Instruction pratique pour les confesseurs (page 13)

Alphonse de Liguori · Doctrine

Texte français, domaine public · Source : jesusmarie.free.fr — Instruction pratique pour les confesseurs, tomes 1 à 4 · 55 pages

Fiche de l’œuvre dans le savoir

XXXIII. De plus, le curé après l'évêque doit empêcher que l'habit clérical soit donné à deS jeunes gens ou à des enfants dont les mœurs ne soient pas exemplaires ou tout au moins pas dignes du caractère ecclésiastique, parce que s'il garde le silence, ou qu'il leur permette de porterla soutane, ceux-ci, peu à peu enracinés dans le vice et ne voulant pas avoiWa honte de se dépouiller de leur costume, em-ploierou* tous les moyens justes ou iniques pour obtenir l'ordination, et risqueront par là la ruine du pays. Dans le principe, le curé aurait pu remédier à ce mal, mais après il serait trop tard. Le curé doit aussi Veiller à l'instruction et à la direction dans la vie dévote de ceux qui ont pris l'habit, afin qu'ils fassent de bons ecclésiastiques. Aussi, quel compte terrible n'auront pas à rendre à Dieu ces curés qui donnent des attestations de la fréquentation des sacrements aux futurs ordinants, ainsi que de leurs bonnes mœurs, lorsqu'ils sont certains qu'ils se sont éloignés des sacrements, et qu'au lieu de donner de bons exemples, ils ont plutôt donné lieu au scandale ? Quelle misère de voir des clercs qui, après s'être confessés, après avoir communié à peine deux ou trois fois l'année, apportent une attestation de leurs curés constatant qu'ils ont reçu la communion chaque semaine, ou entendu deux fois la messe ! Des curés qui font de telles attestations doivent nécessairement être regardés comme ayant perdu la foi ; car le curé aura a rendre compte i Dieu de tous

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les péchés que commettront des clercs ainsi recommandés, après avoir reçu les ordres sans vocation, ainsi quede tous ceux qu'ils pourrontfaire commettre aux autres, puisque les évêques se reposent en cela sur les curés. Mais les évêques plus prudents ne se fient pas aux attestations des curés dans une, matière aussi importante de laquelle dépend le salut des peuples. Le curé sera aussi coupable devant D.ieu s'il délivre le certificat d'après des attestations.étrangères, et s'il n'est pas plus que certain de la vérité à l'égard de la fréquentation des sacrements et des bonnes mœurs.

XXXIV.Non seulementlescuréssonttenusde réprimer et de punir les péchés et les scandales dont ils ont connaissance, mais encore de s'informer dans toute l'étendue de leur juridiction si quelque paroissien est en état de péché, et n'a pas rempli ses obligations, parce que c'est au curé que le salut de chacun de ses ouailles est confié, comme l'enseignent communément Laymann, Soto, Salman, et d'autres, avec saint Thomas, (1), qui a dit : « Qui habet specialem » curam alterius, debet eum quaerere ad hoc,ut corri- » gat de peccato. » Le curé doit veiller spécialement à ce que ses paroissiens accomplissent le précepte pascal sans exception de personne ; et pour cela, il ne doit pas confier la distribution des billets de communion au premier clerc venu. Lorsque le temps des pâques est passé, il doit s'informer avec soin si quelqu'un ne les a pas faites (2) ; ihloit le corriger, et si la correqtion est insuffisante, il doit ea donner de suite

(1) 2. 3. q. i5. a. 1.

(2) Barbo. de ôfil. par. c. a. n. 7. et p, segiveri proro si inet. c. a5.

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a T s à l'évêque, afin qu'il procède à l'excommunication. Il est des curés qui suivent cette coutume à l'égard des gons de la basse classe, mais qui s'en abstiennent à l'égard d'autres personnes, et ferment les yeux. Combien n'avons-nous pas rencontré dans nos missions de ces personnes qui pendant plusieurs années avaient négligé d'accomplir le précepte, et auxquelles le cnré n'avait pas seulement adressé une parole d'admonition ! Malheureux curés ! plus malheureux encore les ouailles qui ont de semblables pasteurs 1 De plus, quand il se fait quelque mariage, lescurésdoivenlaioirsoin de s'informer s'iln'y a pas quelque empêchement ; et s'ils pensent avec probabilité îqu'il en existe, ils sont tenus de refuser leur assistance, et de défendre la célébration des noces, à moins que l'évêque diocésain ne décide ce qu'il y a à faire. C'est ce que disent Communément Lacroix, Sinchez, Ledesma, Riga et autres, avec de Lugo, qui prétend sfvec Coninch. que si Fé\êque connaît quelque empêchement occulte, il doit empêcher la célé-bra'tiondn mariage, quttnd bien même il ne le saurait' que par une science prhée et qu'il ne pourrait le prouver ( ? ).

XXXV. 5e Les curés sont obligés d'instruire et deMprêeher

; quant à l'instruction, ils douent instruire leurs ouaiHes à connaître et à croire les mystères de*la foi, et les choses nécessaires au salut, COtnnïa sont, 1 les quatre mystères principaux, c'est-é dire qu'il n'y a qu'un seul Dieu ; que ce Dieu est tout-puissant, infiniment sage, créateur et maître dei tout, miséricordieux et plein d'amabilité, et particulièrement qu'il est juste, rémunérateur du bien

(1) Lib. VI. ?. 94

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et du mal ; i le mystère de la Sainte-Trinité, de 'incarnation et de la mort de Jésus Christ ;' 5" les sacrements nécessaires, tels que le Baptême, l'Eucharistie et la Pénitence, ainsi que 'eeux dont on doit s'approcher ; enfin les dispositions nécessaires pour le faire avec fruit ; 4 ^s doivent aussi expliquer \ea articles du Credo ; et spécialement la virginité e e la très sainte Marie ; la session-de Jésus-Christ à la droite de son père, c'est-à-dire que sa gloire dans le ciel est égale à celle de son père ; la résurrection des tnort&i le-jugement dernier qui sera fait par Jésus-Christ ; l'unité de l'église romaine, hon de laquelle il n'y a point de salut ; et finalement i'( ler-nilé du paradis et de l'enfer, vérités que clnque fidele est obligé de savoir pur précepte très grjve ; ? les commandements du Déralogue et de l'ég isej 6 le Pater et YJve Maria, et les actes de-foi, c'es-pérancej d'amour et de conlrilirm. Tout »chrétien qui néglige d'acquérir la connaissance de toutes ces vérités et dé le* savoir, non seulement quant aux paroles,mais aussi quant au sens,p ehegrièvem >nt ; il y a aussi-péché grave de la part du curé1, suivant les docteurs, si par lui-même ou ses délégués (lorsqu'il1 en est tmpêché légitimement, suivant le concile de Trente, Sess. é. cap. a), il néglige de faire connaître -toutes ces choses, au moins en substance, à ses ouailles, aux enfants et aux adultes. Alissi, lorsqu'il s'aperçoit que les pères ou les maures ne conduisent pas^leurs-enfanls^ou leurs ouvriers- au citè-ehisme, ilJest'tenu de s'et leridre avec i'é*êque, qui suivant le concile de ? Trente (Sess. 2/t. cap ; 4). peut forcer les ' pères au moyen des censures ecclésiastiques. Les bons curés ont l'ha-bitude de tenir note des Jeunes enfants" afin de reconnaître ceux qui ? lan-

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quent. Lacroix (lib. 2. q. 127. et jib. 3. p. 1. n. 767) ajoute que s'il y adespersonnesignorantesquinepuis-sent pas venir à l'église, parce qu'elles sont obligées de garder la maison ou les troupeaux, et qui par là sont dans une grave nécessité spirituelle, le curé doit aller les instruire en particulier, cum quanlocumque suo incommodo, suivant les paroles de l'auteur cité. Nous dirons tout au moins, que quand il est impossible de mettre cela en pratique à cause du grand nombre de ces ignorants, le curé doit néanmoins avoir soin de les examiner et de les instruire au temps despâques.ou plutôt quand ils viennent demander les attestations nécessaires pour recevoir la confirmation ou se marier. 11 est encore très convenable que le curé éclaire les maîtres et les maîtresses, afin qu'ils puissent enseigner à leurs enfants la doctrine chrétienne et les moyens de vivre dans la crainte de Dieu.

XXXVI.Quant aux prédications, le curé est obligé d'en faire chaque semaine, comme le prescrit le concile de Trente (Sess.

