Les Gloires de Marie (page 7)
trouveras toujours les mains pleine de miséricorde, et plus désireuse de te combler de ses dons, que
toi-même de les recevoir. Un titre encore qui convient à Marie, selon saint André de Crète, c'est celui de Caution ou de Gage de
notre réconciliation avec Dieu. Et, en effet, quand les pécheurs s'adressent à Marie, pour être réconciliés
avec Dieu, non content de leur promettre leur pardon, Dieu leur en donne même un gage ; et ce gage
n'est autre que Marie elle-même qu'il nous a donnée pour Avocate : tout pécheur qui se réfugie auprès
d'elle, obtient par son entremise le pardon de ses fautes en vertu des mérites de Jésus-Christ. D'après la
révélation faite par un ange à sainte Brigitte, les prophètes étaient ravis de joie dans la prévision que,
fléchi par l'humilité et la pureté de Marie, Dieu allait faire grâce aux pécheurs, et recevoir dans son amitié
ceux qui auraient provoqué sa colère. Aucun pécheur ne doit jamais craindre d'être repoussé par Marie, quand il implore sa pitié ; non, car elle
est une Mère de miséricorde, et, à ce titre, elle désire sauver les plus misérables. Marie est pour nous une
Arche du salut, dit saint Bernard ; quiconque s'y réfugie, échappera au naufrage de la damnation éternelle.
Dans l'arche de Noé les brutes même furent à couvert des eaux du déluge ; sous le manteau de Marie, les
pécheurs même trouvent le salut. Sainte Gertrude vit un jour cette clémente Reine qui tenait son manteau
ouvert : une multitude de lions, d'ours, de tigres et d'autres bêtes féroces, s'y étaient réfugiés ; et, bien loin
de les chasser, Marie les retenait autour d'elle et les caressait doucement. Cet emblême apprit à la sainte
que Marie ne repousse pas les pécheurs, si enfoncés soient-ils dans la fange du vice, mais qu'elle les
accueuille avec tendresse et les met à l'abri de la mort éternelle. Entrons donc dans cette Arche, courons
nous réfugier sous le manteau de Marie ; elle se gardera bien de nous rejeter, elle nous sauvera
infailliblement.
EXEMPLE Le père Bovio raconte l'admirable conversion d'une femme de mauvaise vie nommée Hélène. étant
entrée un jour sans intention dans une église, et y ayant entendu un sermon sur la dévotion du Rosaire,
elle avait fait l'emplette d'un chapelet en retournant chez elle ; mais le tenait caché par respect humain.
Elle se mit néanmoins à le réciter ; et, quoique ce fût d'abord sans décotion, la très sainte Vierge lui fit
goûter tant de consolations et de douceurs dans cet exercice, qu'elle ne pouvait plus s'en détacher. Elle
conçut en même temps une vive horreur de ses désordres, au point d'un predre le repos, et elle se vit ainsi
comme forcée d'aller se confesser ; ce qu'elle fit avec tant de contrition, que le confesseur en était étonné.
Après sa confession, elle alla se prosterner au pied d'un autel de Marie, pour remercier son Avocate ; elle
y récita le Rosaire, et la Mère de Dieu, faisant parler la statue, lui dit : " Hélène, tu assez offensé Dieu et
moi ; désormais change de conduite et tu auras une bonne part dans mes faveurs ". La pauvre pécheresse
toute confuse, répondit : " Ah ! Vierge sainte, il est vrai que jusqu'ici j'ai été une scélérate, mais vous qui
pouvez tout, aidez-moi ; je me donne à vous, et je veux employer le reste de ma vie à faire pénitence de
mes péchés." Avec le secours de Marie, Hélène distribua aux pauvres tout ce qu'elle possédait, et se livra à une
pénitence rigoureuse. Elle éprouva de terribles tentations, mais, sans faire autre chose que de se
recommander à la Mère de Dieu, elle remportait toujours la victoire. Elle alla jusqu'à recevoir beaucoup
de grâces surnaturelles, telles que visions, révélations, don de prophétie. Enfin, à sa mort, qui lui fut
annoncée par Marie plusieurs jours d'avance, la bienheureuse Vierge vint la visiter elle-même avec son
divin Fils ; et, lorsque cette pécheresse expira, on vit son âme, sous la forme d'une belle colombe,
s'envoler aux cieux.
