Considérations sur la Passion de Jésus-Christ (page 6)

Alphonse de Liguori · Vie de piété

Texte français, domaine public · Source : jesusmarie.free.fr — Considérations sur la Passion de Jésus-Christ · 16 pages

Fiche de l’œuvre dans le savoir

Jésus! comment pourrais-je me plaindre d'un affront que je reçois, moi qui

ai tant de fois mérité d'être foulé aux pieds des démons dans l'enfer ? Ah !

par le mérite de tant d'outrages que vous avez soufferts dans votre passion,

accordez-moi la grâce de supporter patiemment tous ceux qui me seront

faits, et cela pour l'amour de vous qui en avez tant supporté pour l'amour de

moi ! Je vous aime par-dessus touites choses et je désire souffrir pour vous

qui avez tant soufferts pour moi. J'espère tout de vous qui m'avez racheté au

prix de votre sang, et j'espère aussi toutes les grâces par votre intercession, ô

Marie, ma charitable Mère !

CHAPITRE V SUR LES SEPTS PAROLES PRONONCéES PAR JéSUS-CHRIST SUR LA CROIX

- I -

Mon Père! pardonnez-leur, car ils ne savent pas ce qu'ils font! (Lc 23, 34)

ô tendresse de l'amour de Jésus-Christ envers les hommes! Saint Augustin

observe que le Sauveur demanda pardon pour ses ennemis dans le moment

même où il était maltraité par eux, considérant moins les injures et la mort

reçues que l'amour qui le faisait mourir pour eux. Mais, dira-t-on, pourquoi Jésus pria-t-il son Père de pardonner à ses

ennemis, alors qu'il pouvait leur remettre lui-même les injures qu'il en

recevait? Ce fut, répond saint Bernard pour nous apprendre à prier pour

ceux qui nous persécutent. Chose admirable, dit ailleurs le même Saint,

Jésus criait: "Pardonnez-leur!" et les Juifs: "Crucifiez-le!" Arnauld de

Chartres ajoute: "Tandis que Jésus s'efforçait de sauver les Juifs, ceux-ci

travaillaient à leur damnation; mais, auprès de Dieu, la charité de son divin

Fils l'emporta sur l'aveuglement de ce peuple ingrat." Saint Cyprien fait cette réflexion: "Jésus-Christ eut, en mourant, un si grand

désir de sauver tous les hommes qu'il voulut faire participer aux mérites de

son sang ceux-là mêmes qui le faisaient couler à force de tourments."

"Regarde donc ton Dieu attaché en croix, s'écrie saint Augustin, écoute

comme il prie pour ses bourreaux et ose ensuite refuser la paix à ton frère

qui t'a offensé!" Saint Léon attribue à cette prière de Jésus-Christ la conversation de tant de

milliers de Juifs qui se rendirent à la voix de saint Pierre, selon ce qu'on lit

dans les Actes des Apôtres (Ac 2, 41; 4, 1). Dieu, dit saint Jérôme, n'a pas

permis que la prière de notre Sauveur restât sans effet; il ouvrit à l'instant les

trésors de sa miséricorde, et aussitôt beaucoup de Juifs embrassèrent la foi.

"Mais, pourquoi ne se sont-ils pas tous convertis? On répond que la prière

du Seigneur était conditionnelle; elle ne devait s'appliquer qu'à ceux qui

n'étaient pas du nombre de ces endurcis à qui saint étienne reprocha de

résister constamment à la grâce. (Ac 7, 51).Jésus nous a aussi compris, nous

pécheurs, dans la prière qu'il fit alors: "ô Père éternel ! écoutez la voix de

votre Fils bien-aimé, qui vous prie de nous pardonner! Il est vrai que nous

ne méritons pas cette grâce, mais Jésus la mérite pour nous, lui qui, par sa

mort, a satisfait surabondamment pour nos péchés. Non, mon Dieu, je ne

veux point m'obstiner comme les Juifs. Mon Père! je me repens de tout

mon coeur de vous avoir offensé, et je vous en demande pardon par les

mérites de Jésus-Christ." Et vous, mon Jésus, vous savez que je suis un

pauvre malade, que je me suis même perdu par mes péchés; mais vous êtes

venu du ciel sur la terre pour guérir les malades, et sauver ceux qui se sont

perdus, dès qu'ils se repentent de leurs fautes (cf. Is 61, 1 et Mt 18, 11).

Ayez donc pitié de moi!

- II - Je vous le dis en vérité: Vous serez aujourd'hui

avec moi dans le paradis (Lc 23, 43)

Saint Luc nous apprend que, des deux larrons qui furent crucifiés avec

Jésus-Christ, l'un s'endurcit dans le péché, et l'autre se convertit. Celui-ci

entendit que son malheureux compagnon injuriait le Seigneur, en lui disant

que, s'il était le Messie, il devait se sauver lui-même et les sauver avec lui.

