La Légende dorée (Legenda aurea) (page 27)

Jacques de Voragine · Vie de piété

Texte français, domaine public · Source : fr.wikisource.org — La Légende dorée (trad. T. de Wyzewa, Perrin 1910) · 39 pages

Aussi en latin.

Fiche de l’œuvre dans le savoir

3o C’est encore en ce jour qu’a été retrouvée, dit-on, la tête de saint Jean. Celui-ci avait été décapité dans une place forte d’Arabie nommée Machéron ; mais Hérodiade avait emporté sa tête à Jérusalem, et l’avait fait enterrer près de son palais, craignant que le prophète ne ressuscitât si sa tête rejoignait son tronc. Or, sous le règne de Marcien, qui commença de régner en l’an 353, saint Jean révéla l’emplacement de son chef à deux moines qui étaient venus à Jérusalem. Aussitôt les moines, courant à ce qui avait été le palais d’Hérode, découvrirent la sainte relique, entourée d’un sac de peau, que l’on avait fait, sans doute, avec le vêtement du Baptiste. Et comme ensuite les moines emportaient leur trouvaille dans leur pays, un potier de la ville d’Émèse, que la pauvreté avait chassé de chez lui, se joignit à eux. Ce potier fut chargé de porter la besace qui contenait la tête de saint Jean ; et voici que, sur le conseil du saint, qui lui était apparu, il faussa compagnie aux moines, emporta la tête du saint dans sa ville natale, la cacha dans une grotte, et, grâce à son culte pour elle, s’acquit une fortune considérable. En mourant, il révéla son secret à sa sœur, mais avec défense de le révéler jamais à une autre personne qu’à son héritier direct. Et, longtemps plus tard, le moine saint Marcel, qui vivait dans cette grotte, vit en rêve une troupe d’anges, qui chantaient : « Voici que vient saint Jean-Baptiste ! » Puis il vit entrer le saint, que les anges soutenaient des deux côtés, et qui bénissait tous ceux qui l’approchaient. Et comme Marcel se prosternait, pour recevoir sa bénédiction, saint Jean le releva, et lui donna le baiser de paix : après quoi il lui dit qu’il venait de Sébaste pour demeurer en ce lieu. Une autre nuit, Marcel, soudain réveillé, vit une étoile brillante, fixée dans la porte de sa cellule. Il se leva et voulut la toucher : mais elle se transporta dans un autre coin de sa cellule, jusqu’à ce qu’elle s’arrêta au-dessus de l’endroit où était enfoui le chef de saint Jean. Marcel creusa la terre, en cet endroit, et découvrit l’urne avec le saint trésor. Et comme un des assistants refusait de croire au miracle, sa main sécha dès qu’il toucha l’urne, et resta attachée à celle-ci. Enfin, grâce aux prières de Marcel, cette main put se détacher, mais elle resta sèche jusqu’au moment où, sur l’ordre de saint Jean, le chef vénérable fut déposé dans l’église de la ville. Et, depuis ce temps, on commença à célébrer, dans cette ville, la Décollation de saint Jean-Baptiste, au jour anniversaire de l’invention de son chef.

Plus tard encore, ce chef fut transporté à Constantinople. Comme on l’y transportait, par ordre de l’empereur Valence, le char qui le conduisait s’arrêta d’abord à Chalcédoine, sans que nulle force d’hommes ni de bœufs pût l’entraîner plus loin. Mais par la suite, Théodose demanda à la jeune fille qui gardait la relique, dans l’église de Chalcédoine, si elle lui permettait d’essayer à nouveau de transporter la relique à Constantinople. Et la jeune fille le permit, se figurant que, cette fois encore, la sainte relique refuserait de sortir de la ville. Alors le pieux empereur, enveloppant la relique dans sa pourpre impériale, la transporta à Constantinople où il éleva en son honneur une église magnifique. Plus tard encore, sous le règne de Pépin, la sainte tête fut transportée en Gaule, à Poitiers, où, par ses mérites, plusieurs morts ressuscitèrent.

Notons ici en passant que, d’après une tradition, la jeune fille qui avait dansé pour obtenir la tête de saint Jean, aurait reçu, elle aussi, son châtiment, de même qu’Hérode, Hérodiade et Julien. Un jour qu’elle patinait sur la glace, la glace se fendit, et elle fut noyée. Ou encore, suivant d’autres, la terre s’ouvrit pour la dévorer.

4o Enfin l’on raconte que le doigt dont saint Jean s’était servi pour désigner le Seigneur ne put pas être brûlé avec le reste de ses os. Retrouvé par les moines susdits, ce doigt fut ensuite transporté par sainte Thècle au-delà des Alpes, et déposé par elle dans l’église de Saint-Martin. Mais, d’après Jean Beleth, c’est en Normandie que ce doigt aurait été porté par sainte Thècle, et une église consacrée en son honneur, ce même jour. Et de là viendrait le choix de ce jour pour commémorer la Décollation.

