Les Gloires de Marie (page 21)

Alphonse de Liguori · Vie de piété

Texte français, domaine public · Source : jesusmarie.free.fr — Les Gloires de Marie (1re et 2de parties) · 27 pages

Fiche de l’œuvre dans le savoir

dans le purgatoire ! par ses soins, leur courage est continuellement relevé et leurs souffrances allégées. Et quelle autre consolation peuvent-elles avoir dans leurs peines, si ce n'est Marie, et l'assistance de cette Mère de miséricorde ? Aussi

sainte Brigitte entendit un jour le Sauveur qui disait à sa Mère : " Vous êtes ma Mère, vous êtes la Mère de miséricorde, vous êtes la

consolation de ceux qui sont en purgatoire ". Et, selon une révélation de la bienheureuse Vierge elle-même à la même sainte, comme

une parole amie ranime un pauvre malade abandonné sur son lit de douleurs, ainsi ces âmes affligées se sentent toutes consolées, rien

qu'à entendre le nom de Marie. Oui, reprend Novarin, le seul nom de Marie, nom d'espérance et de salut que ces bonnes âmes

invoquent souvent du fond de leur prison, est déjà pour elles un grand soulagement ; mais les prières que cette tendre Mère adresse

ensuite à Dieu, dès qu'elle s'entend invoquer par elles, sont comme une rosée céleste qui vient les rafraîchir dans les vives ardeurs dont

elles sont consumées. Mais Marie ne se borne pas à consoler et à soulager ses serviteurs dans le purgatoire; souvent encore, elle les en retire par son

intercession. Le sjour de son Assomption glorieuse, comme Gerson l'assure, toute cette prison des âmes demeura vide. C'est ce que

confirme Novarin : "D'après des auteurs graves, dit-il, Marie, sur le point de monter au ciel, demanda à son Fils la faculté d'emmener

avec elle toutes les âmes qui se trouvaient alors en purgatoire. Depuis lors, continue Gerson, la bienheureuse Vierge est en possession

du privilège d'en délivrer ses pieux serviteurs. Saint Bernardin de Sienne affirme la même chose comme indibutable : " Ce pouvoir,

ajoute-t-il, elle l'exerce tant par ses prières que par l'application de ses mérites, et cela en faveur de toutes les âmes, mais

principalement de celles qui lui furent dévotes. Novarin exprime le même sentiment, à savoir que, par les mérites de Marie, non

seulement les perines des âmes du purgatoire sont adoucies, mais encore le temps de leur expiation est abrégé. Une prière d'elle suffit. Saint Pierre Damien rapporte qu'une femme, nommé Marozie, apparut après sa mort à une de ses amies, et lui apprit que le jour de

l'Assomption, elle avait été, par Marie, délivrée du purgatoire avec d'autres âmes, dont le nombre dépassait celui des habitants de

Rome. Selon Denis le Chartreux, la même chose arrive à la fête de Noël et à celle de Pâques ; "ces jours-là, assure-t-il, Marie descend

dans le purgatoire, accompagnée d'une multitude d'anges, et en retire un grand nombre d'âmes". "Et, ajoute Novarin, j'incline à penser

qu'elle fait de même à toutes les fêtes solennelles qui se célèbrent en son honneur ". On connaît la promesse faite par la Reine du ciel au pape Jean XXII, lorsqu'elle lui apparut et lui ordonna de faire savoir à tous ceux

qui porteraient le saint Scapulaire du Carmel, qu'ils seraient délivrés du purgatoire le premier samedi après leur mort. C'est ce que le

Pontife lui-même déclara par une Bulle, comme le rapporte le Père Crasset. Cette Bulle fut confirmée par Alexandre V, Clément VII,

Pie V, Grégoire XII, et Paul V, lequel dans un Décret de l'an 1613, s'exprime ainsi : " Le peuple chrétien peut croire pieusement que la

bienheureuse Vierge assistera de sa continuelle intercession, de ses mérites, de sa protection spéciale, après leur mort, et

principalement le samedi, jour qui lui est consacré par l'église, les âmes des membres de la Confrérie de Notre-Dame du Mont-Carmel,

morts en état de grâce, pourvu qu'ils aient porté le Scapulaire en gardant la chasteté selon leur état, et qu'ils aient récité le petit Office

de la sainte Vierge, ou, s'ils n'ont pu le réciter, qu'ils aient observé les jeûnes de l'église et se soient abstenus de manger de la viande les

mercredis et les samedis, excepté le jour de Noël ". Et, dans l'office pour la fête de Notre-Dame du Mont-Carmel, on lit également :

