Les Gloires de Marie (page 13)

Alphonse de Liguori · Vie de piété

Texte français, domaine public · Source : jesusmarie.free.fr — Les Gloires de Marie (1re et 2de parties) · 27 pages

Fiche de l’œuvre dans le savoir

bienheureux Albert le Grand. Mes enfants, semble-t-elle nous dire par là, quand l'ennemi vous attaque,

recourez à moi ; regardez-moi, et prenez courage ; car vous verrez en moi votre défense et votre victoire

tout à la fois. - Le recours à Marie est donc un moyen très sûr de vaincre tous les assauts de l'enfer. Et,

en effet, selon saint Bernardin de Sienne, elle étend son empire jusque dans l'enfer ; elle règne en

souveraine sur les démons eux-mêmes ; c'est elle qui les dompte et les terrasse. Aussi est-il écrit de Marie

qu'elle est terrible pour les puissances de l'enfer, comme une armée en bon ordre, tant elle sait bien

disposer son soin de ses ennemis, et pour le plus grand bien de ses serviteurs qui, dans les tentations,

invoquent son tout-puissant secours. Semblable à la vigne, lui fait dire l'Esprit-Saint, j'ai produit des fleurs d'une odeur agréable. - Or,

remarque saint Bernard sur ce passage, lorsque la vigne fleurit, on assure que tous les reptiles vénimeux

s'en éloignent ; de même, les démons fuient loin de ces âmes heureuses dans lesquelles ils sentent l'odeur

de la dévotion envers Marie. - Elle est aussi comparée au cèdre : Je me suis élevée comme le cèdre sur le

Liban ; parce que, si le cèdre est incorruptible, Marie fut exempte du péché ; et plus encore parce que,

selon la remarque du cardinal Hughes, comme l'odeur du cèdre met en fuite les serpents, la sainteté de

Marie met en fuite les démons. L'arche d'alliance assurait la victoire aux Israélites. C'est sur son secours que comptait Moïse pour voir les

ennemis en déroute : Quand on élevait l'arche, Moïse disait : Levez-vous Seigneur, et que vos ennemis

se dispersent. Ainsi tombèrent les murs de Jéricho ; ainsi furent vaincus les Philistins ; car l'arche de

Dieu était là, dit l'écriture, rendant compte de ces glorieux triomphes. Or, on le sait, l'arche était la figure

de Marie. Dans l'arche se trouvait la manne, dit le père Cornelius, et en Marie se trouve Jésus, préfiguré

par la manne ; et c'est par le moyen de cette Arche qu'il nour rend victorieux des ennemis que la terre et

l'enfer arment contre nous. De là cette pensée de Bernardin de Sienne, que, quand Marie, cette Arche du

nouveau Testament, fut élevée au ciel pour en être la Reine, le pouvoir de l'enfer sur l'humanité fut

affaibli et ruiné. " Oh ! s'écrie saint Bonaventure, comme les démons redoutent Marie, comme son grand nom les fait

trembler " ! Le même saint compare ces ennemis des âmes aux larrons dont il est écrit au livre de Job : A

la faveur des ténèbres, ils vont piller les maisons où ils pénètrent en perçant le mur ; mais quand

l'aurore vient à paraître, ils s'enfuient comme s'ils voyaient l'ombre de la mort. Ainsi font les démons,

dit saint Bonaventure ; ils entrent dans nos âmes à la faveur des ténèbres de l'ignorange ; mais, aussitôt

qu'apparaissent dans une âme la grâce et la miséricorde de Marie, les ténèbres se dissipent devant cette

belle Aurore, et les mauvais esprits s'enfuient comme pour éviter la mort. Heureux donc celui qui, dans

ses luttes contre l'enfer, invoque le beau nom de Marie. Cette doctrine fut confirmée par une révélation faite à sainte Brigitte. Dieu, apprit-elle, a donné à Marie

un tel pouvoir sur tous les démons, que, quand un de ses serviteurs assailli par eux réclame son secours,

d'un signe elle les épouvante et les met en fuite ; ils aimeraient mieux voir redoubler leurs supplices, que

de sentir peser plus longtemps sur eux le joug de la puissance de la Vierge. Faisant l'éloge de cette épouse bien-aimée, l'époux divin la compare au lis, et dit qu'elle est entre les

autres vierges ce que le lis est entre les épines. Sur quoi Cornelius fait la réflexion suivante : " Le lis est

un spécifique contre le venin des serpents et les autres poisons ; et l'invocation de Marie est un remède

souverain contre toutes les tentations, spécialement celles d'impureté ; c'est ce dont peuvent rendre

témoignage tous ceux qui en ont fait l'expérience ". Saint Jean Damascène disait à Marie, et quiconque a le bonheur d'être attaché au service de cette grande

