Les Gloires de Marie (page 9)
les yeux la vie qu'il avait menée dans le siècle et la rigueur des divins jugements ; ces pensées lui
inspirèrent des doutes touchant son salut et une vive crainte de la mort. Mais, quand les pieux serviteurs
de Marie sont dans la peine, elle ne dort pas. Escortée d'une multitude de saints, elle se présenta tout à
coup au mourant , et le rassura par ses tendres paroles : Mon cher Adolphe, tu m'appartiens, tu t'es donné
à moi, et tu redoutes la mort ? - A ces mots le serviteur de Marie se sentit entièrement consolé, toutes ses
craintes s'évanouirent, et il mourut au sein d'une paix profonde et d'un doux consentement. Ayons bon courage, nous aussi, bien que pécheurs ; et si, pendant le reste de notre pélerinage ici-bas,
nous servons Marie avec amour, espérons qu'elle viendra nous secourir dans les angoisses de notre mort,
et nous consoler par sa présence. Notre bonne Reine en fit la promesse, un jour qu'elle s'entretenait avec
sainte Mechtilde : " Tous ceux, lui dit-elle, qui me servent pieusement, peuvent compter qu'à leur heure
dernière, je me ferai un devoir de me tenir à leurs côtés, comme la plus tendre des mères pour les
consoler et les défendre ". O Dieu ! à ce moment où nous attendrons la décision de notre éternel sort,
quelle joie pour nous, de voir auprès de nous la Reine du ciel qui nous assistera et relèvera notre
confiance, en nous assurant de sa protection ! C'est là une faveut dont on voit dans les livres une multitude innombrable d'exemples, outre ceux que
nous avons déjà cités. Elle fut accordée à sainte Claire, à saint Félix de Cantalice, à sainte Claire de
Montefalco, à sainte Thérèse, à saint Pierre d'Alcantara. Mais, pour notre commune consolation, nous en
relaterons quelques autres encores. Au rapport du Père Crassetm sainte Marie d'Oignies vit un jour la
bienheureuse Vierge au chevet d'une pieuse veuve de Willembroc ; elle se tenait tout à côté de la malade ;
et, comme celle-ci était en proie aux brûlantes ardeurs de la fièvre, elle la consolait et la rafraîchissait à
l'aide d'un éventail. Saint Jean de Dieu allait mourir et attendait la visite de Marie, à laquelle il était très
dévot ; mais, ne la voyant point paraître, il en était tout triste, et peut-être même s'en plaignait-il. Tout à
coup, le moment suprême arrivé, la divine Mère lui apparut, et, comme pour lui reprocher son peu de
confiance, elle lui adressa ces tendres paroles, qui doivent remplir de courage tous ses serviteurs : " Cette
heure est celle où jamais je ne délaisse mes serviteurs dévoués ". C'est comme si elle eût dit : Mon cher
Jean, que pensais-tu ? que je t'avais abandonné ? Ne sais-tu donc pas que je ne saurais abandonner mes
serviteurs à l'heure de la mort ? Je ne suis pas accourue plus tôt parce que le temps n'était pas encore
venu ; maintenant qu'il est arrivé, me voici prête à te prendre avec moi ; allons en paradis. - Peu après, le
saint expira, et son âme s'envola vers les cieux, pour y remercier à jamais sa très aimante Reine. Terminons cet entretien, par l'exemple suivant, qui montre jusqu'où va la tendresse de cette bonne Mère
envers ses enfants, lorsqu'ils se trouvent au lit de la mort.
EXEMPLE Un curé avait été appelé auprès d'un homme riche qui allait mourir. Il le trouva dans une maison bien
meublée, entouré des soins de ses domestiques, de ses parents et des amis ; mais il vit en même temps les
démons sous forme de chiens, qui attendaient sa mort pour s'emparer de son âme ; et ils l'eurent en effet,
car ce malheureux mourut dans le péché. Or, pendant que le curé était là occupé, on vint le demander de
la part d'une pauvre femme, proche, elle aussi de sa fin, et qui désirait recevoir les Sacrements. Le curé
ne pouvait abandonner ce riche dans un moment si critique ; il envoya à sa place un autre prêtre, qui prit
le saint ciboire et partit. Arrivé au logis de cette bonne femme, le prêtre ne vit ni domestique, ni compagnie, ni meubles précieux,
parce que la malade était pauvre et n'avait guère pour lit qu'un peu de paille ; mais que voit-il ? dans la
chambre, une grande lumière, et, près du lit de la mourante, la Mère de Dieu, qui la consolait, et essuyait
avec un linge son front couvert des sueurs de l'agonie. A la vue de la sainte Vierge, le prêtre n'osait
approcher ; mais, sur un signe qu'elle lui fit, il entra, et Marie, lui indiquant un escabeau, l'invita à
s'asseoir pour entendre la confession de sa servante. Celle-ci se confessa, et, après avoir communié avec
beaucoup de dévotion, elle expira heureusement entre les bras de Marie.
