Traité contre les protestants (page 4)

Alphonse de Liguori · Doctrine

Texte français, domaine public · Source : jesusmarie.free.fr — Traité contre les protestants · 23 pages

Fiche de l’œuvre dans le savoir

XXV. Le cardinal Bellarmin dit que la bienheureuse Vierge n'a point contracté le péché originel, mais que cependant elle a véritablement péché dans Adam, et que l'opinion contraire serait dangereuse, puisque l'apôtre assure en plusieurs lieux que tous les hommes ont péché dans Adam : « In quo omnes peccaverunt. » (Rom. ?. 12.) El ailleurs : « Omnes peccaverunt el egent gloria Dei, » id est redemptione. » (Rom. m. 25.) Et enfin : « Si » unus pio omnibus moriuus est, ergo omnes mortui » sunt. » (II. Gor. v. 14.) Bellarmin ajoute que dans la volonté d'Adam fut incluse celle de lous les hommes, el par conséquent celle de Marie; ainsi Adam ayant péché, Marie contracta la dette prochaine du péché, el que par

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là on peul dire qu'elle aussi pécha dans Adam; mais par un privilège spécial, elle fui exemple de contracter la souillure attachée au péché.

XXVI. Néanmoins, il y a un grand nombre de docteurs qui soutiennent que Marie ful exempte non-seulemenl du péché, mais de la dette même du péché. Cette opinion est celle du cardinal Galalin (De Arca. 1. 7. c. 48.), du cardinal de Cusa (lib. 8. Exerc. 8.), du P. du Pont (lib. 2. cant. ex. 40.), du P. Salazar (De Virg. concept, c. 7. 7.), de Calharin (De pecc. orig. cap. ull.), cteNovarin (Ombra Virg. cap. 10. ex. 28.), cl du P. Viva (p. 8. de

4. qu. 2. art. 5.), ainsi que du cardinal de Lugo, Egidius, Richard et autres. La raison qu'ils en donnent et qui sem-ble probable, est que Dieu ayanlsi éminemment favorisé des trésors de la grâce cette excellente créature, par excep-tion unique entre les hommes, on peut croire pieusement qu'il n'a poinl lenu pour comprise dans la volonté d'A-dam, celle de Marie, et qu'ainsi elle fut exemple de con-tracter la dette du péché.

XXVII. Voilà pour ce qui regarde la délie du péché, mais ensuite que Marie n'en ait pas conlracté la souillure, je liens celle opinion pour certaine , et cela avec le car-dinal Everard (In exam. theol.), du Yallier (4. 2. qu. 2, De pecc), Renaud (Piet. Lugd. n. 29.), Lossado (Disc. Iheol. de imm. conc. ec), le P. Viva (Qu. prod. ad dut.) cl beaucoup d'autres. C'est aussi le sentiment des Pères les plus révérés. S. Ambroise dit : « Suscipe me non ex » Sara, sed ex Maria, ul incorrupta sit Virgo, sed Virgo » per gratiam ab omni inlPgra labe peccati. » (Serm.22. in Psalm. cxvin.) Origène parlant de Marie dit : « Nec A) serpentis venenosis afflatibus infecta esl. » (Hom, 2.)

