Traité contre les protestants (page 22)
XXXIX. Les hérétiques trouvent très-mauvais que nous représentions Dieu et la Trinité sous une forme corporelle. Mais nous savons que Jacob vit sous une pareille forme le Seigneur appuyé au haut de {'échelle par laquelle mon-taient et descendaient les anges : « Et Dominum (vidit) » innixum scalae dicentem sibi : Ego sum Dominus Deus » Abraham, eic. » (Genes. XXYIII. 13.); et dans l'Exode (xxxin. 24.) il est dit : « Tollamque manum meam, et » videbis posteriora mea : faciem autem meam videre non » poteris. » De plus, dans S. Matthieu on lit que lors du baptême de Jésus-Christ par S. Jean, le Saint-Esprit ap-parut sous la forme d'une colombe : « Baptizatus autem » Jésus... et vidit Spiritum Dei descendentem sicut colurn-» bam » (Malth. m. 16.). Le septième synode approuva la représentation du Saint-Esprit sous celle forme de co-lombe. On trouve encore dans Daniel que Dieu est repré-
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sente sous la forme d'un vieillard à cheveux blancs, assis sur son trône : « Antiquus dierum sedens in throno, cujus » vestimentum candidum quasi nix, et capilli quasi lana » munda » (Daniel vu. 9.). De plus, nous voyons que l'Ecriture donne à Dieu des membres humains; or si ??-. criluic attribue ainsi une forme humaine à Dieu, pour-quoi ne fourrait-elle être représentée? Le concile de Trente dans cette session vingl-cinquième a admis les images de Dieu spécialement pour représenter les traits de l'histoire sainte ; mais il veut qu'en môme temps on instruise le peuple à ne pas croire que la divinité puisse réellement être représentée, comme si elle pouvait être vue des yeux du corps : « Quod si aliquando historias, et narrationes » sacrae Scripturae, cum id indoctae plebi expediret, exprimi » et configurari contigerit, doceatur populus non praeterea » divinitatem figurari, quasi corporis oculis conspici, vel » coloribus aut figuris exprimi possit. » Ainsi, lorsque nous représentons la Sainte-Trinité, nous ne prétendons pas offrir l'image de Dieu tel qu'il est, mais nous voulons amener le peuple à la connaissance de Dieu par ces sym-boles analogues.
XL. Quelques-uns pensent que les saintes images doi-vent être honorées du même culle que l'original qu'elles représentent ; qu'ainsi les images de Dieu doivent recevoir le culle de latrie, celles de la bienheureuse Vierge le culle d'hyperdulie, et celles des saints le culle de dulie ; mais la meilleure opinion est celle que partage Bellarmin, savoir, que les images doivent bien recevoir un degré différent de vénération suivant l'original qu'elles représentent ; mais c'est improprement et non proprement (comme on le re-marque dans le septième synode) que celle différence de culle doit être observée (selon la différence de l'priginal),
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de même que l'envoyé d'un roi reçoit les honneurs dus à ce roi, mais improprement. Du reste S. Thomas (II. 2. qu.
81. a 3. ad. 3) résout mieux que tous celte diffi-culté, en disant, selon la première opinion, que le même culte dont on honore Dieu et les sainls, de latrie ou de du-lie, peut bien être rendu à leurs images; mais qu'à l'é-gard des prototypes l'adoration est absolue, et à l'égard des images, seulement relative; ce qui lève tout doute.
LXI. Disons ici quelque chose en particulier du signe de la croix. Certainement les reliques ou parcelles du bois de la vraie croix sur laquelle est mort Jésus-Christ, par le contact qu'elles ont eu avec le corps sacré méritent plus de vénération que les autres reliques; comme aussi l'on doit plus de vénération au signe de la croix (1) qu'aux images des sainis. Mais ici les hérétiques nous attaquent et disent que si l'on doit honorer toute image de la croix parce que Jésus-Christ est mort sur une croix, on devra aussi vénérer toute corde, tout fouet, tout clou, tout sépulcre, parce que le Seigneur fut tourmenté avec des cordes, des fouets et des clous, et qu'un sépulcre reçut son corps. On répond que toutes les cordes, les fouets, les clous et les sépulcres ne sont point faits pour représenter ceux de Je sus-Christ comme sont faites les croix, et par là les croix seules ont la qualité d'images et doivent être vénérées. Dieu lui-même veut que le signe de la croix soit honoré, d'après ce que nous lisons dans S. Matthieu (xxiv. 30) : « Et tunc apparebit signum Filii hominis in cœlo. » Tous les anciens entendent par ce signe du Fils de l'homme, le signe de la croix, contre l'opinion de Calvin ; aussi, dans
(1) On entend ici par signe de Ja croix, non pas seulement celui que l'on fait sur soi avec la main, mais toute image ou «'présen-tation de la croix.
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trois synodes : les sixième, septième et huitième, on dressa des canons spéciaux pour la vénération des croix.
XLII. Mais, réplique-l-on, la croix de Jésus-Christ de* vrait bien plutôt être détestée qu'adorée, puisqu'elle fut l'instrument dé tant de douleurs et d'ignominie. Car, dit-on, un fils se montrerait non respectueux envers son père, mais irreverenti s'il honorait le gibet où son père aurait été supplicié ! On répond que la croix, bien qu'elle fût une ignominie pour Jésus-Christ dans l'intention des Juifs, fut cependant un instrument de triomphe par la rédemplion du monde qui s'opéra sur elle. C'esl pourquoi nous la vénérons avec justice, non comme ignominieuse, mais comme glorieuse pour notre Sauveur. Outre que la croix est devenue glorieuse par le contact de Jésus-Christ. Donc, diront les incrédules, l'âne sur lequel Jésus entra à Jérusalem est aussi devenu glorieux ! S. Aihanase répond : « Non per asinum Christus diabolum devicit -, et dœmO' » nes, neque in eo salutem operatus est, sed in cruce. » (S. Alhan. 1. qusesl. ad Antioch. qu. 1. 5.) On objecte en-core contre les reliques de la croix, que si l'on rassem-blait toutes les parcelles qui en sont éparses sur la terre, on aurait plusieurs fois autant de bois que celui qui com-posait la croix; à ce sujet le cardinal Gotti dit que quel-que nombre de parties que l'on déiache de la croix le bois sacré ne diminue point et là dessus il invoque l'autorité de S. Cyrille de Jérusalem, lequel affirme que ce bois sa-cré : « ad hodiernum diem apud nos apparens, et apud » eos qui secundnm fidem ex eo capientes, hunc univer-» feuin orbem jam repleverunt, » à l'exemple de la multi-plication des pains.