PRIèRE O ma très douce Mère, quelle sera la mort d'un pauvre pécheur tel que moi ? Dès à présent, quand je
pense au moment redoutable où je devrai quitter cette vie et comparaître au tribunal de Dieu, et qu'en
même temps je me rappelle avoir tant de fois écrit moi-même, par des actes pervers, la sentence de ma
condamnation, je tremble, je demeure confondu, et je crains beaucoup pour mon salut éternel. O
Marie, c'est dans le sang de Jésus et dans votre intercession que sont mes espérances. Vous êtes la
Reine du ciel, la Maîtresse de l'univers ; vous êtes, c'est tout dire, la Mère de Dieu ! Vous êtes donc
bien grande ! Mais votre grandeur ne vous éloigne pas de nous, au contraire, elle vous dispose à une
plus vive compassion pour nos misères. Les amis d'ici-bas ne se voient pas plus tôt revêtus de quelque dignité, qu'ils se tiennent sur la réserve
; ils ne daignent même plus accorder un regard à un ancien ami victime des revers dela fortune. Votre
noble et tendre coeur n'est pas ainsi fait : où vous voyez plus de misère, c'est là surtout que vous portez
votre assistance ; à peine invoquée, vous volez aussitôt à notre secours ; vos faveurs préviennent même
nos prières ; vous nous consolez dans nos affections, vous dissipez les tempêtes, vous terrassez nos
ennemis ; en un mot, vous ne laissez échapper aucune occasion de nous faire du bien. Bénie soit à
jamais la divine Bonté, qui a réuni en vous tant de majesté et tant de tendresse, tant d'élévation et tant
de charité ! J'en remercie sans cesse le Seigneur, et je m'en félicite moi-même, parce que je mets tout
mon bonheur dans le vôtre. O consolatrice des affligés, consolez un affligé qui se recommande à vous ; je me sens tourmenté par
les remords d'une conscience chargée d'innombrables péchés ; j'ignore si je les ai pleurés comme je
devais ; je vois toutes mes oeuvres pleine d'imperfections et de souillures ; l'enfer attend ma mort pour
m'accuser ; la divine justice outragée veut être satisfaite. Ma Mère qu'en sera-t-il de moi ? Si vous ne
venez à mon aide, je suis perdu. Dites-moi : voulez-vous me secourir ? O Vierge compatissante, consolez-moi ; obtenez-moi une vraie douleur de mes péchés ; obtenez-moi la
force de me corriger et d'être fidèle à Dieu le reste de mes jours. Et, quand je me trouverai dans les
extrêmes angoisses de la mort, ô Marie, mon espérance, ne m'abandonnez pas. Assistez-moi plus que
jamais à cette heure, et soutenez-moi, afin que je ne tombe pas dans le désespoir à la vue de mes
fautes, que le démon me remettra sous les yeux. Ma Reine, pardonnez ma témérité ; venez vous-même alors me consoler par votre présence. Cette
grâce, vous l'avez faite à tant d'autres ; je la réclame aussi pour moi. Si ma témérité est grande, plus
grande encore est votre bonté, qui va chercher les plus misérables pour les consoler ; c'est là ce qui
fait ma confiance. Que votre gloire éternelle soit d'avoir sauvé de l'enfer un malheureux damné, et de
l'avoir conduit dans votre royaume, où j'espère avoir un jour le bonheur de me tenir à vos pieds pour
vous rendre grâces, vous bénir et vous aimer, sans cesse et sans fin. O Marie ! je vous attends, ne me
privez pas cette consolation ! Fiat, fiat ! Amen, amen !
CHAPITRE III
Spes, nostra, salve !
O notre espérance, nous vous saluons.
