La Légende dorée (Legenda aurea) (page 26)

Jacques de Voragine · Vie de piété

Texte français, domaine public · Source : fr.wikisource.org — La Légende dorée (trad. T. de Wyzewa, Perrin 1910) · 39 pages

Aussi en latin.

Fiche de l’œuvre dans le savoir

Cependant Valère craignait qu’Augustin ne lui fût enlevé pour devenir évêque dans quelque autre ville : car il avait été forcé, une fois déjà, de le cacher, pour empêcher qu’on ne l’emmenât occuper ailleurs un siège épiscopal. Il finit par obtenir de l’archevêque de Cartilage la permission de se retirer lui-même de son siège d’Hippone, et d’y être remplacé par Augustin. En vain celui-ci fit tout au monde pour s’y refuser : force lui fut de céder. Et le regret qu’il en eût s’accrut encore lorsque, plus tard, il apprit qu’un concile avait défendu qu’un nouvel évêque fût ordonné du vivant de l’ancien.

Ses vêtements, sa chaussure, ses ornements n’étaient ni trop luxueux, ni trop négligés, mais d’une élégance moyenne et conforme à l’usage. Sa table fut toujours d’une frugalité extrême. Mais, tout en ne se nourrissant que de légumes, il avait presque toujours de la viande pour ses hôtes et pour les malades. Un jour qu’il avait invité des amis à un repas familier, un de ses hôtes eut la curiosité de pénétrer dans sa cuisine. N’y trouvant aucun plat chaud, il demanda à Augustin quels mets il avait commandés pour le repas. Et Augustin lui répondit : « Je n’en sais pas plus que toi ! »

Il disait que saint Ambroise lui avait appris trois choses : 1o à ne jamais se mêler de marier personne ; 2o à ne jamais encourager une dispute ; 3o à ne jamais aller à un repas où il était invité. Telles étaient sa pureté et son humilité, qu’il s’accusait humblement devant Dieu, dans ses Confessions, de péchés minimes, dont la plupart d’entre nous ne se soucieraient même pas. Il s’accusait, par exemple, d’avoir joué aux osselets dans son enfance, au lieu d’aller à l’école ; il s’accusait d’avoir mis de la mauvaise volonté à lire ou à apprendre ; il s’accusait d’avoir toujours, dans son enfance, pris plaisir à l’Énéide et d’avoir pleuré de la mort de Didon ; il s’accusait d’avoir dérobé des fruits, sur la table de ses parents, pour les donner à ses compagnons de jeux ; il s’accusait d’avoir, à seize ans, cueilli une poire sur un arbre qui n’était pas à lui. Et il s’accusait aussi de la petite jouissance qu’il éprouvait parfois à manger, ajoutant que le chrétien doit prendre ses aliments à regret, comme une médecine. Il s’accusait d’avoir exercé librement son odorat, son ouïe et sa vue, se reprochant, par exemple, son plaisir à voir courir un chien, ou à écouter de beaux chants d’église. Enfin il s’accusait de son appétit de louanges et de son désir de gloire, encore que ces sentiments aient toujours été chez lui d’une modération extraordinaire.

Il excellait à réfuter les hérétiques, de telle sorte que ceux-ci disaient publiquement que ce n’était point péché de le tuer, affirmant que ceux qui le tueraient comme un loup ne pourraient, par là, qu’être agréables à Dieu. Aussi fut-il sans cesse exposé à tomber dans leurs pièges ; et un jour, comme il était en route, sûrement il aurait péri si la Providence n’avait fait en sorte que ses meurtriers se trompassent de chemin.

Pauvre lui-même, il n’oubliait jamais ses frères les pauvres, partageant avec eux ce qu’il pouvait avoir. Souvent même il leur distribuait les offrandes faites pour l’église dans les vases sacrés. Jamais il ne voulut acheter une maison, ni un champ. Quand on lui léguait un héritage, il le refusait, disant que cet héritage devait revenir plutôt aux enfants ou aux proches du légataire. Il n’avait guère souci non plus des biens de l’Église, n’étant occupé, jour et nuit, que des choses divines. Jamais il n’eut le goût de faire bâtir, disant que les constructions nouvelles étaient un empêchement pour une âme qui voulait rester libre de tout ennui matériel, et s’abandonner tout entière à la méditation. Non pas, cependant, qu’il désapprouvât absolument tout projet de construction nouvelle : il ne désapprouvait que le goût passionné que certains en avaient.