5. Ephrem : « Immaculata, et ab omni peccati labe alio

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» nissima. » (Tom. 5. oral, ad Dei gen.) S. Augustin sur les paroles de l'ange adressées à Marie : « Ave Mari.i, gratia » plena, » écrit. : « Quibus ostendit ex inlegio >> (notez ex integro.) « iiam piimae sententiae exclusam, et plenam » benedictionis gratiam reslilulam. » (Serin. 11. in Nat. Dom.) S. Cyprien (Lib.de card.Christi oper.de naliv.) où un auteur ancien a écrit « Mec sustinebat justitiae, ut illud » vas electionis communibus laxaretur injuriis, quoniam » a caeteris distans plurimum natura communicabat, non » culpa.x» S. Amphiloche : «Qui antiquam Virginem sine » probro condidit, ipse ei secundam sine nota et crimine » fabricatus est.» (Tract, de Deipar.) Sophronius : «Virgi-» nemideodici immaculatam,quiainnulloconuptaest.» (In epist. ap. Synod. 6. toin. 3. pag. 307.) S. lldefonse : « Conflat eam ab originali peccato fuisse immunem. » (Disp. de virg. Maria.) S. Jean Dauuscène: « Ad hunc » paradisum serpens aditum non habuit. » (Orat., 2, de Nat. Mar.) S. Pierre Damien : « Caro Virginis ex Adam. » sumpta, maculas Adam non admisit. » (Serai, de As-sumpt. B. V.) S. Bruno : « Haec est incorrupta terra illa, » cui benedixit Dominus, ab omni propterea peccati con-» tagione libera. » (InPsalm. ei.) S. Bonaventura: « Do-»

mina nostra fuit plena gratia praeveniente in sua sancli-» ficalione, gratia scilicet praeservata contra foeditatem » originalis culpae. » (Serm. 2. de Assump.)S. Bernardin de Sienne: « Non enim credendum est, quod ipse filius » Dei voluerit nasci ex Virgine, et sumere ejus carnem, » quae esset maculata aliquo originali peccato.» (Tom. 3. Serm. /l9. ) S. Laurent Justinien : « Ab ipsa conceptione » (Maria)fuitin benedictionibuspraevenla.» (Serm.deAn-nunt.) Idiota sur ces paroles:» Invenisti gratiam, » dit; « Gratiamsingularem, ? dulcissimo Virgo, invenisti ; quia

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» fuerunt in le ab originali labe prseservalio, elc. » (Cap. 6.), et un grand nombre de docteurs disent de même.

XXVIII. Mais il y a deux motifs qui rendent plus cer-taine pour nous celle opinion; le premier c'est le consen-tiinenl universel des fidèles sur ce point. Le P. Egidius de sainte Thérèse (De prœsent. Virg. 96. art. 4.), atlesie que tous les ordres religieux suivent celle opinion, et de l'ordre des Dominicains même, qui est le seul contraire, un auteur moderne compte quatre-vingt-douze écrivains seulement opposés à noire opinion et cent trente-six qui l'admettent.

XXIX. Mais ce qui avant tout doit nous confirmer dans l'idée que cette doctrine est conforme au sentiment com-mun des catholiques, c'est ce que déclare le pape Alexan dre Vil dans sa fameuse bulle, « Sollicitudo omnium ec-» clesiarum, » donnée en 1661, et dans laquelle il dit : « Aucla rursus et propagata fuit pietas haec et cultus erga

» Deiparam......ita ul accedentibus academicis ad hanc

» sententiam » (c'esl-à-dire à l'exemption de toute tache) « jam fere omnes catholici eam complectantur. » Et dans le fait cette opinion est défendue par les écoles de la Sor-bonne, de Salamanque, d'Alcala, de Coïmbre, de Co-logne, de Mayence, de Naples et une foule d'autres dans lesquelles chaque lauréat s'oblige par serment à défendre l'immaculée conception de Marie. Le docte Pélau s'ap-puie principalement sur cet argument du commun sen-liment des fidèles sur ce point (Théol. dogm. lom. 5. p. 2.1.14. c. 2. n. 10.) et le savant et célèbre évêque, Mon-seigneur Jules Torni (In adnot. ad Estium lib.

2. dist. 5. . 2.) écrit que cet argument est convaincant.

En effet, si le consentement général des fidèles suffit à rendre certaines la sanctification de Marie dans le sein de sa mère et sa

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glorieuse assomplion dans le ciel en corps et en ame, comme l'enseigne S. Thomas l'angélique, pourquoi ne suffirail-il pas à établir la certitude de la conception im-maculée ?