PRIèRE Voici, ô Mère de mon Dieu, mon unique espérance, Marie ! voici à vos pieds un malheureux pécheur
qui implore votre pitié. Toute l'église et tous les fidèles vous proclament le Refuge des pécheurs ; vous
êtes donc mon refuge, c'est à vous de me sauver. Vous savez, vous dirai-je avec Guillaume de Paris,
combien votre divin Fils désire notre salut. Vous savez ce que Jésus-Christ a souffert pour me sauver ;
ô ma Mère, je vous présente les souffrances de Jésus : le froid qu'il endura dans l'étable de Bethléem,
les pas qu'il fit dans le voyage d'égypte, ses fatigues, ses sueurs, le sang qu'il répandit, la douleur qui
le fit expirer à vos yeux sur la croix. Montrez, en me secourant, que vous aimez ce Fils adorable,
puisque c'est au nom de votre amour pour lui que je vous prie de me secourir. Tendez la main à un
malheureux qui est tombé, et qui vous supplie d'avoir pitié de lui. Si j'étais un saint, je ne vous demanderais pas miséricorde ; mais parce que je suis un pécheur, j'ai
recours à vous, qui êtes la Mère des miséricordes. Je sais que votre coeur compatissant trouve sa
consolation à aider les misérables, quand leur obstination ne vous empêche pas de les aider ; consolez
donc votre coeur compatissant et consolez-moi, aujourd'hui que vous avez occasion de sauver un
malheureux condamné à l'enfer, aujourd'hui que vous pouvez m'aider, puisque je ne veux pas être
obstiné. Je me remets entre vos mains : dites-moi ce que j'ai à faire, et obtenez-moi la force de
l'exécuter ; je suis résolu de faire tout ce qui est en mon pouvoir, pour rentrer dans l'amitié de Dieu. Je me réfugie sous votre manteau ; Jésus veut que j'aie recours à vous ; il veut que, pour votre gloire et
pour la sienne, puisque vous êtes ma Mère, je sois redevable de mon salut, non seulement à son sang,
mais encore à vos prières. C'est lui qui m'envoie auprès de vous, pour que vous me secouriez. O
Marie, me voici, je recours à vous, et je mets en vous ma confiance ; vous qui priez pour tant d'autres,
priez aussi, dites au moins une parole pour moi ; dites à Dieu que vous voulez mon salut, et Dieu me
sauvera certainement ; dites-lui que je suis à vous, je ne vous demande pas autres chose.
II Marie est notre vie, parce qu'elle nous obtient la persévérance.
La persévérance finale est un don de Dieu, don si excellent, que, comme l'a déclaré le Concile de Trente,
il est purement gratuit, nous ne saurions le mériter ; néanmoins, selon l'enseignement de saint Augustin ;
Dieu l'accorde à tous ceux qui le lui demandent ; et, suivant le Père Suarez, on l'obtient infailliblement si
l'on a soin de le solliciter jusqu'à la fin de la vie ; car, dit Bellarmin, la persévérance doit être demandée
tous les jours, pour être obtenue tous les jours. Or, s'il est vrai, dis-je, que toutes les grâces qui nous
viennent de Dieu, passent par les mains de Marie, il sera également vrai que nous ne pouvons espérer et
obtenir la grâce suprême de la persévérance, si ce n'est par l'entremise de Marie. Et nous l'obtiendrons
indibutablement, si nous la lui demandons toujours avec confiance ; c'est la récompense qu'elle promet à
tous ceux qui la servent fidèlement en cette vie : Ceux qui me glorifient auront la vie éternelle. Ces
paroles lui sont appliquées par la sainte église. Pour conserver la vie de grâce, il faut que nous ayons la force de résister à tous les ennemis de notre salut
; or, cette force ne s'obtient que par le moyen de Marie ; Le don de force est entre mes mains, dit Marie ;
Dieu me l'a remis afin que je le dispense à mes serviteurs. Par moi règnent les rois ; soutenus par moi,
mes dévots règnent sur la terre, en commandant à tous leurs sens et à toutes leurs passions, et ils se
rendent ainsi dignes de régner éternellement dans le ciel. Oh ! de quelle force victorieuse sont revêtus les
sujets de cette grande Reine pour leurs luttes avec l'enfer ! A Marie convient ce passage des cantiques :
Votre cou est comme la tour de David, munie de travaux avancés, et où l'on voit suspendus mille
boucliers et toute l'armure des vaillants. Pour ceux qui l'aiment et qui l'invoquent dans le combat, elle
est en effet pareille à une tour environnée de puissants moyens de défense ; ils trouvent en elle tous les