Il louait par-dessus tout ceux qui avaient le désir de la mort, et il aimait à citer, à ce propos, l’exemple de trois évêques : 1o l’exemple de saint Ambroise qui, comme on lui demandait de prier pour obtenir une prolongation de sa vie, répondait : « Je n’ai point si mal vécu que je doive avoir honte de continuer à vivre, mais je ne crains pas non plus de mourir, car Dieu est un bon maître » ; 2o l’exemple d’un autre évêque, qui disait, dans les mêmes circonstances, en réponse à ceux qui lui représentaient sa vie comme nécessaire à son église : « Si je ne dois jamais mourir, c’est bien ; mais si je dois mourir un jour, pourquoi pas tout de suite ? » 3o enfin Augustin aimait à citer un troisième évêque qui, étant très malade, avait prié pour recouvrer la santé ; et un jeune homme d’une beauté merveilleuse lui était apparu, qui lui avait dit, d’une voix indignée : « Vous avez peur de souffrir, vous ne voulez pas mourir, que ferai-je de vous ? »

Jamais Augustin ne voulut qu’aucune femme demeurât avec lui, pas même sa cousine, ni les filles de son frère, qui s’étaient vouées au service de Dieu. Jamais il ne voulait parler, seul, à une femme, sauf quand elle avait un secret à lui communiquer. Il fut le bienfaiteur de ses parents, mais en leur apprenant à n’avoir pas besoin de richesses, et non pas en leur donnant des richesses. Rarement il consentait à intercéder pour quelqu’un, de vive voix ou par lettre, disant que, « le plus souvent, une faveur qu’on demandait devenait une gêne. » Pour juger une cause, il aimait mieux se trouver avec des inconnus qu’avec des amis, disant que, parmi les inconnus, il pouvait plus librement découvrir les bons, et s’en faire des amis, tandis que, à juger des amis, il risquait fatalement d’en perdre un, celui contre qui il devrait décider.

De nombreuses églises l’invitaient à prêcher ; il y enseignait la parole de Dieu et convertissait une foule d’hérétiques. Parfois, en prêchant, il faisait des digressions ; et il disait alors que c’était sans doute Dieu qui lui inspirait ces digressions pour le salut de quelqu’un ; et l’on cite, en effet, le cas d’un manichéen qui fut ainsi converti par saint Augustin, celui-ci s’étant interrompu du sujet qu’il traitait pour réfuter l’erreur des manichéens.

C’était le temps où les Goths s’étaient emparé de Rome, et où idolâtres et hérétiques attaquaient vivement l’Église chrétienne. Voilà pourquoi Augustin écrivit son livre de la Cité de Dieu, où il montra que c’était la destinée des justes d’être opprimés dans cette vie, et la destinée des impies d’y prospérer. Il décrivait, dans ce livre, deux cités et deux rois, Jérusalem, dont le roi est le Christ, et Babylone, où règne le diable ; ajoutant que la cité du diable reposait sur l’amour de soi et la cité de Dieu sur l’amour de Dieu.

En l’an du Seigneur 440, les Vandales envahirent l’Afrique, dévastant tout sans épargner le sexe ni l’âge. Ils arrivèrent ainsi jusqu’à Hippone, qu’ils assiégèrent vigoureusement. Grande fut la désolation d’Augustin, lorsque cette calamité se joignit pour lui aux maux de la vieillesse ; il pleurait jour et nuit, à voir les uns tués, d’autres mis en fuite, les églises privées de prêtres, les maisons renversées. À peine se consolait-il en se rappelant cette pensée d’un sage : « Celui-là est un petit homme qui croit voir une grande chose quand il voit tomber des arbres ou mourir des mortels. » Enfin, rassemblant ses frères, il leur dit : « J’ai demandé à Dieu, ou bien qu’il nous sauvât de ce péril, ou qu’il nous donnât la patience, ou qu’il me retirât de cette vie, pour m’épargner d’être témoin de tant de malheurs. » Ce fut cette troisième chose qu’il obtint. Le troisième mois du siège, il fut saisi de fièvre et dut s’aliter. Comprenant que l’heure de la dissolution de son corps était proche, il fit copier les sept psaumes de la pénitence et les fit coller sur le mur, en face de son lit, afin de pouvoir les lire à toute heure. Voulant se donner plus entièrement à Dieu, pendant les dix jours qui précédèrent sa mort, il ne laissa entrer personne auprès de lui, à l’exception du médecin et du serviteur chargé de lui porter sa nourriture. Cependant un malade parvint jusqu’à lui, le suppliant de lui imposer les mains pour le guérir de sa maladie. Et Augustin ; « Hé, mon fils, que demandes-tu là ? Crois-tu donc que, si j’avais un tel pou voir, je n’en userais pas pour moi-même ? » Mais le malade insistait, affirmant qu’une voix lui avait promis, en rêve, qu’Augustin lui rendrait la santé. Et Augustin, voyant sa foi, pria pour lui et le guérit. Il guérit aussi beaucoup de possédés, et fit encore une foule d’autres miracles. Il en raconte deux, dans la Cité de Dieu, sans dire que c’est lui-même qui les a opérés. C’est, d’abord, une jeune fille qui fut délivrée de la possession du démon quand elle fut frottée avec une huile où un prêtre avait mêlé ses larmes, en priant pour elle. Et. c’est ensuite un évêque guérissant, par ses prières, un jeune homme qu’il n’avait jamais vu. Dans les deux cas, Augustin nous parle évidemment de lui-même ; et son humilité seule l’empêché de se nommer.

