Traité contre les protestants (page 10)

Alphonse de Liguori · Doctrine

Texte français, domaine public · Source : jesusmarie.free.fr — Traité contre les protestants · 23 pages

Fiche de l’œuvre dans le savoir

VIII. Quant à la matière du saint-chrème, il est cer-tain que le baume est requis « de necessitate praecepti, » qu'il lesoit aussi « de necessitate sacramenti, » c'esice que nient avec probabilité Solo, Navarre, Juénin, le continua-teur de Tournely et plusieurs autres qui s'appuyent sur le Cap. Pastoralis, de sacram, non iter., où le pape Inno-cent 111 répond à la question, si l'onction faile avec l'huile seule était valide : « Nihil esse reilerandum, sed caute » supplendum quod incaute fuerit prœlermissum. » Néan-moins l'affirmative plus générale est admise par Bellar-min, Gonet, la théologie de Périgueux, Concina et autres, avec S. Thomas (5. p. q. 72. a 2.) et le catéchisme ro-main (num. 7.), et elle se trouve confirmée par le con-cile de Florence, où il est dit que le saint-chrême doit être « confectum ex oleo et balsamo. » Et sur le texte contraire on dit aveo. la Glose qu'il y est dit : « Nihil rei-» terandum, » parce que « non dicitur iteratum quod » prius actum non fuit. » Mais celte réponse n'est point faile pour convaincre, et la première opinion ne laisse pas d'être assez probable, comme le soutient le P. Ferrari (Bibl. v. confirmatio, n. 10.) avec un décret de la sainte congrégation du concile. Cependant l'onction avec le chrême sans baume élant au moins douteuse, on doit la répéter au moins sous condition. Les Grecs, outre le baume, ajoutent encore quarante autres espèces d'aro-malesel de parfums. Dans les quatre premiers siècles on ne voit pas qu'aucun jour fut plus particulièrement dé-signé pour la consécration du saint-chrême ; mais dans le xu.

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quatrième siècle, l'usage s'introduisit de le faire au jeudi saint, et cet usage s'est continué comme il paraît par le sacramentale de Gélase et les rituels grecs mômes actuels, qui assignent également ce jour-là. Le cardinal Lamber-tini rapporte, dans son Traité des Fêles, par. \, p. 247, qu'anciennement au jeudi saint on disait trois messes ; dans la première on réconciliait les pénitens, dans la seconde on faisait le sainl-chrème, et la troisième se disait pour la solennité du jour. En Grèce, les patriarches seuls consacrent le chrême ; mais dans l'Occident chaque évêque, dans son diocèse, fait cette consécration, assisté de douze prêtres, de sept diacres et de sept sous-diacres, comme l'a ordonné le pape Innocent III, et comme cela est usité encore au-jourd'hui, parce que jadis tel était le «ombre des minis-tres qui formait le collège destiné à assister l'évêque dans sa cathédrale pour le service de tout le diocèse. La bénédic-tion de L'huile des cathécumènes et des malades est plus ancienne que celle du saint-chrême. Mais depuis, ces trois consécrations furent faites dans le même temps pour plus de commodité. Dans le Rituel romain, on lit que la con-firmation se donnait dans l'église ou dans la sacristie,

IX. La forme du sacrement de confirmation dans l'é-glise latine, au moins depuis le douzième siècle, est celle-ci : « N. Signo le signo crucis, et confirmo le chrismate » salutis , in nomine Patris, et Filii, et Spiritus Sancti. y> Amen. » Mais avant cette époque, la forme a varié : dans l'Ordinaire romain, vers le huitième siècle, elle était plus brève, la voici : « Confirmo te in nomine Patris, et » Filii, et Spiritus Sancti. » Amalarius (lib. de div. offic. cap. 27.), fait mention d'une autre formule plus brève encore où l'on disait seulement : « In nomine Pairis, et Filii, ei Spiritus Sancii. » En Angleterre, au contraire, on

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omettait l'invocation de la sainte Trinité. Dans le ponti-fical de Elbert, évêque d'York, qui vivait vers le milieu du huitième siècle, la forme élait celle-ci : « Recevez le » signe de la sainte croix avec le chrême du salut en Jé-» sus-Christ noire Seigneur, pour la vie éternelle. Amen. » Dans le sacramentaire de Gélase, en signant Je front, on disait: « Le signe de la croix pour la vie éternelle. Amen. » Et cela dura plus de neuf cents ans. La forme pour les églises d'Orient d'après la prescription du premier con-cile de Constantinople, était celle-ci : « Signaculum dohi » Spiritus Sancti. » L'évêque faisait l'onction, non-seule-ment au front, mais encore aux yeux, aux oieilles, à la bouche, etc., récitant plusieurs oraisons. D'autres égli-ses, mais non d'Orieni, faisaient aussi usage de diverses formes.

X. Anciennement et jusqu'au treizième siècle, la con-firmation élait toujours joinle au baptême quand l'évêque lui-même baptisait des adultes ou des enfans, el cela se pratique encore dans les églises d'Orient, comme le rap-porte le P. Chalon (chap. 3.), bien qu'il ne soil pas prouvé que cet usage soit universel. Ls Catéchisme romain dit que ce sacrement.ne se donne pas aux enfans qu'ils ne soient âgés de douze ans ou au moins de sept. Cependant Be-noît XIVécrit (de Synod. lib. 7, cap. 10) qu'à i'arlick de la mou ou lorsque l'évêque doit êlre long-temps éloigné, il peut êlre donné avant cet âge.

XI. Le P. Chalon dit (cap. 40. in fin.) que dans l'é-glise grecque, il ne paraît pas que dans l'administration de ce sacrement, on pratique l'imposilion des mains sé-parément de l'onclioc, suivant la doctrine des théologiens, qui enseignent que dans l'onclion se irouve comprise l'im-posilion des mains. Quanl à l'église latine, il dit que

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tous les auteurs latins, tous les sacramentales et rituels prescrivent l'onction du front dans le sacrement de con-firmation, en l'accompagnant des paroles qui y sont as-signées, comme s'exprime Innocent 1".