MARIE, NOTRE ESPéRANCE
I
Marie est l'espérance de tous les hommes Les hérétiques modernes sont révoltés de nous entendre saluer et invoquer Marie comme notre
Espérance. Spes nostra, salve ! Dieu seul, disent-ils, est notre espérance, et il maudit quiconque met son
espérance dans la créature, car il est écrit : Malédiction à l'homme qui se confie en un homme. Comment
donc Marie peut-elle être notre espérance, puisqu'elle est une simple créature ? Ainsi disent les hérétiques
; mais, nonobstant leurs clameurs, la sainte église veut que, chaque jour, tous les ecclésiastiques et tous
les religieux élèvent la voix vers Marie, et qu'au nom de tous les fidèles, ils l'invoquent et la saluent du
nom si doux de notre Espérance, Espérance de tous les hommes : Spes nostra, salve ! " ô notre
Espérance, nous vous saluons ! " Selon saint Thomas, il est deux manières de placer son espérance en une personne, selon qu'on la
considère comme cause principale, ou comme cause intermédiaire, Ceux qui attendent du roi quelque
faveur, l'attendent de lui comme souverain, et de son ministre ou favori comme intercesseur. Si la grâce
est accordée, elle viendra principalement du roi, mais par l'intercession de son favori ; ainsi, celui qui la
sollicite, a bien raison d'appeler l'intercesseur son espérance. Le Roi du ciel, en raison de sa bonté infinie,
désire extrêmement nous enrichir de ses grâces ; mais pour cela la confiance est nécessaire de notre part ;
voulant donc augmenter en nous cette confiance, il nous a donné pour Mère et pour Avocate sa propre
Mère, et l'a investie de tout pouvoir pour nous appuyer ; il veut en conséquence que nous mettions en elle
l'espoir de notre salut et de tous les biens. Ceux qui placent leur espérance dans les créatures, et d'une
manière indépendante de Dieu, comme font les pécheurs, qui ne reculent pas devant l'offense de Dieu,
pour gagner l'amitié ou la faveur d'un homme, ceux-là sans aucun doute sont maudits de Dieu, ainsi que
le déclare le prophète. Mais ceux qui espère en Marie comme Mère de Dieu, ayant le pouvoir de leur
obtenir la grâce et la gloire, sont bénis du Seigneur ; ils font ce qui est agréable à son coeur, car Dieu se
plaît à voir honorer cette sublime créature, qui l'a aimé et glorifié en ce monde plus que tous les hommes
et tous les anges. C'est donc à juste titre que nous proclamons la bienheureuse Vierge notre Espérance, puisque, selon le
cardinal Bellarmin, nous espérons obtenir par son intercession ce que n'obtiendraient pas nos prières
seules - Nous la prions, dit Suarez, afin que la dignité d'une telle Médiatrice supplée à notre bassesse. Or,
ajoute-t-il, prier Marie avec une telle espérance, ce n'est pas témoigner que nous nous défions de la
miséricorde divine, mais que nous tremblons à la pensée de notre indignité. Ainsi, l'église a raison d'appeler Marie, par un mot emprunté à l'Ecclésiastique, la Mère de la sainte
espérance, c'est-à-dire, celle qui fait naître en nous, non la vaine espérance des biens misérables et
passagers de cette vie, mais la sainte espérance des biens immenses et éternels de la vie future. Saint Ephrem, s'adressant à la divine Mère, s'écrie : " Recevez mes hommages, ô Marie, ô l'espérance de
mon âme, le slut assuré des chrétiens, le refuge des pécheurs, le rampart des fidèles et le salut du monde
entier " ! - Saint Bonaventure nous avertit qu'après Dieu, nous n'avons pas d'autre espérance que Marie.
