Considérations sur la Passion de Jésus-Christ (page 14)

Alphonse de Liguori · Vie de piété

Texte français, domaine public · Source : jesusmarie.free.fr — Considérations sur la Passion de Jésus-Christ · 16 pages

Fiche de l’œuvre dans le savoir

Médiateur du Nouveau Testament, afin que, par sa mort, nous recevions

l'héritage éternel qu'il nous a promis (He 9, 15). Dans la section II du présent

chapitre, on a parlé du Nouveau Testament comme pacte; ici, il en sera

question comme promesse, ou disposition de dernière volonté, par laquelle

Notre-Seigneur nous a institués héritiers du royaume des cieux. Or, un

testament n'étant valide qu'après la mort du testateur, il était nécessaire que

Jésus-Christ mourût, pour que nous pussions, comme ses héritiers, entrer

en possession du paradis (He 9, 16-17). En vertu des mérites de Jésus-Christ, notre Médiateur, nous avons reçu la

grâce d'être élevés, par le Baptême, à la dignité d'Enfants de Dieu, tandis que

les Hébreux, dans l'Ancien Testament, quoiqu'ils fussent le peuple élu de

Dieu, n'étaient cependant que ses serviteurs (cf. Ga 4, 24). La première

médiation eut lieu sur le mont Sinaï, lorsque Dieu promit aux Hébreux, par

l'entremise de Moïse, l'abondance des biens temporels, s'ils observaient la

loi qu'il leur donnait. Quant aux chrétiens, écoutons saint Paul: "Vous, mes

frères, à la manière d'Isaac, vous êtes mes enfants de la promesse" (Ga 4,

28). Si donc, nous chrétiens, nous sommes les enfants de Dieu, il s'ensuit,

toujours d'après l'Apôtre, que nous sommes aussi ses héritiers; car tous les

enfants doivent avoir part à l'héritage paternel; et l'héritage auquel nous

avons droit - cohéritiers de Jésus-Christ - c'est la gloire éternelle du paradis,

que Jésus-Christ nous a méritée par sa mort (Rm 8, 17). Cependant, saint Paul ajoute aussitôt une condition. Il est vrai qu'en vertu

du titre d'enfants de Dieu, que notre Sauveur nous a acquis au prix de son

sang, nous avons droit au paradis; mais cela s'entend, si nous

correspondons fidèlement à la grâce par la pratique des bonnes oeuvres, et

surtout par la patience. C'est pourquoi l'Apôtre dit que, pour obtenir la gloire

éternelle comme Jésus-Christ l'a obtenue, nous devons souffrir sur la terre

comme Jésus-Christ y a souffert (Rm 8, 17). Il marche en avant comme

notre Chef avec sa croix; c'est sous cette bannière que nous devons le

suivre, chacun portant sa croix, ainsi qu'il nous l'a déclaré lui-même par ces

paroles: "Si quelqu'un veut venir après moi, qu'il renonce à lui-même, qu'il

se charge de sa croix, et qu'il me suive" (Mt 16, 24). L'Apôtre nous exhorte ensuite à souffrir avec constance, soutenus comme

nous le sommes par l'espérance du ciel ; il nous assure que la gloire qui

nous attend dans l'autre vie, sera incomparablement plus grande que le

mérite de toutes nos souffrances d'ici-bas, si nous les supportons avec

résignation à la volonté de Dieu (Rm 8, 18). Quel indigent serait assez

insensé pour ne pas donner avec joie tous ses haillons pour acquérir un

grand royaume? Nous ne jouissons pas à présent de cette gloire, parce que

nous ne sommes pas encore sauvés, n'ayant pas encore terminé notre vie

dans la grâce de Dieu; mais ce qui doit nous sauver, continue saint Paul,

c'est l'espérance dans les mérites de notre Rédempteur. Il ne manquera pas

de nous accorder toutes les grâces dont nous avons besoin pour nous

sauver, si nous lui sommes fidèles, et si nous persévérons à les lui

demander, vu la promesse qu'il a faite d'exaucer quiconque le prie (Lc 11,

10). On me dira peut-être: Je ne crains pas que Dieu refuse de m'exaucer, si

je le prie; mais je crains de ne pas savoir prier comme il faut. Saint Paul

répond qu'on ne doit pas craindre cela non plus, car, lorsque nous prions,

Dieu vient lui-même au secours de notre faiblesse, et nous fait prier de

manière à être exaucés (Rm 8, 26). L'Esprit-Saint prie pour nous,

c'est-à-dire, selon saint Augustin, nous fait prier. L'Apôtre augmente encore notre confiance en disant que tout contribue au

