Considérations sur la Passion de Jésus-Christ (page 4)
que désormais j'oublie tout et ne pense plus qu'à vous aimer et à vous plaire. ô Marie, Mère de Dieu, obtenez-moi la grâce d'être fidèle à Jésus, votre Fils
et mon Rédempteur !
CHAPITRE III SUR LA FLAGELLATION, LE COURONNEMENT D'éPINES ET LE
CRUCIFIEMENT
- I -
La flagellation Saint Paul dit que Jésus-Christ s'est abaissé jusqu'à prendre la forme de
serviteur (Ph 2, 7). Sur ce texte, saint Bernard fait la réflexion suivante :
"Notre divin Rédempteur, qui est le Maître de l'univers, ne s'est pas contenté
de prendre la condition de serviteur; il a voulu paraître mauvais serviteur, et
d'expier ainsi nos fautes". Il est certain que la flagellation fut le plus cruel des tourments que notre
Sauveur eut à souffrir et celui qui abrégea le plus sa vie; car la principale
cause de sa mort, ce fut la perte de son sang, qu'il devait répandre jusqu'à la
dernière goutte selon ce qu'il avait prédit (Mt 26, 28). Ce précieux Sang, il
est vrai, avait déjà coulé dans le jardin des Olives; il coula encore dans le
couronnement d'épines et le crucifiement; mais la plus grande partie en fut
répandue dans la flagellation. En outre, ce supplice fut extrêmement
humiliant pour Jésus-Christ, parce qu'il n'était infligé qu'aux esclaves,
conformément à la loi romaine. C'est pourquoi les tyrans, après avoir
prononcé leur sentence contre les Martyrs, ordonnaient qu'ils fussent
flagellés avant d'être mis à mort; mais Notre-Seigneur fut flagellé avant sa
condamnation. Il avait prédit pendant sa vie, à ses disciples en particulier,
qu'il subirait cette peine ignominieuse (Lc 18, 32), et il leur donnait à
entendre combien elle devait être douloureuse pour lui. Il a été révélé à sainte Brigitte qu'un de ses bourreaux ordonna d'abord à
Jésus de se dépouiller lui-même de ses vêtements; il obéit et embrassa
ensuite la colonne, où il fut lié; on le flagella si cruellement que son corps
fut tout déchiré. La révélation ne dit pas simplement qu'on frappait, mais
qu'on sillonnait ses chairs sacrées. Les coups portèrent jusque sur la
poitrine, au point que les côtes furent mises à découvert. Tout cela est
conforme à ce que dit saint Jérôme, ainsi que saint Pierre Damien qui assure
que les bourreaux frappèrent Notre-Seigneur jusqu'à ce que les forces leur
manquèrent. Isaïe avait tout prédit par un mot : "Il sera brisé (ou broyé) à
cause des fautes des autres" (Is 53, 5).Me voici, mon Jésus ! je suis un de
vos plus cruels bourreaux; je vous ai flagellé par mes péchés: ayez pitié de
moi. ô mon aimable Sauveur, c'est peu d'un coeur pour vous aimer. Je ne
veux plus vivre pour moi-même, mais pour vous seul, mon Amour, mon
Tout ! Je vous dirai donc avec sainte Catherine de Gênes : ô Amour ! ô
Amour ! plus de péchés !" Oui, mon Jésus ! je vous ai offensé; maintenant,
j'ai la confiance que je suis à vous et, moyennant votre grâce, je veux être à
vous pour toujours, pour toute l'éternité.
- II -
Le couronnement d'épines
La Mère de Dieu a encore révélé à sainte Brigitte que la couronne d'épines
ceignait la tête sacrée de son Fils jusqu'au milieu du front, et que les épines
furent si violemment enfoncées que le sang ruissela sur toute la face, de telle
sorte qu'elle en parut toute couverte. Origène dit que cette horrible couronne ne fût ôtée de la tête de
Notre-Seigneur qu'après qu'il eût expiré. Cependant, le vêtement intérieur de
Jésus n'avait point de couture, il était d'un seul tissu; c'est pour cette raison
que les soldats ne le partagèrent point entre eux comme ses autres
vêtements, mais le tirèrent au sort, ainsi que l'atteste saint Jean (Jn 19, 23).