Aussitôt il l'en reprit et protesta que, pour eux, ils étaient punis comme ils le

méritaient, mais que Jésus était innocent. Et s'adressant ensuite au Sauveur,

il le pria de se souvenir de lui dans son royaume. Par ces paroles, il le

reconnaissait pour son véritable Seigneur et pour le Roi du ciel. Jésus lui

promit alor le paradis pour ce jour-là même. Un savant auteur pense que,

par suite de cette promesse, le Sauveur se fit voir au Bon Larron à découvert

le même jour, immédiatement après sa mort, et qu'il le rendît parfaitement

heureux, bien qu'il n'eût pas la jouissance de toutes les délices du ciel avant

d'y entrer. Arnauld de Chartres énumère toutes les vertus que saint Dismas, cet

heureux converti, exerça sur la croix au moment de sa mort: "Il crut, il se

repentit, il proclama, il aima, il eut confiance, il pria." Reprenons chacun de

ces termes. Il pratiqua la foi, en croyant que Jésus-Christ, après sa mort, entrerait

victorieux dans le royaume de sa gloire. Il crut au règne de celui qu'il voyait

mourir, dit saint Grégoire. Il pratiqua la pénitence, en se reconnaissant coupable. Saint Augustin

remarque qu'il n'osa espérer le pardon de ses péchés qu'après les avoir

confessés. Par cette généreuse confession, dit saint Athanase, il s'est emparé

d'une couronne immortelle. Ce saint pénitent donna encore de beaux exemples d'autres vertus dans ce

moment suprême. Il exerça même la prédication, en proclamant l'innocence

de Jésus-Christ. Il exerça l'amour envers Dieu, en acceptant la mort avec résignation, comme

la peine que méritaient ses péchés. De là, saint Cyprien, saint Jérôme, saint

Augustin, n'hésitent pas à l'appeler Martyr; et, suivant la réflexion de

Silveira, il le fut en effet, car lorsque les bourreaux lui rompirent les jambes,

ils le firent avec plus de fureur et de cruauté, parce qu'il avait reconnu

l'innocence de Jésus, et le Saint accepta ce surcroit de peine pour l'amour de

son divin Maître. D'autre part, admirons dans ce fait la bonté de Dieu, qui donne toujours

plus qu'on ne lui demande, comme le dit saint Ambroise; le pauvre pécheur,

dans sa confiance, fait cette prière à Jésus de se souvenir de lui quand il sera

dans son royaume, et le Seigneur lui promet qu'ils s'y retrouveront ensemble

ce jour-là même. Saint Jean Chrysostome remarque en outre qu'avant le

Bon Larron personne n'avait mérité la promesse du paradis. On vit alors se

vérifier ce que Dieu a déclaré par l'organe d'Ezéchiel: lorsqu'un pécheur se

repent sincèrement de ses fautes, il lui pardonne entièrement, comme s'il

avait oublié les offenses qu'il en a reçues (Ez 18, 21). Isaïe nous assure que

le Seigneur est tellement porté à nous faire du bien que, quand nous le

prions, il nous exauce aussitôt (Is 30, 19). Dieu, dit saint Augustin, est

toujours prêt à embrasser les pécheurs repentants. Voilà comment la croix, souffert avec impatience, par le mauvais larron, ne

fit qu'augmenter son malheur dans l'enver, tandis qu'au Bon Larron,

soufferte avec patience, elle servit d'échelle pour monter au ciel. ô saint

pénitent! que tu as été heureux d'unir ta mort à celle de ton Sauveur!Mon

Jésus! dès à présent, je vous sacrifie ma vie, et je vous demande la grâce de

pouvoir, à l'heure de ma mort, unir le sacrifice de ma vie à celui que vous

avez offert à Dieu sur la croix, j'espère mourir dans votre grâce et en vous

aimant d'un amour pur de toute affection terrestre, pour continuer de vous

aimer de toutes mes forces pendant toute l'éternité.