bien de ceux qui aiment Dieu (Rm 8, 28). Il nous fait entendre par là que les

opprobres, les maladies, la pauvreté, les persécutions, ne sont point des

disgrâces, comme le pensent les gens du monde; car Dieu les fait tourner au

bien et à la gloire de ceux qui les supportent avec patience. Saint Paul dit

enfin que le Seigneur a prédestinés ses élus pour être conformes à l'image de

son divin Fils (Rm 8, 29). Par ces paroles, il veut nous persuader que, pour

nous sauver, il faut que nous prenions la résolution de tout souffrir plutôt

que de perdre la grâce de Dieu; car nul ne peut être admis à la gloire des

Bienheureux si, au jour du jugement, sa vie ne se trouve pas avoir été

conforme à celle de Jésus-Christ. Mais, de peur que cette sentence ne décourage les pécheurs et ne les jette

dans le désespoir au souvenir des fautes qu'ils ont commises, saint Paul les

rassure en disant que le Père éternel n'a pas voulu pardonner à son propre

Fils, qui s'était offert à expier nos péchés, et qu'il l'a livré à la mort sans

miséricorde, afin de pouvoir pardonner aux pécheurs. Et pour accroître

encore la confiance de ceux qui se repentent, il ajoute: "Qui donc

condamner? Le Christ Jésus qui est mort?", comme s'il disait: Pécheurs,

vous qui détestez vos fautes, pourquoi craignez-vous d'être condamnés à

l'enfer? Dites-moi: qui est-ce qui doit vous juger? n'est-ce pas Jésus-Christ?

Et comment pouvez-vous craindre d'être condamnés à la mort éternelle par

ce tendre Sauveur, qui, pour n'avoir pas à vous condamner, a voulu se

condamner lui-même au supplice ignominieux de la croix? (Cf. Rm 8,

31-34). Ce langage s'adresse, bien entendu, à ceux qui, pénétrés d'un sincère

regret, ont purifié leurs âmes dans le sang de l'Agneau sant tache, suivant

l'expression de saint Jean (Ap 7, 14).Mon Jésus! quand je considère mes

péchés, j'ai honte de vous demander le ciel, après y avoir tant de fois

renoncé en votre présence pour des plaisirs indignes et fugitifs. Mais, quand

je vous vois attaché à cette croix, je ne puis m'empêcher d'espérer le paradis,

sachant que vous avec voulu mourir sur ce gibet douloureux pour expier

mes péchés et m'obtenir le bonheur céleste que j'ai méprisé. Ah! mon doux

Rédempteur, j'ai la confiance que, par les mérites de votre mort, vous

m'avez déjà pardonné les offenses que je vous ai faites; je m'en suis repenti,

et maintenant encore je voudrais en mourir de douleurs. Hélas! comment ne

pas penser que, quoique vous m'ayez pardonné, il sera toujours vrai que j'ai

eu l'ingratitude de vous causer ces graves déplaisirs, à vous qui m'abvez tant

aimé! Malheureusement, ce qui est fait, est fait. Au moins, Seigneur, pour le

temps qu'il me reste à vivre, je veux vous aimer de toutes mes forces, je ne

veux plus aimer que vous, je veux être tout à vous, tout entier et pour

toujours. Mais c'est à vous de faire qu'il en soit ainsi: détachez-moi de touts

les objets terrestres, et donnez-moi les lumières et la force dont j'ai besoin

pour ne plus chercher que vous, mon unique Bien, mon unique Amour,

mon Tout! Et vous, ô Marie, qui êtes l'espérance des pauvres pécheurs, vous devez

m'aider par vos prières; priez donc, ô ma Mère, priez pour moi, et ne cessez

pas de priez que vous ne me voyiez tout à Dieu! CHAPITRE XI SUR LA PATIENCE QUE NOUS DEVONS PRATIQUER

à LA SUITE DE JéSUS-CHRIST

POUR PARVENIR AU SALUT

- I -

Il est nécessaire de souffrir,

et de souffrir avec patience Parler de patience et de souffrance, c'est tenir un langage dont n'usent guère

les personnes qui aiment le monde, et qu'elles n'entendent même pas; il n'est

à la portée et à l'usage que des âmes qui aiment Dieu. "Seigneur! disait saint

Jean de la Croix à Jésus-Christ, je ne vous demande pas autre chose que de

souffrir et d'être méprisé pour vous." Sainte Thérèse s'écriait souvent: "Mon

Jésus! ou souffrir ou mourir!" et sainte Marie-Madeleine de Pazzi: "Souffrir,

et ne pas mourir!" Ainsi parlent les âmes éprises d'amour pour Dieu; c'est

qu'elles savent qu'on ne peut donner à Dieu une preuve plus certaine de son

amour qu'en souffrant de bon coeur pour lui plaire. Telle est aussi la plus

grande preuve que Jésus-Christ nous ait donnée de son amour pour nous.