Cette tunique devant donc se tirer du côté de la tête, il est très probable,
selon pluieurs auteurs, qu'on ôta la couronne à Jésus pour faire passer la
tunique, et qu'on la lui remit ensuite avant de le clouer sur la croix. On lit dans la Génèse: "La terre sera maudite à cause de ton oeuvre; elle te
produira des épines et des ronces" (Gn 3, 17). C'est Dieu qui a prononcé
cette malédiction contre Adam et contre toute sa postérité; en cet endroit,
par la terre, encore la chair humaine qui, infectée par la faute de notre
premier père, ne produit plus que des épines de péchés. Pour remédier à
cette corruption de la chair, dit Tertullien, il a fallu que Jésus-Christ offrit à
Dieu en sacrifice cette affreuse torture du couronnement d'épines. Ce tourment, déjà si douloureux, fut encore aggravé par d'autres mauvais
traitements que rapportent saint Matthieu et saint Jean. Les soldats avaient
déshabillé de nouveau leur innocente victime, et lui avaient jeté sur les
épaules un haillon de couleur rouge. Jésus, étant couronné d'épines, ils lui
mirent un roseau en guise de sceptre; puis ils fléchirent le genou devant lui,
par drision, en le saluant Roi des Juifs. Ils lui crachaient ensuite au visage, et
prenaient le roseau pour lui en frapper la tête; ils lui donnaient aussi des
soufflets (Mt 27, 28; Jn 19, 3).ô mon Jésus ! combien d'épines n'ai-je pas
ajoutés à cette couronne pour toutes les mauvaises pensées auxquelles j'ai
consenti! Je voudrais en mourir de douleur; pardonnez-moi, par les mérites
de ce tourment même que vous avez voulu souffir pour me pardonner. Ah !
mon doux Seigneur, que je sois si maltraité et si humilié, vous endurez tant
de douleurs et tant d'opprobres pour me toucher, afin que je vous aime au
moins par compassion, et que je cesse de vous offenser. C'est assez, mon
Jésus ! ne souffrez pas davantage; je suis persuadé de votre amou pour moi,
et je vous aime de toute mon âme ! Mais que vois-je? vous n'êtes pas encore
satisfit; vous ne serez rassasié de souffrances que lorsque vous serez mort
de douleur sur la croix. ô Bonté, ô Charité infinie ! qu'il est malheureux, le
coeur qui ne vous aime pas !
- III -
Jésus porte sa croix La croix commença à faire souffrir notre Sauveur avant qu'il y fût cloué; car,
après la sentence prononcée par Pilate, on l'obligea à la porter jusqu'au
Calvaire, où il devait mourir; et Jésus, sans résister, la chargea sur ses
épaules (Jn 19, 17). Saint Augustin fait ici cette réflexion : "Si l'on considère
la cruauté dont on usa envers Jésus-Christ, en le forçant de porter lui-même
l'instrument de son supplice, ce fut une grande ignominie; mais, si l'on
considère l'amour avec lequel ce divin Maître embrassa sa croix, ce fut un
grand mystère" ; car, en portant sa croix, il a voulu, comme notre Chef,
arborer l'étendard sous lequel devaient s'enrôler et combattre ceux qui
voudraient le suivre, pour conquérir avec lui le royaume des cieux. "Il a reçu l'empire sur les épaules" (Is 9, 5). Sur ce passage d'Isaïe, où le
Prophète annonce que le Messie portera sur son épaule la marque de
principauté, saint Basile observe que, tandis que les tyrans, pour accroître
leur puissance, surchargent injustement leurs sujets, Jésus-Christ a voulu se
charger de sa croix et la porter lui-même pour y sacrifier sa vie, afin de nous
prucurer le salut. Remarquons en outre que les rois de la terre fondent leur
principauté sur la force des armes et l'accumulation des richesses;
Notre-Seigneur, au contraire, a fondé la sienne sur la croix, c'est-à-dire, sur
l'humiliation et la souffrance; et il s'est soumis volontairement à porter sa
croix sur le chemin douloureux du Calvaire, pour nous encourager par son
exemple, et pour engager chacun de nous à se charger de sa croix avec
résignation et à le suivre, comme il le dit à tous ses disciples (Mt 16, 24). Notons ici les beaux titres que saint Jean Chrysostôme donne à la Croix
dans son homélie sur ce sujet. Il l'appelle: L'Espérance des chrétiens et Le Salut des désespérés. Quelle espérance de
salut auraient eu les pécheurs sans la croix sur laquelle Jésus-Christ est mort