Reine, peut lui dire pareillement : " O Mère de Dieu, si j'espère en vous, bien certainement je ne

succomberai point ; soutenu par vous, je poursuivrai mes ennemis ; à leurs traits j'opposerai le bouclier de

votre protection et de votre puissance tutélaire, et je me tiens sûr de les vaincre". Le savant moine

Jacqwues, compté parmi les Père grecs, a donc pu s'exprimer ainsi en s'adressant au Seigneur : En nous

donnant cette sainte Mère, vous nous avez remis entre les mains l'arme la plus puissante contre tous nos

ennemis, et le gage le plus assuré de la victoire. Selon le récit des Livres saints, quand le peuple juif fut sorti de l'égypte, le Seigneur le guida depuis ce

pays jusqu'à la Terre promise, le jou par une colonne de nuée, et la nuit par une colonne de feu. Cette

merveilleuse colonne, tantôt nuée et tantôt feu, préfigurait Marie, remarque Richard, et le double office de

charité qu'elle exerce en notre faveur : comme nuée, elle nous met à couvert des ardeurs vengeresses de

la divine justice ; et, comme feu, elle nous protège contre les démons. Car, à l'égard des démons, cette

glorieuse Créature est un feu dévorant : la cire approchée d'un brasier se fond et s'écoule ; de même,

assure saint Bonaventure, les esprits impurs sentent leurs forces brisées en présence des âmes qui se

rappellent fréquemment le nom de Marie et l'invoquent avec dévotion, surtout si elles s'étudient à l'imiter. Oh ! comme les démons tremblent, dès que retentit à leurs oreilles le nom de Marie ! " Non seulement les

rebelles craignent la Vierge, dit saint Bernard ; mais, de plus, s'ils biennent seulement à entendre son nom

de Marie, les voilà qui tremblent de frayeur ". Thoms a Kempis en parle de même : " Les esprits malins

redoutent la Reine du ciel ; son nom seul est pour eux comme un feu aux atteintes duquel ils se dérobent

par la fuite. Et si les hommes se laissent tomber de frayeur quand la foudre éclate à leurs pieds, les

démons ne sont pas moins épouvantés, abattus par le nom de Marie". Et combien de glorieuses victoires sur ces ennemis du salut les serviteurs de Marie ont dues à la vertu de

son saint nom ! Ainsi les a vaincus saint Antoine de Padoue, ainsi le bienheureux Henri Suson, ainsi tant

d'autres amants de Marie. On sait par les relations des missionnaires du Japon, qu'un jour, dans ce pays,

une troupe de démons apparurent à un chrétien sous la forme d'animaux féroces ; comme ils cherchaient

à l'épouvanter par leurs menaces, il leur répondit : " Je n'ai point d'armes qui puissent vous nuire ; si le

Très-Haut vous le permet, faites de moi tout ce que vous voudrez ; seulement, j'emploierai les noms de

Jésus et de Marie ". Il avait à peine dit, et voilà qu'au son de ces noms redoutables, la terre s'ouvre, et

ces esprits superbes s'y précipitent. Saint Anselme atteste que beaucoup de personnes qu'il a lui-même

vues et entendues, ont soudainement échappé, pour avoir prononcé le nom de Marie, aux périls qui les

menaçaient. Que votre nom est glorieux et admirable, ô Marie ! ceux qui n'oublient pas de le prononcer à l'article de la

mort, n'ont rien à craindre, eussent-ils contre eux l'enfer tout entier ; car les démons abandonnent une

âme sitôt qu'ils l'entendent prononcer le nom de Marie. - Ainsi parle saint Bonaventure ; et il ajoute que

les rois en guerre avec leurs voisins ne redoutent pas une nombreuse armée, comme les puissances de

l'enfer redoutent le nom de Marie et sa protection. O Vierge puissante, dit saint Germain, la seule

invocation de votre nom met vos serviteurs en sureté contre tous les efforts de leurs ennemis. Ah ! plût au ciel que, dans les tentations, les chrétiens fûssent attentifs à invoquer avec confiance le nom

de Marie ! il est certain qu'ils ne tomberont jamais. Non jamais, dit Alain de la Roche, car, dès que le

tonerre de ce grand nom vient à éclater, les démons fuient, et l'enfer tremble. Et, selon une révélation de

notre céleste Reine à sainte Brigitte, il n'est pas de pécheur tellement désespéré, tellement éloigné de Dieu

et livré au pouvoir des démons, que ces ennemis ne l'abandonnent tout d'abord, pourvu qu'avec un

sincère propos de s'amender, il ait recours au tout-puissant nom de Marie. Seulement, ajouta-t-elle, si

l'âme pécheresse ne se corrige, et ne se purifie du péché par le repentir, les démons reviennent bientôt à

elle, et continuent de la tenir sous leur joug.

