Considérations sur la Passion de Jésus-Christ (page 10)

Alphonse de Liguori · Vie de piété

Texte français, domaine public · Source : jesusmarie.free.fr — Considérations sur la Passion de Jésus-Christ · 16 pages

Fiche de l’œuvre dans le savoir

meilleur Ami que nous ayons. Réjouissons-nous-en pour nous-mêmes,

puisque la résurrection de Notre-Seigneur est un gage certain de notre

propre resurrection et de la gloire que nous espéribs avoir un jour dans le

ciel, pour en jouir en corps et en âme. Cette espérance donna aux Saints

Martyr le courage et la force de souffrir avec joie tous les maux de cette vie

et les tourments les plus cruels inventés par les tyrans. Mais il faut se

persuader que, pour être uni à Jésus-Christ dans la joie du paradis, il est

nécessaire de prendre part à ses souffrances ici-bas: on ne peut être

couronné qu'après avoir combattu comme on le doit (2 Tm 2, 5). Tel est

l'averitssemnt que nous donne l'Apôtre; mais soyons persuadés en même

temps de ce qu'il ajoute, que toutes les peines de cette vie sont bien courtes

et légères en comparaison des récompenses immenses que nous espérons

dans la vie future (2 Co 4, 17). Soyons donc attentifs à nous maintenir

toujours dans la grâce de Dieu et à lui demander sans cesse la persévérance;

car sans la prière, et une prière continuelle, nous n'obtiendrons pas la

persévérance, et sans la persévérance, nous ne parviendrons pas au salut.ô

doux, ô aimable Jésus, comment avez-vous pu tant aimer les hommes que,

pour leur témoigner votre amour, vous ayez consenti à mourir épuisé de

douleurs sur un bois infâme? et comment, après cela, y a-t-il si peu

d'hommes qui vous aiment cordialement? Ah! mon cher Rédempteur, je

veux être de ce petit nombre! Par le passé, j'ai eu le malheur de perdre le

souvenir de votre amour, et de renoncer à votre grâce pour de misérables

plaisirs; je reconnais ma fute, je m'en repens de tout mon coeur, je voudrais

en mourir de douleur. Maintenant, ô mon Sauveur, je vous aime plus que

moi-même, et je suis prêt à souffrir mille morts plutôt que de perdre votre

amitié! Je vous remercie des lumières que vous me donnez. Mon Jésus,

mon Espérance, ne m'abandonnez pas à moi-même, continuez à m'aider

jusqu'à la mort! ô Marie, Mère de Dieu, priez Jésus pour moi!

CHAPITRE VIII SUR L'AMOUR QUE JéSUS-CHRIST NOUS A

TéMOIGNéS DANS SA PASSION

- I - Dieu a aimé les hommes au point de donner son Fils

pour les racheter Saint François de Sales appelle le Calvaire "Le Mont des Amants", et il

ajoute que "tout amour qui ne prend pas son origine de la passion du

Sauveur est frivole". Il veut nous faire entendre par là que la passion de

Jésus-Christ est ce qu'il y a de plus efficace pour nous porter à aimer

ardemment ce divin Rédempteur. Pour comprendre en partie, car tout concevoir en cette matière est chose

impossible, le grand amour que Dieu nous a témoignés dans la passion de

Jésus-Christ, il suffit de jeter un coup d'oeil sur ce qu'en disent les Saintes

écritures; j'en citerai ici les principaux passages qui ont trait à ce sujet. Notre-Seigneur l'a dit lui-même: "Dieu a tellement aimé les hommes qu'il a

donné son Fils unique pour les sauver" (Jn 3, 16). Le mot tellement a ici une

grande valeur; il signifie que Dieu, en livrant son Fils unique pour nous

racheter, a fait preuve envers nous d'un amour tel, que nous ne pourrons

jamais parvenir à le comprendre. Par suite du péché, nous étions tous morts,

ayant perdu la vie de grâce; mais le Père éternel, "voulant faire connaître au

monde sa bonté et son amour pour nous, a daigné envoyer son Fils sur la

terre, afin que, par sa mort, il nous rendit la vie que nous ayions perdue" (1

Jn 4, 9). Ainsi, pour nous pardonner, Dieu n'a point pardonné à son propre

Fils, mais il a exigé qu'il satisfit pleinement à la Justice Dibine pour toutes

nos iniquités, il "n'a pas épargné son propre Fils, mais l'a livré pour nous

tous" (Rm 8, 32). Il l'a livré entre les mains des bourreaux, qui devaient

l'accabler d'ignominies et de douleurs, jusqu'à le faire mourir sur un gibet

comme un criminel. Le Seigneur chargera donc d'abord son divin Fils des

péchés de tous! "Le Seigneur a fait retomber sur lui les crimes de nous tous"