XII. Je n'ometirai point de loucher un mol de la grande question sur la forme et la matière de la confirmation, et dont j'ai traité longuement dans ma morale : je la res-treindrai autant que possible. On a émis là-dessus beau-coup d'opinions, mais il y en a deux principales, plus communément agitées. La première considère dans ce sa-crement deux matières et deux formés partielles. La pre-mière matière est celte imposition que fait l'évêque en avançant les mains vers les confirmés, et la forme est l'oraison qu'il prononce en même temps. La seconde ma-tière partielle est ensuite l'onction du chrême que fait l'évêque au front du confirmé avec cette seconde forme : » Signo te signo crucis, etc. » Celle doctrine est soutenue par Merbesius, Juénin, Habert, Genest, Duhamel, etc., et Tournely la regarde comme probable.

1 du cap. 6 ap. 4. ad Hebraeos, où il dit que la ma-tière est celle imposition des mains qui est accompagnée de l'oncliori; et par une foule d'autres comme S. Bona-ventura, éstius, Thomas de Waldcn, Cabassul, S. Anto-hin, Bellarmin, Sylvius (qui va jusqu'à dire qu'il est de foi que l'onction seule est la matière), de plus, par Jean-Laurent Berli (de theol. dise. tom. 7. de confirm. cap. 4. ), où il la défend fortement et longuement ; de plus encore, par Scot, Gonel, Colet, continuateur de fournely, par la théologie de Périgueux, Solo, Frassen, Antoine, et par plusieurs autres encore, tel que Pierre de

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îfaeca, ché par Wiiasse, lequel affirme que ccUe pimon est embrassée par tous les thomistes elles scotisles; et le catéchisme romain au 1, où il est dit, que le chrême composé d'huile et de baume est la seule malière de la confirmalion, et où on lit ensuite : « Quod autem ea sit » hujus sacramenti materia tum sancta Ecclesia, et con. » cilia perpetuo docuerunt : tum a quampluribus SS. Pa-» tribus traditum est. » Nous embrassons nous-mêmes cette doctrine qui nous paraît moralement certaine, ainsi que le dit Bellarmin et comme il paraît par les preuves que nous en apporterons.

XIV. Il est hors de doute que la confirmation re-quiert à la fois et l'onction du chrême et l'imposi-tion des mains; mais il faut entendre celte imposition des mains qui se confond avec l'acte de l'onction; ainsi que le porte la déclaration d'Innocent III, dans le can. unie, de sacr. unct. per frontis, ou le pontife dit : « Per » frontis chrismationem , manus impositio designatur ; » quae alio nomine dicitur confirmatio; quia per eam » Spiritus Sanctus ad augmentum datur et robur. » Le mot designatur ne doit point s'enlendre comme si on disait : » Significatur aut figuratur, » mais comme s'il y avait « signatur, assignatur, aut habetur confirmatio; » et cela ressort bien clairement des paroles qui suivent immédia-tement : « Unde cum caeleras unctiones simplex sacer-» dos valeat exhibere, hanc non nisi summus sacerdos, id » est episcopus valet conferre : quia de solis apostolis » legitur (quorum vicarii sunt episcopi) quod per manus » impositionem Spiritum Sanclum dabant. » El le pon-tife rapporte ici lespaioles des Actes des Apôtres (cap. 8. vers. 17.) où il est raconté que S. Pierre et S. Jean con-firmèrent les Samaritains, déjà baptisés, en imposant les

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maius sur eux : « Tunc imponebant manus super illos, » ei accipiebant Spirilum Sanctum. » Après ces paroles, le pontife ajoute : « Cujus adventus per unctionis minisle-» rium designatur. » Innocent, concluant donc que les seuls évêques peuvent donner l'onction de ce que les apô-tres seuls imposaient les mains, entend par conséquent que comme l'imposition était alors prise pour l'onction, de même Fonction l'est aujourd'hui pour l'imposition. Ainsi donc les évêques, en donnant aujourd'hui l'onc-iion , font ce que faisaient les apôlres en imposant les mains; à moins que l'on ne dise que les apôlres ont changé la matièie du sacrement, ce que l'on ne peut prélendiv , comme le remarque Bellarmin , puisque les inaiières et les formes des sacremens n'ont pu être insti-tuées que par Jésus-Christ et ne peuvent être changées par d'autres.

XV. Cela est encore confirmé par un autre canon même d'Innocent III, plus clair et qui fait partie du chap. 4 : « Quanto de consuelud., » où on lit : « Ut est » sacramentum confirmationis, quod chrismando re-» natos soli debent episcopi per manus impositionem » conferre. » Remarquez les paroles, « chrismando... per manus impositionem; » donc imposer les mains en donnant le chrême est la même chose que confir-mer. Cela se prouve encore par la profession de foi de l'empereur Paléologue, qu'on lit dans sa lettre adressée à Grégoire X, el qui fut rapportée et approuvée dans le deuxième concile de Lyon, où il était dit : « Aliud » est sacramentum confirmationis, quod per manuum » impositionem episcopi conferunt chrismandis renatis. »

XVI. A tout cela il faut ajouter la déclaration faite par Eugène IV dans le concile de Florence qui l'approuva, el

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où il est dit : « Secundum sacramentum est confirmatio, » cujus materia est chrisma confectum ex oleo et bal-v samo... per episcopum benedicto. Forma autem est : » signo te signo crucis et confirmo (e chrismate salutis in » nomine Paliis et Filii et Spiritus Sincti. Amen.» Aussi selon celle définition, plusieurs auteurs disent qu'il est de foi que l'unique matière de la confirmation est l'onction que fait l'évêque, et l'unique forme les paroles qui l'ac-compagnent. On a encore la déclaralion faile par Be-noît XIV, dans sa lettre encyclique aux archevêques ei évêques du rit grec, insérée au tome 4 de son BuIIaire au num. 54, p. 225, où ce pape, au 51, parlant des deux doctrines mentionnées plus haut, dit premièrement : « Unicuique licet sequi partem quae placuerit. » C'est-à-dire qu'il est licite de suivre la première doctrine des deux matières et formes partielles qui est plus sûre et qu'il est permis aussi d'embrasser la nôtre, que l'onction par la main de l'évêque est l'unique matière, et les paroles qui l'accompagnent l'unique forme. Mais en outre, dans le

