Considérations sur la Passion de Jésus-Christ (page 4)

Alphonse de Liguori · Vie de piété

Texte français, domaine public · Source : jesusmarie.free.fr — Considérations sur la Passion de Jésus-Christ · 16 pages

Fiche de l’œuvre dans le savoir

que désormais j'oublie tout et ne pense plus qu'à vous aimer et à vous plaire. ô Marie, Mère de Dieu, obtenez-moi la grâce d'être fidèle à Jésus, votre Fils

et mon Rédempteur !

CHAPITRE III SUR LA FLAGELLATION, LE COURONNEMENT D'éPINES ET LE

CRUCIFIEMENT

- I -

La flagellation Saint Paul dit que Jésus-Christ s'est abaissé jusqu'à prendre la forme de

serviteur (Ph 2, 7). Sur ce texte, saint Bernard fait la réflexion suivante :

"Notre divin Rédempteur, qui est le Maître de l'univers, ne s'est pas contenté

de prendre la condition de serviteur; il a voulu paraître mauvais serviteur, et

d'expier ainsi nos fautes". Il est certain que la flagellation fut le plus cruel des tourments que notre

Sauveur eut à souffrir et celui qui abrégea le plus sa vie; car la principale

cause de sa mort, ce fut la perte de son sang, qu'il devait répandre jusqu'à la

dernière goutte selon ce qu'il avait prédit (Mt 26, 28). Ce précieux Sang, il

est vrai, avait déjà coulé dans le jardin des Olives; il coula encore dans le

couronnement d'épines et le crucifiement; mais la plus grande partie en fut

répandue dans la flagellation. En outre, ce supplice fut extrêmement

humiliant pour Jésus-Christ, parce qu'il n'était infligé qu'aux esclaves,

conformément à la loi romaine. C'est pourquoi les tyrans, après avoir

prononcé leur sentence contre les Martyrs, ordonnaient qu'ils fussent

flagellés avant d'être mis à mort; mais Notre-Seigneur fut flagellé avant sa

condamnation. Il avait prédit pendant sa vie, à ses disciples en particulier,

qu'il subirait cette peine ignominieuse (Lc 18, 32), et il leur donnait à

entendre combien elle devait être douloureuse pour lui. Il a été révélé à sainte Brigitte qu'un de ses bourreaux ordonna d'abord à

Jésus de se dépouiller lui-même de ses vêtements; il obéit et embrassa

ensuite la colonne, où il fut lié; on le flagella si cruellement que son corps

fut tout déchiré. La révélation ne dit pas simplement qu'on frappait, mais

qu'on sillonnait ses chairs sacrées. Les coups portèrent jusque sur la

poitrine, au point que les côtes furent mises à découvert. Tout cela est

conforme à ce que dit saint Jérôme, ainsi que saint Pierre Damien qui assure

que les bourreaux frappèrent Notre-Seigneur jusqu'à ce que les forces leur

manquèrent. Isaïe avait tout prédit par un mot : "Il sera brisé (ou broyé) à

cause des fautes des autres" (Is 53, 5).Me voici, mon Jésus ! je suis un de

vos plus cruels bourreaux; je vous ai flagellé par mes péchés: ayez pitié de

moi. ô mon aimable Sauveur, c'est peu d'un coeur pour vous aimer. Je ne

veux plus vivre pour moi-même, mais pour vous seul, mon Amour, mon

Tout ! Je vous dirai donc avec sainte Catherine de Gênes : ô Amour ! ô

Amour ! plus de péchés !" Oui, mon Jésus ! je vous ai offensé; maintenant,

j'ai la confiance que je suis à vous et, moyennant votre grâce, je veux être à

vous pour toujours, pour toute l'éternité.

- II -

Le couronnement d'épines

La Mère de Dieu a encore révélé à sainte Brigitte que la couronne d'épines

ceignait la tête sacrée de son Fils jusqu'au milieu du front, et que les épines

furent si violemment enfoncées que le sang ruissela sur toute la face, de telle

sorte qu'elle en parut toute couverte. Origène dit que cette horrible couronne ne fût ôtée de la tête de

Notre-Seigneur qu'après qu'il eût expiré. Cependant, le vêtement intérieur de

Jésus n'avait point de couture, il était d'un seul tissu; c'est pour cette raison

que les soldats ne le partagèrent point entre eux comme ses autres

vêtements, mais le tirèrent au sort, ainsi que l'atteste saint Jean (Jn 19, 23).