Et saint Ephrem, considérant l'ordre présent de la Providence, selon lequel Dieu a décrété, comme
l'affirme saint Bernard, que tous ceux qui se sauvent, soient redevables de leur salut à l'intercession de
Marie, saint Ephrem, disons-nous la prie en ces termes : O grande Reine ! ne cessez point de veiller sur
nous et de nous couvrir du manteau de votre protection, car après Dieu, vous être notre seul espoir. Saint
Thomas de Villeneuve proclame également Marie notre unique refuge, notre unique ressource, notre
unique asile. Tous ces beaux titres décernés à la divine Mère, saint Bernard semble vouloir les justifier quand il écrit : "
Considère, ô homme, le dessein de Dieu, en vue de nous dispenser ses miséricordes avec plus
d'abondance : ayant décrété le rachat du genre humain, il a remis entre les mains de Marie tout le prix de
la rédemption afin qu'elle le leur distribue à son gré ". Quand Dieu commanda à Moïse de faire le propitiatoire : Tu le feras, dit-il, d'un or très pur ; c'est de là
que je te parlerai et te donnerai mes ordres. Selon la remarque d'un auteur, Marie est le vrai propitiatoire
d'où le Seigneur parle aux hommes, et leur accorde le pardon de leurs fautes, ses grâces, et tous ses
bienfaits : " Vous êtes pour l'univers entier le propitiatoire d'où le Seigneur nous parle au coeur, rend des
oracles pleins de douceur et de clémence, nous distribue ses faveurs, et répand, en un mot, tous les biens
sur nous ". Avant de s'incarner dans le sein de Marie, le Verbe divin lui fit demander son consentement
par un archange. Pourquoi cela ? Il voulait, répond saint Irénée, que de Marie nous vinssent tous les
biens, notamment l'Incarnation, qui les renferme tous. Ainsi, conclut le savant Idiot, tout ce que les
hommes ont reçu ou recevront jamais de biens, de secours, de grâces, c'est pas l'intercession et par les
mains de Marie que Dieu le leur a toujours accordé, et le leur accordera toujours. O Marie, s'écrier avec raison le pieux Louis de Blois, quel sera l'insensé, le malheureux qui refusera de
vous aimer, vous, si aimable et si généreuse envers ceux qui vous aiment ! Vous éclairez l'esprit de ceux
qui s'adressent à vous dans leurs doutes et leurs perpléxités ; vous consolez dans leurs afflictions ceux qui
se confient en vous ; vous secourez ceux qui vous invoquent dans le péril. Après votre divin Fils, vous
êtes le salut assuré de vos serviteurs fidèles. Je vous salue donc, ô espérance des désespérés et secours
des abandonnés ! O Marie, vous êtes toute-puissante, puisque votre Fils vous honore au point d'accomplir
sans nul retard vos désirs. A son tour, saint Germain voyait en Marie la source de tous les biens et en attendait la délivrance de tous
les maux. " O ma Souveraine, lui disait-il, par la volonté de Dieu, vous êtes ma consolation, le guide de
mon pèlerinage, la force de ma faiblesse, la richesse de mon indigence, le remède de mes blessures, le
soulagement de mes douleurs ; vous seule pouvez briser mes chaînes, sur vous je fonde l'espoir de mon
salut ; exaucez mes prières, soyez touchée de mes soupirs, ô vous, ma Maîtresse, mon refuge, ma vie,
mon secours, ma force et mon espérance " ! Elle est donc pleine de justesse, l'application que fait saint Antonin à Marie, de ces mots de la Sagesse :
Tous les biens me sont venus conjointement avec elle. Et, en effet, comme l'affirme ce saint, Marie étant
la Mère et la Dispensatrice de tous les biens, le genre humains, et spécialement quiconque qui est attaché
au service de cette grande Reine, peut se féliciter d'avoir obtenu tous les biens par le moyen de Marie et
de la dévotion envers elle. De là cette affirmation absolue de l'abbé De Celles : " Qui trouve Marie, trouve
tous les biens ". Il trouve toutes les grâces, toutes les evertus, car, par sa puissante intercession, elle lui
obtient tout ce dont il a besoin, et l'enrichit de tous les dons célestes. Elle-même nous fait savoir par la
bouche du Sage, qu'elle tient entre ses mains toutes les richesses de Dieu, c'est-à-dire, les divines
miséricordes, pour les distribuer à ceux dont elle est aimée. Nous devons donc, selon l'avertissement de
saint Bonaventure, tenir sans cesse les yeux fixés sur les mains de cette tendre Mère, afin de recevoir par
son moyen les biens que nous souhaitons. Oh ! combien d'orgueilleux ont trouvé l'humilité dans la dévotion à Marie ! combien de colères, la
mansuétude ! combien d'aveugles, la lumière ! combien de désespéré, la confiance ! combien d'âmes
perdues, le salut ! Mais tout cela, n'est-il pas renfermé dans quelques mots prophétiques de Marie
elle-même ? Dans le sublime cantique qu'elle chanta chez élisabeth, n'a-t-elle pas dit : Voici que
désormais toutes les nations me proclameront bienheureuse ? Ces paroles, saint Bernard les lui redit en
les complétant : Oui, toutes les générations vous proclameront bienheureuse, parce qu'à toutes les
générations vous avez donné la vie et la gloire ; car en vous les pécheurs trouvent le pardon, et les justes
la persévérance dans la grâce de Dieu. Le pieux Lansperge fait ainsi parler Notre-Seigneur à l'humanité entière : Pauvres enfants d'Adam, qui
vivez au milieu de tant d'ennemis et parmi tant de misères, ayez soin d'honorer avec une affection
particulière celle qui est ma Mère et la vôtre. Car j'ai donné Marie au monde comme le modèle dont vous