Poèmes antiques (page 8)

Leconte de Lisle · Lettres

Texte français, domaine public · Source : fr.wikisource.org — Poèmes antiques · 20 pages

PÂRIS.

La rose d’Ionie ornera ma trirème,

Et tu seras à moi, noble femme que j’aime !

Les Dieux me l’ont promis ; nous trompent-ils jamais ?

HÈLÈNE.

Ils m’en sont tous témoins, Étranger, je te hais !

Ta voix m’est odieuse et ton aspect me blesse.

Ô justes Dieux, grands Dieux ! secourez ma faiblesse !

Je t’implore, ô mon père, ô Zeus ! Ah ! si toujours

J’ai vénéré ton nom de pieuses amours ;

Fidèle à mon époux et vertueuse mère,

Si du culte d’Éros j’ai fui l’ivresse amère ;

Souviens-toi de Léda, toi, son divin amant,

Mon père ! et de mon sein apaise le tourment.

Permets qu’en son palais où Pallas le ramène

Le noble Atride encor puisse être fier d’Hélène,

Ô Zeus, ô mon époux, ô ma fille, ô vertu,

Sans relâche parlez à mon cœur abattu ;

Calmez ce feu secret qui sans cesse m’irrite !

Je hais ce Phrygien, ce prêtre d’Aphrodite,

Cet hôte au cœur perfide, aux discours odieux...

Je le hais ! Mais qu’il parte, et pour jamais… Grands Dieux !

Je l’aime ! C’est en vain que ma bouche le nie,

Je l’aime et me complais dans mon ignominie !

LE CHŒUR DE FEMMES.

Ô Reine, tes douleurs me pénètrent d’effroi !

LE CHŒUR D’HOMMES.

Tu triomphes, Éros, et Pâris avec toi !

LE CHŒUR DE FEMMES.

Éros ! épargne Hélène, ou frappe-moi pour elle.

LE CHŒUR D’HOMMES.

Poursuis, divin Éros, dompte ce cœur rebelle.

LE CHŒUR DE FEMMES.

Aphrodite et Pallas, ô combat abhorré !

Se disputent Hélène et son cœur déchiré.

HÈLÈNE.

Ne cesserez-vous point, Destins inexorables,

D’incliner vers le mal les mortels misérables ?

LE CHŒUR D’HOMMES.

Pleurs, combats insensés, inutiles efforts!

Tu résistes en vain, et les Dieux sont plus forts.

DÉMODOCE.

Toi, par qui la terre féconde

Gémit sous un tourment cruel,

Éros, dominateur du ciel,

Éros, Éros, dompteur du monde !

Par delà les flots orageux,

Par delà les sommets neigeux,

Plus loin que les plaines fleuries

Où les Nymphes, des Dieux chéries,

Mêlent leurs danses et leurs jeux,

Tu touches à tous les rivages ;

Tu poursuis dans les bois sauvages

Les chasseresses aux pieds prompts ;

Tu troubles l’équité des sages

Et tu découronnes leurs fronts !

L’épouse, dans son cœur austère,

Durant le silence des nuits,

Sent glisser ton souffle adultère,

Et sur sa couche solitaire

Rêve, en proie aux brûlants ennuis.

Tout mortel aux jours éphémères,

De tes flèches sans cesse atteint,

A versé des larmes amères.

Jamais ta fureur ne s’éteint,

Jamais tu ne fermes tes ailes.

Tu frappes, au plus haut des cieux,

Les palpitantes Immortelles

D’un trait certain et radieux,

Et, réglant l’Éther spacieux,

Présidant aux lois éternelles,

Tu sièges parmi les grands Dieux,

Toi, par qui la terre féconde

Gémit sous un tourment cruel,

Éros, Éros, dompteur du monde,

Éros, dominateur du ciel !

PÂRIS.

Enfant divin, sois-moi favorable ! Attendrai-je

Que l’âge sur ma tête ait secoué sa neige

Et flétri pour jamais les roses et mon cœur ?

