Considérations sur la Passion de Jésus-Christ (page 13)
sacrifice se renouvelât tous les jours, à chaque Messe qui serait célébrée,
afin que son sang intercédât continuellement en notre faveur. C'est pour cela que Jésus-Christ fut appelé Prêtre selon l'ordre de
Melchisédech (Ps 109, 4). Aaron offrit des sacrifices d'animaux, tandis que
le sacrifice de Melchisédech fut de pain et de vin, figure du Sacrifice de
l'autel. Notre Sauveur institua cet auguste mystère lors de la dernière cène,
en offrant à Dieu, sous les espèces du pain et du vin, son corps et son sang,
qu'il devait sacrifier le lendemain dans sa passion, pour continuer ensuite à
les offrir tous les jours par la main des prêtres, renouvelant sans cesse par
leur ministère le Sacrifice de la croix. La Lettre aux Hébreux explique pourquoi David appelle Jésus-Christ, non
seulement Prêtre, mais Prêtre éternel. La mort mettait fin au sacerdoce des
anciens Pontifes; mais, comme Jésus-Christ demeure éternellement, son
sacerdoce est éternel (He 7, 24). Et si l'on demande comment
Notre-Seigneur continue dans le ciel l'exercice de son sacerdoce, le texte
sacré fournit les réponses au verset suivant: "Du fait qu'il demeure pour
l'éternité, il a un sacerdoce éternel" (He 7, 25). Le grand Sacrifice de la croix,
représenté et perpétué par le Sacrifice de l'autel, ne cesse pas d'avoir la vertu
de sauver tous ceux qui, dûment disposés par la foi et les bonnes oeuvres,
s'approchent de Dieu par l'entremise de Jésus-Christ. Ce sacrifice, disent
saint Ambroise et saint Augustin, le Fils de Dieu continue comme homme
de l'offrir pour nous à son Père, ne cessant point de faire dans le ciel,
comme il le faisait sur la terre, l'office de notre Avocat et Médiateur, et
même de notre Pontife, office qui consiste à intercéder en notre faveur,
suivant les dernières paroles du texte. Saint Jean Chrysostome dit que les plaies de Jésus-Christ sont autant de
bouches ouvertes, pour implorer de Dieu le pardon de nos péchés. C'est
bien ce qu'affirme l'écriture lorsqu'elle indique que son précieux sang parle
bien plus efficacement en demandant miséricorde pour nous que celui
d'Abel en réclamant la vengeance divine contre Caïn (He 12, 22). On lit dans
les révélations de sainte Marie-Madeleine de Pazzi que Dieu lui adressa un
jou ces paroles: "Ma justice s'est changée en clémence par la vengeance qu'a
prise sur la chair innocente de mon Fils. Son Sang ne me crie pas vengeance
comme celui d'Abel; il ne demande que miséricorde et, à sa voix, ma justice
ne peut résister; le sang de Jésus lui lie les mains, de sorte qu'elle ne peut
plus les lever pour punir les péchés comme auparavant." Le Seigneur nous avait promis la rémission de nos péchés et la vie éternelle;
mais, remarque saint Augustin, il a fait pour nous plus qu'il avait promis.