(Is 53, 6). Et il voulut ensuite qu'il fût brisé et consumé, extérieurement et

intérieurement, par les afflictions les plus cruelles (Is 53, 6-8). Saint Paul, considérant la grandeur de cet amour de Dieu envers nous, va

jusqu'à l'appeler excessif, vu que, lorsque "nous étions morts par suite de

nos péchés, le Seigneur nous a rendu la vie par la mort de son Fils" (Ep 2,

5). Eh quoi ! est-ce qu'il peut y avoir excès en Dieu ? Non, sans doute; mais

l'Apôtre s'est exprimé ainsi pour nous donner à entendre que Dieu a fait

pour l'homme de telles choses que, si la foi ne nous en donnait la certitude,

on ne pourrait les croire. Aussi la Sainte église s'écrie-t-elle, dans un

transport d'admiration: "Imprévisible choix de ton amour! Pour racheter

l'esclave, tu livres le Fils!" qu'on remarque cette expression de l'église: choix

de l'amour. En effet, Dieu qui est l'amour même, comme le dit saint Jean (1

Jn 4, 8), aime toutes les créatures (Sg 11, 25), mais il semble avoir préféré,

dans son amour, l'homme à l'Ange même, puisqu'il a voulu mourir pour les

hommes, et non pour les Anges qui se sont perdus.

- II -

Le Fils de Dieu s'est livré lui-même

par amour pour nous Quant à l'amour du Fils de Dieu pour l'homme, nous savons que, voyant

d'une part que l'homme s'était perdu par le péché, et de l'autre que la Justice

divine exigeait une satisfaction entière pour l'injure faite à Dieu, satisfaction

que l'homme était incapable de donner, il s'offrit spontanément à satisfaire

pour l'homme. Il se soumit aux bourreaux avec la douceur d'un agneau, en

leur permettant de lui déchirer les chairs et de le conduire à la mort, sans se

plaindre, sans ouvrir la bouche, ainsi qu'Isaïe l'avait prédit (Is 53, 7). Nous lisons dans saint Paul que Jésus-Christ fut obéissant envers son Père

jusqu'à souffrir la mort de la croix (Ph 2, 8); mais on ne doit pas s'imaginer

d'après cela que ce fut malgré lui, et seulement pour obéir à son Père, que

notre Rédempteur consentit à mourir crucifié; il s'y offrit spontanément,

comme nous l'avons dit; c'est de son propre mouvement qu'il a voulu

mourir pour l'homme, poussé par l'amour qu'il lui portait, comme il l'a

déclaré lui-même (Jn 10, 17). Il s'était appelé auparavant le Bon Pasteur, en

ajoutant que l'office d'un bon pasteur est de donner sa vie pour ses brebis

(Jn 10, 11). Et pourquoi a-t-il voulu mourir pour ses brebis? quelle

obligation avait-il, comme Pasteur, de donner sa vie pour ses brebis? Il a

voulu mourir pour elles à cause de l'amour qu'il leur portait (Ep 5, 2); ce fut

aussi pour les délivrer du joug de Lucifer. Le Fils de Dieu s'est donc livré volontairement à la mort par amour pour

nous, afin de nous soustraire à la puissance du démon; et c'est ce qu'il fit

entendre clairement, lorsqu'il dit qu'une fois élevé de terre, il tirerait tout à lui

(Jn 12, 32). Par ces mots, le Seigneur désignait le supplice de la croix qu'il

devait subir, selon l'explication que l'évangéliste en donne lui-même. Et

d'après le commentaire de saint Jean Chrysostome, par l'expression "je

tirerai", il indiquait qu'en mourant, il nous aurait, pour ainsi dire, arrachés

par force des mains de Lucifer qui, tel qu'un cruel tyran, nous tenait

enchaînés comme des esclaves, en attendant notre mort pour nous

tourmenter à jamais dans l'enfer. Que nous serions malheureux si Jésus-Christ n'était pas mort pour nous!

