Traité contre les protestants (page 11)
XXIX. Ce fut là l'erreur de Luther qui disait que Jé-sus-Chribl n'était pas dans l'eucharistie avant sa récep-tion ni après. Il piétendait, comme il l'écrit à Simon Vuolferin (lib. 3. cap. 1.) que le corps de Jésus-Christ n'était dans l'eucharistie que depuis les première mots du Pater noster qui se dit à la messe pendant tout 1? temps que les fideles peuvent communier actuellement. Mais on demande à Luther: Si dans cette messe, il ne se présente personif pour communier, ou si quelque accident écarte le fidèle qui en avait le désir, te corps du Seigneur ne demeurerait-il pas dans l'hostie qui n'aurait pas été reçue? C'est donc avec raison que le concile nous enseigne que le corps de Jésus-Christ existe sous les espèces con-sacrées avant leur réception se fondant en cela sur la tradition la plus ancienne de l'église et err même temps sur les paroles mêmes de Jésus-Christ qui en affirmant à ses disciples que ce pain était son corps avant qu'ils l'eussent reçu, nous fait ainsi connaître qu'il est dans l'eu-charistie avant qu'on nse du sacrement. Pierre Soayedit que la raison donnée par le concile dans le Chapitre 3%
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déjà rapporté, ne prouvait pas complètement que Jésus-Christ existait dans le sacrement de l'autel avant la récep-tion du sacrement; car, selon lui, la porreclion efle-même est un acte qui fait partie de la réception de l'eucharistie. On répond qu'il n'est pas vrai que tous les actes qui con-courent àl'usaged'unsacremenlsoientcel usage même; car il peut arriver que la personne qui voulait communier en soit empêchée par quelqu'accidenl; or dans ce cas on ne peut pas dire qu'il ail élé fait usage du sacrement ; et cependant Jésus-Christ existait déjà sous les espèces de l'eucharistie.
XXX. Dans le chap. 4 il est parlé de la Iransubslan-liation, et on y lit que le Seigneur ayant dit que c'était son corps môme qu'il tenait dans ses mains sous l'appa-rence du pain , l'église a toujours cru; et il est aujour-d'hui de nouveau déclaré par le concile que, par la con-sécration, toute la substance du pain cl du vin est con-vertie en celle du corps et du sang de Jésus-Christ: changement que l'église catholique a toujours appelé proprement iransubslantiation. « Quoniam autem Christus » corpus suum id, quod sub specie panis offerebat, vere » esse dixit : ideo persuasum semper in Ecclesia Dei fuit, » idque nunc denuo sancta haec synodus déclarai, percon-» secralionem panis in substantiam corporis Christi, et » vini in substantiam sanguinis ejus : quae conversio pro-» prie a sancta catholica Ecclesia transubstantialio est » appellala. »
XXXI. A ce chap. 4 , répond le can. 2 où il est dit : « Si quis dixerit, in sacrosancto euchorisliae sacramento » remanere substantiam panis et vini una cum corpore * et sanguine Domini nostri Jesu Christi : negaveritque » conversionem totius substantiae panis in corpus, et vini
CONTRE IES HéRéTIQUES. S81
» in sanguinem, manentibus dunlaxat speciebus panis t et vini : quam quidem conversionem catholica Ecclesia » aptissime transubslaniiationem appellat: anaihemasil.»
XXXII. étant certain par les paroles, « hoc est corpus » meum, » que l'eucharistie contient le corps de Jésus-Chrisl, le mol hoc indique toute la substance de la chose présente qui est ici le corps du Seigneur et non la sub-stance du pain, qui existait auparavant sous ces espèces. S'il restait quelque chose de la substance du pain, il ne faudrait pas dire hoc, mais on devrait dire hic, ou seu-lement in hoc. Cela est encore confirmé par les paroles de S. Jean (vi. 52.) : « Panem, quem ego dabo, caro mea » est. » Si la substance du pain était restée sous les es-pèces, Jésus-Chrisl n'aurait pas pu dire que le pain élail sa chair, mais il aurait dû dire que sa chair élail dans le pain.
XXXIII. Mais ici Soave se remet en marche et dil qu'on doil voir une contradiction en ce que le concile avait déclaré d'abord, chap. 1, que la conversion du pain au corps de Jésus-Chrisl pouvait à peine êlre exprimée par des paroles, tandis qu'ensuite, au chap. 4, il esl dil que celle conversion se nomme proprement transubstantiation. Or ajoule-t-il,si celle conversion a une dénomination propre, on ne peut dire qu'elle ne pouvait êlre exprimée. Pala-vicin répond ainsi : L'union du Verbe divin avec l'hu-manité de Jésus-Christ, bien qu'on l'appelle ineffable, est cependant nommée proprement union hypostatiquc. Beaucoup d'épilhèles peuvent êlre justemenl appliquées à un objet bien qu'aucune d'elles ne le définisse assez clairement pour que l'intelligence humaine puisse par-faitement le comprendre. C'est ainsi que la conversion de la substance du pain en celle de Jésus - Christ a pu
être réputée par le concile à peine explicable par fdos paroles, parce que nous ne pouvons comprendre, non plus qu'expliquer, comment ces.subsiances se changeât subitement et totalement l'une dans l'autre el comment les espèces du pain et du vin lestent visibles et tangibles,, avec la substance seule du corps,el du sang du Seigneur qui dans le sacrement n'est ni visible ni tangible. Mais cela ne fait pas pourtant que celle conversion ne puisse être proprement appelée transubstaniiation; car comme on dit transfiguration quand un corps passe d'une figure à une autre, transformation quand une matière quitte une forme pour en prendre une autre, de même on peut bien diie transubstanliation quand une substance se change en une autre el que cependant les espèces de la première demeurent. 11 est permis, suivant Cicéron (lib. 5. De finib. in princ.) d'inventer des mots nouveaux pour exprimer une chose nouvelle el singulière; il doit donc être per-imis et même il est nécessaire à la théologie de le faire, puisqu'elle enseigne les doctrines les plus nouvelles et les plus inconcevables à l'entendement,humain.
