Considérations sur la Passion de Jésus-Christ (page 5)
donnés. J'espère tout par les mérites de ce sang précieux que vous avez
répandu et de cette mort douloureuse que vous avez endurée pour moi.
Sainte Vierge Marie, protégez-moi, priez pour moi!
- V -
Jésus en croix
Jésus en croix fut un spectacle qui remplit d'étonnement le ciel et la terre:
voir un Dieu tout-puissant, Maître de l'univers, condamné comme un
malfaiteur et mourant sur un gibet infâme entre deux malfaiteurs! Ce fut un
spectacle de justice: le Père éternel, voulant que sa justice soit satisfaite,
punit les péchés des hommes dans la personne de son Fils unique qu'il aime
autant que lui-même. Ce fut un spectacle de miséricorde: ce Fils innocent
subit une mort si cruelle et si ignominieuse pour sauver ses créatures
coupables. Ce fut surtout un spectacle d'amour: un Dieu offre et donne sa
vie pour racheter des esclaves qui sont ses ennemis. Ce spectacle a toujours été et sera toujours l'objet favori de la contemplation
des saints; c'est ce qui leur a fait compter pour peu de se priver de tous les
biens et de tous les plaisirs terrestes, et d'accepter avec empressement et
avec joie toutes les peines et la mort même, afin de témoigner quelque
reconnaissance envers ce Dieu mort pour leur amour. Fortifiés en voyant Jésus méprisé sur la croix, les saints aiment les mépris
plus que les mondains n'aiment les honneurs du monde. En voyant Jésus
mourir nu sur la croix, ils cherchent à se dépouiller de tous les biens de la
terre. en le voyant tout en plaies, le sang dégouttant de tous ses membres, ils
ont horreur des plaisirs sensuels et ne pensent qu'à affliger leur chair le plus
qu'ils peuvent, afin de s'unir par leurs souffrances à Jésus crucifié. En
voyant comment Jésus obéit et se conforme en tout à la volonté de son
Père, ils s'efforcent de vaincre toutes leurs inclinations peu conformes au
bon plaisir du Seigneur. Beaucoup d'entre eux, quoique adonnés aux
oeuvres piété, sachant néanmoins que, renoncer à sa propre volonté, c'est le
sacrifice le plus agréable au coeur de Dieu, prennent le parti d'entrer en
religion pour mener une vie d'obéissance, en soumettant leur volonté propre
à celle d'un autre. En voyant la patience avec laquelle Jésus endure tant de
tourments et d'opprobres pour l'amour de nous, ils supportent avec
résignation, et même avec joie, les injures, les maladies, les persécutions, et
toutes les cruautés des tyrans. En voyant enfin l'amour que Jésus-Christ
nous témoigne dans le sacrifice qu'il fait pour nous de sa vie sur la croix, ils
sacrifient à Jésus-Christ tout ce qu'ils ont biens, plaisirs, honneurs, vie. Et comment se fait-il après cela que tant d'autres chrétiens, quoique sachant
et croyant que Jésus-Christ est mort pour eux, au lieu de se consacrer sans
réserve à son service et à son amour, ne font que l'offenser et le mépriser
pour des satisfactions viles et passagères? d'où vient une telle ingratitude?
De ce qu'ils perdent le souvenir de la passion et de la mort de Jésus-Christ.
Mais hélas! quels seront leurs remords et leur confusion au jour du
jugement, quand le Seigneur leur reprochera en face tout ce qu'il a fait et
souffert pour eux! Pour nous, âmes dévotes, ne cessont point d'avoir devant les yeux Jésus
crucifié, expirant au milieu de tant de douleurs et d'ignominies pour notre
amour. Tous les Saints ont puisé dans la passion de Jésus-Christ cette
ardente charité qui leur a fait mépriser tous les biens d'ici-bas, jusqu'à
s'oublier eux-mêmes, pour ne penser qu'à aimer et à servir ce bon Maître,
lequel a témoigné tant d'amour aux hommes qu'il semble ne pouvoir rien
faire de plus pour gagner leur affection. En un mot, c'est la croix, ou la
passion de notre Sauveur, qui nous procurera la victoire sur toutes nos
passions et sur tous les efforts que fera l'enfer pour nous séparer de Dieu. La
croix est le chemin et l'échelle pour monter au ciel. Heureux celui qui
embrasse la croix pendant sa vie et y demeure attaché jusqu'à sa mort! Celui
qui meurt en embrasant la croix a un gage assuré de la vie éternelle promise
à tous ceux qui portent leur croix à la suite de Jésus-Christ. Mon Jésus crucifié! vous n'avez rien épargné pour vous faire aimer des
hommes; vous êtes allé jusqu'à sacrifier votre vie par une mort si cruelle;
comment donc ces hommes, qui aiment leurs parents, leurs amis, et même
les animaux dont ils reçoivent quelque signe d'affection, vous montrent-ils
de l'ingratitude au point de mépriser votre grâce et votre amour pour
s'attacher à des biens si méprisables et si faux? Hélas! je suis moi-même un
de ces malheureux ingrats! Pour des choses de néant, j'ai renoncé à votre
amitié et je vous ai tourné le dos! Je mériterais d'être chassé de votre
présence vomme je vous ai chassé de mon âme; mais j'entends que vous
continuez à me demander mon coeur. Oui, mon Jésus, puisque vous désirez
encore que je vous aime, et que vous m'offrez mon pardon, je renonce à
toutes les créatures, et je ne veux plus aimer que vous seul, mon Créateur et
mon Rédempteur! Vous serez désormais l'unique amour de mon âme. ô Marie, Mère de Dieu! ô Refuge des pécheurs, priez pour moi,
obtenez-moi la grâce d'aimer Dieu, et je ne vous demande plus rien !
