Les Gloires de Marie (page 6)

Alphonse de Liguori · Vie de piété

Texte français, domaine public · Source : jesusmarie.free.fr — Les Gloires de Marie (1re et 2de parties) · 27 pages

Fiche de l’œuvre dans le savoir

obtiendraient le pardon. - O Marie, s'écrie tout émerveillé saint Bonaventure, vous recevez dans vos bras

maternels le pécheur méprisé de tout le monde, et vous ne l'abandonnez point que vous ne l'ayez

réconcilié avec son Juge. La pensée du saint est que l'homme en état de péché est haï et repoussé de tous

les êtres ; il ne l'est pas jusqu'aux créatures inanimées, le feu, l'air, la terre, qui ne voulussent le châtier et

venger sur lui l'honneur de leur Maître outragé. Mais, si ce malheureux a recours à Marie, le

repossera-t-elle ainsi ? Non, certes ; s'il vient dans le but d'être aidé à se corriger, elle l'embrasse avec la

tendresse d'une mère, et fait si bien, par sa puissante intercession, qu'elle le remet dans la grâce de Dieu. Le second livre des Rois nous a conservé le discours adressé à David par le sage Thécuite : " Seigneur,

j'avais deux fils ; pour mon malheur, l'un des deux a tué l'autre, en sorte que j'ai déjà perdu un de mes fils

; or, la justice veut maintenant m'enlever mon autre fils, le seul qui me reste. Ayez pitié d'une pauvre

mère ; faites que je ne demeure pas privée à la fois de mes deux enfants ". - David eut compassion de

cette mère affligée, et lui accorda la grâce du coupable. Tel est, ce semble, le langage que Marie tient à

Dieu, quand elle le voit irrité contre un pécheur qui se recommande à elle : Mon Dieu, lui dit-elle, j'avais

deux fils, Jésus et l'homme ; l'homme a fait mourir mon Jésus sur la croix, et maintenant votre justice

veut condamner l'homme. Seigneur, mon Jésus est mort, ayez compassion de moi ; et, si j'ai perdu l'un

de mes fils, ne me faites pas perdre encore l'autre. Oh ! non, assurément, Dieu ne condamne pas les pécheurs qui recourent à Marie, et pour qui elle

intercède, puisqu'il l'a lui-même chargée de veiller sur eux comme sur ses enfants. Voici comment le

dévot Lansperge fait parler le Seigneur : J'ai recommandé les pécheurs à Marie en les lui donnant pour

enfants ; aussi, dans sa sollicitude à remplir son devoir de Mère, elle ne veut pas qu'aucun de ceux qui lui

sont confiés, surtout s'ils l'invoquent, vienne à périr, et elle s'efforce autant qu'il est en elle, de me les

ramener tous. - Et Louis de Blois dit à son tour : Il n'est pas de termes pour exprimer la bonté, la

miséricorde, la fidélité et la charité avec lesquelles notre Mère Marie cherche à nous sauver, quand nous

l'appelons à notre secours. Prosternons-nous donc devant cette bonne Mère conclut saint Bernard, embrassons ses pieds sacrés, et

ne la quittons pas qu'elle ne nous ait bénis et acceptés pour ses enfants. Et qui pourrait douter de sa

tendresse maternelle ? Quand même elle me donnerait la mort, dit un auteur, je ne cesserais point

d'espérer en elle ; plein de cette confiance, je désire mourir auprès de son image, car, si j'ai ce bonheur, je

serai sauvé. Tout pécheur qui recourt à cette Mère compatissante, doit donc lui dire aussi : Ma Souveraine et ma Mère, je suis un pécheur, je mérite que vous me chassiez de votre présence et me

traitiez en toute rigueur de justice ; néanmoins, quand même vous me rebuteriez, quand même vous me

donneriez la mort, je ne cesserai jamais d'avoir la confiance que vous me sauverez. Oui, je mets toute ma

confiance en vous ; que j'aie seulement le bonheur de mourir devant une de vos images, en me

recommandant à votre miséricorde, et je suis assuré de ne point me perdre, mais d'aller vous louer dans le

ciel en compagnie de vos nombreux serviteurs, qui, vous ayant invoquée au moment de la mort, on tous

été sauvés par votre puissante intercession. En lisant l'exemple suivant, on verra si jamais aucun pécheur peut douter de la miséricorde et de la

tendresse maternelle de Marie, lorsqu'il réclame sa protection :

EXEMPLE Vincent de Beauvais raconte que, dans une ville d'Angleterre, un jeune homme de sang noble, nommé