XXXIV. Quant à la manière dont s'opère celle tran-substantiation, à savoir si c'est par annihilalion de la sub-slance, ou par adduction, or par l'union aux espèces du corps de Jésus-Christ, disons .avec S. Thomas qu'elle ii'eslnianniliilative, ni adduciive, ni unissant le corps du Sauveur aux espèces, mais qu'elle est reproductive de ce corps, car par les paroles de la consécration le corps de Jésus-Christ se reproduit à l'instant dans l'eucharistie, comme s'il commençait d'être à cet insunt; d'où les saints Pères disent que dans l'eucharistie le corps de Jésus-Christ est presque créé. Ils disent presque parce que, ajoute S. Thomas (111. p. quaesl. 75,a 7.) dans la création ce qui
CONTRE I»ES HéRéTIQUES. 563
n'est rien passe à l'état d'être, tandis que dans l'eucha-ristie la substance du pain se change au corps de Jésus-Christ.
.XXXV. Dans le chap. 5 il est question du culte de latrie
.dont Jésus-Christ doit être honoré dans l'hostie. On y
approuve l'usage de célébrer chaque année la fête de
ce saint mystère et de porter le saint-sacrement dans les
processions pour l'exposer à l'adoration des fidèles, et
leur renouveler la mémoire d'un si grand bienfait : « Ctai-
.» nes fideles pro more in Ecclesia semper recepto lalriœ
» cultum huic sanctissimo sacramento exhibeant, etc.
» Declarat praeterea sancta synodus, pie inductum fuisse,
» ut singulis annis peculiari quadam die hoc venerandum
» sacramentum singulari solemnitate celebraretur, uique
» in processionibus illud per vias circumferretur....cum
» christiani singulari quadam significatione gratos leslen-
» lur animos erga Dominum pro tam divino beneficio,
» quo mortis ejus triumphus repraesentatur, etc. »
.XXXVI..A ce chapitre correspond le can. 6 qui porte : « Si quis dixerit, in sanctae eucharistiae sacramento Chris-» tum Dei Filium non esse cultu latriae, etiam externo, » adorandum; atque ideo nec fesliva celebritate veneran-» dum, neque in processionibus secundum laudabilem »Ecclesiee ritum et consuetudinem solemniter circum-» gestandum vel non publice ut adoretur populo propo-ni» nondum,ejusadoraiores esse idololatras: anathema sit.» XXXVU. Soave dit que dans le concile on taxa d'im-propriété cette expression du passage da chu p. ? où il est dit qu'on doit rendre le culte de lalrie « huic sanctis-» simo sacramento, » attendu que par sacrement on n'en-tend pas la chose contenante. El c'est pour cela, suivant lui, que dans lc can. 6 on a ensuite corrigé la rédaction
584 TRAITE
et exprimé que c'était le Fils de Dieu qui devait être adoré dans ce sacrement. Mais on répond à celle vaine supposition de Soave que les théologiens distinguent trois choses dans les sacremens de la loi nouvelle : sa-cramentum tantum, c'est la chose sacrée, c'est-à-dire le signe visible qui signifie la grâce invisible conférée dans le sacrement et à quoi s'applique proprement le nom de sacrement; res sacramenti, c'est la chose signifiée, l'ef-fet même du sacrement qui dans l'eucharistie est la ré-flection de I'ame; sacramentum et res, c'est, dans l'eucha-ristie, le corps de Jésus-Christ, lequel à la fois est si-gnifié par les espèces et signifie lui-même la grâce qui est conférée à I'ame. Ainsi dans l'eucharistie, le corps de Jésus-Christ n'est point chose distincte du saere-meni, puisque l'eucharistie est un composé du corps de Jésus-Christ et des espèces sacramentelles. Il suf-fit donc d'entendre que le corps du Seigneur fasse par-tie de ce composé pour devoir lui rendre le culte de latrie, de même que bien que l'humanité de Jésus-Christ ne mérite pas pat elle-même un tel culte, puisqu'elle est créée, néanmoins nous ne laissons pas de le rendre à Jésus-Christ, parce qu'il est un composé qui contient encore la divinité. D'ailleurs ce ne sont pas les espèces qu'on adore dans l'eucharistie, mais Jésus-Christ qui est contenu sous ces espèces.
