Les Gloires de Marie (page 12)
ressent un plus vif désir de nous accorder des grâces, que nous de les recevoir. La multitude même de nos péchés ne doit pas diminuer en nous la confiance d'être exaucés de Marie,
quand nous irons nous jeter à ses pieds : elle est Mère de miséricorde ; or, la miséricorde resterait sans
emploi, si elle ne trouvait des misères à soulager. Une bonne mère qui verrait son enfant infecté de la
lèpre, ne saurait lui refuser ses soins, bien qu'il lui en coûtât beaucoup de peines et de dégoûts ; et, quand
nous réclamons les soins de Marie, elle ne saurait nous repousser, si grande que soit l'infection de péchés
dont nous sollicitons la guérison ; elle n'a pas oublié, ajoute Richard, que c'est en faveur des pécheurs
qu'elle est devenue la Mère d'un Dieu qui est la miséricorde en personne. Et tel est précisément le sens
d'une vision dont fut favorisée sainte Gertrude : elle voyait la glorieuse Vierge ouvrant son manteau
comme pour donner asile à tous ceux qui voulaient se réfugier auprès d'elle. La sainte comprit en même
temps que les anges sont attentifs à défendre les pieux serviteurs de leur Reine contre les attaques de
l'enfer. Au reste, la tendresse vraiment maternelle de Marie à notre égard et sa compassion pour nos maux vont si
loin, qu'elle n'attend pas nos prières pour nous secourir : Elle prévient ceux qui la désirent et se présente
à eux la première. Ces paroles de la Sagesse lui sont appliquées par saint Anselme : Sur un simple désir
de notre part, dit-il, Marie nous accorde sa protection ; ce qui veut dire qu'elle nous obtient de Dieu
beaucoup de grâces avant que nous l'ayons priée. C'est pourquoi, selon Richard de Saint-Victor, le Sage
la compare à la lune. Ce bel astre l'emporte sur les autres en rapidité, et, nous l'avons dit, rien n'égale la
promptitude de Marie à nous secourir. Mais de plus, elle ne se montre pas telle seulement quand nous
l'invoquons : elle pousse le zèle de notre bien jusqu'à prévenir nos prières quand elle nous voit dans le
besoin ; et nous sommes moins prompt à implorer son appui, qu'elle à nous le prêter. écoutons la
touchante raison qu'en donne cet auteur : " Le Seigneur, ô Marie, a tellement rempli de tendresse votre
sein maternel, que la simple connaissance de notre misère en fait couler le lait de la miséricorde ; et vous
ne sauriez, ô douce Reine, être témoin des besoins d'une âme, sans lui venir aussitôt en aide." Mais déjà pendant sa vie terreste, Marie donnait des marques de cette grande bonté qui la porte à
compatir à nos peines et à les adoucir, alors même que nous ne la prions pas : à preuve ce que, selon saint
Jean, elle fit aux noces de Cana. Voyant le cruel embarras des deux époux, désolés et confus de ce que le
vin allait manquer à la table du banquet, cette tendre Mère n'attendit point qu'on eut recours à elle ; mais,
cédant à la seule inclination de son coeur, incapable de voir l'affliction d'autrui sans la partager, elle vint
prier son divin Fils de consoler ses hôtes ; et, lui exposant simplement le besoin dans lequel ceux-ci se
voyaient : Ils n'ont plus de vin, lui dit-elle. Et Jésus, désireux de tirer cette famille de la peine, désireux
surtout de contenter le coeur compatissant de sa Mère, Jésus, disons-nous, opéra le miracle que tout le
monde connaît : il changea en vin l'eau dont on avait rempli six grandes urnes. Sur quoi Novarin raisonne
ainsi : Si Marie, même sans être priée, se montre si empressée à secourir les affligés, combien plus le
sera-t-elle à consoler ceux qui l'invoquent et qui réclament son assistance. Et si quelqu'un craignait de voir sa prière par Marie, Innocent III le reprendrait de sa défiance en ces
