Les Gloires de Marie (page 20)

Alphonse de Liguori · Vie de piété

Texte français, domaine public · Source : jesusmarie.free.fr — Les Gloires de Marie (1re et 2de parties) · 27 pages

Fiche de l’œuvre dans le savoir

docteur va plus loin : Non seulement, dit-il, ceux-là ne se sauveront point dont Marie détourne sa face, " mais il ne leur restera même

aucun espoir de salut ". Et, longtemps avant lui, saint Ignace Martyr affirmait pareillement qu'aucun pécheur ne peut se sauver, si ce

n'est par le secours de cette glorieuse Vierge, dont la miséricordieuse intercession en sauve un grande nombre qui, selon les lois de la

justice divine, seraient damnés. Quelques-uns font difficulté d'admettre que cette pensée soit de saint Ignace ; mais au moins, dit le

père Crassetm saint Jean Chrysostome se l'est appropriée. Elle se trouve aussi répétée par l'abbé Celles. Et l'église applique dans le

même sens à Marie ces paroles des Proverbes : Tous ceux qui ne m'aiment point, aiment la mort éternelle ; - car, comme l'observe

Richard sur un autre passage où Marie est comparée à un vaisseau, " la mer de ce monde engloutira tous ceux qui se trouveront hors

de ce navire sacré ". - Enfin, l'hérétique écolampade lui-même regardait comme un signe certain de réprobation le peu de dévotion

envers la Mère de Dieu ; aussi protestait-il que jamais il ne se rendrait coupable d'une marque de mépris envers elle. D'un autre côté, la bienheureuse Vierge nous parle en ces termes : Celui qui m'écoute ne sera point confondu ; celui qui a recours à

moi et qui suit mes conseils, ne se perdra point. Celui donc, s'écrie saint Bonaventure, qui s'attachera à votre service, celui-là, ô grande

Reine, sera bien loin de se damner ! Non, ajoute saint Hilaire, un serviteur de Marie ne périra pas, eût-il été dans le passé le plus grand

des pécheurs. Voilà pourquoi le démon fait tant d'efforts auprès des pécheurs, afin qu'après avoir perdu la grâce de Dieu, ils perdent encore la

dévotion à Marie. Ayant remarqué qu'Ismaël, en jouant avec Isaac, lui faisait contracter de mauvaises habitudes, Sara voulut

qu'Abraham le congédiât, et avec lui sa mère Agar : Chassez, lui dit-elle, cette servante et son fils. Ce n'était point assez pour elle que le

fils fût éloigné, si la mère n'était point renvoyée en même temps ; elle pensait bien qu'autrement, le fils continuerait de fréquenter la

maison, ne fût-ce qu'en venant voir sa mère. De même, c'est peu pour le démon que Jésus soit expulsé d'une âme : pour le contenter,

il faut qu'elle bannisse aussi la Mère de Jésus : Chasse, dit-il lui aussi, cette servante avec son fils. Car il craint que la Mère ne ramène

le Fils par son intercession. Or, sa crainte est fondée ; car, selon le docte Père Paciucchelli, " un pécheur fidèle à honorer la Mère de

Dieu ne peut guère tarder à rentrer, grâce à elle, en possession de Dieu même ". C'est donc à bon droit que saint Ephrem appelait la dévotion à Marie " un sauf-conduit " pour éviter l'enfer ; et qu'il proclamait Marie

elle-même " la protectrice des réprouvés ". En effet, on ne saurait révoquer en doute le mot de saint Bernard, que " ni la puissance ni la

volonté de nous sauver ne peuvent faire défaut à cette divine Mère ". La puissance ne lui fait pas défaut, puisque, au témoignage de

saint Antonin, il est impossible que ses prières soient rejetées. Saint Bernard affirme la même chose : " Ses prières, dit-il, ne peuvent

jamais rester sans effet ", elle obtient tout ce qu'elle demande. Serait-ce la volonté de nous sauver qui manquerait à Marie ? Pas

davantage ; elle est notre Mère, et désire notre salut plus ardemment que nous-mêmes. Si donc tout cela est vrai, comment un

serviteur de Maire pourrait-il se perdre ? C'est un pécheur, dira-t-on ; mais si, avec fidélité et désir de s'amender, il se recommande à

cette bonne Mère, elle se chargera de lui procurer les lumières nécessaires pour sortir de son mauvais état, le repentir de ses fautes, la

persévérance dans le bien, et enfin une bonne mort. Est-il une mère qui, pouvant arracher son fils à la mort en toute facilité, et en

demandant seulement sa grâce au juge, ne le ferait pas ? De toutes les mères, Marie est la plus tendre à l'égard de ses serviteurs

dévoués ; et elle ne délivrerait pas un de ses enfants de la mort éternelle, alors qu'elle le peut sans aucune difficulté ? pourrions-nous le