Pour nous accorder le pardon et le paradis, il n'en eût rien couté à
Jésus-Christ; mais, pour nous racheter, il a dû donner son sang et sa vie. L'apôtre saint Jean nous exhorte à fuir le péché; mais, de peur que nous
perdions la confiance envers Dieu, à cause des fautes que nous avons
commises, il nous en fait espérer le pardon, pourvu que nous ayons la ferme
résolution de n'y plus retomber. à cet effet, il nous dit que nous avons
affaire à Jésus-Christ qui, non seulement est mort pour nous pardonner,
mais de plus, après sa mort, s'est fait notre Avocat auprès de Dieu son Père
(1 Jn 2, 1). Nos péchés, selon la justice, méritent la disgrâce de Dieu et la
damnation éternelle; mais la passion du Sauveur réclame pour nous la grâce
et le salut, et cela en toute justice. Car le Père éternel, en considération des
mérites de son Fils, lui a promis de nous pardonner et de nous sauver, dès
que nous sommes disposés à recevoir sa grâce et à observer ses
commandements, selon ce que dit l'écriture (He 5, 9). Ainsi, Jésus-Christ,
en mourant sur la croix consumé de douleurs, a obtenu le salut éternel à
tous ceux qui observent sa loi. De là cette exhortation: Courons avec ardeur,
armés de courage et de patience, au combat contre les ennemis de notre
salut, en tenant toujours les yeux fixés sur Jésus crucifié, qui, renonçant à
une vie de plaisirs sur la terre, a préféré d'y passer ses jours dans des travaux
pénibles, terminés par une mort pleine de douleurs et d'opprobresm et a
voulu accomplir ainsi l'oeuvre de notre rédemption (He 12, 1-2).ô précieux
Sans de mon Sauveur, vous êtes mon espérance; purifiez un pauvre pécheur
qui se repent de ses fautes! Mon Jésus! mes ennemis, après m'avoir entraîné
à vous offenser, me disent que je n'ai plus rien à espérer de vous, qu'il n'y a
plus de salut pour moi (Ps 3, 3). Mais au contraire, plein de confiance dans
le sang que vous avez répandu pour moi, je vous dirai avec David que vous
êtes mon refuge (Ps 3, 4). Mes ennemis cherchent à me troubler, en disant
qu'après tant de péchés, si je recours à vous, je serai repoussé; mais saint
Jean me rassure par votre promesse de ne point rejeter celui qui revient à
vous (Jn 6, 37). Je recours donc à vous avec une entière confiance. Vous,
mon Sauveur, qui avez répandu tout votre sang avec tant de douleur et tant
d'amour pour ne pas me voir perdu à jamais, ayez pitié de moi,
pardonnez-moi et sauvez-moi ! - III - De l'espérance que nous avons en Jésus-Christ
d'obtenir la persévérance finale. Pour persévérer dans le bien, nous ne devons pas nous fier aux résolutions
que nous avons prises, ni ausx promesses que nous avons faites à Dieu. Dès
que nous comptons sur nos propres forces, nous sommes perdus. C'est
dans les mérites de Jésus-Christ que nous devons placer toute notre
espérance pour nous maintenir dans l'état de grâce; son secours nous fera
persévérer jusqu'à la mort, fussions-nous combattus par toutes les
puissances de la terre et de l'enfer. Quelquefois, sans doute, nous nous
trouverons tellement abattus et assaillis de tant de tentations que notre ruine
nous paraîtra presque inévitable; gardons-nous alors de perdre courage eet
de nous abandonner au désespoir; recourons à Jésus crucifiés, et il nous
empêchera de tomber. Le Seigneur permet que les saints eux-mêmes aient quelquefois à subir de
pareilles tempêtes. Saint Paul assure que les afflictions et les craintesqu'il
souffrit en Asie étaient telles qu'il avait pris du dégoût pour la vie (2 Co 1,
8). L'Apôtre déclare ainsi ce qu'il était selon ses propres forces, pour nous
apprendre que Dieu nous laisse de temps en temps dans la désolation, afin
que nous connaissions notre misère et que, nous défiant de nous-mêmes, et
implorant humblement son assistance, nous obtenions de lui la force qui
nous manque pour ne pas succomber (2 Co 1, 9). Il s'exprime plus
clairement encore dans un autre endroit, où il dit: "Nous nous sentons
oppressés par la tristesse et par les passions, mais sans nous abandonner au
désespoir; nous sommes jetés sur des eaux agitées, mais sans y être
submergés; car le Seigneur, par sa grâce, nous donne la force de résister à
tous nos ennemis (2 Co 4, 8). Mais en même temps, l'Apôtre nous
recommande de ne jamais oublier que nous sommes fragile, que nous
pouvons facilement perdre le trésor de la grâce, et que le moyen de le
conserver ne vient pas de nous, mais de Dieu seul (2 Co 4, 7). Soyons donc fermement persuadés qu'en cette vie nous devons toujours
nous garder d'avoir la moindre confiance en ce que nous pouvons faire.