52 il déclare expressément qu'il est hors de toute con-troverse que la confirmation est conférée validement toute les fois qu'on fait yonclion avec la forme que profère alors le ministre : « Est extra controversiam, in Ecclesia latina » (et il avait déclaré la même chose pourl'églist grecque) y> confirmationis sacramentum conferri, adhibito sacro » chrismate oleo olivarum balsamo commixlo, ducloque » signo crucis per ministrum in fronte suscipienlis, dum » idem minister formae verba proftrl. »

XVII. Nous remarquerons ici que le même Benoît XIV, dans sa bulle Etsi pastoralis (?. 57.1.1 bullar. 3. num. 4 ) déclare que ceux qui, parmi les Grecs, refusaient ou négligeaient, le pouvant, de recevoir la confirmation,

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devaient être avertis par leurs évêques du péché grave qu'ils commettaient : « Monendi sunt ab ordinariis loco-» rum, eos gravis peccati reatu teneri, si cum possint ad » confirmationem accedere renuunt, acnegligunt. » Cette admonition s'adresse de même sans doute aux chrétiens de l'église latine.

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??? SESSION,

Du sacrement de l'Eucharistie.

I. Dans celle session, le concile voulut, comme il l'a-vait fait dans celle où il statua sur la justification, ensei-gner la vraie doctrine afin que les fidèles fussent instruits de tout ce qu'ils devaienl croire touchant le sacrement de l'eucharistie. Aussi il est dit dans le préambule que le concile, voulant extirper les erreurs élevées au sujet de ce sacrement et exposer la doctrine qu'a tenue et que tien-dra toujours l'église, instruite d'abord par Jésus-Christ, et éclairée ensuite par le Saint-Esprit, défend à tous de croire, d'enseigner ou de prêcher le contraire.

II. Soave dit que les thomistes aussi bien que les sco-tisles prétendaient que l'église déclarât points de foi leur doctrine respective. Mais le concile fut d'un tout autre sentiment, ainsi qu'il paraît par ses actes et ses définitions rédigés en termes tels qu'ils ne peuvent servir à combattre l'opinion d'aucune école. En conséquence, comme nous le verrons, il ne voulut se prononcer ni sur le mode de la piésence sacramentelle de Jésus-Christ, ni sur l'égalité ou la différence de la grâce attachée à la communion faite sous une seule espèce ou sous les deux.

III. Soave assure encore que les Italiens se plaignirent de la règle que les présidens du concile établirent de n'ap

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puyer les doctrines que sur l'écriture ou les Pères, crai-gtianlpar là d'êtreexposés à rester en arrière des théolo-giens allemands ou flamands. Mais Pulavicin dément ce fait, et remarque que les Italiens avaient assez fait con-naître leur érudition dans les précédentes sessions par leurs nombreuses citations des écritures, des conciles et des Pères, et qu'ils comptaient parmi eux un Melchior Canus, un Solo, un Seripand, un Catharin, un Salme-ron et un Lainez qui se faisait fort de ne citer aucun passage qu'il n'eût lu à sa source même.

IV. Dans le ch. 1 on déclare que le corps et le sang de Jésus-Christ sont véritablement, réellement et substan-tiellement sous les espèces du pain et du vin consacrés; voici le texte : « Docet S. synodus in eucharistiae sacra-» mento post pan is et vini consecrationem Jesum Chris-» tum verum Deum, atque hominem vere, realiter, ac » substantialiter sub specie illarum rerum sensibilium » contineri. Nec enim inter se pugnant, ul ipse salvator » semper ad dexteram Falris in coelis assideat juxla mo-» dum existendi naturalem, et ut aliis in locis sacramen-» (aliter praesens sua substantia nobis adsit. » En cela le concile a voulu laisser intacte la question débattue entre les thomistes et les scotistes, savoir si Je même corps, par vertu divine, pouvait demeurer en plusieurs lieux suivant le même mode naturel qui le fait être dans un seul lieu. « Ita enim majores no&lri omnes aperlissime professi sunt, » hoc sacramentum in ultima ccena Redemptorem nos-» trum instituisse, cum post panis vinique benedictionem » se suum ipsius corpus illis praebere, ac suum sanguinem ?? disertis verbis testatus est : quae verba a sanctis evan-» gelislis commemorata, et a divo Paulo repetila, cum » propriam illam significationem prae se ferant, secundum

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, quam a patribus inlellecla sunt; indignissimum flagi-,-lium est ea ad fictitios tropos conlra universum Eccle-» sise sensum detorqueri : quae tanquam columna, et fir-» mamentum veritatis haec ab impiis excogitata com-» menla detestata esl. »

V. Jusqu'au IX" siècle , ce sacrement de l'eucharistie n'avait élé l'objet d'aucune attaque, mais à cette époque un certain Jean Scot commença à dire publiquement que l'eucharistie était toute mystique et figurée. Dans le XIe siècle la même hérésie fut soutenue par Bérenger, qui se réiracla plusieurs fois et revint plusieurs fois à de nou-velles erreurs louchant ce sacrement; il mourut cependant réconcilié avec l'église catholique en 1088. Ce ne fulqu'au XVI* siècle que parut la secte qui attaqua dans sa base le dogme de l'eucharistie. Le premier fut Carlosladt, archi-diacre de Wiltemberg en Saxe. iEcolampade, moine de Sainle-Brigilte, etZwingle, curé, embrassèrent la même er-reur. Puis Bucer et Calvin soutinrent la même opinion, ils dirent, comme le rapporte le P. Chalon, que l'eucharistie n'élaii pas proprement un sacrement, mais une simple commémoration extérieure. Luther ensuite nia la Iranssub-staniiation du pain Cl du vin au corps et au sang de Jésus-Chrisl ; il abolil les messes privées, et cependant il avouait qu'il ne pouvait nier d'après l'évangile la réalilé du corps eldu sang de Jésus-Christ dans l'eucharislie.