termes : " Et qui donc invoqua jamais cette douce Souveraine sans être exaucé ? " Que celui-là écoute le bienheureux Eutychien, lequel s'écrie pareillement : O glorieuse Vierge, qui a jamais
imploré votre protection assez puissante pour soulager tous les malheureux et sauver les pécheurs les plus
désespérés, et s'est vu abandonné de vous ? Cela n'est jamais arrivé, et n'arrivera jamais. Qu'il écoute saint Bernard : " Je le veux bien, ô Vierge sainte, dit le saint Docteur ; que celui-là ne parle
plus de votre miséricorde, n'en fasse plus l'éloge, qui vous aurait invoquée dans ses besoins, et se
souviendrait d'avoir été délaissé par vous ". " On verra le ciel et la terre tomber en ruines, ajoute Louis de Blois, avant que Marie refuse son secours à
une âme qui le lui demande avec une intention droite et en plaçant son espoir en elle. " Saint Anselme ajoute encore à tous ces motifs de confiance : Non seulement nous devons compter sur la
protection de la divine Mère quand nous nous recommandons à elle, dit-il, mais parfois nous serons plus
vite exaucés et sauvés en invoquant le saint nom de Marie, qu'en invoquant le saint nom de Jésus, notre
Sauveur. " La raison en est, ajoute-t-il, que le Fils est notre Seigneur et notre juge... ; mais quand nous
invoquons le nom de la Mère, si nous ne méritons pas d'être exaucés, les mérites de la Mère interviennent
en notre faveur et nous font exaucer ". C'est-à-dire : si nous parvenons plus vite au salut en priant la Mère
qu'en priant le Fils, ce n'est pas que Maria ait plus de pouvoir que son divin Fils pour nous sauver ; nous
savons, en effet, que Jésus-Christ est notre unique Sauveur, que lui seul, par ses mérites, nous a obtenu
et nous obtient le salut ; mais, en recourant à Jésus-Christ, nous voyons en lui non seulement notre
Sauveur, mais encore notre Juge, à qui revient de punir les ingrats ; et il peut nous arriver ainsi de
manquer de la confiance requise pour être exaucé. Il n'en est pas de même quand nous nous adressons à Marie, dont l'unique office est de compatir à nos
peines comme Mère de miséricorde, et de nous défendre comme notre Avocate : notre confiance alors est
plus ferme, ce semble, et plus entière. Nicéphore nous donne de ceci une autre raison non moins solide :
On demande beaucoup de choses à Dieu, et on ne les obtient pas, nous dit-il ; on les demande à Marie et
on les obtient ; comment cela se fait-il ? ce n'est pas que Marie soit plus puissante que Dieu, mais c'est
que Dieu a voulu honorer ainsi sa Mère. Elle est bien consolante, la promesse que sainte Brigitte recueillit à ce sujet de la bouche du Seigneur
lui-même. On lit dans ses Révélations, qu'elle entendit un jour Jésus qui parlait ainsi à sa Mère : Ma
Mère, demandez-moi tout ce que vous voudrez ; je ne rejetterai jamais aucune de vos requêtes. Sachez
en outre, ajoute-t-il, que tous ceux qui solliciteron de moi quelque grâce, en me priant de la leur accorder
par l'amour de vous, je promets de les exaucer, fussent-ils pécheurs, pourvu qu'ils aient la volonté de
s'amender. - La même chose fut révélée à sainte Gertrude. Elle entendit notre fin Rédempteur dire à
Marie que, dans sa toute-puissance, il lui avait accordé d'user de miséricorde envers les pécheurs qui
l'invoqueraient, et de le faire en la manière qui lui plairait davantage. Que chacun donc, en invoquant cette Mère de miséricorde, lui dise avec grande confiance ce que lui disait
saint Augustin : " Souvenez-vous, ô très clémente Reine, que, depuis l'origine du monde, on n'a jamais
ouï dire que vous ayez abandonné personne. Pardonnez-moi donc, si j'ose vous déclarer que ne veux pas
être abandonné de vous, après avoir eu recours à votre protection ".