Au moment même de mourir, Augustin, inspiré de Dieu, enseigna à ses frères que jamais un chrétien ne devait mourir sans la confession et l’eucharistie, quels que fussent, par ailleurs, ses mérites. Il mourut dans la soixante-dix-septième année de son âge, et la quarantième de son épiscopat, ayant tous les membres intacts, ainsi que la vue et l’ouïe. Il ne fit point de testament, attendu que, en sa qualité de pauvre du Christ, il n’avait rien à léguer. Ce grand saint, qui, par son génie et sa science, dépasse incomparablement tous les autres docteurs de l’Église, florissait vers l’an 400.

II. Plus tard, lorsque les barbares occupèrent Hippone et profanèrent les saints lieux, le corps d’Augustin fut enlevé par les fidèles et transporté en Sardaigne. Plus tard encore, l’an 718, deux cent quatre-vingts ans après la mort du saint, le pieux roi lombard Luitprand, ayant appris que la Sardaigne était dévastée par les Sarrasins, envoya dans l’île des messagers qu’il chargea de transporter les saintes reliques à Pavie. Ces messagers, à force d’argent, obtinrent d’emporter les reliques et les amenèrent à Gênes, où le roi Luitprand vint au-devant d’elles en grande cérémonie. Mais, le lendemain matin, vainement on essaya de soulever le cercueil pour lui faire continuer son voyage. On ne put le soulever que lorsque le roi eut fait vœu de construire, au même endroit, une église en l’honneur de saint Augustin. Pareil miracle se produisit, le lendemain, dans une villa du diocèse de Tortone, appelée Casal ; et, là aussi, le roi construisit une église en l’honneur de saint Augustin. Il donna, en outre, la villa, avec toutes ses dépendances, aux serviteurs de l’église, en possession perpétuelle. Et comme il vit bien, d’après ces deux faits, que le saint désirait avoir une église dans tous les endroits où son corps s’arrêtait, il décida, une fois pour toutes, d’élever une église dans chacun de ces endroits. C’est ainsi que, en grande pompe, le corps parvint à Pavie, où il fut déposé dans l’église de Saint-Pierre, qu’on appelle communément Ciel-d’Or.

III. Un meunier qui avait une dévotion spéciale pour saint Augustin, fut atteint d’un mauvais abcès à la jambe. Il invoqua le saint ; et celui-ci, lui étant apparu en rêve, lui frotta la jambe avec la main. Le lendemain, le meunier se réveilla guéri.

IV. Un enfant souffrait de la pierre, et les médecins allaient l’opérer, lorsque sa mère, craignant les dangers de l’opération, pria saint Augustin de lui venir en aide. Aussitôt l’enfant rendit la pierre avec son urine, et recouvra la santé.

V. Dans un monastère qui s’appelait l’Aumône, un moine, ayant été ravi en esprit la veille de la fête de saint Augustin, vit descendre du ciel une nuée brillante, sur laquelle était assis le saint docteur en habits pontificaux, illuminant l’Église entière des deux rayons enflammés qui sortaient de ses yeux. De son côté, saint Bernard vit un jour un beau jeune homme debout dans une église, et dont la bouche était une fontaine d’où jaillissait tant d’eau que l’église tout entière en était remplie. Et saint Bernard comprit que c’était Augustin, dont la doctrine, fontaine de vérité, arrosait toute l’Église.

VI. Un pieux pèlerin donna une grosse somme au moine chargé de la garde du corps de saint Augustin, pour obtenir de lui l’un des doigts du saint. Mais le moine, ayant pris l’argent, enveloppa dans de la soie le doigt d’un mort quelconque, et le donna au pèlerin en lui affirmant que c’était bien le doigt d’Augustin. Or le pèlerin adorait pieusement cette fausse relique, ne cessant point de la baiser ou de la serrer sur son cœur ; de telle sorte que Dieu, touché de sa ferveur, transforma la fausse relique en un vrai doigt de saint Augustin. Et le pèlerin, revenu chez lui, opéra tant de miracles avec sa relique que le bruit en arriva jusqu’à Pavie. Le moine, alors, révéla comment il avait donné au pèlerin le doigt d’un mort inconnu. Mais quand on ouvrit le cercueil, on vit qu’un des doigts du saint manquait réellement.

VII. Dans le monastère de Fontaine, en Bourgogne, vivait un moine nommé Hugues qui, admirant avec passion saint Augustin, le priait souvent d’obtenir pour lui qu’il mourût le jour de sa fête. Quinze jours avant la fête du saint, ce moine fut pris de fièvre ; la veille de la fête, on le déposa à terre, presque mort. Et, soudain, un autre moine, qui priait dans la chapelle, vit entrer en procession plusieurs hommes tout vêtus de blanc, que suivait un évêque de figure vénérable. Le moine demanda qui étaient ces hommes et où ils allaient. Et l’un d’eux lui répondit que c’était saint Augustin qui venait, avec ses chanoines, assister à la mort de son ami, pour emporter ensuite son âme au glorieux royaume.

