Considérations sur la Passion de Jésus-Christ (page 11)

Alphonse de Liguori · Vie de piété

Texte français, domaine public · Source : jesusmarie.free.fr — Considérations sur la Passion de Jésus-Christ · 16 pages

Fiche de l’œuvre dans le savoir

prophétiques prononcées par saint Siméon dans le Temple, lorsque Jésus

Enfant y fut présenté par Marie: "Cet enfant est pour la ruine et pour la

résurrection de beaucoup d'âmes, et pour être en butte à la contradiction"

(Lc 2, 34). Le mot résurrection annonçait le salut que Jésus-Christ devait

procurer à ceux qui croiraient en lui, et qui, par la foi, ressusciteraient de la

mort du péché à la vie de la grâce; mais, par le mot ruine, le saint vieillard a

prédit en même temps que bien des malheureux ne feraient qu'empirer leur

état par leur ingratitude envers le Fils de Dieu, descendu sur la terre pour

s'exposer aux traits de ses ennemis. Cela se vérifia littéralement lorsque le

Sauveur supporta toutes les calomnies, toutes les injures et tous les mauvais

traitements que les Juifs tramèrent contre lui. à présent, Jésus-Christ est en

butte à la contradiction, non seulement des Juifs qui refusent de le

reconnaître pour Messie, mais encore des chrétiens qui répondent à son

amour par des offenses et par le mépris de ses préceptes. Notre Rédempteur, dit saint Paul, est allé jusqu'à donner sa vie pour nous,

afin de se rendre maître absolu de nos coeurs, par le moyen de l'amour qu'il

nous a témoigné en mourant pour nous (Rm 14, 9). Ainsi, conclut l'Apôtre,

après nous avoir rachetés par le sang de Jésus-Christ, nous ne nous

appartenons plus à nous-mêmes; "soit que nous vivions, soit que nous

mourions, nous sommes au Seigneur" (Rm 14, 8). Il s'ensuit que, si nous ne

l'aimons pas, si nous n'observons pas ses préceptes, dont le premier est de

l'aimer, nous sommes non seulement ingrats, mais injustes, et nous

méritons un double châtiment. Le devoir d'un esclave racheté par

Jésus-Christ des mains du démon est de se consacrer tout entier à l'amour et

au service de son divin Maître, à la vie et à la mort. Saint Jean Chrysostome fait une belle réflexion sur le passage cité de saint

Paul: "Dieu, dit-il, s'occupe de nous plus que nous ne nous en occupons

nous-mêmes. Il regarde notre vie comme un bien et notre mort comme un

mal pour lui ; si donc nous venons à mourir spirituellement, notre mort est

une perte, non seulement pour nous, mais encore pour Dieu." Oh! quelle

gloire et quelle consolation pour nous de pouvoir dire, en vivant dans cette

vallée de larmes, au milieu de tant d'ennemis et de tant de périls qui nous

menacent: "Nous appartenons à Jésus-Christ, nous sommes son bien; il

aura soin de nous conserver dans sa grâce en cette vie, et de nous tenir

éternellement unis à lui dans la vie future.

- II - Ce que c'est que vivre et mourir pour Jésus Jésus-Christ est donc mort pour chacun de nous, afin que chacun de nous

vive uniquement pour son Rédempteur, qui a donné sa vie pour l'amour de

lui. "Il est mort pour nous tous, afin que les vivants ne vivent plus pour

eux-mêmes, mais pour celui qui est mort et ressuscité pour eux" (2 Co 5,

15). Celui qui vit pour lui-même se fait l'objet de tous ses désirs, de toutes

ses craintes, de toutes ses douleurs, et met en lui-même sa félicité; mais

celui qui vit pour Jésus-Christ, n'a d'autre joie que de lui plaire ni d'autre

crainte que de lui déplaire; il ne s'afflige que de voir son Jésus méprisé, il ne

se réjouit que de le voir aimé des autres. Voilà ce qui s'appelle vivre pour

Jésus-Christ, et ce qu'il exige justement de ce chacun de nous: il n'a voulu

souffrir tant de peines pour nous qu'afin de gagner tout notre amour. Est-ce là une prétention excessive? Non, certes, répond saint Grégoire; c'est

