Les Gloires de Marie (page 11)

Alphonse de Liguori · Vie de piété

Texte français, domaine public · Source : jesusmarie.free.fr — Les Gloires de Marie (1re et 2de parties) · 27 pages

Fiche de l’œuvre dans le savoir

volonté de Dieu qu'elle nous aide dans tous nos besoins ". - Cette Mère de miséricorde est si désireuse de

sauver les pécheurs les plus désespérés, qu'elle va elle-même à leur recherche pour les secourir ; et, s'ils

implore son assistance, elle sait bien trouver le moyen de les rendre chers à Dieu. Isaac désirait un jour manger du gibier ; il appela ésaü et lui promit de le bénir quand il lui en aurait

apporté. Mais Rébecca, qui voulait que cette bénédiction fût l'apanage de son autre fils Jacob, ordonna à

celui-ci de lui amener deux chevreaux, qu'elle apprêterait au goût d'Isaac. Selon saint Antonin, Rébecca

fut ici la figure de Marie, et les chevreaux celle des pécheurs : la Reine du ciel dit aux anges : Amenez-moi

des pécheurs ; je leur procurerai le repentir de leurs fautes avec une ferme résolution de ne plus pécher, et

je saurai, par ce moyen, les rendre agréable et chers au Seigneur. - L'abbé Francon, développant la même

pensée, ajoute que Marie sait si bien apprêter ses chevraux, qu'ils deviennent, pour le goût, non seulement

comparables, mais parfois même supérieurs aux cerfs. Il n'est pas au monde de pécheur, pour éloigné qu'il soit de Dieu, qui ne puisse se convertir, et recouvrer

l'amitié divine, s'il veut seulement recourir à Marie et réclamer son assistance. Elle-même l'a révélé ainsi à

sainte Brigitte. La même sainte entendit un jour Jésus-Christ dire à sa Mère, qu'elle serait disposée à

demander la grâce pour Lucifer même, si celui-ci pouvait s'humilier jusqu'à se recommander à elle : "

Vous ne refuserie pas votre compassion au démon lui-même, s'il vous priait humblement ". Jamais on ne

verra cet esprit superbe s'abaisser au point d'implorer la protection de Marie ; mais, si cela pouvait arriver,

la Mère de Dieu serait assez bonne, assez puissantes seraient ses prières, pour lui obtenir du Seigneur le

pardon et le salut. Mais ce qui ne peut avoir lieu pour le démon, se réalise tous les jours en faveur des

pécheurs qui ont recours à cette Mère de miséricorde. L'arche de Noé fut sans doute une figure de Marie ; car, si l'arche offrit un abri à tous les animaux de la

terre, le manteau de Marie sert de refuge à tous les pécheurs, que leurs vices et leurs péchés sensuels

assimilent aux brutes. Il y a cependant une différence, observe un auteur : Les animaux entrés dans

l'arche demeurèrent ce qu'ils étaient : le loup demeura lou, le tigre demeura tigre ; au lieu que, sous le

manteau de Marie, le loup se transforme en agneau, et le tigre en colombe. Sainge Gertrude vit un jour la

bienheureuse Vierge qui tenait son manteau ouvert ; sous ce manteau, la sainte aperçut grand nombre de

bêtes féroces de différentes espèces, tels que léopards, lions, ours ;elle remarqua que Marie, loin de les

chasser, les recevait avec bonté et les caressait de sa douce main. Gertrude comprit que ces bêtes féroces

sont les malheureux pécheurs, que Marie accueille avec amour quand ils ont recours à elle. Saint Bernard avait donc bien raison de dire à Marie : Auguste Souveraine, jamais vous ne repoussez un

pécheur, si souillé et abominable soit-il, s'il se réfugie auprès de vous ; dès qu'il implore votre secours,

vous ne dédaignez pas d'étendre votre main miséricordieuse pour le retirer de l'abîme du désespoir. O

aimable Marie ! béni et remercié soit à jamais le Seigneur qui vous a faite si douce et si bonne, même

envers les misérables pécheurs ! Malheureux celui qui ne vous aime pas, malheureu celui qui pouvant

implorer votre pitié, ne met pas en vous sa confiance ! - Celui-là se perd, qui ne recourt pas à Marie.

Mais qui, après l'avoir fait, s'est jamais perdu ? On lit dans l'écriture que Booz permit à Ruth de ramasser les épis tombés des mains des moissoneurs.