VIII. Du vivant d’Augustin, une femme, qui avait à souffrir de la part de méchants, vint trouver le saint pour lui demander conseil. Elle le trouva occupé à étudier ; et il ne leva point les yeux sur elle, ni ne répondit à ses paroles. En vain elle s’approcha de lui, et lui parla dans l’oreille, craignant que, dans sa sainteté, il ne voulût point regarder un visage de femme. Augustin ne lui répondit toujours pas, ne parut pas l’entendre ; et elle s’en alla toute triste. Mais le lendemain, comme Augustin célébrait la messe, ladite femme fut ravie en esprit et se vit transportée devant le tribunal de la Sainte Trinité, Augustin était là aussi, la tête baissée. Et la femme entendit une voix qui lui disait : « Lorsque tu es allée chez Augustin, il se trouvait ainsi en présence de la Sainte Trinité, et voilà pourquoi il ne s’est pas même aperçu de ta visite ! Mais, à présent, si tu retournes chez lui, il t’accueillera avec plaisir et te sera de bon conseil. » La femme retourna donc chez Augustin, et tout se passa comme la voix l’avait dit.

IX. On raconte aussi que certain homme de Dieu, ayant été ravi en esprit, vit tous les saints dans leur gloire, à l’exception de saint Augustin. Il demanda où était celui-ci. Et une voix lui répondit : « Il est au plus haut des cieux, admis en présence de la Sainte Trinité ! »

X. Le marquis Malaspina, ayant jeté en prison certains habitants de Pavie, les condamna au supplice de la soif, pour leur extorquer une grosse rançon. Les uns buvaient leur urine, d’autres se préparaient à rendre l’âme. Le plus jeune d’entre eux eut l’idée d’invoquer l’aide de saint Augustin, pour qui il avait une dévotion spéciale. Et voilà que, à minuit, saint Augustin apparut à ce jeune homme, le prit par la main, le conduisit jusqu’au fleuve, et lui mit sur la langue une feuille de vigne trempée dans l’eau ; et le jeune homme en fut si rafraîchi que le plus parfait nectar n’aurait plus eu pour lui la moindre saveur.

XI. Un curé qui avait une grande dévotion pour saint Augustin, et qui, depuis trois ans, était malade dans son lit, invoqua le saint la veille de sa fête, en entendant sonner les vêpres. Et le saint lui apparut, tout vêtu de blanc, l’appela trois fois par son nom, et lui dit : « Voici celui que tu as si souvent appelé ! lève-toi vite et célèbre-moi moi l’office des vêpres ! » Aussitôt le curé, guéri, se leva, entra dans l’église, à la stupéfaction de tous, et y célébra pieusement l’office.

XII. Un berger avait entre les deux épaules un ulcère qui le privait de toutes ses forces. Il invoqua saint Augustin, qui lui apparut en rêve, mit sa main sur l’ulcère, et le guérit entièrement. Le même homme, par la suite, devint aveugle, et de nouveau invoqua l’aide de saint Augustin. Celui-ci lui apparut à l’heure de midi, lui frotta les yeux, et aussitôt lui rendit la vue.

XIII. L’an du Seigneur 912, une troupe de quarante malades, venus d’Allemagne et de France, se rendaient en pèlerinage à Rome, pour y visiter les tombeaux des apôtres. Les uns étaient conduits sur des sellettes, d’autres marchaient sur des béquilles, d’autres, privés de la vue, se traînaient à la suite de leurs compagnons, d’autres encore avaient les mains et les pieds paralysés. Ayant franchi les Alpes et étant arrivés au village de Cana, à trois milles de Pavie, ils virent venir au-devant d’eux saint Augustin, qui, sortant de l’église des saints Come et Damien, les salua et leur demanda où ils allaient. Puis il leur dit : « Allez à Pavie, dans l’église de Saint-Pierre, qu’on appelle aussi le Ciel-d’Or ; là, on aura pitié de vous ! » Ils lui demandèrent qui il était, et lui : « Je suis Augustin, jadis évêque d’Hippone ! » Et aussitôt il disparut. Les pèlerins, arrivés à Pavie, se rendirent au monastère de Saint-Pierre ; et là, ayant appris que le corps de saint Augustin y était déposé, ils s’écrièrent, d’une voix unanime : « Saint Augustin, viens à notre aide ! » Moines et bourgeois, attirés par leurs cris, affluaient pour les voir. Et soudain, sous l’effet de tension de leurs nerfs, les pèlerins commencèrent à perdre leur sang, de telle sorte que, depuis le seuil du monastère jusqu’au tombeau de saint Augustin, le sol se trouva tout ensanglanté. Mais dès qu’ils furent parvenus au tombeau du saint, tous recouvrèrent une santé parfaite. Depuis ce jour, la renommée du saint ne cessa point de grandir ; et une foule de malades se pressaient autour de son tombeau ; puis, ayant été guéris, ils offraient des cadeaux à l’église, en gage de reconnaissance. Et bientôt la masse de ces cadeaux fut telle qu’elle encombra la chapelle tout entière ainsi que tout le porche, au point de rendre la circulation difficile autour du tombeau. Forcés par la nécessité, les moines firent transporter cette masse de cadeaux en un autre endroit.