VI. 11 faut ici bien peser l'une après l'autre les paroles de ce premier chapitre. Il porte, « vere, realiter, et subs-it tanlialiler. » Vere, afin d'exclure la présence de Jésus-Christ simplement figurée comme la disaient être les sa-cramcnlaires : la figure est opposée à la vérité, et pour cela on mil l'expression vere. Par le mol realiter on rejela la présence imaginaire; car les hérétiques prétendaient

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que la chair de Jésus-Christ n'était pas corporellement dans l'eucharistie comme elle l'est dans le ciel, mais se-lon que le conçoit la foi, c'est-à-diie comme présente. Calvin ne craint pas de dire que le corps réel de Jésus-Christ est dans la cène, mais il ne veul pas dire qu'il y soit réellement. Enfin on y mil le mol substantialiter pour rejeter l'opinion de la présence de simple efficacité ou virtualité à quoi Calvin réduisait la présence du corps réel de Jésus-Christ, disant que l'eucharistie ne contenait pas la substance du corps de Jésus-Christ ; mais seule-ment sa vertu par laquelle il se communique à nous lui et ses dons. Mais nous disons nous que dans ce sa-crement se trouve toute la substance de son corps en la-quelle est changée la substance du pain : nous soutenons en conséquence, comme nous l'expliquerons bientôt plus au long, que sous les espèces du pain le corps de Jésus-Christ n'occupe pas un lieu, et n'y est pas dans un mode naturel, mais sacramentellemenl et en mode de substance, comme l'enseigne S. Thomas (III. p. q. 76. a. 1. ad 3.), de même qu'auparavant il y avait la substance du pain. VII. II est dit en outre : « Nec enim haec inter se pu-» gnant, ut Salvator in coelis assideat juxla modum na-» luralem, et ut multis aliis in locis sacramentaliter prae-» sens sua substantia nobis adsit, ea exislendi ratione, » quam verbis exprimere vix possumus. » Le concile en-seigne donc que le corps de Jésus - Christ existe dans le ciel suivant le mode naturel, mais que sa substance sa-cramentelle est présente en plusieurs autres lieux. Ainsi, dans l'hoslie consacrée et dans chaque parcelle de celle hostie se trouve le même corps de Jésus-Christ qui est assis dans les ciéux. El nous devons le croire parce que Dieu est tout-puissant et qu'il a révélé cette vérité en di-

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sant : « Hoc est corpus meum. » Qu'importe ensuite que nous ne puissions parvenir à comprendre comment cela se fait? Si nous voulions régler les mystères de la foi sur les limites de notre faible entendement, nous serions bientôt conduits à en nier plusieurs, et spécialement celui de la sainte Trinité et celui de l'Incarnation ; car nous ne pouvons assurément concevoir comment trois personnes sont une même substance, et comment dans une seule personne il y a deux natures, l'une divine et l'autre hu-maine.

VlII. Les hérétiques disent que bien que fiieu soit tout-puissant, il ne peut faire cependant que plusieurs choses qui répugnent entr'elles, soient en môme temps, comme, par exemple, disent-ils, que le corps humain soit con-tenu dans l'eucharistie sans son étendue et ses autres qualités. On répond que Dieu ne peut pas ôler aux choses leur essence, inais qu'il peut ô.'er à une essence ses pro-priétés. Il ne peut ôler au feu l'essence du feu, mais il peut ôter au feu sa propriété de brûler, comme il le fit à l'égard des trois enfans hébreux. El de même encore, s'il ne peut faire qu'un corps soit sans étendue et sans quantité, il peut faire cependant qu'il n'occupe pas un lieu, qu'il soit indivisible, qu'il soit tout enlier dans chacune des plus petites parcelles des espèces visibles qui è contiennent, avec une étendue, non d'ordre naturel, mais miraculeuse et en substance. èi c'est ainsi que le corps de Jésus-Christ est dans l'eucharislie, puisqu'il faut qu'il y soit en substance, c'est-â-dire que comme la substance du. pain se trouvait sous ses espèces et sans occuper de lieu, et qu'elle était entière et complète dans chaque partie de l'espèce, de même le corps de Jésus-thrist, dans lequel se convertit la substance de pain,

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n'occupe pas plus un lieu que ne le faisait la substance du pain sous sa propre dimension, et ainsi il est tout en-lier dans chaque partie des espèces comme d'abord, dans chacune se trouvait toute la substance du pain. C'est la doc-trine du docteur angélique qui l'exprime ainsi : « Tota » substantia corporis Christi continetur in hoc sacramento » post consecrationem, sicut ante consecrationem conli-» nebalur ibi tota substantia panis. » (III. p. q. 76. a. i.) H ajoute: (Ibid. ad 5.) « Propria autem totalitas subslan-» tia continetur indifferenter in pauca vel magna quan-» litale; unde et tota substantia corporis et sanguinis » Chricti continetur boc sacramento. »

IX Le corps de Jésus-Christ n'est point dans ce sacre-ment comme dans un lieu définitif, en sorte qu'il ne puisse être aussi dans un autre lieu ; il n'y est point non plus circumscriptive, c'est-à-dire selon la mesure de quan-tité propre correspondante à celle du lieu , en sorte que cç lieu n'est point vide, mais ne peul pourtant êire dit plein de la substance du corps de JésusrChrisl, puisqu'il est rempli par les espèces sacramentelles, qui occupent ce lieu au moins miraculeusement, comme miraculeuse-ment elles subsistent par mode de substance.

X. On ne peut pas dire non plus que le corps de Jésus-Christ demeure dans le sacrement mobilemenl, parce que n'y étant pas comme dans un lieu, il ne s'y meutpas selon le mouvemenl du lieu, mais seulement il peut se mou-voir par accident à raison des espèces, en sorte que selon le mouvemenl de ces espèces on peul dire que le Christ qui est contenu sous elles se meut aussi ; mais comme, lorsque le corps se meut par accident l'ame se meut aussi, bien qu'elle ne soit aucunement capable d'occuper un lieu.