Ô volupté, nectar, enivrante liqueur,

Ô désir renaissant et doux, coupe de flamme,

Tu verses à la fois tout l’Olympe dans l’âme !

HÈLÈNE.

Heureuse qui peut vivre et peut mourir aux lieux

Où l’aurore première a réjoui ses yeux,

Et qui, de fils nombreux chaste mère entourée,

Laisse au fond de leurs cœurs sa mémoire honorée !

Mais quoi ! ne suis-je plus Hélène ? — Phrygien !

Atride est mon époux, ce palais est le sien…

Fuis ! ne me réponds point. Je le veux, je l’ordonne !…

Mais je ne puis parler, la force m’abandonne,

Mon cœur cesse de battre, et déjà sous mes yeux

Roule le Fleuve noir par qui jurent les Dieux.

LE CHŒUR DE FEMMES.

Ô Zeus, secours au moins ta fille malheureuse !

Ô Pallas-Athéné, Déesse généreuse,

Viens, je t’implore ! Rouvre à la douce clarté

Les yeux mourants d’Hélène. Ô jour, jour détesté,

Jour d’amères douleurs, de larmes, de ruine !

Ô funeste Étranger, vois la fille divine

De Zeus et de Léda ! Remplissez nos remparts

De lamentations, guerriers, enfants, vieillards !…

Hélas ! faut-il qu’Hélène aux pieds d’argent se meure !

Les Dieux, ô fils d’Atrée, ont frappé ta demeure.

PÂRIS.

Noble Hélène, reviens à la vie ! et plains-moi.

J’ai causé ta colère et ton cruel effroi,

Et, troublant de ces lieux la paix chaste et sereine,

Offensé ton cœur fier et mérité ta haine ;

Mais la seule Aphrodite a dirigé mes pas :

Plains-moi, fille de Zeus, et ne me punis pas !

Plus grande est ta beauté, plus ta présence est douce,

Plus l’auguste respect me dompte et me repousse.

Pardonne ! je retourne en mon lointain pays.

Rebelle aux Immortels, je pars et t’obéis,

Heureux si ta pitié, par delà l’onde amère,

Suit durant un seul jour ma mémoire éphémère.

Fuyons ! Des pleurs amers s’échappent de mes yeux.

Noble Hélène, reçois mes suprêmes adieux ;

Salut, gloire d’Hellas, je t’aime et je t’honore !

HÈLÈNE.

Priamide divin, ton cœur est noble encore.

Sois heureux ! Je rends grâce au généreux dessein

Que ta jeune sagesse a fait naître en ton sein :

Il est digne des Dieux d’où sort ta race antique ;

Et se vaincre soi-même est d’un cœur héroïque !

VI

HÉLÈNE, DÉMODOCE,

Chœur de Femmes.

STROPHE.

Ô charme du vaste Univers,

Ô terre de Pallas l’invincible Déesse,

Exhale un hymne d’allégresse,

Émeus l’Olympe au bruit de tes sacrés concerts !

Hellas ! ô belle Hellas, terre auguste et chérie,

Mes yeux ont vu pâlir ta gloire, ô ma patrie !

Mais Zeus a dissipé l’ombre vaine d’un jour ;

Et de Pallas les mains paisibles

Brisent les traits d’Eros, si longtemps invincibles :

La sagesse a vaincu l’amour !

ANTISTROPHE.

Dieux propices aux matelots,

Sur les eaux de la mer soufflez, doux Éolides !

Poussez nos trirèmes rapides

À travers l’étendue et l’écume des flots.

Reviens, ô fils d’Atrée, au berceau de tes pères,

Et poursuis l’heureux cours de tes destins prospères.

La fille de Léda, reine aux cheveux dorés,

Honneur d’Hellas que Zeus protège,

Ô courageux époux, t’ouvre ses bras de neige

Pour des embrassements sacrés !

ÉPODE.

Ciel natal, lumière si douce,

De ton plus bel éclat resplendis à mes yeux !

