Traité contre les protestants (page 21)

Alphonse de Liguori · Doctrine

Texte français, domaine public · Source : jesusmarie.free.fr — Traité contre les protestants · 23 pages

Fiche de l’œuvre dans le savoir

VIII. On objecte en second lieu, qu'en honorant les saints, nous commettons une véritable idolâtrie, puisque notre vénération va jusqu'à leur offrir le sacrifice de la messe. Mais tout cela est faux ; ce n'est qu'à Dieu que nous offrons des messes, comme à notre souverain Sei-gneur. Elles peuvent ensuite lui être offertes dans le but spécial de lui rendre grâce des dons qu'il a faits à ses saints, et à le prier de daigner, par leur intercessi ?, nous ac-corder aussi les grâces que nous desirons. Ht ainsi, bien que beaucoup d'églises et d'autels soient soi s l'invocation d'un saint, ces églises et ces autels n'en so t pas moins érigés en l'honneur de Dieu.

IX. Troisièmement, on objecte que noua rendons à la bienheureuse Vierge l'honneur qui n'est du qu'à Dieu et à Jésus-Christ, puisque nous l'appelons co-réaemptrice, mé-diatrice, et notre espérance. On répond que nous la nom-mons co-rédetnptrice, non parce que Marie a partagé avec Jésus-Christ l'œuvre de la rédemption des hommes, mais parce que, comme l'écrit S. Augustin (lib. de sancta Virginil. c. 6), étant mère de notre chef Jésus-Christ, et ayant coopéré, par sa charité, à'ia naissance spirituelle des fidèles à la grâce dans le sein de l'église, elle est devenue aussi notre mère, et un chef dont nous sommes les membres : « Sed plane mater membrorum ejus (quae » nos sumus) quia cooperata est charilate, ul fideles in » Ecclesia nascerentur, qua illius capitis membra sunt. » étant mère selon la chair du Sauveur, elle est devenue aussi la mère spirituelle de tous les fidèlep. Dans (ouïe sa

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vie, celle vierge sublime, par sa charité envers les hom-mes, coopéra à leur salut, spécialement quand, sur le calvaire, elle offrit pour nous la vie de son fils au Père éternel. Nous l'appelons encore médiatrice, non de justice, mais de grâce, Jésus-Christ étant seul médiateur de jus-tice, comme ayant seul, par ses mérites, obtenu la ré-conciliation de Dieu avec les hommes. Marie est média-trice de grâce auprès de Dieu, comme le sont aussi tous les saints ; mais plus puissante que les saints, dont les prières ne sont que des supplications de serviteurs, tandis que les prières de Marie sont les prières d'une mère, qui ne sont jamais repoussées, comme le dit S. Bernard : « Quaeramus gratiam et per Mariam quaeramus, quia ma-» 1er est, et fruslari non potest. » Aussi, S. Pierre Da-micns lui dit-il: «Domina, nihil tibi impossibile', cui » possibile est etiam desperalosad spem salutis relcvare; » nam filius nihil negans honorat. » Et c'est dans le même sens qu'il faut entendre ces autres paroles que lui adresse le même saint (et qui font tant d'horreur au calviniste Picenin): «Accedis ad illud commune propitiatorium, » Domina, non ancilla : imperans,' non rogans.

X. Quatrièmement, on objecte que les saints ne doi-vent pas recevoir le culte de dulie que nous leur rendons, parce que nous ne sommes pas serviteurs des saints, mais co-servifeurs avec eux. On répond que nous ne sommes les serviteurs que de Dieu, notre souverain Seigneur; mais, impaifailemenl parlant, nous pouvons bien noi'S dire les serviteurs des saints, à raison de leur excellence pure de toute tache, et plus encore à raison du royaume céleste qu'ils possèdent et posséderont éternellement; tan-dis que nous, sur cette (erre, nous ne sommes point exempts de péchés, et n'avons pas la certitude de nous

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voir au nombre des bienheureux. C'est donc justement que nous honorons les saints du culte de dulie.

XI. Vigilance, et après lui Wicleff, oni dit que l'invo-cation des saints était une chose vaine et inutile; mais le concile de Trente, dans son décret rapporté plus haut, ordonne aux évêques d'enseigner le contraire ; savoir : « Sanclos una cum Chrislo regnantes orationes suas pio » hominibus Deo offerre ; bonum atque utile esse eos sup-» pliciter invocare. » Si c'est chose utile que de recom-mander sans cesse les fidèles vi vans aux prières des autres fidèles, à plus forte raison nous sera-t-il avantageux d'in-voquer les saints, afin qu'ils nous aident de leurs puis-santes prières. S. Paul se recommandait aux prières de ses disciples : « Orationi instate orantes simul et pio no-» bis.» (Coloss. iv. 2.) Et ailleurs, il écrit aux Romains: « Obsecro vos, fratres...., utadjuvetis me in orationibus » pro me apud Deum. » (Rom. xv. 30.) Dieu lui-même exhorte les amis de Job à recourir à ses prières, par les-quelles il leur promet d'user envers eux de miséricorde : « Ile ad servum meum Job. Job autem servus meus ora-» bit pro vobis ; faciem ejus suspiciant ut non vobis im-» pulelur stullilia.» (Job. XLH. 8.) Or; si les prières des vi-vans, dit S. Jérôme, peuvent nous obtenir les grâces di-vines , auront-elles moins de valeur lorsque ceux-ci auront été appelés à régner avec le Christ : « Moyses sexcenlis mil-» libus impetrat a Deo veniam ; et Stephanus pro pecca-» toribus veniam deprecatur : postquam cum Chrislo esse » cœperinl, minus valebunt? (S. Hiéron. contra vigilant.)» Lomer, luthérien, dit que nous invoquons les saints, non

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seulement comme intercédant, mais aussi comme nous aidant. Mais qu'importe? les saints nous aident, non par leur propre vertu, mais par leur intercession, au moyen de laquelle nous recevons les grâces divines.