Saint Bonaventure fait là-dessus cette réflexion : De même que Ruth trouva grâce aux yeux de Booz, ainsi

Marie a trouvé grâce aux yeux du Seigneur, qui lui a permis de recueuillir les épis échappés aux

moissoneurs. Les moissoneurs sont les ouvriers évangéliques, les missionaires, les prédicateurs, les

confesseurs, dont les travaux gagnent chaque jour des âmes à Dieu. Mais il est des âmes rebelles et

endurcies que, malgré tout leur zèle, ils se voient forcés d'abandonner ; c'est le privilège exclusif de Marie

d'empêcher par sa puissante intercession, que des épis délaissés ne se perdent. Mais aussi, malheur aux

âmes qui résistent à la main de cette douce glaneuse ! Assurément, elles resteront à jamais perdues et

maudites. Bienheureuses, au contraire, celles qui ont recours à une si bonne Mère ! Il n'y a pas au

monde, dit le pieux Louis de Blois, un pécheur tellement désespéré et plongé dans la fange du vice, que

Marie en ait horreur et le repousse : ah ! qu'il vienne seulement réclamer l'assistance de cette tendre Mère

; il verra si elle veut et peut le réconcilier avec son divin Fils, et lui obtenir son pardon. Ce n'est donc pas à tort, ô ma très douce Souveraine, que saint Jean Damascène vous salue l'Espérance

des désespérés, que saint Laurent Justinien vous proclame l'Espérance des coupables, saint Augustin,

l'unique Ressource des pécheurs, saint Ephrem, le Port assuré des naufragés. Le même sait pousse la

hardiesse jusqu'à vous appeler la protectrice des damnés. C'est avec raison enfin que saint Bernard exhorte les désespérés eux-mêmes à ne pas désespérer ; et que,

plein de joie et de tendresse envers sa Mère chérie, il lui dit amoureusement : Vierge sainte ! qui donc

n'aura pas confiance en vous, si vous secourez même les désespérés ? Je ne doute nullement, ajoute-t-il,

qu'à la seule condition de réclamer votre secours, nous n'obtenions tout ce que nous voudrons ; celui

donc qui n'a plus d'espoir, doit encore espérer en vous. Saint Antonin raconte qu'un homme qui vivait dans la disgrâce de Dieu, eut un jour une vision dans

laquelle il lui sembla se trouver au tribunal de Jésus-Christ ; le démon présenta le dossier de ses péchés,

lesquels, mis dans la balance de la justice divine, l'emportèrent de beaucoup sur toutes ses bonnes

oeuvres. Que fit alors sa puissante Avocate ? elle étendit sa douce main et l'appuya sur l'autre bassin de la

balance qu'elle fit pencher en faveur de son client. Par là, elle lui donnait à entendre qu'elle lui obtiendrait

son pardon, s'il voulait changer de vie ; et, en effet, après cette vision, le pécheur se convertit et vécut en

bon chrétien.

EXEMPLE Le vénérable Jean Herolt, qui par humilité prit le nom de Disciple, rapporte le trait qu'on va lire. Un

homme marié vivait dans le désordre ; son épouse, femme vertueuse, ne pouvant lui persuader de

renoncer au péché, le pria de vouloir au moins, dans cet état misérable, pratiquer quelque dévotion envers

la Mère de Dieu, ne fût-ce que de la saluer en récitant un Ave Maria toutes les fois qu'il passerait devant

une de ses images. Il consentit à observer cette pratique. Une nuit que ce malheureux était sorti dans le dessein de se livrer au péché, il aperçut de loin une lumière,

s'approcha et vit que c'était une lampe qui brûlait devant une statue de Marie tenant entre ses bras Jésus

enfant. Il récite l'Ave Maria selon sa coutume ; mais ensuite, quel objet s'offre à ses regards ! Le divin

Enfant lui apparaît tout couvert de plaies fraîchement ouvertes et d'où le sang tombe à grosses gouttes.

épouvanté et en même temps attendri, considérant que c'était lui qui, par ses péchés, avait ainsi déchiré

les membres de son Rédempteur, il se mit à pleurer ; mais il remarqua que Jésus lui tournait le dos. Alors,

tout pénétré de confusion, il eut recours à la sainte Vierge, et lui parla ainsi : " Mère de miséricorde, votre

Fils me repousse ; je ne puis trouver d'avocate plus bienveillante ni plus puissante que vous, qui êtes sa

Mère ; ô ma Reine, assistez-moi, priez-le pour moi. " La Mère du Sauver lui répondit par sa statue : "

Vous autres, pécheurs, vous m'appelez Mère de miséricorde, mais, en même temps, vous ne cessez de

faire de moi une mère de misère, en renouvelant continuellement la passion de mon Fils et mes propres

douleurs". Néanmoins, comme Marie ne sait jamais renvoyer sans consolation celui qui se jette à ses pieds, elle se

tourna vers son divin Fils et le pria de pardonner à ce malheureux. Jésus continuait de montrer de la

répugnance à accorder ce pardon ; mais la sainte Vierge, déposa son cher Enfant dans la niche, se

prosterna devant lui, en disant : " Mon Fils, je ne me relève pas, je reste ici à vos pieds, si vous ne

pardonnez à ce pécheur. - Ma Mère, dit alors Jésus, je ne vous puis rien refuser : vous voulez qu'il lui soit

pardonné ; pour l'amour de vous, je lui pardonne, faites-le venir baiser mes plaies ". Le pécheur

s'approcha tout en larmes ; et, à mesure qu'il baisait les plaies du saint Enfant, elles guérissaient aussitôt.