Ernest, avait donné aux pauvres tout son patrimoine, et était entré dans un monastère, où il avait bientôt

conquis l'estime de ses supérieurs par une vie très parfaite et spécialement par sa grande dévotion à la

Sainte Vierge. Survint une peste qui obligea les habitants de la ville à s'adresser aux moines et à réclamer

le secours de leurs prières. L'abbé commanda à Ernest d'aller se mettre en prières devant l'autel de Marie,

et de ne pas se retirer que la Reine du ciel ne lui eût donné une réponse. Au bout de trois jours, Marie lui

indiqua certaines prières que l'on devait réciter ; on le fit, et le fléau cessa. Or, il advint qu'Ernest s'étant

ensuite refroidi dans sa dévotion à Notre-Dame, se vit assailli de fréquentes tentations, principalement

contre la pureté ; le démon lui suggéra même l'idée de sortir du monastère ; et, faute de s'être

recommandé à Marie, le malheureux en vint à former le projet de s'enfuir en escaladant le mur de clôture. Comme donc il passait dans un corridor vis-à-vis d'une image de Marie, il entendit la Mère de Dieu qui lui

disait : " Mon fils, pourquoi me quittes-tu ? " A ces mots, Ernest, interdit et confus, tomba par terre et

répondit : " Mais Vierge sainte, ne voyez-vous pas que je ne puis plus résister ? pourquoi ne venez-vous

pas à mon secours ? " La bonne Mère reprit : " Et toi, pourquoi ne m'as-tu pas invoquée ? Si tu n'avais

pas négligé de te recommander à moi, tu n'en serais pas venu là. A l'avenir, invoque-moi dans le péril, et

ne crains rien. ". Le jeune homme retourna à sa cellule ; mais, les tentations revenant à la charge, il

négligea, comme par le passé de se recommander à Marie, et il finit par s'enfuir du couvent. Dès lors, il se livra à une vie criminelle, et, de péché en péché, il en vint jusqu'à louer une auberge pour y

assassiner de nuit les voyageurs et s'emparer de leurs dépouilles. Il égorgea ainsi entre autres le cousin du

gouverneur de l'endroit. Celui-ci lui fit son procès et, sur les indices qu'il put recueillir, il le condamna à la

potence. Mais, pendant que le procès s'instruisait, arriva à l'auberge un jeune cavalier, et aussitôt le

scélérat de songer à le traiter, comme d'ordinaire il traitait ses hôtes. Il entre la nuit dans la chambre de

l'étranger pour l'assassiner, et que voit-il ? Au lieu du cavalier, il voit sur le lit un crucifix tout couvert de

plaies, qui, le regardant avec bonté, lui dit : " Ne te suffit-il pas, ingrat, que je sois mort une fois pour toi ?

veux-tu de nouveau m'oter la vie ? eh bien ! lève le bras, et tue-moi ! ". Tout hors de lui-même, à cette

vue, Ernest fond en larmes : " Seigneur, s'écrie-t-il en sanglotant, je me rends à vous ; puisque vous

daignez me faire miséricorde, je veux me convertir. " Il quitte aussitôt l'auberge et se dirige vers son monastère pour y faire pénitence ; mais, rencontré en

chemin par les ministres de la justice, il est saisi et mené au juge ; il avoue tous ses forfaits ; on le

condamne à la corde, on ne lui donne pas même le temps de se confesser. Pendant qu'on le traînait au

supplice, il se recommanda à Marie ; elle lui conserva la vie, le détacha elle-même de la potence et lui dit :

" Retournes au couvent, fait pénitence ; et, quand tu me verras à la main la sentence du pardon de tes

péchés, prépare-toi à la mort :. Ernest rentra au monastère, raconta le tout à l'abbé, et fit une rigoureuse

pénitence. Plusieurs années après, il vit Marie tenant à la main l'acte de son pardon ; aussitôt, il se prépara

à la mort, et il mourut saintement.

PRIèRE O ma Souveraine, digne Mère de mon Dieu, très sainte Vierge, en me voyant si méprisable et si

souillé, je ne devrais pas oser m'approcher de vous et vous appeler ma Mère ; mais je ne veux pas que

mes misère me privent de la consolation et de la confiance dont je suis pénétré en vous donnant ce

doux nom. J'ai mérité, il est vrai, que vous me repoussiez ; mais je vous prie de considérer ce qu'a fait

et souffert pour moi votre divin Fils, Jésus ; et puis, repoussez-moi si vous le pouvez. Je suis un

misérable pécheur ; plus que les autres, j'ai outragé la Majesté divine ; mais le mal est fait ; j'ai

recours à vous, vous pouvez me secourir ; ô ma Mère, venez à mon aide. Ne me dites pas que vous ne pouvez m'aider ; car je sais que vous êtes toute-puissante, vous obtenez de

votre Dieu tout ce que vous désirez. Et si vous me répondez que vous ne voulez pas me secourir,

dites-moi du moins à qui je dois m'adresser pour être soulagé dans mon excessive détresse. Souffrez

qu'avec saint Anselme, je vous dise, à vous et à votre divin Fils : Ou bien ayez pitié de moi, vous mon