XXXVIII. Dans le chap. 6 on recommande l'usage de conserver le saint-sacrement dans la custode et de le por-ter aux malades: « Consueludo observandi in sacrario » eucharistiam adeo antiqua est, ut eam seculum etiam » Nicaeni concilii agnoverit. Porro deferri ipsam ad in-» firmos... multis in conciliis praeceptum invenitur, ei ve-» iustissimo Ecclesia? more est observatum. Quare sancta
CONTRE LES HéRéTIQUES. 385
» synodus retinendum omnis salutarem hunc et neces-» semini morem statuit. »
XXXIX. A ce chapitre correspond le can. 7 : « Si quis »
dixerit, non licere eucharistiam in sacraria reservari ; » sed statim post consecrationem adstantibus necessario » distribuendam : aut non licere ut illa ad infirmos ho-» norifice deferatur : anathema sit. »
XL. Mais ici les hérétiques se récrient et disent
: Com-ment le corps de Jésus-Christ peut-il se muliiplieren tant de lieux où le sacrement se conserve? II faut se rappeler ce qu'a dit le concile dans son chap. 1, savoir que Jésus-Christ était aux cieux selon le mode naturel, et que sur la terre, dans l'eucharistie; était sa substance, selon le mode sacramentel ; mode que nous ne pouvons com-prendre ni exprimer, mais que nous devons croire pos-sible et vrai parce qu'il nous l'a révélé lui-même. Le corps de Jésus-Christ, comme nous l'avons déjà dit, est présent dans l'eucharistie par la conversion du pain en la substance du corps de Jésus-Christ; d'où il suit que comme les conversions du pain en une aulre substance peuvent se multiplier par milliers, elles peuvent égale-ment se faire en la substance du corps de Jèsus-Christ et par milliers sans que Jésus-Christ se multiplie. Une seule voix, sans se multiplier, frappe en même temps les oreilles de tous ceux qui l'entendent. Le soleil, sans se multi-plier, se réfléchit sous les yeux de tous ceux qui le re-gardent. Et de même le corps du Seigneur, sans se multi-plier, peut se trouver sous toutes les espèces du pain qui sont consacrées. Ce mode sans contredit est miraculeux et peu compréhensible pour nous ; mais c'est là l'œuvre de la foi de nous faire croire les choses que nous ne pouvons arriver à comprendre.
xix. 25
386
XLI. Le chapitre 7 exprime l'obligation, pour celui qui veut communier, de se confesser s'il se sent coupable de péché mortel, en conformité du précepte de S. Paul: « Probet autem seipsum homo : » précepte que le concile déclare devoir être également observé par les prêtres à moins qu'un cas de nécessité ne les force à célébrer, et qu'il leur manque un confesseur, mais alors ils doivent le faire le plus tôt possible après la célébration : « Gom-» municare volenti revocandum est in memoriam prae-» ceplum : probet seipsum homo (I. Cor. i.); ecclesiastica » autem consuetudo declarat, eam probationem necessa-» riam esse, ut nullus sibi conscius mortalis peccati, » quantumvis contritus, absque praemissa sacramentali » confessione ad eucharistiam accedere debeat. Quod » eliam a sacerdotibus servandum est, modo non desit » illis copia confessoris. Quod si necessitate urgente sa-» cerdos absque praevia confessione eelebraverii, quam » primum confiteatur. »
XLII. A ce chapitre correspond le canon 11 : « Si quis »
dixerit, solam fidem esse sufficientem praeparationem » ad sumendum sanctissimum eucharistiae sacramentum: 9 anathema sit. »
XLIII. Ceci condamne l'erreur de Luther qui disait que-la seule manducation spirituelle donnait la vie; et que ce don de vie n'élait pas le fruit de l'application du sacrement, mais de la foi de celui qui le recevait. Mais cela est faux; car les sacremens confèrent la grâce par eux-mêmes au moyen de leur application extérieure, comme l'apôtre le dit en parlant du baptême. (Ephes. 5.) 11 est vrai que la foi est aussi nécessaire pour obtenir la vie par la réception de l'eucharislie, mais elle est néces-saire comme disposition non comme cause de la grâce,
CONTRE LES HéRéTIQUES. 387
puisque le sacrement est par soi toujours efficace, sui-vant ces paroles du même canon: « El ne tantum sacra-» mentum indigne sumatur, statuit atque declarat ipsa » sancta synodus, illis quos conscientiae peccati morla-» Iis gravat quantumcumque etiam se contritos exisli-» menl, habita copia confessoris, necessario praemitien-» dam esse confessionem sacramentalem. Si quis autem » contrarium docere, praedicare, vel pertinaciter asse » rere, seu etiam publice disputando defendere praesump-» serit, eo ipse excommunicatus existât. »
XLIV. Plusieurs difficultés furent soulevées dans le concile à l'occasion de ce canon. A l'égard des paroles, habita copia confessoris, il y avait d'abord sacerduiis, on mit ensuite confessoris pour ne pas donner à entendre qu'il fût d'obligation de se confesser à tout prêtre, encore qu'il n'eût pas le pouvoir d'absoudre. D'autres mirent en doute l'obligation de la confession imposée par le concile, disant qu'il suffisait de la contrition jointe au désir de se confesser en son temps. D'autres enfin, et parmi eux était Melchior Canus, déclaraient qu'ils n'approuvaient pas l'opinion de Cajetan, Paludanus, Richard et autres qui niaient la nécessité de la confession , car le contraire se démontrait par la tradition de l'église, comme on le voit dans Hugaes, Eusèbe, Nicéphore et S. Cyprien; d'où ils estimaient que cette opinion devait être rejetée comme erronée, sans pourtant être condamnée comme hérétique. Ce qui fut fait ainsi : on déclara que la con-fession devait précéder la communion ; mais on ne con-damna point comme hérésie l'opinion opposée.
XLV. Dans le chapitre 8 on distingue trois manières de faire usage de l'eucharistie : l'usage purement sacra-mentel , quand on communie en état de péché; celui pu-
25.