à bon droit que le Seigneur veut être ainsi aimé de nous, après nous avoir

donné de telles preuves de son amour qu'il semble nous avoir aimé jusqu'à

la folie. Il s'est donné à nous tout entier, sans réserve; il a donc raison de

prétendre que nous nous donnions entièrement à lui et que nous lui

consacrions tout notre amour. Si nous lui en ôtons une partie, en aimant

quelque chose hors de lui ou non pour lui, il a juste sujet de se plaindre de

nous; car alors, nous ne l'aimons pas comme nous le devons, dit saint

Augustin. Que pouvons-nous aimer hors de Jésus-Christ, sinon des créatures? Et

auprès de Jésus-Christ, les créatures sont-elles autre chose que vers de terre,

fange, fumée, vanité? Le tyran qui martyrisa saint Clément, évêque

d'Ancyre, lui ayant offert un monceau d'argent, d'or et de pirreries, pourvu

qu'il renonçât à Jésus-Christ, le Saint poussa un profond soupir et s'écria:

"Ah ! mon Jésus! vous qui êtes un bien infini, comment souffrez-vous que

les hommes vous estiment moins que la boue ?" Certes, dit saint Bernard, ce n'est pas la témérité ou la démence qui portait

les Martyrs à braver les chevalets, les lames ardentes, et tous les supplices

les plus cruels; c'est l'amour dont ils brûlaient pour Jésus-Christ, en le

voyant mort sur la croix pour leur amour. Contentons-nous de citer

l'exemple de saint Marc et de saint Marcellien: après leur avoir fait clouer les

mains et les pieds, le tyran leur reprochait comme une folie de vouloir

souffrir un tel tourment plutôt que de renier Jésus-Christ; mais ils

répondirent qu'ils n'avaient jamais éprouvé de délices plus douces que celles

qu'ils goûtaient en se voyant percés de ces clous pour leur divin Maître.

Tous les Saints, pour plaire à Jésus-Christ, si maltraité et si humilié pour

nous, ont embrassé avec joie la pauvreté, les persécutions, les mépris, les

maladies, les douleurs et la mort. Les âmes qui ont épousé le Sauveur sur la

croix ne trouvent rien de plus glorieux que de porter les insignes de Jésus

crucifié: ces insignes sont les souffrances. écoutons ce que dit saint Augustin: "à nous, qui croyons par la foi qu'un

Dieu est mort en croix pour notre amor, il n'est pas permis de l'aimer

faiblement; aucune affection ne doit trouver place dans notre coeur, si ce

n'est pour celui qui a voulu mourir crucifié pour l'amour de nous." Unissons-nous donc tous à saint Paul, et répétons avec lui: "J'ai été crucifié

avec Jésus-Christ; si je vis, ce n'est plus moi qui vis, c'est Jésus-Christ qui

vit en moi, lui qui m'a aimé au point de se livrer pour moi" (Ga 2, 19-20).

Saint Bernard, commentant ces paroles, s'exprime ainsi: "Voici ce que

l'Apôtre faot emntendre, et ce que doit dire comme lui quiconque aime

Jésus crucifié: J'ai cessé de vivre pour moi-même depuis que je sais que

Jésus-Christ a daigné mourir pour moi, en prenant sur lui la peine de mort

qui m'était due; c'est pourquoi je suis mort à toutes les choses du monde, je

suis inattentif et insensible comme un mort à tout ce qui n'est pas pour

Jésus-Christ. Mais s'il se présente des choses qui regardent son bon plaisir et

sa gloire, elles me trouvent vivant et prêt à embrasser quoi que ce soit, les

travaux, les humiliations, les souffrances, et la mort même". "Ma vie c'est le

Christ" (Ph 1, 21) ajoutait saint Paul, c'est-à-dire: Jésus-Christ est ma vie; car

il est mon unique pensée, mon unique but, mon unique espérance, mon

unique désir, parce qu'il est tout mon amour. Il dit encore: "La promesse est certaine: si nous mourons avec Jésus-Christ,

nous vivrons éternellement avec lui; si nous supportons patiemment les

souffrances avec Jésus-Christ, nous régnerons avec Jésus-Christ" (2 Tm 2,

11-12). Les rois de la terre, après la victoire, font part des biens acquis à

ceux qui ont combattu avec eux; de même, au jour du jugement,

Notre-Seigneur fera part des biens célestes à tous ceux qui auront travaillé et

souffert pour sa gloire. Mourir avec Jésus-Christ qui, au grand jour des

comptes, si nous l'avons renié, nous reniera justement à son tour; il refusera

de nous reconnaître pour siens (2 Tm 2, 12). Il faut observer ici que nous

renonçons à Jésus-Christ, non seulement quand nous renions la foi, mais

encore quand nous refusons de lui obéir en ce qu'il exige de nous, comme

de remettre au prochain, pour son amour, un affront reçu, de ne pas tenir au

vain point d'honneur, de rompre une liaison qui nous met en danger de

perdre l'amitié de Jésus-Christ, de mépriser la crainte de passer pour ingrats

devant les hommes, puisque nous devons être avant tout reconnaissants

envers Jésus-Christ, qui a donné son sang et sa vie pour nous, ce que n'a fait

aucune créature. ô Amour de Dieu! comment peux-tu être si méprisé des hommes ? ô

hommes! voyez sur cette croix le Fils de Dieu s'immolant comme un

innocent agneau, pour expier vos péchés et gagner ainsi votre amour;