XII. On lit dans Jêrémie : « Si steterim Moyses et Sa-» muel coram me, non est anima raea ad populum isluin. » (Jerem. xv. 1.) Si Moïse et Samuel prièrent pour le peu-ple et si le Seigneur les exauça, comment les hérétiques peuvent-ils dire que nous n'avons dans l'écriture aucun document qui prouve que les saints déjà moris prient pour les vivans

1 Judas Macchabée aperçut dans une vision le pontife Onias et le prophète Jérémie qui priaient pour les Juifs, comme on le lit dans le lib.2. Macchab.A cela Calvin n'a su répondre que par l'assertion que ce livre des Mac-chabées n'est point canonique. Les hérétiques disent bien que les anges et les saints prient pour nous, mais d'une manière générale. Gependanl le conlraire est prouvé dans Tobie au chap. 12, dans Daniel au chap. 10, dans S. Matthieu au chap. 18, et dans l'Apocalypse au ch, 8, où on lit que les anges et les saints ont prié pour des hommes en particulier.

XIII. Qu'ensuite l'invocalion des saints soit confirmée par la tradition, cela se prouve par l'autorité des saints Pères. S. Ambroise (in precal. 2. praepar. ad missam. ) dit : « Ut efficax mea sit deprecatio, beatae Mariae virginis » suffragium peto, quam tanti meriti esse fecisti, etc., » apostoloium intercessionem imploro, etc. » S. Chrysos tome dans sa liturgie invoque souvent les prières de la bienheureuse Vierge et des autres saints. S. Augustin dans ses méditations, cap. 40, fait celle prière : « Sancia el » immaculata Virgo Dei genitrix Maria, inlervenire pio » me digneris. Sancte Michael, sancte Gabriel, sanctis

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» simichori angelorum, atque patriarcharum, apostolo-»

ium, martytum, confessorum, etc., per illum qui vos » elegit, vos rogare praesumo, ut pro me supplicare di-» gnemini, etc. » Pareille chose se lit dans S. Athanase, S. Cyprien, S. Hilaire, S. Basile, S. ëpiphane et plu-sieurs autres Pères. En outre, les Pères du concile de Chalcédoine (act. 11.) disaient : * Flavianus posl mortem » vivit, martyr pro nobis orel. » Les Pères du sixième synode disent aussi : « Christianus, solo Deo creatore » suo adorato, invocet sanctos, ut pro se intercedere » apud M. D. dignentur. » On lit encore dans l'Anli-phonaire de Grégoire (lom. 3. fol. 690) : « Sancta Dei » genitrix virgo Maria, ora pro nobis; precibus quoque » apostolorum, martyrum, etc., suppliciter petimus. » De plus, Hincmar écrit que S. Rémi, quand il baptisa Clovis récita les litanies des saints. Picenin blâme nos lita-nies , nos hymnes, nos prières, disant qu'elles s'adressent aux saints, sans nommer Jésus-Christ. Mais il voit bien mal, car toutes ces prières en l'honneur des saints, ou commencent par l'adoration de Dieu, ou finissent par le souhait de gloire à la très-sainte Trinité. Ce qui déplaît en-core à Picenin, c'est que nous répétions si souvent Y Ave Maria, comme si nous voulions faire l'office d'anges en an-nonçant à.la bienheureuse Vierge l'incarnation déjà faite. Mais il est clair que nous ne prétendons pas faire l'office d'anges, ni annoncer à Marie l'incarnation, nous voulons seulement, en lui répétant ce salut qui lui est si cher, obtenir d'elle sa puissante intercession, sachant que toutes les louanges que nous adressons à la Mère remontent au Fils, lequel se plall à ce que nous l'invoquions souvent pour nous accorder ses dons en faveur d'elle.

XIV. S. Augustin (lib. de cura pro mortuis, 16.), par-xix.

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Iant de S. Félix, écrit : « Non solum beneficiorum effec-» tibus, verum etiam ipsis hominum aspectibus con-» fessorem apparuisse Felicem, cum a Barbaris Nola » oppugnaretur, audivimus non incertis Tumoribus, sed » testibus certis. » De semblables exemples d'apparition de saints à ceux qui les invoquaient dévoiemenl et qui en ont obtenu les'grâces qu'ils demandaient sont rapportés par S. Grégoire de Nice, dans la vie de S. Grégoire de Neo-césarée, par Théodorel ( Hist. 1. 5. cap. 24.), par Evodius, par Lucien et par S. Ambroise, écrivant sur la vie de S. Gervais et S. Protais.

