Les Gloires de Marie (page 10)
puissiez apprendre à vivre saintement, et comme le refuge auquel vous puissiez recourir dans vos
afflictions. Je l'ai formée moi-même de telle sorte que personne ne puisse la craindre ni avoir de
répugnance à l'invoquer ; c'est pourquoi je l'ai créée avec un naturel si plein de bonté et de compassion,
qu'elle ne saurait mépriser aucun de ceux qui ont recours à elle, ni refuser une faveur qu'on lui demande ;
elle tient ouvert à tous le sein de sa miséricorde, et ne permet jamais qu'après s'être jeté à ses pieds, on se
retire sans être consolé. - Louée soit donc et bénie à jamais l'immense bonté de notre Dieu, qui nous a
donné cette Mère, et cette Avocate si tendre et si aimante. O Dieu ! quelle tendresse dans les sentiments de confiance que saint Bonaventure, si embrasé du divin
amour, ressentait à l'égard de notre très aimant Rédempteur Jésus, et de notre très aimante Avocate Marie
! Le Seigneur m'eût-il réprouvé, disait-il, je sais qu'il ne peut se refuser à quiconque l'aime et le cherche
de coeur. Je le serrerai dans les bras de mon amour, et, s'il ne me bénit, je ne le laisserai point aller ; il ne
pourra se retirer, sans m'entraîner avec lui. Si je ne puis faire autre chose, je me cacherai au moins dans
ses plaies ; tant que je demeurerai là, il ne pourra me trouver hors de lui. - Enfin, ajoutait-il, si, en haine
de mes péchés, mon Rédempteur me chasse loin de lui, j'irai me jeter aux pieds de sa Mère ; et là
prosterné, je ne partirai point qu'elle ne m'ait obtenu mon pardon. Car cette Mère de miséricorde ne sait
et n'a jamais su être insensible aux misères, ni refuser d'exaucer les misérables qui ont recours à sa
protection. Ainsi, concluait le saint, si ce n'est par obligation, au moins par compassion, elle ne manquera
pas d'engager son divin Fils à me pardonner. Terminons, en disant avec Euthymius : Abaissez, ô Mère de miséricorde, abaissez vos regards
miséricordieux sur nous, qui sommes vos serviteurs, et qui avons mis en vous toute notre espérance.
EXEMPLE On lit dans le Trésir du Rosaire, qu'un gentil homme, animé d'une grande dévotion envers la Mère de
Dieu, s'était fait dans sa maison un pieux oratoire où il allait souvent prier devant une belle image de
Marie, non seulement pendant le jour, mais encore pendant la nuit, interrompant son repos pour honorer
ainsi sa Reine bien-aimée. Or, son épouse, personne du reste de beaucoup de piété, observant qu'il se
levait dans le plus profond silence de la nuit, sortait de la chambre, et ne revenait qu'au bout d'un temps
considérable, conçut malheureusement de mauvais soupçons. Tourmentée par cette cruelle épine, elle
hasarda un jour de demander à son mari s'il aimait une autre femme qu'elle. Il lui répondit en souriant : "
Sache que j'aime la dame la plus aimable du monde. Je lui ai donné tout mon coeur, et je mourrais plutôt
que de cesser de l'aimer. Si tu la connaissais davantage, tu me dirais toi-même de l'aimer davantage. " Il entendait parler de la Sainte Vierge, qu'il aimait d'un amour si tendre ; mais la pauvre femme, ne faisant
que tomber dans une plus grande inquiétude, voulut s'assurer de la vérité et l'interrogea de nouveau, afin
de savoir si c'était pour aller trouver cette dame qu'il se levait la nuit et sortait de l'appartement. Le
gentilhomme, qui ne connaissait pas la violente agitation de son épouse, répondit que oui. Ainsi persuadée
d'une chose qui n'était pas, et aveuglée par la passion, que fit alors cette malheureuse ? Une nuit que son
mari était sorti de sa chambre à l'ordinaire, de désespoir, elle prit un couteau et se coupa la gorge ; peu