pour les sauver? Le Guide des navigateurs. L'humiliation qui vient de la croix, c'est-à-dire de
l'adversité, nous fait obtenir dans cette vie, qui ressemble à une mer remplie
d'écueils, la grâce d'observer la loi de Dieu, et de nous amender lorsque
nous l'avons transgressée, selon ce que dit le Psalmiste: " Seigneur, c'est un
bien pour moi que vous m'ayez humilié, afin que j'apprenne à garder vos
commandements" (Ps 118, 71). Le Conseiller des Justes. L'adversité éclaire les justes et les porte à s'unir
plus étroitement à Dieu. Le Repos des affligés. Où, en effet, ceux qui sont affligés trouvent-ils plus
de consolation que dans la croix, sur laquelle ils voient mourir de douleur,
pour l'amour d'eux, leur Rédempteur et leur Dieu? La Gloire des Martyrs. Ce qui fait la gloire des Saints Martyrs, c'est d'avoir
pu unir leurs souffrances et leur mort aux souffrances et à la mort de
Jésus-Chrit sur la croix. Aussi l'Apôtre disait-il qu'il ne voulait point être
glorifié autrement (Ga 6, 14). Le Remède dans les maladies. Oh ! quel heureux remède que la croix pour
bien des personnes atteintes de maladies spirituelles! Les tribulations les
font rentrer en elles-mêmes et les détachent du monde. La Source qui désaltère ceux qui ont soif. La croix, c'est-à-dire, souffrir pour
Jésus-Christ, c'est le désir, la soif des saints. Sainte-Thérèse disait : "Ou
souffrir, ou mourir!" Sainte Marie-Madeleine de Pazzi allait plus loi, et
s'écriait: "Souffrir, et ne pas mourir!" comme si elle eût refusé de mourir et
d'aller joir du paradis, pour souffrir plus longtemps sur la terre. Du reste, généralement parlant, juste ou pécheur, chacun a sa croix.
Quoique les justes jouissent de la paix du coeur, ils ont néanmoins leurs
vicissitudes : ils sont tantôt consolés par les douces visites du Seigneur, et
tantôt affligés par les contrariétés, les infirmités corporelles, et les dégoûts
spirituels, par les scrupules, les tentations, et les craintes pour leur salut.
Mais la croix des pécheurs est beaucoup plus pesante, à cause des remords
de leur conscience, des terreurs qui les saisissent quand ils songent aux
peines éternelles, et des tourments qu'ils éprouvent dans les adversités. Les
saints, dans l'adversité, se résignent à la volonté divine, et supportent tout
patiemment ; mais le pécheur, comment pourra-t-il trouver le repos dans la
résignation à la volonté de Dieu, s'il est ennemi de Dieu ? Les peines des
ennemis de Dieu sont des peines sans mélange, sans consolation. C'est ce
qui faisait dire à sainte Thérèse que celui qui aime Dieu embrasse sa croix de
bon coeur et ne la sent pas, tandis que celui qui n'aime pas Dieu traîne la
sienne par force et ne peut ainsi ne la sentir que trop.
- IV -
Le crucifiement
D'après les révélations faites à sainte Brigitte, quand notre Sauveur se vit sur
la croix, il étendit de lui-même sa main droit à l'endroit où elle devait être
clouée. Les bourreaux clouèrent ensuite sa main gauche, et enfin ses pieds
sacrés; après quoi, ils laissère Jésus mourir sur ce lit de douleur. Saint
Augustin dit que le supplice de la croix était extrêmement cruel, parce qu'il
rendait la mort la plus lente, afin de prolonger la douleur. ô ciel ! quel spectacle de voir le Fils du Père éternel crucifié entre deux
criminels ! C'est là précisément ce qu'Isaïe avait prédit (Is 53, 12). Saint Jean
Chrysostome, considérant Jésus en croix, s'écrie avec admiration et amour :
" Je vois mon Sauveur dans le ciel entre le Père et le Saint-Esprit; je le vois
sur le mont Thabor entre deux Saints, Moïse et élie; et comment le vois-je
maintenant crucifié sur le Calvaire entre deux voleurs ?" Mais cela devait
être ainsi; car, selon le décret divin, c'est ainsi qu'il devait mourir, pour
expier par sa mort les péchés des hommes et les sauver, conformément à la
prophétie d'Isaïe. Le même Prophète fait cette question: "Quel est cet homme si beau et si
fort, qui vient d'édom, les vêtements couleur de sang ?" (Is 63, 3). édom
marque la couleur rouge, mais un peu foncée, comme on le voit dans la
Génèse (Gn 25, 30). Cette demande est suivie d'une réponse, et, d'après les
interprètes, c'est Notre-Seigneur qui parle: "C'est moi qui professe la justice,
