Considérations sur la Passion de Jésus-Christ (page 10)
meilleur Ami que nous ayons. Réjouissons-nous-en pour nous-mêmes,
puisque la résurrection de Notre-Seigneur est un gage certain de notre
propre resurrection et de la gloire que nous espéribs avoir un jour dans le
ciel, pour en jouir en corps et en âme. Cette espérance donna aux Saints
Martyr le courage et la force de souffrir avec joie tous les maux de cette vie
et les tourments les plus cruels inventés par les tyrans. Mais il faut se
persuader que, pour être uni à Jésus-Christ dans la joie du paradis, il est
nécessaire de prendre part à ses souffrances ici-bas: on ne peut être
couronné qu'après avoir combattu comme on le doit (2 Tm 2, 5). Tel est
l'averitssemnt que nous donne l'Apôtre; mais soyons persuadés en même
temps de ce qu'il ajoute, que toutes les peines de cette vie sont bien courtes
et légères en comparaison des récompenses immenses que nous espérons
dans la vie future (2 Co 4, 17). Soyons donc attentifs à nous maintenir
toujours dans la grâce de Dieu et à lui demander sans cesse la persévérance;
car sans la prière, et une prière continuelle, nous n'obtiendrons pas la
persévérance, et sans la persévérance, nous ne parviendrons pas au salut.ô
doux, ô aimable Jésus, comment avez-vous pu tant aimer les hommes que,
pour leur témoigner votre amour, vous ayez consenti à mourir épuisé de
douleurs sur un bois infâme? et comment, après cela, y a-t-il si peu
d'hommes qui vous aiment cordialement? Ah! mon cher Rédempteur, je
veux être de ce petit nombre! Par le passé, j'ai eu le malheur de perdre le
souvenir de votre amour, et de renoncer à votre grâce pour de misérables
plaisirs; je reconnais ma fute, je m'en repens de tout mon coeur, je voudrais
en mourir de douleur. Maintenant, ô mon Sauveur, je vous aime plus que
moi-même, et je suis prêt à souffrir mille morts plutôt que de perdre votre
amitié! Je vous remercie des lumières que vous me donnez. Mon Jésus,
mon Espérance, ne m'abandonnez pas à moi-même, continuez à m'aider
jusqu'à la mort! ô Marie, Mère de Dieu, priez Jésus pour moi!
CHAPITRE VIII SUR L'AMOUR QUE JéSUS-CHRIST NOUS A
TéMOIGNéS DANS SA PASSION
- I - Dieu a aimé les hommes au point de donner son Fils
pour les racheter Saint François de Sales appelle le Calvaire "Le Mont des Amants", et il
ajoute que "tout amour qui ne prend pas son origine de la passion du
Sauveur est frivole". Il veut nous faire entendre par là que la passion de
Jésus-Christ est ce qu'il y a de plus efficace pour nous porter à aimer
ardemment ce divin Rédempteur. Pour comprendre en partie, car tout concevoir en cette matière est chose
impossible, le grand amour que Dieu nous a témoignés dans la passion de
Jésus-Christ, il suffit de jeter un coup d'oeil sur ce qu'en disent les Saintes
écritures; j'en citerai ici les principaux passages qui ont trait à ce sujet. Notre-Seigneur l'a dit lui-même: "Dieu a tellement aimé les hommes qu'il a
donné son Fils unique pour les sauver" (Jn 3, 16). Le mot tellement a ici une
grande valeur; il signifie que Dieu, en livrant son Fils unique pour nous
racheter, a fait preuve envers nous d'un amour tel, que nous ne pourrons
jamais parvenir à le comprendre. Par suite du péché, nous étions tous morts,
ayant perdu la vie de grâce; mais le Père éternel, "voulant faire connaître au
monde sa bonté et son amour pour nous, a daigné envoyer son Fils sur la
terre, afin que, par sa mort, il nous rendit la vie que nous ayions perdue" (1
Jn 4, 9). Ainsi, pour nous pardonner, Dieu n'a point pardonné à son propre
Fils, mais il a exigé qu'il satisfit pleinement à la Justice Dibine pour toutes
nos iniquités, il "n'a pas épargné son propre Fils, mais l'a livré pour nous
tous" (Rm 8, 32). Il l'a livré entre les mains des bourreaux, qui devaient
l'accabler d'ignominies et de douleurs, jusqu'à le faire mourir sur un gibet
comme un criminel. Le Seigneur chargera donc d'abord son divin Fils des
péchés de tous! "Le Seigneur a fait retomber sur lui les crimes de nous tous"
(Is 53, 6). Et il voulut ensuite qu'il fût brisé et consumé, extérieurement et
intérieurement, par les afflictions les plus cruelles (Is 53, 6-8). Saint Paul, considérant la grandeur de cet amour de Dieu envers nous, va
jusqu'à l'appeler excessif, vu que, lorsque "nous étions morts par suite de
nos péchés, le Seigneur nous a rendu la vie par la mort de son Fils" (Ep 2,
5). Eh quoi ! est-ce qu'il peut y avoir excès en Dieu ? Non, sans doute; mais
l'Apôtre s'est exprimé ainsi pour nous donner à entendre que Dieu a fait
pour l'homme de telles choses que, si la foi ne nous en donnait la certitude,
on ne pourrait les croire. Aussi la Sainte église s'écrie-t-elle, dans un
transport d'admiration: "Imprévisible choix de ton amour! Pour racheter
l'esclave, tu livres le Fils!" qu'on remarque cette expression de l'église: choix
de l'amour. En effet, Dieu qui est l'amour même, comme le dit saint Jean (1
Jn 4, 8), aime toutes les créatures (Sg 11, 25), mais il semble avoir préféré,
dans son amour, l'homme à l'Ange même, puisqu'il a voulu mourir pour les
hommes, et non pour les Anges qui se sont perdus.