Nous serions tous destinés à l'enfer. Cette pensée est pour nous un grand

motif d'aimer Jésus-Christ, pour nous, dis-je, qui avons mérité l'enfer; par sa

mort, il nous a délivrés de ce supplice éternel, il nous a rachetés au prix de

son sang! Jetons ici, en passant, un coup d'oeil sur les peines de l'enfer, que souffrent

déjà tant de malheureux réprouvés. Là, ils se trouvent plongés dans un

abîme de feu, où ils endurent une agonie perpétuelle; car ce feu vengeur leur

fait éprouver tous les genres de douleurs. Là, ils sont sous la main des

démons qui, pleins d'une fureur insatiable, ne cherchent qu'à tourmenter ces

misérables condamnés . Là, bien plus que par le feu et toutes les autres

tortures, ils sont affligés par les remords de leur conscience, par le souvenir

des péchés commis pendant leur vie, lesquels ont été la cause de leur

damnation. Là, ils se voient à jamais privés de tout moyen de sortir de ce

gouffre affreux. Là, ils se voient bannis pour toujours de la société des

Saints et de la céleste Patrie, pour laquelle ils ont été créés. Mais ce qui les

afflige le plus, ce qui fait leur véritable enfer, c'est de se voir abandonnés de

Dieu, réduits à ne plus pouvoir l'aimer et à ne le regarder durant toute

l'éternité qu'avec haine et avec la rage du désespoir. Tel est le malheur dont Jésus-Christ nous a préservés, en nous rachetant,

non au prix de l'or ou d'autres biens terrestres, dit saint Laurent Justinien, en

répétant saint Pierre, mais au prix de son sang et de sa vie sacrifiée sur la

croix (1 P 1, 18). Les rois de la terre envoient leurs sujets mourir à la guerre

pour leur propre conservation; Notre-Seigneur, au contraire, a voulu mourir

lui-même pour le salut de ses créatures.

- III - Jésus est mort, non seulement pour nous tous,

mais encore pour chacun de nous Considérons notre Sauveur conduit par les Scribes et les Prêtres devant

Pilate comme un malfaiteur, afin de les faire juger et condamner à la mort de

la croix. Ils réussissent dans leur dessein : ils voient Jésus condamné et

crucifié comme ils l'ont demandé ! Quel spectacle, s'écrie saint Augustin: le

Souverain Juge jugé, la Justice condamnée, la Vie même réduite à la mort!

Et quelle fut la cause de tous ces prodiges? Ce fut uniquement l'amour de

Jésus-Christ pour les hommes, répond l'Apôtre: "Il nous a aimés, et s'est

livré lui-même pour nous" (Ep 5, 2). Oh ! que plût au ciel que nous eussions

constamment sous les yeux ce texte de saint Paul! Alors, sans doute, toute

affection aux biens terrestres sortirait bientôt de notre coeur, et nous ne

penserions plus à autre chose qu'à aimer notre Rédempteur, en nous

souvenant que, par amour pour nous, il a été jusqu'à répandre tout son sang

pour nous en faire un bain de salut (Ap 1, 5). Saint Bernardin de Sienne

assure que Jésus-Christ, du haut de la croix, regarda en particulier chaque

péché de chacun de nous, et il offrit son sang pour chacun de nos péchés. ô puissance de l'Amour, s'écrie saint Bernard, le Maître suprême de tous les

êtres paraît ici-bas comme le plus abject et le dernier de tous!" Et qui a fait

ce prodige? demande le Saint. Il répond: "C'est l'Amour", lequel, pour se

faire connaître à l'objet aimé, porte celui qui aime à mettre de côté sa dignité

et à ne chercher qu'à se rendre utile et agréable à l'objet de ses affections.

C'est ainsi, conclut-il, que Dieu, qui ne peut être vaincu par aucune

puissance, s'est laissé vaincre par son amour envers les hommes: "L'Amour

triomphe de Dieu !" Il faut observer en outre que tout ce que Notre-Seigneur a souffert dans sa

pssion, il l'a souffert pour chacun de nous en particulier. "Je vis, dit saint

Paul, en la foi du Fils de Dieu, qui m'a aimé, et qui s'est livré lui-même à la

mort pour moi" (Ga 2, 20). Ce que dit ici l'Apôtre, chacun de nous doit le

dire pareillement. Saint Augustin infère de là que l'homme, racheté à tel

prix, semble valoir autant que Dieu. Le Saint ose même ajouter: "Seigneur!

vous m'avez aimé, non comme vous-même, mais plus que vous-même;

puisque, pour me délivrer de la mort; vous avez voulu mourir pour moi!" Mais, puisqu'une seule goutte de sang de Jésus-Christ suffisait pour nous

sauver, pourquoi a-t-il voulu le répandre entièrement à force de tortures?

Ah! répond saint Bernard: "Il a voulu tout donner, pour nous montrer

l'amour excessif qu'il nous portait." Excessif, parce que Moïse et élie, sur le

mont Thabor, appelèrent la passion du divin Rédempteur un excès, excès de

miséricorde et d'amour (Lc 9, 31). Saint Anselme, parlant de la passion de

Notre-Seigneur, dit que la miséricorde a surpassé la dette de nos péchés. En

effet, la mort de Jésus-Christ, étant d'une valeur infinie, a surpassé

infiniment la satisfaction due par nous à la divine Justice pour nos fautes.