et qui me montre grand pour sauver" (Is 63, 1). Le Prophète interroge de nouveau: "Pourquoi donc vos vêtements sont-ils
rouges, comme les habits de ceux qui foulent le vin dans le pressoir au
temps de la vendange?" (Is 63, 2). Et le Seigneur répond: "J'ai été seul à
fouler le vin; aucune homme ne s'est trouvé avec moi" (Is 63, 3). Par ce
pressoir, Tertullien, saint Cyprien et saint Augustin entendent la Passion de
Jésus-Christ, dans laquelle son vêtement, c'est-à-dire sa chair sacrée fut tout
couvert de sang et de plaies, selon ce que dit saint Jean dans l'Apocalypse:
"Le manteau qui l'enveloppe est trempé de sang; et son nom? Le Verbe de
Dieu" (Ap 19, 13). Saint Grégoire dit que, dans ce pressoir dont parle Isaïe,
notre Sauveur a été foulé et a foulé. Il a foulé parce que, dans sa passion, il a
vaincu les démons; et il a été foulé, parce que son corps adorable a été brisé
dans les tourments comme le raisin dans le pressoir, suivant cet autre texte
du même Prophète, déjà cité: "Yahvé s'est plu à l'écraser par la souffrance"
(Is 53, 10). Voilà donc ce divin Maître, qui était "le plus beau des hommes" (Ps 44, 3),
le voilà, sur le Calvaire, tellement défiguré à force de tortures, qu'il fait
horreur à qui le regarde. Mais il en paraît d'autant plus beau aux yeux des
âmmes dont il est aimé; car ces plaies, ces meurtrissures, ces chairs
déchirées, sont autant de marques, autant de preuves de son amour pour
nous. écoutons un poète exprimer fort bien ce sentiment: Lorsqu'on te considère, ô Sauveur de mon âme,
Si maltraité pour nous par la main du bourreau,
Le coeur reconnaissant de ton amour s'enflamme;
Plus on t'a déchiré, plus tu nous sembles beau. Mais, ajoute saint Augustin, ce que Notre-Seigneur perd en beauté, nous le
gagnons. En effet, c'est la difformité de Jésus crucifié qui fait la beauté de
nos âmes. Elles étaient toutes défigurées; mais, lavées dans son sang divin,
elles deviennent toutes pures et toutes belles, selon ce qu'on lit dans
l'Apocalypse (Ap 7, 13). Tous les Saints, comme enfants d'Adam, excepté la
Bienheureuse Vierge, ont été quelque temps couverts d'une robe souillée du
péché de leur premier père et de leurs propres fautes; mais, purifiée par le
sang de l'Agneau, elle est devenue toute blanche et agréable aux yeux de
Dieu.Vous aviez donc raison de dire, ô mon Jésus ! qu'une fois élevé en
croix, vous attireriez tout à vous (Jn 12, 32). Assurément, vous n'avez rien
omis pour gagner l'affection de tous les coeurs. Aussi, combien d'âmes
heureuses, en vous voyant crucifié et mort pour leur amour, ont tout
abandonné, richesses, dignités, patrie, parents, et ont osé bravé les tortures
et la mort, pour se donner entièrement à vous! Malheur à ceux qui rejettent
les grâces que vous leur avez procurées par tant de travaux et de douleurs!
Ah ! leur plus grand tourment dans l'enfer, ce sera de penser qu'ils ont eu un
Dieu qui, pour les attirer à son amour, a donné sa vie sur une croix, et
qu'eux, de leur plain gré, ils ont voulu se perdre, se vouer à une ruine
irréparable à jamais, durant toute l'éternité. Eh quoi, mon doux Rédempteur,
j'ai moi-même mérité de tomber dans ce malheur, pour les offenses que je
vous ai faites! Combien de fois n'ai-je pas résisté à votre grâce, par laquelle
vous cherchiez à m'attacher à vous! Combien de fois, méprisant votre
amour, ne vous ai-je pas tourné le dos, pour suivre mes inclinations ! Ah!
que ne suis-je mort plutôt que de vous offenser! que ne vous ai-je toujours
aimé! Je vous rends grâce, ô mon Amour! de m'avoir supporté avec tant de
patience, et même, au lieu de m'abandonner comme je le méritais, d'avoir
multiplié envers moi vos invitations, vos traits de lumière, et vos
miséricordieuses inspirations. Je vous en remercierai éternellement:
"L'amour du Seigneur, à jamais je le chante" (Ps 88, 2). Mon Sauveur et
mon Espérance ! je vous en conjure, ne cessez pas de m'attirer à vous et de
me fortifier de plus en plus par le secours de vos grâces, afin que dans le ciel
je puisse vous aimer avec plus d'ardeur, en me rappelant tant de
miséricordes que vous m'avez faites, après tant de déplaisirs que je vous ai