XV. Picenin réplique : Vous catholiques, vous adressez vos prières, non à Dieu, mais aux saints, et vous les invoquez comme s'il dépendait d'eux de vous accorder les grâces et le salut éternel. Mais nous savons bien que Dieu seul est le dispensateur des grâces, et nous ne recou-rons aux saints que comme à des intercesseurs qui, principalement par les mérites de Jésus-Christ nous obtiennent ces grâces; c'est ainsi que les saints sont nos médiateurs auprès du principal médiateur qui est Jé-sus-Christ, lequel par ses mérites infinis nous obtient tous les dons que nous recevons ; aussi l'église prie Dieu, non par les saints, mais par Jésus-Christ : « Concede nobis » Deus intercessione S. ?. hoc beneficium per Christum » Dominum nostrum. » Et quand elle prie par les mérites des saints elle enlend que par l'amitié de Dieu qu'ils possè-dent ils sont plus puissans pour nous obtenir les grâces. Quand elle dit : « Sanale mentes languidas, augete nos » virlulibus, » comme on le voit dans l'hymne des apô-tres, elle n'entend point que ce sont les saints eux-mêmes qui peuvent nous guérir de notre tiédeur et accroître en nous les vertus, mais seulement qu'ils peuvent par leurs

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prières nous obtenir ces grâces. S. Paul, parlant de lui-même (Rom. xi. 14.), dit : » Et salvos esse facerem ali-» quos ex illis » 11 dit aussi (I. Cor. ix. 22.) : «Ut omnes » facerem salvos. » Comment les sauver? en les aidant de ses prédications et de ses prières.

XVI. Qu'il soit utile d'invoquer les saints, c'est un dogme de foi, comme nous l'avons vu; mais S. Thomas pose cette question : Si non-seulement nous pouvons, mais si encore nous sommes tenus d'invoquer les saints, leur intercession étant nécessaire à notre salul : « Utrum de-» beamus sanctos orare ad interpellandum pro nobis? » et il répond ainsi : « Ordo est divinitus institutus ia rebus » secundum Dionysium, ut per media ultima reducantui » in Deum. Unde cum sancti, qui sunt in patria , sint » Deo propinquissimi, hoc divinae legis ordo requirit, ut » nos qui manentes in corpore peregrinamur a Domino, » IL eum per. sanctos medios reducamur ; quod quidem » contingit, dum per eos divina bonitas suum effectum » diffundit.. » Puis il ajoute : « Et quia editus noster in » Deum respondere debet processit! bonitatum ipsius ad » nos, sicut mediantibus sanctorum suffragiis Dei bene-» ficia in nos deveniunt, ita oportet nos in Deum reduci, » ut iterato beneficia ejus sumamus mediantibus sanctis. » (S. Thom. in 4. sent. disl. 45. qu. 3. art. 2.) Notez ces paroles : « Sicut mediantibus sanctorum suffragiis Dei be-» neficia in nos deveniunl, ita oportet nos in Deum reduci, » ut iterato beneficia ejus siwnamus mediantibus sanctis. » Ainsi, selon le sainl docteur, l'ordre de la loi divine veut que nous, mortels, par le moyen des saints, nous retournions à Dieu et nous nous sauvions en recevant par leur média-tion les secours nécessaires pour notre salut. Quanta l'ob-jection que se fail S. Thomas (ad primum), savoir, qu'il

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semble superflu de recourir aux sainls, puisque Dieu est infiniment plus qu'eux miséricordieux et disposé à nous exaucer; il répond que le Seigneur dispose ainsi les choses, non certes par défaut de puissance, mais pour conserver l'ordre régulier et qu'il a universellement établi, d'agir par le moyen des cause&secondes : « Non est propter defec-» Ium misericordiae ipsius, sed ut ordo praedictus conser-» velur in rebus. »

4. q. 1.) dit que si Dieu seul doit être prié comme auteur de toute grâce, néanmoins, nous sommes tenus aussi de recourir à l'intercession des saints, pour observer l'ordre établi par le Seigneur pour notre ralut, savoir que les in-férieurs se sauvenien implorant l'aide des supérieurs: « Quia » lege naturali tenentur eum ordinem observare, quem » Deus instituit ; at constituit Deus, ul ad salutem inferio-» res perveniant, implorato superiorum subsidio. »

XVIII. El si cela est vrai pour les sainls, ce l'est bien plus encore quand il s'agit de l'intercession de la mère de Dieu, dont les prières valent certainement auprès de lui plus quo celles de tous les saints; car, dit S. Thomas (epist. 8), les sainls, à proportion de leur metite, pefvenl en sauver beaucoup d'autres; mais Jésus-Christ, et avec lui sa sainte mère, ont mérité celte grâce suprême, de pouvoir sauver tous les hommes : « Magnum est enim in quolibet sancto, ? quando habet tantum de gratia, quod sufficere! ad salu-» tem multorum ; sed quando haberet tantum quod suffi-» ceret ad salutem omnium, hoc est maximum; et hoc est in » Christo et in beata Virgine. » El S. Bernard (serai, in Dom. in fia oct. Assumpt.) s'adressant à Marie, écrit : « Per » te accessum habemus ad fili um, invenliix gratiae, mater

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» salutis, ulperlenossuscipiat, qui perle datus est nobis.» Nous enseignant ainsi que, comme nous avons accès auprès du Père, par le moyen du fils qui est le médiateur de justice, de même nous avons accès auprès du fils, par le moyen de sa more qui esl médiatrice de grâce, et qui, par son intercession, nous obtient les biens que Jésus-Christ nous a mérités.