Selon une croyance pieuse, la sainte Vierge console les confrères du Mont-Carmel dans le purgatoire avec la tendresse d'une mère, et,

par son intercession, elle ne tarde pas à les en retirer pour les introduire dans la céleste patrie. Ces grâces, ces privilèges, pourquoi ne pourrions-nous pas, nous aussi, les espérer, si nous faisons profession d'une vraie dévotion à

cette bonne Mère ? Et si, par un plus tendre amour, nous nous distinguons entre ses serviteurs, pourquoi ne pourrions-nous pas

espérer même d'être admis dans le ciel aussitôt après la mort, et sans entrer dans le purgatoire ? Voici du moins ce que la sainte Vierge

envoya dire par le frère Abond au bienheureux Godefroi, de l'abbaye de Viller en Brabant : " Dis au frère Godefroi qu'il s'efforce

d'avancer dans les vertus ; par là, il se rendra cher à mon Fils et à moi ; et, quand son âme se séparera de son corps, je ne souffrirai

pas qu'elle aille en purgatoire, mais je la prendrai et je l'offrirai à mon Fils ". Enfin, si nous désirons aider de nos suffrages les saintes âmes du purgatoire, ne manquons pas de les recommander à la glorieuse

Vierge dans toutes nos prières ; appliquons-leur spécialement le saint Rosaire, qui leur procure un grand soulagement, comme on le

verra par l'exemple qu'on va lire.

EXEMPLE Le père Eusèbe Nieremberg rapporte que, dans une ville d'Aragon, une jeune fille nommée Alexandra, noble et d'une grande beauté,

était recherchée avec passion par deux jeunes gens. Ceux-ci, emportés par la jalousie, se prirent un jour de querelle, tirère l'épée et se

tuèrent l'un l'autre. Outrés de douleur, les prents tournèrent leur ressentiment contre la pauvre demoiselle, cause première d'un si grand

malheur, la mirent à mort et lui coupèrent la tête, qu'ils jetèrent dans un puits. A quelque temps de là, saint Dominique passa par la

ville, et, par une inspiration divine, il s'approcha du puits et s'écria : " Alexandra, venez dehors ". O prodige ! la tête de la mort apparaît,

se place sur le bord du puits, et prie le saint de l'entendre en confession. Il l'entend ; puis, en présence d'une foule immense attirée par

cette merveille, il lui donne la communion. Saint Dominique lui commanda ensuite de déclarer comme elle avait obtenu une si grande

grâce. Alexandra répondit qu'au moment où on lui avait tranché la tête, elle se trouvait en état de péché mortel, mais que la

bienheureuse Vierge lui avait conservé la vie en récompense de sa dévotion à réciter le Rosaire. Pendant deux jours, la tête demeura ainsi vivante sur le bord du puits, à la vue de tout le monde, après quoi l'âme d'Alexandra s'en alla

en purgatoire. au bout de quinze jours, elle apparut à saint Dominique belle et resplendissante comme une étoile, et lui fit qu'un des

principaux moyens de secourir les âmes dans les peines du Purgatoire, c'est de réciter pour elles le rosaire, et qu'en retour, une fois

entrées en paradis, elles intercèdent pour ceux qui leur ont appliqué cette puissante prière. Quand elle eut fini de parler, le saint vit cette

âme bienheureuse s'élever toute transportée de joie, vers le royaume des élus. (1) (1) NOTE DU TRADUCTEUR : Le père Van Ketwigh, savant dominicain dAnvers, dans son excellent ouvrage publié en 1720 sous le

titre de Panoplia Mariana, défend contre toute critique ce miracle de saint Dominique. Il prouve au long, d'après les meilleures

autorités, à la tête desquelles figure le Docteur Angélique, ce que saint Alphonse dit brièvement au paragraphe précédent, savoir, que la

Mère de Dieu peut sauver certains pécheurs, même quand ils sont morts en état de damnation, en obtenant que leur jugement demeure

suspendu jusqu'à ce qu'ils se soient dûment réconciliés avec Dieu.

PRIèRE O Reine du ciel et de la terre, ô Mère du Souverain Seigneur de l'univers, ô Marie la plus grande, la plus élevée des créatures, il est

vrai que, sur la terre, il en est beaucoup dont vous n'êtes ni aimée ni connue ; mais, dans le ciel, combien de millions d'anges et de

bienheureux vous aiment et vous louent sans cesse ! Ici-bas même, combien d'âmes heureuses brûlent d'amour pour vous, et sont toutes

éprises de votre bonté ! Ah ! puissé-je vous aimer aussi, ma très aimable Souveraine ! puissé-je ne penser qu'à vous servir, à vous

louer, à vous honorer, et à vous gagner tous les coeurs. Vous avez gagné, par votre beauté, le coeur d'un Dieu; vous l'avez, pour ainsi

dire, arraché du sein de son père éternel, pour se faire homme et votre Fils ; et moi, misérable vermisseau, je ne vous aimerais pas ?