- III -

Femme, voici votre fils... Voici votre Mère

(Jn 19, 26-27)

On lit dans l'évangile de saint Marc qu'il y avait sur le Calvaire plusieurs

sainte femmes qui regardaient Jésus crucifié, mais de loin (Mc 15, 40); on

doit donc croire que la Mère du Sauveur se troivait avec elles. Cependant

d'après saint Jean, la Sainte Vierge était, non pas loin, mais près de la croix

avec Marie, femme de Cléophas, et Marie-Madeleine (Jn 19, 25). Euthymius

cherche à lever la difficulté en disant que la Sainte Vierge, voyant que son

divin Fils allait bientôt expirer, s'approcha de la croix. Pour arriver plus près

de son Fils bien-aimé, elle surmonta la crainte qu'inspiraient les soldats, et

supporta patiemment toutes les insultes qu'elle eut à souffrir de la part des

hommes qui gradaient les condamnés et qui la repoussaient brutalement. Le

savant auteur d'une Vie de Jésus-Christ dit la même chose: "Il y avait là des

amis qui l'observaient de loin; mais la Sainte Vierge, sainte

MArie-Madeleine et une autre Marie se tenaient auprès de la croix avec saint

Jean. Jésus, voyant auprès de lui sa Mère et son cher disciple, leur adressa

ces paroles..." La mort douloureuse de son Fils ne peut ébranler cette Mère

incomparable, suivant la réflexion de l'abbé Gueric: "Telle est cette Mère qui

même dans la terreur de la mort ne déserte pas son Fils." Les mères fuient à

la mort de leurs enfants; les voir expirer dans pouvoir les secourir, c'est un

spectacle auquel leur tendresse ne leur permet pas d'assister; Marie, au

contraire, plus la mort de son Fils approchait, plus elle approchait de la

croix. Cette Mère affligée était donc debout près de la croix et, de même Jésus

offrait le sacrifice de sa vie, elle offrait le sacrifice de sa douleur pour le salut

des hommes, participant avec la plus parfaite résignation à toutes les peines

et à tous les opprobres que son divin Fils souffrait en mourant. Un auteur

observe qu'on ne fait pas honneur à la constance de Marie lorsqu'on la

représente évanouie au pied de la croix; elle fut la femme forte, qui ne faiblit

pas et ne pleure pas, comme le remarque saint Ambroise. La douleur qu'éprouva la Sainte vierge dans la passion de son Fils surpassa

tout ce que peut souffrir un coeur humain; et ce ne fut pas une douleur

stérile, comme celles des mères ordinaires à la vue d'un enfant qui souffre,

mais ce fut une douleur qui produisit de grands fruits; car, par les mérites de

ses douleurs et par sa charité, suivant la pensée de saint Augustin, de même

que Marie est la Mère naturelle de Jésus-Christ, notre Chef, elle devint alors

la Mère spirituelle des fidèles, qui sont les membres de Jésus-Christ, en

coopérant pas sa charité à les faire naître et à les rendre enfants de l'église. Saint Bernard dit que, sur le Calvaire, ces deux grands Martyrs, Jésus et

Marie souffraient en silence : l'excès de la douleur qui les oppressait leur

ôtait la faculté de parler. La Mère regardait son Fils agonisant sur la croix, le

Fils regardait sa Mère agonisant au pied de la croix et mourant de

compassion pour les peines qu'il endurait. Marie et Jean étaient donc plus près de la croix que les saintdes femmes qui

les accompagnaient, de sorte que, au milieu du tumulte, ils pouvaient plus

facilement entendre la voix et distinguer les regards du Sauvuer. On lit dans

l'évangile que Jésus aperçut sa Mère et son Disciple bien-aimé (Jn 19, 26).

Mais si Marie et Jean étaient accompagnés d'autres personnes, pourquoi

est-il dit que Jésus aperçut sa Mère et son Disciple, comme s'il n'avait pas vu

les femmes qui les suivaient ? C'est là, répond saint Pierre Chrysologue, un

effet de l'amour; on voit toujours plus clairement les être qu'on aime le plus.

Saint Ambroise exprime la même pensée. La Bienheureuse Vierge a révélé

elle-même à sainte Brigitte que Jésus, pour voir sa Mère, qui était auprès de

la croix, dut presser ses paupières avec effort, afin de dégager ses yeux du

sang qui les couvrait et lui ôtait la vue. Jésus dit à sa Mère, en lui désignant des yeux saint Jean qui était à côté

d'elle: "Femme, voilà votre fils." Mais pourquoi l'appela-t-il Femme plutôt

que Mère? Ce fut, peut-on répondre, parce que se trouvant près de mourir, il

lui parla en prenant congé d'elle, comme s'il eût dit: "Femme, dans peu je

serai mort; vous n'aurez plus de fils sur la terre; c'est pourquoi je vous laisse

Jean qui vous servira et vous aimera comme un fils." Le Seigneur nous

donne à entendre par là que saint Joseph n'était plus; car, s'il eût été encore

en vie, il ne l'aurait jamais séparé de sa sainte épouse. Toute l'antiquité atteste que saint Jean resta toujours vierge, et que c'est

principalement à cause de ce mérite qu'il eut l'honneur d'être donné pour fils

à Marie et de remplacer Jésus-Christ auprès de sa Mère; aussi, la Sainte

église a consacré dans ses chants cet éloge du Disciple bien-aimé.