EXEMPLE Saint François de Sales fit l'heurese expérience de l'efficacité de cette prière, ainsi qu'on le voit dans
l'histoire de sa vie. Il se trouvait à Paris pour ses études, à l'âge de dix-sept ans environ ; et il se livrait
sans réserve à la dévotion et à l'amour de Dieu ; il y goûtait des délices toutes célestes, quand, en vue
sans doute de mettre sa vertu à l'épreuve et l'attacher toujours plus étroitement, Dieu permit que son
bonheur fut troublé. Le démon lui mit dans l'esprit que tout ce qu'il faisait ne lui servirait de rien, attendu
que, dans les décrets divins, il était réprouvé. Ce qui prêta de nouvelles forces à la tentation et la rendit
plus affligeante pour le coeur du saint jeune homme, ce fut l'état d'obscurité et de sécheresse dans lequel
il plut à Dieu de le laisser pendant ce temps : il était devenu insensible aux pensées les plus consolantes
tirées de la bonté divine ; enfin, ses craintes et ses désolations allèrent si loin, qu'il en perdit l'appétit, le
sommeil, le teint, la gaieté ; il faisait compassion à tous ceux qui l'observaient. Pendant cette horrible tempête, le saint ne pouvait ni concevoir de pensées ni proférer de paroles, qui ne
fussent inspirées par la désolation et la douleur. " Je serai donc, s'écriait-il, privé de la grâce de mon Dieu,
qui par le passé a été pour moi si aimable et si doux ! O Amour, ô Beauté, à laquelle j'ai voué toutes mes
affections, je ne jouirai donc plus de vos consolations ? - O Vierge, Mère de Dieu, la plus belle de toutes
les filles de Jérusalem, je ne vous verrai donc jamais en paradis ? Ah ! s'il ne m'est pas donné de
contempler vos traits ravissants dans le ciel, ne permettez pas du moins que je sois réduit à vous
blasphémer et à vous maudire dans l'enfer " ! Tels étaient alors les tendres sentiments de ce coeur affligé
et plein d'amour pour Dieu et Marie. La tentation dura plus d'un mois ; mais enfin le Seigneur voulut bien l'en délivrer par l'entremise de la
Consolatrice du monde, la bienheureuse Vierge, à qui le saint avait déjà consacré sa virginité, et en qui il
disait avoir placé toutes ses espérances. Un soir, en retournant chez lui, il entre dans une église et
aperçoit, fixée au mur, une tablette sur laquelle il trouve tracée l'invocation de saint Augustin : "
Souvenez-vous, ô très miséricordieuse Marie, que jamais on n'ouït que personne, après s'être réfugié sous
votre protection, se soit vu abandonné". Aussitôt, proterné devant l'autel de la Mère de Dieu, il récite
avec ferveur cette prière, renouvelle son voeu de virginité, promet de réciter chaque jour le chapelet, et
termine par ces mots : " Ma Reine, soyez mon avocate auprès de votre divin Fils, auquel je n'ai pas la
hardiesse de m'adresser. O ma Mère, si j'ai le malheur de ne pouvoir aimer mon Dieu dans l'autre monde
quoique je le sache si digne d'être aimé, obtenez-moi du moins que je l'aime en cette vie le plus que je
pourrai ; c'est la grâce que je vous demande, et j'espère l'obtenir de vous". Après avoir ainsi prié la sainte Vierge, il s'abandonne entre les bras de la divine miséricorde, et se résigne
entièrement à la volonté de Dieu. Mais sa prière était à peine finie, qu'en un instant il fut délivré de la
tentation par sa tendre Mère. Il recouvra aussitôt la paix intérieur, et avec elle la santé du corps ; et puis, il
conserva toujours la plus vive dévotion envers Marie, dont il ne cessa, tant qu'il vécut, de publier les
louanges et les miséricordes, dans ses discours et ses écrits.
PRIèRE O Mère de Dieu, Reine des anges et espérance des hommes, écoutez un pécheur qui vous implores et
vous appelle à son secours. Me voici aujourd'hui prosterné à vos pieds ; moi, misérable esclave de
l'enfer, je me consacre pour toujours à vous comme votre serviteur, et je m'offre à vous servir et à vous
honorer de tout mon pouvoir, pendant toute ma vie. Vous ne retirerez aucune gloire, je le reconnais,
des services d'un esclave vil et pervers comme moi, qui ai tant offensé Jésus-Christ, votre Fils et mon
Rédempteur. Mais si vous recevez un indigne au nombre de vos serviteurs ; si vous le rendez digne de cette qualité
en le changeant par votre intercession, cette miséricorde même envers lui vous procurera la gloire que
ne saurait vous rendre un misérable tel que je suis. Daignez me recevoir, ô ma Mère, et ne point me
rebuter. Pour chercher les brebis perdues, le Verbe éternel est descendu du ciel sur la terre ; pour les
sauver, il s'est fait votre Fils, et vous pourriez dédaigner une pauvre brebis qui vous prie de lui faire
retrouver Jésus ? Déjà le prix de mon salut est acquitté ; déjà, en versant son sang précieux, mon
Sauveur a payé pour moi une rançon qui suffirait à racheter des mondes en nombre infini ; il ne reste
plus qu'à m'en appliquer les mérites, et cela dépend de vous, ô Vierge bénie ! Oui, dit saint Bernard,
c'est à vous de dispenser à qui il vous plaît les mérites de son sang divin. Oui, dit aussi saint
Bonaventure, vous pouvez sauver qui vous voulez. Ainsi, ô ma Reine, assistez-moi ; ma douce Souveraine, sauvez-moi. Je remets aujourd'hui entre vos
mains toute mon âme ; songez à la sauver. Je finis en vous disant avec le même saint Bonaventure : O
vous, le salut de ceux qui vous invoquent, sauvez-moi !