regardez-le, contemplez-le et aimez-le !Mon Jésus infiniment aimable ! ne

permettez plus que je sois ingrat envers vous après tant de bonté. Par le

passé, j'ai vécu dans l'oubli de votre amour et de tout ce que vous avez

souffert pour moi; mais à l'avenir, je ne veux plus penser qu'à vous aimer. ô

Plaies de Jésus, blessez-moi d'amour! ô Sang de Jésus, enivrez-moi

d'amour! ô Mort de Jésus, faites-moi mourir à tout amour qui n'est pas pour

Jésus! Mon Jésus! je vous aime par-dessus toutes choses, je vous aime de

toute mon âme, je vous aime plus que moi-même! Je vous aime, et parce

que je vous aime, je voudrais mourir de douleur, en pensant que j'ai tant de

fois méprisé votre grâce. Ah! par vos mérites, mon Sauveur crucifié,

donnez-moi votre amour, et faites que je sois tout à vous! ô Marie, mon Espérance, faites-moi aimer Jésus-Christ, je ne vous

demande rien de plus! CHAPITRE X SUR NOTRE ESPéRANCE ENTIèRE DANS LES MéRITES DE JéSUS-CHRIST

- I -

Jésus crucifié est notre ressource

dans tous nos besoins "Tout notre salut, dit saint Pierre, est en Jésus-Christ: (Ac 4, 12). C'est lui

qui, par le moyen de la croix, où il a sacrifié sa vie pour nous, nous a ouvert

la voie pour espérer de Dieu tous les biens, si nous sommes fidèles à ses

préceptes. écoutons ce que dit de la croix saint Jean Chrysostome: "La croix (ou Jésus

crucifié) est l'espérance des chrétiens, l'appui des boiteux, la consolation des

pauvres, la ruine de l'orgueil, la victoire sur les démons, l'école des

commençants, le guide des navigateurs, le port ouvert, le conseiller des

justes, le repos des affligés, le remède des malades, la gloire des martyrs."

Chacune de ces appellations mérite un bref commentaire. L'espérance des chrétiens. Sans Jésus-Christ, nous n'aurions aucun espoir

de salut. L'appui des boiteux. Dans notre état présent, qui est un état de dégradation,

nous sommes tous spirituellement boiteux; nous n'avons d'autre force pour

marcher dans la voie du salut que celle que nous recevons de la grâce de

Jésus-Christ. La consolation des pauvres. Comment un chrétien ne se dirait-il pas pauvre?

Tout ce que nous avons, nous le devons à la charité de Jésus-Christ. La ruine de l'orgueil. Les disciples de Jésus crucifié ne sauraient être

orgueilleux en voyant leur divin Maître mourir sur la croix comme un

malfaiteur. La victoire sur les démons. Le seul signe de la croix suffit pour mettre les

démons en fuite. L'école des commençants. Quels beaux enseignements la croix donne à

ceux qui commencent à marcher dans les voies de Dieu! Le guide des navigateurs. Oh! comme la croix nous dirige bien au milieu

des tempêtes de la vie présente. Le port ouvert. Tous ceux que les tentations ou de violentes passions

mettent en danger de se perdre trouvent un abri sûr au pied de la croix. Le conseiller des justes. Que de salutaires conseils ne puise-t-on pas dans la

croix, c'est-à-dire dans les tribulations qu'on éprouve durant la vie! Le repos des affligés. Où les personnes affligées trouvent-elles plus de

consolation qu'au pied de la croix, sur laquelle elles voient un Dieu qui

souffre pour leur amour? Le remède des malades. Ceux qui embrassent la croix dans les maladies

sont bientôt guéris de toutes les plaies de leur âme. La gloire des Martyrs. Ce qui fait surtout la gloire des Martyrs, c'est de

ressembler à Jésus crucifié, Roi des Martyrs. En un mot, toutes nos espérances sont dans les mérites de Jésus-Christ.

Paraphrasant à peine l'Apôtre (Ph 4, 12-13), on peut dire: Instruit par le

Seigneur, je sais comment je dois me conduire en toutes circonstances.