XXX. Le second motif plus fort encore pour croire que Marie fut exemple de la tache originelle, est la célébra-tion de la fêle de la Conception ordonnée dans l'église universelle d'après la pieuse doctrine, celle de la préser-vation de Marie de toute tache au premier instant de sa conception, comme l'a déclaré le pape Alexandre VII dans la bulle déjà citée, « Sollicitudo omnium ecclesia-rum, » en ces termes : « Vetus est Christi fidelium erga » ejus beatissimam Matrem virginem Mariam pietas, sen-» tientium ejus animam in primo instante creationis , at-» que infusionis in corpus fuisse speciali Dei gratia et » privilegio, intuitu meritorum Jesu Christi ejus filii, a » macula peecali originalis praeservatam immunem; al-ii que in hoc sensu conceptionis festivitatem solemni ritu » colentium et celebrantium. v> Ainsi, depuis les plus an-ciens temps, la fête de la Conception ne se célébrait pas dans un autre sens que celui de la préservation de Marie de la tache originelle, dès le premier instant où sa belle ame fut créée par Dieu et unie à son corps. Et en faveur de ce culte rendu à la bienheureuse Vierge, d'après celte pieuse doctrine » le pape Alexandre ordonna que la fête fût célébrée : « Née non et in favorem festi, et cultus con-» ceptionis ejufdem Virginis deparag, secundum pïam «islam sententiam, etc. (festivitatem), observari man-» dat. s

XXXI. De plus, Alexandre, outre les peines déjà por-tées par Sixte IV, priva dé la faculté de prêcher et d'en-seigner, et de vois active et passive, quiconque mettrait

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en doule ou interpréterait différemment, par paroles ou par écrit (déclarant condamnes tous les liviesqui contien-draient ces attaques), la faveur donnée au susdit culte et la pieuse doctrine, soit en affirmant quelque chose de contraire, soit en rapportant des argumens opposés sans y répondre. Voici les paroles de la bulle : « Insuper om-» nes qui praefatos constitutiones ita pergent interpretari, » ut favore per illas dictae sententias, -et feslo, et cultui, «secundum illam exhibilo, frustrentur, vel qui hanc » eamdem sententiam seu cultum in disputationem revo-» care, aut contra ea quoquo modo, directe vel indirecte, » quovis praetextu, scripto , seu voce loqui, concionari, » tractare, contra ea quidquam determinando, aut asse-» rendo, vel contra ea argumenta afferendo, et insoluta » relinquendo aut alio quovis excogilabili modo disse-» rendo ausi fuerint. »

XXXII. Après toutes ces preuves, il n'est plus permis de dire, comme quelques-uns l'on fait, que la fête de la Conception se célébrait, non dans le sens de la préserva-lion du péché dans le premier instant, mais dans celui de la sanctification de Marie dans le sein de sa mère avant sa naissance.

XXXIII. Il semble en outre qu'il n'est pas permis de dire non plus avec Louis Muralori, que notre pieuse doc-trine n'est pas certaine, et que la doctrine opposée étant probable; le cas pourrait arriver qu'un jour l'église dé-clarât que Marie, dans le premier instant de sa conception, avait contracté la tache du péché. Mais ce cas est impos-sible, cyr après la déclaration d'Alexandre VII, que !a fête de la Coneeption se célibrc dans le sens de la pieuse doc-trine, de la préservation de Marie de toute faute dès le premier instant, il n'est pas possible que l'église puisse

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déclarer que Marie a contracté la souillure du péché ; car celle nouvelle déclaration emporterait que loules les cé-lébrations faites par elle-même jusqu'à ce jour ont été vaines et fausses, en rendant à ta Vierge un faux culle : or, il est certain que l'église ne peut célébrer ce qui n'est pas saint, selon les décrets de S. Léon, pape (Epist, de-crel.