XL1II. Mais à quoi servent les images quand nous avons les originaux. Elles servent à conserver en nous qui som-
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mes guidés par nos sens, la mémoire de Jésus-Christ et des saints, qui nous enseignent les vertus que nous devons pratiquer, et en même temps elles nous rappellent que nous devons les invoquer dans nos besoins. S. Grégoire de Nysse dit, dans son oraison adressée à Théodore, que même les simples peintures appendues aux murailles ne laissent pas, bien que muettes, de parler et de nous être utiles : « Solet enim etiam pictura tacens in pariete loqui, maxi-» meque prodesse. » Mais le concile de Trente (décret, de invocatione sancl. ) démontre bien mieux encore l'utilité des saintes images lorsqu'il dit : « Illud vero diligenter » doceant episcopi, per historias mysteriorum nostra re-» demplionis, picturis vel aliis similitudinibus expressas, .» erudiri ei confirmari populum in articulis fidei corome-» morandis> et assidue recolendis ; tum vero ex omnibus » saevis imaginibus magnum fructum percipi, non solum » quia admonetur populus beneficiorum et munerum, » quse a Christo sibi collata sunt ; sed etiam quia Dei per » sanctos miracula , et salutaria exempla oculis fidelium » subiciuntur, ut pio iis Deo gratias agant, ad sanctorum » imitationem vitam moresque suos componant, exciten-» turque ad adorandum ac diligendum Deum, ac pietatem » colendam. Si quis autem his decretis contrarie do-» cuerit, aut senserit, anathema sit. »
XLIV. On objecte premièrement que l'écriture défend tout culte religieux des images : « Non adorabis ea ei non » coles. » (Deuler. v. 9.) Les mots non adorabis défendent, ajoute-t-on, tout culte extérieur, et par ceux-ci, non cotes, loul culte intérieur. On répond que dans ce passage l'é-criture défend le culte d'idolâtrie que les gentils rendaient aux statues, croyant qu'il existait en elles quelque vertu divine; mais que cela ne s'entend point du culte religieux
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rendu aux saintes images et rapporté aux originaux qu'elles représenlent. Ce fut le grand penchant des Juifs pour l'ido-làlriequi leur fit défendre d'adorer les images; aussi Jo-sephe l'historien écrit que dans ce temple même il n'y avait pas d'images, bien que d'ailleurs on y eut figuré des chérubins vraies images d'anges. Du reste, tout dan-ger d'idolâtrie ayant cessé aujourd'hui, avec lui a cessé le précepte cérémonial donné aux Juifs.
XLV. On objecte en second lieu que l'image étant vé-nérée comme représentant son prototype, on ne peut vé-nérer l'image elle-même. La réponse est que les images sans relation avec les originaux qu'elles représenlent ne méritent certainement aucun honneur, mais elles en mé-iitent par celle relation ; car alors, comme le dit S. Tho-mas (3. p. q. 23. a. 3.), ou l'on adore le prototype de l'image, ou bien celle image pour son prototype, ce qui revient toujours au culte relatif.
XLVI. On oppose troisièmement que dans le concile d'Elvire ( en 305, au can. 26.) il est défendu de placer des tableaux sur les murs des églises. On répond que cette défenseful faite pourplusieursmotifs qui n'existent plus au-jourd'hui ; elle lui faite surtout pour que les gentils ne pen-sassent pas que les chrétiens adoraient les images et simu-lacres, on même pour qu'ils ne profanassent pas les ima-ges sacrées, car, dans ce temps, les persécutions duraient encore, comme on le voit au can. 23 du même concile.
XLVII. On objecte quatrièmement que S. Grégoire, dans une de ses lettres (lib. H. epist. 43. alias 9.) dé-fend l'adoration des images. Mais S. Grégoire parle là de certaines images à qui on rendait un culie supersti-tieux au grand scandale des fidèles, comme on le voit par le texte même de la lettre. Du reste, nous voyons
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que le même S. Grégoire (épître54du liv. 9.) envoya en présent à Secondinus une image du Sauveur, et il dit dans sa lettre qu'il sait bien qu'il ne l'adorerait pas, comme il adorerait Dieu, « sed ob recordationem filii Dei, ul in » ejus amore recalescas. » II envoya de plus au même Secondinus une croix et deux vêlemens ou deux bou-cliers où étaient peintes les images du Sauveur et de la sainte Vierge, et des apôtres S. Pierre et S. Paul.
XLVIII. On objecte cinquièmement que les Juifs, en adorant le veau d'or, et les gentils (comme l'écrit Calvin) en adorant leurs idoles, ne croyaient point que ce fussent là des divinités, mais qu'ils entendaient honorer le vrai Dieu. On répond que les Juifs, comme les gentils, en adorant de fait ces images, ou adoraient de faux dieux ou au moins leur croyaient quelque verlu divine ca-chée, car ils plaçaient leur confiance et leur espoir dans ce bois et dans ces pierres, les prenant pour dernier terme de leur adoration, ce qui était une véritable ido-lâtrie. De là Daniel écrit (v. A.) : « Bibebant vinum et » laudabant deos suos aureos. » David écrit des Juifs : « Et commixti sunt inter gentes.... et servierunt sculp-» lilibus eorum. » (Ps. cv. 35 et 56.) C'est pour cela que Moïse élait toujours sollicité par eux en ces termes : « Fac nobis deos, qui nos praecedant. » (Exod. xxxn. 23.) Jéroboam, pour les détourner du vrai Dieu, érigea deux veaux d'or, et leur dit : « Nolite ultra ascendere in » Jérusalem ; ecce dii tui, Israël, qui le eduxerunt de » terra Jïgypli. » (III. Reg. xn. 28.) De même Aaron parlant du veau d'or, leur adressait ces paroles: « Hi » sunt dii tui qui te eduxerunt de terra iEgypli. » (Exod. xxxn. 4.) Rien de pareil chez les calholiques qui ne croient point à aucune vertu cachée des saintes ima-
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ges ; le culte qu'ils leur rendent étant tout relatif à leurs prototypes : c'est pourquoi la vénération qu'on témoigne pour les images n'est point défendue; mais au contraire agréée par Dieu, ce qui paraît par les nombreux miracles que le Seigneur se complaît à opérer par leur moyen. Dire ensuite que tous ces miracles sont faux, cela ne se peut sans la plus grande témérité.
XLIX. Sixièmement, Calvin fait cette objection : Mais puisque les images n'ont aucune vertu cachée, à quoi sert de recourir à une image plutôt qu'à une autre, si-non à faire de longs pèlerinages. On répond que cela ne vient pas de la vertu particulière de telle ou telle image, mais de la volonté du Seigneur qui se complaît souvent à répandre plus de grâces par le moyen de telle image que de telle autre, selon ses desseins divins; qu'ainsi il inspire aux âmes plus de dévotion pour (elle image que pour une autre.
Des indulgences.