5. ?. 2. de Refor.). Il faut voir ce qui a été dit cliap.

vi, n. 5, en parlant des trois préceptes. Remarquez ici que le concile prescrit aux curés non seulement de distribuer à leurs ouailles la parole divine, mais encore de le faire en se mettant à leur portée, en faisant des prédications simples, afin que les auditeurs comprennent tout ce qu'ils disent : car si la foi se répand et se conserve par le moyen de la prédication (fides ex auditu), les peuples retireraient peu de fruit de celles qui ne seraient pas conformes à la inanière dont prêchait Jésus-Christ eU,es saints apôtres, qui tous, ont prêcha : « Non in • pê^suasibuibus humanae sapientiae verbis, sed in os- » tensione spiritus et virtutis, » comme dit saint Paul

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Aussi est-ce avec raison que le père Avila appelle non pas ministres, mais traîtres à Jésus-Christ, ceux qui prêchent avec vanité afin de recevoir des compliments ; le père Gaspard Sanzio dit aussi que de tels prédicateurs sont les plus grands persécuteurs de l'église ; car, en prêchant de cette manière, ils causent la perte d'un grand nombre d'âmes qui auraient trouvé leur salut au moyen de prédications faites avec l'esprit apostolique. Les paroles pompeuses, les périodes harmonieuses, les descriptions inutiles, sont, suivant saint François de Sales, la peste des prédications. Et d'ailleurs, le ministre doit s'attacher uniquement à diriger vers le bien la volonté de ses auditeurs, et non à occuper inutilement leur intelligence ; car l'expérience fait reconnaître que ces prédications fleuries ne sauraient produire de conversions, parce que Dieu ne prête pas son concours àla vanité. Ceci a été dit pour tous les prédicateurs quiprêchent avec vanité, et principalement pour les curés, auxquels le concile de Trente prescrit de ne pas prêcher d'une manière qui dépasse la capacité du peuple qui les écoute. « Archipresbyteri » quoque, plebani, et quicumque curam animarum, » obtinent per se, vel alios idoneos si legitime impe- » diti fuerint, diebus saltem dominicis et festis so- » lemnibus plèbes sibi commissas pro sua et earum « capacitate pascant salutaribus verbis. « Notez » pro » eorum capacitate. »

XXXVII. Je dois ici présenter plusieurs choses importantes que le curé, dans ses prédications, doit s'attacher à inculquer à ses ouailles : i que pour s'amender, il ne suffit pas de former la résolution de fuir le péché, mais qu'il est aussi nécessaire de. fuir les occasions du péché. Et en parlant des fiancés qui

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ffêquentent la maison de leurs fiancées, il doit dire que tous, ainsi que les parents qui le permettent, ne sauraient recevoir l'absolution s'ils n'éloignent pas cette occasion de pécher.

2 II doit insister particulièrement avec les hommes, pour les empêcher d'aller dans les tavernes, en leur faisant le tableau de tous les péchés que l'on a coutume d'y commettre en outre de l'ivresse ; les blasphèmes,-les disputes, les scandales, les obscénités>? la discorde que cela peut porter dans leurs ménages par la dissipation de ce qui est nécessaire à leur entretien, efc> 3 II doit prêcher souvent et se montrer plein de sévérité contre le vice général dans les villages, de tenir de mauvais propos dans les champs ou dans les boutiques, surtout quand on s'adresse à des enfants, des servantes ou despersonnes de sexe différent. Combiende jeunes gens ne 6esonLils pas. perdusparde semblables conversations ? Aussi le curé doit-il recommander aux parents, aux patrons, aux chefs d'atelier, de corriger et ? réprimander leur » enfants ou leurs ouvriers, lorsqu'ils tiennent de semblables propos, et spécialement à L'époque des vendanges. 4 Le curé doit s'attacher à démontrer l'énormité du sacrilège que commettent ceux qui se confessent et communient en omettant quelque'grave péché- par honte. Et pour faire comprendre toute la grandeur de ce crime, et y attacher une 'Sorte d'horreur, il doit leur raconter souvent quelque exemple-terrible de ceux qui ont fait des confessions sacrilèges par- honte, et ont fait une maavaiee fin ;'et pout remplir ce but, les curés peuvent employer avec fruit le petit livre du père Vega, intitulé, Odsidélia covfessione. <. r XXXVHI ; 5 Le curé doit aussi faire comprendre la nécessité do repentir et du bon propos dans la

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confession, même'à Fégard des péchés véniels ; rê^ commandant que personne ne prenne l'absolution, si elle n'a pas un véritable repentir de quelque péché véniel dont elle se confesse, ou si elle n'a pas un »matière certaine, c'est-à-dire quelque péché dç la.ivie passée, dont elle a véritablement une.douleur nécessaire pour la validité de la confession. Et parce que les gens peu instruits comprennent difficilement qu'elles doivent être les qualités de ce* » repentir, il doitileur déclarer que pour que la confession soit valide, la douleur causéesoit par la contrition ou Vat1 trition doit Lui donner un tel regret de son péché, qu'il le déteste et l'abhorre au-dessus de tous les maux.

- XXXIX. 6 Le curé doit aussi recommander à ses ouaiHes ; au 'lieu de blasphémer ou de proférer des imprécations dans la colère, d'avoir l'attention de dire : « SaiateMarie, secourez-moi ; Seigneur/donnez-moi la patience ; » 7* il doit leur donner del'horreur des superstitions, des vaines observances, ique cer-taines.personnes suivent pour guérir les maladies ou découvrir les voleurs j. 8e il doit recommander aux pères et mères de corriger leurs enfants, particulièrement dans la tendre jeunesse, lorsqu'ils blasphèment, ou qu'ils commettent des larcins ; déplus de veiller avec soin sur leurs entretiens, de leur d4 » fendre de 'frequenter les mauvaises compagnies et les personnes de.différent sexe ; de plus-aussi,'de ne pas faire placer leurs enfants dans leurs propres lits, parce qu'en bas âge ils courraient risque de les étouffer, ouibien, s'ils avaient passé leur sixième, année* <ke les scandaliser ; avec encore plus de raison ils ne doivent pas faire coucher ensemble1 des enfants « le différent sexe.

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XL. 9 Les curés doivent exhorter continuellement leurs ouailles de repousser avec soin les tentations intérieures (particulièrement d'impureté) en invoquant les saints noms de Jésus et de Marie, ce qui est un grand remède contre les tentations ; io" ils doivent continuellement leur rappeler que si quelque personne commet un péché mortel, elle doit de suite faire un acte de contrition, pour recouvrer la grâce qu'elle a perdue, et former la ferme résolution de se confesser le plus tôt possible ; il doit aussi les faire tenir en garde contre les insinuations du démon qui cherche à leur persuader que Dieu pardonne aussi bien deux péchés qu'un seul ; car il peut arriver que Dieu leur ouvre sa miséricorde pour un premier péché, mais les abandonne pour le second.

XLI. 11 Ils doivent leur recommander de faire chaque matin en se levant des actions de grâces, des actes d'offrande, de demande, de dire trois Ave en l'honneur de la sainte Vierge, de former la ferme résolution d'éviter tous les péchés et spécialement ceux dans lesquels on a l'habitude de retomber, en priant la divine Mère de les délivrer de ces funestes habitudes ; ils doivent aussi exhorter les mères à exiger chaque matin cette pratique de leurs enfants. Il faut qu'ils annoncent déplus aux pères qu'ils sont obligés de faire fréquenter les sacrementsà leurs enfants,parce que s'ils négligeaient de les fréquenter, ils tomberaient facilement dans la disgrâce de Dieu ; que c'est aux pères à remédier à un si grand malheur. Ils leur diront encore qu'ils se rendent coupables en empêchant sans motifs légitimes le mariage de leurs enfants, ou leur consécration à l'état religieux, ou en les contraignant à entrer dans les ordres contre leur volonté ; comme aussi ils l'eroutcomprendre leur culpabilité aux en-

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fants qui contractent le mariage contre la volonté légitime de leurs parents. (Voir ce que nous disons en parlant des épousailles. )

XLII. 12" Comme il est vrai, ainsi que nous l'avons dit plus haut, que le curé est obligé non seulement à empêcher le mal, mais encore à provoquer le bien, il doit par conséquent engager le peuple à visiter chaque jour le Saint-Sacrement, ou quelque image de la très sainte Vierge. Il pourra lui-même faire cette visite en commun avec ses paroissiens le soir, moment le plus commode pour le peuple, ce qui se pratique dans beaucoup de lieux. 11 doit aussi recommander à ceux qui ne peuvent faire celte visite à l'église, de la faire dans leurs maisons. Surtout il recommandera aux hommes la fréquentation des congrégations et la réception de la communion avec préparation et action de grâces par le moyen des actes de foi, d'amour, d'offrande, de demande, et il leur enseignera le moyen pratiqué de faire de tels actes.