boucliers et toutes les armes dont ils ont besoin pour repousser les attaques de Satan. Pour la même raison, la très sainte Vierge se dit semblable au platane qui s'élève le long de la route, au
bord d'un courant d'eau. Le platane est un nouvel emblême de la protection dont Marie favorice ceux qui
se réfugient auprès d'elle ; car, selon la remarque du cardinal Hughes, cet arbre a des feuilles en forme de
boucliers. Le bienheureux Amédée donne une autre explication : comme le feuillage du platane mes les
voyageurs à couvert du soleil et de la pluie, ainsi, dit-il, Marie nous offre sous son manteau royal un abri
contre l'ardeur des passions et la violence des tentations. Malheur aux âmes qui se privent de cet abri salutaire, en négligeant d'honorer Marie et de l'invoquer dans
les occasions dangereuses ! Si le soleil cessait de paraître, dit saint Bernard, que deviendrait le monde,
sinon un chaos de ténèbres, et de ces ténèbres dont l'Esprit Saint dit qu'elles permettent aux bêtes
sauvages de rôder en toute liberté. Dès qu'une âme n'est plus éclairée de la divine lumière, la nuit s'y fait
et elle devient le repaire de tous les péchés et des démons. De là ce cri de saint Anselme : " Malheur à
ceux qui méprisent la lumière du Soleil ", c'est-à-dire la dévotion envers Marie ! Saint François de Borgia craignait avec raison pour la persévérance de ceux en qui il ne trouvait pas une
dévotion particulière envers la bienheureuse Vierge. S'entretenant un jour avec des novices, il voulut
savoir d'eux à quel saint chacun était surtout dévot, et, s'apercevant que quelques-uns manquaient cette
dévotion spéciale à Marie, il avertit le maître des novices de surveiller plus attentivement ces pauvres
jeunes gens ; or, qu'arriva-t-il ? tous perdirent malheureusement leur vocation et quittèrent l'institut. Ce n'est donc pas à tort que saint Germain proclame Marie la Respiration des chrétiens ; en effet, comme
le corps ne peut vivre sans respirer, de même l'âme ne peut vivre sans recurir et se recommander à cette
divine Mère, par le moyen de qui nous naissons à la vie de grâce et nous la conservons sûrement. Voici
les propres termes du saint : " De même que la respiration n'est pas seulement le signe mais encore la
cause de la vie corporelle ; ainsi le nom de Marie, que les serviteurs de Dieu ont sans cesse sur les lèvres,
est tout à la fois une preuve qu'ils ont la vie spirituelle, et un moyen qui produit et conserve en eux cette
vie, et leur attire toutes sortes de biens. ". Alain de la Roche pensa un jour se perdre, faute de s'être recommandé à Marie dans une violente
tentation ; mais la Sainte Vierge lui apparut, et, afin qu'un autre fois il se tînt mieux sur ses gardes, elle lui
donna un soufflet, en lui disant : " Si tu m'avais invoquée, tu ne te serais pas trouvé dans ce péril. " D'autre par, la Reine du Ciel nous adresse ces paroles : Heureux celui qui écoute ma voix, et qui a soin de
venir sans cesse frapper à la porte de ma miséricorde, et réclamer de moi lumière et secours ! - Marie
s'emploie de grand coeur à procurer à ceux qui l'invoquent ainsi tous les secours nécessaires pour sortir
du vice et marcher dans la voie de la vertu. De là les beaux titres de Lune, d'Aurore et de Soleil que lui
donne Innocent III. Lune pour le malheureux plongré dans la nuit du péché, elle lui fait voir l'état de
damnation où il se trouve. Aurore, c'est-à-dire, avant-courrière du soleil, pour l'âme qui se reconnaît déjà,
elle l'aide à sortir du péché et à entrer dans l'amitié de Dieu. Soleil, enfin, pour l'âme en état de grâce, elle
l'empêche de tomber de nouveau dans quelque précipice. Les docteurs appliquent à Marie les paroles de l'Ecclésiastique : Ses liens sont des liens salutaires. - La
sainte Vierge lie ses serviteurs par ses exemples et ses secours, dit Richard de Saint-Laurent, de peur
qu'ils n'aillent s'égarer dans les voies du vice. Saint Bonaventure explique dans le même sens cet autre
texte, qu'on lit dans l'office de Marie : Je me tiens au milieu des saints. La divine Mère, dit-il, ne se tient
pas seulement au milieu des saints, mais elle maintient les saints, afin qu'ils ne retournent pas en arrière ;
elle soutient leurs vertus, afin qu'ils ne viennent pas à défaillir ; et elle contient les démons, afin qu'ils n'en