CXXIII SAINTE THÉODORE (28 août)

Théodore, femme d’illustre maison, demeurait à Alexandrie, sous le règne de l’empereur Zenon. Elle était mariée à un homme riche et qui craignait Dieu ; mais le diable, jaloux de sa sainteté, excita dans l’âme d’un autre citoyen d’Alexandrie le désir de la posséder, de telle sorte que cet homme ne cessait point de l’importuner de ses instances et de ses présents, qu’elle repoussait toujours dédaigneusement. Enfin cet homme envoya vers elle une magicienne qui l’engagea à avoir pitié de lui et à se livrer à lui. Et comme Théodore répondait que, vivant sous l’œil de Dieu qui voyait toutes choses, jamais elle ne se résoudrait à commettre un aussi grand péché, la magicienne lui dit : « Tout ce qui se fait dans le jour, Dieu le voit et le sait ; mais ce qui se fait le soir, après le coucher du soleil, Dieu l’ignore ! » Sur quoi la dame, trompée par ce mensonge, se laissa toucher de pitié, et fit dire à l’homme qui l’aimait qu’elle l’autorisait à venir la voir après le coucher du soleil. L’homme n’eut garde d’y manquer : il vint le soir, entra dans le lit de Théodore, et puis s’en alla. Mais Théodore, revenant à elle, pleurait amèrement et se frappait au visage, disant : « Hélas ! hélas ! j’ai perdu mon âme, j’ai détruit mon honneur ! » Le mari, revenant à la maison, et trouvant sa femme toute en larmes, sans savoir la cause de son chagrin, s’ingéniait à la consoler : mais elle se refusait à toute consolation.

Le lendemain matin, elle se rendit dans un couvent de nonnes, et demanda à l’abbesse si Dieu avait pu connaître un grave péché qu’elle avait commis la veille ; après la tombée du soir. Et l’abbesse : « Rien n’est caché à Dieu, qui voit et sait tout ce qui arrive, sans distinction d’heure ni de lieu. » Alors la jeune femme, pleurant amèrement, dit : « Donne-moi le livre du saint Évangile, pour que j’y cherche moi-même ma destinée ! » Elle ouvrit le livre et lut : « Ce que j’ai écrit, je l’ai écrit ! »

Elle revint chez elle ; et un jour, pendant que son mari était absent, elle se coupa les cheveux, revêtit un vêtement d’homme, et se rendit dans un couvent de moines, qui était à huit lieues d’Alexandrie. Là, elle demanda à être admise parmi les moines, et sa demande lui fut accordée. Interrogée sur son nom, elle dit qu’elle s’appelait Théodore. Puis sous le nom de frère Théodore, elle remplit toutes les tâches les plus dures du couvent, avec une humilité parfaite et à la satisfaction de tous.

Quelques années plus tard, l’abbé ordonna au frère Théodore d’atteler deux bœufs et d’aller chercher de l’huile à Alexandrie. Or, le mari de Théodore ne cessait point de pleurer et de se désoler, pensant que sa femme, s’en était allée avec un autre homme. Et voici qu’un ange lui apparut, qui lui dit : « Demain matin, lève-toi de bonne heure et va sur le chemin du martyre de l’apôtre Pierre ; et la première personne que tu rencontreras, ce sera ta femme Théodore ! » En effet, Théodore, dès qu’elle aperçut son mari, le reconnut, et se dit : « Hélas ! mon cher mari, combien je peine pour être rachetée du péché que j’ai commis envers toi ! » Mais, lorsqu’elle fut près de lui, elle se borna à le saluer, en disant : « Grâces soient rendues à Notre-Seigneur ! » Le mari, lui, ne la reconnut pas sous son déguisement, et passa toute la journée et la nuit à attendre sa femme sur le chemin. Et, le lendemain matin, une voix d’en haut lui dit : « Le moine qui t’a salué hier matin, c’était ta femme ! »

Cependant, Théodore était parvenue à une telle sainteté, qu’elle faisait de nombreux miracles. Elle obtint, notamment, de ressusciter, par ses prières, un homme qu’une bête féroce avait mis en pièces ; et la bête, dès qu’elle l’eut maudite, mourut aussitôt. Mais le diable, jaloux de sa sainteté, lui apparut et lui dit : « Prostituée et adultère, tu as abandonnée ton mari, et tu es venue ici lutter contre moi. Sache donc que, par mon pouvoir terrible, je saurai t’attaquer et te faire renier ton crucifix ! » Sur quoi Théodore fit le signe de la croix, et aussitôt le démon s’évanouit. Mais un jour, comme elle revenait de la ville avec son attelage, elle reçut l’hospitalité dans une maison où une jeune fille s’approcha d’elle, et lui dit : « Viens dormir avec moi ! » Le moine s’y étant refusé, la fille alla trouver un autre homme qui demeurait dans la maison. Et, lorsque plus tard, son ventre se trouva enflé, et qu’on lui demanda de qui elle était enceinte, elle répondit : « Du moine Théodore, qui a couché avec moi ! » L’enfant fut donc remis à l’abbé du monastère qui, après l’avoir placé sur les épaules de frère Théodore, accabla celui-ci de reproches et le chassa du monastère. Et, pendant sept années, la sainte vécut à la porte du monastère, nourrissant l’enfant du lait du troupeau.