XLIII. i3 II doit s'efforcer d'affectionner le peuple à la dévotion en\ ers Marie, enlui démontrant combien grande est la puissance et la miséricorde de cette divine mère pour venir au secours de ceux qui s'adressent à elle. Pour cela il recommandera à chaque famille de réciter le rosaire tous les jours en commun, de jeûner le samedi, de faire des neuvaines pour les fêtes de la sainte Vierge, et pour cela il annoncera de l'autel toutes les fois que les neuvaines devront avoir lieu. Il sera bien aussi qu'il fasse une courte instruction le samedi, ou qu'il raconte quelque trait de la \ie de la bienheureuse Vierge, puis qu'il fasse chaque année une neuvaine solennelle en l'honneur de Notre-Dame, avec discours et

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exposition du très Saint-Sacrement. A cet effet il pourra recourir à l'ouvrage quej'aifaitimprimer sous le titre de Gloires de Marie, dans lequel il trouvera un recueil denjalériaqx et d'exemples. Bienheureux le curé qui tient ses ouailles attachées à la dévotion de Marie, parce qu'avec le secours de cette divine mère, elles vivront dans la bonne voie, et il aura une grande avocate à l'article de la mort,

XLIV. Enfin il doit leur recommander par-dessus tout la pratique de la prière, de demander souvent à Dieu la sainte persévérance daas l'amour de Jésus et de Marie, en leur répétant souvent que les grâces divines, et spécialement le don de la persévérance, ne s'obtiennent pas si on ne les recherche pas. Petite et accipietis, demandez et vous recevrez. Il doit aussi leur rappeler souvent celte grande promesse de Jésus-Christ, qui a dit : « Je vous le dis en vérité, si vous demandez quelque chose à mon Père en mon nom il vous l'accordera. » « Amen, amen dico vobis, » si quid pejtieretis Patrem in nomine meo, dabifevo- »bis. (Joann, xvi. a3.) » 11 doit leur conseiller la pratique de l'oraison mentale, avoir le soin de la faire avec le peuple chaque jour dans l'église, ou au moins tous les jours de fête, et de lui enseigner la manière de la pratiquer en particulier. Mais qu'il mesoitper-mis de soulager ici mon cœur ! Grande misère ! Com bien, peu nombreux sont les curés et les confesseurs qui ont le soin de conseiller à leurs pénitents la pratique importante de l'oraison mentale, ou celle de la méditation, sans laquelle il est difficile de persévérer dans la grâce de Dieu, et il est presque impos-sibje de s'avancer dans la voie de la perfection. Et cependant un peu de zèle à ce sujet embraserait un grand nombre d'âmes de l'amour divin. Mais celui-ci

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néglige qette pratique pour éviter un peu de fatigue ; celui-là pour ne pas avoir le remords de conseiller aux autres ce qu'il ne mpt pas luiT-même en pratique ; en un mot cette pratique.est négligée,) parce que Jésus-Christ n'est pas assez aimé. Oh ! si les curés et les confesseurs aimaient assez Jésus-Christ, de com-j biep de personnes ne le feraient-ils pas encore aimer* et par là les. délivreraient du feu de l'enfer. Il fau| donc prier le Seigneur que s'il veut, être aimé de ses^enfants, il se fasse aimer parles prêtres. >.. XLV.

Outre ces obligations principales que nous venons de mentionner, le curé.en a encoie qui sont d'une, grande importance : i il doit donner le bon exemple. Le pasteur doit ressembler à cette lampe lucens et ardens, dont parle l'évangile, qui brûlç d'un saint zèle à.l'intérieur, et brille par ses bons exemples à l'extérieur ; autrement pourrait-il exhorter les autres à marcher dans les voies da la vertu. S'il n'en donnait pas lui-même le premien l'exemple, on ne pourrait croire ce qu'il dit* car lps hommes sont persuadés plutôt par les yeux que par. les oreilles, « magis oculis quam auribus credunt » ( Concil. Utrect. torn. 3. de ??. Cler. ). 20 II doit assister avec un grand soin les moribonds, et principalementles pécheurs mal famés, et ceux qui se, trouventdans une grande nécessité d'une assigtaace plus spéciale. 11 est vrai que le.curé peut confier, cette assistance à d'autres prêtres ; mais il ne doit pas se con fier à toutes sortes d e prêtres, parce que dans de telles occasions il pourrait en résulter de grands scandales. 3 II doit secourir les pauvres avec le surplus des rentes de sa cure, mais après avoir prélevé ce qui lui est nécessaire pour son entretien et celui de ses proches, s'il en a de malheureux ; on pourra consulter à ce sujet ce

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que je dis au chap, xin, 2e point, en parlant des bénéficiers.

4 ? doit examiner avec soin les sages-femmes pour reconnaître si elles sont capables d'administrer le baptême aux nouveaux-nés en cas de nécessité (de baptis. puer, ritu rom. ), parce que de tels cas peuvent se présenter souvent, et que pour cela elles sont obligées, sous peine de fautes graves, d'administrer le baptême, comme le disent Antoiii., Regina]., Aversa (?). En outre le curé doit à l'égard du baptême, observer ce que le rituel romain lui prescrit, c'est-à-dire i d'inscrire sur un registre les noms du baptisé, de ses parents et parrains ; 2 de faire connaître à ces derniers les obligations qu'ils contractent ; 3 de recommander aux mèreset aux nourrices de ne pas coucher leurs nourrissons dans leur lit avec elles. Tournely, Barbosa, Anacl., remarquent à ce sujet que cette obligation cesse lorsqu'il n'y a aucun danger, par exemple, quand le lit est vaste, quand l'enfant ne pourrait prendre de repos autrement à cause du froid, ou bien quand la femme, pendant son sommeil, a l'habitude de rester à la même place (a).

XLVI. En somme, c'est de la bonté des curés que dépendent la bonté et le salut des peuples. Une contrée qui a un bon curé verra ses habitants fréquenter les sacrements, pratiquer l'oraison mentale et donner de bons exemples ; mais si le curé est mauvais, la contrée sera remplie de vices et de scandales.

64. VII. De l'aumône.

65 et 66. De la messe, des audiences, des exemples, et spécialement de la mansuétude, la pauvreté, l'oraison.

XLVII. Un évêque a beaucoup plus d'obligations à remplir qu'un curé : avant tout i à l'égard de l'ordination des clercs, il est obligé de choisir pour ministres des autels ceux qui en son t dignes.et repousser les indignes. Sain tFrançois de Sales Iremblait en réfléchissant à une si grande responsabilité ; aussi ce saint n'admettait aux saints ordres aucun de ceux qui ne pouvaient faire preuve d'une bonne vie ; il n'avait égard ni aux recommandations, ni à la noblesse, ni à l'instruction du sujet ; car la science unie à une mauvaise vie cause les maux les plus grands, puisqu'elle ne fait que donner du crédit aux vices. Aussi, ce saint faisait-il peu d'ordinations, suivant ce que pratiquent tousles bons évêques. 11 est vrai aussi de dire qu'il en ïi xxui » « 6

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est bien peu qui se fassent prêlres par une véritable vocation et pour la plus gtande gloire de Dieu ; çiussi arrive-t-il qu'il est bien peu de prêlres qui persévèrent jusqu'à la fin dans la vertu. et qui travaillent véritablement pour le bien des âmes. Aussi le même saint avait-il coutume de dire que l'église n'avait pas tant besoin d'un grand nombre de prêlres, mais de bons prêtres.

XLVUI. Un évêque doit examiner ceux qui prétendent aux ordres sur deux points principaux : la piété et l'instruction. Quant à la piélé et aux mœurs,, î'évêque n'agirait pas avec sécurité s'il se contentait des seuls témoignages présentés par les cui es, c#r souvent ils sont dirigés par le respect bumain. Et d'ailleurs, I'évêque doit plutôt craindre unp ordination mauvaise, comme dit saint Thomas, que d'agir en sens contraire ; et pour être ce|lain de sa bonté, ne se fier qu'à des témoignages assurés qui pi cuvent quo le candidat a le véritable esprit ecclésiastique. Saint Paul (?. Ad Tim. 3. ) dit qu'il est nécessaire que le prêtre (il le comprend sous le nom d'éïêquè, comme l'expliquent les Pères de l'église, tels que saint Ambroise, saint Chr\s>oslome ; saint Thomas et autres) ne soil pas néoplij te, c'est-à-dire, comme ? l'explique le docteur angélique, qu'il soit éprouvé par l'âge et la sagesse, » non solum aetate, sed etiam « perfectione. » C'est pour cela que le concile de Trente dit (Sess. ??, e. 12. ) qu'on ne doit recevoir aux ordres sacrés « quos probata vita senectus sit. » Parlàil entend ceux qui, par une sagesse continuelle, ont vieilli dans la pratique de la vertu, suivant le livre de la Sagesse qui dit : « ^Etas senectutis vita immacu- »lata (iv,9). « C'est pourquoi un évêque zélé ne doit pas admettre à l'ordination avant d'avoir pris auprès

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des personnes sûres, des informations secrètes sur Ja moralité du sujet : c'est un point que J'évêgue doi observer avec soin, car il est d'une grande importance, et peut seul décharger sa conscience dp le responsabilité d'une ordination. En prenant ces informations, l'évêque non seulement doit demander si le clerc a donné quelque scandale, soit par des railleries, ou des mauvais propos, ou des conversations licencieuses, mais encore s'il s'applique à la vie spirituelle par la fréquentation des églisps et l'exercice de la prière, et l'usage des sacrements ; si de plus il mène une \ie retirée, ou fréquente de bonnes compagnies ; s'il est appliqué à l'étude ; si ses vêlements sont décents, ses paroles modestes, et autres choses semblables. Et s'il arrivait qu'un clerc eût donné quelque scandale éclatant, alors jl ne doit pas se contenter de cette seule preuve, mais rechercher s'il l'a expié pendant plusieurs années d'une vie sans reproche ; car il doit suspecter raisonnablement que ce soit un masque dont il se couvre pour parvenir à entrer dans les ordres.