388 TRAITE
rement spirituel, quand on communie par la foi seule' sans réception réelle du sacrement ; enfin le sacramentel uni au spirituel, c'est celui d'une communion faite avec les dispositions voulues. Ensuite on déclara que la cou-tume perpéluelle de l'église a été que les laïques commu-niassent de la main des prêtres et les pvêttes de la leur propre : « Quoad usum recte patres nostri tres rationes hoc » sacramentum accipiendi distinxerunt; quosdam enim » docuerunt sacramentaliter dunlaxal id sumere, ut pec-» catores : alios tantum spiritualiter ; qui voto illum cœ-» leslem panem edentes fide, quae per dilectionem opera-» tur, fructum ejus sentiunt : tertios sacramentaliter simul » et spiritualiter ; hi autem sunt, qui se prius ita pro-»bant, et instruunt, ut veste nuptiali induti ad hanc » mensam accedant. Semper autem in Ecclesia Dei mos » fuit, ut laici a sacerdotibus communionem acciperent ; » sacerdotes aulem celebrantes sa'psos communicarent : » qui mos ex traditione apostolica descendens, merito » retineri debet, tlc. »
A ce chapitre correspond le can. 40 : « Si quis dixerit, » non licere sacerdoti celebranti seipsum communicare : » Anathema"sit. »
XLVI. Dans le can. 9 qui précède celui-ci, l'analhème fut prononcé conlre celui qui nierait l'obligation pour tout fidèle de communier chaque année au moins à Pâ-ques, suivant le chap. : « Omnis utriusque sexus xn de pœnil et rem. » D'après lequel le concile dit : « Si quis ne-» gaverit omnes ei singulos Christi fideles utriusque »Sexus, cum ad annos discretionis pervenerint, teneri » singulis annis saltem in Paschale ad communicandum » juxia pra ceplum sancue malris Ecclesiae anathema sit. »
\LV1I. Soave rapporte qu'un des théologiens du con-
CONTRE LES HéRéTIQUES. 389
cile s'opposait à ce qu'on déclarât de foi cette obligation de communier à Pâques, car c'était, suivant lui, chose élrange que de déclarer de foi une prescription de l'église. Mais voici réellement ce qui se passa : quelqu'un dit que la condamnation de la proposition opposée au canon devait être accompagnée de l'explication que ce précepte n'était pas divin , mais ecclésiastique. Un autre dil ensuite que la proposition contraire éiaii plutôt schismutique qu'héréliq'ie. Mais enfin lous furent d'accord de pio-noncer l'analhème, et fort justement, dit Palavicin, car de même que celui-là est suspect dans sa foi qui néglige habiiuellemenl d'entendre la messe, ou qui mange de la chaiivle vendredi et le samedi, de même celui qui nie l'obligation d'obéir au précepte de l'église de communier chaque année est suspect aussi ; car par-là on doit présu-mer qu'il ne croit pas que l'église ail reçu le pouvoir d'établir de pareils commandemens, pendant qu'il est certain, comme on le prouve pai l'écriture et les tradi-tions apostoliques, que Dieu lui-même a donné à l'église le pouvoir d'ordonner tout ce qu'elle juge en quelque sorte nécessaire pour acquérir le salut éternel.
590 TRAITé
XIV SESSION.
Du sacrement de pénitence.
, I. Dans le chap. 4 on traite de la nécessité et de l'in-stitution du sacrement de pénitence; il y est dit que la pénitence a toujours été nécessaire à ceux qui sont tom-bés dans une faute grave ; mais qu'elle ne fut élevée à la dignité de sacrement que quand Jésus-Christ ressuscité eut dit à ses disciples en leur donnant le Saint-Esprit : Recevez le Saint-Esprit; les péchés seront remis à ceux à qui vous les remettrez; ils seront retenus à ceux à qui vous les retiendrez. D'où les Pères d'un accord unanime ont toujours entendu que l'église avait reçu le pouvoir de remettre ou de retenir les péchés : c'est pourquoi le con-cile condamne ceux qui torturent le sens de ces paroles pour leur faire signifier le pouvoir de prêcher l'évangile. II. C'est une erreur de dire que les novatiens et les mon-tanisles niaient l'existence du sacrement de pénitence-Us disaient seulement que l'église n'avait pas le pouvoir d'absoudre certains péchés trop énormes. Luther cepen-dant, Zwingle et Calvin rejetèrent totalement ce sacre-ment; car bien qu'ils reconnussent la réalité d'une ré-conciliation pour ceux qui étaient tombés en faute depuis le baptême, néanmoins ils niaient que les prêtres eussent le pouvoir de remettre les péchés. Luther, dans son livre De captiv. Babyl., admit d'abord trois sacremens : « Tan-* ium tria protempore ponenda, baptismus, poenitentia » et panis. » Mais plus loin dans le même ouvrage il
CONTRE LES HéRéTIQUES. 391
ramène la pénitence au baptême, et des trois sacremens il n'en fait plus que deux, « baptismum et panem, cum ?, his solis (dit-il) et restitulum divinitus signum et pro-» missionem remissionis peccatorum -videamus, nam » poenitentiae sacramentum signo visibili, et divinitus » instilulo caret. » El cependant dans d'autres livres pos-térieurs et selon la variaiion de ses opinions, il l'admet comme sacrement. Zwingle (lib. de vera et falsarelig. ) le rejelle ioui-à-fait ; et Calvin (lib. 4, insl. cap. 19 15 ) ainsi queBeze (in Conf. fid. c. 7) et tous leurs sectateurs le nient également. Mais les paroles déjà citées : « Accipite » Spirilum Sanctum ; quorum remiseritis, etc. » qu'on lit dans S. Jean, chap. 20, prouvent assez que la pénitence est un sacrement puisqu'on y trouve l'institution divine , la promesse de la grâce et le signe sensible extérieur qui consiste dans les paroles de l'absolution. Voy. Bellarmin , tom. 5. De pœnit, lib. 1- cap. 10.