L. Dans celle vingt cinquième session, on fit aussi un décret touchani les indulgences dans lequel on dit que l'église ayant reçu de Jésus-Christ le pouvoir de conférer les indulgences dont l'usage remonte aux plus anciens temps et a été approuvé par les synodes comme éminem-ment salutaire, le concile enseigne et recommande sa conservation et condamne par l'anathème l'assertion que les indulgences sont inutiles ou que l'église n'a pas le pouvoir de les accorder. Il entend cependant qu'il soit fait justice des abus, elc. « Cum potestas conferendi in-» dulgeniias a Christo Ecclesiae concessa sit, atque » hujusmodi potestate divinitus sibi tradita, antiquissi-
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» mis eliam temporibus illa usa fuerit : sacrosancta sy-» nodus indulgentiarum usum, christiano populo maxime » salutarem, sacrorum conciliorum auctoritate probatum, » in Ecclesia retinendum esse docet et praecipit ; eosque » anathemate damnat, qui aut inutiles esse asserunt, vel » eas concedendi in Ecclesiae potestatem esse negant : in » his tamen concedendis moderationem, juxta veterem » et probatam in Ecclesia consuetudinem, adhiberi cupil ; » ne nimia facilitate ecclesiastica disciplina enervetur. » Abusus vero qui in his irrepserunt, et quorum occa-» sione insigne hoc indulgentiarum nomen ab haereticis » blasphematur, emendatos et correctos cupiens praesenti » decreto generaliter stituit, pravos quaestus omnes pio » his consequendis, unde plurima in christiano populo » abusuum causa fluxit, omtiino abolendos esse. Caeleros » vero, qui ex superstitione, ignorantia, irreverentia, aut » aliunde quomodocumque provenerunt, cum ob multi-» plices locorum et provinciarum, apud quas hi com-» mittuntur, corruptelas commode nequeant specialiter » prohiberi, mandat omnibus episcopis ut diligenter » quisque in prima synodo provinciali referat : ut, alio-» rum quoque episcoporum sententia cognita, statim ad » summum romanum pontificem deferantur, cujus auc-» torilale et prudentia, quod universali Ecclesiae expe-» diei, slatueiur : ut ita sanctarum indulgentiarum » munus pie, sancte et incorrupte omnibus fidelibus M dispensetur. »
Lï. Voilà la pierre de scandale, voilà ce qui donna naissance aux premières erreurs et la cause de l'horreur morlelle que Luiher et ses seclaleurs ont gardée pour le seul mot d'indulgence que d'ailleurs ils ont à peine com-pris. Le luthérien Gérard, second ministre des novateurs,
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prétend que nous disons que Jésus-Chvist a satisfait pour nos fautes, mais que pour les peines éternelles et tem-porelles il nous a laissé l'obligation de satisfaire nous-mêmes; qu'ainsi, pour nous exempter de ces peines, nous avons inventé les indulgences par lesquelles (en nous les procurant de Rome à prix d'argent) nous espé-rons que ces peines nous sont remises. On répond que notre Sauveur, bien qu'il ait spécialement salisfail pour nos fautes et pour la peine élernelle qu'elles nous ont méritée, a néanmoins salisfail aussi pour la peine tem-porelle qui nous est due, quoique ordinairement celle satisfaction de Jésus-Christ ne s'applique à la rémission de la peine temporelle, qu'avec concours de notre propre satisfaction ou au moyen des indulgences qui nous sont concédées par le vicaire de Jésus-Christ. Il est ensuite de toute fausseté que les indulgences soient une pure in-vention des catholiques; elles ont été enseignées par Jésus-Christ lui-môme et par l'église, par une constante tradition. II est aussi faux que nous achetions ces indul-gences, car elles sont de fait concédées gratuitement comme tout le monde le sait,
LU. En outre nous disons que, selon la véritable doc-trine enseignée par l'église, les indulgences nous valent la rémission de la peine temporelle qui nous reste à subir pour les péchés qui nous sont remis quant à la faute; et cela se fait par l'applicalion des mérites de Jésus-Christ, dont l'église lient le trésor en dépôt, Jésus-Christ lui-même ayant donné à son vicaire le pouvoir de dispenser les indulgences aux fidèles. Dans ce trésor, il faut aussi compter les mérites des saints, qui, dans celte vie, ont pleinement satisfait pour leurs fautes. Et cela est ainsi, non certes que la satisfaction de Jésus-Chrisl (laquelle fut
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infinie) ne soit suffisante, mais afin que les mérites de ces saints ne restent pas inutiles; et à celle fin Noire-Sei-gneur les reçoit pour salisfaciion aux délies des autres.
LUI. Bellarmin dit (lorn. 2. 1. de Indulg.) que toute bonne œuvre porte en soi le mérite et la salisfaciion. Quant au mérite, nul n'en doute chez les catholiques, car nous voyons dans S. Matlhieu (xxv. 34) que le Seigneur loue lui-même les mériies de ses élus, et les admet à raison de ces mériies à partager son royaume : « Possi-» dele paratum vobis regnum.... Esurivi enim et dedis-» tis mihi manducare, etc. » Et S. Paul (Rom. II. 6) écrit : « Et qui reddet unicuique secundum opera sua. » Pour ce qui est de la salisfaciion, nous avons ce texte du livre deTobie (rv. 41) : « Eleemosyna ab omni pec-» cato et à morte liberat. » El nous lisons dans l'Ecclé-siastique (ni) : « Sicut aqua exiinguil ignem, ita elee-» mosyna extinguit peccatum. » D'oi|J>. Cyprien a écrit : (serm. de eleem.) : « Eleemosynis, atque operibus juslis, » delictorum flamma sopilur. » S. Thomas enseigne (pag. 1. qu. 21. art. 1) que la juslice commulative est due aux bonnes œuvres salisfacloires, ei la justice dislri-butive aux méritoires. De là, si l'œuvre est méritoire, elle ne peut être appliquée à d'autres ; mais celle applica-tion peut avoir lieu pour l'œuvre de salisfaciion, car un prince peut bien recevoir la satisfaction pour une chose due, de la part d'un autre que le débiteur.
LIV. Il est cerlain, comme le déclare Clément VI dans la conslilutionexlravaganle qui commence par le mol Uni-genitus (de pœnit. el rem.), que l'église possède un trésor infini de satisfaciens venant de Jésus-Christ ; mais qu'elle a encore les salisfaclions surabondantes de la bienheureuse Yierge qui, ayant été exemple de toute faute actuelle,
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comme le croit l'église (sess. 6. can. 13. in Trident.), n'avait pas à satisfaire pour soi ; et enfin la satisfaction des saints, lesquels, comme il a déjà été dit, par les bon-nes œuvres de leur vie, ont satisfait au-delà de la peine due à leurs fautes.