- II -
Le Fils de Dieu s'est livré lui-même
par amour pour nous Quant à l'amour du Fils de Dieu pour l'homme, nous savons que, voyant
d'une part que l'homme s'était perdu par le péché, et de l'autre que la Justice
divine exigeait une satisfaction entière pour l'injure faite à Dieu, satisfaction
que l'homme était incapable de donner, il s'offrit spontanément à satisfaire
pour l'homme. Il se soumit aux bourreaux avec la douceur d'un agneau, en
leur permettant de lui déchirer les chairs et de le conduire à la mort, sans se
plaindre, sans ouvrir la bouche, ainsi qu'Isaïe l'avait prédit (Is 53, 7). Nous lisons dans saint Paul que Jésus-Christ fut obéissant envers son Père
jusqu'à souffrir la mort de la croix (Ph 2, 8); mais on ne doit pas s'imaginer
d'après cela que ce fut malgré lui, et seulement pour obéir à son Père, que
notre Rédempteur consentit à mourir crucifié; il s'y offrit spontanément,
comme nous l'avons dit; c'est de son propre mouvement qu'il a voulu
mourir pour l'homme, poussé par l'amour qu'il lui portait, comme il l'a
déclaré lui-même (Jn 10, 17). Il s'était appelé auparavant le Bon Pasteur, en
ajoutant que l'office d'un bon pasteur est de donner sa vie pour ses brebis
(Jn 10, 11). Et pourquoi a-t-il voulu mourir pour ses brebis? quelle
obligation avait-il, comme Pasteur, de donner sa vie pour ses brebis? Il a
voulu mourir pour elles à cause de l'amour qu'il leur portait (Ep 5, 2); ce fut
aussi pour les délivrer du joug de Lucifer. Le Fils de Dieu s'est donc livré volontairement à la mort par amour pour
nous, afin de nous soustraire à la puissance du démon; et c'est ce qu'il fit
entendre clairement, lorsqu'il dit qu'une fois élevé de terre, il tirerait tout à lui
(Jn 12, 32). Par ces mots, le Seigneur désignait le supplice de la croix qu'il
devait subir, selon l'explication que l'évangéliste en donne lui-même. Et
d'après le commentaire de saint Jean Chrysostome, par l'expression "je
tirerai", il indiquait qu'en mourant, il nous aurait, pour ainsi dire, arrachés
par force des mains de Lucifer qui, tel qu'un cruel tyran, nous tenait
enchaînés comme des esclaves, en attendant notre mort pour nous
tourmenter à jamais dans l'enfer. Que nous serions malheureux si Jésus-Christ n'était pas mort pour nous!