III. Calvin dit que ces paroles, quorum remiseritis, etc., se rapportent à la rémission des péchés qui s'o-pète lorsque les pécheurs se convertissent par le bap-tême ou la prédication. Nous répondons que Jésus-Christ a donné à ses apôlres le pouvoir de remettre les péchés aux infidèles par le baptême, aux fidèles par la pénitence, et que pariiculièremenl les paroles susdites s'entendent du pouvoir des clefs, qui s'exerce envers les fidèles, comme l'explicfuent S. Chrysostôme, Théo-philacte sur le passage cité et S. Ambroise (lib. 1. De pœnit. cap. 2). Terlullien dit (lib: De pœnil.) que deux portes sont ouvertes au pardon; le baptême et la pénitence. S. Cyprien (ou un autre auteur ancien) dit la même Chose dans le sermon de absolutione. Il en est de même de S. Jérôme (lib. 1. contra Pelag.), de S. Augustin
392 TRAITE
(Epist. 480. ad Honorat.), de S. Chrysoslôme (De sa-cerdot.), de S. Cyrille (lib. 12. in Jo. cap. 56), de S. Léon (Epist. 91. ad Theodor.), de Théodore! (Epist, divin, décret, cap. de pcenit. ) Mais on le voit encore plus clairement dans le décret de Lucius III, ad abolen-dam, extra, de hœret, et par les conciles de Florence et de Trente. De sorte que si celle doctrine n'était pas vraie, toute l'église, pendant tant de siècles, serait restée dans l'erreur, ce qui est impossible, d'après la promesse de Jésus-Christ à son église : « Et portae inferi non prseva-» lebun? adversus eam. (Malth. xvi.)
IV. Calvin objecte encore que les paroles remittuntur eis ne contiennent pas la promesse du pardon, mais seu-lement une excitation à l'espérer : il paile de même du baplême et des autres sacremens. Mais son erreur est grossière, car ces paroles ego te baptizo , ego te absolvo ne peuvenl être plus claires pour signifier la justification et dans le fait elles justifient l'homme qui y est disposé, encore que ces paroles ne soient ni entendues ni com-prises par fui.
V. Ainsi les calvinistes ont écarté totalement le sacrement de la pénitence. Les luthériens ne l'ont pas rejeté en tout, mais l'ont tellement altéré et interprète qu'à peine lui ont-ils laissé son nom; et cela parce qu'ils n'ont plus seulement parmi eux de prêlres Iégilimes, mais encore parce qu'ils prétendent que Jésus-Christ n'a donné d'autre pouvoir à ses apôtres et à leurs disciples que celui d'annoncer par la prédication la divine promesse de pardonner aux pé-cheurs et de déclarer ensuite dans le sacrement de péni-tence la rémission déjà opérée par les mérites du Sauveur. Chose d'ailleurs que non-seulement les prêtres pourront faire, mais encore les laïques, les femmes et les infidèles.
CONTRE LES HéRéTIQUES. 393
16. c. 4.) enseigne que Jésus-Christ a transmis aux prêtres le véritable pouvoir judiciaire d'absoudre ou de retenir les péchés, « quorum remiseritis peccata, etc. « Quorum retinueritis, etc. » (Malth. xvin.), il n'a pas dit : « Quibus denunliaveritis peccata esse remissa, etc. » H est vrai que si le confesseur manque au pécheur contrit, il lui suffira pour être absous du désir de l'absolution sacramentelle, désir qui accompagne la contrition ; mais pour la rémission des péchés commis depuis le baptême, l'absolution est toujours nécessaire « vel in re, vel in volo ; » et le prêtre, en absolvant, remet véritablement les péchés, comme vicaire de Jésus-Christ, et en vertu du pouvoir à lui donné par Jésus-Christ lui-même (qui est celui qui absout en chef), commel'écril S. Ambroise (lib. 2. de Pœnil. cap. 2.): « Impossibile videbatur per poenitentiam » peccata dimitti; concessit hoc Chrisius apostolis suis, » quod ab apostolis ad sacerdotes transmissum est. »
VU. Chemnice oppose que dans la pénitence on ne trouve point la matière, c'est-à-dire l'élément. Nous trai-terons plus amplement ce point quand nous examinerons le chap. 3 où nous parlerons des parties du sacrement de la pénitence. Pour le moment nous répondrons briève-ment à Chemnice que tous les sacremens ne doivent pas avoii le même genre de matière lelle qu'est par exemple l'eau du baptême; il suffit dans les autres sacremens qu'il y ait des signes extérieurs qui représentent leur effet spi-rituel selon la nature de chaque sacrement ; et peu im-porle que ces signes soient perçus par les yeux ou par les oreilles de celui qui reçoit le sacrement. C'est pour-quoi dans la pénitence où le signe extérieur est la confes-sion du pénilenl et l'absolution piononcée par le prêtre,
394 TRAITE
la matière propre du sacrement ne manque point, comme l'écrit S. Augustin (lib. 2. de Doctr. Christi.) Et on ne peut opposer ce que dit le saint docteur dans son qua-Ire-vinglième traité sur S. Jean : « Accedit Verbum ad » elementum et fil sacramentum; » parce que le saint parle là du seul baptême.
VIII. Chemnice objecte de plus que le sacrement de la pénilence n'esl point fondé sur l'autorité des anciens Pères, mais sur le seul usage de la pénitence publique, laquelle se pratiquait anciennement et où la confession était exigée el des peines imposées. Mais qu'importe cela? En accordant que les premières récon-ciliations des pécheurs aienl élé faites par la pénilence publique, pourquoi n'auraient-elles pas élé des sacremens, étant accompagnées de la contrition el de la confession joinie aux paroles de l'absolution donnée par le prêlre?