LV. Il est également certain que l'église a le pouvoir d'appliquer ce trésor aux âmes des fidèles. Cela se prouve d'abord par l'article du symbole de la communion des saints , qui démontre que les œuvres de satisfaction de l'un peuvent êlre appliquées à un autre par l'effet de la charité mutuelle, qui forme cette communion des saints. Qu'ensuite les pasleurs de l'Eglise aient le pouvoir d'ap-pliquer aux fidèles les salisfaclions qui forment son tré-sor, cela se déduit du pouvoir des clefs donné à S. Pierre et à ses successeurs, par ces paroles : « Quodcumque » solveris super terram , erit solutum et in coelis. » (Malth. xvi. 19.) Ce qui emporte le pouvoir de délivrer les âmes de tout lien qui les empêche d'entrer dans la gloire des bienheureux. S. Pierre reçut le pouvoir de dé-lier, même dans les cieux ; ce pouvoir comprend donc la rémission, non-seulement de la faute, mais aussi de la peine, dont la satisfaction non encore accomplie empêche l'ame de posséder la gloire. Et c'est là ce qu'opère le bé-néfice des indulgences appliquées aux âmes. La condam-nation, quant à la faute, ne peut être remise sans le sa-cremenl de la pénilence, puisque , pour opérer cette ré-mission , il faut une infusion de la grâce ; mais la ré-mission de la peine peut avoir lieu hors du sacrement, puisqu'elle n'exige pas une grâce nouvelle.
LVI. Quant à l'usage constant dans l'église d'accorder des indulgences, il est prouvé , par l'exemple de ce pé-cheur incestueux de Corinlhe, dont les amis, témoin*
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«
de sa pénitence, prièrent S. Paul de lui remettre la peine méritée. « Ne tristitia absorbeatur. » Et l'apôtre le leur concéda en disant : « Cui autem aliquid donastis et ego; » nam et ego quod donavi, si quid donavi, propter vos ? in persona Christi. » (II. Cor. II. 10.) Ce que l'apôlre appelle un don, nous l'appelons indulgence. S. Gré-goire, dans le septième siècle, cité par S. Thomas (in 4. sent. dist. 20. qu. 1. a 3. q. 2), concéda plusieurs indul-gences nux stations, et S. Léon III, vers l'an 800, comme le rapporte Surins, dans la vie de S. Swibert, et comme l'atteste S. Thomas, à l'endroit cité, en accorda plusieurs autres. Urbain II, suivant S. Antonin, accorda indul-gence plénière à ceux qui parlaient pour la guerre sacrée. Et que l'on ne s'étonne pas si les Pères ne font pas une mention expresse des indulgences : c'est qu'alors on ap-pliquait dans toute leur rigueur les canons pénilentiaux auxquels ensuite, ? cause de la faiblesse humaine, ont succédé de plus nombreuses indulgences.
LVH- Déplus, on lit dans le prem-ier concile de Nicée, au can. 11. alias 12 : « Liceb t episcopo de his aliquid » humanius cogitare. » Le concile établit que les vrais pénilens pourront obtenir des évêques la rémission des peines qu'ils auront encourues. On lit des dispositions pareilles dans le concile d'Ancyre et dans celui de Laodi-cée. En outre, le pape Sergius, qui siégeait en 844, ac-corda d'autres indulgences. Et il ne faut pas croire que les ponlifes établissaient cel usage des indulgences de leur chef et sans exemple précédent. On voit plus tard le con-cile de Clermonl, en 1096, accorder aussi indulgence plénière à tous ceux qui allaient soutenir la guerre sa-crée. Déplus, en 1116, Pascal II, dans le concile général de Lalran, concéda quarante jours d'indulgence à ceux
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qui assistaient à l'assemblée; et dans le concile suivant de Latran, en 1213, Innocent III accorda indulgence plé-nière à tous ceux qui allaient au secours de la ^erre-Sainte ; comme aussi Martin V, dans le concile de Cons-tance, accorda une indulgence plénière, ainsi qu'on le voit dans la seconde Clémentine. Terlullien fait également mention des indulgences, lorsqu'il dit(Iib. ad Martyres): « Quam pacem quidam in Ecclesia non habentes, a » marlyribus in carcere exorare consueverunt. » El S. Cyprien dit (lib. S. ep. 15) : « Poenitenti operanti, ro-» ganli, potest clementer ignoscere, potest in acceptum re » ferre quidquid pio talibus ei petierint martyres et fece-» rint sacerdotes. » Ainsi les évêques appliquaient les mériles des martyrs à la satisfaclion due par les pécheurs pénitens.
LVII1. On objecte premièrement que les mérites de Jésus-Christ et ceux des saints qui sont dans le trésor de l'Eglise ont été déjà suffisamment rémunérés par Dieu. Donc il n'esl d'aucune utilité qu'ils soient dans le trésor des indulgences. La réponse à celle objection a été déjà faite plus haul; c'esl que les œuvres de Jésus-Christ el celles des saints oni été non-seulement méritoires, mais satisfecloires. Aussi bien que comme méritoires elles aient été déjà rémunérées ; néanmoins , quant à leur valeur pour la satisfaction, si elles n'éiaienl appliquées au bé-néfice des pécheurs, elles resteraient inutiles, tant celles de Jésus-Christ que celles des saints qui ont satisfait au-delà de leur peine temporelle : c'esl pourquoi elles s'a-joulent au trésor de l'église, et par le moyen des indul-gences elles sont appliquées aux autres.
L1X. On objecte deuxièmement que (oui péché mortel entraîne un dommage infini pour l'ame qui l'a commis,
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d'où il a fallu, pour que ce péché fût remis, la satisfac-tion infinie de Jésus-Chiist. Si cela était vrai, la passion du Sauveur n'aurait pu satisfaire que pour un seul péché mortel, puisque seul il eût absorbé tous les mérites de Jésus-Christ. Il faut donc répondre que les mérites dé Jésus-Christ étant d'une valeur infinie suffisent à satisfaire pour tous les péchés des hommes, fussent-ils infinis. Aussi S. Jean écrit : « Et ipse est propitiatio pro peccatis nos-» Iris; non pro nostris autem tantum, sed etiam pro totius » mundi. » (I. Jo. ii. 2.) Outre que la vraie doctrine est que le péché mortel est un mal immense ( S. Thomas dit : « Malitiae quasi infinitae, eu égard à la majesté in-finie de Dieu qui est offensé ); mais il n'est pas réellement infini : autrement tous les péchés mortels seraient égale-ment graves, puisque l'infini ne peut croître ni diminuer.
LX. On objecte troisièmement que la satisfaction de Jésus-Christ élant infinie, celles des saints sont inutiles dans le trésor des indulgences. On répond que les satis-factions des saints ne sont point jointes au liésor, parce que celle de Jésus-Christ serait insuffisante, mais que le Seigneur a voulu, afin que ces satisfactions ne restassent pas inutiles, qu'elles concourussent en quelque manière à l'allégement des fidèles. D'autant plus (comme dit Domi-nique Solo in 4. senu dist. 21. q. 1. art. 2.) que les mé-rites de Jésus-Christ, bien qu'infinis, ne s'appliquent aux fidèles que d'une manière finie (modo finito), et qu'ainsi les mérites des saints peuvent trouver place dans les in-dulgences accordées.