Cette tunique devant donc se tirer du côté de la tête, il est très probable,

selon pluieurs auteurs, qu'on ôta la couronne à Jésus pour faire passer la

tunique, et qu'on la lui remit ensuite avant de le clouer sur la croix. On lit dans la Génèse: "La terre sera maudite à cause de ton oeuvre; elle te

produira des épines et des ronces" (Gn 3, 17). C'est Dieu qui a prononcé

cette malédiction contre Adam et contre toute sa postérité; en cet endroit,

par la terre, encore la chair humaine qui, infectée par la faute de notre

premier père, ne produit plus que des épines de péchés. Pour remédier à

cette corruption de la chair, dit Tertullien, il a fallu que Jésus-Christ offrit à

Dieu en sacrifice cette affreuse torture du couronnement d'épines. Ce tourment, déjà si douloureux, fut encore aggravé par d'autres mauvais

traitements que rapportent saint Matthieu et saint Jean. Les soldats avaient

déshabillé de nouveau leur innocente victime, et lui avaient jeté sur les

épaules un haillon de couleur rouge. Jésus, étant couronné d'épines, ils lui

mirent un roseau en guise de sceptre; puis ils fléchirent le genou devant lui,

par drision, en le saluant Roi des Juifs. Ils lui crachaient ensuite au visage, et

prenaient le roseau pour lui en frapper la tête; ils lui donnaient aussi des

soufflets (Mt 27, 28; Jn 19, 3).ô mon Jésus ! combien d'épines n'ai-je pas

ajoutés à cette couronne pour toutes les mauvaises pensées auxquelles j'ai

consenti! Je voudrais en mourir de douleur; pardonnez-moi, par les mérites

de ce tourment même que vous avez voulu souffir pour me pardonner. Ah !

mon doux Seigneur, que je sois si maltraité et si humilié, vous endurez tant

de douleurs et tant d'opprobres pour me toucher, afin que je vous aime au

moins par compassion, et que je cesse de vous offenser. C'est assez, mon

Jésus ! ne souffrez pas davantage; je suis persuadé de votre amou pour moi,

et je vous aime de toute mon âme ! Mais que vois-je? vous n'êtes pas encore

satisfit; vous ne serez rassasié de souffrances que lorsque vous serez mort

de douleur sur la croix. ô Bonté, ô Charité infinie ! qu'il est malheureux, le

coeur qui ne vous aime pas !

- III -

Jésus porte sa croix La croix commença à faire souffrir notre Sauveur avant qu'il y fût cloué; car,

après la sentence prononcée par Pilate, on l'obligea à la porter jusqu'au

Calvaire, où il devait mourir; et Jésus, sans résister, la chargea sur ses

épaules (Jn 19, 17). Saint Augustin fait ici cette réflexion : "Si l'on considère

la cruauté dont on usa envers Jésus-Christ, en le forçant de porter lui-même

l'instrument de son supplice, ce fut une grande ignominie; mais, si l'on

considère l'amour avec lequel ce divin Maître embrassa sa croix, ce fut un

grand mystère" ; car, en portant sa croix, il a voulu, comme notre Chef,

arborer l'étendard sous lequel devaient s'enrôler et combattre ceux qui

voudraient le suivre, pour conquérir avec lui le royaume des cieux. "Il a reçu l'empire sur les épaules" (Is 9, 5). Sur ce passage d'Isaïe, où le

Prophète annonce que le Messie portera sur son épaule la marque de

principauté, saint Basile observe que, tandis que les tyrans, pour accroître

leur puissance, surchargent injustement leurs sujets, Jésus-Christ a voulu se

charger de sa croix et la porter lui-même pour y sacrifier sa vie, afin de nous

prucurer le salut. Remarquons en outre que les rois de la terre fondent leur

principauté sur la force des armes et l'accumulation des richesses;

Notre-Seigneur, au contraire, a fondé la sienne sur la croix, c'est-à-dire, sur

l'humiliation et la souffrance; et il s'est soumis volontairement à porter sa

croix sur le chemin douloureux du Calvaire, pour nous encourager par son

exemple, et pour engager chacun de nous à se charger de sa croix avec

résignation et à le suivre, comme il le dit à tous ses disciples (Mt 16, 24). Notons ici les beaux titres que saint Jean Chrysostôme donne à la Croix

dans son homélie sur ce sujet. Il l'appelle: L'Espérance des chrétiens et Le Salut des désespérés. Quelle espérance de

salut auraient eu les pécheurs sans la croix sur laquelle Jésus-Christ est mort

pour les sauver? Le Guide des navigateurs. L'humiliation qui vient de la croix, c'est-à-dire de