4. c. 2.), et de S. Eusèbe, pontife , qui dit : « In »

sede apostolica extra maculam semper est catholica ser-» vata religio; » (Décret 21. quœst. 1. c. In sede.) et comme l'enseignent tous les théologiens avec S. Augustin (Serm. 95 et 113.). S. Bernard (Ep. ad can. Lugd.)et S. Thomas, qui, pour prouver que Marie fut sanctifiée avant de naître, argumente de ce que l'Eglise célèbre sa nativité, et dit : « Ecclesia celebrat nativitatem bealœ « Virginis ; non autem celebratur festum in Ecclesia nisi » pro aliquo sancto : eigo beata Virgo fuit in utero sancli-» ficala. » (S. Thom. 5. p. qu. 27. a. 2.) Or, s'il est cer-tain, comme le dit le docteur angélique, que Marie fut sanctifiée dans le sein de sa mère, parce que l'Eglise célè-bre sa nativité, nous devons également tenir pour cer-tain que Marie fut préservée du péché dès le premier in-stant de sa conception, puisque c'est dans ce sens que l'Eglise en célèbre la fêle.

XXXIV. Pour compléter lout ce qui regarde le sujet de la conception de Marie , il nous reste à parler de la controverse agitée de notre temps entre les ailleurs sui celte question : s'il est licite de faire le vœu de donner sa vie pour la défense de l'immaculée conception de Marie Y La négative est soutenue par Lamindu Pritanio, le même ijuc Luuis Muralorj, déjà nomme dans son fameux ou-?viage De modérai, ingen., et par quelques aulies; parce que nul ne doit exposer sa vie pour une opinion qui n'est

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pas de foi, mais humaine et sujette a être reconnue pour fausse, et que la doctrine dont il s'agit n'avait pas en-core élé déclarée certaine par l'Eglise, ce qui n'aurait pu êlre que d'après la tradition ou par révélation divine.

D'un autre côté, l'affirmative est défendue d'une manière plus plausible par plusieurs auteurs modernes, et spé-cialement par l'auteur du livre intitulé Deipara, etc., parce qu'il faut dislinguer les doctrines purement hu-maines de celles qui touchent au culte des saints et prin-cipalement de la reine des saints, celles-ci intéressant en quelque sorte la foi elle-même. Maintenant que celle doc-trine louche au culte de la bienheureuse Vierge, cela de-meure conslant par la bulle déjà citée d'Alexandre VII, par laquelle il est ordonné de célébrer la fête de la Con-ception selon la pieuse doctrine de la préservation de Marie de toute tache originelle dès le premier instant. En outre, bien que cetle doctrine soit humaine, en tant qu'elle touche au culte de la mère de Dieu, culte qui se réfère aussi à Dieu, elle n'est pas purement humaine, comme nous l'enseigne S. Thomas, 2. 2. q. 424. a. 5, où il dit : « Omnium virtutum opera, secundum quod » referuntur in Deum , sunt quaedam proleslationes fidei, ? per quam nobis innotescit, quod Deus hujus modi » opera a nobis requiveril, et nos pro eis rémunérai ; et » secundum hoc possunt esse marlyrii causa. » De plus, ad. 5, il ajoute : « Quia bonum humanum potest effici » divinum, si referatur in Deum, ideo potest esse quod-» cumque bonum humanum martyrii causa, secundum » quod in Deum refertur. » Or, eoinme il est certain que tout acte de vénération envers la vierge Marie, tel que celui de célébrer la fêle de sa conception immaculée dès le premier instant, ainsi que le prescrit l'Eglise, est véri-

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tablement un ac!e de religion; il est certain aussi, d'a-près le docteur Angélique , qu'un tel culte peul être un juste motif de martyre. Ainsi donc, comme il serait licite el méritoire de donner sa vie pour la défense de ce culle rendu à Marie, il doit être d'autant plus licite et méri-toire de la donner pour défendre l'objet même de ,ce culte, c'est-à-dire la préservation de Marie, à laquelle ce culle se réfère. Aussi le pape Benoît XIV, dans son livre De canon, sanct. 1. 1. cap. 14., après avoir rappelé que l'Eglise favorise celle doctrine de la préservation de fa bienheureuse Vîerge immaculée, el avoir dit que per-sonne ne nie que celle doctrine ne soit la plus pieuse et la plus religieuse, dans le num. 45, il parle ainsi : « In-» ter martyres ab Ecclesia recensentur qui occisi fuerint » a tyranno, vel quia sententiam magis religiosam exer-» cebant, vel ne eminerent exercitium alicujus aclus vir-» lulis, a quo tamen poterant sine peccato cessare. » Ei cela répond assez à l'objection de Lamindo, que donner sa vie pour défendre la préservation de la mère de Dieu n'est point licite, parce que cette doctrine n'est point de foi.