penser ? Ah ! pieux lecteur, si nous trouvons en nous l'affection et la confiance à l'égard de la Reine du ciel, remercions-en le Seigneur qui nous

as fait cette grâce, car, selon saint Jean de Damas, il ne l'accorde qu'à ceux qu'il veut voir sauvés. Voici les belles paroles par

lesquelles ce grand saint ranime son espérance et la nôtre : " O Mère de Dieu, si je mets ma confiance en vous, je serai sauvé ; si vous

daignez me protéger, je n'ai rien à craindre, car quiconque vous est dévoué, est par là même muni d'une armure qui lui assure la

victoire, et que Dieu accorde à ceux-là seuls dont il veut le salut ". De là, cette belle exclamation du savant Erasme : " Salut, ô vous la

terreur de l'enfer et l'espérance des chrétiens ! autant vous êtes grande et puissante, autant est assurée notre confiance en vous ". Oh ! combien il déplaît au démon de voir une âme persévérer dans la dévotion à la Mère de Dieu ! On lit dans la vie du Père Alphonse

Alvarez, grand serviteur de Marie, que, comme il était un jour en oraison et se sentait tourmenté par des tentations impures, le démon

lui dit : " Laisse là ta dévotion à Marie, et je cesserai de te tenter ". Le Seigneur a révélé à sainte Catherine de Sienne, comme le rapporte Louis de Blois, que, dans sa miséricorde et pour l'amour de son

Fils unique dont Marie est la Mère, il a promis à la bienheureuse Vierge qu'aucun pécheur ne deviendra la proie de l'enfer, s'il se

recommande à elle avec ferveur. Le prophète David lui-même priait Dieu de le préserver de l'enfer en considération de son zèle pour l'honneur de Marie : Seigneur, j'ai

aimé la gloire de votre maison ... ; ne souffrez pas mon Dieu, que mon âme soit perdue et reléguée parmi les impies. Il appelle Marie

la maison du Seigneur, parce qu'elle est bien véritablement la demeure qu'il s'est bâtie lui-même pour y venir habiter et y prendre son

repos lors de son Incarnation, selon ce qui se lit au livre des Proverbes : La sagesse s'est bâti une maison. " Assurément non, disait le saint Martyr Ignace, celui-là ne périra point, qui s'appliquera à honorer la Vierge mère ". Et cette pensée est

encore appuyée par saint Bonaventure, qui s'exprime ainsi : " Elle est grande, ô ma Souveraine, la paix dont jouissent en cette vie ceux

qui vous aiment ; et, dans l'autre vie, ils ne connaîtront pas la mort éternelle ". - Il n'est jamais arrivé, nous assure le pieux Louis de

Blois, qu'un humble et zélé serviteur de Marie se soit perdu ; cela n'arrivera jamais. Ah ! combien de pécheurs eussent été condamnés à jamais, ou seraient restés dans l'obstination, si Marie n'était intervenue auprès de

son divin Fils, pour leur obtenir miséricorde ! Ainsi parle Thomas a Kempis. Il y a plus. Au sentiment de beaucoup de théologiens, et

notamment de saint Thomas, la Mère de Dieu a obtenu à bien des personnes mortes en péché mortel, que leur sentence fût suspendue,

et qu'elles revinssent à la vie pour faire pénitence. Entre autres exemples cités par de graves auteurs, Flodoard, qui évrivait au Xe siècle, raconte celui d'un diacre de Verdun nommé

Adelmar, que déjà on croyait mort et qu'on allait ensevelir, quand il se ranima et déclara avoir vu en enfer le cachot qui lui était destiné

; mais, ajouta-t-il, grâce aux prières de la bienheureuse Vierge, Dieu l'avait renvoyé dans le monde pour y faire pénitence. Au rapport

de Surius, un romain du nom d'André, était mort dans l'impénitence, et Marie lui obtint également la faveur de revivre pour pouvoir

mériter le pardon de ses péchés. Personne ne doit avoir la témérité de s'autoriser de ces exemples ou d'autres semblables pour vivre dans le péché sous prétexte que,

quand même il viendrait à mourir en mauvais état, Marie le préserverait de l'enfer. Car, s'il y aurait folie à se jeter dans un puits, avec

l'espoir d'échapper à la mort par les soins de Marie, comme il est arrivé à quelques-uns en pareil cas, ce serait une folie bien plus

grande encore de s'exposer au danger de mourir dans le péché, en comptant sur le secours de Marie pour échapper à l'enfer. Mais ces

exemples doivent servir à ranimer notre confiance, par la pensée que, si l'intercession de cette divine Mère a pu même exempter de la

damnation des personnes mortes en état de péché, à plus forte raison pourra-t-elle garantir de ce malheur ceux qui, pendant leur vie,