II. Dans une ville de Gaule appelée aujourd’hui Saint-Jean-de-Maurienne, une femme priait Dieu avec instance pour obtenir une relique de saint Jean. Et comme ses prières ne lui servaient de rien, elle s’enhardit jusqu’à faire le serment de ne rien avaler tant qu’elle n’aurait pas obtenu ce qu’elle demandait. Après plusieurs jours de jeûne elle aperçut, sur l’autel, un pouce d’une blancheur merveilleuse, et déjà elle s’empressait d’aller prendre cette sainte relique, lorsque survinrent trois évêques qui voulurent en avoir chacun leur part. Mais aussitôt, trois gouttes de sang tombèrent, du doigt miraculeux, sur le linge qu’ils tendaient au-dessous de lui. Et, laissant le doigt à la femme, chacun des évêques prit pour lui une de ces gouttes, en remerciant Dieu, du grand honneur qu’il daignait leur faire.

III. La reine des Lombards, Theudeline, fit construire une riche église, en l’honneur de saint Jean-Baptiste, à Monza, près de Milan. Et Paul, l’historiographe des Lombards, raconte que les empereurs Constantin et Constant, qui désiraient arracher l’Italie aux Lombards, firent demander à un saint ermite quelle serait l’issue de la guerre. Et l’ermite répondit : « Saint Jean ne cesse pas d’intercéder pour les Lombards, par reconnaissance pour leur reine qui lui a élevé une église. Mais un temps viendra où cette église sera délaissée, et alors l’empire des Lombards prendra fin. » C’est en effet ce qui arriva, au temps de l’empereur Charlemagne.

CXXV SAINT SAVINIEN, martyr, et SAINTE SAVINE (29 août)

I. Savinien et Savine étaient les enfants d’un noble païen nommé Savin, qui les avait eus de ses deux mariages successifs. Or, Savinien, ayant lu le verset Asperges me, Domine, demanda ce que signifiaient ces mots. Personne ne put les lui expliquer. Alors, se réfugiant dans sa chambre, il se roulait dans la cendre sur un cilice, disant qu’il aimait mieux mourir que de ne pas comprendre le sens de ces paroles. Sur quoi un ange lui apparut et lui dit : « Ne te tue point à force de te torturer, car tu as trouvé grâce devant Dieu ; et quand tu auras reçu le baptême, aussitôt, devenu pur comme la neige, tu comprendras ce que tu désires comprendre ! » Resté seul, Savinien, tout joyeux, refusa désormais de vénérer les idoles, ce qui lui valut d’être fort grondé par son père. Celui-ci lui disait souvent : « Si tu ne veux pas adorer nos dieux, mieux vaut au moins que tu meures seul, plutôt que de nous entraîner tous dans la mort avec toi ! » Alors le jeune homme s’enfuit en secret, et se rendit à la ville de Troyes. Là, étant arrivé au bord de la Seine, il pria Dieu de lui permettre de recevoir le baptême dans l’eau de ce fleuve. Dieu le lui permit, et, après son baptême, une voix d’en haut lui dit : « Tu as trouvé, maintenant, ce que tu as si longtemps peiné à chercher ! » Après quoi Savinien ficha son bâton en terre, et, quand il eut prié, ce bâton, au vu de tous, se couvrit de feuilles et de fleurs. Et onze cent huit personnes, ayant vu ce miracle, se convertirent à la foi chrétienne.

Ce qu’apprenant, l’empereur Aurélien envoya des soldats pour s’emparer de lui : mais les soldats, l’ayant trouvé en prière, n’osèrent l’approcher. L’empereur lui envoya d’autres soldats, qui, l’ayant également trouvé en prière, prièrent d’abord avec lui ; puis, s’étant relevés ils le conduisirent devant l’empereur. Celui-ci, sur son refus de sacrifier, lui fit lier les pieds et les mains et le fit frapper de pointes de fer. Et Savinien : « Inflige-moi d’autres tourments encore, si tu le peux ! » L’empereur le fit placer sur un bûcher, au milieu de la ville, et ordonna qu’on répandît de l’huile sur le bois, pour attiser le feu. Mais voici que, levant les yeux sur lui, l’empereur le vit debout en prière au plus fort des flammes. Il en fut si étonné qu’il tomba à la renverse. Et il dit à Savinien : « Bête malfaisante, n’as-tu donc pas déjà assez des âmes que tu as trompées, et veux-tu encore me tromper moi-même par tes artifices magiques ? » Et Savinien : « Bien d’autres âmes encore seront converties par moi, et ton âme aussi, parmi elles ! » Mais l’empereur, entendant ces paroles, blasphéma le nom de Dieu. Le lendemain, il fit attacher Savinien à un tronc d’arbre et ordonna qu’on lui lançât des flèches : mais les flèches restaient suspendues en l’air, sans que pas une l’atteignît. Le lendemain l’empereur vint le trouver et lui dit : « Que ton Dieu vienne donc, à présent, et te délivre de ces flèches ! » Et aussitôt une des flèches, se détournant, vint s’enfoncer dans l’œil de l’empereur qui, aussitôt, perdit la vue. Furieux, il fit reconduire le saint en prison, et ordonna que, le lendemain, il eût la tête tranchée. Mais Savinien pria Dieu qu’il lui permît de se transporter à l’endroit où il avait reçu le baptême ; et aussitôt ses chaînes se brisèrent, les portes de la prison s’ouvrirent, et le saint put passer librement au milieu des soldats. Parvenu au fleuve, et voyant que des soldats le poursuivaient, il marcha sur l’eau comme sur des pierres, et atteignit ainsi l’endroit où il avait été baptisé. Puis, quand les soldats eurent, à leur tour, franchi le fleuve, il leur dit : « Après m’avoir frappé de votre hache, portez un peu de mon sang à l’empereur, afin qu’il recouvre la vue et reconnaisse la puissance de Dieu ! » Décapité, il souleva sa tête dans ses mains, et la porta à quarante-neuf pas de là. Et l’empereur, dès qu’il eut frotté ses yeux du sang du saint martyr, recouvra aussitôt la vue ; et il dit : « Vraiment bon et grand est le Dieu des chrétiens ! » Et certaine femme qui, depuis quarante ans, avait perdu la vue, se fit conduire à l’endroit où gisait le corps du saint, et, ayant prié, recouvra aussitôt la vue. Saint Savinien souffrit le martyre en l’an 279, au mois de février. Mais nous avons placé ici son histoire afin de la joindre à celle de sa sœur, à qui s’adresse surtout la fête de ce jour.