II Combien Marie est puissante à défendre ceux qui l'invoquent contre les attaques du démon La très sainte Vierge n'est pas seulement Reine du ciel et des saints ; son pouvoir s'étend encore sur
l'enfer et sur les démons, dont elle a triomphé par l'héroïsme de ses vertus. Déjà à l'origine du monde,
Dieu prédit au serpent infernal cette glorieuse victoire de notre Reine, et l'empire que par suite elle devrait
exercer sur lui ; car, dès lors, il lui annonça la venue en ce monde d'une Femme qui ruinerait sa puissance
: Je mettrai, lui dit-il, des inimitiés entre toi et la femme ; elle te brisera la tête. Quelle fut en effet, cette Femme, cette ennemie du serpent, si ce n'est Marie, qui, par son admirable
humilité et sa sainte vie, le vainquit toujours et anéantit ses forces ? C'est ce qu'enseigne saint Cyprien, et
après lui un autre ancien auteur, lequel fait observer en outre que Dieu ne dit pas, au présent : Je mets,
mais au futur : Je mettrai, pour indiquer que cette Femme victorieuse de Satan, ne serait pas ève, alors
vivante, mais une autre Femme qui descendrait d'elle, et apporterait à nos premiers parents, selon la
pensée de saint Vincent Ferrier, plus de biens qu'ils n'en avaient perdu par leur faute. Marie est donc cette
Femme par excellence, qui a vaincu le démon et lui a brisé la tête, selon la divine prédiction, en réprimant
son orgueil. Quelques-uns doutent, à la vérité, si cette prophétie ne concerne pas plutôt Jésus-Christ que
Marie, parce que la version des Septante porte : Il te brisera la tête ; mais, dans notre Vulgate, seule
version approuvée comme règle de foi par le Concile de Trente, nous lisons : Elle, et non : Il te brisera la
tête. Ainsi d'ailleurs ont lu et compris saint Ambroise, saint Jérôme, saint ugustin, saint Jean Chrysostôme,
et beaucoup d'autres. Quoi qu'il en soit, il demeure certain, ou que le Fils a défait Lucifer par le moyen de
Marie, ou que la Mère en a triomphé par la puissance de son Fils ; en sorte que l'esprit superbe s'est vu, à
son grand dépit, abattu et foulé aux pieds de cette Vierge bénie, dit saint Bernard ; et, comme un
prisonnier de guerre est de droit l'esclave de son vainqueur, Satan se voit pour toujours forcé d'obéir aux
injonctions de notre Reine. En se laissant vaincre par le serpent, ève nous apporta la mort et les ténèbres,
remarque saint Bruno ; mais, en domptant, en enchaînant le démon, Marie nous apporta la vie et la
lumière. Oui, elle l'a enchaîné, et de telle sorte que cet ennemi est hors d'état de nuire en rien à ceux qui
la servent avec amour. Bien beau est le commentaire de Richard sur les paroles des Proverbes : Le coeur de son époux se confie
en elle, et il ne manquera point de dépouilles. Jésus est l'époux de toutes les âmes saintes, et avant tout
celle de Marie. Or, dit cet auteur, il ne saurait manquer de dépouilles, parce que, tous les esclaves du
démon que Marie délivre par ses prières, ses mérites et ses exemples, elle les soumet au domaine de cet
époux divin. Toute semblable est l'interprétation de Cornelius : Dieu, dit-il, a remis entre les mains de
Marie le Coeur de Jésus, afin qu'elle prenne soin de le faire aimer des hommes. Comment donc
manquerait-il de dépouilles ? Marie lui apporte un nombe infini d'âmes, dépouilles opimes que sa
puissance secourable enlève à Satan. On sait que la palme est le symbole de la victoire ; c'est pourquoi notre Reine a été placée sur un trône
élevée, en face de tous les potentats, comme un palmier, pour signifier la victoire que peuvent se
promettre en toute assurance ceux qui se mettent sous sa protection. Ainsi peuvent s'entendre ces paroles
dans sa bouche : J'ai été élevée comme un palmier en Cadès, - et cela, pour vous défendre, ajoute le