Enfin, Jésus l'embrassa en signe de réconciliation. Dès ce moment, cet homme changea de conduite,

mena une vie édifiante, et donna des marques d'une ardente dévotion à la bienheureuse Vierge, qui lui

avait obtenu une fabeur si grande.

PRIèRE O Vierge Immaculée, je vénère votre très saint Coeur, qui fut les délices et le repos d'un Dieu, ce

Coeur tout plein d'humilité, de pureté et d'amour divin, Moi, malheureux pécheur, je viens à vous, le

coeur rempli de fanges et d'ulcères ; ô Mère de miséricorde, ne me dédaignez pas pour cela, mais n'en

ayez que plus de compassion, et secourez-moi. Ne cherchez pas en moi, pour venir à mon aide, ni

vertus, ni mérites ; je suis une âme perdue et qui ne mérite que l'enfer. Considérez uniquement, je vous

prie, la confiance que j'ai en vous et la résolution où je suis de me corriger. Considérez ce que Jésus a

fait et souffert pour moi, et puis abandonnez-moi si vous le pouvez. Souffrez que je vous remette sous

les yeux toutes les peines de sa vie, le froid qu'il endur dans l'étable, le voyage qu'il fit en égypte, le

sang qu'il répandît, la pauvreté, les sueurs, les tourments, la mort qu'il souffrit en votre présence pour

l'amour de moi ; et, pour l'amour de Jésus, songez à me sauver. Ah ! ma Mère, je ne veux ni ne puis craindre que vous me repoussiez, maintenant que j'ai recours à

vous et que j'implore votre assistance. Si j'avais une telle crainte, je ferais injure à votre miséricorde,

qui va cherchant les malheureux pour les secourir. Sainte Reine, ne refusez pas votre pitié à celui à

qui Jésus-Christ n'a pas refusé son sang. Mais les mérites de ce sang précieux ne me seront pas

appliqués, si vous ne em recommandez à Dieu. C'est de vous que j'espère mon salut ; je ne vous

demande ni richesse, ni honneurs, ni autres biens terrestres, je vous demande la grâce de Dieu,

l'amour de votre Fils, Jésus, la grâce d'accomplir sa volonté, et enfin le paradis pour l'aimer

éternellement. Est-il possible que vous refusiez de m'exaucer ? Non, vertes ; vous m'exaucez dès à

présent, j'en ai la confiance : déjà vous priez pour moi, déjà vous me procurez les grâces ue je sollicite

: déjà vous me prenez sous votre protection. Ma Mère, ne m'abandonnez point ; continuez, oui,

continuez de prier pour moi, jusqu'à ce que vous me voyiez sauvé, reçu dans le ciel, et prosterné à vos

pieds pour vous bénir et vous remercier pendant toute l'éternité. Amen.

CHAPITRE IV

Ad te clamamus, exules filii Evae

Enfants d'ève, pauvres exilés, nous crions vers vous.

MARIE, NOTRE SECOURS

I

Combien Marie est prompte à secourir ceux qui l'invoquent Pauvres enfants de la malheureuse ève, et, comme tels, coupable aux yeux de Dieu de la même faute et

condamnés à la même peine, nous errons çà et là dans cette vallée de larmes, exilés de notre patrie,

gémissant sous le poids de maux innombrables qui nous affligent dans le corps et dans l'âme ! Mais, au

milieu de ces peines, heureux celui qui tourne souvent ses regards vers la Consolatrice du monde, le