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XI. Et ici il faut remarquer que quand les espèces se corrompent, le corps de Jésus-Christ cessée d'exister sous elles, non pas parce qu'il dépend d'elles, mais parce que le sacrement est ainsi institué que Jésus-Christ demeure sous les espèces tant qu'elles existent et les abandonne quand elles cessent d'être, de même que Dieu cesse d'être le Seigneur des créatures qui cessent d'être, comme, l'en-seigne S. Thomas (III. p. q. 76. art. 5. ad. 3.), où il dit: « Quibus (speciebus) cessantibus desinit esse corpus » Christi sub eis; non quia ab eis dependeat, sed quia » tollitur habitudo corporis Christi ad illas species, quem-» admodum Deus desinit esse Dominus creaturae def -» cienlis. »

XII. Il est dit ensuite dans le susdit chap. 1. du con-s cile

: « Post panis vinique benedictionem se suum corpus » illis praebere perspicuis verbis testatus est : quae verba » a sanctis evangelistis commemorata , et a divo Paulo » postea repetita, cum propriam significationem prae se » ferant, secundum quam a quibusdam pravis homini-» bus ad fictitios tropos contra ecclesiae sensum delor-» queri. » II est dit «post panis vinique benedictionem» pour s'opposer aux luthériens ubiquistes, qui veulent que même avant la consécration le corps du Seigneur soit sous les espèces, et pour condamner aussi les calvinistes qui disent que l'eucharistie n'est point l'union des fidèles avec Jésus-Christ par le moyen de son corps et de son sang réels, mais seulement un signe de celle union déjà opérée par le moye» de la foi. Aussi prélendenl-ils que l'eucharistie ne devient point un sacrement par la con-sécration du prêtre, mais en vertu de la promesse de l'é-vangile expliquée par la prédication.

XIII. Il est dit, « perspicuis verbis testatus est, elc.

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Ces paroles expresses de Jésus - Christ se Usent dans les évangiles deS. Mathieu, chap. xxvi, de S.Marc, chap. xvt, et de S. Luc.chap. xxn. Les voici : « Accipite et comedite: » hoc est corpus meum : hic est sanguis meus, etc.» Elles sont ensuite répétées par S. Paul dans son Ep. 1. ad Cor. cap. 11. S. Cyrille s'écrie à ce sujel . « Cum ipse de pane » pronunliaverit, hoc est corpus meum, quis audebit dein-» ceps ambigere? Et cum idem ipse dixerit, hic est san-» guis meus, quis dicet non esse ejus sanguinem ? » (Ca-tech. myslag. 4.) C'est une règle certaine et reconnue généralement par les Pères et les théologiens que les paroles de l'écriture doivenl êlre prises dans leur sens propre, toutes les fois qu'il ne s'en suit pas une consé-quence évidemment absurde qui s'y oppose, parce qu'au-trement si toute l'écriture pouvait êlre tournée au sens moral et figuré, il n'y aurait plus aucun dogme qui pût être certainement prouvé par les écritures.

XIV. Le même apôtre a rendu encore témoignage de la vérité de l'eucharistie, lorsqu'il dit sur l'usage de ce sacrement : « Calix benedictionis quem benedicimus, » nonne communicatio sanguinis Christi est ? et panem » quem frangimus, nonne participatio corporis Do-» mini esl? » (I. Cor. x. 16.) Ces paroles démontrent bien clairement que le vrai corps et le vrai sang de Jésus-Christ sont dans l'eucharistie. L'apôtre le confirme encore

dans ce passage : « Probet autem seipsum homo.....qui

» enim manducat et bibit indigne, judicium sibi man-» ducat et bibit, non dijudicans corpusDomini. » (I. Cor. xi. 22 et 29.) Notez ces paroles, <c Non dijudicans corpus » Domini. » Si l'on ne devait vénérer dans l'eucharistie que la figure du corps de Jésus-Christ, S. Paul n'aurait poinl aussi sévèrement condamné celui qui communie

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en élal de péché ; mais il le déclare digne de la mort éternelle parce que l'homme en communiant indignement ne dislingue pas le corps de Jésus-Christ des alimens ler-resires.

XV. Oh ! Dieu jusqu'où peut aller la malice et l'in-gratitude des hommes! Dieu a voulu nous faire ce don in-fini de son amour, le don de lui-même: « Divitias sui » erga homines amoris velut effudit, » dit le concile, et les hommes ne veulent pas en êlre reconnaissans et cher-chent de mille manières à tordre le sens de ces paroles du Sauveur : « Hoc est corpus meum ! » Les uns disent que ce pronom hoc doit s'entendre pour hic. Mais com-menlcela peut-il être? Ou ce molftocestpriscommeadjec-lif cl alors il ne peut s'accorder avec pain qui est du genre masculin, mais bien avec corpus qui est du genre neutre. El peu importe que ce pronom hoc et le verbe est n'aient à eux seuls aucun sens complet, avant que les autres mots corpus meum soient prononcés; car il n'est pas rare que dans certaines propositions les premières paroles n'aient toute leur signification que lorsque la proposition est com-plète. Si ensuite on veul prendre hoc comme substantif, comme le fait S. Thomas (III. p. q. 78. a. 5.), alors cet hoc ne signifiera plus ce pain ou ce corps, mais celle chose, ou mieux celle substance contenue sous ces espèces du pain est mon corps.

XVI. D'autres ensuite, comme Zwingle, torturent le sens du mot est et veulent qu'il soit pris pour significat, et ils en npporlent-Vexemple pris de VExode : « Est enim » phase (id est transitus) Domini. » (Exod. xn. 11.) Où, dil-il, l'agneau pascal, mangé avec les cérémonies pres-crites, est dit non pas être, mais signifier le passage du Seigneur. Mais cette explicaiion, dénuée de raison, n'eut

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pas de nombreux partisans, parce qu'un tel sens daas-te «cas dont il ? s'agit iciiestHoal-à-fait impropre el ne peut •être adopté que lorsque le*, verbe est ne peut avoir sa si-gnificalion propre.