L'évangile constate qu'après la mort de Notre-Seigneur, saint Jean reçut

Marie dans sa maison, et qu'il l'assista et la servit comme sa propre mère

tout le temps qu'elle vécut encore. Jésus-Christ a voulu que ce Disciple

privilégié fût témoin oculaire de sa mort, afin qu'il pût ensuite l'attester plus

fermement, ainsi qu'il l'a fait dans ses écrits (Jn 19, 35; 1 Jn 1, 1). C'est pour

cela que la Sauveur, quand ses autres disciples l'abandonnèrent, donna à

saint Jean la force de le suivre jusqu'à sa mort au milieu de tant d'ennemis. Mais revenons à la Sainte Vierge, et tâchons de découvrir la raison plus

intrinsèque pour laquelle Jésus l'appela Femme, et non Mère. Il a voulu

nous faire entendre par là que Marie est la Femme par excellence, annoncé

dans la Génèse comme devant écraser la tête du Serpent (Gn 3, 15).

Personne ne doute que cette Femme ne soit la Bienheureuse Vierge Marie

qui, par le moyen de son divin Fils, si ce n'est ce Fils lui-même par le moyen

de celle qui l'a mis au monde, devait écraser la tête de Lucifer. Marie a

certainement dû être ennemie du Serpent, puisque Lucifer fut orgueilleux,

ingrat et rebelle, tandis qu'elle fut toujours humble, reconnaissante et

soumise. Il a été prédit qu'elle lui écraserait la tête; car Marie en donnant le

jour au Sauveur du monde, abattit l'orgueil de Lucifer. Le Serpent s'efforça

de mordre Jésus-Christ au talon, par lequel il faut entendre sa sainte

humanité, partie la plus voisine de la tere; mais le Sauveur, par sa mort, eut

la gloire de le vaincre et de le priver de l'empire que le péché lui avait donné

sur le genre humain. Dieu dit en outre au Serpent qu'il établirait une inimité sans fin entre sa race

et celle de la Femme. Cela signifie qu'après la chute de l'homme causée par

le péché, nonobstant la rédemption opérée par Jésus-Christ, il devait y avoir

dans le monde deux familles et deux postérités: par la race de Satan est

désignée la famille des pécheurs, qui sont ses enfants, étant imbus de son

venin; par le race de Marie est désignée la famille sainte, qui comprend tous

les justes avec Jésus-Christ, leur Chef. Marie fut donc destinée à être la

Mère tant du Chef que de ses membres, qui sont les fidèles; car, l'Apôtre le

dit expressément: "Vous n'êtes qu'un dans le Christ Jésus" (Ga 3, 28). Les

fidèles ne forment qu'un seul corps avec Jésus-Christ, le chef n'étant point

séparé de ses membres; et ces membres sont tous enfants spirituels de

Marie, puisqu'ils ont le même esprit que son propre Fils, qui est

Jésus-Christ. Ainsi, sur le Calvaire, saint Jean n'est pas désigné par son

nom, il s'appelle le Disciple aimé du Seigneur, afin que nous comprenions

que Marie est la Mère de tout chrétien fidèle, qui est aimé de Jésus-Christ, et

en qui Jésus-Christ vit par son esprit. Cela est conforme à la pensée

d'Origène: "Jésus dit à Marie: "Voici ton fils", comme s'il lui vait dit: "Voici

Jésus que tu as enfanté"; car celui qui est parfait, ce n'est plus lui qui vit,

c'est le Christ qui vit en lui." Denis le Chartreux dit que, dans la passion, le sein de Marie se remplit du

sang qui coulait des plaies de notre Sauveur, afin qu'elle pût en nourrir ses

enfants. Il ajoute que cette divine Mère, par ses prières et par les mérites

qu'elle acquit principalement en assitant à la mort de Jésus-Christ, nous

obtint la grâce de participer aux mérites de sa passion du Rédempteur.ô

Mère de douleurs! vous savez que j'ai mérité l'enfer; je n'ai d'autre espérance

de salut que dans la participation aux mérites de Jésus-Christ; c'est la grâce

que j'attends de votre intercession, et je vous en prie de me l'obtenir, pour

l'amour de ce divin Fils que, sur le Calvaire, vous avez vu de vos propres

yeux baisser la tête et expirer! ô Reine des Martyrs ! ô Avocate des

pécheurs ! secourez-moi toujours, et spécialement à l'heure de ma mort! Il

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