après, elle expira. Le mari, ayant accompli sa dévotion, retourne dans l'appartement, va pour se remettre au lit, et le trouve
tout trempé ; il appelle sa femme, et elle n r pond point ; il la secoue de la main, et elle reste insensible. A
la fin, ayant pris de la lumière, il voit le lit plein de sang et son épouse étendue morte. Il comprit alors
qu'elle s'était tuée dans un accès de jalous, et que fit-il ? Il ferma la chambre à clef, et revint à la chapelle,
se prosterna devant la sainte Vierge, et là, pleurant à chaudes larmes, il se mit à dire : " Ma Mère ! voyez
dans quelle affliction je me trouve ; si vous ne me consolez, à qui dois-je recourir ? Songez que c'est pour
être venu ici vous honorer, que j'ai le malheur de voir mon épouse morte et damnée. Ma Mère ! vous le
pouvez, ah ! réparez ce malheur ". Lorsqu'on invoque avec conviance cette Mère de Miséricorde, on en
obtient tout ce qu'on veut. A peine le gentilhomme a-t-il fini sa prière, qu'il entend une servante lui dire : "
Monsieur, veuillez retourner à votre chambre ; Madame vous demande ". Mais, dans l'excès de sa joie, il
n'ose croire cette heureuse nouvelle : " Allez voir, répond-il, s'il est bien vrai qu'elle me demande. - Oui,
dit la servante au retour, venez vite ; Madame vous attend ". Il va, ouvre la chambre, et voit son épouse pleine de vie, qui, se jetant à ses pieds, les arrose de ses
larmes et le prie de lui pardonner, en disant : " Ah ! mon fidèle époux ! grâce à vos prières, la Mère de
Dieu m'a délivrée de l'enfer " ! Alors tous deux, pleurant de joie, se rendirent à l'oratoire pour remercier la
bienheureuse Vierge. Le lendemain, le mari invita tous ses parents à un festin, et leur fit raconter le fait
par sa femme elle-même ; celle-ci leur montra la marque de sa blessure, qui était encore visible ; et toute
la famille conçut pour la divine Mère des sentiments de confiance plus vifs que jamais.
PRIERE O Mère du saint amour, notre vie, notre refuge, et notre espérance ! vous savez que Jésus-Christ, votre
Fils, non content de se faire notre perpétuel avocat auprès de son Père, veut en outre que vous
intercédiez auprès de lui-même pour nous obtenir les divines miséricordes. Il a décrété que vos prières
nous aideraient à nous sauver, et il leur a donné tant de force qu'elles sont toujours exaucées. C'est
donc à vous, ô espérance des malheureux, c'est à vous que je m'adresse, moi misérable pécheur ;
j'espère que, par les mérites de Jésus-Christ et par votre intercession, je ferai mon salut. Telle est ma
confiance, et elle va si loin que, si mon salut éternel était entre mes mains, je le remettrais dans les
vôtres ; car je me fie plus en votre miséricorde et en votre protection que dans toutes mes oeuvres. Ma
Mère et mon espérance, ne m'abandonnez pas, comme je le mériterais ; considérez ma misère, et
laissez-vous toucher de ma compassion ; secourez-moi et sauvez-moi. Bien des fois, je le confesse, mes
péchés ont fermé la porte aux lumières et aux secours que vous m'avez obtenu de Dieu ; mais votre
compassion pour les misérables et votre pouvoir auprès du Seigneur surpassent le nombre et la malice
de mes iniquités. C'est une chose connue du ciel et de la terre que celui que vous protégez ne saurait se
perdre. Que je sois donc oublié de toutes les créatures, mais non de vous, ô Mère du Tout-Puissant !
Dites à Dieu que je suis votre serviteur, dites-lui que vous prenez ma défense, et je serai sauvé. O
Marie, je me confie en vous ; c'est avec cette confiance que je vie et que je veux et espère mourir,
disant toujours : " Mon unique espérance est Jésus, et, après Jésus, la vierge Marie ".