LXI. Quatrièmement, on objecte qu'en opérant dç bonnes œuvres, les saints n'ont fait que ce qu'ils de-vaient faire : aussi Jésus-Christ nous dit-il ? « Cum fece-» ïiiis omnia quae piaecepla sunt vobis, dicite : Servi xix. 43
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» inutiles sumus, quod debuimus facere, fecimus. » Ainsi, ajouie-t-on, de ces mériles des sainls, il ne reste rien pour ajouter au trésor et communiquer à d'autres. Nous avons déjà répondu à cela (sess. vi. n. 94. en parlant du mé-rite de nos bonnes œuvres), mais répliquons encore ici que bien que nous soyons tenus d'obéir aux préceptes divins, néanmoins Dieu récompense notre obéissance, et à plus forte raison récompense-t-il les œuvres de suréro-gation auxquelles nous n'étions pas obligés ; d'où vient que quand ces mérites sonl plus que snffisans pour sa-tisfaire à nos propres dettes, l'église les applique au bé-néfice des autres.
LXII. Cinquièmement, on objecte que si les souffran-ces des sainls ont pu satisfaire pour nos fautes, nous pou-vons les appeler nos rédempteurs. Mais on ne saurait parler ainsi, puisque notre seul rédempteur est Jésus-Christ : « Qui factus est nobis sapientia a Deo, et juslitia » et sanctificatio et redemptio. » (I. Cor. i. 32.) Quel-ques-uns ont cru pouvoir répondre que par les indul-gences ce n'était point les satisfactions des sainls qui nous étaient appliquées, mais que Dieu, en leur considé-ration, usait pour nous de miséricorde. Celle proposition, mise en avant par les docteurs de Louvain, fut condamnée parmi plusieurs autres par PieV. Pour nous, nous répon-dons qu'il est hors de doute que Jésus-Christ est noire seul rédempteur, que par ses mérites nous sommes dé-livrés du péché et du démon, en quoi consiste la vérita-ble rédemption. Du reste, il n'est pas inconvenant de dire, que les sainls en quelque façon sont nos rédemp-teurs en tant que par leurs satisfactions surabondantes ils nous relèvent des peines que nous n'avons point en-core payées en expiation de nos faules. En ce sens large,
CONTRE LES HéRéTIQUES.
nous pouvons appeler les saints nos rédempteurs, comme Daniel exhorta Nabuchodonosor à se faire rédempteur de lui-même en expiant ses péchés par des aumônes' : « Peccala tua eleemosynis redime. » (Dan. iv. 24.)
LXI1I. On demande premièrement, si l'mdulg.nce est un paiement ou une simple remise de la délit'. Sur ce point les opinions diffèrent. Mais Bellarmin soutient que l'indulgence est tout ensemble et solution et absolution de la peine due. Son caractère d'absolution résulte du pouvoir d'absoudre donné par Jésus-Christ à ses apôtres en ces termes : « Quodcumque solveritis supir terram, » erit solutum et in coelis. » (Math. x\iu. 18.) Et Alexantire
111 le déchue ainsi dans le chapitre Quod au-tem consuluisti (de poenil. et rem.), où ce pape dii qu'aucun supérieur ne peut accorder des indulgences à d'auires qu'à ses subordonnés, comme un juge ne peut absoudre que ceux qui sonl sous sa juridiction. De même Mar-tin V, dans le concile de Constance, en accordant l'in-dulgence plénière, la nomme absolutionem pknariam; Grégoire VII, dans les concessions d'indulgences, se sert aussi le plus souvent du terme d'absolution. Bellarmin dit encore que, quoique le pape à l'égard des fidèles vi-vans donne les indulgences par mode d'absolution, il pourrait néanmoins les donner aussi par mode désolation, comme il le fait pour les âmes des défunts, pour lesquels l'absolution n'a plus lieu, parce qu'ils ne sont plus sous la juridiction ; d'où vient que le pape leur applique à lilre de solution (suffrage) et compensation de leurs dettes les indulgences tirées du trésor de l'église. Il pourrait agir de même à l'égard des vivans; mais ordinairement cette application se fait par mode de solulion (suffrage) aux défunts, et d'absolution aux fidèles vivans.
45.
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LXIV. On demande deuxièmement qui peut concéder les indulgences?
Pour l'indulgence pleniore, c'esl lu pape seul, « ex pleniludine potestatis, » comme on le voit au chapitre Cum ex eo, (de pœnit. et rem.) Quant aux in-dulgences partielles, dans le même chapitre Cum ex eo, ei dans le chapitre Nostro (eod. lit.), on lit que les évê-ques peuvent donner l'indulgence d'un an à la dédicace de leur église et de quarante jours à son anniversaire, et celle dernière de quarante jours, ils peuvent également l'accorder dans d'autres cas. Voici les larmes du chapitre Cum ex eo : « Hunc quoque dierum numerum (c'est-à-» dire quarante) indulgentiarum lineus praecipimus nio-» derari, quae pro quibuslibet casibus aliquoties conce-» duntur, cum romanus pontifex hoc in talibus mode-» ramen consueverit observare. » El dans le chapitre Nostro, pariant des archevêques, il est dit : « Nostro » postulasti cerlificari responso, utrum per tuam provin-» ciam possis concedere remissionis litteras generales? » Nos igitur, F. -J- breviter respondemus, quod per » provinciam tuam libere potes hujusmodi concedere » litteras, ita tamen, quod statum generalis concilii non » excédas. »
LXV. Si ensuite les évêques peuvent accorder ces in-dulgences par eux-mêmes, de jure divino, ou par conces-sion du pape. Celte question (comme le dit Bellarmin) dépend de celle autre, savoir, si le pouvoir des évêques provient immédiatement de Dieu ou médialemenl par le naoyen du pape : Bellarmin soulient que c'est médiate-ment, mais l'opinion contraire est autant el peut-êlre plus probable. Quelques-uns veulent que le& abbés de couvens aient aussi ce pouvoir, de même que les curés et les confesseurs ; mais communément cela n'est pas ad-
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mis, et dans le chapitre Accedentibus (de excess. prœlat.), il est dit expressément que hors les évêques nul ne peut accorder des indulgences. S. Thomas (in 4. sent. dist. 20. q. 1^ a 4. q. i.) dit qu'il n'y a de véritables prélats que les évêques.