II. Cette sœur, appelée Savine, ne cessait point de pleurer son frère et de supplier pour lui les idoles. Mais, un jour, un ange lui apparut en rêve et lui dit : « Savine, ne pleure pas ! Abandonne tout ce que tu possèdes, et tu trouveras ton frère élevé à un grand honneur ! » Quand elle s’éveilla, Savine demanda à sa sœur de lait : « N’as-tu rien vu ni entendu ? » Et elle : « Maîtresse, j’ai entendu une voix qui te parlait, mais je ne sais pas ce qu’elle te disait. » Et Savine : « Est-ce que tu ne me dénonceras pas ? » Et la sœur de lait : « Non certes, maîtresse ! Tout ce que tu feras sera bien, pourvu seulement que tu ne t’ôtes point la vie ! » Et, le lendemain, toutes deux s’enfuirent. Et comme son père ne parvenait pas à la retrouver, il dit, levant les mains au ciel : « S’il y a vraiment là-haut un Dieu puissant, qu’il détruise mes idoles, qui n’ont pas su protéger mes enfants ! » Alors Dieu, d’un coup de tonnerre, brisa toutes les idoles : ce que voyant, un grand nombre de personnes se convertirent à la foi chrétienne.

Cependant Savine, venant à Rome, fut baptisée par le pape Eusèbe, guérit deux aveugles et deux paralytiques, et demeura cinq ans dans la ville. Mais un jour un ange lui apparut en rêve et lui dit : « Savine, n’as-tu donc abandonné toutes tes richesses que pour venir ici vivre dans les délices ? Lève-toi, et va dans la ville de Troyes, pour y retrouver ton frère ! » Alors Savine dit à sa sœur de lait : « Nous devons nous en aller d’ici ! » Et elle : « Maîtresse où veux-tu aller ? Ici tu es aimée de tous, et tu veux aller chercher la mort dans des pays étrangers ! » Mais Savine : « Dieu aura soin de nous ! »

Puis, prenant un pain d’orge, elle se rendit à Ravenne, et entra dans la maison d’un riche dont la fille était mourante. Et comme elle demandait à la servante de ce riche qu’on lui accordât l’hospitalité, la servante lui dit : « Comment pourrais-tu recevoir l’hospitalité ici, où la fille de mes maîtres est en train de mourir, et où tous sont plongés dans la désolation ? » Mais Savine : « Je ferai en sorte qu’elle ne meure pas ! » Puis, entrant dans la maison, elle prit la main de la mourante, qui, aussitôt, se releva guérie. On voulut retenir Savine, mais elle poursuivit son chemin. Arrivée à un mille de Troyes, elle s’arrêta pour prendre un peu de repos. Vint à passer un homme noble de la ville, nommé Licérius, qui leur demanda : « D’où êtes-vous ? » Et Savine : « Seigneur, je suis étrangère, et je cherche mon frère Savinien, perdu pour moi depuis longtemps ! » Alors Licérius : « L’homme que tu cherches a été décapité pour le Christ, il y a peu de temps, et c’est ici même qu’il est enseveli ! » Sur quoi Savine, se prosternant en prière, dit : « Mon Dieu, qui m’as toujours gardée dans la chasteté, laisse-moi maintenant reposer dans ce lieu ! Je te recommande ma sœur de lait, qui a tout supporté pour moi. Et fais en sorte que je puisse voir, dans ton royaume, mon frère, qu’il ne m’a pas été donné de voir dans ce monde ! » Puis, ayant ainsi prié, elle rendit son âme au Seigneur. Ce que voyant, sa compagne se mit à pleurer, car elle n’avait même pas les moyens nécessaires pour l’ensevelir. Mais Licérius envoya chercher, en ville, des hommes pour ensevelir l’étrangère ; et ainsi Savine fut mise au tombeau.