En conséquence, le même S. Ber-nard (serm. de aquse duel.) dit que Marie a reçu de Dieu deux plénitudes de grâce : la première, dans l'incarnation du Verbe qui s'esl fait homme dans son 3eia ; la seconde, dans l'immensité des grâces que nous recevons par l'inter-cession de celle divine mère. Aussi le saint njoute-l-il : « Totius boni plenitudinem (Deus) posuit in Maria, ut » proinde si quid spei nobis est, si quid gratiae, si quid » salutis, ab ea noverimus redundare, quae ascendit del -» ciis afiluens, hortus deliciarum, ut undique fluant et » effluant aromata ejus, charismata scilicet gratiarum. » En sorle que tout le bien que le Seigneur nous accorde, nous vient par l'intercession de Marie. El pourquoi cela? Parce que Dieu l'a ainsi voulu, répond le même saint : « Sic est voluntas ejus, qui totum nos habeie voluit per » Mariam. » Mais une raison plus spéciale est donnée par S. Augustin qui écrit que Marie est à bon droit appelée notre mère, puisque par sa charité elle a coopéré à ce que nous naissions à la vie de la grâce, nous fidèles, membres de noire chef, Jésus-Christ : « Sed plane matrem membro » rum ejus (quae nos sumus) quia cooperata est charilate, » ut fideles in Ecclesia nascerentur, qui illius capitis » membrasunt. » (S.Aug.l.5.desymb.adcilec.cap.4.) El ainsi, comme Marie a coopéré par sa chaiiié à la nais-sance spirituelle des fidèles, de même Dieu a voulu qu'elle coopérât par son intercession à leur faire ob enir la vie de

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la grâce en ce monde, et la vie de la gloire dans l'autre. C'est pourquoi l'église, en la saluant, la nomme notre vie. notre amour, notre espérance : « Vita, dulcedo et spes » nostra, salve. * Delà, S. Bernard disait en parlant de lui-même {cil. serm. deaquaed. ) : « Filioli, haec peccato-» rum scala, haec maxima mea fiducia, hœc Iota ratio spei » meae. » II l'appelle échelle ; parce que de même qu'en montant à une échelle on ne peut atteindre le troisième échellon qu'en posant le pied d'abordsiir le second, elle second qu'en s'appuyanl sur le premier, de même on ne parvient à Dieu que par le moyen de Jésus-Christ et au Christ que par le moyen de Maiie. Il la nomme ensuite « sa plus grande assurance él tout le fondement de son » espoir, » parce que Dieu (comme il le croil), veut que toutes les grâces qu'il nous dispense passent par la main de Marie. Et enfin, il conclut en disant : « Quae-» ramus gratiam, et per Mariam quaeramus; quia quod » quaerit invenit et frusirari non potest. »

XIX. Les hérétiques objectent premièrement, que les saints dans le ciel n'entendent point nos prières. Voici les paroles de Calvin : « Ils n'ont point les oreilles assez » grandes pour pouvoir nous entendre. » Mais l'écriture nous apprend le contraire; l'ange Raphaël dit à Tobie : * Quando orabas cum lacrymis, ego obtuli orationem » tuam Domino. » (Tob. Xii. 42.) De plus on lit dans Y Apocalypse (c. 5. v. 8.), que vingt-quatre vieillards te-naient « singuli citharas, et phialas aureas plenas odo-» iumentorum quae sunt orationes sanctorum. »llsavaienl des vases pleins de parfums : ces parfums sont nos priè-res qui s'élèvent comme la fumée dé l'encens, dit David (psalm. 140. 2.) : « Dirigatur oratio mea sicut incensum » in conspectu tuo. » Mais ils répliquent que Dieu seul

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connaît nos pensées et nos prières : « Tu nosli solus cor » nostrum. » (111. Regum. 8.) Nous répondons que ï)ieu seul connaît par sa nature nos pensées, mais les saints les connaissent par communication. D'autres veu-lent que les saints n'aient connaissance de nos prières que par la révélation que leur en fait le Seigneur! Mais S. Grégoire soutient que les saints entendent nos prières en Dieu même, qu'ils voient pleinement : « Quia quae » intus omnipotentis Dei claritatem vident, nullo modo » credendum est, quod sit forte aliquid quod ignorent. » Quid est quod ibi nesciant, ubi scientem omnia sciunt? » (S. Grég. Mor. 1. 12. cap. 15. Apud S. Thoni. p. 1. q. 89. a 8.) S. Augustin dit néanmoins que les saints con-naissent plutôt nos prières par le ministère des anges : » Deus omnipotens, qui est ubique praesens, nec concre-» tus nobis, exaud ens martyrum preces per angelica mi-» nisteria usquequaque diffusa, praebet hominibus ista » solatia, quibus inhujus vitae miseria judical esse prae-» benda, et suorum media martyrum, ubi vult quando » vult quomodo vult maximeque per eorum memorias , » quoniam hoc novit expedire nobis ad aedificandam » fidem Christi, pro cujus illi confessione sunt passi, » mirabili atque ineffabi Ii potestate ac bonitate commen-» dat. » (S. Ang. L de cura pro mort. c. 15.)

XX. Deuxièmement, Calvin objecte (lib. 3. cap. 20. instit.)que le troisième concile de Carthage, ch. 23, dé-fend de diriger à l'autel, les prières, à d'autres qu'au Père éternel, et que cela est confirmé par S. Augustin (lib. 22. De civ. Dei, cap. 11,), leqqel dit que les saints ne sont pas invoqués par le prêtre qui sacrifie. On répond que le concile cité ne parle point de l'invocation dessainis, mai» qu'il dit seulement que le prêtre en sacrifiant ne doi

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s'adresser ni à la personne du Fils, ni à celle du Saint-Esprit, mais à celle du Père, comme on le fait aussi à présent : quand on sacrifie c'est toujours à toute la Triniié qu'on sacrifie. Qu'ensuite dans le sacrifice Dieu seul soit invoqué comme celui à qui le sacrifice est offert, cela n'empêche pas qu'on invoque les sainls afin qu'ils prient pour nous , comme l'écrivent S. Augustin (tract. 84 in Joan. etserm. 17.)elS.Cyrille (Calhec.)Eld'ailleursdans les anciennes liturgies et notamment celle de S. Chrysos-tôme, on trouve l'invocation des saints.