Les réguliers, même dispensés, peuvent bien participer cnx indulgences accordées par les évêques en commun ; mais si les œuvres enjointes ije peuvent s'accorder avec l'observance de leur règle, il leur faut la licence du supérieur régulier, comme le dit S. Thomas. LXVI. Pour la concession des indulgences, il faut une jusle cause, môme quand le pape les accorde ; parce qu'elles dépendent du droit divin. Il n'est pas d'ailleurs nécessaire que les œuvres enjointes pour gagner l'indul-gence égalent la satisfaction due par chacun ; mais il est toujours besoin d'une certaine proportion. Néanmoins S. Thomas (in 4. sent. dist. 20. qu. 1. a. 5. q. 2.), sou-tient avec S. Anlonin, Paludanus, Durand et Turrecre-mala, que toute œuvre enjointe suffit, pour faible qu'elle soit; mais d'autres avec S. BonavenXure veulent une plus grande proportion. Ainsi Gerson, Richard, Ojelan, etc., cités par Bellarmhi, disent que si l'indulgence est majeure et l'œuvre légère, elle ne se gagne pas. Dans le concile de Trente il est dit que les indulgences doivent être ac-cordées selofl l'usage antique où elles étaient rares. Inno-cent III, au chapitre Cum ex eo (de pœnit. et rem.), dit que le pape no doit concéder ordinairement que des in-dulgences d'un an. Bellarmin se range à la seconde opinion ; mais il dit que l'œuvre enjointe qui remplit le but de l'indulgence suffit pour la gagner, encore qu'elle ne soit pas proportionnée, comme il arrive pour l'in-dulgence plénière accordée àceux qui assistent à la cano-nisation des sainls : celte assistance, bien qu'elle ne soit
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pas proportionnée, accomplit la fin de l'indulgence, la-quelle est accordée pour que le peuple en assistant à la canonisation se confirme dans la foi. En outre, quand l'indulgence est accordée à quelqu'un en particulier, il est besoin alors de proportionner l'œuvre enjointe ; mais quand elle est accordée en général, il n'est pas nécessaire que l'œuvre de chacun soit proportionnée à l'indulgence, mais que l'ensemble des œuvres de tous le soit à la fin pour laquelle l'indulgence est accordée. Il n'appartient pas ensuite aux subordonnés de juger de la justice de la cause pour laquelle l'indulgence est ac-cordée, mais chacun doit la présumer juste.
LXVII. II est nécessaire pour gagner l'indulgence que l'œuvre enjointe soit satisfactoire, et que celui qui la reçoit soit en état de grâce. Quelques-uns nient cette der-nière condition, et disent que l'indulgence ne s'appuie pas sur la satisfaction du fidèle, mais sur celle de Jésus-Christ et des saints. Mais Bellarmin, avec plus de raison, l'çxige par le motif que les œuvres d'un ennemi ne peu-vent plaire à Dieu : il en excepte toujours le cas où ^'œu-vre remplit la fin de l'indulgence, comme serait celle accordée aux personnes qui concouraient par leurs au-mônes à l'édification d'une église ou d'un autre saint lieu; mais pour gagner actuellement l'indulgence, il est toujours nécessaire que la personne se mette au moins, après son obtention, en élat de grâce. Quand il est dit dans la formule de l'indulgence, « poenitentibus et con-» fessis, » plusieurs veulent qu'il suffise alors-de la con-trilion ; mais Bellarmin regarde comme plus probable que la confession est nécessaire, et ainsi parlent Cajelan, Navaire et autres. BenoîiXIV (in constil. Inler prseteri-
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los, 3, voyez son Bullaire, lom. 5. p. 140.) averlil pour le jubilé de l'année sainle que par les paroles, « vere poenitentibus et confessis, » on doil enlendre la confession actuelle.
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TRAITE SUPPLEMENTAIRE.
(XVI KT DERNIER. )
De l'obéissance due aux décisions du concile, qui sont celles par conséquent de l'église catholique romaine, hors de laquelle il n'y a point de salut.
I. L'église ne peut être vraie qu'autant qu'elle est une, qu'elle enseigne une seule doctrine, une seule foi. « Una » fides (écrit l'apôlre), unum baptisma , unus Deus. » (Ephes. iv. 5.) Ainsi de toutes les églises qui enseignent des doctrines diverses, puisque la vérité est une, une seule église peut être la vraie, celle hors de laquelle il n'y a point de salut, comme l'écrit Calvin lui-même. Or, pour prouver quelle est cette vraie église sous la loi nou-velle de l'évangile , il faut voir d'abord quelle a été la première église fondée par Jésus-Christ; car celte pre-mière trouvée, on sera forcé de convenir qu'elle est la seule vraie; qu'ayant été d'abord la vraie, elfe a dû tou-jours l'être ; puisqu'à elle seule a été faite par le Sau-veur la promesse que les portes de l'enfer (c'est-à-dire les hérésies ) ne pourraient la renverser, suivant ces pa-roles adressées à S. Pierre : « Tu es Petrus et super hanc » petram aedificabo Ecclesiam meam, et portae inferi non » prœvalebunl adversus eam. » (Matth. xvi. 18.) D'où S. Paul dit, dans son épître à Timothee, que celle Eglise, fondée par Jésus-Christ, esl la colonne et la base de la
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vérité : « Scias quomodo oporteat te in domo Dei conser-» vari, quae est Ecclesia Dei vivi, columna et firmamen-» tum veritatis. » (I. Tim. m. 15.)