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VIe SESSION.

DE LA JUSTIFICATION. — PRéAMBULE.

I. Le concile devant décider sur la justification, qui n'avait été jusqu'alors débattue dans aucun concile, et qui d'ailleurs était la source d'où sortaient presque toutes les erreurs des modernes hérétiques, les Pères résolurent d'examiner ceile matière longuement et avec le plus grand soin. Pour cela, on régla, 1 qu'on lirailJes livres des ad-versaires avec impartialité et dans Pinlenlion vraie de condamner les choses fausses, mais aussi d'approuver les vraies ; 2 que les théologiens débattraient d'abord en-tre eux et à part les points à examiner, et qu'après les avoir approfondis, ils les soumettraient aux Pères; 3 que ces théologiens ne prépareraient aucun décret sans avoir con-sulté d'abord là-dessus le sentiment des Pères ; 4 que sur chaque question les avis et suffrages se prendraient non en masse, mais de chacun des Pères en particulier.

H. Il fut dit encore que celle matière pouvait être di= visée en trois questions principales. La première en quel mode la »nort de Jésus-Christ est appliquée à celui qui S6 convertit à la foi, et quelle grâce ce dernier méritait par la suite; la seconde, que devait faire le justifié pour se maintenir dans la grâce ; la troisième, quelle chose pouvait DU devait faire celui qui perdait la grâce, et s'il avait la force de la récupérer, et enfin en quoi celte seconde justi-fication pouvait être assimilée à la premiere.il fui dit en

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outre qu'on devait traiter du libre arbitre, parce que pour là justification des adultes le consentement, qui procède du libre arbitre, est nécessaire.

III. On soumit donc à l'examen les six points suivans.: 4

Qu'est-ce que la juslificalion tant dans la signification du mol que dans l'essence de la chose ? 2 Quels sont les élémens de la justification, c'est-à-dire que fait Dieu en la donnant, et que doit faire l'homme en la recevant? 3 Com-ment faut-il entendre la parole de l'apôtre, que l'homme est justifié par la foi ?

4 Comment nos œuvres appartien-nent à notre justification, et comment les sacremèns y entrent ensuite? 5 De ce qui précède, qui accompagne et qui suit la juslificalion; 6"Que les dogmes doivent être établis sur l'autorité de l'écriture, des traditions, des con-ciles et des Pères.

IV. Touchant le premier point, tous convinrent que, quant à la signification du mol, la juslificalion était le pas-sage de l'état d'ennemi à celui d'ami et de fils adoptif de Dieu ; et que dans l'essence de la chose la cause formelle de la justification était la charité ou la grâce infuse dans l'ame. On rejeta l'opinion attribuée au maître des Sen-tences, mais déjà improuvée dans les écoles, savoir, que ce n'est point la grâce intérieure qui nous justifie, mais seulement l'assistance extérieure de l'Espril-Saint.—Tou-chant le deuxième point, quelques-uns dirent que notre libre arbitre ne concourait pas activement, mais passive-ment, à notre juslilication; mais celte opinion fut rejelée comme non catholique.—Sur le troisième point, les Pères,. à l'exception d'un très-petit nombre, s'accordèrent à dire que l'homme est justifié par la foi, non cependant comme cause immédiate , mais seulement comme première dis-position et cause éloignée; du reste, traitant de la cause

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formelle, il fut dit que la foi ne justifie qu'autant qu'elle «gl parfaite par la charité et par la grâce qui se commu-nique à l'homme au moyen du baptême ou de la péni-tence. ^Sur les quatrième et cinquième points, on con-vint généralement que les œuvres qui disposaient à la justification n'avaient d'autre mérite que celui de congruité, tandis que les autres, faites après la justification et dirigées par la grâce, avaient le mérite de condignité pour conserver et augmenter cette même grâce et conquérir la vie éter-nelle; mais toujours avec le secours de Dieu, suivant ces paroles de S. Paul : « Non ego, sed gratia Dei mecum. » (I. Cor. xv. 10.)