Rédempteur, en me pardonnant et vous ma Mère, en intercédant pour moi ; ou apprenez-moi à qui je

dois recourir, montrez-moi en qui je puis trouver plus de miséricorde et avoir plus de confiance. Ah !

certes, je ne saurais trouver personne, ni sur la terre, ni dans le ciel, qui ait plus que vous compassion

des malheureux, et qui puisse mieux me secourir. Vous, Jésus, vous êtes mon Père ; et vous, Marie,

vous êtes ma Mère. Vous aimez jusqu'aux plus misérables, et vous allez les chercher pour les sauver. Je

suis un coupable digne de l'enfer, le plus misérable de tous les pécheurs ; mais vous n'avez pas besoin

d'aller me chercher, et je ne prétends pas que vous le fassiez : je me présente à vous dans la ferme

espérance que vous ne m'abandonnerez pas. Me voici à vos pieds : mon Jésus, pardonnez-moi ; Marie,

ma Mère, secourez-moi.

CHAPITRE II

Vita, dulcedo.

Notre vie, notre douceur.

MARIE, NOTRE VIE, NOTRE DOUCEUR I Marie est notre vie, parce qu'elle nous obtient le pardon de nos péchés. L'église veut que nous appelions Marie notre Vie. Pour bien comprendre ce titre, il faut savoir que,

comme l'âme donne la vie au corps, ainsi la grâce de Dieu donne la vie à l'âme ; car, sans la grâce, l'âme

peut paraître vivante, mais en réalité elle est morte, selon ce qui est dit dans l'Apocalypse. Ainsi Marie

rend la vie aux pécheurs, quand, par son intercession, elle leur obtient de rentrer en grâce avec Dieu. L'église applique à Marie et lui met dans la bouche les paroles suivantes du livre des Proverbes ; Ceux

qui sont diligents à recourir à moi dès le matin, c'est-à-dire, aussitôt qu'ils le peuvent, me trouveront

certainement. Au lieu de : Me trouveront, on lit dans la version de Septante : Trouveront la grâce de

Dieu. - Un peu plus loin, il est dit : Celui qui m'aura trouvée, trouvera la vie, et recevra de Dieu le salut

éternel. - écoutez, s'écrie là-dessus saint Bonaventure : honorez Marie, et vous aurez la vie et le salut. Au dire de saint Bernardin de Sienne, ce qui empêcha Dieu d'anéantir l'humanité après le péché originel,

ce fut son amour de prédilection pour cette Fille bénie qui devait naître d'Adam. Le saint ne doute

nullement que toutes les miséricordes et toutes les grâces reçues par les pécheurs sous l'ancienne loi, ne

leur aient été accordées à la seule considération de cette bienheureuse Vierge. Elle est donc bien fondée, cette exhortation de saint Bernard : " Cherchons la grâce, et cherchons-la par

l'intermédiaire de Marie ". Oui, si nous sommes assez malheureux pour avoir perdu la grâce de Dieu,

cherchons-la ; et, afin de la recouvrer sûrement, adressons-nous à Marie ; car, si nous avons perdu cette

perle précieuse, Marie l'a retrouvée ; et de là le nom d'inventrice de la grâce, que lui donne le même saint.

Et n'est-ce pas là la vérité si consolante pour nous qu'exprimait l'ange Gabriel, quand il disait à la Vierge :

Ne craignez point, Marie, car vous avez trouvé la grâce. Mais, puisque Marie n'avait jamais été privée

de la grâce, comment le saint archange pouvait-il dire qu'elle l'avait trouvée ? La vierge Immaculée fut

toujours unie à Dieu, toujours ornée de la grâce, ou plutôt toujours pleine de grâce, comme l'archange le

fit connaître au monde, quand il la salua en ces termes : Je vous salue, pleine de grâce, le Seigneur est

avec vous. Ce n'est donc pas pour elle-même que Marie a trouvé la grâce dont elle fut toujours remplie ;

pour qui donc ? Pour ceux qui l'avaient perdue, pour les pécheurs, répond le cardinal Hugues ; et,

commentant les paroles de saint Gabriel, le pieux auteur ajoute : Qu'ils courent donc à Marie, les pécheurs

qui ont perdu la grâce, et ils la trouveront sans faute auprès d'elle ; qu'ils lui disent avec assurance :