"XVII. D'autres sacramentàires disent que l'expression -corpus doit se prendre pour la figure du corps. Mais la régie générale s'y oppose, comme nous l'avons vu plus haut, savoir que les paroles de l'écriture doivenltêlre prises dans leur sens propre, toutes les fois qu'elles n'a-mènent point une conséquence manifeslement absurde. De plus celle interprétation est expressément contraire aux paroles de S. Paul, qui après ces mots : « Hoc est corpus » meum » ajoute «quod pio vobis tradetur. » (I. Cor. ??. 24.) Le Seigneur assurément n'a point livré à la pas-sion la figure de son corps, mais bien son corps lui-même. 'Relativement au précieux sang, on lit dans S. Matthieu : «eHoc est enim sanguis meus novi Testamenti, » el puis : » Qui pro multis effundetur in remissionem peccalo-» mm. » Donc ce sang deJésus-Chrisl devait être répandu: Or cVsl le sang réel qui se répand, et non sa figure.

XVIII. En outre la vérité de la présence réelle du vrai corps el du vrai sang du Seigneur dans le sacrement de l'autel est confirmée , et évidemment déclarée dans le chapitre 7 de l'évangile de S. Jean. Les novateurs errent quand ils disent qu'il n'est là question que de l'incarna-tion. Il est vrai que loul le chapitre ne traite pas de l'eu-charistie; mais il esl certain que depuis le numéro cin-quante , c'est d'elle seule qu'il est question, comme l'admet Calvin lui-même. (Inslil. lib. 4. cap.

17. 1.) Cela se prouve d'abord par ces paroles : « Panis, quem

» ego dabo, caro mea est pro mundi vita. » ( Jo. vi. 52. ) Si le Seigneur avait voulu parler de la manducalion qui

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pe fait par la foi^eule, comme le veulent les novateurs, il n'aurait point dit dabo au futur, .car une pareille manducalion était de tous les temps; les fidèles de la loi ancienne, eujc-mêmes, se nourrissaient en figure de Jésus-Christ pat le moyen de la foi. Mais il dit dabo parce qu'il déclarait alors qu'il nous donnerait sa propre chair dans le sacrement qu'il institua à sa demièie cène. Il dit : « Quem ego dabo, écrit le docteur angélique^jquia non-

» dum institutum erat hoc sacramentum..... Non dicit

? autem, carnem meam significat, sed, caro mea es,l, » quia hoc quod sumitur vere est corpus Christi. » ( S. Thom. lect. 9. io Joan. ) En oulie le Seigneur , s'il e,ût youlu parler de la seule manducalion spirituelle, qui se fait par la foi en son incarnation, n'aurait pas dit panis quem dabo, mais panis quem dedi, puisqu'il s'était déjp incarné et que plusieurs avaient déjà cru en lui à ce litre. Cela est encore contjnné pat les paroles suivantes : « Caro mea vere esl cibus et sanguis meus vere est po-» lus. » (Jo. vi. 56. ) Cette distinction de nourriture et de boisson ne peut avoir lieu que dans la mandiicalion Sacramentelle du corps et du sang de Jésus-Christ ; car dans la manducalion spirituelle qui se fait par la foi, \e manger et le boire sont une même choie.

XIX. Cela se piouve encore par ce que dirent ceux de Capharnaum en entendant ces paroles, et par la réponse que leur fil le Seigneur. Ils disaient : « Quomodo poiesl » hic nobis carnem suam dare ud manducandum? » (vers. 53.) El de fait, ils s'éloignèrent du Seigneur : « Ex hoc multi discipulorum ejus abierunt relro, et jam s non cum illo ambulabant.» (vers. 67.) Or, si la chair de Jésus-Christ n'élait pas réellemenl dans l'eucha-rislie, il pouvait à l'instant dissiper leur inquiétude, en

24.

572 TRAITE

] !ur disant que les hommes seraient nourris de son corps seulement, par le moyen de la foi ; mais non, il leur répond absolument : « Nisi manducaveritis carnem filii » hominis, et biberitis ejus sanguinem, non habebitis » vitam in vobis. » ( vers. 56. ) Et puis il dit aux douze apôtres qui étaient restés auprès de lui : « Num-» quid et vos vultis abire? » S. Pierre répond alors : « Do-» mine, ad quem ibimus? verba vitae aeternae habes. Et » nos credidimus, et cognovimus quia tu es Christus » filius Dei vivi. » (Jo. vi. 68 et 69.) En outre, celte vérité est d'autant mieux confirmée par ces paroles da Seigneur : « Caro mea vere est cibus et sanguis meus » vere est polus. » (vers. 56.) Que ces paroles seraient toul-à-fait impropres, si dans l'eucharistie il ne nous donnait pas sa véritable chair et son vrai sang. Il est vrai que le concile n'a point déclaré dans un canon exprès que ce chapitre sixième de S. Jean parlait de la manducation réelle de la chair de Jésus-Christ; mais dans plusieurs en-droits, comme dans le chapitre sixième de cette session et dans le chapitre premier de la session vingt-unième, il rapporte plusieurs passages du chapitre cilé pour prouver et confirmer la vérité de l'eucharistie. En outre > dans le deuxième concile de Nicée (act. 6. ) ces mêmes paroles de S. Jean: Nisi manducaveritis, etc. sont apportées en preuve que dans le sacrifice de l'autel on offrait le vrai et propre corps et sang de Jésus-Christ.