Comme Dieu, il nous a témoigné de son amour en nous créant, en nous

comblant de biens, en nous appelant à partager la gloire dont il jouit; mais

rien ne montre mieux combien il nous aime que la charité qu'il a eue de se

faire homme et de s'assujettir pour nous à une vie si pénible et à une mort si

pleine de douleurs et d'ignominies. De notre côté, comment pouvons-nous

montrer notre amour envers ce tendre Sauveur? Est-ce en menant une vie

remplie de plaisirs et de jouissances terrestres? Gardons-nous de penser que Dieu jouisse de nos souffrances; il n'est pas

d'une humeur si cruelle qu'il se plaise à voir les douleurs et à entendre les

gémissements de ses créatures. C'est un Maître d'une bonté infinie, qui ne

désire que de nous voir pleinement satisfaits et heureux; il est toute

douceur, toute affabilité, toute compassion envers ceux qui l'invoquent (Ps

85, 5). Mais notre malheureux état de pécheurs et la reconnaissance que

nous devons à Jésus-Christ exigent que nous renoncions, pour sona mour,

aux plaisirs d'ici-bas, et que nous embrassions de bon coeur la croix qu'il

nous donne à porter en cette vie, pour le suivre dans la voie où il nous

précède, chargé d'une croix beaucoup plus pesante que la nôtre; tout cela,

afin de nous faire jouir, après notre mort, d'une vie bienheureuse qui ne

finira jamais. Dieu n'aime donc point à nous voir souffrir; mais, comme il

est la souveraine Justice, il ne peut laisser nos fautes impunies; c'est

pourquoi, afin que nos fautes soient expiées et que nous parvenions un jour

à la félicité éternelle, il veut qu'en souffrant avec résignation, nous purgions

nos consciences et méritions d'être éternellement heureux. Quel ordre de

choses plus beau et plus doux que la divine Providence eût-elle pu inventer

pour que la justice fût satisfaite et que nous fussions en même temps sauvés

et heureux? Nous devons donc mettre toutes nos espérances dans les mérites de

Jésus-Christ, et attendre de lui tous les secours dont nous avons besoin pour

vivre saintement et nous sauver; nous ne pouvons douter que son désir ne

soit de nous voir parvenir à la sainteté (1 Th 4, 3). Tout cela est vrai;

cependant, nous ne devons pas négliger de faire ce qui dépend de nous pour

réparer les injures dont nous sommes coupables envers Dieu, et pour

mériter la vie éternelle au moyen des bonnes oeuvres. C'est ce qu'indique

l'Apôtre, lorsqu'il dit: "J'accomplis dans ma chair ce qui manque à la passion

de Jésus-Christ" (Col 1, 24). S'ensuit-il que la passion de Jésus-Christ ait été

incomplète, et qu'elle n'ait pas suffi elle seule pour nous sauver? Non,

certainement; elle fut entière et complète quant à sa valeur, et plus que

suffisante pour sauver tous les hommes; néanmoins, pour que ses mérites

nous soient appliqués, dit saint Thomas, nous devons coopérer de notre

côté, en souffrant patiemment les croix que le Seigneur nous envoie, afin de

nous rendre conformes à Jésus-Christ, notre Chef, selon ce que le même

Apôtre écrivait aux Romains: "Ceux qu'il a discernés, il les a aussi

prédestinés à reproduire l'image de son Fils, afin qu'il soit l'aîné d'une

multitude de frères" (Rm 8, 29). Il faut toutefois ne jamais perdre de vue,

comme le Docteur Angélique nous en avertit, que toute la vertu qu'ont nos

oeuvres, expiations, pénitences, leur est communiquéee par les mérites de

Jésus-Christ. C'est ainsi qu'on répond à ceux qui prétendent que nos

pénitences font injure à la passion du Sauveur, comme si elle n'eût pas été

suffisante pour expier nos fautes. Nous disons qu'afin de pouvoir participer aux mérites de Jésus-Christ, il est

nécessaire que nous nous efforcions d'observer les commandements de

Dieu, jusqu'à nous faire violence pour ne pas céder aux tentations de l'enfer;

c'est ce que Notre-Seigneur nous fait entendre lorsqu'il déclare que le

royaume des cieux souffre violence, et que ce sont les violents qui

l'emportent (Mt 11, 12). Il faut, dans les occasions, se faire violence à

soi-même, et mortifier ses sens, pour n'être pas vaincu par l'ennemi. Si l'on

se trouve coupable de quelque faute, dit saint Ambroise, on doit faire

violence au Seigneur, par les prières et les larmes, pour obtenir son pardon.