C’est le même jour aussi que l’Église célèbre la fête de sainte Sabine, qui était femme d’un soldat nommé Valentin, et qui fut décapitée sous le règne d’Adrien, pour avoir refusé de sacrifier aux idoles.

CXXVI SAINTS FÉLIX ET ADAUCT, martyrs (30 août)

Le prêtre Félix souffrit le martyre sous le règne de Dioclétien et de Maximien, en compagnie de son frère, qui, comme lui, s’appelait Félix et était prêtre comme lui. Le frère aîné, ayant été conduit au temple de Sérapis pour y sacrifier, souffla sur le visage de la statue, qui, aussitôt, se renversa. Il renversa de la même façon, successivement, la statue de Mercure et celle de Diane. Alors, après l’avoir torturé sur un chevalet, on le conduisit devant un arbre sacrilège afin qu’il y sacrifiât. Mais lui, s’étant mis à genoux et ayant prié, souffla sur l’arbre qui, aussitôt, se déracina et tomba à terre, brisant l’autel. Sur quoi le préfet le fit décapiter à l’endroit même, et ordonna que son corps y fût laissé pour servir de pâture aux loups et aux chiens. Et, au moment où on allait le mettre à mort, son frère ; sortant de la foule, se proclama chrétien. Tous deux furent donc décapités ensemble, après s’être longuement embrassés. Et les chrétiens, ne connaissant pas le nom du second martyr, l’appelèrent Adauctus (ajouté), parce qu’il s’était ajouté à saint Félix pour recevoir la couronne du martyre. Les deux saints furent ensevelis dans la fosse qu’avait creusée l’arbre en se déracinant. Et quand les païens voulurent les déterrer, le diable les en empêcha en s’emparant d’eux. Leur martyre eut lieu l’an du Seigneur 287.

CXXVII SAINT LOUP, évêque et confesseur (1er septembre)

Loup naquit à Orléans d’une famille royale. S’étant de bonne heure distingué par ses vertus, il fut élu archevêque de Sens. Il donnait aux pauvres tout ce qu’il avait ; et comme, un jour, il en avait invité un grand nombre à sa table, et que le vin manquait, il répondit au sommelier qui venait le lui annoncer : « Je crois bien que Dieu, qui nourrit les oiseaux, ne refusera pas de compléter notre charité ! » Et, en effet, un messager arriva au même instant, qui annonça que cent tonneaux de vin attendaient à la porte.

On reprochait beaucoup à l’évêque l’affection qu’il témoignait à une jeune religieuse, fille de son prédécesseur. Alors, en présence de ceux qui l’accusaient, il fit venir la jeune fille et l’embrassa, disant : « Les paroles des hommes ne sauraient nuire à celui que ne souille pas sa propre conscience ! »

Comme le roi des Francs Clotaire, étant entré en Bourgogne, avait ordonné à son sénéchal d’assiéger la ville de Sens, saint Loup se rendit à l’église de Saint-Étienne et se mit à faire sonner la cloche : ce qu’entendant, les ennemis furent saisis d’une telle frayeur qu’ils s’enfuirent, par crainte d’être tués sur place. Et quand le roi, étant devenu maître de la Bourgogne, envoya à Sens un autre sénéchal, celui-ci, furieux de ce que l’évêque ne fût pas venu au devant de lui avec des présents, le calomnia si cruellement auprès de son maître que celui-ci l’envoya en exil. Mais, dans l’exil comme sur son siège, le saint brilla par sa science et par ses miracles. Et bientôt les habitants de Sens, ayant mis à mort l’évêque par qui l’on avait remplacé saint Loup, obtinrent du roi le rappel de celui-ci. Et quand le roi le vit épuisé de privations, il se prosterna devant lui, lui demanda pardon, et l’envoya à Sens après l’avoir comblé de présents. Et l’on raconte que, comme il passait en bateau par Paris, la foule des prisonniers virent s’ouvrir les portes de leurs cellules et tomber leurs chaînes, de façon qu’ils purent se rendre librement au devant de lui.

Un dimanche, pendant qu’il célébrait la messe, une pierre précieuse tomba du ciel dans son calice : le roi la fit mettre plus tard parmi ses reliques.

Le roi Clotaire, apprenant que la cloche de Saint-Étienne de Sens avait un son d’une douceur merveilleuse, fit transporter cette cloche à Paris, pour pouvoir l’entendre à sa guise. Mais, cet ordre ayant déplu à saint Loup, la cloche perdit toute sa douceur dès qu’elle sortit de Sens. Ce que voyant, le roi la fit aussitôt restituer ; et, lorsque la cloche, fut arrivée à sept milles, de Sens, elle sonna si fort que toute la ville l’entendit : de telle sorte que saint Loup put aller à sa rencontre.