IX. Aussi le concile dit dans le chap. 1 : Si ea in re-»
generalis omnibus gratitudo erga Deum essei, ut jusii-» liam in baptismo ipsius gratia susceptam, constanter » tuerentur; non fuisset opus aliud ab ipso baptismo » sacramentum ad peccatorum remissionem esse insti-» tulum. Quoniam autem Deus, dives in misericordia, » cognovit figmentum nostrum, illis etiam vitae reme-» dium contulit, qui sese postea in peccati servitutem » tradidissent, sacramentum videlicet poenitentiae, quo » lapsis post baptismum beneficium mortis Christi appli-» catur. Fuit quidem poenitentia universis hominibus, » qui se mortali aliquo peccato inquinassent, quovis » tempore ad gratiam assequendam necessaria illis etiam » qui baptismi sacramento ablui petivissent, ut, perver-y> sitate emendata, tantam Dei offensionem, cum peccali » odio, et pio animi dolore detestarentur... Porro nec
CONTRE VëS HéRéTIQUES. 395
„ ante adventum Christi poenitentia erat sacramentum, » nec est posl adventum illius cuiquam ante baptismum. » Dominus autem sacramentum poenitentiae tunc praeci-» pue instituit, cum a morus excitatus insufflavit in dis-» cipulos suos, dicens: Accipite Spiritum Sanctum, quo-» ium remiseritis peccata remidentur eis; et quorum reti-» nueritis retenta sunt. Quo tam insigni facto, et verbis » tam perspicuispoteslalemremittendieiretinendipeccata, » ad reconciliandos fideles post baptismum lapsos, apos-» tolis et eorum legitimis successoribus fuisse commu-» nicalam, universorum patrum consensus semper intel-» lexil. Et novatianos remiltendi potestatem pertinaciter » negantes » (c'est-à-dire qu'ils niaient seulement la ré-mission de quelques péchés énormes), * magna ratione » Ecclesia catholica tanquam haereticos explosit , at-» que condemnavit. Quare verissimum hunc illorum » verbum Domini sensum sancta haec synodus probans » et recipiens, damnat eorum commentitias inlerprela-» liones, qui verba illa ad potestatem praedicandi verbum » Dei, et Christi Evangelium annuntiandi, contra hujus* » modi sacramenti institutionem, falsa detorquent. »
X. A ce chap. 1 se rapporte le can. i : «
Si quis » dixerit in catholica Ecclesia poenitentiam non esse vere » et proprie sacramentum pio fidelibus quoties posl bap-» tismum in peccata labuntur, ipsi Deo reconciliandis , » a Christo Domino institutum : anathema sit. »
XI. Et le can. 3 qui porte: « Si quis dixerit, verba »
illa Domini Salvatoris : accipite Spiritum Sanctum : » quorum remiseritis peccata, remittuntur eis : et quo-» ium retinueritis, retenta sunt; non esse intelligenda de » potestate remittendi et retinendi peccata in saciamento » poenitentiae, sicut Ecclesia catholica ab initio semper
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» intellexit; detorserit autem contra institutionem hujus » sacramenti, ad auctoritatem praedicandi Evangelium ; » anathema sit. »
XII. Soave fil ici trois objections : la première que les autres sacremens étant tous figurés dans l'ancien Testament c'était chose étrange que Jésus-Christ eût institué celui de la pénitence sans le faire précéder d'aucune figure. Mais S. Jean Chrysoslôme (lib. m. De sacerdot.) y applique justement une figure, très-expresse de l'ancien Testament quand il dit : « 11 n'était permis qu'aux prêtres des Juifs » de guerii la lèpre corporelle; et non-seulement de la » guérir, mais de déclarer qu'elle était guérie en effet; » et non pas seulement la lèpre du corps, mais encore » la souillure do l'arne. » Et celte figure fui rapportée dans le concile même par Jean Fonseca, évêque de Cas-lellamare, quand on agita ce point.
XIII. La seconde objection de Soave est que l'évangile n'exprimait pas formellement les obligations et les actes de ce sacremenl. Mais Palavicin répond que si l'évangile eût exprimé ainsi lous les articles de foi, il y aurait eu bien peu d'hérésies dans le christianisme. II a fallu, lou-chant le mysièrede la Trinité, plusieurs conciles pour dé-mêler dans la foule des discussions quels étaient les vrais dogmes de foi. Cela démontre la nécessité d'avoir recours à la tradition, et surtout au vicaire de Jésus-Christ, qui est l'infaillible interprète de la tradition et de l'écriture.
XIV. La troisième objection de Soave est que la péni-tence ayant élé instituée par les paroles, ceux à qui vous remettrez, la forme aurait dû être plutôt le moi je remets que j'absous. On répond que l'un vaut l'aulre, comme l'explique le cardinal de Lugo (Disp. 2. De pcenil.) ; mais le second a élé prescrit par l'église (et par conséquent le
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prêtre pécherait en s'énonçant différemment), parce que l'église et le concile reconnaissent que ce sacrement n'a pas seulement été institue par les susdites panoles de S. Jean, mais encore par celles de Si Matthieu : « Ce que » vous lierez,.etc., et ce que vous délierez, etc., » aux-quelles convient mieux le mot absoudre, comme expri-mant mieux l'acte judiciaire qu'exerce le confesseur.
Chap. II. —De la différence entre la pénitence tt le baptême.