II. Voyons donc quelle a été cette première
Eglise fon-dée par Jésus-Christ. Dans toute l'Histoire Sacrée on ne trouve point d'autre Eglise qu'on puisse appeler première que la catholique romaine : et au contraire on y voit que toutes les autres Eglises fausses et hérétiques sont sorties d'elle plus lard et s'en sont séparées. C'est celte Eglise que S. Paul désignait, qui fut propagée par les apôtres et puis gouvernée par les pasteurs, délégués par les apôtres eux-mêmes pour la régir : « Ipse dedit quosdam » quidem apostolos, alios autem pastores... in sedificalio-» nem corporis Christi. » (Ephes. iv. 12.) Or ce caractère ne peut se trouver que dans l'Eglise romaine, dont il est incontestable que les pasteurs descendent par une succes-sion légitime el non interrompue des apôlres à qui Jésus-Christ a promis son assislance jusqu'à la fin du monde : « Et ecce vobiscum sum usque ad consummationem sse-» culi. » (Matlh. XXVIII. 20.) D'où S. Irénée écrit : « Per » Romre fundatam Ecclesiam , quœ habet ab aposiolis » traditionem, et fidem, per successionem episcoporum, » provenienlem usque ad nos, confundimus omnes eos, » qui per ccecitalem, elmalam conscienliam, aliter quam » oportet, colligunt. » (Lib. 3. cap. 4.) El voilà ce qui confirmait S. Augustin dans la ferme croyance que l'E-glise romaine est la vraie Eglise de Jésus-Chrisl. Aussi dit-il (Epist, fundam, e. 4. ?. 5.) : « Tenet me in ipsa » Ecclesia ab ipsa sede Petri, usque ad praesentem epis-» copalum, successio sacerdotum. »
III. Cette vérilé que l'Eglise catholique romaine est la première.fondée par Jésus-Christ, n'est pas même niée
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par les hérétiques. Voici ce qu'écrit le grand ministre lu-thérien Gérard, en parlant de l'Eglise romaine : « Cer-» Ium quidem est primis quingeniis annis veram fuisse, » et apostolicam doctrinam tenuisse. » (De eccles. cap. 44. sect. 6.) Les hérétiques soutiennent donc ce que du temps de S. Augustin avançait l'hérésiarque Donat, sa-voir que l'Eglise romaine fut vraie jusqu'au cinquième siècle, ou comme disent d'aulres jusqu'au troisième ou au quatrième; mais qu'ensuite elle fut faussée par les altérations inlroduites par les catholiques dans les dogmes de la fui. Ainsi pendant neuf siècles le Seigneur a pu permeiire que les hommes vécussent sans Eglise jusqu'à ce que vinssent ces nouveaux illuminés réformateurs de la foi, comme se vante de l'être Luther, Zuingle, Calvin et autres semblables novateurs? Mais comment a pu fail-lir celle église que S. Paul, comme nous venons de le voir, appelle la colonne et le fondement de la vérité? celle église conlre laquelle Jésus-Christ a promis que ne prévaudraient point l'enfer et l'hérésie? Non celle église, suivant les promesses de Jésus-Christ, ne pouvail ni être faussée ni faillir. La vérité est, comme le dit S. Jérôme, que ce sont loules les autres fausses églises, séparées de celle de Rome, qui ont failli et erré : « Ex hoc ipso, » écrit ce saint docteur parlant des hérétiques, « quod » poslea instituti sunt, eos se esse judicant, quos apos-» tolus futuros praenuntiavit, » c'est-à-dire de faux pro-phèles. C'est par cet argument que la première église fon-dée par le Sauveur ne peut, suivant ses promesses, faillir, que S. Augustin confond les donatisles. D'où un savant auteur dit fort bien (le P. Pikler. Theol. dogm. conlrov. S. De Eccles. in prsefat.), que pour convaincre toutes les sedes d'hérétiques, il n'y a point de voie plus sûre
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que de leur faire voir que noire église catholique a élé la première fondée par Jésus-Christ ; car, cela prouvé, il l'esl également qu'elle esl la seule vraie et que touies les autres qui se sonl séparées d'elle sonl certainement dans l'erreur. Après la mort de Charles II, roi d'Angleterre, on trouva renfermé dans une cassette un papier où il avait écrit de sa main : « Le Christ ne peut avoir sur celle lerre » qu'une seule Eglise (cela me paraît évident); et celle » unique Eglise ne peut être autre que l'Eglise romaine » catholique; de là je pense que la seule question est de » savoir où est celle Eglise à laquelle nous faisons pro-» fession de croire,, ei puis de croire tout ce qu'elle nous » propose. » El convaincu par ce raisonnement, le roi Charles finit par embrasser la foi catholique.
IV. Mais, malgré cela, les novateurs, pressés par cet ar-gument, ont inventé une autre objection, et ils disent que l'Eglise qui a failli est l'Eglise visible, non l'invisible, qui se compose des prédestinés comme le veulent les cal-vinistes, ou des justes suivant les luthériens confessio-nisles. Toutes choses opposées à l'Evangile qui déclare que l'Eglise militante est composée de justes et de pé-cheurs, ce qui fait qu'elle est figurée lanlôt par l'épi qui contient le froment et la paille, tantôt par un champ où croissent le blé ou l'ivraie. Jean-Baptiste Groffius (cité par Pikler), dans un de ses écrits publié en 1695, déclare avoir prié plusieurs fois les prédicans de lui faire voir quelque lexte de l'Ecriture où fut indiquée celle Eglise invisible inventée par les réformateurs, el il ajoute qu'il n'a jamais pu l'obtenir. Mais comment cela eût-il pu être, puisque Jésus-Christ, parlant des apôtres qu'il laissait au monde pour être les propagateurs de son Eglise, leur dit ; « Voseslislux mundi. Non potest civitas abscondi super
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» montem posita. » (Malth. ?. 44.) Une ville bâtie sur une moniagne ne peut être cachée aux yeux des hommes; ainsi par là il déclarait que l'Eglise ne peut pas cesser d'être visible à tous. Il déclare la même chose en donnant le pouvoir des clés à S. Pierre et à ses successeuis par ces paroles : « Et tibi dabo claves regni coelorum : et quod-» cumque ligaveris super terram erit ligatum et in cœ-» lis; et quod solveris super terram eril solutum et in » coelis. » (Malih. xvi. 48.) D'où Bossuel écrit, dans sa conférence avec le ministre Claude qu'il fit ensuite im-primer, qu'il fut entre eux reconnu pour vrai et établi que la vraie Eglise de Jésus-Chrisl éiail celle qui exerçait extérieurement le pouvoir des clés.
V. 11 a toujours été nécessaire et ille sera toujours que TEglisp soit visible, afin que chacun puisse en tout temps appiendre la vraie doctrine sur tous les poinis de la foi et les préceptes de morale de la bouche des pasteurs, comme aussi recevoir les sacremens, être dirigé dans la voie du salut, éclairé et repris dans ses erreurs. Autrement, si dans un temps quelconque l'Eglise était cachée et in-visible, à qui pourraient recourir les hommes pour savoir ce qu'ils ont à croire, ce qu'ils ont à faire ? « Qutjmodo » credent ei (écrit l'apôtre), quem non audierunt? Quo-» modo autem audient sine praedicante? (Rom. x. 44.) Si les maîtres sont cachés et inconnus, comment les peu-ples peuvent-ils êlre instruits des maximes du salut? S. Paul écrit encore: « Obedile praepositis vestris etsub-» jaceteeis; ipsi enim pervigilant, quasi rationem pro » animabus vestris reddituri. » (Hsebr. xiu. 47.) Or, comment les chrétiens pourraient-ils rendre à leurs pré-lats celle obéissance commandée par S. Paul, si l'Eglise était cachée et invisible aux yeux des hommes et les pas-
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leurs avec elle? Mais non , le même apôlre dit que le Sei-gneur a établi dans son Eglise des apôtres, des pasteurs, des docteurs visibles, afin d'enseigner la vraie et de con-duire le troupeau dans la droite voie du salut pour qu'il ne soit pas égaré par les maîtres de l'erreur : « Et ipse
» dedit quosdam apostolos..... alios autem pastores et
» doctores, etc.....ul jam non simus parvuli fluctuan-
» tes, et non circumferamur omni vento doctrinae, in ne-» quilia hominum , in astutia ad circumventionem er-» roris. » (Ephes. iv. 11.)