CHAPITRE IV SUR LES SARCASMES ESSUYéS PAR JéSUS SUR LA
CROIX
- I -
Agonie de Jésus sur la Croix L'orgueil, comme nous l'avons dit, a été la cause du péché d'Adam et, par
conséquent, de la perte du genre humain ; c'est pourquoi Jésus-Christ a
voulu réparer ce malheur par son humilité, en acceptant sans résistance la
confusion et tous les opprobres que ses ennemis lui préparaient, ainsi qu'il
l'avait prédit par la bouche de David (Ps 68, 8). Toute la vie de notre divin
Rédempteur fut pleine de confusions et de mépris qu'il reçut des hommes;
et il ne refusa point de les souffrir jusqu'à la mort, afin de nous délivrer de la
confusion éternelle (He 12, 2). Qui ne pleurerait d'attendrissement, et qui n'aimerait pas Jésus-Christ, si
chacun considérait tout ce qu'il a souffert durant ses trois heures d'agonie
sur la croix ? Tous ses membres étaient blessés et souffrants; l'un ne pouvait
secourir l'autre. Cruellement affligé sur ce lit de douleur, Notre-Seigneur ne
pouvait changer de position, ayant les mains et les pieds cloués. Toutes ses
chairs sacrées étaient en plaies, mais les blessures de ses mains et de ses
pieds, qui devaient soutenir tout son corps, étaient les plus douloureuses; s'il
voulait s'appuyer, soit sur les mains, soit sur les pieds, il y éprouvait des
douleurs plus vives. On peut bien dire que Jésus endura autant de morts
qu'il y eut d'instants dans ces trois heures d'agonie. ô innocent Agneau, qui
souffrez tant pour moi, ayez pitié de moi! Telles étaient les souffrances corporelles de notre Sauveur, et c'étaient les
moindres; ses peines intérieures étaient encore bien plus grandes. Son âme
bénie était toute désolée, privée de toute consolation ou de tout
soulagement possible; elle n'éprouvait qu'ennui, tristesse, et affliction. C'est
ce qu'il a voulu faire entendre par ces paroles : "Mon Dieu ! mon Dieu !
pourquoi m'avez-vous abandonné? (Mt 27, 46). Et c'est comme submergé
dans cet abîme de douleurs, intérieures et extérieures, que l'aimable Jésus a
voulu finir sa vie, conformément à la prophétie de David: "Je suis entré dans
l'abîme des eaux et le flot me submerge" (Ps 68, 3).
