Les Gloires de Marie (page 8)

Alphonse de Liguori · Vie de piété

Texte français, domaine public · Source : jesusmarie.free.fr — Les Gloires de Marie (1re et 2de parties) · 27 pages

Fiche de l’œuvre dans le savoir

essaya une seconde fois d'entrer et fut encore repoussée ; une troisième et une quatrième tentative qu'elle

fit, n'eurent pas plus de succès. S'étant alors retirée dans un coin du parvis, la malheureuse comprit, à

l'aide d'une lumière céleste, qu'en punitions de sa mauvaise vie, Dieu la rejetait, et de sa présence et

même de son temple. Elle en était là quand, levant les yeux, elle aperçut pour son bonheur une peinture représentant la sainte

Vierge ; elle s'adressa à cette Reine du ciel et lui dit, d'une voix entrecoupée de sanglots : " O Mère de

Dieu, prenez pitié d'une pauvre pécheresse. Mes crimes me rendent indigne du moindre de vos regards, je

le reconnais ; mais vous êtes le refuge des pécheurs ; pour l'amour de Jésus, votre Fils, assistez-moi ;

faites que je puisse entrer dans l'église, car je suis résolue de changer de vie et d'aller faire pénitence en tel

lieu qu'il vous plaira de m'indiquer ". Une voix qu'elle prit pour celle de la bienheureuse Vierge, lui

répondit au fond du coeur : " Eh bien ! puisque tu recours à moi, et que tu veux changer de vie, entre

dans l'église, la porte n'en sera plus fermée pour toi ". La pécheresse entre, et adore la Croix avec les

sentiments de la plus vive componction. Elle retourne ensuite devant l'image de Marie : " Ma Reine,

dit-elle, me voici, prête à vous obéir ; où voulez-vous que je me retire pour faire pénitence ? " - Va, lui

répondit la sainte Vierge, passe le Jourdain, et tu trouveras le lieu de ton repos ". Elle se confessa,

communia, passa le fleuve et arriva au désert, et comprit que c'était là le lieu de sa pénitence. Pendant les dix-sept premières années que la saint vécut dans la solitude, quels assauts ne lui livrèrent pas

les démons pour la faire retomber ! Et que fasait-elle alors ? pas autre chose que de se recommander à

Marie ; et Marie lui obtint la force de résister pendant ces dix-sept années ; après quoi, ses combats

cessèrent. Enfin, après avoir passé quarante-sept ans dans le désert, et se trouvent parvenue à la

soixante-dix-septième année de son âge, elle fut découverte par l'abbé Zozime, que la Providence conduit

en ce lieu. Elle lui raconta toute sa vie, et le pria de revenir l'année suivante pour lui apporter la sainte

communion. L'abbé revint selon son désir, et la communia. Ensuite, la sainte lui renouvela sa prière de la

visiter encore une fois. Zozime le fit, et il la trouva morte. Son corps était environné de lumière, et près

de sa tête étaient tracés ces mots : " Ensevelissez ici le corps d'une misérable pécheresse que je suis, et

priez Dieu pour moi ". Le saint abbé la descendit dans une fosse qu'un lion vint creuser ; et, de retour au

monastère, il racomta les merveilles de la divine miséricorde envers cette heureuse pénitente.

PRIèRE O Vierge sainte, Mère de miséricorde ! voici à vos pieds le perfide qui, payant d'ingratitude les grâces

qu'il a reçues de Dieu par votre intercession, a trahi Dieu et vous. Mais sachez-le, ô douce Reine !

loin de diminuer ma confiance en vous, ma misère ne fait que l'augmenter ; car je vois qu'elle redouble

votre compassion envers moi. Faites connaître, ô Marie, que, pour moi comme pour tous ceux qui vous

invoquent, vous êtes pleine de bonté et de miséricorde. Je ne réclame de vous qu'un regard de

compassion : si votre coeur a compassion de moi, il ne saura refuser de me protéger ; et, si vous me

protégez, qu'ai-je à craindre ? Non, je ne craindrai rien : je ne craindrai pas mes péchés, puisque vous

pouvez réparer le mal que j'ai fait ; je ne craindrai pas les démons, puisque vous êtes plus puissante

que l'enfer ; je ne craindrai même pas la juste indignation de votre divin Fils, puisqu'une seule de vos

paroles suffit pour l'apaiser. Je me trompe, il me reste une crainte : je pourrais, au moment de la tentation, faire la faute de ne pas

recourir à vous, et ce serait ma perte. Mais je suis résolu de ne jamais cesser de me recommander à

vous, je vous en fais aujourd'hui la promesse, aidez-moi à la tenir. Voyez quelle belle occasion pour

vous de contenter votre coeur en faisant le bonheur d'un misérable tel que je suis. O Mère de Dieu, j'ai

une grande confiance en vous. J'attends de vous la grâce de pleurer mes péchés comme je le dois, et la

force de n'y plus retomber : si je suis malade, vous pouvez me guérir ; si mes fautes m'ont rendu faible,

votre secours me rendra fort. J'espère tout de vous, ô Marie, parce que vous pouvez tout auprès de

Dieu. Amen.