l'adversité, nous fait obtenir dans cette vie, qui ressemble à une mer remplie

d'écueils, la grâce d'observer la loi de Dieu, et de nous amender lorsque

nous l'avons transgressée, selon ce que dit le Psalmiste: " Seigneur, c'est un

bien pour moi que vous m'ayez humilié, afin que j'apprenne à garder vos

commandements" (Ps 118, 71). Le Conseiller des Justes. L'adversité éclaire les justes et les porte à s'unir

plus étroitement à Dieu. Le Repos des affligés. Où, en effet, ceux qui sont affligés trouvent-ils plus

de consolation que dans la croix, sur laquelle ils voient mourir de douleur,

pour l'amour d'eux, leur Rédempteur et leur Dieu? La Gloire des Martyrs. Ce qui fait la gloire des Saints Martyrs, c'est d'avoir

pu unir leurs souffrances et leur mort aux souffrances et à la mort de

Jésus-Chrit sur la croix. Aussi l'Apôtre disait-il qu'il ne voulait point être

glorifié autrement (Ga 6, 14). Le Remède dans les maladies. Oh ! quel heureux remède que la croix pour

bien des personnes atteintes de maladies spirituelles! Les tribulations les

font rentrer en elles-mêmes et les détachent du monde. La Source qui désaltère ceux qui ont soif. La croix, c'est-à-dire, souffrir pour

Jésus-Christ, c'est le désir, la soif des saints. Sainte-Thérèse disait : "Ou

souffrir, ou mourir!" Sainte Marie-Madeleine de Pazzi allait plus loi, et

s'écriait: "Souffrir, et ne pas mourir!" comme si elle eût refusé de mourir et

d'aller joir du paradis, pour souffrir plus longtemps sur la terre. Du reste, généralement parlant, juste ou pécheur, chacun a sa croix.

Quoique les justes jouissent de la paix du coeur, ils ont néanmoins leurs

vicissitudes : ils sont tantôt consolés par les douces visites du Seigneur, et

tantôt affligés par les contrariétés, les infirmités corporelles, et les dégoûts

spirituels, par les scrupules, les tentations, et les craintes pour leur salut.

Mais la croix des pécheurs est beaucoup plus pesante, à cause des remords

de leur conscience, des terreurs qui les saisissent quand ils songent aux

peines éternelles, et des tourments qu'ils éprouvent dans les adversités. Les

saints, dans l'adversité, se résignent à la volonté divine, et supportent tout

patiemment ; mais le pécheur, comment pourra-t-il trouver le repos dans la

résignation à la volonté de Dieu, s'il est ennemi de Dieu ? Les peines des

ennemis de Dieu sont des peines sans mélange, sans consolation. C'est ce

qui faisait dire à sainte Thérèse que celui qui aime Dieu embrasse sa croix de

bon coeur et ne la sent pas, tandis que celui qui n'aime pas Dieu traîne la

sienne par force et ne peut ainsi ne la sentir que trop.

- IV -

Le crucifiement

D'après les révélations faites à sainte Brigitte, quand notre Sauveur se vit sur

la croix, il étendit de lui-même sa main droit à l'endroit où elle devait être

clouée. Les bourreaux clouèrent ensuite sa main gauche, et enfin ses pieds

sacrés; après quoi, ils laissère Jésus mourir sur ce lit de douleur. Saint

Augustin dit que le supplice de la croix était extrêmement cruel, parce qu'il

rendait la mort la plus lente, afin de prolonger la douleur. ô ciel ! quel spectacle de voir le Fils du Père éternel crucifié entre deux

criminels ! C'est là précisément ce qu'Isaïe avait prédit (Is 53, 12). Saint Jean

Chrysostome, considérant Jésus en croix, s'écrie avec admiration et amour :

" Je vois mon Sauveur dans le ciel entre le Père et le Saint-Esprit; je le vois

sur le mont Thabor entre deux Saints, Moïse et élie; et comment le vois-je

maintenant crucifié sur le Calvaire entre deux voleurs ?" Mais cela devait

être ainsi; car, selon le décret divin, c'est ainsi qu'il devait mourir, pour

expier par sa mort les péchés des hommes et les sauver, conformément à la

prophétie d'Isaïe. Le même Prophète fait cette question: "Quel est cet homme si beau et si

fort, qui vient d'édom, les vêtements couleur de sang ?" (Is 63, 3). édom

marque la couleur rouge, mais un peu foncée, comme on le voit dans la

Génèse (Gn 25, 30). Cette demande est suivie d'une réponse, et, d'après les

interprètes, c'est Notre-Seigneur qui parle: "C'est moi qui professe la justice,

et qui me montre grand pour sauver" (Is 63, 1). Le Prophète interroge de nouveau: "Pourquoi donc vos vêtements sont-ils

rouges, comme les habits de ceux qui foulent le vin dans le pressoir au

temps de la vendange?" (Is 63, 2). Et le Seigneur répond: "J'ai été seul à

fouler le vin; aucune homme ne s'est trouvé avec moi" (Is 63, 3). Par ce

pressoir, Tertullien, saint Cyprien et saint Augustin entendent la Passion de

Jésus-Christ, dans laquelle son vêtement, c'est-à-dire sa chair sacrée fut tout

couvert de sang et de plaies, selon ce que dit saint Jean dans l'Apocalypse:

"Le manteau qui l'enveloppe est trempé de sang; et son nom? Le Verbe de

Dieu" (Ap 19, 13). Saint Grégoire dit que, dans ce pressoir dont parle Isaïe,

notre Sauveur a été foulé et a foulé. Il a foulé parce que, dans sa passion, il a

vaincu les démons; et il a été foulé, parce que son corps adorable a été brisé

dans les tourments comme le raisin dans le pressoir, suivant cet autre texte

du même Prophète, déjà cité: "Yahvé s'est plu à l'écraser par la souffrance"

(Is 53, 10). Voilà donc ce divin Maître, qui était "le plus beau des hommes" (Ps 44, 3),

le voilà, sur le Calvaire, tellement défiguré à force de tortures, qu'il fait

horreur à qui le regarde. Mais il en paraît d'autant plus beau aux yeux des

âmmes dont il est aimé; car ces plaies, ces meurtrissures, ces chairs

déchirées, sont autant de marques, autant de preuves de son amour pour

nous. écoutons un poète exprimer fort bien ce sentiment: Lorsqu'on te considère, ô Sauveur de mon âme,

Si maltraité pour nous par la main du bourreau,

Le coeur reconnaissant de ton amour s'enflamme;

Plus on t'a déchiré, plus tu nous sembles beau. Mais, ajoute saint Augustin, ce que Notre-Seigneur perd en beauté, nous le

gagnons. En effet, c'est la difformité de Jésus crucifié qui fait la beauté de

nos âmes. Elles étaient toutes défigurées; mais, lavées dans son sang divin,

elles deviennent toutes pures et toutes belles, selon ce qu'on lit dans

l'Apocalypse (Ap 7, 13). Tous les Saints, comme enfants d'Adam, excepté la

Bienheureuse Vierge, ont été quelque temps couverts d'une robe souillée du

péché de leur premier père et de leurs propres fautes; mais, purifiée par le

sang de l'Agneau, elle est devenue toute blanche et agréable aux yeux de

Dieu.Vous aviez donc raison de dire, ô mon Jésus ! qu'une fois élevé en

croix, vous attireriez tout à vous (Jn 12, 32). Assurément, vous n'avez rien

omis pour gagner l'affection de tous les coeurs. Aussi, combien d'âmes

heureuses, en vous voyant crucifié et mort pour leur amour, ont tout

abandonné, richesses, dignités, patrie, parents, et ont osé bravé les tortures

et la mort, pour se donner entièrement à vous! Malheur à ceux qui rejettent

les grâces que vous leur avez procurées par tant de travaux et de douleurs!

Ah ! leur plus grand tourment dans l'enfer, ce sera de penser qu'ils ont eu un

Dieu qui, pour les attirer à son amour, a donné sa vie sur une croix, et

qu'eux, de leur plain gré, ils ont voulu se perdre, se vouer à une ruine

irréparable à jamais, durant toute l'éternité. Eh quoi, mon doux Rédempteur,

j'ai moi-même mérité de tomber dans ce malheur, pour les offenses que je

vous ai faites! Combien de fois n'ai-je pas résisté à votre grâce, par laquelle

vous cherchiez à m'attacher à vous! Combien de fois, méprisant votre

amour, ne vous ai-je pas tourné le dos, pour suivre mes inclinations ! Ah!

que ne suis-je mort plutôt que de vous offenser! que ne vous ai-je toujours

aimé! Je vous rends grâce, ô mon Amour! de m'avoir supporté avec tant de

patience, et même, au lieu de m'abandonner comme je le méritais, d'avoir

multiplié envers moi vos invitations, vos traits de lumière, et vos

miséricordieuses inspirations. Je vous en remercierai éternellement:

"L'amour du Seigneur, à jamais je le chante" (Ps 88, 2). Mon Sauveur et

mon Espérance ! je vous en conjure, ne cessez pas de m'attirer à vous et de

me fortifier de plus en plus par le secours de vos grâces, afin que dans le ciel

je puisse vous aimer avec plus d'ardeur, en me rappelant tant de

miséricordes que vous m'avez faites, après tant de déplaisirs que je vous ai

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