recourent à elle avec l'intention de s'amender, et la servent fidèlement. O Marie, notre Mère, nous vous le demandons avec saint Germain, qu'en sera-t-il de nous, qui sommes pécheurs, mais qui voulons

nous amender et recourons à vous, ô Vie des chrétiens ? Saint Anselme nous assure, auguste Souveraine, que celui-là ne sera point

condamné à l'enfer, pour qui vous aurez offert à Dieu, ne fût-ce qu'une fois, vos saintes prières. Ah ! priez donc pour nous, et nous

serons sauvés. - Nous entendons pareillement Richard de Saint-Victor s'écrier : Qui jamais osera me dire qu'au divin tribunal, je ne

trouverai point mon Juge favorable, si j'ai pour défendre ma cause, la Mère de miséricorde ? - Le bienheureux Henri Suson déclarait

qu'il vous avait remis son âme : "Si donc, ajoutait-il, le Juge veut condamner son serviteur, je demande que la sentence passe par vos

mains ". Il espérait que, cette sentence une fois entre vos mains miséricordieuses, vous en empêcheriez certainement l'exécution. Je

dis et j'espère la même chose pour moi, ô ma très sainte Reine. C'est pourquoi je veux vous répéter sans cesse, avec saint Bonaventure

: Ma Souveraine, j'ai mis en vous tout mon espoir ; et j'ai la ferme confiance de n'être pas perdu à jamais, mais de me voir un jour

sauvé et tout occupé dans le ciel à vous louer et aimer sans fin.

EXEMPLE En 1604, dans une ville de Belgique, se trouvaient deux jeunes étudiants qui, au lieu de s'appliquer à l'étude, ne pensaient qu'à vivre

dans les plaisirs et la débauche. Une nuit entre autres, ils se rendirent chez une femme de mauvaise vie ; mais l'un se retira au bout de

quelque temps ; l'autre resta. Arrivé dans sa demeure, le premier se déshabillait pour se mettre au lit, quand il se ressouvint de n'avoir

pas récité ce jour-là les quelques Ave Maria qu'il avait coutume de dire en l'honneur de la sainte Vierge. Comme il était accablé de

sommeil, cet acte religieux lui coûtait ; néanmoins, il fit un effort sur lui-même et s'en acquitta, quoique sans dévotion et presque en

dormant ; ensuite, il se coucha. Dans son premier sommeil, il entend tout à coup frapper rudement à la port; et, immédiatement après, la porte restant fermée, il voit

devant lui son compagnon tout défiguré et tout hideux. "Qui es-tu ?" lui dit-il. "Eh quoi ! ne me reconnais-tu pas ?" répond le fantôme.

" Mais, comment se fait-il que tu sois si changé ? tu ressembles à un démon ! - Ah ! plains-moi, je suis damné ! - Comment cela ? -

Sache qu'au sortir de cette maison infâme, un démon s'est jeté sur moi et m'a étranglé. Mon corps est demeuré au milieu de la rue, et

mon âme est en enfer. Sache en outre que le même chatiment t'attendait ; mais la bienheureuse Vierge t'en a préservé, grâce au faible

hommage que tu lui rends, en récitant des Ave Maria. Heureux, si tu sais profiter de cet avis que te fait donner par moi la Mère de

Dieu " ! Cela dit, le réprouvé entr'ouvrit son vêtement, laissa voir les flammes et les serpents qui le tourmentaient, et disparut. Alors le jeune homme, fondant ne larmes, se jeta la face contre terre pour remercier Marie, sa libératrice ; et, pendant qu'il réfléchissait

à la manière dont il devait dorénavant régler sa vie, il entendit sonner matines au couvent des Franciscains. A l'instant même, il s'écria :

" C'est là que Dieu m'appelle à faire pénitence ". Il partit sur l'heure pour aller au couvent prier les pères de le recevoir. Ceux-ci

connaissant sa mauvaise vie, faisaient difficulté ; mais il leur raconta, en versant un torrent de larmes tout ce qui s'était passé ; et deux

des religieux, s'étant rendus dans la rue indiquée, y trouvèrent en effet le cadavre de son malheureux compagnon, noir comme un

charbon. Après cela, le protégé de Marie fut reçu et passa le reste de sa vie dans l'exercice de la pénitence. La mort funeste du jeune libertin fut encore utile à un autre jeune homme nommé Richard, qui en avait été témoin oculaire. Il en fut si

vivement frappé, bien que sa conduite fût déjà exemplaire, qu'il se décida, lui aussi, à entrer chez les Récollets. Il alla dans la suite

prêcher la foi aux Indes, et passa enfin au Japon, où il eut le bonheur de mourir martyr de Jésus-Christ. Il fut brûlé vif.