III Marie est notre douceur : elle rend la mort douce à ses serviteurs. L'ami sincère aime en tout temps ; et le frère se connaît dans l'affliction. Les vrais amis et les vrais

parents ne sont pas bien connus dans les temps de prospérité, mais seulement dans la détresse et la

misère. Les partisans du monde restent attachés à un ami tant que la fortune lui sourit ; mais qu'il vienne

à essuyer quelque disgrâce, que surtout la mort approche, et aussitôt les amis de s'éloigner. Marie n'agit

pas ainsi avec ceux qui lui sont dévoués : bonne Maîtresse et bonne Mère, elle ne saurait abandonner ses

fidèles serviteurs dans leurs tribulations, surtout dans les angoisses de la mort, qui sont les plus terribles

qu'on puisse éprouver ici-bas ; et, après avoir été notre Vie durant tout le temps de cet exil, elle devient

notre Douceur au terme de ntore carrière, en nous ménageant une mort douce et heureuse. En effet, depuis le jour mémorable où elle eut à la fois le bonheur et la douleur d'être présente à la mort

de Jésus-Christ, son Fils, qui est le Chef des prédestinés, Marie est en possession du privilège d'assister

tous les prédestinés à l'heure de la mor. C'est pourquoi l'église nous fait prier cette bienheureuse Vierge

de venir à notre secours principalement à nos derniers moments : Priez pour nous, pécheurs, maintenant

et à l'heure de notre mort. Bien cruelles sont les angoisses des pauvres mourants ! remords des péchés commis, incertitude du salut,

tout est pour les tourmenter. En ce moment où l'âme va passer à l'éternité, l'enfer fait appel plus que

jamais à toutes ses armes ; il met en jeu toutes ses forces pour s'en rendre maître ; il sait qu'il lui reste peu

de temps pour la gagner, et que, s'il la perd alors, c'est pour toujours : Le diable descend vers vous plein

d'une grande fureur, sachant qu'il n'a plus qu'un peu de temps. Alors, le démon qui la tentait

ordinairement pendant sa vie, ne vient pas seul l'attaquer, mais il en appelle d'autres à son aide, et la

maison se remplit d'esprits invernaux qui unissent leurs efforts pour la perdre : Leur demeure se remplira

de dragons. On raconte de saint André d'Avellin, qu'au temps de sa mort, dix mille démons vinrent le tenter ; ils lui

livrère surtout de rudes assauts quand il fut à l'agonie ; tous les religieux présents étaient épouvantés du

spectacle qui s'offrait à leurs regards. Le visage du sain se gonflait jusqu'à paraître tout noir par l'effet de

son agitation intérieure ; il tremblait de tous ses membres et se débattait étrangement ; de ses yeux

sortaient deux torrents de larmes, sa tête était en proie à des secousses violentes : autant d'indices de

l'horrible combat qu'il soutenait contre l'enfer. Tous les assistants, émus jusqu'aux larmes, redoublaient de

prières et tremblaient de crainte, en voyant un saint mourir de la sorte. On se consolait toutefois, en le

voyant tourner souvent les yeux vers une pieuse image de Marie, comme pour réclamer son secours ; et

on se souvenait de lui avoir entendu dire bien des fois, dans le courant de sa vie, que la sainte Vierge

serait son refuge à l'heure de sa mort. Il plut enfin au Seigneur de mettre fin à ce combat par une glorieuse victoire : les convulsions cessèrent, le

visage désenflé reprit sa première couleur, et on vit le saint, tenant les yeux tranquillement fixés sur

l'image, faire une dévote inclination comme pour remercier Marie, laquelle, pense-t-on, se faisait voir à lui