Notre arme la plus forte, avec laquelle nous ne manquerons jamais de
remporter la victoire dans nos luttes contre l'enfer, c'est la prière. Elle fait la
principale force de cette divine armure dont parle saint Paul, en nous
recommandant d'en être sans cesse revêtus, pour triompher des ruses de nos
ennemis, car, ajoute-t-il, nous n'avons pas à combattre contre les hommes,
créatures de chair et de sang, mais contre les puissances infernales (Ep 6,
11-12). Tâchons de bien comprendre la description que l'Apôtre donne ici
de l'armure du chrétien (Ep 6, 14-17). Que la vérité soit la ceinture de vos reins. - Allusion à la ceinture que les
soldats portaient comme une marque de la fidélité qu'ils avaient jurée à leur
souverain. La ceinture du chrétien doit être la vérité de la doctrine de
Jésus-Christ, suivant laquelle ils sont obligés de réprimer tous les
mouvements déréglés, et surtout les mouvements impurs, qui sont les plus
dangereux. Que la justice soit votre cuirasse. - Le chrétien doit avoir pour cuirasse une
bonne vie; sans quoi, il sera incapable de résister aux attaques de ses
ennemis. Que votre zèle à propager l'évangile de la paix soit vos chaussures. - La
chaussure militaire dont un chrétien doit faire usage pour arriver
promptement où le bien l'appelle, à la différence de celui qui, allant pieds
nus, marche avec peine et lenteur, c'est d'être toujours prêt à pratiquer les
saintes maximes de l'évangile et à les insinuer aux autres par son exemple. Servez-vous surtout du bouclier de la foi, afin de pouvoir éteindre tous les
traits enflammés de Satan. - Le bouclier qui doit protéger le soldat de
Jésus-Christ contre les flèches ennemies, lesquelles pénètrent comme le feu,
c'est une foi constante, animée par la sainte espérance et principalement par
la divine charité. Prenez encore le casque du salut, et l'épée de la parole de Dieu. - Le casque,
selon saint anselme, c'est l'espérance du salut éternel. Enfin, l'épée de l'esprit
doit être la parole sacrée par laquelle le Seigneur nous a promis plusieurs
fois d'exaucer nos prières: "Invoque moi et je te répondrai" (Jr 33, 3),
"Demandez et vous recevrez" (Mt 7, 7), "Quiconque demande reçoit" (Lc
11, 10). L'Apôtre termine son tableau par ces paroles remarquables: Invoquant le
Seigneur en esprit et en tout temps, par toute sorte de supplications et de
prières, et cela avec vigilance, avec instance et persévérance, en priant aussi
pour tous les saints (Ep 6, 18). La prière est donc notre arme principale; c'est
par elle que nous obtenons de Dieu la victoire sur toutes nos mauvaises
inclinations et sur toutes les tentations de l'enfer. Mais il faut qu'on prie en
esprit, c'est-à-dire non seulement de bouche, mais encore de coeur. Il faut
en outre prier en tout temps, durant toute la vie; comme nous avons
toujours à combattre, notre prière ne doit jamais cesser. Il faut prier avec
instance et persévérane: si la tentation ne cède pas à la première prière, on
doit en faire une deuxième, une troisième, une quatrième; et si elle persiste
malgré cela, il faut prier avec gémissements, avec larmes, jusqu'à
l'importunité et la violence, comme si nous voulions forcer le Seigneur à
nous accorder la grâce de la victoire; telle est la signification de ces mots.
Enfin, l'Apôtre ajoute pour tous les Saints, ce qui veut dire que nous devons
prier, non seulement pour nous, mais encore pour la persévérance de tous
les fidèles, spécialement pour celle des prêtres, afin qu'ils travaillent avec
zèle et avec fruit à la conversion des infidèles et de tous les pécheurs. Il faut
supplier fréquemment Notre-Seigneur, dans nos oraisons, d'éclairer ceux
qui sont aussi dans les ténèbres et dans les ombres de la mort, selon ce que
Zacharie annonçait dans son Cantique (Lc 1, 79). Il est fort utile, pour triompher dans les combats spirituels, de les prévenir
dans nos méditations, en nous disposant d'avance à résister de toutes nos
forces aux attaques qui peuvent nous surprendre. C'estainsi qu'on a vu les
Saints parler avec douceur ou garder le silence, sans éprouver aucun trouble,
en recevant une injure grave, en se voyant tout à coup persécutés avec
violence, saisis d'une vive douleur dans le corps ou dans l'âme, en perdant
un objet de grande valeur ou une personne chérie. De telles victoires sur
soi-même ne s'obtiennent pas ordinairement sans avoir cette fermeté qu'on
puise dans une vie bien réglée, dans la fréquentation des sacrements, et dans
un continuel exercice de méditations, de lectures spirituelles et de prières.