VI. Mais ce qui a rendu principalement nécessaire que l'église et ses pasteurs fussent toujours présens et visibles, c'est qu'il fallait un juge infaillible qui tînt de Dieu le pouvoir de décider les questions qui devaient s'élever par intervalle, et «nu jugement duquel tous dussent ainsi né-cessairement se soumettre; autrement il n'y aurait point eu de règle certaine de foi pour nous apprendre quels sont les vrais dogmes qu'il faut croire, les vrais préceptes qu'il faut observer; et parmi les fidèles mêmes il y aurait eu dissension, puisque le juge manquant ou étant faillible, nul ne se serait soumis à son jugement, sinon quand ce jugement aurait été conforme au sentiment privé de celui-ci. Mais si les décisions sur les points de la foi et les pré-ceptes moraux devaient être conformes au sentiment propre de chacun, tous les hommes certes demeureraient en division et en discorde sur leur croyance, et ainsi la foi n'aurait rien que d'incertain et d'ambigu.
VII. Celte nécessité d'un juge infaillible des poinls de foi a é(é reconnue par Les prétendus réformés eux-mêmes, comme l'écrit Bossuel ; lequel rapporte que dans le livre composé par les calvinistes sur la Discipline de la Religion réformée, il y a deux actes ou statuts faits par eux ; le
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premier, « Que les questions de doctrine seraient décidées » à l'aide de la parole de Dieu (si cela se pouvait) dans le » consistoire; sinon l'affaire ser.til portée au colloque et » de là au synode piovincial, -et enfin nalioral, où la ré-» solution définitive serait faite avec la parole de Dieu , » décision à laquelle si quelqu'un refusait d'acquiescer » dans tous les poinls et en abjurant expressément ses » erreurs, il serait retranché de l'église. » Le second acte ou statut poriait condamnation des indépendans : ceux-ci soutenaient « que chaque église particulière devait segou-» verrier par elle-même sans dépendre de qui que ce soit. » Mais celte proposition fut formellement condamnée par les calvinistes eux-mêmes dans le synode de Charenton, « comme préjudiciant à la vraie église et autorisant à foi-» mer autant de religions qu'il y aurait de paroisses. » Aussi le célèbre Puffendorf lui-même, quoique protestant, fait-il l'aveu suivant : « Ponlificiorum melior est conditio » quam prolesiantium ; illi pontificem Ecclesiae ut caput » omnes agnoscunt; protestantes contra, capite desti tu ii, » fluctuant fcede lacerati et discerpli. Ad suum unaquse-n que respublica arbitrium omnia administrat et mode-» ratur. » (De mon. pont. pag. 154.)
VIII. Le calviniste Jurieu, voyant qu'il ne pouvait nier que la vraie église de Jésus-Christ ne saurait être parmi les sociélés séparées de l'église romaine, qui fut la première de toutes, a inventé un autre faux système, lequel a été spé-cialement embrassé par les sectes calvinistes, et qui con-siste à dire que toutes, ou presque toutes ces sociélés ne différant pas sur les principaux points delà foi, n'élaient point sorties ni séparées de l'église romaine, mais étaient l'église elle-même. De même, dit-il, que, dans l'église romaine, il y a plusieurs doctrines suivant les diverses
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écoles de thomistes, sco:istes, augustiniens et autres, el que malgré cela la même foi est professée; de même parmi nous la foi el l'église sont une, bien que les canons el ladiscipline diffèrent. Lorsqu'ils parlent ainsi on peut bien leur appli-quer ce que dit S. Augustin aux hérétiques de son leinps (lib.
43. contra Fausl. cap. 5) : « Quod vultis, creditis : » quod non vultis, non crediditis; vobis potius quam Evan-» geliocreditis. » Maisnous répondons à ce nouveau maître de foi, au sieur Jurieu, que si, chez les catholiques, il y a diverses écoles ei des opinions différentes, leurs discus1-sïons n'ont lieu que sur des points non encore décidés par l'église; mais tous s'accordent à reconnaître les articles de foi qu'elle a déterminés. Par exemple, toutes les écoles confessent la nécessité de la grâce pour toute bonne oeuvre, et le libre arbitre de l'homme ,r choses que nous tenons pour articles de foi ; comment ensuite la grâce produit son effet, si c'est par le consentement libre de l'homme ou par elle-même; si encore celle efficacité dépend d'une prédélerminalion physique ou de la délectation victorieuse; et si .celle délectation est victorieuse moralement ou rela-tivement (comme tout cela est expliqué dans notre Traité supplémentaire à la sess. 6 du concile sur la justification ), toutes ces controverses roulent sur des poinlsnon décidés par l'Eglise, et dans ce moment elles ne sont point con-traires à la foi.
IX. Mais examinons quels soni précisément les points que Jurieu lient pour fondamentaux et ceux qui ne le sont pas, suivant lui. Quant aux fondamentaux, il ne les dé-signe pas ou ne les désigne que confusément en s'expri-mant ainsi : « Un article fondamenlal est celui d'où dépend » la ruine de fa gloire de Dieu et l'anéantissement de la fin » dernière de l'homme. » Mais autant qu'on peut les re-
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trouver dans ses écrils, il y a suivant lui quatre points fondamenlaux : le myslère de la Trinité, celui de l'In-carnation , la récompense éternelle des justes et la peine éternelle des pécheurs après celte vie. Pour nous, nous disons qtie non-seulement ces articles, mais tous ceux pro-posés par l'église, comme points de foi, doivent être crus fermement par les fidèles avec un égal assentiment et qu'ils son; tous fondamenlaux; c'est pourquoi toutes les sectes dis-cordantes qui ont rejelé ces points ont été déclarées héréti-ques ei séparées de l'église catholique, et suivant les Pères et suivant les conciles, elspécialemenlleconcilepremierdeNi-cée, can. 8, premier de Consianlinople, can. 6, et deuxième de Consianlinople, act. 5. De même au*temps du pape Vic-tor, au deuxième siècle, on sépara de l'Eglise romaine les asialiques dils quatordécimains, qui voulaient que l'on célé-brai la pâque au quatorzième jour de la lune de mars et non le dimanche suivant, comme le fait l'église catholique, pour ne pas se conformer ù la pàque des Juifs.
Dans le deuxième concile de Carlhage on condamna les nova tiens, qui niaient la rémission aux victimes des persécutions. Dans le deuxième de Consianlinople on sépara de l'église ceux qui soutenaient que les âmes étaient créées avant la formation des corps, can. 1 ; et ceux qui disaient que les cieux et les étoiles étaient animés, can. 6. En outre, nous lisons dans l'évangile de S. Matthieu (cap. xvm. 17.): « Si Ecclesiam non audierit... sit tibi sicut ethnicus. » II suffi ? de ne pas accepter les décisions dogmatiques de l'é-glise pour èlre rejelé hors de l'église, laquelle (dit S. Paul, Ephes. îv. 4. ) ne formant qu'un seul corps ne peui avoir qu'un seul esprit.