Refuge des misérables, l'auguste Mère de Dieuu, et l'invoque et la prie avec ferveur ! Heureux, dit Marie,

celui qui écoute mes conseils, et qui veille continuellement aux portes de ma miséricorde, pour

invoquer mon intercession et mon secours ! La sainte église, notre Mère, nous enseigne clairement, par le culte spécial qu'elle lui voue, avec quel

empressement et quelle confiance nous devons recourir sans cesse à cette bienveillante Protectrice : elle

célèbre dans le courant de l'année un grand nombre de fêtes en l'honneur de Marie ; elle consacre

spécialement à son service un jour chaque semaine ; elle veut que, chaque jour, dans l'office divin, les

ecclésiastiques et les religieux l'invoquent au nom de tout le peuple chrétien ; trois fois le jou, au son des

cloches, elle invite les fidèles à la saluer. Au surplus, comment douter de l'intention de l'église à cet égard,

quand on la voit, dans toutes les calamités publiques, s'adresser à la Mère de Dieu et ne négliger, pour se

la rendre favorable, aucune des pratiques pieuses, telles que neuvaines, prières spéciales, processions,

vistes de ses églises ou de ses images ? Et, remarquons-le bien, si Marie désire être invoquée et priée ainsi

pour nous en toute occurence, ce n'est pas qu'elle mendie nos hommages, toujours fort au-dessous de son

mérite, mais elle veut que, par des progrès toujours nouveaux en confiance et en dévotion envers elle,

nous méritions de sa part une plus grande abondance de secours et de consolations. Ainsi l'entendait saint

Bonaventure : " Marie cherche, dit-il, des âmes qui recourent à elle avec de vifs sentiments de respect et

d'amour ; car ce sont celles-là qu'elle chérit, qu'elle nourrit, qu'elle embrasse comme ses enfants. " Selon la pensée du même Docteur, Marie fut préfigurée par Ruth, dont le nom signifie " celle qui voit et

qui se hâte " ; car, quand Marie nous voit dans la tribulation, elle en est touchée et se hâte de nous venir

en aide. Dans son désir de nous favoriser, ajoute Novarin, elle ne peut souffrir de retard ; et, loin de

retenir ses grâces d'une main avare, cette Mère de miséricorde n'a rien de plus pressé que de répandre sur

ses serviteurs les trésors de munificience." Oh ! comme cette bonne Mère est prompte à secourir quiconque l'invoque ! En expliquant un passage des

Cantiques, Richard de Saint-Laurent fait cette remarque : " Le coeur maternel de Marie n'est pas moins

prompt à donner le lait de la miséricorde à ceux qui le demandent, que les jeunes chevreuils ne le sont à

bondir ; un simple Ave Maria suffit, assure-t-il, pour faire jaillir à flots ce lait bienfaisant. " Et, selon

Novarin, la bienheureuse Vierge ne se contente pas de courir, elle vole au secours de ceux qui l'invoquent.

Dans l'exercice de la miséricorde, dit-il, elle ne peut manquer d'imiter le Seigneur : fidèle à la promesse

qu'il nous a faite en ces termes : Demandez et vous recevrez, Dieu semble prendre des ailes quand il s'agit

d'aller tirer de la peine une âme qui l'appelle à son aide ; ainsi fait aussi Marie quand nous la prions ; elle

ne sait nous différer son assistance. Par là, on comprend quelle est cette femme dont il est dit dans

l'Apocalypse : Il fut donné à la femme deux grandes ailes pareilles à celle de l'aigle. Par ces ailes,

Ribeira entend celles de l'amour, à l'aide desquelles Marie s'élevait sans cesse vers Dieu. Mais le

bienheureux Amédée donne une explication plus conforme à notre sujet ; pour lui, ces ailes d'aigle

marquent la promptitude de Marie à secourir ses enfants. Les séraphins eux-mêmes, ajoute-til, ne

sauraient égaler la rapidité de son vol. Tout ceci est confirmé par un passage de l'évangile. Quand Marie alla visiter élisabeth et combler de

grâces toute cette heureuse famille, elle ne marcha pas avec lenteur, mais selon la remarque de saint Luc,

elle fit grande diligence pendant tout le trajet ; ce qui n'est pas dit de son retour. Pourquoi, dans les sacrés

Cantiques, est-il dit des mains de Marie qu'elles semblaient faites au tour ? " L'art du tour, répond

Richard est de tous le plus prompt et le plus expéditif ; et Marie est plus prompte qu'aucun autre saint à

tendre une main secourable à ses dévots". Ineffable est son désir de consoler tout le monde, ajoute Louis

de Blois ; aussi elle n'a pas sitôt entendu une voix suppliante s'élever vers elle, qu'elle y prête une oreille

favorable et l'exauce. Qu'il avait donc raison saint Bonaventure, quand, s'adressant à Marie, il s'écriait : "

O toi, le salut de ceux qui t'invoquent " ! Par là il donnait à entendre qu'il suffit pour être sauvé

d'invoquer cette divine Mère, toujours prête, assure Richard de Saint-Laurent, à secourir quiconque la

prie. Et nous ne devons point nous en étonner, puisque, selon Bernardin de Bustis, cette grande Reine

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