Or le diable, jaloux d’une telle patience, prit la forme du mari de Théodore, et, apparaissant devant elle, lui dit : « Que fais-tu là, chère maîtresse, pendant que je languis de toi et ne parviens pas à me consoler ? Viens donc, ma lumière ; et, si tu as couché avec un autre homme, je te le pardonne ! » Et elle, croyant que c’était vraiment son mari, lui dit : « Jamais plus je n’habiterai avec toi, mon cher mari, parce qu’un autre homme a couché avec moi, et que je veux faire pénitence de ma faute à ton égard ! » Puis elle se mit en prières, et aussitôt le faux mari s’évanouit, de telle sorte qu’elle reconnut que c’était le diable. Une autre fois, celui-ci, voulant l’effrayer, lança sur elle des esprits déguisés en bêtes féroces ; et il leur criait : « Dévorez cette prostituée ! » Mais elle se mit en prières et les bêtes disparurent.

Une autre fois, une armée passa près d’elle ; et un chef la commandait que tous adoraient ; et ils dirent à Théodore : « Debout, et adore notre prince ! » Mais elle répondit : « Je n’adore que mon Dieu ! » Dénoncée au chef, celui-ci la fit rouer de coups ; et puis, armée et chef, tout s’évanouit, car tout cela n’était qu’une ruse du diable. Et maintes fois encore elle fut ainsi tentée et persécutée, mais toujours sa prière lui assura la victoire.

Enfin, après sept années, l’abbé, admirant sa patience, lui pardonna et l’autorisa à rentrer dans le monastère avec son enfant. Elle y vécut deux ans de la façon la plus sainte. Puis, un jour, elle appela l’enfant et s’enferma avec lui dans sa cellule. Ce qu’apprenant, l’abbé ordonna à des moines d’aller écouter à la porte ce que disait le frère Théodore. Et celui-ci, couvrant l’enfant de baisers, lui disait : « Mon fils chéri, le terme de ma vie approche ! Je te laisse à Dieu, qui sera ton père et ton soutien. Mon enfant, ne te relâche pas de jeûner et de prier, et de servir humblement tes frères ! » Puis, ayant dit cela, Théodore rendit son âme au Seigneur et s’endormit doucement en lui : mais l’enfant, à cette vue, éclata en sanglots. Or la même nuit, l’abbé du monastère eut une vision. Il vit de grandes noces qui se préparaient ; et toute la troupe des anges, des prophètes, des martyrs et des saints était là ; et au milieu d’eux se tenait une femme environnée de gloire, qui bientôt alla s’asseoir sur le lit nuptial ; et tous, debout, la saluaient. Et une voix s’éleva, qui dit : « Cette femme est le frère Théodore, faussement accusé d’avoir eu un enfant ! » L’abbé, réveillé, courut avec ses frères à la cellule du moine défunt ; et, en découvrant celui-ci, ils virent que c’était une femme ; et l’abbé, ayant mandé le père de la jeune fille qui l’avait dénoncé, lui dit : « L’amant de ta fille est mort ! » Puis, relevant le manteau du mort, il lui montra que c’était une femme.

Le lendemain, l’abbé entendit une voix qui lui disait : « Lève-toi, monte à cheval, et va à la ville ; et, le premier homme que tu rencontreras, prends-le en croupe et ramène-le ici ! » L’abbé se mit donc en route : en chemin, il rencontra un homme qui courait. Et cet homme, interrogé, lui dit : « Ma femme vient de mourir ; je cours la revoir ! » Alors l’abbé prit en croupe, sur son cheval, le mari de Théodore ; et lorsqu’ils furent arrivés auprès de la morte, ils pleurèrent beaucoup, et ils l’ensevelirent solennellement. Après quoi le mari demanda à habiter la cellule de sa femme, et y demeura tout le reste de ses jours. Quant à l’enfant adopté par Théodore, il suivit si bien l’exemple de vertu que lui avait donné sa mère nourricière que, à la mort de l’abbé, les moines, d’une commune voix, l’appelèrent à les diriger.

CXXIV LA DÉCOLLATION DE SAINT JEAN-BAPTISTE (29 août)

I. La fête de la Décollation de saint Jean-Baptiste se célèbre pour quatre motifs, que nous expose l’Office mitral : 1o pour commémorer la décollation du saint ; 2o pour commémorer la combustion de ses os ; 3o pour commémorer la découverte de son chef ; 4o pour commémorer la translation d’un de ses doigts, et la dédicace de son église.