Ô Nymphes aux pieds nus, sur un mode joyeux,

Du Taygète foulez la mousse !

Ô Démodoce, chante un hymne harmonieux !

Aux sons des lyres d’or, en longues théories,

Les tempes de roses fleuries,

Femmes de Sparte, allez vers les sacrés autels !

Et que le sang pur des victimes

Et l’encens à longs flots et les chœurs magnanimes,

Dans l’Olympe aux voûtes sublimes,

Réjouissent les Immortels !

DÉMODOCE.

Interrompez vos chants, ô Vierges innocentes !

La sombre inquiétude et les peines cuisantes

Du front de notre Hélène assiègent la pâleur.

Ô Vierges, respectez sa secrète douleur !

De votre âge fleuri les tristesses légères

Se dissipent bientôt en vapeurs passagères,

Et de vos yeux brillants les doux pleurs sont pareils

Aux larmes de la Nuit sur les rameaux vermeils :

Prompts à naître, à tarir plus faciles encore.

Votre peine en rosée au soleil s’évapore,

Ô Vierges ! Mais le cœur où les Dieux ont passé

Garde longtemps le trait profond qui l’a blessé

Il se plaît à poursuivre une incessante image,

Et des pleurs douloureux sillonnent le visage.

HÈLÈNE.

Vieillard, le doux repos s’est éloigné de moi :

Mon lâche cœur est plein d’amertume et d’effroi.

Tu l’as dit, de ce cœur profonde est la blessure,

Et les Dieux de ma honte ont comblé la mesure.

Je l’avoue, — et mon front en rougit, tu le vois, —

Mon oreille a gardé le doux son de sa voix ;

De sa jeune fierté l’irrésistible grâce

À mes regards encore en songe se retrace…

Je l’aime !… Éros ! voilà de tes funestes jeux !…

Dis-moi que mon époux est sage et courageux,

Vieillard, et que sans doute, en mon âme abusée,

Un sombre rêve a mis cette image insensée ;

Dis-moi qu’Atride m’aime et qu’en ce dur moment

Il brave la tempête et le flot écumant,

Qu’il m’a commis l’honneur de sa vie héroïque,

Que je l’aime !… Ô douleur ! ô race fatidique

D’Atrée ! ô noir destin, et déplorable jour !

Flammes qui consumez mon cœur, ô lâche amour !

C’est en vain que sa vue à mes yeux est ravie,

Il emporte la gloire et la paix de ma vie !

DÉMODOCE.

Noble Hélène, les Dieux, d’où naissent nos travaux,

Aux forces de nos cœurs ont mesuré nos maux,

Et dans les parts qu’ils font des fortunes diverses

Ils livrent les meilleurs aux plus rudes traverses,

Certains que tout mortel armé de sa vertu

Sous le plus lourd destin n’est jamais abattu…

Rejetez loin de vous, murs belliqueux de Sparte,

L’hôte qui vous outrage. Ô Zeus, Pallas ! qu’il parte !

Et que les jours futurs dévoilés à mes yeux

S’effacent comme l’ombre à la clarté des cieux !

HÈLÈNE.

Toi que les Dieux ont fait confident de leur haine,

De quels funestes coups frapperont-ils Hélène ?

DÉMODOCE.

Laissons faire les Dieux. Oublie un vain discours ;

Que Zeus et que Pallas te gardent de beaux jours !

Puisse la paix divine et la forte sagesse

Descendre dans ton âme et bannir ta tristesse !

La sereine douceur d’un amour vertueux

Verse le calme au fond des cœurs tumultueux ;

Tel, dans la voûte obscure où grondent les orages,

Un regard d’Hèlios dissipe les nuages.

HÈLÈNE.

Mon père, ta sagesse est grande. Que le ciel

Couronne tes vieux ans d’un honneur immortel !

J’écouterai toujours d’un esprit favorable

L’harmonieux conseil de ta voix vénérable.

Et vous, ô sœurs d’Hélène, ô beaux fronts ceints de fleurs !