Ah ! ma très douce Mère, je veux vous aimer, et vous aimer beaucoup, et je veux faire tout ce qui sera en mon pouvoir pour amener

aussi les autres à vous aimer. Agréez donc, ô Marie, agréez le désir que j'ai de vous aimer, et secondez mes efforts pour y parvenir. Je sais que votre Dieu regarde d'un oeil de complaisance ceux qui vous aiment; après sa propre gloire, il ne désire rien tant que la

vôtre, il veut vous voir honorée et aimée de tous. C'est de vous, ô ma Reine, que j'espère toute ma félicité : c'est vous qui devez

m'obtenir le pardon de tous mes péchés, et ensuite la persévérance ; c'est vous qui devez m'assister à l'heure de ma mort ; c'est vous

qui devez me retirer du purgatoire ; c'est vous, enfin, qui devez me conduire en paradis. Toutes ces grâces, ceux qui vous aiment les

attendent de vous, et moi aussi je les espère, moi qui vous aime de tout mon coeur et par-dessus toutes choses après Dieu.

III

Marie conduit ses serviteurs en paradis Oh ! le beau signe de prédestination, que la dévotion à Marie ! La sainte église, appliquant à cette divine Mère les paroles de

l'Ecclésiastique, lui fait dire pour la consolation de ses serviteurs : J'ai cherché en tout mon repos, et je fixerai mon séjour dans

l'héritage du Seigneur. - Heureux donc, s'écrie le cardinal Hughes en commentant ce texte ; heureux celui en qui Marie aura trouvai

son repos ! La sainte Vierge, parce qu'elle aime tous les hommes, s'efforce de faire régner dans tous les coeurs la dévotion envers

elle-même ; mais beaucoup ne veulent pas la recevoir, ou ne la conservent pas ; heureux celui qui la reçoit et la conserve ! - Je

demeurerai dans l'héritage du Seigneur, c'est-à-dire, selon le docte cardinal, dans le coeur de ceux qui sont l'héritage du Seigneur. -

l'héritage du Seigneur, c'est-à-dire, qui sont destinés à le louer éternellement dans les cieux. - La bienheureuse Vierge continue de

parler ainsi, dans le passage cité de l'Ecclésiastique : Celui qui m'a créée a reposé dans mon tavernacle ; il m'a dit : Habite en Jacob,

prends Israël pour héritage, et enracine-toi dans mes élus ; ce qui signifie : Mon créateur a daigné venir reposer dans mon sein ; il a

voulu que j'habite dans le coeur de tous les élus, dont Jacob fut la figure et qui sont mon héritage ; il a décrété que la dévotion et la

confiance envers moi s'enracineraient dans le coeur de tous les prédestinés. Ah ! combien de bienheureux qui ne seraient pas au ciel à l'heure qu'il est, si Marie ne les y avait introduits par sa puissante

intercession ! C'est la réflexion du Cardinal Hughes à propos de cet autre verset de l'Ecclésiastique : J'ai fait briller dans les cieux une

lumière inextinguible. Il y a au ciel autant de lumières éternelles qu'il y a eu sur la terre de serviteurs de Marie. Saint Bonaventure dit que la porte du ciel s'ouvrira devant tous ceux qui se confient en la protection de Marie. Aussi, la dévotion à

cette auguste Mère est de la céleste Jérusalem. Et le dévot Louis de Blois lui parle en ces termes : Grande Reine, c'est à vous que sont

confiés les trésors et les clefs du royaume des cieux. - Nous devons donc lui répéter avec saint Ambroise : Ouvrez-nous, ô Marie, les

portes du paradis, car vous en avez les clefs, ou plutôt, comme le proclame la sainte église, vous êtes vous-même la Porte du ciel. Pour le même motif, l'église appelle encore Marie l'étoile de la mer : Ave Maris Stella ! car, dit saint Thomas, comem les navigateurs

se dirigent vers le port par le moyen des étoiles, ainsi les chrétiens sont guidés vers le paradis par le moyen de la bienheureuse Vierge. Pour le même motif encore, elle est appelée, par saint Fulgence, l'échelle du ciel, parce que par elle Dieu est descendu du ciel sur la

terre, afin que par elle aussi les hommes méritent de monter de la terre au ciel : " Vous avez été remplie de grâces, ô Marie, s'écrie

saint Anathase le Sinaïte, afin de devenir pour nous la voie du salut, et l'échelle par où nous puissions arriver à la céleste patrie ". Enfin, et toujours pour la même raison, Marie est proclamée par saint Bernard et par Jean le Géomètre, le noble char qui transporte ses

pieux serviteurs au ciel. Et saint Bonaventure lui tient ce langage : " Heureux ceux qui vous connaissent et vous louent ô Mère de Dieu