EXEMPLE Au monastère de Reichersperg, en Bavière, vivait un chanoine régulier, nommé Arnould, très dévot à la

sainte Vierge. Se trouvant à l'article de la mort, il reçut les Sacrements, puis il fit venir ses confrères

auprès de son lit, et les pria de ne pas l'abandonner dans ce dernier passage. Il avait à peine dit, qu'ils le

virent trembler de tous ses membres, rouler des yeux hagards et se couvrir d'une froide sueur : " Ne

voyez-vous pas, leur dit-il d'une voix entrecoupée, ces démons qui veulent m'entraîner en enfer ?"

Ensuite il s'écria : " Mes frères, implorez pour moi le secours de Marie ; j'ai la confiance qu'elle me

donnera la victoire ". A ces mots, les assistants récitèrent Les Ltanies de la sainte Vierge ; et lorsqu'ils

dirent : Sancta Maria, ora pro eo ; le moribond reprit : " Répétez, répétez le nom de Marie ; car je suis

déjà au tribunal de Dieu ". Il s'arrêta quelques instants, et puis il ajouta : " Il est vrai que je l'ai fait ; mais

j'en fais pénitence ". Et s'adressant alors à la divine Mère, il s'écria : " O Marie, je serai délivré, si vous

venez à mon aide. " Après cela, les démons lui donnèrent encore un assaut ; mais il se défendait avec le

crucifix et en invoquant Marie. Ainsi passa-t-il la nuit entière. Enfin, le matin venu, Arnould reprit un air serein, et s'écria plein de joie

" Marie, ma Protectrice et mon Refuge m'a obtenu le pardon et le salut ". Regardant ensuite la

bienheureuse Vierge, qui l'invitait à la suivre : " Je viens, dit-il, ma Reine ! je viens". Il fit en même temps

un effort comme pour la suivre, et il expira doucement. Si son corps demeura ici-bas, son âme du moins,

nous en avons la confiance, suivit Marie au royaume de la gloire.

PRIèRE

Voici à vos pieds, ô mon espérance, Marie, un pauvre pécheur, qui s'est fait bien des fois l'esclave

volontaire de l'enfer. Si je me suis laissé vaincre par les démons, je le confesse, c'est pour n'avoir pas

eu recours à vous, mon unique refuge : si je n'y eusse manqué, si toujours je vous eusse invoquée,

jamais je n'aurais succombé. Grâce à vous, j'en ai la confiance, ô tout aimable Reine, je suis

maintenant échappé aux mains des démons et rentré en grâce avec Dieu. Mais je tremble pour

l'avenir, je crains de retomber dans l'esclavage du péché : je sais que mes ennemis n'ont pas perdu

l'espoir de me vaincre encore une fois, et que déjà ils me préparent de nouveaux assauts, de nouvelles

tentations. Ah ! ma Souveraine et mon refuge, secourez-moi, cachez-moi sous votre manteau, ne

souffrez pas qu'on me voie redevenu leur esclace. A condition de vous invoquer, je suis assuré de votre

secours et de la victoire ; mais il me reste une crainte : il pourrait m'arriver de ne pas me souvenir de

vous dans les tentations, et d'oublier de vous invoquer. Ainsi, ô Vierge sainte ! la grâce que je sollicite et que je désire obtenir de vous, c'est de me souvenir

toujours de vous, surtout dans les combats que j'ai à soutenir ; accordez-moi d'être fidèle à vous

invoquer fréquemment, en disant : Marie, secourez-moi ; secourez-moi, ô Marie ! - Et quand enfin

viendra le jour de ma dernière lutte contre l'enfer, à l'heure de ma mort, ah ! ma Reine, assistez-moi

plus puissamment encore en ce moment-là, et vous-même, faites-moi penser alors à vous invoquer plus

souvent, soit de bouche, soit au moins de coeur ; afin qu'en expirant avec votre doux nom et celui de

votre divin Fils Jésus sur les lèvres, je puisse être admis à vous bénir et à vous louer en paradis, pour

ne plus cesser de me tenir à vos pieds pendant toute l'éternité. Amen.

CHAPITRE V

Ad te supiramus, gementes et flentes in hac lacrymarum valle

Nous soupirons vers vous, gémissant et pleurant dans cette vallée de larmes.