- II -
Si tu es le Fils de Dieu,
descends de la croix (Mt 27, 40)
Tandis que notre divin Rédempteur agonisait ainsi sur la croix et qu'il
approchait de la mort, tous ceux qui l'entouraient et passaient devant lui,
prêtres, scribes, anciens et soldats, cherchaient à l'affliger davantage par des
injures et des sarcasmes (Mt 27, 39). Ces dérisions ont encore été prédites
par le Prophète-Roi, parlant au nom du Seigneur ! " Tous ceux qui me
voient me bafouent, leur bouche ricane, ils me bafouent" (Ps 21, 8). Ils lui criaient : "C'est toi qui t'es vanté d'abattre le Temple et de le relever en
trois jours!" (Mt 27, 40). Jésus n'avait point parlé du temple matériel, il avait
dit : "Détruisez ce temple, je le rétablirai en trois jours" (Jn 2, 19). Par ces
mots, Notre-Seigneur entendait sans doute faire connaître quelle était sa
puissance, mais comme le remarquèrent Euthymius et d'autres, c'était un
langage allégorique; il prédisait que les Juifs, en lui donnant la mort,
sépareraient un jour son âme de son corps, mais que, trois jours après, il
ressusciterait. Ils ajoutaient: "Que ne te sauves-tu toi-même!" (Mt 27, 40). Hommes ingrats
! si le Fils de Dieu, après s'être fait homme, avait voulu se sauver lui-même,
il ne se serait pas volontairement dévoué à la mort. Ils disaient encore: "Si tu es le Fils de Dieu, descends de la croix" (Mt 27,
43). Mais, si Jésus était descendu de la croix, sans accomplir par sa mort
l'oeuvre de sa mort, nous n'eussions pas été délivrés de la mort éternelle;
c'est pour notre salut qu'il a voulu mourir sur ce gibet infâme , dit saint
Ambroise. Selon Théphlylacte, les Juifs parlaient ainsi à l'instigation du
démon, qui cherchait à empêcher notre salut que Jésus-Christ devait
procurer par la croix. Mais, ajoute-t-il, Notre-Seigneur en serait pas monté
sur la croix, s'il avait voulu en descendre sans consomme notre rédemption. Saint Jean Chrysostome pense que l'intention des Juifs dans ce défi, était de
faire en sorte que Jésus-Christ mourût déshonoré aux yeux de tout le
monde comme un imposteur, convaincu de ne pouvoir se détacher de la
croix, après s'être vanté d'êtrele Fils de Dieu. Mais ils se trompaient, selon ce
qu'ajoute le saint Docteur; car, si Jésus était descendu de la croix sans y
laisser sa vie, il n'eût pas été ce Fils de Dieu qui nous était promis comme
devant nous sauver par sa mort sur la croix; ce n'est qu'à cette fin qu'il était
venu en ce monde. Cette dernière réflexion est faite également par saint
Athanase; il dit que notre Rédempteur a voulu se faire reconnaître pour le
vrai Fils de Dieu, non en descendant de la croix, mais en y restant jusqu'à sa
mort; puisque les Prophètes avaient annoncé qu'il devait mourir crucifié,
comme l'atteste ce passage de saint Paul : "Jésus-Christ nous a rachetés de
la malédiction de la loi, s'étant rendu lui-même malédiction pour nous, selon
qu'il est écrit: Maudit celui qui est pendu au bois" (G 3, 13).
- III - Il a sauvé les autres, et il ne peut se sauver
lui-même. (Mt 27, 42)
Saint Matthieu continue de rapporter les propos injurieux que les Juifs
tenaient contre Jésus crucifié. Ils lui reprochaient d'avoir sauvé les autres, et
de pouvoir ne se sauver lui-même. En parlant ainsi, ils l'accusaient
d'imposture quant aux miracles qu'il avait opérés pour rendre la vie à
plusieurs morts, et en outre d'impuissance à conserver sa propre vie. Saint Léon leur rapporte que ce n'était pas alors le moment pour le Sauveur,
de manifester sa divine puissance, et qu'il ne devait pas négliger la
rédemption des hommes pour empêcher les blasphèmes de ces insensés. Voici, d'après saint Grégoire, un autre motif pour lequel Jésus-Christ n'a pas
voulu descendre de la croix. Il pouvait se soustraire au supplce de la croix et
à tous ces outrages, mais ce n'était pas le temps opportun pour faire éclater
sa puissance; c'était celui de nous enseigner la patience dans les peines et la
résignation à la volonté de Dieu. De même, saint Augustin nous dit que
Jésus-Christ n'a pas voulu se préserver de la mort, d'abord pour accomplir la
volonté de son Père, et ensuite pour ne pas nous priver de ce grand exemple
de patience. La patience que Notre-Seigneur exerça sur la croix, en supportant la
confusion de tant d'injures que les Juifs lui ont faites ou dites, nous a valu la
grâce de souffrir patiemment et en paix les humiliations et les persécutions
du monde. Aussi l'écriture, en parlant de Jésus chargj de sa croix sur le
chemin du Calvaire, nous invite à le suivre et à nous unir à lui dans ses
ignominies (He 13, 13). Les saints, en recevant les injures, loin de penser à
se venger et de se troubler, se réjouissent de se voir méprisés comme
Jésus-Christ l'a été. Ne rougissons donc point d'embrasser, pour l'amour de
Jésus-Christ, les humiliations que nous recevons, puisque Jésus-Christ en a
tant subi pour l'amour de nous.Mon doux Rédempteur ! je n'ai point fait
ainsi par le passé, mais à l'avenir, je veux tout supporter pour votre amour,
donnez-moi la force d'exécuter cette résolution.