XXI. Troisièmement, les hérétiques objectent que le Seigneur est très-prompt à nous exaucer : « Petite et ac-» cipielis : quaerite et invenietis. » Donc, disent-ils, à quoi servent les intercessions des sainls sinon à diminuer notre confiance en Dieu ? Et ils appuient cette réflexion des paroles de S. Chrysoslôme (homil. de profectu evang.) : « Certum non opus tibi patrinis apud Deum.... Seducet » solus sis, omnino tamen voti compos eris. » On répond que, bien que Dieu soit très-prompt à nous exaucer et qu'il n'ait pas besoin pour cela des sainls; néanmoins il est encore plus prompt à exaucer les prières des sainls que les nôtres, à raison de leurs mérites supérieurs : aussi le Sei-gneur dit aux amis de Job : « Et ile ad servum meum Job. » Job autem servus meus orabitpro vobis, etc. »(Job.xxiv.

8. ). D'ailleurs S. Chrysoslôme à l'endroit cité reprend ces riches qui font des aumônes aux pauvres, afin qu'ils prient pour eux, et le saint les avertit qu'il vaul mieux qu'ils prient pour eux-mêmes que par le moyen des pauvres.

XXII. Quatrièmement, on objecte que Jésus-Christ a voulu que nous adressassions nos prières au Père éternel seul : « Sic orabitis : Pater noster, qui es in coelis, etc. » (Matth. vi. 9). Cet argument prouve trop, car si on le pre-

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naît entier, il prouverait que nous ne pouvons pas même invoquer dans nos prières le fils de Dieu ni le Saint-Esprit; mais nul ne prétend cela, pas même les prolestans de Mag-dcjfeourgqui font l'objection. (Centur. 1. lib. 1. cap. 4.)

XXIII. Cinquièmement, on objecte qu'il n'existe aucun précepte de se recommander aux saints , ni aucune pro-messe d'être exaucés de Dieu en recourant à eux. Nous répondrons que s'il n'y a point de précepte, il n'y a pas non plus de défense'de recourir aux saints, défense que font les hérétiques; et bien qu'il n'y ait pas de promesse positive d'être exaucés, nous savons du moins que Dieu lui-même a plusieurs fois exhorté les hommes à recourir à l'intercession de ses serviteurs : et notamment, comme nous l'avons déjà vu lorsqu'il dit aux amis de Job : « Ile » ad servum meum Job. Job aulem servus meus orabit pro » vobis et ego suscipiam faciem ejus.» (Job. cap. ult. ?. 8.).

XXIV. Sixièmement, on objecte que les saints, dans le ciel, ne peuvent plus mériter et par conséquent ne peuvent demander aucune grâce, ni pour eux, ni pour d'autres. Il est vrai qu'ils ne peuvent plus mériter, p; r-e qu'ils sont hors delà voie; mais à cause de leurs mérites pré-cédons , ils peuvent obtenir les grâces que nous demandons à Dieu, par leur médiation. C'est en vain qu'on dirait que le Seigneur les a pleinement récompensés de leurs mé-rites acquis pendant leur séjour sur la terre ; car parmi les rémunérations que Dieu leur dispense, nous compterons celle de pouvoir obtenir pour les fidèïesijui les honorent, ce qu'ils demandent par leur intercession.

XXV. Septièmement, on objecle que l'invocation des saints est une injure faite à Dieu. L'apôtre, dit-on, écrit (Rom. xx. 14.) : « Quomodo ergo invocabunt, in quem » non crediderunt. » Nous ne devons donc invoquer que

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ceux en qui nous croyons : or nous ne croyons qu'en Dieu ; donc, ou nous devons n'invoquer que Dieu seul, ou nous devons croire que les saints sont des dieux. Mais on répond que ce n'esl point faire injure aux monarques que de chercher des intercesseurs auprès d'eux, qu'au con-traire c'est honorer à la fois eux et les intercesseurs. Au-trement, S. Paul aurait fait lui-même injure à Dieu en se recommandant à ses propres disciples comme on le voit en plusieurs endroits de ses épîlres. A'u reste, dans le pas-sage cité, l'apôtre ne dit autre chose sinon que celui-là ne peut invoquer Dieu, qui ne croit pas en lui.

XXVI. Huitièmement, on fait celle objection. S. Paul dit : «

Unus est mediator Dei et hominum, homo Christus » Jésus » (I. Tim. II. 5.). Ainsi, en prenant les saints pour nos médiateurs, au moins faisons-nous injure à Jésus-Christ qui est notre unique médiateur. La réponse est que nous n'entendons pas en invoquant les saints, qu'ils pren-nent la place de Jésus-Christ en intercédant pour nous auprès de Dieu ou môme afin qu'ils aident Jésus-Chrisl à nous obiénir les grâces divines, mais nous les prenons seu-lement comme médiateurs auprès de Jésus-Chrisl, lequel est notre principal et unique médiateur, celui dont les mérites infinis nous procurent les grâces. Nous invoquons seulement les saints comme intercesseurs auprès de Jésus-Christ ou auprès de Dieu, afin que nous puissions plus fa-cilement être exaucés de Dieu par les mérites du Sau-veur. Il y a deux modes de médiation : la première en payant la dette de celui qui devait satisfaire; la seconde en priant le créancier de tenir qu itle ledébiteurde ce qu'il doit. Jésus-Chrisl est notre médiateur suivant le premier mode, ayant par sa mort payé toutes nos dettes ; et c'est en ce sens que l'apôtre dit que notre unique médiateur esl Je-