1o Racontons d’abord la décollation du saint, d’après l’Histoire ecclésiastique. Hérode Antipas, fils du grand Hérode, se rendant à Rome, et s’étant arrêté en chemin chez son frère Philippe, s’entendit secrètement avec Hérodiade, femme de Philippe, et qui, suivant Josèphe, était sœur d’Hérode Agrippa : ils convinrent que, au retour d’Antipas, celui-ci répudierait sa femme pour épouser Hérodiade. Ce qu’apprenant, la femme d’Antipas, fille du roi de Damas Arétas, s’enfuit auprès de son père sans attendre le retour de son mari. Et celui-ci, dès qu’il fut revenu, épousa Hérodiade, s’aliénant ainsi, à la fois, le roi Arétas, Hérode Agrippa et Philippe.

Or saint Jean lui reprochait en termes très vifs d’avoir violé la Loi, en épousant la femme de son frère, du vivant de celui-ci. Ce que voyant, Hérode le fit jeter en prison, tant pour plaire à sa femme que pour empêcher Jean de soulever le peuple contre lui. Cependant il n’osait le tuer, par crainte du peuple. Mais comme sa femme et lui voulaient sa mort, ils convinrent en secret que, dans une fête qui allait être donnée pour l’anniversaire de la naissance d’Hérode, la fille d’Hérodiade danserait devant lui, qu’en récompense ils l’autoriseraient à obtenir ce qu’elle lui demanderait, que la jeune fille lui demanderait alors la tête de saint Jean, et que lui, tout en affectant d’être désolé de son serment se déclarerait ainsi forcé à le tenir.

Donc, pendant le festin, la jeune fille arrive, danse devant tous, plaît à tous ; et le roi lui promet de lui offrir tout ce qu’elle lui demandera ; et elle, sur le conseil de sa mère, demande la tête de saint Jean, que le roi lui accorde en feignant de déplorer son serment. Puis le bourreau se rend dans la prison, coupe la tête de saint Jean, la remet à la jeune fille, qui va la présenter à sa méchante mère.

Dans un sermon prêché pour la fête de la Décollation de saint Jean, saint Augustin, cite, à cette occasion, l’exemple que voici : « Un homme plein de droiture et de bonne foi m’a raconté que, exaspéré de voir qu’un de ses débiteurs niait sa dette, il l’avait provoqué à prêter serment. Le débiteur jura, et l’honnête homme perdit son procès. Et, en outre, la nuit suivante, ce créancier se vit, en rêve, conduit devant le juge, qui lui dit : « Pourquoi as-tu provoqué ton débiteur à jurer, quand tu savais qu’il ferait un faux serment ? » Le créancier répondit : « Cet homme niait sa dette ! » Mais le juge : « Mieux valait perdre ta dette que de tuer l’âme d’autrui en l’amenant à se parjurer ! » Sur quoi, le juge le fit battre de verges, et si fort que, le lendemain à son réveil, tout son dos en portait les traces. »

Quant à Hérode, il ne resta pas impuni. L’Histoire scholastique raconte en effet qu’Hérode Agrippa, désespéré de sa pauvreté, entra un jour dans une tour pour s’y laisser mourir de faim. Ce qu’apprenant, sa sœur Hérodiade supplia son mari, le tétrarque Hérode Antipas, de venir en aide à son frère. Ainsi fut fait ; mais comme, un jour, les deux Hérode dînaient ensemble, le tétrarque, échauffé par le vin, se mit à reprocher à Hérode Agrippa tous les bienfaits dont il l’avait comblé. Sur quoi Hérode Agrippa, irrité, s’enfuit à Rome, où il s’acquit tant de faveur auprès de Caligula, que celui-ci le nomma tétrarque de deux provinces, et lui promit de le nommer roi de Judée. À cette nouvelle, Hérodiade insista vivement auprès de son mari pour qu’il se rendît à Rome, et sollicitât pour lui-même le titre de roi. Et Hérode, d’abord, s’y refusait, préférant la tranquillité à un honneur périlleux ; mais enfin il se laissa convaincre, et se rendit à Rome. Aussitôt Agrippa écrivit à Caligula que son beau-frère s’était allié avec le roi des Parthes, et projetait de se soulever contre le joug romain : en preuve de quoi il ajoutait qu’Antipas, dans ses places fortes, avait assez d’armes pour équiper soixante-dix mille hommes ; Caligula, au reçu de cette lettre, demanda à Hérode si c’était vrai qu’il eût, dans ses places fortes, une telle quantité d’armes. Et Hérode, qui ne soupçonnait rien, avoua le fait : sur quoi Caligula, persuadé qu’Agrippa lui avait écrit la vérité, condamna le tétrarque à l’exil, en laissant à Hérodiade la permission de rentrer à Jérusalem. Mais Hérodiade se refusa à quitter son mari, disant que, comme elle avait partagé sa prospérité, elle voulait encore partager sa misère. Tous deux furent donc rélégués à Lyon, où ils finirent leur vie misérablement.