- IV - Si Dieu l'aime, qu'il le délivre maintenant.
(Mt 27, 43)
Non contents de proférer des injures et des blasphèmes contre Jésus-Christ,
les Juifs osèrent en outre s'attaquer à Dieu le Père : "Il met sa confiance en
Dieu, s'écriaient-ils; si donc Dieu l'aime, qu'il le délivre maintenant, puisqu'il
a dit : Je suis le Fils de Dieu" (Mt 27, 43). Ce discours sacrilège tenu par les Juifs avait été exactement prédit par David
(Ps 21, 9). Or, ceux qui parlaient ainsi, le Prophète-Roi les appelle, dans le
même Psaume, des Taureaux, des Chiens et des Lions. Lors donc que les
Juifs prononçaient ces mots rapportés par saint Matthieu; ils montraient
manifestement eux-mêmes qu'ils étaient les taureaux, les chiens et les
lionms prédits par David. Ces blasphèmes des Juifs contre le Sauveur et contre Dieu avaient été
annoncés encore plus expressément par le Sage, en ces termes : "Il assure
qu'il a la science de Dieu, et il s'appelle le Fils de Dieu , et il se glorifie
d'avoir Dieu pour Père. S'il est véritablement le Fils de Dieu, Dieu prendra sa
défense , et il le délivrera des mains de ses ennemis. Interrogeons-le par les
outrages et les tourments, afin que nous reconnaissions quelle est sa
douceur, et que nous fassions l'épreuve de sa patience; condamnons-le à la
mort la plus infâme." (Sg 2, 13-18). Les Princes des Prêtres étaient poussés par la haine et par l'envie à humilier
Jésus-Christ ; mais, en même temps, ils n'étaient pas exempts de crainte
d'un grand châtiment, ne pouvant nier les miracles opérés par le Sauveur.
Tous les prêtres et les chefs de la Synagogue étaient donc en proie à une
vive inquiétude, et ils voulurent assister en personne à sa mort afin que sa
mort les délivrât de la crainte qui les tourmentait. Lorsqu'ils le virent
attachés à la croix sans que Dieu son Père vint à son secours, ils conçurent
une audace toujours croissante et se mirent à lui reprocher son impuissance
et la présomption qu'il avait eue de se faire passer pour le Fils de Dieu. Ils
disaient alors, comme nous l'avons vu: "Puisqu'il se confie en Dieu, et qu'il
le nomme son Père, pourquoi maintenant Dieu ne le sauve-t-il pas, s'il l'aime
comme son Fils?" (Mt 27, 43). Mais, dans leur malice, ils se trompaient
grossièrement; car Dieu aimait Jésus-Christ, et l'aimait comme son Fils; et il
l'aimait précisément parce qu'il sacrifiait sa vie sur la croix pour le salut des
hommes, par obéissance envers son Père. C'est ce que Notre-Seigneur avait
déclaré lui-même: "Je donne ma vie pour mes brebis... Si le Père m'aime,
c'est que je donne ma vie" (Jn 10, 14. 17). Dieu le Père l'avait destiné pour
être la victime de ce grand sacrifice qui devait lui procurer une gloire infinie,
cette victime étant un Homme-Dieu, et opérer en même temps le salut de
tous les hommes. Si le Père éternel avait préservé son Fils de la Mort, le
sacrifice serait resté incomplet; ainsi, Dieu eût été privé de cette gloire, les
hommes n'eussent point obtenu leur salut.
- IV - Jésus a souffert les humiliations; pour nous sauver,
nous devons l'imiter.
Tertullien observe que tous les opprobres endurés par notre Sauveur sont un
mystère de Salut, qui répare au genre humain le dommage causé par
l'orgueil. Et en parlant des outrages faits à Jésus sur la croix, il dit que ce fut
une injustice et une indignité par rapport à lui, mais une chose nécessaire
pour nous; ce qui les rendait dignes aux yeux d'un Dieu qui voulait tout
souffrir pour sauver l'homme. Rougissons donc, nous qui nous vantons d'être disciples de Jésus-Christ, de
recevoir avec impatience les humiliations qui nous viennent des hommes,
puisqu'un Dieu fait homme les souffre avec tant de patience pour notre
salut; et ne rougissons pas, au contraire, d'imiter ce divin Maître, en
pardonnant à ceux qui nous offensent; car il déclare qu'au jour du jugement,
il rougira de ceux qui auront rougi de lui pendant leur vie (Lc 9, 26).Mon