L'Apôtre avait donc bien raison de s'écrier, et chacun de nous peut le répéter

: "Pour moi, que jamais je ne me glorifie sinon dans la croix de

Notre-Seigneur Jésus-Christ!" (Ga 6, 14). Eh! que pouvais-je avoir ou

espérer une plus grande gloire dans le monde que de voir un Dieu mort pour

l'amour de moi?Dieu éternel, je vous ai déshonoré par mes péchés, mais

Jésus, en satisfaisant pour moi par sa mort, a surabondamment réparé votre

honneur; ayez donc pitié de moi, pour l'amour de Jésus mort pour moi! Et

vous, mon doux Rédempteur, vous qui avez voulu mourir pour moi afin de

me contraindre à vous aimer, faites que je vous aime! Ayant méprisé votre

grâce et votre amour, je mériterais d'être condamné à ne plus pouvoir vous

aimer; mais non, mon Jésus, infligez-moi tout autre châtiment, et non

celui-là! C'est pourquoi, je vous en suplie, ne m'envoyez pas en enfer,

puisqu'en enfer je ne pourrais plus vous aimer! Pourvu que je vous aime,

punissez-moi comme il vous plaît. Privez-moi de tout, et non de

vous-même. J'accepte toutes les maladies, toutes les humiliations, tous les

maux que vous voudrez me faire souffrir; il me suffit que je vous aime.

Maintenant que je connais, par les lumières que vous m'accordez, combien

vous êtes aimable et combien vous m'avez aimé, je ne saurais plus vivre

sans vous aimer. Par le passé, j'ai aimé les créatures et je me suis éloigné de

vous, qui êtes un bien infini; mais à présent, je proteste que je ne veux plus

aimer que vous, vous seul et rien d'autre! Ah! mon bien-aimé Sauveur, si

vous prévoyez qu'à l'avenir je doive encore cesser de vous aimer, je vous

prie de m'ôter la vie; je consens plutôt à être anéanti qu'à me voir encore une

fois séparé de vous! ô Vierge Sainte, ô Mère de Dieu, Marie, aide-zmoi de vos prières;

otenez-moi la grâce de ne jamais plus cesser d'aimer mon Jésus, qui a

daigné mourir pour moi, et vous, ma Reine, qui m'avez obtenu tant de

miséricordes jusqu'à ce jour!

CHAPITRE IX SUR LA RECONNAISSANCE QUE NOUS DEVONS à JéSUS-CHRIST POUR SA PASSION

- I - Jésus est mort pour nous; nous devons vivre et mourir

pour lui

Saint Augustin dit que Jésus-Christ, en donnant le premier sa vie pour nous,

nous a obligé à donner notre vie pour lui. Puis le saint Docteur ajoute que

lorsque nous nous approchons de la Sainte Table pour communier, comme

nous allons nous nourrir du corps et du sang de Notre-Seigneur, nous

devons également, être prêts à donner, s'il le fallait, notre sang et notre vie

pour sa gloire. "L'amour de Jésus-Christ nous presse", dit l'Apôtre (2 Co 5, 14). Et

qu'exige-t-il de nous? Que nous l'aimions! écoutons les belles paroles de

saint François de Sales sur ce texte: "Sachant que Jésus-Christ, vrai Dieu,

nous a aimés jusqu'à souffrir pour nous la mort, et la mort de la croix,

n'est-ce pas cela avoir nos coeurs sous le pressoir, et les sentir presser de

force, et en sentir exprimer de l'amour par une contrainte d'autant plus

violente qu'elle est tout aimable? ... Mon Jésus est tout à moi, et je suis tout

à lui! Je vivrai et mourrai sur sa poitrine; ni la mort ni la vie ne me

sépareront jamais de lui !" Afin que nous n'oublions pas la reconnaissance que nous devons à notre

Sauveur, saint Pierre nous rappelle que nous n'avons par été rachetés de

l'esclavage de l'enfer à prix d'or ou d'argent, mais par le précieux sang de

Jésus-Christ, immolé pour nous, comme un innocent agneau, sur l'autel de

la croix (1 P 1, 18). Grand sera donc le châtiment de ceux qui auront

répondu par l'ingratitude à un tel bienfait. Il est vrai que le Fils de Dieu est

venu au monde pour sauver tous les hommes de l'état de perdition où ils

étaient (Lc 19, 10). Mais, ce qui est vrai aussi, ce sont les paroles

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