De vos jeunes accords endormez mes douleurs.

J’aime vos chants si doux où la candeur respire,

Et mon front s’illumine à votre heureux sourire.

LE CHŒUR DE FEMMES.

Penché sur le timon, et les rênes en mains,

Hèlios presse aux cieux le splendide attelage ;

Il brûle dans son cours l’immobile feuillage

Des bois vierges de bruits humains.

Les tranquilles forêts de silence sont pleines ;

Et la source au flot clair du rocher tout en pleurs

Tombe et mêle aux chansons des furtives haleines

Son murmure parmi les fleurs.

Ô divine Artémis, vierge aux flèches rapides,

Accours ! l’heure est propice au bain mystérieux :

Sans craindre des mortels le regard curieux,

Plonge dans les ondes limpides.

Chasseresses des bois, ô Nymphes, hâtez-vous,

Dénouez d’Artémis la rude et chaste robe.

Voyez ! ce bois épais et sombre la dérobe

Aux yeux mêmes des Dieux jaloux.

Et l’onde frémissante a reçu la Déesse

Et retient son beau corps dans un baiser tremblant.

Elle rit, et l’essaim joyeux, étincelant,

Des nymphes, l’entoure et la presse.

Mais quel soupir émeut le feuillage prochain ?

Serait-ce quelque vierge égarée et peureuse,

Ou l’Aigipan moqueur, ou le jeune Sylvain,

Qui pousse une plainte amoureuse ?

C’est toi, fils d’Aristée, aux molosses chasseurs,

Qui surprends Artémis dans sa blancheur de neige,

Nue, et passant du front l’éblouissant cortège

Que lui font ses divines sœurs.

Fuis, chasseur imprudent ! Artémis irritée

T’aperçoit et se lève au milieu des flots clairs,

Et sa main sur ton front lance l’onde agitée ;

Ses grands yeux sont tout pleins d’éclairs.

La corne aux noirs rameaux sur ta tête se dresse ;

Tu cours dans les halliers comme un cerf bondissant…

Et ta meute infidèle, en son aveugle ivresse,

Hume l’arôme de ton sang.

Malheureux ! plus jamais dans les forêts aimées

Tu ne retourneras, ton arc entre les mains.

Ah ! les Dieux sont cruels ! aux douleurs des humains

Toujours leurs âmes sont fermées.

HÈLÈNE.

Oui, les Dieux sont cruels !… Ô jours, jours d’autrefois !

De ma mère Léda doux baisers, douce voix,

Bras caressants et chers où riait mon enfance,

Ô souvenirs sacrés que j’aime et que j’offense,

Salut ! — Un noir nuage entre mon cœur et vous

D’heure en heure descend comme un voile jaloux.

Salut, seuil nuptial, maison du fils d’Atrée,

Ô chastes voluptés de sa couche sacrée !

De la grande Pallas autel hospitalier,

Où j’ai brûlé la myrrhe et l’encens familier !

Ô cité de Tyndare ! Ô rives de mon fleuve,

Où l’essaim éclatant des beaux cygnes s’abreuve

Et nage, et, comme Zeus, quittant les claires eaux,

Poursuit la blanche Nymphe à l’ombre des roseaux !

Salut, ô mont Taygète, ô grottes, ô vallées,

Qui, des rires joyeux de nos vierges, troublées,

Sur les agrestes fleurs et les gazons naissants,

Avez formé mes pas aux rythmes bondissants !

Salut, chère contrée où j’ai vu la lumière !

Trop fidèles témoins de ma vertu première,

Salut ! Je vous salue, ô patrie, ô beaux lieux.

D’Hélène pour jamais recevez les adieux.

Une flamme invincible irrite dans mes veines

Un sang coupable… Assez, assez de luttes vaines,

D’intarissables pleurs, d’inutiles remords !...

Accours ! emporte-moi, Phrygien, sur tes bords !

Achève enfin, Éros, ta victoire cruelle.