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sus-Christ, comme on le lit dans la suite du passage : « qui dedit semetipsum redemptionem pio nobis. » Les saints peuvent aussi être nos médiateurs, mais selon le second mode, c'est-à-dire purement médiateurs de grâce, à la diflërence de Jésus-Christ qui est médiateur de jus-tice; car le Père, d'après le pacte fait avec son fils, est tenu de l'exaucer en tout ce qu'il lui demande à raison de ses mérites. D'ailleurs, S. Grégoire de Nazianze n'hé-site pas à appeler les saints martyrs médiateurs enlre nous et Dieu, comme Moïse n'hésita pas à se nommer lui-même médiateur entre les Hébreux et Dieu : « Ego sequester et » medius fui inler Dominum, ei vos, in tempore illo. » (Deuter. ?. ?.) Mais toujours est-il vrai que toutes les grâ-ces que les saints nous obtiennent sont obtenues par la médiation de Jésus-Christ.

XXVII. Neuvièmement, on oppose que le concile de Laodicée inlerdil l'invocation des anges suivant la doctrine de S. Paul, qui écrit : « Nemo vos seducat volens in hu-» mililate et religione angelorum, etc. » (Coloss. ?. 48.) Et ce passage de S. Chrysostôme (nom. 5. in Matth. ) : « Deus salutem nostram non tam aliis pro nobis rogan-» tibus vult donare, quam nobis. » On répond que S. Paul condamne dans le passage cité l'idolâtrie de Simon le magicien, lequel disait que certains anges qui, suivant lui, avaient fabriqué le monde, devaient être adorés comme des dieux inférieurs; c'est ainsi que S. Jérôme et d'autres Pères expliquent ce passage. Quant à S. Chrysos-tôme, il parle de ceux qui, sans prier pour eux-mêmes, veulent se sauver avec les prières des autres ; aussi ce saint ajoute : « Haec dicimus, non ut supplicandum esse sanctis » negemus, sed nedormientes ipsi aliis tantummodo nos-» Ira curanda mandemus. »

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XXVIII. Dixièmement, on oppose ce que dit Jérémie que c'est en Dieu seul, non dans les hommes, que nous devons placer noire espérance, le Seigneur maudissant celui qui se confie à la créature : « Maledictus homo qui » confidit in homine. » (Jérém. XVII. 5.) Nous répondons que nous nous confions uniquement en Dieu comme au-teur de loules les grâces, et en Jésus-Christ comme notre principal médiateur; puis nous nous confions aux saints comme intercesseurs ou seconds médiateurs, dont les prières peuvent, mieux que les nôtres, obtenir les grâces, parce qu'elles sont plus efficaces et plus agréables à Dieu. Cerlainement celui qui met son espérance dans l'homme, indépendamment de Dieu, sera maudit; mais non celui qui, sachant que loules les grâces nous viennent de Dieu, se recommande aux saints, afin d'obtenir, par leur inter-cession , les dons qu'il désire.

XXIX. Les luthériens disent que les reliques des saints doivent êlre traitées avec révérence, mais ne doivent pas recevoir un culte religieux, comme de les baiser, de les porter en procession, de s'agenouiller en leur présence ou de brûler des cierges devant elles. Nous disons qu'il fluit distinguer le culte religieux absolu, qui se rend à cause de l'excellence propre et essentielle, et le aille respectueux, qui se rend à une chose en considération d'une aulre. C'est ce dernier qu'on rend aux reliques par respect pour les saints qu'on vénère en elles. Nous'lisons dans les Actes des Apôtres (c. xix. v. 12.) que les ceintures cl les suaires de S. Paul se poriaient chez les malades pour opérer leur guérison : « Ita ut etiam super languidos deferrentur a

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» corpore ejus sudaria et semicinctia (ceintures étroites) * etrecedebanlab eis languores, et spiritus nequam egre-» diebantur. » Ce qui fait dire à Grotius (adnot. ad art. 20. consult. Cassandr.) que Dieu.lui-même a voulu en cela nous prévenir en honorant "les reliques des saints : « In hac re hominibus Deus ipse prseivit, reliquias sanclo-» rum honorando. » En outre, nous avons dans l'écri-ture (4. Reg. il. 14.) que les eaux du Jourdain respec-tèrent le manteau d'élie : « Et pallio Elise, quod ceciderat » ei percussit aquas, et non sunt divisée. » Or, si le Sei-gneur a voulu que les vciemens de ses saints fussent ho-norés même de la vertu des miracles, combien mieux voudra-l-il que nous honorions les reliques des corps des saints qu'il a revêtus d'unegloire divine? Et il faut noter ici que, d'après lès exemples pris plus haut dans l'écriture, vous vénéforis à juste litre non-seulement les os des saints, mais encore leurs vêlemens, leurs bâtons et autres objets sanctifiés par l'usage qu'ils en ont fait, ou seulement qu'ils ont touchés, commeant les inslrumensdu supplice des martyrs.