Une nuit, tenté par le diable, il se fit apporter un verre d’eau froide ; puis comprenant les ruses de l’ennemi, il posa son oreiller sur le verre et y tint le diable enfermé jusqu’au matin suivant. Une autre fois, revenant chez lui de sa visite aux églises de la ville, il entendit des prêtres parlant à voix haute et disant qu’ils voulaient forniquer avec des femmes. Alors, il entra dans son oratoire et pria pour eux ; et aussitôt l’aiguillon de la tentation cessa de les tourmenter, et ils vinrent humblement lui demander pardon.

Enfin saint Loup s’éteignit en paix, en l’an du Seigneur 610.

CXXVIII SAINT GILLES, abbé (1er septembre)

Gilles, athénien, était de famille noble, et avait étudié, dès l’enfance, les lettres sacrées. Un jour, comme il se rendait à l’église, un malade, couché sur une place, lui demanda l’aumône. Gilles lui donna sa tunique ; et dès que le malade la revêtit, il guérit. À la mort de ses parents, Gilles abandonna au Christ tout son patrimoine. Il guérit un jour, par sa prière, un homme qui venait d’être mordu par un serpent. Il guérit aussi un possédé qui, se tenant dans l’église, troublait de ses cris les autres chrétiens. Mais bientôt, craignant les dangers de la faveur humaine, Gilles s’enfuit secrètement au bord de la mer. Il aperçut là des matelots qui allaient périr dans une tempête : il pria et aussitôt la tempête s’apaisa. En reconnaissance de quoi les matelots, apprenant qu’il voulait aller à Rome, s’offrirent à l’y emmener gratuitement avec eux.

Mais en arrivant à Arles, Gilles s’y arrêta, et demeura deux ans avec saint Césaire, évêque de cette ville, où il guérit une femme atteinte de fièvre depuis trois ans. Puis, ayant soif du désert, il s’éloigna secrètement d’Arles, et vécut longtemps en compagnie de l’ermite Veredôme, dans un endroit où, en sa faveur, Dieu voulut bien faire cesser la stérilité du sol. Mais, comme le bruit de ses miracles se répandait partout, Gilles, craignant de nouveau les dangers de la louange humaine, quitta son compagnon et s’enfonça encore dans le désert, où il eut le bonheur de trouver une grotte auprès d’une source. Il y eut pour nourricière une biche qui, à de certaines heures, venait lui donner son lait.

Or, un jour, les fils du roi, qui chassaient par là, virent cette biche et la poursuivirent avec leurs chiens. Effrayée, elle se réfugia aux pieds de saint Gilles. Et celui-ci, étonné de ses cris, sortit de sa cellule et entendit les chasseurs. Il demanda alors à Dieu que fût sauvée la bête qu’il lui avait donnée pour nourricière. Et en effet aucun des chiens n’osait s’approcher de la biche. La nuit étant proche, les chasseurs s’en revinrent chez eux. Et le lendemain, de nouveau, ils durent rentrer chez eux sans avoir pris la biche. Ce qu’apprenant, le roi se rendit sur les lieux avec l’évêque et une foule de chasseurs. Et comme, de nouveau, les chiens refusaient d’approcher, un des chasseurs, par accident, blessa d’une flèche le saint, qui demandait grâce pour la biche. Après quoi les chasseurs se frayèrent un chemin jusqu’à la grotte, aperçurent un vieillard en habit monacal avec une biche étendue à ses pieds. Le roi et l’évêque s’avancèrent alors vers lui, lui demandèrent qui il était, d’où il était venu, comment il avait pu arriver à un endroit aussi sauvage, et enfin par qui il avait été blessé. Puis, lui ayant demandé pardon de cette blessure dont ils étaient cause, ils lui donnèrent des remèdes pour la guérir, en même temps que de nombreux présents. Mais le saint ne voulut même pas jeter les yeux sur les présents ni sur les remèdes. Bien plus, sachant que la vertu devenait plus parfaite dans la maladie, il pria Dieu de ne plus recouvrer la santé aussi longtemps qu’il vivrait.

Le roi, cependant, lui fit de fréquentes visites, pour recevoir de lui l’aliment spirituel. Et toujours il lui offrait des trésors, et toujours le saint refusait de les accepter. Il. conseilla enfin au roi d’employer plutôt ces trésors à construire un monastère, où serait pratiquée dans toute sa rigueur la discipline monastique. Et le roi suivit son conseil ; mais, quand le monastère fut construit, il insista par ses prières et ses larmes pour forcer saint Gilles à en devenir l’abbé.

La renommée du saint parvint jusqu’au roi Charles, qui le manda près de lui et le reçut avec déférence. Il lui demanda, entre autres choses, de vouloir bien prier pour que lui fût remis un très grand péché qu’il avait commis jadis, et qu’il n’osait avouer à personne, pas même au saint. Et le dimanche suivant, pendant que Gilles, célébrant sa messe, priait pour le roi, un ange lui apparut qui déposa sur l’autel une feuille où était écrit que, grâce à ses prières, le péché du roi se trouvait pardonné. Et l’on dit aussi que, sur cette feuille, une main céleste avait ajouté que quiconque invoquerait saint Gilles pour la rémission d’un péché, obtiendrait cette rémission, pourvu seulement qu’il ne commît plus le même péché. Gilles porta la feuille au roi, qui se repentit humblement. Puis le saint reprit le chemin de son monastère. Et à Nîmes, en passant, il ressuscita le fils d’un des chefs de la ville, qui venait de mourir.