XLIX. Anciennement, suivant la prem.ièrre discipline de l'église, si un clerc avait commis un seul péehé mortel, on ne lui permettait plus de monler dans les ordres, comme l'attestant saint Jérôme, saint lâdore et bien d'autres. Somenl même quelques séculiers, que la voix publique accusait d'un grave delil> étaient exclus pour toujours. Il est vrai qu'aujourd'hui celle rigueur n'est ? is observée partout ; néanmoins (comme nous l'avons vu plus haut), il est cerlaiu qu'on ne doit admettre personne qui ne soil d'une vertu éprouvée, spécialement sur la continence que doivent observer tous ceux qui seront admis aux ordres sacrés. « Nullus ordinetur clericus,

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« nisi probatus fuerit, » esl-il dit e. Nullus Dist. 25. Saint Grégoire écrit : « Nullus debet ad ministerium » altaris accedere, nisi cujus castitas anle susceptum « ministerium fuerit approbata. » (Lib. 1. epist. 42.) Le pontife veut qu'une telle épreinedatede plusieurs années : « Ne unquam ii qui ordinati sunt pereant, « prius aspiciatur si vita eorum continens ab annis « plurimis fuit. »Le concile de Trente exige la même preuve, en prescrivant (Sess. 23. c. ?.) de ne conférer la prêtrise qu'à ceux dont la sagesse ou la bonne vie a été éprouvée dans les ordres inférieurs, < in mino- » ribus ordinibus probati. »

L. En somme, on ne peut douter qu'un évêque ne commelle une grande faute en conférant les ordres à un sujet indigne, et tout sujet est indignelorsqu'il ne donne pas des preuves assez certaines de bonlé positive. Saint Thomas en donne la raison (1), Ce saint dit que les ordres sacrés exigent une plus grande sainteté que l'état religieux, quand on considère l'office sublime que doit remplir l'ordonné, car l'ordination conduit aux ministères les plus élevés : « Per « sacrum ordinem deputatur ad dignissima ministe- » ria. » Ailleurs il ajoute (2) : « Si l'ordination élève les prêtres au-dessus des autres hommes, il faut qu'ils méritent leur élé\ation par leur sainteté. » « Sicut illi qui ordinem suscipiunt super plebem « constituuntur gradu ordinis, ita et superiores sint « merito sanctitatis. » Aussi l'éxêque doit-il s'assurer avant de conférer les ordres que les candidats possèdent la grâce à un degré qui les rende clignes d'être reçus au nombre des ministres de Jésus-Christ ;

(1) 2. 2. (]. 184. a. 6.

(a ; $uppl. q. 36. a. 1. ad. 3.

LES CONFESSEURS.

et par la grâce, il ne faut pas entendre la grâce gratis data, mais celle qui nous rend agréable à Dieu, parce que c'est la seule qui fait le mérite de la sainteté : « Et ideo praeexigitur gratia, quae sufficiat ad »hccquod digne communerentur in plebem Christi. » D'où saint Thomas conclut que pour ordonner quelqu'un, il ne suffit pas que l'évêque n'ait découvert aucune tache dans la conduite du clerc, mais il faut qu'il ait acquis la certitude complète de sa bonté intrinsèque ; il faut surtout (c'est le même saint qui parle) que l'évêque ait sur les qualités du clerc une certitude proportionnée à la grandeur du ministère à conférer : « Sed amplius exigitur ut secundum « mensuram ordinis iujungendi habeatur certitudo » de qualitate promovendorum. » II cite à l'appui de son sentiment l'autorité de saint Denis qui dit : « Personne ne doit désirer de devenir ministre des choses sacrées (tel qu'est le sacerdoce), s'il ne s'est point rendu, par une longue habitude, semblable à Dieu. » « In divino omni non est audendum ducem fieri, nisi « secundum omnem habitum suum factus sit Dei for- » missimus, et Deosimillirnus. »

LI. Ea outre, de même que l'ordinant pécherait s'il recevait les ordres sans avoir une bonté positive, c'est-à-dire l'habitude acquise de la bonne vie, parce que s'il n'a pas la vocation divine, que certainement il ne doit pas présumer d'avoir, il s'exposerait au danger de ne pouvoir supporter le poids qu'il assume sur lui, surtout relativement à l'observation du célibat. Ainsi, la faute de l'évêque qui l'ordonnerait sans avoir acquis préalablement une preuve longue et certaine de son amendement, serait d'autant plus grande. « Les ordres sacrés dit saint Thomas, exigent l'état de sainteté ; et c'est sur des murs desséchés par

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Ii saintelé, qu'on tloilmctl re ie poids des ordres (1). » « Ordines sacri pra-exiguiil semet.talem, unde pondus » ordinum impunendum parietibus j ;im per sancli-ïla'em dessicatis. » Le saint docteur les compare à des murs qui, fr.iîcln ment élevés, ne peuvent supporter un grand poids : de même ceux qui n'ont réformé leurconduite que depuis peu do temps, etqui ne sont pas encore pufgés de J'orfeur peslilenlielle du vice, ne sont pas dignes de recevoir les ordres ; car ils doivent poiter a\ec eux l'obligation d'une continuelle chasteté cl d'une vie exemplaire, telle d'ailleurs qu'elle convinil à un ministre des autels. Ainsi, l4èvêque, en conférant les ordres sacrés à un sujel indigne, pèche à double lilre : il pèche parce qu'il manque à son devoir ; il pèche encore parce qu'il Coopère à toutes les fautes que l'ordonné commettra et qu'il fera commettre aux au 1res. Et c'esl là ce que signifient les paroles suivantes de saint Paul : « Vous n'imposerez les mains à personne avec promptitude et ne communiquerez pas aux péchés d'aulrui. » « Nemini cito manus imposueris neque communi- »caveris peccatis alienis (2). » Saint Léon a dit aussi Sur le même texte . « Qu'est-ce qui coopère aux péchés d'âutrui si ce n'est de conférer les ordres à un indigne. ) « Quid est communicare peccatis alienis, nisi » talem effici ordinanlem, qualis ille est qui non me- » ru.it prdinar . »

LU. Nous avons parlé de la piété ; parlons maintenant de l'instruction qui est nécessaire à ceux qui prétendent aux ordres sacrés. L'ignorance dans les prêtres est non seuletnent une ciuse de grand dom-rnaiê jîdur eux-mêmes, mais aussi pour les autres ;

(1) a. 2. q. 189. a. 1. (a) Vom. V. n. aa.

POUR LES CONFESSEURS.

4 7 et ce qu'il y a de plus déplorable, c'est qu'elle est un mal s.ms remèd », comme dit saint François de Sales, parce que des prêtées Sans instruction restent Ion-jours incapables, et après avoir reçu les ordres, ne peuvent s'astreindre à l'étude. Aussi l'évêque doit-il examiner avec soin si le sujet est non seulement birti instruit, niais encore s'il a du goùl pour l'élude ; <*ar celui qui ne l'aime pas, ne sera jamais utile à l'église, maïs il sera nécessairement méchant, puisque l'oisnélé est la mère dès vices. C'est pourquoi un é\ que né doit pas se contenter d'un simple examen ia'it souvent par d'attirés personnes sur des matières •triviales' que les clercs apprennent facilement dans"' quelque opuscuie ; el diîrès qu'ils ont reçu l'ordination, ilsrestentaussî ignorants qn'a\ant. Mons. ïOLnee ae'Canoue, d htureuse mémoire, archet êqnè de kal'erne, avait soin 'dans ses ordinations, surtout daris celles des prêtres, de faire examiner sf>s ordiniihls sur toute là morale. L sais aussi qu'un autre prélat (Mons. Vigilanlqj faisait de même examiner les cli res sur la morale en leur assignant â chacun le traité qu'ils devaient étudier ; de'sorte qu en arrivant a la prêtrise ils a\ aient acquis un degré d'instruction suffisant pour entendre les confessions J'ai pratique là même chose dans mon diocèse. Ce seiait certainement remplir la Volonté dé Dieu si tous les étêques, et principalement ceux qui administrent de petits diocèses, observaient la même pratique ; et par là on n'entendrait pas autant de plaintes, comme on eh entend faire,que l'on n'a personne que l'on puisse approuver pour les confessions. Mais on pourra dire que le concile de Trente ? exige pas une si grande science dans les ordinants. Je répondrai qu'au contraire le concile ne défend

4?8 INSTRUCTION PRATIQUE

pas aux évoques d'agir ainsi àl'égard de ses ordinante, surtout (comme le disent les docteurs) quand ils le jugent nécessaire au bien de leur diocèse. ï|Jais en parlant encore selon le concile de Trente (Sess. 23. c. ?4)??" ordonne que ceux qui doivent recevoir le sacerdoce pour instruire les peuples et conférer les sacrements soient éprouvés par un examen diligent : « Ad populum docendum, ac administranda sacra- » mcnla, diligenti examine comprobentur ; » paroles que le pape Innocent XIII dans sa bulle Apostolici ministerii, faite pour l'Espagne, et étendue ensuite à toute la chrétienté par Benoit XIII, comme le rap porte le cardinal Lambertini, depuis Benoit XIV (notifi. 2. 16 et 3a), ne peuvent recevoir d'interprétation plus bénigne que les ordinante doivent au moins savoir la morale.