XXX. La vénération pour les reliques des saints se prouve par la tradition des Pères. S. Clément (lib. 6. const. apost. cap. 50. ) écrit : « Eorum, qui in Deo vivunt, » nec reliquiae sine honore manent. » S. Chrvsosiôme (hom. 40. in ss. Invent, el Maxim.) « Saepe eos invisa-» mus, capsulam allingamus, magnaque fide reliquias » eorum contingamus, ut inde benedictionem aliquam » assequamur. » S. Augustin (epist. 103. videl. 22. e. 8. de civ. Dei) : « Reliquia beali marlyiis Stephani, quas » non ignorat sanctitas vestra sicut el nos fecimus, quam » convenienter honorare debeatis. » El dans un autre en-droit (lib. 1. de civil. Dei, cap. 13.) il dit que les reli-

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ques des sainls doivent être vénérées comme étant les vases et les instrumens dont l'Esprit saint s'esl servi pour l'œu-vre de sa gloire : « Quibus tanquam organis et vasis ad » omnia bona opera usus est. » S. Jérôme (çpisl. 11. ad Riparium ) : Christianos solum Deum honorare, sed » martyres, et reliquias eorum venerari, quorum honor » ad Dominum redundat, qui dixit : Qui vos suscipit me » suscipit. » Le même saint docteur écrivant contre Vigi-lance, qui appelait les catholiques idolâtres parce qu'ils vénéraient les reliques des saints, comme les gentils véné-raient les idoles : « Idololatras appellat ejus modi homi-» nes ; illud fiebat idolis et ideo detestandum est ; hoc » fit mariyribusel idcirco recipiendum esl. » On retrouve la même opinion dans S. Alhanase, S. Basile, Eusèbe et S. Grégoire deNice, ciléparBellarmin(lib.derelig.etimag. ss.), lequel cite encore à l'appui le deuxième concile de Nicée, le cinquième de Carthage et le troisième de Brague.

XXXI. Dans les premiers siècles, les chrétiens forcés par les gentils s'abstenaient des démonstrations publiques du culte et entr'aulres des marques de vénération pour les reliques; mais les persécutions s'élant apaisées daus le quatrième siècle, on exhuma les premiers les os de S, Etienne qui furent portés en grande vénération par divers lieux où ils opérèrent beaucoup de miracles, comme l'atteste S. Augustin (de civ. Dei. cap. 8.) ; les disciples de S. Polycarpe"donnèrent également leurs soins à recueil-lir les reliques du saint et les conservèrent daivs le lieu spécial ubi docebat, comme on le voit dans la lettre de l'église de Smyrne, qu'on lit dans Eusèbe (hist. lib. 4. cap. 15.)

XXXII. L'hérétique Amesius objecte que Dieu cacha le corps de Moïse afin qu'il ne fût pas honoré par les Juifs.

CONTRE LES HéRéTIQUES.

On répond que cela fut ainsi, parce qu'en ce temps les Juifs étaient très portés à l'idolâtrie d'où, pour qu'ils n'a-dorassent pas les restes de Moïse comme une chose divine, Dieu voulut qu'ils restassent cachés. Du reste, Dieu lui-même, après la captivité de Babylone, illustra les sépulcres d'Isaïe, de Jérémie et d'Ezéchiel, et régla le culle que devaient recevoir leurs restes. Et quand l'écriture dit que le Seigneur « corpus Moysis sepelivit » ; c'est bien nous enseigner que les corps des saints doivent être honorés.

XXXIII. On objecte en second lieu que Jésus-Christ reprit les pharisiens de ce qu'ils ornaienl les sépulcres des sainls : « Yse vobis... qui aedificatis sepuichra prophela-» rum, et ornatis monumenta justorum. » (Malth.xxm. 29.) On répond que Jésus-Chris! reprenait les pharisiens à cause de leur hypocrisie, parce que, se contentam de ces démonstrations extérieures, ils ne pratiquaient point les vertus, et se donnaient par ce culte extérieur une fausse apparence de sainteté.

XXXIV. Amesius objecte encore que la plus grande partie des reliques sont fausses et supposées, et qu'il arrive souvent qu'au lieu des os des sainls on adore les os de voleurs ou de chiens. On répond que d'abord il n'est point vrai que les reliques soient fausses spécialement si ce sont des reliques exposées avec l'autorisation des évê-ques (qui en cela sont très-prudens et éclairés), et le dé-cret du concile dans cette session défend qu'aucune reli-que soit exposée sans cette autorisation. On répond en second lieu que si quelque relique peut être supposée par erreur ou malice, il ne faut pas pour cela refuser d'hono-rer toutes les autres à l'égard desquelles on ne peut avoir aucun soupçon, et enfin si par cas quelque relique n'élait pas vraie, il suffit pour justifier la vénération qu'on lui

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porle, de l'intention qu'on a d'honorerle saïnlàqui on croit qu'elle appartient ; car nous ne vénérons les reliques que sous celte condition tacite, qu'elles soient vraies.

XXXV. Dans les temps les plus rapprochés de nous, le premier qui poursuivit les saintes images fut André Car-lostadt, en l'an 1522, comme l'écrit Jean Coclhée dans la vie de Luther. Garlosladt fui suivi par quelques zuin-gliens et magdebourgeois et par Calvin,» qui, et tous ses sectateurs avec lui, réprouva fortement le culte des images. Mais bien auparavant, en l'an 781, une grande gueire fut faite aux images parles empereurs Léon l'Isaurien et Cons-tantin Copronyme,contrelesquelsensuileon tint leseplième concile ou le deuxième de Nicée (sous le pape Alexandre), lequel ne fut pas d'abord reçu en France, où la doctrine sur ce point n'était pas bien entendue; quand elle le fut mieux, le concile fui accepté et tenu pour œcuménique comme il l'était. Et dans l'Occident, on tint le concile de Rome sous GrégoireII, dans lequel siégèrent mille évêques, et qui pa-reillement condamna l'hérésie des iconoclastes,

XXXVI. Les hérétiques nous condamnent comme ido-lâtres parce que nous vénérons les saintes images, et ne veulent pas distinguer entre l'idole et l'image : l'idole est un simulacre ou image (selon l'écriture ) dans laquelle on adore une fausse divinité; mais l'image sacrée est une re-présentation de l'original qui est directement vénéré : de sorte que l'image est la figure d'un prototype existant; l'i-dole au contraire est la figure d'un prototype ou d'un Dieu qui n'exisle pas. Ainsi le culle rendu à l'image se rap-porte toujours à son prototype, c'en esl comme l'exem-plaire que l'on adore : aussi est-ce à tort que Durand dit

CONTRE LES HéRéTIQUES.

que dans l'image c'est le prototype seul qui doit être ??-néré et non du tout l'image : ce qui est contraire à la doc-trine commune des catholiques, parce que bien que le culte se rende toujours au prototype, on peut étendre sa vénération jusqu'à son image.