II
Marie est l'espérance des pécheurs. Après avoir créé la terre, Dieu fit deux grands luminaires, l'un plus grand, pour présider au jour,
l'autre moindre, pour présider à la nuit. Selon le cardinal Hughes, le premier de ces deux luminaires, le
soleil, est la figure de Jésus-Christ, dont la lumière éclaire les justes qui vivent dans la grâce de Dieu ; et le
second, la lune, est la figure de Marie, dont la douce lueur reste aux malheureux plongés dans la nuit du
péché. Marie étant donc cet astre propice aux pécheurs, que doit faire le malheureux qui se trouve
environné des ténèbres de l'iniquité ? Puisqu'il a perdu la lumière du Soleil de Justice en perdant la grâce
divine, répond Innocent III, qu'il tourne ses regards vers l'astre qui brille pour lui ; qu'il invoque Marie ;
elle l'éclairera sur le malheur de son état et lui donnera la force d'en sortir sans retard. Au dire de saint
Méthode, on pourrait à peine compter les conversions dues au prières de Marie. Parmi les titres sous lesquels la sainte église veut que nous invoquions la Mère de Dieu, le plus
encourageant pour les pauvres pécheurs, c'est le titre de Refuge des pécheurs, que nous lui donnons dans
les litanies. Anciennement, il y avait en Judée plusieurs villes de refuge, où les délinquants pouvaient se
retirer, afin d'échapper à la peine qu'ils avaient encourue ; à présent, il n'y a plus qu'une seule Cité de
refuge, et c'est Marie, à qui s'applique cette parole prophétique : Bien glorieuse, ô Cité de Dieu, sont les
choses qui ont été dites à ton sujet. Mais il est une différence entre elle et les asiles de la loi ancienne :
ceux-ci n'étaient pas ouverts à tous les coupables, mais seulement à ceux qui étaient prévenus de certains
délits ; au contraire, dès qu'ils se réfugient sous le manteau de Marie, tous les pécheurs, quelles que soient
leurs fautes, sont à l'abri du châtiment. " Je suis, nous dit-elle, par la bouche de saint Jean de Damas, je
suis la cité de refuge, tous ceux qui viennent à moi sont sauvés ". Il suffit de se réfugier dans cette Cité ;
quiconque est assez heureux pour y entrer, y trouve toute sûreté, avant même d'avoir plaidé sa cause.
Venez, entrons dans la ville forte, dit Jérémie, et demeurons-y en silence. D'après le bienheureux Albert
le Grand, cette ville forte est la sainte Vierge, que la grâce et la gloire environnent comme un rempart ; et
il ajoute, en citant la Glose : Puisque nous n'osons demander nous-mêmes au Seigneur le pardon de nos
péchés, nous pouvons du moins nous retirer dans cette citadelle et nous y tenir en silence ; ce sera assez,
Marie se chargera de parler et d'intercéder pour nous. Un autre pieux auteur exhorte également tous les
pécheurs à s'abriter sous le manteau de la Reine du ciel : " Réfugiez-vous, Adam et Eve, et vous aussi,
leurs pauveres enfants, réfugiez-vous tous dans le sein de cette bonne Mère. Ne savez-vous par qu'elle
est l'unique Cité de refuge, et l'unique espérance des pécheurs ? " Oui, l'unique espérance des pécheurs ;
ainsi l'appelle déjà saint Augustin. " O Marie, vous êtes l'unique avocate des pécheurs et de ceux qui sont dénués de toute ressource ", dit à
son tour saint Ephrem ; puis il s'écrie : " Salut, ô vous, le refuge des pécheurs et leur asile ; en vous seule,
ils peuvent trouver sûreté et protection ". Et, selon un auteur, David désignait déjà Marie quand il disait :
Dieu m'a mis à couvert dans le secret de son tabernacle. Quel est, en effet, le tabernacle de Dieu, sinon
Marie ? ainsi la nomme saint André de Crète : " Vous êtes, dit-il, le tabernacle que Dieu lui-même a
dressé, et dans lequel lui seul est entré, pour accomplir les grands mystères de la rédemption des hommes
". L'illustre saint Basile dit à ce propos qu'en nous donnant Marie, Dieu nous a en quelque sort ouvert un
hôpital public, où peuvent être reçus tous les malades pauvres et privés de tout autre ressource. Or, je le
demande, les hôpitaux étant fondés spécialement pour les pauvres, quels sont ceux qui ont le plus de titre
à y être admis ? ne sont-ce pas les plus indigents et les plus malades ? Celui donc qui se trouve plongé
dans la misère, c'est-à-dire dépourvu de tout mérite et chargé de péchés, qui sont les maladies de l'âme, il
peut, ce semble, dire à Marie : Auguste Dame ! vous êtes l'asile des pauvres malades ; ne me rejetez donc
pas, puisque, plus pauvre et plus malade que tous les autres, j'en aiplus de droit à être accueilli par vous. Disons-lui avec saint Thomas de Villeneuve : O Marie, nous, pauvres pécheurs, nous ne connaissons