LUI. Pour arriver à un tel but, l'évèque doit avoir un séminaire bien réglé ; et en exigeant que tous ceux qui veulent recevoir les ordres y passent au moins trois ou quatre ans, il pourra choisir dans son sein des curés, des confesseurs et d'autres prêtres ; alors son diocèse sera bien administré. J'ai dit un séminaire bien réglé, parce qu'autrement il serait la ruine de la jeunesse et du diocèse. Tous les jeunes gens qui entrent dans un séminaire, quelle que soit la vigilance dont on use, ne seront pas tous des petits anges ; tous n'ont pas encore l'esprit, mais doivent l'acquérir. Or, si le séminaire est mal réglé, il arrivera que ceux qui y arrivent purs comme des anges seront corrompus en peu de temps par les autres, deviendront des démons, et plus tard infecteront leur pays de leurs vices. C'est pourquoi si un évêque, soit par manque de revenus, soit par tout autre obstacle, ne peut posséder de bons professeurs

POUR LES CONFESSEURS.

4 9 dans son séminaire, il doit le fermer pour ne pas avoir à rendre compte à Dieu d'une multitude de pécliésetde scandales. Il faut donc qu'un séminaire soit aussi bien îéglé sous le rapport de la piété que de la science ; à l'égard de la piété, il faut, en premier lieu, qu'il y ait des règlements pour les méditations, la messe, l'office de la sainte Vierge, les lectures spirituelles, les visites au Saint-Sacrement, les examens, le silence à observer hors le temps des récréations, et cela pour tout le courant de la journée.

Il faut aussi que la confession et la communion aient lieu chaque semaine, ou au moins deux fuis par mois, et pour cela, faire venir de pieux et bons confesseurs, et même des prédicateurs extraordinaires plusieurs fois dans l'année ; il faut, de plus, un jour de retraite spirituelle, chaque mois, avec un sermon tiré de quelque père spirituel ; les exercices spirituels doivent aussi avoir lieu chaque année. On devrait aussi établir que les jeunes séminaristes n'aient pas la permission d'aller chez eux les jours de vacance, parce qu'alors (principalement au temps des vendanges ) ils abandonnent tous leurs exercices spirituels, et dans un mois, ou deux d'absence disperdent toute l'instruction qu'ilsavaient acquise, et rentrent au séminaire souillés de péchés. En second lieu, l'évêque doit se pourvoir d'un bon recteur qui ait du zèle et de l'expérience, et qui ait assez de sagacité pour découvrir tout ce qui se passe et toutes les actions secrètes. Ce recteur doit surveiller toutes les chambres, épier les fautes, interroger souvent les piéfets ainsi que quelque élève plus fidèle chargé dans chaque chambre de rapporter secrètement les fautes qui s'y commettent. En troisième lieu, il doit se pourvoir de préfets qui soient

4lO INSTRUCTION PRATIQUE

de bonnes mœurs, et s'altnclier à ne jamais s'éloigner des chambres qu'ils ont à surveiller, et à ne jam,iis permettre les confidences entre camarades. Les préfets doivent aussi réprimer fortement les abus, et rendre au recteur un comple exact des fautes commises chaque semaine. En quatrième lieu, il seraitconvenable que l'évoque visitât souvent son séminaire, et lit une ou deux fois l'année un examen pailiculier, sondant chaque séminariste pour découvrir si quelque complot se foi me. En cinquième lieu, l'évêque doit avoir une altenliort particulière lorsqu'il admet quelques jeunes élèves, et ne pas en admettre qui n'aient toujours été de bonnes mœurs, et pour cela prendre des informations secrètes II vaul mieux avoir de bons élèves en petit nombre que d'en avoir un grand nombre parmi lesquels il s'en trouve d'imparfaitsqui peuvent corrompre les aulres. Aussi le recteur doit il user de toute la rigueur possible, sans rémission, à l'égard dis inconigibles, ainsi que contre tous ceux qui donnent un scandale positif, par exemple contre l'honnêteté, soit par détournement, larcin, ou autres délits semblables. Un séminariste, ainsi démoralisé, ne saurait, la première fois, recevoir un châtiment asseE exemplaire et sévère. Et la mesure serait plus efficace en le chassant de suite, parce qu'une personne corrompue de celte manière peut causer la ruine entière d'un séminaire.

Dans de telles circonstances, la charité ne serait plus charité, mais tyrannie et injustice ; car l'évoque, à moins d'enfreindre la justice, est obligé de détourner le mal général.

à l'égard de la science, il est, en premier lieu, nécessaire que l'évêque fasse instruire ses jeunes élèves dans la langui iatmie, avec un grand soin, parce que sans cette science ils ne

POM LES CONFESSEURS.

pourraient étudier les autres, et en entendant peu le latin, ils n'auraient aucun goût pour l'élude. Il doit aussi leur faire étudier la philosophie (et particulièrement une bonne logique) ainsi que la théologie scolaslique et dogmatique. Mais par-dessus tout, et principalement dans les diocèses peu étendus, il est nécessaire de faire étudier avec soin la morale aux jeunes séminaristes, afin qu'ils soient aptes à confesser, et que l'c\êque puisse s'en servir quand il en aura besoin ; car autrement, une fois sortis du séminaire, ils ne pourraient éludirr cette science, et par là resteraient inutiles à léglise. Il est aussi convenable de faire exercer chaque semaine, à l'un la doctrine chrétienne, à un autre une opinion, à un autre un colloque, un catéchisme, un sermon. De cette manière, ils s'attacheront peu à peu à remplir les devoirs apostoliques, ce qui leur servira quand ils auront quitté le séminaire ; et c'est pour cela qu'il est très utile d'instruire spécialement les séminaristes de tous ce^ exercices. Si l'on veut connaître d'autres choses pour faire un bon règlement d'un séminaire, on pourra recourir à mon ouvrage sur les exercices des prêtres, où, à la fin, se trouve un traité sur les séminaires.

L1V. Jin second lieu, l'évêque est obligé de choisir de bons confesseurs. Quantau choix des curés, il sait déjà quels sont ceux que l'on doit préférer et qui sont les plus dignes. A l'égard des bénéfices simples, l'opinion admise communément avec S. Thomas (?), veut que l'on préfère les plus dignes, parce que l'utilité commune de l'église exige ce choix. Mais à l'égard des curés, il est certain, d'après le concile

(?) Lib. IV. ?. g3.

^12 INSTRUCTION

de Trento, que l'éfêque est tenu de choisir le plus digne, en a)ant ép ;ard aux qualités des sujets qui concourent, c'est-à-dire, la prudence, l'âge, les vertus, et principalement l'instruction et la sainteté de vie. Quanta l'instruction, l'évêque peut s'en rapporter au rapport d'un examinateur ; mais c'estàlui d'examiner avec le plus grand soin la probité de la vie, en prenant dea informations secrètes auprès de diverses personnes. Aussi doit-on admettre la maxime de saint François de Sales, qui dit que pour la direction des âmes on doit, sans aucun doute, préférer ceux dont l'instruction est suffisante, aux sujets dont l'instruction est plus grande, mais la sagesse moins éprouvée. Et la S. C., en parlant de l'élection des curés (apud diœces. pag. 328, num. 19) dit : « Prœferendus est minus doctus (modo idoneus), « quando ejus mores sunt approbati, docliori, cujus »vila ignoratur. » Car il est certain qu'un curé véritablement pieux pourra faire plus de bien en un seul mois qu'un autre plus instruit, mais moins saint, dans tout le cours d'une annge.