XXXVII. Calvin avance que dans les cinq premiers siècles de l'église l'usage des images fut inconnu. Mais il est démenti par Terlullien, qui (lib. de pudicil.) atteste en deux endroits que sur les calices des églises catholiques était empreinte la figure de Jésus-Christ, sous la forme d'un pasteur portant une brebis sur les épaulés. Le culte des images se prouve ensuite par la tradition apostolique et par Ja pratique perpétuelle de l'église, comme l'atteste le septième concile dans les actes 2 et S, et dans le septième oùilfaitcelledéclaralion* Nossanctissimorum patrum doc-» trinae insislentes, et catholicae Ecclesiae, in qua sanctus » Spiritus inhabitat, traditionem observantes, definimus, » venerandas, et sanctorum imagines in templis Dei col-» locandas tum parietibus et tabulis j tumin aedibus pri-» valis, in viis publicis, etc., quo omnes illis honorariam » adorationem exhibeant, non veram lalriam ; imaginis » enim in proiolypum redundat. Sic disciplina vel tra-» ditio catholicae Ecclesiae, quos a finibus usque ad fines » Evangelium suscipit. » De plus, dans ce même concile, acte 6, on lil que S. Epiphane, qui vivait dans le cinquième siècle, disait : « Usque adeo venerandarum imaginum ob. » servalio in Ecclesia obtinuit, ut ab eo haec usque lem-» pora recepta fuerit. » Etsi, selon la règle de S. Augus-tin dont nous avons parlé, les usages dont on ignore l'auteur, doivent être supposés de tradition apostolique; cela peut bien être appliqué à la vénération pour les saintes images. S. Basile confirme celle vérité (in Julianum) : xix.

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« Historia simaginum illorum (apostolorum ei martyrum) » et palamadoro. Hoc enim nobis traditum a sanctissimis » apostolis non est prohibendum; sed hi omnibus eccle-» siis nostris horum historias eligimus. » S. Jean Chry-sosiome(tom. 5. in liiurg.) dit : « Sacerdos conversus » ad Christi imaginem inlerduo osiia inflexo capite cum » exclamatione dicit hanc orationem, etc. » Nicéphore (lib. 6. cap. 16.) atteste que S. Luc peignit l'image de la bienheureuse Vierge , et on dit que celte image se voit à Rome dans l'église de Sainle-Marie-Majeure. De plus, S. Alhanase, bibliothécaire de Rome, dans la préface du septième synode écrit ainsi au pape Jean VIII, successeur d'Adiien II : « Quai super venerabilium imaginum ado-» ratione praesens synodus docet, haec et apostolica vestra » sedes, sicut nonnulla scripta innuunl, antiquitus tenuit, » et universalis Ecclesia semper venerata est, et hactenus » veneratur. »

XXXVIII. En confirmation de celle vérité, Sozoïpène

(lib. 5. cap. 20.) el Niçéphore (lib. 10. cap. 50.) écri-vent qu'au temps de Julien l'aposial les chrétiens retirè-rent dans l'église la statue de Jésus-Christ qui était près de Pemade ce qui arriva avant l'an 400. Pareillement, Eusèbe dans la vie de Constantin (lib. 5 el 4. ) écrit que dans les églises bâties par Comianlin dans la Palestine, on voyail plusieurs saintes images tant d'or que d'argent. S. Grégoire de Nazianze (epist. 49. ad Olympium ) se plaint de ce que l'on devait démolir la ville de Césavée, où plusieurs statues avaient été vénérées dans le temps, et il ajoute : « Si statuai deiiciantur, hoc nos excruciat » S. Damase écrit, dans la vie de S. Sylvestre, que Cons-tantin plaça dans l'église deLalran plusieurs statues d'ar-genl du Sauveur, des douze apôtres el des qualre évangé-

CONTRé LES HéRéTIQUES. 659

listes. Dans le septième synode (act. 6.), il est rapporlé que les disciples de S. Epiphane élevèrent un temple sous son invocation et y placèrent sa statue. De plus, Nicé-phore écrit (lib. 14. cap. 2.)que l'impératrice Pulchérie Augusta posa dans le temple qu'elle avait fait bâtir à Conslanlinople l'image de la mère de Dieu que Eudoxie lui avait envoyée de Jérusalem. On raconte encore que notre Sauveur laissa empreinte sa figure sur un linceul et l'envoya au roi Abgar. Plusieurs modernes nient ce fait, mais il est donné pour certain par Damascène (lib. 4. de imagin.)et comme le dit Evagrius, qui aussi le lient pour certain (lib. 4. cap. 26.), le fait fut prouvé par un grand miracle opéré dans Edesse. Théodorel dans son his-toire religieuse, et particulièrement dans la vie de S. Si-meon Stylite, raconte qu'à Rome, dans toutes les bou-tiques, on voyait appendues les images de ce saint

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