On ne les voit guère chez ceux qui ne sont pas fort attentifs à fuir les
occasions dangereuses, ou qui sont attachés aux vanités ou aux plaisirs du
monde et pratiquent peu la mortification des sens; chez ceux, en un mot,
qui mènent une vie molle. Saint Augustin enseigne que, dans le combat
spirituel, on doit vaindre d'abord le plaisir, et ensuite la douleur. Lorsqu'on
est abandonné aux plaisirs sensuels, on résiste difficilement à une passion
vive ou à une violente tentation; et lorsqu'on aime trop l'estime du monde,
on ne peut guère essuyer un affront grave sans perdre la grâce de Dieu. Il est vrai que c'est de Jésus-Christ seul, et nullement de nous-mêmes, que
nous devons attendre la force nécessaire pour éviter le péché et faire de
bonnes oeuvres; mais, pour obtenir cette grâce, il faut que nous prenions
grand soin de ne pas nous rendre, par notre faute, de plue en plus faible.
Certains défauts dont nous ne tenons pas compte peuvent être cause que la
lumière divine nous manque, et que le démon devienne plus fort contre
nous. Tels sont, par exemple, le désir de passer dans le monde pour savant
ou pour noble, la vanité dans les habits, la recherche des commodités
superflues, l'habitude de se piquer de toute parole choquante ou d'un simple
manque d'attention, l'envie de plaire au monde au dépens du bien spirituel,
la négligence des pratiques de piété par respect humain, les petites
désobéissances, les petits murmures, les petites aversions conservées dans
le coeur, les légers mensonges, les légères dérisions, le temps perdu en des
conversations ou des curiosités inutiles. En un mot, tout attachement aux
biens terrestres, tout acte d'amour-propre désordonné, peut servir à notre
ennemi pour nous entraîner dans quelque précip[ice. Par suite de pareilles
fautes commises de propos délibéré, Dieu nous privera de ses secours
abondnts, sans lesquels nous ferons bientôt quelque lourde chute. Nous nous plaignons de nous trouver plein de sécheresse et de dégoût dans
l'oraison, dans la communion, et dans tous les exercices spirituels; mais,
comment Dieu voudrait-il nous faire jouir de sa présence et nous prodiguer
les marques de sa tendresse, lorsque nous sommes si avare envers lui et si
négligent dans son service? L'Apôtre nous en avertit: "Celui qui sème peu
moissonera peu" (2 Co 9, 6). Si nous donnons à Dieu tant de déplaisirs, quel
droit avons-nous à ses consolations célestes? Tant que nous ne serons pas
entièrement détachés de la terre, nous ne serons jamais tout entiers à
Jésus-Christ; et qu sait où cela nous conduira? Et cependant, notre Sauveur
nous a mérité, par son humilité, la grâce de vaincre l'orgueil; par sa pauvreté,
la force de mépriser les biens terrestres; par sa patience, le courage de
supporter les affronts et les injures. Ah! s'écrie saint Augustin, où en
sommes-nous, si les exemples du Fils de Dieu, et tant de grâces qu'il nous a
obtenues, ne peuvent nous guérir de nos vices? Si, d'un côté, nous laissons
refroidir notre amour envers Jésus-Christ, et si nous négligeons de le prier
sans cesse de nous secourir, tandis que, de l'autre, nous nourrisons dans
notre coeur quelque affection terrestre, il nous sera bien difficile de
persévérer dans la bonne voie. Prions donc, prions toujours; par la prière,
nous obtiendrons tout.ô Rédempteur du monde! ô mon unique Espérance!
par les mérites de votre passion, délivrez-moi de toute affection impure et de
tout ce qui pourrait faire obstacle à l'amour que je vous dois. Faites que je
vive entièrement dépouillé de désirs mondains, et que je n'aspire qu'à vous
posséder, vous qui êtes le bien suprême, le seul digne d'être aimé. Par vos
plaies sacrées, guérissez les infirmités de mon âme, et accordez-moi la grâce
de tenir éloigné de mon coeur tout sentiment qui n'est pas pour vous; c'est à
vous que sont dues toutes mes affections. Jésus, mon Amour, vous êtes
mon espérance! ô douces paroles! ô douce consolation! Jésus, mon
Amour, vous êtes mon espérance!
- IV - De l'espérance que nous avons en Jésus-Christ
d'obtenir la félicité éternelle. Revenons à la Lettre aux Hébreux, où on dit que Jésus-Christ est le