Peu de temps après, prévoyant que son monastère allait être saccagé par les ennemis, il se rendit à Rome, et obtint du pape, pour son église, un privilège, ainsi que deux portes en bois de cyprès où se trouvaient sculptées les images des apôtres. Après quoi, ayant confié ces portes au Tibre, et les ayant recommandées à la conduite divine, il retourna vers son monastère ; et, sur le chemin, à Tiberon, il guérit un paralytique. Et quand il revint à son monastère, il trouva les portes qui l’attendaient dans le port. Après avoir rendu grâces à Dieu, il les dressa au seuil de son église, tant pour l’ornement de celle-ci que pour qu’elles fussent le témoignage du pacte accordé au monastère par la curie romaine.

Enfin, comprenant par révélation que le jour de sa mort approchait, il en informa ses frères et leur demanda de prier pour lui. Et quand il se fût endormi dans le Seigneur, bien des personnes affirmèrent avoir entendu des chœurs d’anges transportant son âme au ciel. Cette mort eut lieu en l’an du Seigneur 700.

CXXIX LA NATIVITÉ DE LA BIENHEUREUSE VIERGE MARIE (8 septembre)

I. La glorieuse Vierge Marie était de la tribu de Juda, et de la race royale de David. On sait que Matthieu et Luc, dans leurs évangiles, nous retracent la généalogie, non pas de Marie, mais de Joseph, qui cependant n’a eu aucune part à la conception du Christ : c’est, dit-on, pour se conformer à la coutume des Écritures, où n’est prise en considération que la généalogie des hommes, non celle des femmes. Quoi qu’il en soit, d’ailleurs, la sainte Vierge descendait certainement de la race de David : car les mêmes évangélistes, qui admettent expressément la conception toute divine de Jésus, attestent à plusieurs reprises que Jésus était de la semence de David.

Ce roi, en effet, eut, entre autres fils, Nathan et Salomon. De la race de Nathan fut (suivant Jean de Damas), Lévi, qui engendra Melchi et Panthar ; Panthar engendra Barpanthar, qui engendra Joachim, qui fut père de la Vierge Marie. Et il y eut un des descendants de Nathan qui épousa une descendante de Salomon ; et lorsque Héli, de la tribu de Nathan, mourut sans enfants, son frère utérin Jacob, qui était de la tribu de Salomon, épousa sa veuve et engendra d’elle Joseph. Celui-ci était donc, par la nature, fils de Jacob et descendant de Salomon ; mais, par la loi, il était fils d’Héli et de la descendance de Nathan, car, dans les cas de ce genre, la loi assignait les enfants au premier mari.

D’autre part, l’Histoire ecclésiastique et Bède, dans sa Chronique, racontent qu’Hérode, pour faire croire à la postérité qu’il était noble et descendait d’Israël, fit brûler toutes les généalogies des Juifs, qui étaient conservées dans les archives secrètes du Temple. Mais il y eut des Nazaréens, parents du Christ, qui reconstituèrent la généalogie de leur divin parent, en partie d’après leurs traditions de famille, en partie d’après des livres qu’ils avaient conservés. À eux nous devons de savoir que la femme de Joachim, nommée Anne, eut une sœur, nommée Ismérie, qui fut mère d’Élisabeth et d’Eliude. Élisabeth fut mère de saint Jean-Baptiste ; d’Eliude naquit Eminen, et d’Eminen naquit saint Servais, dont le corps est conservé dans la ville de Maëstricht, qui relève de l’évêché de Liège. Quant à Anne, la tradition rapporte qu’elle a eu successivement trois maris : Joachim, Cléophas et Salomé. De Joachim elle eut une fille, la Vierge Marie, qu’elle donna en mariage à Joseph. Puis, après la mort de Joachim, elle épousa Cléophas, frère de Joseph, de qui elle eut une autre fille, également appelée Marie, et donnée plus tard en mariage à Alphée. Cette seconde Marie eut d’Alphée quatre fils, Jacques le Mineur, Joseph le Juste, Simon et Jude. Enfin, de son troisième mariage avec Salomé, Anne eut encore une fille, également appelée Marie, et qui épousa Zébédée. Et c’est de cette troisième Marie et de Zébédée que sont nés Jacques le Majeur et Jean l’Évangéliste.