Nous serions tous destinés à l'enfer. Cette pensée est pour nous un grand
motif d'aimer Jésus-Christ, pour nous, dis-je, qui avons mérité l'enfer; par sa
mort, il nous a délivrés de ce supplice éternel, il nous a rachetés au prix de
son sang! Jetons ici, en passant, un coup d'oeil sur les peines de l'enfer, que souffrent
déjà tant de malheureux réprouvés. Là, ils se trouvent plongés dans un
abîme de feu, où ils endurent une agonie perpétuelle; car ce feu vengeur leur
fait éprouver tous les genres de douleurs. Là, ils sont sous la main des
démons qui, pleins d'une fureur insatiable, ne cherchent qu'à tourmenter ces
misérables condamnés . Là, bien plus que par le feu et toutes les autres
tortures, ils sont affligés par les remords de leur conscience, par le souvenir
des péchés commis pendant leur vie, lesquels ont été la cause de leur
damnation. Là, ils se voient à jamais privés de tout moyen de sortir de ce
gouffre affreux. Là, ils se voient bannis pour toujours de la société des
Saints et de la céleste Patrie, pour laquelle ils ont été créés. Mais ce qui les
afflige le plus, ce qui fait leur véritable enfer, c'est de se voir abandonnés de
Dieu, réduits à ne plus pouvoir l'aimer et à ne le regarder durant toute
l'éternité qu'avec haine et avec la rage du désespoir. Tel est le malheur dont Jésus-Christ nous a préservés, en nous rachetant,
non au prix de l'or ou d'autres biens terrestres, dit saint Laurent Justinien, en
répétant saint Pierre, mais au prix de son sang et de sa vie sacrifiée sur la
croix (1 P 1, 18). Les rois de la terre envoient leurs sujets mourir à la guerre
pour leur propre conservation; Notre-Seigneur, au contraire, a voulu mourir
lui-même pour le salut de ses créatures.
- III - Jésus est mort, non seulement pour nous tous,
mais encore pour chacun de nous Considérons notre Sauveur conduit par les Scribes et les Prêtres devant
Pilate comme un malfaiteur, afin de les faire juger et condamner à la mort de
la croix. Ils réussissent dans leur dessein : ils voient Jésus condamné et
crucifié comme ils l'ont demandé ! Quel spectacle, s'écrie saint Augustin: le
Souverain Juge jugé, la Justice condamnée, la Vie même réduite à la mort!
Et quelle fut la cause de tous ces prodiges? Ce fut uniquement l'amour de
Jésus-Christ pour les hommes, répond l'Apôtre: "Il nous a aimés, et s'est
livré lui-même pour nous" (Ep 5, 2). Oh ! que plût au ciel que nous eussions
constamment sous les yeux ce texte de saint Paul! Alors, sans doute, toute
affection aux biens terrestres sortirait bientôt de notre coeur, et nous ne
penserions plus à autre chose qu'à aimer notre Rédempteur, en nous
souvenant que, par amour pour nous, il a été jusqu'à répandre tout son sang
pour nous en faire un bain de salut (Ap 1, 5). Saint Bernardin de Sienne
assure que Jésus-Christ, du haut de la croix, regarda en particulier chaque
péché de chacun de nous, et il offrit son sang pour chacun de nos péchés. ô puissance de l'Amour, s'écrie saint Bernard, le Maître suprême de tous les
êtres paraît ici-bas comme le plus abject et le dernier de tous!" Et qui a fait
ce prodige? demande le Saint. Il répond: "C'est l'Amour", lequel, pour se
faire connaître à l'objet aimé, porte celui qui aime à mettre de côté sa dignité
et à ne chercher qu'à se rendre utile et agréable à l'objet de ses affections.
C'est ainsi, conclut-il, que Dieu, qui ne peut être vaincu par aucune
puissance, s'est laissé vaincre par son amour envers les hommes: "L'Amour
triomphe de Dieu !" Il faut observer en outre que tout ce que Notre-Seigneur a souffert dans sa
pssion, il l'a souffert pour chacun de nous en particulier. "Je vis, dit saint
Paul, en la foi du Fils de Dieu, qui m'a aimé, et qui s'est livré lui-même à la
mort pour moi" (Ga 2, 20). Ce que dit ici l'Apôtre, chacun de nous doit le
dire pareillement. Saint Augustin infère de là que l'homme, racheté à tel
prix, semble valoir autant que Dieu. Le Saint ose même ajouter: "Seigneur!
vous m'avez aimé, non comme vous-même, mais plus que vous-même;
puisque, pour me délivrer de la mort; vous avez voulu mourir pour moi!" Mais, puisqu'une seule goutte de sang de Jésus-Christ suffisait pour nous
sauver, pourquoi a-t-il voulu le répandre entièrement à force de tortures?
Ah! répond saint Bernard: "Il a voulu tout donner, pour nous montrer
l'amour excessif qu'il nous portait." Excessif, parce que Moïse et élie, sur le
mont Thabor, appelèrent la passion du divin Rédempteur un excès, excès de
miséricorde et d'amour (Lc 9, 31). Saint Anselme, parlant de la passion de
Notre-Seigneur, dit que la miséricorde a surpassé la dette de nos péchés. En
effet, la mort de Jésus-Christ, étant d'une valeur infinie, a surpassé
infiniment la satisfaction due par nous à la divine Justice pour nos fautes.