; après cela, il remit paisiblement son âme bénie entre les mains de la divine Mère, et ses traits prirent une

expression de paix céleste. En ce moment-là même, une religieuse capucine à l'agonie, se tourna vers les

soeurs qui l'assistaient, et leur dit : " Récitez l' Ave Maria ; car un saint vient de mourir ". A l'aspect de la Reine, les rebelles prennent la fuite. Si, à l'heure de la mort, nous avons Marie de notre

côté, que pourrons-nous craindre de la part de tous nos ennemis infernaux ? Dans les craintes que lui

inspirait la pensée de cette lutte suprême, David reprenait courage en s'appuyant sur le sacrifice du

Rédempteur futur et sur l'intercession de la Vierge Marie ; Alors même, disait-il que je marcherais au

sein des ombres de la mort, je ne craindrais rien... votre verge et votre bâton me rassurent. Par le mot

bâton, le cardinal Hughes entend ici la croix du Sauveur : et, par le mot verge, notre Médiatrice Marie,

qui fut prédite en ces termes par Isaïe : Il sortira une verge de la racine de Jessé, et une fleur s'élèvera

de sa racine. Vierge puissante, dit saint Pierre Damien, par elle sont réprimées toutes les violences des

esprits infernaux. Courage donc, s'écrie saint Antonin ; car, " si Marie est vec nous, qui osera nous

attaquer "? Quand le père Mauel Padial, jésuite, était près de mourir, Marie lui apparut, et lui adressa ces consolantes

paroles : " Voici enfin le moment où les anges vont te féliciter et te dire : O heureux travaux ! O

mortifiction bien récompensées " ! On vit ensuite une troupe de démons qui fuyaient, en criant avec

désespoir : " Hélas ! nouve ne pouvons rien ; celle qui est sans tache, le protège " ! Le Père Gaspard

Hayewood fut assailli par les démons à ses derniers moments et violemment tenté contre la foi ; il se

recommanda aussitôt à la sainte Vierge, et on l'entendit ensuite s'écrier : " Je vous rends grâces, ô Marie,

d'être venue à mon secours " ! Selon saint Bonaventure, quand un serviteur de Marie est sur le point de mourir, elle lui envoie saint

Michel et tous les anges dont il est le chef, afin qu'ils le défendent contre les attaques des démons ; elle les

charge de recevoir les âmes de tous ceux qui ont eu l'heureuse habitude d'implorer avec ferveur sa

maternelle protection. Lorsqu'une âme va sortir de ce monde, l'enfer s'émeut, dit Isaïe, et il envoie les plus terribles d'entre les

démons la tenter avant qu'elle quitte son corps, et l'accuser au tribunal de Jésus-Christ, quand elle s'y

présentera : L'enfer s'est mis en mouvement à ton arrivée ; il suscitera contre toi des géants. Mais, si

cette âme est défendue par Marie, les démons n'oseront entreprendre de l'accuser, assure Richard ; ils

savent trop bien que le divin Juge n'a jamais condamné et ne condamnera jamais une âme protégée par

son auguste Mère. Dans son épître à sainte Eustochie, saint Jérôme enseigne que, non contente de secourir ses chers

serviteurs au moment de leur mort, Marie vient encore à leur rencontre quand ils passent à l'autre vie, les

encourage par sa douce présence, et les accompagne au tribunal suprême : " Quel jour que celui où

Marie, Mère du Seigneur, viendra au devant de vous, suivie du choeur des vierges " ! et cela est

conforme à ce que la bienheureuse Vierge a dit elle-même à sainte Brigitte, touchant ses serviteurs à leurs

derniers moments : " Moi, leur Maîtresse bien-aimée et leur Mère, j'irai à leur rencontre quand ils seront

pour mourir, afin que, dans la mort même, ils trouvent consolation et soulagement ". Saint Vincent Ferrier ajoute qu'elle reçoit leurs âmes. Oui, cette Reine pleine de tendresse les reçoit en

quelque sorte dans les plis de son manteau, et les présente elle-même à leur Juge, qui est son Fils ; et ainsi

elle leur obtient infailliblement la grâce du salut. Tel fut, par exemple, le bonheur de Charles, fils de sainte

Brigitte : comme il était mort dans le périlleux métier des armes et loin de sa mère, la sainte craignait pour

son salut, mais la bienheureuse Vierge lui révéla que Charles était sauvé , grâce à son amour pour elle.