reçoivent aucun dommage. Il est dit des serviteurs de Marie, qu'ils sont couvers d'un double vêtement. Selon Cornelius, cela signifie
que Marie orne ses fidèles serviteurs des vertus de son divin Fils et des siennes propres ; et, protégés par
ce double vêtement, ils conservent la sainte persévérance. Aussi saint Philippe de Nérie ne se laissait pas de répéter à ses pénitents : " Mes enfants, si vous désirez la
persévérance, soyez dévots à la sainte Vierge. ". Le saint frère Jean Berchmans, de la Compagnie de
Jésus, disait pareillement : " Celui qui aime Marie, aura la persévérance ". Ici vient à propos la belle
réflexion de Rupert sur la parabole de l'Enfant prodigue. Si ce jeune étourdi eût eu encore sa mère, dit-il,
ou bien il n'aurait jamais quitté la maison paternelle, ou bien il y serait revenu beaucoup plus tôt. La
pensée du pieux abbé est qu'un enfant de Marie ne s'éloigne jamais de Dieu, ou du moins ne tarde pas à
être ramené par elle, si par malheur il vient à s'en éloigner. Ah ! si tous les hommes aimaient cette Reine pleine de clémence et de tendresse, et si, dans les tentations,
ils avaient toujours et aussitôt recours à elle, en verrait-on jamais faire une chute ? en verrait-on un seul
se perdre ? Celui-là tombe et se perd, qui ne recourt point à Marie. On lit au livre de l'Ecclésiastique : J'ai
marché sur les flots de la mer ; ces mots, Richard de Saint-Laurent les applique à la Vierge et les
commente ainsi : Je marche avec mes serviteurs au milieu des tempêtes qui viennent les assaillir ; je les
environne de ma protection et les empêche d'être engouffrés dans l'abîme du péché. Voici un trait raconté par le père Bernardin de Bustis. Un oiseau avait été dressé à dire : Ave Maria ; se
voyant poursuivi par un épervier, il cria : Ave Maria ! et l'épervier tomba mort. - Le Seigneur a voulu
nous montrer par cet exemple, que, si un pauvre animal a pu être sauvé en prononçant le nom de Marie,
à plus forte raison tout homme échappera-t-il aux mains du démon qui l'attaque, s'il a soin d'invoquer ce
nom béni. Ainsi, dit saint Thomas de Villeneuve, lorsque les démons viennent nous tenter, nous n'avons
qu'à imiter les poussins effrayés à la vue du mlan : de même qu'ils courent aussitôt se réfugier sous l'aile
maternelle, allons sans retard, et sans raisonner avec la tentation, nous mettre en sûreté sous le manteau
de Marie. Car c'est à vous, ô notre Reine et notre Mère, continue le même, c'est à vous de nous défendre
; car, après Dieu, nous n'avons pas d'autre refuge que vous ; vous êtes notre unique espérance, la seule
protectrice en qui nous mettons notre confiance. Concluons par ces paroles de saint Bernard : O vous, qui comprenez que, dans le tourbillon de ce siècle,
vous naviguez sur une mer agitée par la tempête, plutôt que vous ne marchez sur la terre ferme,
voulez-vous ne pas être submergé par les vents contraires ? gardez-vous de détourner les yeux de cette
brillante étoile. Etes-vous en danger de tomber dans le péché, pressé par de fâcheuses tentations, ou bien,
dans vos doutes, ne savez-vous que résoudre ? regardez l'étoile, pensez que Marie est assez puissante
pour vous secourir, invoquez-la sans retard. Que son Nom puissant soit toujours dans votre coeur par la
confiance, et sur vos lèvres par la fidélité à l'invoquer. En suivant Marie, vous ne sauriez vous écarter de
la voie du salut ; pourvu que vous ayez soin de vous recommander à elle, vous ne tomberez point ; si elle
vous protège, vous n'avez pas à craindre de vous perdre ; si elle vous guide, vous vous sauverez sans
peine. En un mot, si Marie vous prend sous sa défense, vous arriverez certainement au royaume des
Bienheureux. Faites ainsi et vous vivrez.
EXEMPLE C'est une histoire célèbre que celle de sainte Marie d'égypte, rapportée dans la Vie des Pères. A l'âge de
douze ans, elle s'enfuit de la maison paternelle et se rendit à Alexandrie, où sa conduite devint le scandale
de toute la ville. Après seize années de désordres, elle alla, courant le monde, jusqu'à Jérusalem, où l'on
célébrait alors la fête de la Sainte Croix, et voulut, elle aussi, entrer dans l'église, plus par curiosité que
par dévotion ; mais, en arrivant à la porte, elle se sentit repoussée en arrière par une force invisible ; elle