Quand Dieu m'humilie, je sais me résigner à sa volonté, et quand il m'élève,

je sais lui en rendre tout l'honneur. S'il me fait jouir de l'abondance, je sais le

remercier, et s'il me fait souffrir de la pénurie, je le bénis encore; mais je

n'agis pas ainsi pas ma propre vertu, c'est l'effet de la grâce que Dieu me

donne. Celui qui se défie de lui-même et se confie en Jésus-Christ acquiert

par son secours une force invincible. Le Seigneur rend tout-puissants ceux qui mettent en lui leur confiance.

Ainsi parle saint Bernard, et il ajoute qu'une âme qui ne présume point de

ses propres forces, mais qui est fortifiés par Jésus-Christ, pourra devenir

tellement maîtresse d'elle-même qu'elle ne se laissera dominer par aucun

péché. Il en conclut que, si quelqu'un s'appuie sur Jésus-Christ, il n'y a ni

violence, ni fraude, ni plaisir qui puisse l'abattre. L'Apôtre ayant prié Dieu par trois fois de le délivrer d'une épreuve qui le

tenaillait, le Seigneur lui répondit que sa grâce le suffisait, et que la vertu se

perfectionne dans la faiblesse (2 Co 12, 7-9). Mais, comment se fait-il que la

vertu se perfectionne dans la faiblesse? Saint Thomas nous l'explique avec

saint Jean Chrysostome: Plus nous sommes faibles et enclins au mal, plus

Dieu nous communique de force, dès que nous recourons à lui avec

confiance. C'est pourquoi l'Apôtre ajoute immédiatement: "Je me glorifierai

donc volontiers de mes faiblesses, puisque ainsi la vertu de Jésus-Christ

s'établira mieux en moi." Et il continue: "Je me plais conséquemment dans

mes faiblesses, souffrant avec joie, pour Jésus-Christ, les injures, la

pauvreté, les persécutions, les angoisses; car plus je me trouve faible, plus je

me confie en lui, et j'en deviens d'autant plus fort." (2 Co 12, 9-10). Saint Paul dit encore que la croix paraît une folie à ceux qui suivent la voie

de la perdition, mais que pour nous, qui marchons dans la voie du salut,

c'est la force de Dieu (1 Co 1, 18). Par ces paroles, il nous engage à ne pas

imiter les mondains, qui mettent leur confiance dans les richesses, ou dans

les parents et leurs amis, et qui regardent comme insensés les saints, qui

font peu de cas des appuis terrestres. Au contraire, imitons ces derniers en

plaçanmt comme eux toutes nos espérances dans l'amour de la croix,

c'est-à-dire de Jésus crucifié, qui procure tous les biens à quiconque se

confie en lui. Il faut remarquer ici que la puissance du monde diffère entièrement de celle

de Dieu: celle-là s'acquiert par les richesses et les honneurs, tandis que

celle-ci s'obtient par l'humilité et la patience. Ce qui fait dire à saint Augustin

que notre force est dans la connaissance de notre faiblesse et dans l'humble

aveu de notre misère. Et, selon saint Jérôme, toute la perfection de la vie

présente consiste à reconnaître ses imperfections. En effet, dès que nous

nous reconnaissons imparfaits comme nous le sommes, nous défiant alors

de nos propres forces, nous nous abandonnons entre les bras de Dieu, qui

protège et sauve ceux qui se confient en lui, comme en témoigne le

Psalmiste (Ps 17, 31 et 16, 7). Celui qui met sa confiance dans le Seigneur,

ajoute-til, devient fort comme une montagne; tous les efforts de ses

ennemis ne sauraient l'ébranler (Ps 124, 1). De là, saint Augustin nous

donne cet avie que, dans les tentations, lorsque nous sommes en danger de

pécher, nous devons recourir à Jésus-Christ et nous appuyer entièrement

sur lui; loin de se retirer et de nous laisser tomber, il nous tiendra dans ses

bras et remédiera à notre faiblesse. En prenant sur lui les misères de notre humanité, Jésus-Christ nous a mérité

une force qui surpasse notre faiblesse; car, ayant été lui-même tenté, dit

l'écriture, il peut nous secourir dans les tentations (He 2, 18). Comment

cela? c'est que notre Sauveur, après avoir éprouvé les tentations, en est plus

porté à compatir à nos maux et à nous aider lorsque nous sommes tentés.

Cette explication nous est donnés dans un autre passage du même texte:

"Nous n'avons pas un grand prêtre impuissant à compatir à nos faiblesses,

lui qui a été éprouvé en tout d'une manière semblable, à l'exception du

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