LV. L'évêque doit aussi prendre des informations sur la manière dont les curés enseignent la doctrine chrétienne, ainsi que sur leurs prédications, qu'ils doivent faire avec la plus grande simplicité, suivant ce que prescrit le concile de Trente. De plus, le prélat doit recommander à ses curés de distribuer souvent à leurs ouailles le pain de la divine parole ; puis les exhorter à avoir soin dans toutes leurs prédications de présenter des moyens de pratique, comme, par exemple, de leur apprendre à repousser les tentations, à supporter les chagrins qui leur surviennent, les injures que l'on peut avoir à souffrir, et d'autres choses semblables. L'évêque doit aussi prendre des

POUB LES CONFESSEUBS. ' ?\ lS

informations sur la manière dont les curés et les confesseurs entendent les confessions. Dans certains lieux les curés assistent au chœur : qu'en résulte-t-il ? quele peuple reste quelquefois plusieurs mois sans se confesser, et qu'il vaudrait mieux que le curé ne s'éloignât pas ainsi du milieu de ses paroissiens ; c'est à quoi un évêque doit remédier. Il doit aussi s'informer si les curés ont le soin de faire faire la communion aux enfants de dix ans environ qui en sont capables ; si de plus ils recueillent les billets de la communion pascale pour reconnaître si tous les paroissiens ont satisfait au précepte ; s'ils pratiquent l'oraison mentale, la visite au Saint-Sacrement et à la sainte Vierge, comme cela se fait en plusieurs lieux. Il est même convenable que l'évêque introduise ces pratiques dans les pays qui ne les ont pas encore adoptées, et qu'il en recommande l'observation dans ceux qui en jouissent. Dans plusieurs lieux nous avons introduit, au moyen de nos missions, les congrégations de jeunes filles : c'est de la manière suivante que leur organisation a lieu. Les jeunes filles de quinze ou seize ans au plus se réunissent dans quelque église chaque dimanche ; là, un ecclésiastique d'une probité reconnue leur explique la doctrine chrétienne, leur fait un sermon simple, une instruction sur l'oraison mentale, par exemple, sur la manière de s'approcher des sacrements, ou sur les verius que comporte leur âge, et ensuite leur assigne lespratiques de dévotion qu'elles doivent faire dans le cours de la semaine ; puis, oulre cela, il leur rappelle les règles particulières qui doivent diriger leur conduite chaque jour, les pratiques journalières, telles que le rosaire, les visites au

^4 INSTRUCTION PRATIQUE

Saint-Sacrement', l'cSaineh dé conscience, la fréquentation des sacrements chaque semaine, la modestie dans les vêlements, et autres choses semblables. Ces congrégations, ces réunions de Jeunes filles produisent un bien immense, parce que, lorsqu'elles se marient, elles peuvent enseigner à leurs enfants tout ce qu'elles ont pratiqué, et par là les familles entières sont-sanctiliées.

LVI. En outre, l'un des plus grands soins de l'évêque doit se porter sur les approbations qu'il donne pour confesser. C'est des confesseurs que dé pend la direction des consciences de toutes ses ouailles, et un confesseur ignorant ou de mau\ aises mœurs peut causer la perte d'une contrée entière. Il ne doit donc jamais approuver personne s'il n'est certain de ses bonnes mœurs, db sa science, et sans l'avoir fait examiner avec soin sur sa morale. Quelques évêques donnent le pouvoir de confesser sans examen général à tous ceux qui prêchent le carême, ou qui ont déjà eu cette facullé dans d'autres diocèses. Mais Its autres évêques ont scrupule d'agir ainsi, et cela avec beaucoup de raison ; car il arrive souvent que des confesseurs approuvés ainsi sans examen, causent de graves désordres. Aussi, si un évêque veut avoir des sujets dont il puisse se servir sans scrupule pour la confession, outre les congrégations qui sont faites dans chaque diocèse, qu'il ait soin d'élablir des conférences de morale deux ou trois fois la semaine, en annonçant qu'il ne donnera pas lu facullé dts confesser à ceux qui n'auront pas assisté à ces conférences au moins pendant un an, et d'ailleurs c'est le moyen le plus utile, pour ne pas dire nécessaire, à ceux qui veulent posséder réelle-

POUR LES CONFESSEURS. 4l5

monl la morale, parce qtie colle connaissance clis-sipe les doules, et que l'instruction pénètre plus dans les esprits.

LVII. lin évoque agira aussi avec beaucoup de prudence en élablissanl dans les lieux les pias considérables de son diocèse des congrégations composées des prêlres el des clercs les plus spirituels, afin qu'ils s'exercent pendant la semaine à la pratique de la confession, de l'assistance des moribonds, de la célébration de la messe, ou bien quelquefois à faire quelque colloque, sermon, ou instruction. Ces congrégations peuvent avoir des règlements particuliers, comme, par exemple, de porter toujours des vêtements longs, des'abstenir dejouerauxcarles, elc, afin que le peuple leur porte une vénération particulière. Il n'est pas nécessaire que le nombre de ces congréganistes soit toul-à-fait restreint ; il ne faut pas cependant qu'il soit trop élendu, parce que cela pourrait détruire toute réserve entre eux el les empêcher de se consacrer aux œuvres de cliarilé. Le devoir de l'évêque consiste à soutenir continuellement leur zèle, à leur accorder des bénéfices, leur donner au moins quelques slalions de carême, ou les charger de faire d'autres prédications, des missions ou d'autres exercices spirituels, en leur recommandant de n'adresser à la basse classe que des paroles simples et à sa portée, afin qu'elle puisse recueillir quelque fruit de leurs prédications.

De plus, suivant la doctrine de Roncaglia, Quarti, Pasqualigo, l'évêque est obligé sous peine do péché grave de faire en sorte que ses prêlres célèbrent la messe avec l'attention et la gravité nécessaires à un sacrifice si auguste, sans négliger quelques paroles ou cérémonies ; impiété et scandale que beaucoup

4l6 INSTIUJCTION PRATIQUE

de prêtres ont à se reprocher. Ce mépris de la sainteté des saints mystères, lorsqu'il est évident ( comme il arrive nécessairement quand on célèbre la messe en moins d'un quart d'heure), est certainement un péché mortel, comme nous le verrons « n parlant de l'Eucharistie (chap, xv, num. 84 ), où l'on discutera ce point. Aussi le concile de Trente a-t-il déclaré (Sess. 22,'dccr., de observ. in celeb.miss. etc.) queles évoques étaient obligés (en raison de la gravité de la matière, celte obligation est de la plus grande gravité) à défendre dans leur diocèse la célébration de la messe avec une telle irrévérence. Le saint synode a déclaré (ce sont les paroles du concile) que les ordinaires devaient prohiber de tels abus dans leurs diocèses, et réprimer une irrévérence qui peut à la rigueur être considérée comme un acte d'impiété : « Decernit s. synodus, ut ordinarii locorum ea omnia « prohibere sedulo curent, ac teneantur, qua ?... irre- »verentia (quae ab impietate vix sejuncta esse potest) « induxit. »

LrX. En troisième lieu, l'évêque doit avoir le soin de renouveler souvent la visite de son diocèse, recommandée avec tant d'instance aux é\êques parle concile de Trente (Sess. 24, c. ?, de réf.) : « Episcopi » propriam dioecesim per seipsos, aut si legitime im- !>pediti fuerint, per suum generalem vicarium, aut « visitatorem, si quotannis totam propter ejus latitu- » dinem visitare non poterunt, saltem majorem ejus Dpartem,ita tamen ut tota biennio per se velvisita- » lores suos compleatur, visitare non praetermittant. » II ajoute : « Studeant quam celerrime debita tamen « cum diligentia visitationem absolvere... Interimque »ca\eant, ne ipsi, aut quisquam suorum procuralio- »nis causa pio visitatione, elc, nec pecuniam, nec

POUK LBS CONFESSEUR*.

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« munus quodcumque sit, etiam qualitercumque of- » feratur, accipiant ; non obstante quacumque con- » suetudine etiam immemorabili ; exceptis tamen vic- » tualibus, quae sibi ac suis frugaliter pro temporis » tantum necessitate, et non ultra, erunt ministranda. » Sit tamen in optione eorum, qui visitantur, si maii lint solvere quod erat ab ipsis antea solvi, certa pe- » cunia taxata, consuetum, aut vero praedicta viclualia » subministrare ; salvo item jure conventionum antiquarum cum monasteriis, aliisve piis locis, aut » ecclesiis non paroecialibus inito, quod illaesum per- » maneat. Quod si quisquam aliquid amplius accidere praesumpserit, is praeter dupli restitutionem, « intra mensem faciendam, aliis etiam pœnis, etc. » A combien de désordres un évêque ne remédie-t-il pasen parcourant lui-même son diocèse et en voyant tout de ses propres yeux ! L'administration d'un diocèse se fait bien plus facilement par le moyen de son propre pasteur que par un délégué.

Saint Charles, bien qu'entouré de ministres excellents, avait soin cependant de se transporter en personne, et malgré de grandes fatigues, de visiter les parties les plus reculées de son diocèse.

Souvent on l'a vu pour faire profiter quelques contrées de sa visite, marcher à travers les neiges et les boues. On peut lire dans sa vie quels fruits, quels remèdes produisait une telle visite. On rapporte aussi de saint François de Sales, que souvent pour visiter quelques lieux il traversait des chemins si escarpés, si difficiles, que souvent la meurtrissure de ses pieds lui en ôtait l'usage pendant plusieurs jours. Quelquefois il était forcé de dormir sur un tas de feuilles sèches ; et à ceux qui le suppliaient de ne pas risquer ainsi sa vie, le saint ré-T. xxiii.