! car vous connaître, c'est avoir trouvé le chemin de l'immortalité ; et publier vos vertus, c'est marcher dans la voie du salut éternel ". On lit dans les chroniques franciscaines, que le frère Léon vit un jour une échelle rouge, au sommet de laquelle se tenait Jésus-Christ,

et une échelle blanche, au haut de laquelle se tenait Marie. Plusieurs voulaient monter par l'échelle rouge ; mais, après avoir fait

quelques degrés, ils tombaient ; ils recommençaient de nouveau, et ils tombaient de nouveau. Alors, saint François les engagea à

prendre la voie de l'échelle blanche, et par là ils arrivèrent heureusement ; car la bienheureuse Vierge leur tendit la mains ; ils entrèrent

ainsi sans obstacle en paradis. Un auteur demande quel est celui qui se sauve, qui parvient à régner dans le ciel ? et il répond : Ceux-là se sauvent et arrivent

certainement au royaume des cieux, pour qui la Reine de miséricorde offre à Dieu ses prières. Et Marie l'affirme elle-même lorsqu'elle

dit : Par moi règnent les rois. Par l'effet de mon intercession, les âmes règnent d'abord sur la terre, le temps de leur vie mortelle, en

dominant leurs passions ; et elles viennent régner éternellement dans le ciel, dont les habitants, suivant l'expression de saint Augustin,

sont autant de rois : Quot cives, tot reges. En un mot, Marie est la Maîtresse du ciel, puisqu'elle y commande à son gré et y fait entrer

ceux qu'elle veut, comme le dit Richard de Saint-Laurent, en lui appliquant ces paroles de l'écriture : J'exerce ma puissance dans

Jérusaleme. Et de fait, ajoute l'abbé Rupert, comme elle est la Mère du Roi du paradis, il est juste qu'elle soit Reine du paradis, et que

tout l'empire de son Fils lui soit soumis. Par ses prières, par son puissant secours, cette divine Mère nous a ouvert l'entrée du céleste royaume ; seulement ne mettons pas

d'obstacle à notre bonheur. Celui donc qui sert Marie, et pour qui Marie intercède, est aussi sûr d'aller en paradis, ajoute l'abbé Guéric

que s'il y était déjà. Selon la remarque de Richard, " être au service de Marie et faire partie de sa cour, c'est le plus grand honneur

auquel nous puissions aspirer ; car, servir la Reine du ciel c'est déjà régner dans le ciel ; et être assujetti à ses lois, c'est la plus haute

liberté. Par contre, point de salut pour ceux qui refusent de la servir ; car, privés des secours de cette auguste Mère, ils sont par là

même abandonnés de son Fils et de toute la cour céleste." Louée soit à jamais la bonté infinie de notre Dieu, qui a daigné nous donner Marie pour avocate dans le ciel, afin qu'en sa double qualité

de Mère du Juge et de Mère de miséricorde, elle plaide par ses prières toujours efficaces, la grande affaire de notre salut. Cette pensée

est de saint Bernard. Et le moine Jacques, compté parmi les Pères grecs, dit que Dieu a fait de Marie comme un pont de salut, à l'aide

duquel nous pouvons franchir la mer agitée de ce monde et arriver à l'heureux port du paradis. écoutez donc, ô peuples qui désirez

arriver au ciel, s'écrie saint Bonaventure ; servez, honorez Marie, et vous obtiendrez sûrement la vie éternelle. Ceux mêmes qui ont mérité l'enfer, ne doivent pas perdre l'espoir de parvenir à la vie bienheureuse, à condition d'être dorénavant les

serviteurs fidèles de cette grande Reine. - "O Marie, lui dit saint Germain, les pécheurs ont cherché Dieu par votre entremis, et ils sont

sauvés." Richard de Saint-Laurent observe que, d'après saint Jean, la glorieuse Vierge est couronnée d'étoiles : Sur son front brillait un

diadème de douze étoiles ; tandis que, d'après les Cantiques, sa couronne est composée de bêtes féroces, de lions, de léopards. N'y

a-t-il pas là une contradiction ? Non, répond Richard ; par la faveur et l'intercession de Marie, les bêtes féroces ou les pécheurs se

transforment en étoiles du paradis, et forment sur la tête de cette Reine de miséricorde, une couronne plus glorieuse pour elle que ne

sauraient tous les astres du firmament. Voici ce que nous lisons dans la vie de la servante de Dieu, soeur Séraphine de Capri. étant un jour en prière pendant la neuvaine de

l'Assomption de la très sainte Vierge, elle lui demanda la conversion de mille pécheurs, et elle craignit ensuite d'avoir demandé trop ;

mais la Mère du Sauveur lui apparut et la reprit de cette vaine appréhension, en lui disant : " Pourquoi crains-tu ? ne suis-je pas assez

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