Elle-même, ajouta-t-elle, l'avait assisté dans ses derniers moments, et lui avait suggéré les actes que tout

chrétien doit faire en cette circonstance. Sainte Brigitte vit en même temps Jésus-Christ sur un trône, et le

démon qui portait deux accusations contre la divine Mère. En premier lieu, disait-il, elle m'a empêché de

tenter Charles au moment de sa mort ; en second lie, elle a présenté elle-même au jugement l'âme de ce

soldat, et l'a ainsi sauvée, sans même me permettre d'exposer les droits que je prétends avoir sur cette

âme. La sainte vit ensuite le démon reoussé par le divin Juge, et l'âme de Charles porté au ciel. Oh ! quel bonheur pour vous, mon cher frère, si à la mort, vous vous trouvez attaché à la Mère de Dieu

par les douces chaîne de l'amour ! Ses chaînes sont des chaînes de salut, c'est-à-dire qu'elles vous

assurent le salut éternel. Elles vous feront goûter à la mort une heureuse paix, qui sera pour vous le

commencement d'un repos et d'un bonheur sans fin. - Le Père Binet rapporte qu'un pieux serviteur de

Marie disait en mourant : " Si vous saviez quel contentement on sent en son âme, au moment de la mort,

d'avoir essayé de bien servir la très sainte Mère de Dieu durant le cours de sa vie, vous en seriez étonné

et consolé ; je ne saurai dire la joie que je ressens en mon coeur à l'heure que vous me voyez ". - Ainsi

mourut également le Père Suarez, si dévot envers la sainte Vierge qu'il aurait donné toute sa science,

disait-il, pour le mérite d'un seul Ave Maria ; il déclara au moment d'expirer, qu'avant d'en avoir fait

l'expérienve, il ne se serait jamais imaginé que la mort pût être si douce. Tel sera sans doute aussi votre contentement, pieux lecteur, telle sera votre joie au moment de la mort, si

vous pouvez vous rendre alors le témoignange d'avoir aimé cette bonne Mère, toujours fidèle à

récompenser ceux de ses enfants qui ont été fidèles à la servir et à l'honorer par des visites, par la

récitation du rosaire, par des jeûnes, et surtout à la remercier, à la louer, et à implorer souvent sa

puissante protection. Vous ne serez même pas privé de cette consolation pour avoir vécu un temps dans

le péché, si désormais vous tâchez de vous bien conduire et de servir fidèlement cette Reine si clémente

et si généreuse ; dans les angoisses de votre dernière heure, et dans les tentations par où le démon

cherchera à vous jeter dans le désespoir, elle vous fortifiera et portera la bonté jusqu'à venir elle-même

vous assister au moment de votre mort. Saint Pierre Damien raconte qu'un jour son frère Martin, ayant eu le malheur d'offenser Dieu, se rendit

devant un autel de Marie pour se consacrer à elle en qualité d'esclave ; en signe de quoi, il se passa sa

ceinture autour du cou, et parla ainsi : " O ma Souveraine, Miroir de pureté ! je suis un pauvre pécheur,

j'ai offensé mon Dieu et vous, en blessant la chasteté ; je ne puis mieux réparer ma faute qu'en m'offrant

à vous pour esclave ; me voici donc à vos pieds, recevez-moi, tout rebelle que je suis, ne me rejetez pas

". Ensuite, il déposa sur le marchepied de l'autel une certaine somme d'argent, qu'il promit de payer

chaque année comme esclave tributaire de Marie. Quand il fut près de mourir, on l'entendit un matin qui

s'écriait : " Levez-vous ; saluez ma Souveraine " ! Puis, il ajouta : " O Reine du ciel ! quelle est votre

bonté de daigner visiter ce pauvre serviteur ! De grâce, bénissez-moi, ma Souveraine, et ne permettez pas

que je me perde, après que vous m'avez honoré de votre présence ". Pierre étant alors arrivé, Martin lui

raconta comment la sainte Vierge l'avait visité et béni, se plaignant de ce que les assistants ne s'étaient pas

levés en présence de la Mère de Dieu. Peu après, il passa doucement dans le sein du Seigneur. Oui, mon cher lecteur, telle aussi sera votre mort, si vous êtes fidèles à Marie ; eussiez-vous d'ailleurs

offensé Dieu dans le passé, elle ne laissera pas de faire que votre fin soit douce et heureuse. Et si alors,

une crainte excessive au souvenir de vos péchés d'autrefois, ébranle votre confiance, elle viendra

elle-même soutenir votre courage. Ainsi fit-elle pour Adolphe, comte d'Alsace, dont l'histoire se lit aux

chroniques des Frères Mineurs. Ce prince avait renoncé au monde pour entre dans l'ordre de Saint

François, et s'y était distingué par sa dévotion à la Mère de Dieu. Sur la fin de ses jours, il se remit devant

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