XV. Le deuxième chapitre traite de la différence du sa-crement de pénitence et de celui du baptême ; la pénitence diffère du baptême et est nécessaire à ceux qui ont péché depuis le baptême. Dans le baptême, la faute et la peine sont remises à la fois; mais dans la pénitence, la faute seule est remise et la peine ne se remet qu'après beaucoup de larmes et de travaux. Voici les paroles du concile : « Cae-» terum hoc sacramentum muliis ralionibus a baplismo » diffère dignoscitur ; nam praeterquam quod maleria, et » forma longissime dissidet, baptismi ministrum judicem » esse non oportere, cum Ecclesia in neminem judicium » exerceat, qui non prius in ipsam per baptismi januam » fuerit ingressus. Quid enim mihi, inquit apostolus, de » iis qui-fons sunt judicare? (I. cor. i. in fin.) Secus est » de domesticis fidei, quos Christus Dominus lavacro » baptismi sui corporis membra semel efficit; nam hos, » si se postea crimine aliquo contaminaverint, non jam » repetito baplismo ablui, cum id in Ecclesia catholica » nulla ratione liceat; sed anle hoc tribunal tanquam » reos sisli voluit; ut per sacerdotum sententiam non se-» mel, sed quoties ab admissis peccatis ad ipsum pœni-» tentes confugerint, possent liberari. Alius est praeterea
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«baptismi, alius poenitentiae fructus; per baptismum » enim Chrislum induentes nova prorsus in illo efficimur » creatura, plenam et integram peccatorum omnium re-? » missionem consequentes : ad quam tamen novitatem » et integritatem per sacramentum poenitentiae sine ma-» gnis nostris fletibus et laboribus, divina id exigente » justitia, pervenire nequaquam possumus: ut merito » poenitentia laboriosus quidam baptismus a sanctis pa-» tribus dictus fuerit. Est autem boc sacramentum pœ-» nilenliae lapsis post baptismum ad salulem necessarium, » ul nondum regeneratis ipse baptismus. »
XVI. A cechap. 2 correspond le can. II OU il est dit : «
Si quis, sacramenta confundens, ipsum baptismum pce-» nilenliae sacramentum esse dixerit, quasi haec duo sa-» cramenla distincta non sint, atque ideo paenitentiam » non recte secundam post naufragium tabulam appel-» lari : anathema sit. »
Chap. III. —Des parties de la pénitence.
XVII. Dans le chap. tioisième on traite des parties et des effets du sacrement de la pénitence, dans laquelle réside toute sa force, consiste dans les paroles du ministre : Ego te absolvo a peccatis tuis, auxquelles louablement on ajoute certaines prières, mais qui ne sont pas nécessaires à l'es* sence de la forme. Il est dit de plus que les actes du pé-nitent, savoir : la contrition, la confession et la satisfac-tion, sont comme la matière de ce sacrement et sont requis par institution divine et pour l'intégrité du sacrement et la pleine rémission des péchés, par quoi elles sont dites parties du sacrement. Du reste, la substance et les effets du sacrement, en ce qui regarde son efficacité, sont la
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réconciliation avec Dieu ; que souvent des hommes pieux, et qui se confessent dévotement, reçoivent avec la plus grande consolation spirituelle. En outre, le concile (sur la fin ) condamne l'erreur de ceux qui disent que les par-ties de la pénitence sont la foi et les terreurs soulevées dans la conscience. Voici les paroles du concile : « Docet » praeterea sancta synodus sacramenti prœnitentiae for-» mam, in qua praecipue ipsius vis sita est, in illis ministri » verbis positam esse, ego te absolvo, etc., quibus quidem » de Ecclesiae sancto more preces quaedam laudabiliter ad-* jungunlur : ad ipsius tamen formae essentiam nequaquam ^.spectant, neque ad ipsius sacramenti administrationem » sunt necessariae. Sunt autem quasi materia hujus sacra-it menti ipsius poenitentis actus, nempe contritio , con-«fessio, et satisfactio. Qui quatenus in poenitente ad » integritatem sacramenti, ad plenamque peccatorum re-» missionem ex Dei institutione requiruntur, hac ratione » poenitentiae partes dicuntur. Sane vero res, et effectus » hujus sacramenti, quantum ad ejus vim et efficaciam » pertinet, reconciliatio est cum Deo : quam interdum in » viris piis, et cum devotione hoc sacramento percipien-» tibus conscientiae pax ac serenitas cum vehementi spi-» ritus consolatione consequi solet. Haec de partibus, et » effectu hujus sacramenti sancta synodus tradens, simul » eorum sententiam damnat, qui poenitentia; partes in-» cussos conscientiae terrores, et fidem esse conten-» dunt. »
XV11I. Au chap. 3 correspond le can. 4 où il est dit : « Si quis negaverit ad integram et perfectam peccatorum » remissionem requiri tres actus in poenitente, quasi » materia sacramenti poenitentiae, videlicet contritionem, » confessionem et satisfactionem, quae tres poenitentiae
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» partes dicuntur; aut dixerit duas (an tu m esse poeni-tentiae paries, terrores scilicet, incussos conscientiae » ngniio peccato, et fidem conceptam ex Evangelio, vel » absolutionem, qua credit quis sibi per Christum remissa » peccata : anathema sit. »
XIX. Luther prétend que les catholiques disent que dans ce sacrement la douleur du péché suffît, sans l'exis-tence de la foi : c'est une erreur; car l'église catholique enseigne qu'il est nécessaire d'avoir la foi que Dieu dans ce sacrement pardonne les péchés par les mérites de Jésus-Christ pour que nous soyons disposés par la con-trition , laquelle ne peut exister sans la foi ; mais non celte fui qu'établit Lulher et qui n'est qu'une hérésie, savoir que le pécheur, pour recevoir son pardon, n'a besoin que de croire fermement que ses péchés lui sont remis; mais nous aurons bientôt à revenir sur ce point. Lulher ne paile pas plus véridiquement lorsqu'il dit que notre église enseigne que nous devons toujours demeurer dans l'inceitilude du pardon e douter si Jésus-Christ est mort pour nos péchés. Non assurément, nous ne douions point que Jésus-Christ soit mort pour nous obtenir le pardon, nous ne douions point que dans le sacrement ce soit en vei tu de ses mérites que nos fautes nous sont remii ses, mais seulement nous demeurons incertains de notre propre disposilion et de ce qu'elle soil telle qu'elle est requise, et pour cela nous disons que c'est une hérésie de piétendre que nous serions pardonnes par cela seul que nous croirions fermement l'être.