V. Venant ensuite à l'établissement des dogmes, les lé-gats décidèrent qu'il ne fallait pas tout prononcer sous forme de canons et d'anathèmes, parce que c'était là seu-lement condamner le faux , mais non enseigner le vrai ; ils réglèrent donc que la matière serait partagée en dé-crets qui exposeraient la doctrine catholique, et en canons qui condamneraient les erreurs des hérétiques. On donna ensuite une copie du projet à chacun des Pères, et une autre fui envoyée à Rome. Puis les notes se multiplièrent au point qu'il fallut en faire une troisième rédaction, la-quelle encore reçut de nombreux changemens. Les décrets cependant furent achevés, mais ils parurent si obscurs et si chargés de raisonnemens qu'on chargea Seripand, générai des auguslins, de les refaire, ce dont il s'acquitta ; mais ensuite, à son grand déplaisir, il les vil altérer de nou-veau et corriger au point qu'il n'y pouvait plus reconnaî-tre son ouvrage.

VI. Finalement, les décrets furent préposés et confirmés en 15 chapitres, desquels nous parlerons séparément. Nous noterons d'abord ce qui a été dit avant la forma

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lion des décrets. Nous ajouterons les décrets arrêtés et publiés par le concile, nous restreignant à en donner la substance. Nous rapporterons ensuite les annotations écri-tes par le cardinal Palavicin sur certains passages de ces décrets. Enfin, nous donnerons les canons du concile qui condamnenl les erreurs, et qui correspondent chacun à un décret analogue.

VIL Dans le préambule des chapitres, il est dit qu'une foule d'erreurs sur la matière de la justification s'étanl récemment répandues, le concile voulait enseigner la vérité sur ce point d'après les écritures et la tradition, défen-dant expressément à toute personne de dire ou de croire autre chose. Par quoi il faut entendre que le concile a voulu établir comme points de foi aussi bien le contenu des décrets que celui des canons.

VIII. Dans le chap. 1, on traite cette question : si la na-ture ou la loi judaïque pouvait justifier l'homme sans la grâce; et il est dit : « Primum declarat sancta synodus... » quod cum omnes homines in praevaricatione Adse in-» nocentiam perdidissent, facti immundi natura filii irae, » quemadmodum in decreto de peccato originali expo-» suit, usque adeo servi erant peccati et sub potestate dia-» boli, ut non modo gentes per vim naturae, sed ne Ju-» dsei quidem per ipsam litteram legis Moysis inde libe-» rari possent. » Dans la première rédaction, on lisait per legem, qu'on changea pour « per litteram legis. » II faut savoir que d'abord quelques-uns voulaient qu'on ajoutât au mot legem celui de nudam ou solam, pour ne pas laisser entendre que les observances légales n'avaient rien de mé-ritoire ; mais le passage ne fut pas altéré, afin de laisser in-tacte la doctrine commune contraire à celle du maître des Semences, lequel a écrit que les sacremens de la loi de

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Moïse ne donnaient point la grâce justifiante comme les bonnes œuvres opérées avec la foi et la charité; tandis que l'apôtre enseigne que les observateurs de la loi sont efficacement justifiés. (Rom. 2.) Ce qui fit ajouter avec raison « per litteram legis, «afin de condamner seulement ce que S. Paul condamne dans son épîlre aux Romains, lorsqu'il reprend les Juifs, qui se vantaient contre les gen-tils de connaître et d'observer la lettre de la loi.