« 7

INSTRUCTION PRATIQUE

pondait : « II n'est pas nécessaire que je vive, mais il est nécessaire que je remplisse mes deïoirs. »

LX. Dans ces visites, l'évêque doit faire entendre sa voix par des prédications. Oh ! combien la voix du véritable pasteur touche les cœurs ! Saint Charles, dans le cours de ses visites, avait coutume de prêcher deux et même trois fois le jour. De plus, l'évêque doit examiner les jeunes enfants pour connaître comment on les instruit, et remédier à la négligence de quelques curés en leur adressant des réprimandes, et substituant un économe chargé d'expliquer la doctrine chrétienne aux frais du curé, afin que cela serve d'exemple aux autres. L'évêque pourrait aussi soumettre aux épreuves d'un examen les confesseurs approuvés, et pour le même motif, les curés (vojez au chap. 16). Pardessus tout unévêque doit faire un examen personnel et particulier de lous les prêlies et cleres d'une contrée en les interrogeant chacun en secret, en premier lieu sur le urspropres devoii s, pour leur insinuer ce qu'ils ont à réformer, et ensuite sur les fautes des autres et spécialement celles du curé, des confesseurs, soit quant aux soins qu'ils apportent dans l'accomplissement de leur ministère, soit quarït à la pratique de telle ou telle chose. Quelques évêques vigilants tiennent pouF aider ljurs souvenirs un livre où ils consignent les bonnes ou mauvaises qualités de chaque ecclésiastique de leur diocèse.

Ces notes peuvent servir dans beaucoup de circonstances, et principalement pour guider dans le choix des curés, des confesseurs et des autres ministres. Enfin, il doit s'informer de lous les autres abus, scandales et dissensions qui peuvent exister dans une contrée. Dans ses visites, l'évêque doit aussi ranimer la ferveur des congrégations séculières, et

POUR LES CONFESSEURS. 4'9

leur assigner un prédicateur et un confesseur si elles n'en ont pas. Dans ces mêmes visites, il peut fonder les congrégations particulières et restreintes des prêtres missionnaires dont nous avons parlé plus haut. Il sera convenable aussi que l'évêque prenn,e place au confessional, sinon pour confesser, du moins pour écouter les personnes qui voudraient lui parler en secret. Enfin, l'évêque aura soin dans ses visites d'administrer le sacrement de confirmation. Il est certain que l'évêque qui omet d'administrer ce sacrement pendant un long temps, pèche très grièvement, parce qu'il prive ses ouailles d'un grand bien. Caslrop., Salin., et Lacroix disent d'après cela qu'un évêque qui négligerait pendant huit ou dix années de faire des visites episcopales (et à ses frais, si la coutume le voulait ainsi) dans les contrées de sons diocèse, tout au moins les principales, à moins cependant qu'il n'y eût impossibilité morale, pécherait mortellement (1).

LXI. En quatrième lieu, l'évoque doit veiller avec soin sur les couvents des religieuses : à cet égard il doit s'appliquer, i à déenutrir avec sagacité la vo-lonlé des aspirantes, parce qu'il en est une bonne partie qui se font religieuses par la \ocalion de leurs parents, et non de Dieu, d'où il suit qu'elles mènent' une vit ; inquiète, et introduisent dans la commu-. nauté un grand relâchement, au scandale général ; 2 au temps de cette visite, que l'évêque doit faire tous les ans dans les monastères qui lui sont soumis^ d'après la clause Attendatur, de statu monast. (quant à la visite des monastères exempts relativement à la clôture, voyez ce qu'il en sera dit au chapitre des

• (1) Lib. VI. ?. ?75.

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Privileges, ?. 82), il devra faire un examen particulier, s'inforinant secrètement auprès de chaque religieuse s'il y a quelque scandale ou abus dans le monastère ; il devra aussi avoir assez de prudence pour ne pas montrer qu'il adopte le parti de telle ou telle faction qui se sont formées dans le monastère ; il faut qu'il les écoute toutes, et qu'ensuite il donne les ordres opportuns ;

3 il doit aussi se montrer difficile à accorder aux étrangers la faculté de parler aux religieuses ; car il doit penser que des liaisons dangereuses peuvent se développer, non pas tout-à-coup, mais avec le temps et par des entrevues répétées, et une seule liaison de cette nature peut causer le scandale et la ruine de tout un monastère. S'il arrivait que le monastère fût placé hors de sa résidence, l'évêque doit recommander au vicaire qui en sera chargé, d'avoir la plus grande circonspection et retenue dans ces sortes de permissions ; 4 il doit aussi être attentif à envoyer plusieurs fois l'année des confesseurs extraordinaires, au moins pour remédier aux mauvaises confessions que quelques religieuses peuvent faire avec leurs confesseurs ordinaires. Une faut pas qu'il s'imagine que de lels cas arrivent rarement et qu'il ait égard à la demande de quelques religieuses, parce que celles qui ont le plus grand besoin d'un confesseur extraordinaire sont souvent celles qui s'en éloignent avec le plus grand soin. Il doit donner des ordres qui les obligent à s'approcher toutes du confessional, ne serait-ce que pour converser avec le confesseur extraordinaire, comme l'a ordonné BenoltXlV, dans sa bulle Pastoralis curas, qui expliquent ces paroles du concile de Trente, Sess. 25. c. 10 : « Qui (extraordinarius confessarius) » omnium confessiones audire debeat, » dit : « Extra-

POUR IE8 CONFESSEURS. 4> >

« ordinario confessario singulae se sistant, ad sacramentalem confessionem apud ipsum peragendam, « sive ad salutaria monita accipienda... ne aliae cen- » serentur necessarias habuisse causas ob quas ad » extraordinarii opem confugere coactae essent, alias « vero ab huiusmodi necessitatibus immunes judica- » rentur. » II convient encore que, sans une nécessité bien constatée, l'évêque ne confirme pas les confesseurs ordinaires pour un'cspace de plus de trois ans. Enfin, l'é\êque doit pourvoir à ce que, dans tout le cours de l'année, il y ait dans le monastère des exercices spirituels dirigés par quelque prêtre exemplaire et attaché au monastère, parce qu'autrement ces exercices pourraient engendrer plus de mal que de bien.

LXH. En cinquième lieu, l'évêque (suivant ce que nous avons dit plus haut ), est obligé à la résidence, et cette obligation est encore plus grande pour lui que pour le curé, parce qu'il est le principal pasteur de son troupeau. Si un évêque a reçu l'anneau dans son ordination, c'est afin qu'il le porte sans cesse et se souvienne qu'il n'est plus à lui-même, mais qu'il appartient à l'église, son épouse, qu'il doit proléger pendant tout le cours de sa vie. Cependant le concile accorde aux évêques la faculté de. s'absenter, pour quelque motif, pendant trois mois de leur diocèse ; mais d'après la bulle Universœ, de Benoît XIV, il faut que cette absence n'ait pas lieu pour un motif frivole ou une vaine récréation ; car le concile de Trente veut qu'il soit juste. « Animi le- » vitas, oblectalionum cupiditas, aliae que futiles « causae excluduntur, » dit le pontife. Quand saint Charles était obligé de s'absenter de son diocèse, on lit dans sa vie qu'il lui semblait être attaché avec des

425 INSTRUCTION PRATIQUE

chaînes, tant était grand son désir de le rejoindre promplement. Le cardinal Bcllarmin, bien qu'astreint par le pape à rester à Rome, et à demeurer hors de son église de Capoue pour le bien de l'église universelle, ne pensait pas être en sûreté de conscience ; c'est pour cela qu'il renonça à son évèché. Voir ce qui a été dit à ce sujet au ?. ?4 ?

LXIIl. En sixième lieu, l'é\êque est obligé bien

f)lus que les curés à faire les corrections et à réparer es scandales, parce qu'il est le premier pasteur, comme nous l'avons dit ; qu'iladeplusgiandsmojens d/y porter remède, et qu'il peut recourir au prince séculier, comme le font avec raison plusieurs bons évêques. El d'ailleurs, n'onl-ils pas une responsabilité qui doit les remplir de crainte ? Monseigneur Saint-Félix, d'heureuse mémoire, évêque de Nardo, disait : « Comment puis-je doi mir tranquille si je sais qu'une de mes ouailles a perdu la grâce de Dieu ? » II est \rai aussi de dire qu'un tel devoir a quelque chose d'odieux, puisque l'évèque, pour bien le rempîir, doit affronter les haines, les médisances etmême les dangers ; mais, dit l'écriture, « un bon pasteur doit donner sa vie pour ses brebis. » « Bonus pastor ani- » mam dat pro ovibus suis. « Le même évêque Saint-Félix » déjà cité, disait qu'en acceptant l'cpiscopat, on devait se préparer ou à de grandes contrariétés, ou à l'emprisonnement, ou à la damnation. Mais, pour bien remédier à tous les scandales, il faut que l'évêque prenne continuellement des informations, non seulement auprès des curés et des vicaires délégués, qui souvent taisent la vérité par respect humain, ou pour ne pas faire connaître leurs faiblesses ; niais encore qu'ils emploient des ecclésiastiques ?&-lés qui, placés dans les différents lieux de leur diocèse,

POUR LES CONFJSSSEUBS.

soient chargés de leur déclarer lout ce qu'ils ont observé en secret. Et lorsque ces curés ou ces vicaires viennent pour faire de telles déclarations, ils doivent leur accorder prouiplement audience et les admettre sans retard, afin de les engager à se présenter plus Souvent, et qu'ils ne s'excusent pas sous prétexte qu'ils ne peuvent aborder leurs évêques.