D’autre part, saint Jérôme nous dit, dans son Prologue, avoir lu dans son enfance un petit livre où se trouvait racontée l’histoire de la naissance de la sainte Vierge ; et il nous transcrit cette histoire, mais seulement de souvenir, et très longtemps après l’avoir lue. Donc, suivant ce récit, Joachim, qui était Galiléen, et de la ville de Nazareth, s’était marié avec sainte Anne, qui était de Bethléem, en Judée. Tous deux vivaient sans reproche, accomplissant tous les commandements du Seigneur ; ils faisaient de tous leurs biens trois parts égales, dont ils ne gardaient qu’une seule pour eux-mêmes et leur famille, en donnant une au temple, l’autre aux pauvres et aux pèlerins. Et comme, après vingt ans de mariage, ils n’avaient point d’enfant, ils firent vœu que, si Dieu leur accordait un enfant, ils le voueraient au service divin. Le jour de la fête de la Dédicace, Joachim, s’étant rendu à Jérusalem, comme il faisait pour les trois grandes fêtes de l’année, alla présenter son offrande au Temple avec ceux de sa tribu. Mais le prêtre le repoussa avec indignation de l’autel, affirmant que c’était un scandale qu’un homme infécond, incapable d’augmenter le peuple de Dieu, présentât son offrande à un Dieu qui avait mis sur lui le signe de sa malédiction. Sur quoi Joachim, tout confus, n’osa point retourner chez lui, et s’en alla séjourner avec ses bergers. Mais, pendant qu’il se trouvait là, un ange lui apparut un jour avec une grande lumière, et lui dit : « Je suis envoyé vers toi par le Seigneur, pour t’annoncer que tes prières ont été entendues, et que tes aumônes se sont élevées jusqu’au trône divin. Dieu a vu ta honte, et entendu l’injuste reproche qu’on t’a fait de ta stérilité. Car Dieu ne punit point la nature, mais seulement le péché. Et souvent, quand il ferme une matrice, il le fait afin de l’ouvrir ensuite plus miraculeusement, de manière qu’on sache que ce n’est point de la luxure que naît l’enfant qui doit naître. Est-ce que Sara, la mère de votre race, n’a pas supporté jusqu’à l’âge de quatre-vingt-dix ans l’opprobre de la stérilité, avant de donner le jour à Isaac, à qui fut renouvelée la promesse de la bénédiction de tout son peuple ? Est-ce que Rachel n’a pas été longtemps stérile avant d’enfanter Joseph, qui commanda à toute l’Égypte ? Qui fut plus fort que Samson, ou plus saint que Samuel ? Et cependant l’un et l’autre sont nés de mères stériles. Sache donc que, de la même façon, Anne, ta femme, te donnera une fille que tu appelleras Marie. Celle-ci, suivant ton vœu, sera consacrée au Seigneur dès l’enfance ; dès le ventre de sa mère elle sera pleine du Saint-Esprit ; et, afin que sa pureté ne puisse donner lieu à aucun soupçon, elle ne sera pas élevée au dehors, mais toujours gardée à l’intérieur du temple. Et, de même qu’elle sera née d’une mère stérile, d’elle naîtra miraculeusement le Fils du Très-Haut, qui aura nom Jésus, et qui apportera le salut à toutes les nations. Quant au signe qui te prouvera la vérité de mes paroles, écoute ! En arrivant à la Porte d’Or, à Jérusalem, tu rencontreras ta femme Anne, qui, inquiète de ta longue absence, se réjouira grandement de ta vue ! » Cela dit, l’ange disparut ; mais il apparut ensuite à Anne, qui pleurait amèrement l’absence de son mari ; il lui annonça ce qu’il venait d’annoncer à Joachim, et lui ordonna de se rendre à Jérusalem, devant la Porte d’Or, pour y rencontrer son mari. Anne et Joachim se rencontrèrent donc, tous deux, se réjouissant de leur vision et de la postérité qui leur était promise. Et, ayant adoré le Seigneur, ils revinrent chez eux.

C’est ainsi qu’Anne conçut et mit au monde une fille, qui fut appelée Marie. Et lorsque furent achevées les trois années de l’allaitement, l’enfant fut conduite au temple avec des offrandes. Le temple était situé sur une montagne ; et, pour parvenir à l’autel des holocaustes, qui se trouvait à l’extérieur, on avait encore à monter quinze marches, correspondant aux quinze psaumes graduels. Et voici que la petite fille monta toutes ces marches sans l’aide de personne, comme si elle était déjà dans la perfection de l’âge. Puis, quand elle eut accompli son offrande, ses parents revinrent chez eux, la laissant avec les autres vierges dans le temple ; et là, tous les jours, elle croissait en sainteté, visitée par les anges, et admise à la vision divine. Elle s’était imposé pour règle de rester en prière depuis le matin jusqu’à la troisième heure ; jusqu’à la neuvième heure, ensuite, elle s’occupait à tisser la laine ; après quoi elle se remettait en prière, jusqu’au moment où un ange venait lui apporter sa nourriture.