2o La combustion des os de saint Jean-Baptiste eut lieu le jour de la fête de sa décollation, comme si Dieu avait accordé au saint la faveur d’un second martyre. Les disciples de Jean avaient enseveli son corps à Sébaste, en Palestine, entre les corps des prophètes Élisée et Abdias. Et comme de nombreux miracles se produisaient en ce lieu, Julien l’Apostat fit d’abord disperser au vent les os du saint ; puis, les miracles ne cessant point, ils les fit brûler, réduire en poudre et disperser dans les champs’. Mais pendant qu’on les recueillait pour les brûler, des moines de Jérusalem se mêlèrent aux païens, et emportèrent une grande partie des saints ossements. Ils les remirent à Philippe, évêque de Jérusalem, qui les envoya plus tard à Athanase, évêque d’Alexandrie. Et plus tard encore l’évoque d’Alexandrie, Théophile, les installa dans un ancien temple de Sérapis, dont il fit une basilique en l’honneur de saint Jean. Ajoutons qu’aujourd’hui ces reliques vénérables se trouvent à Gênes, ainsi que l’ont solennellement confirmé les papes Alexandre III et Innocent IV.

Et, de même qu’Hérode, Julien, le second persécuteur de saint Jean-Baptiste, ne resta pas impuni : nous avons raconté déjà ses persécutions et son châtiment dans l’histoire de Saint Julien, dont la fête vient après la Conversion de saint Paul. Mais l’Histoire tripartite nous donne encore, sur le règne et la mort de l’Apostat, d’autres détails, qui méritent d’être signalés.

À la mort de Constance, Julien, voulant plaire à tous, permit que chacun suivît librement le culte qui lui convenait. Il chassa aussi, de sa cour, les eunuques, les cuisiniers et les barbiers : les eunuques, parce que sa femme était morte, et qu’il n’avait pas l’intention de se remarier ; les cuisiniers, parce qu’il mangeait de la façon la plus simple et la plus frugale ; les barbiers, parce que, disait-il, « un seul suffit à faire beaucoup d’ouvrage ». Il dicta également un grand nombre de livres, où il déchirait tous les empereurs qui avaient régné avant lui. — Un jour qu’il sacrifiait aux idoles, on lui montra, dans les entrailles d’une victime, une croix entourée d’une couronne. Signe dont les augures furent effrayés, car ils y lisaient l’unité, la victoire et l’éternité de la croix. Mais Julien les consola, en leur disant que ce signe signifiait que le dogme chrétien eût à être enfermé dans un cerclé étroit, d’où on devait bien se garder de le laisser sortir. — À Constantinople, comme il sacrifiait à la déesse de la Fortune, le vieil évêque de Chalcédoine, Maris, à qui l’âge avait fait perdre la vue, vint lui reprocher son apostasie. Et Julien : « Tout de même, ton Galiléen n’a pas pu te garder la vue ! » Et Maris : « Il n’y a rien dont je remercie autant mon Dieu que de m’avoir fermé les yeux, de façon à m’empêcher de te voir dépouillé de la foi ! » Et Julien s’en alla sans rien répondre. — À Antioche, il fit jeter à terre les vases et vêtements sacrés, s’assit au-dessus d’eux et les salit de sa fiente ; et bientôt cette partie de son corps se remplit de vers qui rongeaient ses boyaux ; et jamais, tant qu’il vécut, il ne put se guérir de cette maladie. — Plus terrible encore fut le châtiment infligé à un de ses préfets, nommé Julien, qui avait osé uriner dans un vase sacré. Celui-là vit tout à coup sa bouche changée en orifice fécal. — Dans un sacrifice célébré en présence de Julien, une goutte d’eau soi-disant consacrée tomba sur la tunique de Valentinien, qui, en secret, était resté fidèle au Christ. Alors Valentinien, indigné, frappa le prêtre du temple, lui reprochant de l’avoir souillé : ce qui lui valut d’être exilé par Julien, mais aussi, plus tard, d’être promu à l’empire. — Par haine des chrétiens, Julien fit reconstruire à ses frais le temple des Juifs ; mais, au moment où on le construisait, un vent terrible dispersa tout le ciment, après quoi un tremblement de terre acheva d’anéantir le reste du travail. Et, le lendemain, le signe de la croix apparut dans le ciel, et l’on vit des croix gravées sur les vêtements des Juifs. — Lorsque, dans son expédition contre les Perses, Julien mit le siège devant Ctésiphon, le roi des Perses lui offrit la moitié de son royaume s’il consentait à se retirer. Mais Julien refusa dédaigneusement ; car, croyant à la métempsycose, d’après Pythagore et Platon, il s’imaginait avoir en lui l’âme d’Alexandre. Et, soudain, une flèche, lui entrant dans le côté, mit fin à sa vie. Quant à savoir qui lui lança cette flèche, c’est ce que, jusqu’à présent, on ignore. Mais, qu’elle ait été lancée par un homme ou un ange, ou encore par un démon, — comme l’affirme Calixte, — à coup sûr c’est sur l’ordre de Dieu qu’elle a châtié l’Apostat.

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