MARIE, NOTRE MéDIATRICE

I

Que l'intercession de Marie nous est nécessaire pour nous sauver La foi nous enseigne qu'il est, non seulement permis, mais encore utile et conforme à la piété, d'invoquer et de prier les saints, et

principalement leur Reine, la très sainte Vierge Marie, afin d'obtenir la grâce divine par leur intercession. Cette vérité, l'église l'a définie

en divers conciles, et elle a condamné comme hérétiques ceux qui réprouvaient l'invocation des saints comme injurieuse à

Jésus-Christ, notre unique Médiateur. Si, après sa mort, Jérémie prie Jérusalem ; si les vieillards de l'Apocalypse présentent à Dieu les

prières des justes ; si saint Pierre promet à ses disciples de se souvenir d'eux dans l'autre vie ; si saint étienne prie pour ses

persécuteurs ; si saint Paul prie pour ses compagnons et ses amis ; il est clair que les saints peuvent prier pour nous ; mais alors,

pourquoi ne pourrions-nous pas supplier les saints d'intercéder en notre faveur ? D'un autre côté, saint Paul se recommande aux

prières de ses disciples : Priez pour nous, dit-il aux Thessaloniciens ; saint Jacques exhorte les fidèles en ces termes : Priez les uns

pour les autres, afin que vous soyez sauvés. Nous pouvons donc, nous aussi,quêter les prières d'autrui, et en particulier celles des

saints. Que Jésus-Christ soit notre unique Médiateur de justice ; que lui seul nous ait obtenu par ses mérites la réconciliation avec Dieu ; qui le

nie ? Mais, d'autre part, c'est une impiété de nier que Dieu se plaise à octroyer ses grâces en ayant égard à l'intercession des saints, et

surtout à celle de la divine Mère, Marie, que Jésus désire tant de voir aimée et honorée de nous. Qui ne sait que l'honneur rendu aux

parents rejaillit sur leurs enfants ? Les pères sont la gloire de leur fils, selon le Sage. Qu'on ne craigne donc pas d'obscurcir la gloire

du Fils à force de louer la Mère, car honorer la Mère, c'est louer le Fils : " Il n'est nullement douteux, dit saint Bernard, que toutes les

louanges que nous donnons à la Mère et à la Reine, retourne au Fils et au Roi. En effet, personne n'en doute, c'est en considération des

mérites de Jésus-Christ que Marie fut inverstie de ce grand pouvoir qui la constitue Médiatrice, disons-nous non pas à titre de justice,

mais à titre de grâce et par intercession. Saint Bonaventure n'hésite pas à l'appeler ainsi ; et saint Laurent Justinien demande : Comment

ne serait-elle pas pleine de grâce, celle qui est devenue l'échelle du paradis, la Porte du ciel, la véritable Médiatrice entre Dieu et les

hommes ? A ce propos, Suarez observe avec raison que prier la sainte Vierge de nous obtenir des grâces, c'est témoigner que nous nous défions,

non pas de la miséricorde divine, mais de nous-mêmes et de notre indignité ; nous nous recommandons à Marie, afin que sa dignité

supplée à notre misère. Ainsi, que ce soit une chose utile et sainte de recourir à l'intercession de Marie, ceux-là seuls peuvent le révoquer en doute qui

renoncent à la foi. Mais le point que nous prétendons établir ici, c'est que l'intercession de Marie nous est même nécessaire pour le

salut, c'est-à-dire, pour parler avec précision, non pas absolument, mais moralement nécessaire. Et nous disons que cette nécessité

découle de la volonté de Dieu même, lequel ne veut pas nous faire de grâces qui ne passent par les mains de Marie. C'est le sentiment

de saint Bernard ; et nous pouvons ajouter, avec l'auteur du Règne de Marie, que ce sentiment est communément suivi aujourd'hui par

les théologiens et les docteurs. Ainsi ont enseigné Vega, Mendoza, Paciuchelli, Segneri, Poiré, Crasset et un très grand nombre d'autres

savants écrivains. Le Père Noël Alexandre lui-même, pourtant si réservé dans ses propositions, affirme aussi que la volonté de Dieu est

que nous attendions toutes les grâces par l'intercession de Marie ; et il cite à l'appui le mot célèbre de saint Bernard : " La volonté de

Dieu est que nous ayons tout par Marie ". Le Père Contenson soutient la même doctrine ; il explique en ce sens les paroles adressées

par Jésus du haut de la croix à saint Jean, et il les comment en ces termes : " Voilà votre Mère, comme si le Sauveur eût dit : Personne

n'aura part aux mérites du sang que je répands, si ce n'est par l'intercession de ma Mère. Mes plaies sont les sources de la grâces ;

mais les ruisseaux n'en couleront sur aucune âme que par le canal de Marie. Jean, mon cher disciple, vous serez aimé de moi en

proportion de l'amour filial que vous aurez pour elle. " Selon saint Bernard, Dieu a comblé Marie de toutes les grâces, afin que tous les biens destinés aux hommes leur arrivent par elle

Tous les livres