder, monte à sa plus haute perfection. Au contraire, ceux-là ne sont pas pénétrés ordinairement d’une piété intérieure, qui ne se lassent jamais d’ajouter image sur image, qui en veulent avoir d’une telle façon, d’une telle figure, d’un tel ouvrier ; qui les arrangent d’une telle manière, afin qu’ils se satisfassent davantage. Quelquefois même ils s’y affectionnent avec autant d’ardeur et de force, que Michas et Laban s’étaient attachés à leurs idoles. Car le premier étant sorti de sa maison, pleurait, gémissait et jetait de grands cris après ceux qui emportaient ses figures. Le dernier courut long-temps tout en colère après Jacob ; et l’ayant enfin attrappé, l’obligea de lui ouvrir tous ses balots, et il visita toutes ses hardes pour trouver les statues qu’on lui avait enlevées.
L’homme véritablement spirituel met sa principale dévotion dans les choses invisibles et dégagées de la matière. Il a peu d’images pour entretenir sa piété, et il ne choisit que celles qui ont plus de rapport aux choses divines qu’aux choses humaines : il les habille comme lui-même, à la mode du temps passé, c’est-à-dire, avec la simplicité des Saints, et il s’accommode si peu des ajustemens du monde, que non-seulement il n’en est pas touché, mais qu’il ne souffre rien devant ses yeux qui les lui remette dans l’esprit, ou qui donne la moindre atteinte à son cœur. De sorte que si on lui ôte toutes ces représentations sacrées, il ne s’en afflige pas, se contentant d’imprimer en son cœur la vive image de Jésus-Christ crucifié, pour l’amour duquel il supporte patiemment, et il désire avec ardeur, qu’on le prive de tout cela, et qu’on le dépouille même des choses qui lui semblaient être des moyens d’aller à Dieu. Car c’est une plus grande perfection de se plaire en ce dénuement et d’y conserver sa paix, que de se réjouir de la possession de ces figures et d’y mettre son amitié. En effet, quoiqu’il soit bon et louable d’en avoir quelques-unes pour aider l’ame à concevoir de la dévotion, et surtout de prendre celles qui excitent plus vivement ces sentimens pieux et divins, toutefois il n’est pas de la vertu parfaite de les posséder avec attache, et de sentir de la peine à s’en priver.
Voilà pourquoi le Chrétien doit se persuader, que plus il liera son cœur aux images, moins son oraison et sa dévotion s’éleveront à Dieu ; parce que si nous avouons que celles qui représentent plus fidèlement leur objet, et qui excitent plus la dévotion que les autres, sont plus dignes d’estime et amour, nous confessons aussi qu’on ne doit pas en user avec attachement, de peur qu’en abandonnant ce qui porte l’ame à Dieu, le sens absorbé dans le plaisir de ces images n’entraîne l’esprit, et que les objets qui devaient servir de degrès pour monter à Dieu ne forment des obstacles à cette union aussi grands, que les autres attachemens en peuvent faire.
Mais supposé que quelqu’un puisse excuser son affection pour les images, parce qu’il ne sait ce que c’est que la nudité et la pauvreté d’esprit, qui est requise pour achever la perfection de l’ame, personne au moins ne peut couvrir d’aucun prétexte l’imperfection qui paraît dans le choix des chapelets et des rosaires. On veut en avoir de bien tournés, et d’une façon, d’une matière, d’une couleur plutôt que d’une autre. Cependant il importe peu pour être écouté de Dieu, qu’on se serve plutôt d’un chapelet que d’un autre. Au contraire, celui qui le prie d’un cœur simple et droit, ne cherchant qu’à le contenter, et ne préférant pas un rosaire à un autre, sinon lorsqu’il y a des indulgences, celui-là est écouté plus facilement.
Notre vaine cupidité est de telle nature, qu’elle prend à tout comme la glu, et qu’elle ronge et gâte tout comme la teigne. Car, je vous prie, pourquoi un rosaire d’une matière et d’une façon vous charme-t-il plutôt qu’un rosaire d’une autre façon et d’une autre matière, sinon parce que vous mettez toute votre complaisance en cet ouvrage ? Pourquoi faites-vous attention à l’excellence et à la valeur d’une image, plutôt qu’à la vertu qu’elle a de vous attirer à l’amour de Dieu, sinon parce que la beauté et son prix vous flattent la vue et l’imagination ? Assurément vous ne feriez nul état de tout cela, si Dieu seul touchait votre cœur ; et on ne peut voir sans douleur des gens spirituels de profession, s’amuser à ces bagatelles, et à force de chercher des rosaires et des images de nouvelle mode, éteindre en leur ame l’esprit de dévotion, et souffrir de grandes pertes en ce qui concerne les dons de Dieu.
CHAPITRE TRENTE-CINQUIÈME.
On continue à parler des saintes Images, et on montre quelle est l’ignorance de quelques-uns sur ce sujet.
L’ignorance de quelques-uns en cette matière est si déplorable, qu’ils ont plus d’amour pour quelques images à cause de leur figure, et qu’ils y mettent plus leur confiance qu’en quelques autres. C’est sans doute ne pas bien connaître ce qui regarde le culte et l’honneur de Dieu, lequel au reste considère sur toutes choses la foi et la pureté de cœur de celui qui lui fait ses prières.
Il est vrai qu’il gratifie les hommes de ses bienfaits plutôt en un lieu où l’on rend de l’honneur à une image, qu’en un autre où une image de même espèce est honorée : mais il en use ainsi pour donner occasion aux hommes d’accompagner leur dévotion d’une ferveur plus ardente, ou pour réveiller leur piété lorsqu’elle est tombée dans la langueur. C’est la fin qu’il se propose et l’effet qu’il produit, lorsqu’il fait des miracles dans de certains endroits, où les fidèles vont offrir leurs vœux au Ciel à la vue des images sacrées que leur culte particulier rend célèbres dans le Christianisme. Leur foi en Dieu, leur confiance en sa bonté, leur singulière dévotion envers les Saints que ces images représentent, et leurs prières continuelles soutenues de l’intercession des Bienheureux, obtiennent de Dieu ces prodiges extraordinaires, dont toute la gloire revient au Créateur et à ses Saints.