IX. Il est dit ensuite dans ce ch. ? : « Tametsi in eis

» liberum arbitrium minime exlinclum esset, viribus li-» cet attenuatum. » II y avait d'abord vulneratum, mais ce mot fut changé, et l'on mil attenuatum et inclinatum, paroles également convenables aux deux doctrines de l'école, dont l'une réduit la damnalion à la seule perle des dons gratuits; et l'autre y ajoute une certaine altéra-tion de l'état où l'homme devait être placé par sa nature. Les uns voulaient qu'on ôtâl toul-à-fail les mois attenua-tum et inclinatum; d'autres qu'on y ajoulât, « cum subs-» fractione bonorum graluilorum, » disant que d'un côté la liberté naturelle était restée à l'homme , et puis que si l'on entendait par liberio l'étal de l'homme libre auparavant du péché, celle-ci était détruite. Mais les dé-putés répondirent que quant à la première partie on di-sait justement le libre arbitre atténué, comme S. Augus-lin, qui compte au nombre des préjudices causés par le péché originel la difficulté d'opérer les bonnes œuvres (lib. ni. delib.arb. c. 18). El quant à la seconde, qu'elle était fausse, puisque l'homme, alors qu'il se relève du pé-ché par la grâce, coopère seulement avec Dieu par son libre arbitre.

X. A ce ch. ? appartiennent le can. 1. « Si quis dixe-»

rit, hominem suis operibus, quce vel per humanae ??-

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» lurae, vel per legis doctrinam fiunl, absque divina per » Jesum Christum gratia posse justificavi coram Deo : » anathema sit. »

XI. Et le can. 2. « Si quis dixerit, ad hoc solum di-»

vinum gratiam per Christum Jesum dari, ul facilius » homo juste vivere, ac vitam aeternam promereri possit, » quasi per liberum arbitrium sine gratia utrumque, » sed segre tamen, et difficulter possit : anathema sit. »

XII. Dans le chap. II, il est question du bénéfiee de la rédemption, et on y lit : « Quo factum est, ut ecclesiis «Pater Jesum filium suum, anle legem, et legis tempore * sanctis Patiibus promissum, ad homines miserit, ul et » Judaeos, qui sub lege erant, redimerei ; et gentes, quae » non sectabantur justitiam, justitiam apprehenderent, » atque omnes adoptionem filiorum reciperent, etc. »

XIII. Et dans le ch. m on ajoute : « Verum etsi ille »

pro omnibus mortuus est, non omnes tamen mortis » ejus beneficium recipiunt, sed ii dumtaxat, quibus mp-» ritum passionis ejus communicatur. Nam sicut homi-» nes, nisi ex semine Adœ nascerentur, non nascerentur » injusii ; ita nisi in Christo renascerentur, numquam » iustificarentur, cum ea renascentia per meritum passio-» nisejus gratia, qua jusli fiunt, illis tribuatur. »

. XIV. Dans lech. iv on traite de la justification, et il PSI dit que d'après les paroles de l'apôtre, « Iustificationis » impii descriptio insinuatur, ul sit translatio ab eo statu, » in quo hotno nascitur filius primi Adae, in statum ? gratiae, et adoptionis filiorum Dei per secundum Adam » Jesum Christum : quse translatio posl Evangelium pro-» mulgalum sine lavacro regenerationis aut ejus voto fieri » non potest. » XV. Au ch. v, il est parlé de la nécessité pour les adultes

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de se préparer à la justification el du mode qu'ils doivent suivre pour l'obtenir : il y est dit que l'homme ne peut se disposer que par la grâce prévenante, qui l'appelle et l'aide à se convertir sans le concours de son mérite, et qu'au contraire l'homme ne peut conserver la j ustifica-lion, gi d'abord il ne fait concourir son assentiment ei sa coopération avec l'action de la grâce.