Le même Saint ajoute, pour nous encourager: ô heureuse violence, que

Dieu ne punit point avec colère, mais qu'il accueuille avec miséricorde! Il dit

encore que, plus cette sorte de violence est grande, plus elle est agréable à

Jésus-Christ. Et il conclut en affirmant que nous devons d'abord régner sur

nous-mêmes, en domptant nos passions, pour pouvoir un jour conquérir le

ciel, que notre Sauveur nous a mérité. Il faut donc se faire violence, soit

pour souffrir les contrariétés ou les persécutions, soit pour vaincre les

tentations et les mauvais penchants. Le Seigneur nous avertit que, pour ne point perdre notre âme, nous devons

nous tenir prêts à subir toutes les épreuves, et même à mourir, quand cela

est nécessaire; mais il promet en même temps de combattre pour quiconque

est ainsi disposé, et de renverser ses enneis (Si 4, 28). Saint Jean a vu devant

le trône de Dieu une grande multitude de Saints, vêtus de robes blanches,

car rien de souillé ne peut entrer dans le ciel, et tous portant à la mais des

palmes, symbole du martyre (Ap 7, 9). Quoi! les Saints sont-ils donc tous

martyrs? Oui, tous les adultes qui se sauvent, doivent être au moins martyrs

de patience, en résistant aux attaques du démon et aux appétits déréglés de

la chair. Les plaisirs charnels entraînent en enfer une foule innombrable

d'âmes; il faut qu'on prenne la résolution de les mépriser avec une constance

invincible. Soyons persuadés que, si l'âme ne subjugue le corps, ce sera le

corps qui subjuguera l'âme. Il faut donc, je le répète, il faut se faire violence pour se sauver. Mais, dira

quelqu'un, je n'en suis pas capable, si Dieu ne me fortifie pas sa grâce. Saint

Ambroise lui répond: Vous dites bien: si vous regardez vos propres forces,

vous ne pouvez rien; mais, si vous mettez votre confiance en Dieu, en le

priant de vous aider, il vous donnera la force de résister à tous vos ennemis

du monde et de l'enfer. Toutefois, cela ne se peut faire sans souffrir, il n'y a

aucun moyen d'échapper à cette nécesité. L'écriture même nous le déclare:

Si nous voulons entrer dans la gloire des élus, il faut auparavant que nous

supportions avec patience beaucoup de tribulations et de peines (Ac 14, 21).

Aussi, comme saint Jean contemplait la gloire des Saints dans le ciel, il lui

fut dit: "Voilà ceux qui sont venus ici après avoir passé par la grande

tribulation, et qui ont lavé et blanchi leurs robes dans le sang de l'Agneau"

(Ap 7, 14). Il est donc vrai que tous se trouvaient au nombre des

Bienheureux pour avoir été purifiés par le sang de Jésus-Christ, mais aucun

d'eux n'était arrivé là qu'après avoir beaucoup souffert en cette vie. Soyez assurés, écrivait saint Paul à ses disciples, que Dieu est fidèle à ses

promesses; il ne permettra jamais que vous soyez tentés au-dessus de vos

forces (1 Co 10, 13). Or, ce que le Seigneur a promis, c'est de nous donner

son secours pour vaincre toutes les tentations, pourvu que nous

l'invoquions: "Demandez et l'on vous donnera" (Mt 7, 7). Cette parole est

infaillible. Des hérétiques ont osé prétendre que Die commande des choses

que nous sommes dans l'impossibilité d'observer. Le Concile de Trente, en

condamnant cette détestable erreur, répond que Dieu n'ordonne rien

d'impossible; quand il ordonne, il nous avertit de faire ce que nous pouvons,

et de demander son secours pour ce que nous ne pouvons pas; et alors il

nous aide à tout accomplir. Si les hommes, dit sait Ephrem, n'ont pas la

cruauté de charger leurs bêtes de somme de plus lourds fardeaux qu'elles

n'en peuvent porter, à bien plus forte raison Dieu, qui aime tant les hommes,

ne souffrira pas qu'ils aient à subir des tentations auxquelles ils ne sauraient

résister. On lit dans l'Imitation de Jésus-Christ: "La croix t'attend partout, il est

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