Et toi, fille de Zeus, ô gardienne infidèle,

Pallas, qui m’as trahie ; et vous, funestes Dieux,

Qui me livrez en proie à mon sort odieux,

Qui me poussez aux bras de l’impur adultère…

Par le Fleuve livide et l’Hadès solitaire,

Par Niobé, Tantale, Atrée et le Festin

Sanglant ! par Perséphone et par le noir Destin,

Par les fouets acharnés de la pâle Érinnye,

Ô Dieux cruels, Dieux sourds ! ô Dieux, je vous renie !

Viens, Priamide ! viens ! je t’aime, et je t’attends !

DÉMODOCE.

Ah ! qu’il presse sa fuite ! — Hélène, il n’est plus temps.

Sur l’écume du fleuve il vogue, et j’en rends grâces

Aux Dieux ! Les flots mouvants ont effacé ses traces.

HÈLÈNE.

Éros brûle en mon sein ! Ô vieillard, je me meurs.

Va, Démodoce, cours ! De tes longues clameurs

Emplis les bords du fleuve. Arrête sa trirème.

Dis-lui que je l’attends et je supplie et l’aime !

DÉMODOCE.

Par ton vaillant époux, par la gloire d’Hellas,

Puissent de Zeus vengeur les foudres en éclats

Frapper ma tête impie et livrer ma poussière

Aux vents d’orage, si j’écoute ta prière !

LE CHŒUR DE FEMMES.

Malheureuse et cruelle Hélène, qu’as-tu dit ?

HÈLÈNE.

Vierges, séchez vos pleurs, car mon sort est prédit :

Il faut courber le front sous une loi plus forte.

Ah ! sans doute il est lourd, le poids que mon cœur porte ;

Ils sont amers, les pleurs qui tombent de mes yeux,

Mais les Dieux l’ont voulu : je m’en remets aux Dieux.

Ils ont troublé ma vie… Eh bien ! quoiqu’il m’en coûte,

J’irai jusques au bout de ma funeste route :

Gloire, honneur et vertu, je foulerai du pié

Ce que l’homme et le Ciel révèrent, sans pitié,

Sans honte ! et quand viendra le terme de mon âge,

Voilà, dirai-je aux Dieux, votre exécrable ouvrage !

VII

HÉLÈNE, DÉMODOCE, PÂRIS

Chœur de Femmes.

PÂRIS.

Viens ! mes forts compagnons, à la fuite animés,

Poussent des cris joyeux, des avirons armés.

HÈLÈNE.

Les Dieux m’ont entendue !

DÉMODOCE.

Envoyé des lieux sombres

Ou d’un sceptre de fer Aidès conduit les Ombres,

Toi, Priamide ! — et toi, dont le cœur est changeant

Et perfide ! écoutez... Sur son trépied d’argent,

Dans Larisse, le Dieu qu’honore Lykorée

Fit entendre autrefois sa parole sacrée.

Jeune encor, mais déjà plein de transports pieux,

J’accoutumais ma voix aux louanges des Dieux,

Et le grand Apollôn guidait mes pas timides

Sur les sommets chéris des chastes Piérides.

Livrant à mes regards les temps encor lointains,

Le Dieu me révéla vos sinistres destins,

Ô Dardanide, et toi, d’Éros indigne esclave !

PÂRIS.

Résiste-t-on aux Dieux ? malheur à qui les brave !

Vieillard, les feux tombés du char d’or d’Hèlios

N’amollissent jamais le front glacé d’Athos :

Des songes enflammés l’âge froid te protège,

Et plus rien de ton cœur n’échauffera la neige.

DÉMODOCE.

Jeune homme, ils sont aimés des justes Immortels,

Ceux qui vivent en paix sur les bords paternels,

Et, des simples vertus suivant le cours austère,

Calment à ce flot pur la soif qui les altère.

Et toi, ma fille, toi qu’entoura tant d’amour

Depuis l’heure si chère où tu naquis au jour,

Ma fille, entends ma voix ! Mes riantes années

Au souffle des hivers se sont toutes fanées,

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