II est dit en consé-quence : « Ipsius juslificalionis exordium in adultis a » Deo per Christum Jesum, praeveniente gratia, sumen-» dum esse, hoc est ab ejus vocatione, nullis eorum exis-» lentibus mentis, ut per ejus excitantem, atque adjuvan-» (em gratiam ad suam juslificalionem, eidem gratiae » assentiendo, et cooperando disponantur; ita ul tan-» gente Deo cor hominis, neque homo ipse nihil omnino » agat, inspiiationem illam recipiens, quippe qui illam » abjicere potest : neque sine gratia Dei movere se ad » justitiam libera sua voluntate possit. Unde, cum dici y> lur : convertimini ad me, et convertar ad vos (Zach. i. » 5.) : libertatis nostrae admonemur. Cum respondemus : » converte nos Domine ad te, et convertemur (Thren.

3. » 21); Dei nosgtalia praeveniri confitemur. »

Le P. Pie, général des Conventuels, voulait .qu'après les paroles susdites illum recipiens, il fût ajouié : « Cum » sit in sua potestate illam non recipere. » Mais on préféra laisser ce qui était écrit « quippe qui illam abjicere po-» lest; » car si recevoir la grâce n'est point soumis à notre faculté, Dieu l'opérant en nous el sans nous, cependant nous pouvons réellement la rejeter. Pierre Soave objecte que ce que disait le concile dans le chap. ? , ci-dessus , « Neque homo ipse nihil omnino agat inspirationem » illam recipiens; quippe qui illam abjicere potest; » ne s'accordait pas avec ce qu'enseigne l'apôtre, que la grâce

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est ce qui sépare les vases de colère des vases de miséri-corde. Mais on répond que les deux textes s'accordent très-bien, car il est certain que l'homme n'a rien qu'il ne l'ait reçu de Dieu ; d'où il suit que sa coopération à rece-voir l'inspiration divine est aussi un bienfait de Dieu, le-quel, comme dit le concile d'après S. Augustin, « Voluit » esse merita nostra, quae sunt ipsius dona. » Soave ré-plique que si on tenait pour vrai que l'homme pouvait résister à l'inspiration divine, on ne pouvait plus dire à Dieu avec l'église dans ses prières : « Ad le nostras etiam » rebelles compelle propitius voluntates. » On répond avec Noël Alexandre que le mol compelle ne signifie pas là une coaclion, mais seulement une impulsion efficace ou persuasion; comme il faut entendre aussi ce texle de S. Luc (14.23), « Exi in vias et sepes ei compelle intrare, » ul impleatur domus mea. »

XVI. En conséquence, on dressa le can. S. « Si quis

«dixerit, sine praeveniente Spiritus Sancti inspiratione, » atque ejus adjutorio, hominem credere, sperare, dili-» gere, aut paenitere posse sicut oportet, ut ei justif catio-» nis gratia conferatur : anathema sit. »

XVII. Can. 4. « Si quis dixerit, liberum hominis ar-bitrium a Deo motum et excitatum, nihil cooperari, » assentiendo Deo excitanti, et vocanti, quo ad obtinen-dam juslificalionis gratiam se disponat, ac praeparet; » neque posse dissentire, si velit, sed veluti inanime » quoddam nihil omnino agere, mereque passive se ha-» bere : anathema sit. »

Dans ce canon, on ne disait pas d'abord libemm arbi-trium, mais simplement hominem, d'où quelques-uns voulaient que l'on expliquai que cela devait s'entendre universe loquendo, disant qu'il pouvait y avoir telle voca-

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tion extraordinaire ù laquelle l'homme ne pûl résister, telle qu'avait été, suivant S. Augustin, la vocation de S. Paul; mais les Pères ne consentirent point à ajouter celte parenthèse, et se contentèrent de changer le mol ho-minem en ceux de liberum arbitrium : et cela forl sage-ment, parce qu'en admettant une vocation extraordinaire et nécessitante (si tant esl qu'il y en ail), c'était enlever la liberté de la volonté, au lieu qu'en menant liberum ar-bitrium on ne louchait pas à la question.

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