XX. Le prédicanl Picenin, oppose à cela ce que dit S.

Augustin (1. m. De doct. Christ, cap. 16.) où, parlant du texte de S. Jean : « Nisi manducaveritis cornem » filii hominis, etc., » le saint écrit que la chair du Sei-gneur est une figure par laquelle il nous commande de garder la mémoire de sa passion : « Figura est praecipiens

CONTRE LES HéRéTIQUES. 375

« passione Dominica esse communicandam. » On répond : II n'y a aucun doule que l'eucharislie a élé instituée en mémoire de la passion, comme l'apprennent les saints évangilistes : « Hoc facile in meam commemorationem ; » et S. Paul : « Quotiescumque manducabitis panem hunc, » mortem Domini annuntiabitis. » Mais il faut dislin-«uer parmi les figures que nous offre l'écriture. Les unes sont simplement et purement figures, puisque les paroles ne peuvent s'entendre dans leur sens propre, comme quand Jésus-Christ dit : Ostium, leo, vitis. D'aulres figures sont en même temps vérité, d'après les paroles qui les ex-priment et figures par rapport à d'aulres mystères qu'elles désignent comme on le voit dans ces paroles dei 'a pôlre : « Abraham duos filios habuit, unum de ancilla et unum » de libera..... quai sunt per allegoriam dicia ; haec enim » sunt duo testamenta. » (Gal. iv. 22 et 24.) Ainsi .Abraham eul deux fils, Isaac et Ismael, qui furent réellement ses fils, mais qui en môme temps furent les figures de l'ancien et du nouveau Testament. La même chose s'applique au sacrifice d'Isaac et au pillage des égyp-tiens. On voit par là que dans les écritures la figure git quelquefois dans les paroles, et d'aulres fois dans le fait, lequel est en même temps fait réel et figure. De même dans l'eucharislie, la chair nommée est la vraie chair de Jésus-Christ, et en même temps elle est la figure qui nous rappelle sa passion. Et voilà ce qu'entend S. Augustin, lorsqu'il appelle figure la chair du Seigneur. Mais com-ment le saint docfêur eût-il pu dire que la chair de Jésus-Christ était une simple figure, lui qui, dans une foule de passages de ses écrits, déclare expressément que l'eucharis-tie contient le vrai corps et le vrai sang de Jésus-Christ. Il dit notamment dans un endroit ; « Jesum Christum car

574 ibKfti

» nem suam nobis manducandam, bibendumque sangiii-» nem dantem fideli corde, alque ore ( notez ce mol ore) >r suscipimus. >? (Lib. it. e. 9. adv. leg. et proph.) Et dans un autre lieu il ajoute : « Panis quem videtis in aliari, » sanctificatus, per verbum Dei, corpus est Christi : Calix » ille, immo quod habet calix, sanctificatum per verbum » Dei sanguis est1 Christi. » (Ser.85. Dediver.

nunc.227.) XXI. On oppose encore la réponse du Sauveurà ceux de Capharnaum qui, lorsqu'il leur annonçait le sacre-ment de l'eucharistie qu'il Voulait instituer, lui répliquè-rent : « Quomodo potest hic carnem suam dare ad man-» ducandum9 » (Jo. vi. 53.)

lt leurrépondil : « Spiritus » est qui vivificat, caro'non piodést quidquam'. » (Ibid. vers. 64.) Donc, disem les novateuis, la manducalion réelle de la chair1 de Jésus-Christne sert à rien ; tout l'effi-cace est dans la spiriluelf qt se fait par la foi. S. Augustin hii-même fournil la réponse dans ce passage : « P ott pro-» dest quidquam', sed 'quomodo illi intellexerunt quo-rf modo in cadavere eai'o d laniaW, et in macello vendi-» tur non quomodo spiritu1 vegelatur.

Caro non prodest »sola; accedat spiritus et prodest plurimum. » (Tr. xxVi. in Joan.) Ainsi ce qui n'est point profitable, c'est la manducaiûjn cPùne simple ChaîFmorte, comme ceîle que vend le boueber, et comme ceirô de Capharnaum la con-cevaient séparée de l'esprit, c'eét-à-efire de famé et de la divinité de Jésus-Christ, mais au contraire dans le gens du éacrement, la manducation' est infiniment profitable. L'erreur des Juifs Ae consistait donc pas en ce qu'ils pen-saient que le Seigneur voulait leur donner réellement sa chair à manger, mais dans la manière dont ils conce-vaient cette manducation, c'est-à-dire en broyant a^ec les dents, comme on fait1 de la chair de boucb'erîe'.

CONTRE LES HéRéTIQUES. 37

XXII. Mais que sert, à l'égard des hérétiques, de leur, opposer les passages evidens de l'écriture, l'aulorilé defl pères el les raisonneraens les plus clairs, puisqu'ensesér parant de l'église, ils se sont fermé à eux-mêmes la voie qui mène à la vérité? Toutes leurs erreurs naissent de ce défaut de soumission au jugement de l'église, qui a été déclarée par Dieu la colonne et le fondement de la vérité,, Ils prétendent, eux, que l'Espril-Saint éclaire chaque chrélien de manière qu'il connaît certainement tout ce qu'il faut croire. Mais je leur ferai une question à propos même de ce sacrement de l'eucharistie dont nous traitons maintenant : Luther et Zwingle étaient tous deux chrér tiens; Luther dit que dans l'eucharistie est le vrai corps de Jébus Cln\st", Zwingje soutient que ce n'est point le vrai corps, niais le signe du corps du Chris! : or, je le de? mande, qui des deux dit la véiité, et lequel suivrai-je? Nous autres catholiques, au contraire, nous avons l'au-torité de l'église, qui, dans de nombreux conciles, nous enseigne que sous les espèces du pain consacré existe réelle-ment le corps'de Jésus-Christ : pourquoi hésiterions-nous à croire? Cet enseignement nous est donué d'abord par le concile d'Alexandrie, lequel fut ensuite approuvé par un second œcuménique; par le second concile de Nicée} septième œcuménique (act. 6. tom. 5 in fin.), où on condamna comme erronée celte proposition , que dans ^eucharistie il n'y a que la figure du corps de Jésus-Christ. En voici les termes : « Dixit: accipite, édile, hoc est »

corpus meum... Non autem dixit : sumite, édite ima-» ginem corptuis mei. » Par le concile de Rome, sous Grégoire VII, en 4079, où Béuenger fit son abjuration el sa profession de foi, cqnfessanl que, par la consécration, le pain el le vin se changeaient substantiellement au corps

576 TRAITé

et au sang de Jésus-Christ. Par le quatrième concile de La-iran, sous Innocent III, en 1215, dont le premier chapitre poite : « Credimus corpus et sanguinem Christi sub spe-» ciebus panis et vini veraciter contineri, Iransubstantia-» lis pane in corpus, et vino in sanguinem ; » par le con-cile de Florence (in Docl. de Sacr.) au quatrième chapitre, où il est dit : « Substantiam panis in corpus Christi con-» vcrli, etc; » et finalement par le concile de Trente, dans le premier canon de la vingt-troisième session, où on lit : « Si quis negaverit in sanctissima; eucharistiae sacra-» mento contineri vere, realiter, et substantialiter corpus » et sanguinem una cum anima, et divinitate Domini nos-» lii Jesu Christi, ac proinde totum Christum ; sed dixerit » tantummodo essein eo, ut in signo, vel figura, aut vir-» lule : anathema sit. » In signo, comme disait Zwingle; in figura, comme disait OEcoIampade; in virtute, comme disait Calvin, qui avançait que le corps de Jésus-Christ était dans l'eucharistie, en iant qu'elle avait (ainsi qu'il disait) la verlu de nous faire communier au corps de Jé-sus-Christ.