PRIèRE O Marie, ô ma Mère bien-aimée, dans quel abîme de maux ne me trouverais-je pas plongé, si votre main miséricordieuse ne m'en

avait tant de fois préservé ! Depuis combien d'années ne serais-je pas même en enfer, si vos prières toutes-puissantes ne m'avaient

délivré ! Mes péchés graves m'y poussaient, la justice divine m'y avaient déjà condamné, les démons frémissants, brûlaient d'exécuter

la sentence ; vous êtes accourue à mon secours, ô Mère, sans que je vous eusse même priée, sans que je vous eusse invoquée et vous

m'avez sauvé. O ma chère libératrice, que pourrai-je jamais vous rendre pour un si grand bienfait, pour une si grande charité ? Après cela, vous

avez vaincu la dureté de mon coeur, vous m'avez amené à vous aimer et à prendre confiance en vous. Et dans quels précipices ne

serais-je pas encore tombé depuis, si votre main miséricordieuse ne m'avait tant de fois soutenu dans les périls imminents que j'ai

courus ! Continuez, ô mon espérance, continuez de me présevcer de l'enfer, et avant tout, des péchés dansd lesquels je pourrais retomber ; ne

permettez pas que j'aille vous maudire en enfer. Ma bien-aimée Souveraine, je vous aime ; comment votre bonté pourrait-elle souffrir

de voir au nombre des réprouvés un serviteur qui vous aime ? Ah ! obtenez-moi de n'être plus ingrat envers vous et envers mon Dieu,

qui, par amour pour vous, m'a comblé de tant de grâces. O Marie, que me dites-vous ? serai-je damné ? Je me damnerais, si je vous

abandonnais ; mais pourrai-je encore vous abandonner ? pourrai-je encore oublier l'affection que vous m'avez témoignée ? Après

Dieu, vous êtes l'amour de mon âme, je ne saurais plus vivre sans vous aimer. Je vous aime, oui, je vous aime, et j'espère vous aimer

toujours, dans le temps et dans l'éternité, ô Créature la plus belle, la plus sainte, la plus douce, la plus aimable, qui soit au monde !

Amen.

II

Marie secourt ses serviteurs dans le purgatoire. Heureuses les âmes qui se dévouent au service de cette Reine compatissante ! elle ne se borne pas à les secourir en cette vie, sa

protection les suit dans le purgatoire, où elle les assiste encore et les console. Ou plutôt, comme elles éprouvent là un plus grand

secours, vu leurs souffrances et l'impuissance où elles sont de se soulager elles-mêmes, cette Mère de miséricorde redouble de zèle à

leur venir en aide. Selon saint Bernardin de Sienne, dans cette prison où gémissent des âmes épouses de Jésus-Christ, Marie est

comme souveraine maîtresse, elle y jouit du plein pouvoir soit d'adoucir leurs perines, soit même de les en délivrer entièrement. D'abord, elle adoucit leurs peines. Expliquant les paroles de l'écriture : J'ai marché sur les flots de la mer, le même Saint les applique à

Marie et lui fait ajouter : " Si je marche sur les flots, c'est afin de visiter mes serviteurs et de leur porter secours dans leurs besoins et

leurs tourments, parce que je suis leur mère ". Les flots dont il est ici question, dit-il, sont les peines du purgatoire, ainsi appelées parce

qu'elles sont passagères, à la différence de celles de l'enfer, qui ne passent jamais ; de plus elles sont comparées aux flots de la mer en

raison de leur grande amertume. Or, pendant qu'ils sont au sein de ces peines, les serviteurs de Marie reçoivent souvent sa visite et ses

consolations. On voit donc, observe Novarin, combien il importe d'honorer sur la terre cette excellente Riene, puisqu'elle ne sait oublier

ses serviteurs dans les flammes expiatrices ; il est vrai qu'elle secoure toutes les âmes qui y sont plongées ; cependant, ses dévôt

serviteurs sont traités avec plus d'indulgence et sont de sa part l'objet de ses soins plus empressés. Voici en quels termes la divine Mère s'exprimait dans une révélation à sainte Brigitte : Je suis la Mère de toutes les âmes captives en

purgatoire ; car à toute heure mes prières adoucissent de quelque manière les châtiment dus aux fautes qu'elles ont commises pendant

leur vie mortelle. Cette Mère compatissante ne dédaigne même pas d'entrer de temps à autre dans cette sainte prison, afin de consoler par sa présence

ses enfants affligés. C'est ce que nous assure saint Bonaventure, en appliquant à Marie ce texte sacré : J'ai pénétré dans les

profondeurs de l'abîme. Oh ! s'écrie saint Vincent Ferrier, combien Marie se montre prévenante et bonne envers les âmes qui souffrent

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