point d'autre refuge que vous ; vous êtes notgre unique espérance dans l'affaire de notre salut ; vous êtes
après Jésus-Christ l'unique avocate vers laquelle nous tournons nos regards. Dans les révélations de sainte Brigitte, Marie est dite l'astre avant-coureur du soleil, pour nous donner à
entendre que, quand la dévotion à la divine Mère fait son apparition dans l'âme d'un pécheur, c'est un
présage infaillible que bientôt le Seigneur reviendra à elle avec les richesses de sa grâce. Le glorieux saint
Bonaventure, pour réveiller la confiance des pécheurs en la protection de Marie, les représente d'abord
comme exposés à périr dans une mer orageuse. Déjà tombés du navire dela grâce, et ballotés ça et là par
le remords de leur conscience et la crainte des jugements de Dieu, sans lumière et sans guide, les
infortunés se voient au moment de perdre le dernier souffle d'espérance qui les fait encore vivre. C'est
alors que le Seigneur, leur montrant Marie, si connue sous le nom d'étoile de la mer, élève en quelque
sorte la voix pour crier à ces naufragés : Pauvres pécheurs qui vous croyez perdus, ne désespérez pas ;
levez les yeux vers cette belle étoile, reprenez haleine et courage ; car Marie vous retirera du milieu de la
tempêtel et vous conduira au port du salut. - Saint Bernard exprime la même pensée : Si vous ne voulez
pas être submergé par la tempête, regarde l'étoile, appelez Marie à votre secours. Et, en effet, selon Louis de Blois, "Marie est l'unique refuge de ceux qui ont eu le malheur d'offenser
Dieu ; elle est l'asile de tous ceux qui sont en butte aux tentations et aux coups de l'adversité ; elle est
toute bonté, toute douceur, non seulement envers les justes, mais encore envers les pécheurs les plus
désespérés : aussi, quand elle les voit venir à elle, et qu'elle les entend implorer de tout coeur son
assistance, elle s'empresse de les secourir, les accueille, et leur obtient leur pardon de son divin Fils. Elle
n'en sait mépriser aucun, si indigne qu'il soit ; elle ne refuse à aucun sa protection ; elle les console tous ;
et à peine l'a-t-on invoquée, qu'on en est aussitôt secouru. Bien souvent, par sa douceur, elle sait attirer à
son culte et réveiller les pécheurs les plus étrangers à l'amour de Dieu, les plus profondément ensevelis
dans la léthargie du vice ; par là ils se disposent à recevoir la grâce divine et à se rendre enfin dignes de la
gloire éternelle. En formant cette Fille de prédilection, Dieu l'a douée d'un caractère si compatissant et si
prévenant, que personne ne peut jamais, par défaut de confiance, hésiter à réclamer son intercession.
Enfin, conclut le pieux auteur, il n'est pas possible qu'une âme se perde, qui cultive avec zèle et humilité
la dévotion à cette divine Mère." Elle est comparée au platane : Je me suis élevée comme le platane. C'est encore un encouragement pour
les pauvres pécheurs. Le platane protège contre les ardeurs du soleil les voyageurs qui se réfugient sous
son feuillage, et quand Marie voit la colère divine près d'éclater sur la tête des pécheurs, elle les invite à se
réfugier sous l'ombre de sa protection. C'était avec raison, remarque saint Bonaventure, que le prophète
Isaïe se désolait de son temps, et disait à Dieu : Vous voilà irrité contre nous, et votre colère est juste,
car nous avons péché ; et il n'est personne qui se lève pour retenir votre bras, personne qui puisse vous
fléchir en notre faveur. Il disait vrai, car, en ces temps, Marie n'était pas encore au monde ; et, avant sa
naissance, dit le saint, personne n'eût osé comme elle retenir le bras vengeur du Très-Haut. Mais
aujourd'hui, quelque irrité que soit le Seigneur contre un pécheur, si Marie le prend sous sa protection,
elle parvient à le sauver en empêchant son Fils de le punir. Et aucune créature, continue le même saint, ne
pourrait, aussi bien qu'elle, aller jusqu'à mettre la main sur le glaive de la divine justice, et suspendre les
coups dont il menace les coupables. Richard de Saint-Laurent exprime la même pensée : Avant la
naissance de Marie, dit-il, Dieu se plaignait que personne ne s'opposât à ses vengeances sur les pécheurs ;
mais, à présent que Marie est dans le monde, elle apaise sa colère. Basile de Séleucie encourage aussi le pécheur, en lui disant : " Pécheur, ne perds pas confiance, mais, en
toute circonstance, recours à Marie et invoque-là ; tu la trouveras toujours prête à te secourir, car c'est la