XXIII. Dans le deuxième chapitre il est parlé de l'amour que nous a montré Jésus-Christ en instituant l'eucharis-tie, el des fruits que nos âmes recueillent de ce grand sa-crement : « Salvator noster discessurus ex hoc mundo ad » Patrem sacramentum hoc instituit, in quo divitias di-» vini sui erga homines amoris velut effudit. Sumi autem » voluit tamquam animarum cibum, quo alantur, et con-» Ponentur viventes vita illius qui dixit : Qui manducat » me, et ipse vivet propter me (Jo. vi.); el tanquam an-» lidotum, quo liberemur a culpis quotidianis, et a pec-» calis mortalibus praeservemur. Pignus praeterea id esse

CONTRE LES HéRéTIQUES. 577

» voluit futurae nostrae gloriae, et symbolum illius coipo-» ris, cujus ipse caput existit, et nos membra, etc. »

XXIV. C'est à ce chapitre que correspond le canon 5, par lequel on condamne celle proposition, que le fruilprin-cipal de l'eucharistie est la rémission des péchés, et celle que nous n'en pouvons pas retirer d'autre fruit : « Si quis » dixerit, vel praecipuum fructum sanctissimae eucharis-» tiae esse remissionem peccatorum, vel ex ea non alios » efifectus provenire: anathema sit. »

XXV. Dans le chapitres il est dit que les aulressacremens ne nous confèrent la grâce que quand nous les recevons, mais que l'auteur de toute grâce existe dans l'eucharistie : avant que nous la recevions car son corps vient sous les es-pèces du pain, et son sang sous celles du vin par la force des paroles sacramentelles, et de même son corps sous celles du vin et son sang sous celles du pain , et son ame sur les deux espèces en même lemps, par la force de la con-nexion naturelle qui existe entre les parties de la personne de Jésus-Christ, et enfin sa divinité aussi sous les deux espèces par l'union hyposlalique du Verbe avec le corps et l'ame du Seigneur. D'où Jésus-Christ tout enlfer est con'enu aussi bien sous une seule espèce que sous les deux et dans chaque partie d'elles : « Commune est eu-» charislise cum caeleris sacramentis symbolum esse rei » sacrae ei invisibilis gratiae formam visibilem; verum » illud in ea singulare reperitur, quod reliqua sacra-» menla tunc sanctificandi vim habent, cum quis illis » utitur; ei in eucharistia ipse sanctitatis auctor ante » usum esl ; nondum enim eucharistiam de manu Domini » apostoli susceperant, cum vere ipse affirmaret corpus » suum esse quod praebebat. Ei semper ha c fides in ec-» clesia Dei fuit, statim posl consecrationem verum Do-

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» mini corpus et sanguinem sub panis et vini specieuna » cum ipsius anima et divinitate existere; sed corpus sub »* specie ex vi verborum : ipsum autem corpus-sub specie » vini et sanguinem sub specie panis; animamque sub ulra-» que vi naturalis illius connexionis, et concomitantiae, » qua partes Christi qui resurrexit inlersecopulanlur : di-» vinilatem porro propter illam ejus cum corpore elanima » hypostaticam unionem. Quapropter totus Christus sub » panis specie, et sub quavis ipsius speciei parle, totus » idem vini. speciebus, et sub ejus partibus existit. »

XXVI. Acechap. 3 cor. i, correspond le can. 3. « Si quis »

negaverit, in venerabili sacramento eucharistiae sub una » quaque specie, et sub singulis cujusque speciei partibus, «-separatione facta, totum Christum contineri ; anathema

r Sit. »

?????. Dans ce can. 3 , l'évêque de Tuy, Jean Emi-lien fut d'avis que l'on insérât les mots separatione facta, pour établir la doctrine que Jésus-Christ n'était point sous chaque parcelle do l'hostie entière. L'archevêque de Cagliari et quelques autres s'opposèrent à cela, disant qu'en ajoutant ces paroles on arrivait à la réprobation im-plicite de la doctrine contraire. Mais après tout le concile préféra l'addition proposée parce que sans elle la première proposition demeurait réprouvée au lieu qu'en ajoutant ces mots les deux opinions restaient intactes. Il est donc certain que ce n'est pas un point de foi que Jésus-Christ soit tout entier sous chaque partie de l'hostie avant sa division. Soave est néanmoins dans l'erreur en disant, que cette addition étant faite, « il paraissait qu'on en » pouvait conclure que le Seigneur n'était pas tout en-» lier dans chaque partie avant la division. » Car on ne peut en rien inférer sinon que ce n'est point une hérésie

CONTRE BES HéRéTIQUES. 379

de dire que Jésus-Christ n'est pas tout entier dans chaque partie de l'hostie avant la division ; mais ce serait une ineptie de prétendre que ce qui est déclaré n'être pas une hérésie doit être pris comme une vérité certaine et établie.

XXVIII. à ce chap. 3 appartient encore le can. 4: «

Si » quis dixerit, peracta consecraiione, in admirabili eu* » charislise sacramento non esse corpus et sanguinem Do » mini nostri Jesu Christi, sed tanlum in usu , dum su-» milur non aulem anle, vel post, et in hostiis seu par-» libus consecratis, quœ post communionem reservantur, » vel supersunt, non remanere verum corpus Domini : » anathema sit. »

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