Quand elle eut quatorze ans, le prêtre déclara que les vierges instruites dans le temple et qui étaient parvenues à leur puberté devaient retourner chez elles, pour être unies à des hommes en légitime mariage. Les autres vierges obéirent à cet ordre. Seule, Marie dit qu’elle ne pouvait y obéir, car ses parents l’avaient consacrée au service de Dieu, et elle-même avait voué sa virginité au Seigneur. Ce qui mit le prêtre en grand embarras, car il n’osait ni rompre un vœu, — l’Écriture ayant dit : « Faites des vœux et remplissez-les ! » — ni autoriser un acte contraire aux usages. Lors de la fête qui suivit, les vieillards convoqués furent d’avis qu’en matière si douteuse on devait s’en remettre à l’inspiration divine. Et, comme tous étaient en prière, une voix sortit du fond du temple, disant que tous les hommes nubiles et non mariés de la maison de David devaient s’approcher de l’autel, chacun portant une baguette à la main ; et la voix ajoutait que la Vierge Marie aurait à épouser celui d’entre eux dont la baguette produirait des feuilles. Or il y avait là un homme de la maison de David nommé Joseph, qui, seul, ne se présenta point devant le prêtre, estimant inconvenant de prétendre, à son âge, devenir le mari d’une vierge de quatorze ans. De telle sorte que le miracle prédit par la voix divine n’eût point lieu. Et le prêtre, de nouveau, interrogea le Seigneur, qui répondit que celui-là seul n’avait pas apporté sa baguette qui était destiné à devenir le mari de la vierge. Force fut donc à Joseph de se présenter à l’autel ; et aussitôt sa baguette produisit des feuilles, et l’on vit descendre sur elle une colombe, du haut du ciel. Alors Joseph, se trouvant ainsi fiancé, se rendit à Bethléem, sa patrie, afin de s’occuper de préparer ses noces, tandis que Marie retournait à Nazareth, dans la maison de ses parents, avec sept vierges de son âge que le prêtre lui avait données pour compagnes. C’est vers ce temps-là que l’ange Gabriel lui apparut, pendant qu’elle était en prière, et lui annonça que d’elle naîtrait le Fils de Dieu.

Le jour exact où devait être commémorée la nativité de la Vierge fut très longtemps ignoré des fidèles. Mais un jour, suivant ce que rapporte Jean Beleth, un saint homme, qui vivait dans la contemplation, s’aperçut que tous les ans à la même date, le 6 septembre, il entendait une merveilleuse musique d’anges, célébrant une fête. Il supplia le Ciel de lui révéler quelle fête c’était qu’on célébrait au ciel ce jour-là ; et il obtint pour réponse que c’était le jour anniversaire de la naissance de la glorieuse Vierge Marie : ce dont il fut chargé, en outre, de faire part aux fils de la sainte Église, pour qu’ils s’unissent, dans la célébration de la fête, avec les troupes célestes. La chose fut rapportée au Souverain Pontife et aux autres chefs de l’Église qui, ayant prié et jeûné, et consulté les témoignages de l’Écriture et des traditions, décrétèrent que, désormais, ce jour du 6 septembre serait universellement consacré à la célébration de la naissance de la Vierge Marie.

Quant à l’octave de cette fête, elle n’a été instituée que plus tard, par le pape Innocent IV, qui était d’origine génoise ; et voici dans quelles circonstances. Lorsque mourut Grégoire IX, les Romains enfermèrent tous les cardinaux dans une salle pour les forcer à choisir au plus vite un nouveau chef de l’Église. Mais comme les cardinaux ne parvenaient pas à se mettre d’accord, ce qui leur valait d’être fort molestés par les Romains, ils firent vœu à la Reine du Ciel que si, grâce à elle, ils pouvaient enfin s’accorder, et sortir de leur conclave sans être maltraités, ils décréteraient désormais que fût célébrée l’octave de sa Nativité. Et, en effet, ils tombèrent d’accord pour élire Célestin. Mais celui-ci vécut trop peu de temps pour réaliser le vœu des membres du conclave ; et ce fut son successeur Innocent IV, qui le réalisa.

Notons, à ce propos, que les trois nativités célébrées par l’Église, celles du Christ, de la Vierge et de saint Jean-Baptiste, ont toutes les trois des octaves, mais que, seule la nativité de la Vierge n’est point précédée d’une vigile. En effet ces trois nativités désignent trois naissances spirituelles : car avec Jean nous renaissons dans l’eau, avec Marie dans la pénitence, et dans la gloire avec le Christ. Or notre renaissance dans le baptême et notre renaissance dans la gloire doivent être précédées de contrition, tandis que notre renaissance dans la pénitence est en elle-même une contrition.

II. Un très vaillant capitaine, et qui n’était pas moins dévot à la Vierge se rendait un jour à un tournoi lorsqu’il rencontra, en chemin, un monastère élevé en l’honneur de Notre Dame, et y entra pour entendre la messe. Mais les messes se succédaient les unes aux autres, et le capitaine, par égard pour la Vierge, tenait à n’en manquer aucune. Enfin il put sortir, et courut à l’endroit du combat. Et voilà qu’il rencontra, avant d’y arriver, des gens qui déjà en revenaient, et qui le félicitèrent de la valeur qu’il avait déployée. Cet éloge lui fut confirmé par tous ceux qui avaient assisté au tournoi ; et il y en eut même qui vinrent lui rappeler qu’il les avait défaits. Sur quoi cet homme, comprenant que la Reine des Cieux lui avait rendu sa politesse, raconta ce qui lui était arrivé, et, retournant au monastère, s’engagea depuis lors entièrement au service du Fils de la sainte Vierge.

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