XX. Les hérétiques ont avancé trois opinions sur les parties du sacrement de la pénitence. La première est celle de Luther qui dit (lib. contra bull. Antichr.) qu'il n'y a que deux parties dans la pénitence : la contrition
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et la foi. Par contrition il entend les terreurs de la con-science excitées par les menaces dé la loi ; ei par la/oi, il entend la confiance certaine dans la rémission des péchés d'après la promesse faite, dit-il, dans l'évangile, et il n'hésile pas à déclarer hérétique la doctrine des docteurs de Louvain (propos. 27.) qui assignaient la contrition, la con-fession et la satisfaction comme parties du sacrement. L'o-pinion de Luther fut ensuite embrassée parMélanchlon, les cenluriateurs de Magdebourg, Chemnice et autres sectaires.
XXI. La seconde opinion appartient à ceux qui, à la condition et à la foi, joignent une troisième partie, savoir toutes les bonnes œuvres qui se font depuis la jus-tification avec la résolution de s'abstenir du péché et celte partie est appelée par eux nouvelle obédience.
XXII. La troisième opinion est celle de Calvin, lequel,
(Inslit. lib. S. et cap. 358.) d'accord avec Théodore de Bèze, assigne deux parties conslitulives de la pénitence, la mortification, c'est-à-dire l'abstinence des vices, et la vivi' ficalion, savoir l'allention à bien vivre.
XXIII. Sur la première opinion, celle de Luther, nous dirons en premier lieu que la terreur imprimée par la loi ne peut êlre parlie du sacrement : celle terreur, est bien une des choses qui préparent le pécheur à la justi-fication, comme l'enseigne le concile (Session 6. ch. 6.) ; mais elle ne peut êlre une parlie de la pénitence, car la ccnsidération du châtiment n'est point le repentir du péché commis, bien qu'elle y conduise, comme l'écrit l'apôtre: « Gaudeo, non quia contristati eslis, sed quia » contristati eslis ad poenitentiam. » (II. Cor. vn.) Si une telle contrition eût élé la vraie pénitence, S. Paul s'en serait réjoui. D'où S. Chrysoslôme, expliquant le texte cité dit: « Non gaudeo de tristitia, gaudeo de fructu, »
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c'est-à-dire de la pénitence qui suit. II faut ajouter que les craintes du châtiment ne naissent pas du repentir, mais de notre amour pour nous-mêmes qui nous fait redouter le châtiment. Les démons « credunt et contre-» miscunt » (Jac. n.), et combien de pécheurs, tout en vivant mal redoutent le châtiment, et n'en continuent pas moins à mal vivre! Beaucoup au contraire ont le re-pentir du péché, non par considération des peines, mais pour l'amour qu'ils portent à Dieu, comme Jésus-Christ l'a dit de la Magdeleine : « Dimittuntur ei peccata multa, » quoniam dilexit multum. » (Luc. vu.) Si donc la ré-mission des péchés peut avoir lieu sans la terreur, la terreur n'est donc pas une partie de la pénitence.
XXIV. En second lieu la foi du pardon requise par Luther comme étant partie du sacrement est bien une disposition et même nécessaire à la pénitence, mais non proprement une partie de ce sacrement. Les adversaires s'appuyenl sur ce texte : « Poenitentiam agile et credite » Evangelio. » (Marc. 4.) Mais ce texte même leur est contraire, puisque la foi y est distinguée delà pénitence: car il n'est pas dit : Agite credentes, mais : Agite et credite. Les parties de la pénitence sont celles qui naissent par la pénitence elle-même, or la foi ne naît pas de la pénitence, elle la précède. « Crediderunt viri Ninivitae in Deum, et ? praedicaverunt jejunium, et vestiti sunt saccis a majore » usque ad minorem. » (Jon. ??. 5.) Mais comment pour-rions-nous croire que nos péchés nous sont remis sans qu'auparavant nous les ayons détestés? Les saints Pères définissent la pénitence : * Praeterita peccata plangere, » et plangenda non admittere. » (S. Grég. homil. 34.) El S. àmbroise : » Commissa flagitia condemnare. » ( In Psalm. xxvii.) Quand d'ailleurs nous disons que la foi
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est nécessaire pour la rémission des péchés, nous enten-dons parler de la foi catholique laquelle enseigne que Dieu pardonne les péchés par les mérites de Jésus-Christ, comme il est dit au chap. 6 de la sixième session du con-cile; mais non de la foi hérétique, savoir que la foi (ou plutôt la confiance) et croyance assurée du pardon est ce qui justifie, et par conséquent est partie de la pénitence.