Auguste Dame, une chose trouvée doit être restituée à qui l'a perdue ; vous devez donc nous rendre la

grâce. Richard de Saint-Laurent développe la même pensée et conclut ainsi : Si donc nous désirons

trouver la grâce du Seigneur, allons à Marie, qui l'a trouvée et qui la trouve toujours ; comme elle fut et

sera toujours chère à Dieu, notre confiance en elle ne saurait être frustrée. La sainte Vierge dit dans les Cantiques, que Dieu l'a placée en ce monde pour être notre défense, et qu'il

l'a établie Médiatrice de paix entre lui et les pécheurs : " Je suis un mur et mon sein est un asile assuré

comme une forte tour, depuis qu'il m'a faite entremetteuse de la paix. " Saint Bernard s'appuie sur ces

paroles pour relever le courage du pécheur : Va, dit-il, va, pauvre pécheur, à cette Mère de miséricorde,

et montre-lui les plaies que tes fautes ont laissées dans ton âme ; elle ne manquera pas de solliciter ton

pardon auprès de son divin Fils, en lui rappelant qu'elle l'a nourri de son lait ; et ce Fils qui l'aime si

tendrement, ne manquera pas de l'exaucer. - Et la sainte église elle-même nous met sur les lèvres une

oraison où elle prie le Seigneur de nous accorder la faveur d'être aidés par la puissance secourable des

prières de Marie à sortir du péché : " O Dieu miséricordieux, venez en aide à notre fragilité, afin que,

célébrant la mémoire de la sainte Mère de Dieu, nous puissions avec l'appui de son intercession, nous

relever de nos iniquités. Ainsi donc saint Laurent Justinen a raison d'appeler Marie l'Espérance des coupables, puisque seule elle

leur obtient de Dieu le pardon de leurs fautes. Saint Bernard fait bien de lui décerner le titre d'échelle des

pécheurs, puisque cette Reine compatissante leur tend une main secourable, les retire de l'abîme où ils

sont misérablement tombés, et les fait remonter à Dieu. Et saint Augustin n'a pas tort de la proclamer

notre unique Espérance, puisque c'est par elle seule que nous espérons la rémission de tous nos péchés.

Saint Jean Chrysostôme ne parle pas autrement que l'illustre évêque d'Hippone : " Par elle, dit-il, nous

obtenons le pardon de nos péchés ". Et, plein de confiance en sa médiation, il lui adresse cette prière au

nom de tous les pécheurs : Nous vous saluons, ô Mère de Dieu et notre Mère, Ciel où Dieu réside, Trône

du haut duquel le Seigneur dispense toutes ses grâces ! priez sans cesse Jésus pour nous, afin que, par

votre entremise, nous puissions trouver miséricorde au jour du jugement, et partager la gloire des élus

dans l'éternité. C'est avec raison, enfin, comme le remarque Innocent III, que Marie est comparée à l'aurore dans ce

passage du Cantique : Quelle est celle-ci qui s'avance comme une aurore naissante ? Car la naissance de

Marie mit fin au règne des cives, comme l'aurore met fin aux ombres de la nuit. Ainsi parle ce pontife.

Or, le changement opéré autrefois dans le monde par cette bienheureuse naissance, se reproduit dans

toute âme où naît la dévotion à Marie : elle en bannit les ténèbres du péché et guide ses pas dans la voie

des vertus. De là l'exclamation de saint Germain : " O Mère de Dieu, votre protection nous donne

l'immortalité ; votre intercession, c'est la vie. " Le même saint assure que le nom de Marie, dans la

bouche de celui qui le prononce avec affection, est le signe de la vie, ou du moins le présage d'un prompt

retour à la vie. Sur les paroles du Cantique de Marie : Voici qu'à parti de ce moment toutes les nations m'appelleront

bienheureuse, saint Bernard s'écrie : Oui, ô ma Souveraine, vous serez proclamée bienheureuse par tous

les hommes, parce que votre intercession assure à tous vos serviteurs la vie de la grâce et la gloire céleste.

En vous les pécheurs trouvent le pardon, les justes la persévRrance, et ensuite la vie éternelle. - Ne perds

donc pas confiance, ô pécheur, dit le pieux Bernardin de Bustis ; ne te décourage point, quand même tu

te serais souillé de toutes les iniquités, mais recours avec assurance à cette glorieuse Reine ; tu la

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