L'Apôtre avait donc bien raison de s'écrier, et chacun de nous peut le répéter
: "Pour moi, que jamais je ne me glorifie sinon dans la croix de
Notre-Seigneur Jésus-Christ!" (Ga 6, 14). Eh! que pouvais-je avoir ou
espérer une plus grande gloire dans le monde que de voir un Dieu mort pour
l'amour de moi?Dieu éternel, je vous ai déshonoré par mes péchés, mais
Jésus, en satisfaisant pour moi par sa mort, a surabondamment réparé votre
honneur; ayez donc pitié de moi, pour l'amour de Jésus mort pour moi! Et
vous, mon doux Rédempteur, vous qui avez voulu mourir pour moi afin de
me contraindre à vous aimer, faites que je vous aime! Ayant méprisé votre
grâce et votre amour, je mériterais d'être condamné à ne plus pouvoir vous
aimer; mais non, mon Jésus, infligez-moi tout autre châtiment, et non
celui-là! C'est pourquoi, je vous en suplie, ne m'envoyez pas en enfer,
puisqu'en enfer je ne pourrais plus vous aimer! Pourvu que je vous aime,
punissez-moi comme il vous plaît. Privez-moi de tout, et non de
vous-même. J'accepte toutes les maladies, toutes les humiliations, tous les
maux que vous voudrez me faire souffrir; il me suffit que je vous aime.
Maintenant que je connais, par les lumières que vous m'accordez, combien
vous êtes aimable et combien vous m'avez aimé, je ne saurais plus vivre
sans vous aimer. Par le passé, j'ai aimé les créatures et je me suis éloigné de
vous, qui êtes un bien infini; mais à présent, je proteste que je ne veux plus
aimer que vous, vous seul et rien d'autre! Ah! mon bien-aimé Sauveur, si
vous prévoyez qu'à l'avenir je doive encore cesser de vous aimer, je vous
prie de m'ôter la vie; je consens plutôt à être anéanti qu'à me voir encore une
fois séparé de vous! ô Vierge Sainte, ô Mère de Dieu, Marie, aide-zmoi de vos prières;
otenez-moi la grâce de ne jamais plus cesser d'aimer mon Jésus, qui a
daigné mourir pour moi, et vous, ma Reine, qui m'avez obtenu tant de
miséricordes jusqu'à ce jour!
CHAPITRE IX SUR LA RECONNAISSANCE QUE NOUS DEVONS à JéSUS-CHRIST POUR SA PASSION
- I - Jésus est mort pour nous; nous devons vivre et mourir
pour lui
Saint Augustin dit que Jésus-Christ, en donnant le premier sa vie pour nous,
nous a obligé à donner notre vie pour lui. Puis le saint Docteur ajoute que
lorsque nous nous approchons de la Sainte Table pour communier, comme
nous allons nous nourrir du corps et du sang de Notre-Seigneur, nous
devons également, être prêts à donner, s'il le fallait, notre sang et notre vie
pour sa gloire. "L'amour de Jésus-Christ nous presse", dit l'Apôtre (2 Co 5, 14). Et
qu'exige-t-il de nous? Que nous l'aimions! écoutons les belles paroles de
saint François de Sales sur ce texte: "Sachant que Jésus-Christ, vrai Dieu,
nous a aimés jusqu'à souffrir pour nous la mort, et la mort de la croix,
n'est-ce pas cela avoir nos coeurs sous le pressoir, et les sentir presser de
force, et en sentir exprimer de l'amour par une contrainte d'autant plus
violente qu'elle est tout aimable? ... Mon Jésus est tout à moi, et je suis tout
à lui! Je vivrai et mourrai sur sa poitrine; ni la mort ni la vie ne me
sépareront jamais de lui !" Afin que nous n'oublions pas la reconnaissance que nous devons à notre
Sauveur, saint Pierre nous rappelle que nous n'avons par été rachetés de
l'esclavage de l'enfer à prix d'or ou d'argent, mais par le précieux sang de
Jésus-Christ, immolé pour nous, comme un innocent agneau, sur l'autel de
la croix (1 P 1, 18). Grand sera donc le châtiment de ceux qui auront
répondu par l'ingratitude à un tel bienfait. Il est vrai que le Fils de Dieu est
venu au monde pour sauver tous les hommes de l'état de perdition où ils
étaient (Lc 19, 10). Mais, ce qui est vrai aussi, ce sont les paroles