LXIV » En septième lieu, l'évêque doit faire l'aumône : i Car l'hglise ne lui assigne pas de revenus pour les dépenser selon ses caprices « mais pour secourir les pauvres^ La mense des évêques doit être le patrimoine des pauvres. Saint Grégoire dit, que l'aumône est la première œuvre de miséricorde que le pasleur doit pratiquer à l'égard de son troupeau. Combien de plaies un évêque ne peut-il pas guérir au moyen de ses aumônes ? Combien n'y a-t-il pas de ménages qui passent dçs années entières dans le péché, parce qu'ils n'ont pas le moyen de faire bénir leur union ? Combien d'enfants ne sont-ils pas obligés de coucher avec leurs parents, par excès de misère, et même bien souvent avec mélange des sexes, au grand péril des âmes ? Aussi les bons évêques doivent recommander à leurs curés de prendre connaissance de tous les besoins qui peuvent exister, et de lui déclarer tous ceux qu'il découvrent. Je sais cependant que des docteurs (1) prétendent qu'un bénéficier peut réserver le surplus de son entretien (à moins qu'il n'y ait quelques pauvres en gronde nécessité), pour faire des acquisitions au profil de 1 église, ou pour pourvoir à des besoins futurs ; mais je sais aussi que les saints évêques laissent après leur mort, non des épargnes ou des fonds de terre, mais

(1) Lib. HI. n. 4<?. q. 11.

le plus souvent des deltps. Il serait honteux pour un évêque, disait saint Charles, qu'on pût reconnaître qu'il entasse de l'argent dans sa caisse. SaintThomas de Villeneuve disait aussi que, si en mourant il laissait des épargnes, alors il regarderait sa damnation comme assurée.

LXV. Je ne parlerai pas, en finissant, des autres obligations des évêques, cplle, par exemple, de la célébration de la messe, obligation plus grande encore pour eux que pour les curés, et qu'ils doivent appliquer principalement les jours de fêle pour le bien de leurs ouailles ; ni des audiences qu'ils doivent donner continuellement à leurs subordonnés, et particulièrement aux curés et aux vicaires forains qu'ils doivent admettre sans retard ; ni d'examiner et de juger l'administration du vicaire capitulaire, suivant les décrets du concile de Trente, SPSS. 24. c. 16. de Refor. Mais je dois parler avec détail du bon exemple qu'il est toujours obligé de donner. Si le pasteur veut que le troupeau arrive au sommet de la montagne, il faut qu'il aille au devant. Un évêque ressemble à une lumière placée par Dieu sur un candélabre pour éclairer tous ceux qui sont dans la maison du Seigneur. Il faut donc, comme saint Paul l'écrit àTite, que l'évêque donne l'exemple de toutes les vertus qu'il voudrait voir briller dans ses ouailles. Ainsi, l'exemple de la mansuétude, en répondant par des bienfaits à l'ingratitude et aux inimitiés. On peut lire les beaux exemples que saint Charles et saint François de Sales donnèrent de celte vertu. L'exemple de la pauvreté. Il est bien vrai que l'évêque peut sans injustice faire les dépenses nécessaires à la décence de son maintien ; mais il doit dans tous les cas faire briller la sainte pauvreté : en ne tenant

FOim LES CONFESSEURS,

qu'un petit nombre de domestiques, seulement le nombre strictement nécessaire, en portant des vêtements simples et n'ayant que des meubles modestes dans sa demeure. L'évêque qui orne son palais d'équipages et de ce luxe qui ne convient qu'aux séculiers, ne saurait donner de l'édification. Saint Charles avait proscrit de son palais les tapisseries, les ornements, les tableaux. Pauvreté encore dans la nourriture ; et le meilleur moyen de faire apprécier par la multitude le caractère d'un ecclésiastique, c'est l'observation de la frugalité et de la tempérance. « Vivere enim de altari, non luxuriam concessum » est. » Can. dis t. 44 *n prin. Le concile de Trente ordonne à l'évêque de se contenter d'un ameublement et d'une table frugale. « Jubet ut episcopi mo- » desta supellectili et mensa, ac frugali victu contenti « sint. »Sess. 25. cap. i. L'évêque doit aussi donner l'exemple de la prière. Le cardinal d'Arezzo descendait de son siège dans l'église pour faire ses prières devant le Saint-Sacrement, et par là donner le bon exemple aux autres. L'exemple de la mortification, en se privant de certains divertissements qui ne conviennent pas à un prélat. L'exemple de la retraite,, en ne se mêlant que par nécessité à la société des séculiers ; l'exemple de la modestie, en usant de toute la prudence possible dans ses relations avec les femmes. L'exemple du zèle, en ayant soin de mêler à toutes ses conversations particulières quelque aspiration adressée à Dieu, comme le pratiquait saint Charles avec toutes les personnes qu'il fréquentait.

LXVI. J'ai dit, en parlant des curés, que le salut des ouailles dépendait d'un bon curé. Je dirai maintenant que d'un bon évêque dépend le salut de tout le diocèse, parce qu'un tel évêque ordonne de bons

4*6 INSTRUCTION PRATIQUE

clercs, fait de bons prêtres, de bons confesseurs, de bons curés : qu'il les conserve bons par son zèle et ses bons exemples, et il verra régner universellementla piété dans son diocèse. Et c'est pour cela qu'en parlant des obligations des pasteurs, je me suis plus élendu que pour tout autre sujet, parce que celui-ci concerne le bien ou le mal général, et que tout dépend des bons ou mauvais pasteurs.

CHAPITRE VJH.

PREMIER POINT.

Du meurtie personnel.

? et 2. Quand est-il permis de risquer sa vie ? 3. Castration des enfants.

8. Quelles fautes peuvent être imputées à un ivrogne, et de quelle manière on doit considérer les maux provenant de telle ou telle cause.

I II n'est permis à personne de se tuer directe-ment, et de propos délibéré, sans l'autorité ou l'in- » piratioQ divine, par laquelle plusieurs martyrs le sont donné la mort saps péché. Ainsi les funam-

POUR LES CONFESSEURS.

bules (c'est-à-dire ceux qui se balancent sur des cordages attachés à des endroits élevés), ceux qui avalent des poisons ou qui se font mordre par des vipèros, au péril de leur vie, commettent un grand péché (i). Nousavons dit directement, parce qu'm-din clement, il est quelquefois permis de s'exposer pour de justes causes au péril, suivant la doctrine commune à beaucoup de docteurs (a). i Ainsi le soldat ne doit pas quitter son poste, bien tju'il pré-yoie que la mort le frappera, et cette opinion est générale, g' II est permis de céder sa nourriture à un ami qui est dans la détresse, comme la planche à laquelle on a confié son salut à un autre ; c'est l'opi-pion de Tolède, Lessi., Silvius, Lugo, Salmat., Prado., Buscrnjja., Vicloria et de plusieurs autres, communément contre Solo etLaymann ; elle est bien plus probable, car il y a une grande différence entre se donner la mort, et cesser de défendre sa vie, ce qui est licite quand il y a une juste cause. Saint Thomas le dit aussi expressément : < Tradere seipsum « morti propter amicum est perfectus actus virtutis ; » unde hunc actum magis appetit virluosus, quam « vitam corporalem. » « Se livrer soi-même à la mort pour un ami est un acte de parfaite vertu ; aussi un homme véritablement vertueux préfère un tel acte à sa propre existence (5). » 3 II est permis, en cas d'incendie, de se précipiter par la croisée, pourvu qu'on ait par Jà l'espoir d'échapper à une mori imminente. Laym., Less., Lugo, Fill., Busemb, Sal., Sporer el Elbel, ajoutent que la même faculté est

(?) Lib. IH. ?. 36g.

(a) N. S66.

{?) 3. seat. d. 39. a. 5. ad. 3. lib. ??. ?. 366 et 97t.

4 »8

INSTRUCTION PBATIQOB

accordée au condamné à mort ou à une réclusion perpétuelle (i). 4 Bonac., Lugo, LessiuS, Salin., Trullench, disent qu'il est licite de mettre le feu à son vaisseau, quoique au péril de sa propre vie, lorsque le bien général demande qu'il ne tombe pas entre les mains des ennemis (2). 5 Laymann, Bu-semb., Mazzotta, disent que quoiqu'une jeune fille ne puisse se donner la-mort, elle peut néanmoins s'exposer au danger de la mort pour ne pas être violée ; et cela ne parait pas improbable, si c'est par l'amour de la chasteté, ainsi que pour le péril du péché qui résulte toujours de telles occasions (5).

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