Traité contre les protestants (page 6)

Alphonse de Liguori · Doctrine

Texte français, domaine public · Source : jesusmarie.free.fr — Traité contre les protestants · 23 pages

Fiche de l’œuvre dans le savoir

LVI. Catharin , nonobstant ce décret du concile, s'ob-stina à soutenir, comme il l'avait fait avant le décret, que dans certains cas, la certitude de foi que quelqu'un soit en étal de grâce pouvait exister. Il distinguait pour cela deux sortes de foi, la foi catholique, c'est-à-dise univer-selle, des articles approuvés par l'Eglise, et c'est pour les objets de celle foi qu'on ne pouvait, disait-il, suppo-ser l'erreur : il prétendait ensuite qu'on pouvait avoir une autre sorte de foi à l'égard de quelque objet particulier, laquelle dépendait en même temps d'un dogme de la foi et de quelque vérité évidente par les lumières naturelles. Par exemple, disait-il, il est certain que l'homme bap-tisé est délivré de la faute originelle. Or, je sais que j'ai baptisé un enfant ; je peux donc faire un acte de foi, tou-jours d'après la réalité du fait, que cet enfant est délivré du péché, appliquant ainsi à un cas particulier ce que l'Eglise enseigne généralement. Mais bien que par évi-dence morale, je puisse croire de foi que cet enfant est libre du péché, cependant, cet effet est susceptible de se

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trouver faux, si, par exemple, la liqueur que j'ai prise pour de l'eau était le produit de la distillation d'une plante, matière impropre au baptême. Ainsi raisonnait Calharin,

LVII. Bellarmin (De juslif. lib. S. cap. 3.), d'accord avec Solo, réprouve cette doctrine, et dit que, quoiqu'elle diffère beaucoup de l'hérésie de Luther, néanmoins c'est avec raison qu'on la lient pour erronée, puisque le con-cile a dit : « Quilibet de sua gratia timere potest cum » nullus scire valeat cerliludine fidei se gratiam Dei esse » consecutum. » Catharin répondit à Solo, que le concile parlait de celte foi qui ne laisse pas supposer l'erreur, telle qu'est la foi catholique, el que pour cela, après les mots certitudine fidei, le concile avait ajouté : « Cui non » potest subesse falsum : » mais que lui, Calharin, par-lait de la foi particulière, qui pouvait admettre l'erreur, puisqu'elle s'appliquait à un objet non décidé par l'E-glise. Bellarmin réplique qu'il y a contradiction à ce qu'une chose soit révélée de Dieu el puisse être fausse, puisque la foi divine est absolument infaillible : si donc elle pouvait être fausse, elle ne serait jamais un vrai motif de foi.

LVIII. Le canon 12 el les suivans appartiennent à ce chapitre

: « Si quis dixerit, fidem juslificantem, nihil » aliud esse, quam fiduciam divinae misericordiae, pec-» cala remiltentem propter Christum, vel eam fiduciam «solam esse, qua justificamur : anathema sit. »

LIX. Can. 15 : « Si quis dixerit, omni homini ad re-» missionem peccatorum assequendam necessarium esse, » ut credat certo, et absque ulla haesitatione propriae in-» firmitatis, et indisposilionis peccata sibi esse remissa : » anathema sit. »

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IX Can. 14 : « Si quis dixerit, hominem a peccatis » absolvi, ac juslificari ex eo quod se absolvi, ac juslifi-» cari cerlo credat; aul neminem vere esse iustificatum, » nisi qui credat se esse iustificatum, et hac sola fide ab-» solutionem, et iustificationem perfici : anathema sit. »

LXI. Can. 28 : « Si quis dixerit, amissa per pecca-» tum gratia, simul et fidem semper amitti: aut fidem » quae remanet, non esse veram fidem, licet non sit viva ; » aul eum, qui fidem sine charitale habeat, non esse » christianum : anathema sit. »

LXII. Le dixième chapitre traite de l'augmentation de la justification reçue par le moyen des bonnes œuvres ; il s'exprime ainsi : « Sic ergo juslificali euntes de virtute » in virtutem, etc., etc., per observationem mandatorum » Dei, et Ecclesiae, inipsa justitia per Christi gratiam ac-» cepta, cooperante fide, bonis operibus crescunt; atque » magis iustificantur. »

LXIII. Le canon 24 suivant appartient à ce chapitre : «

Si quis dixerit justitiam acceptam non conservari, atque » etiam augeri coram Deo per bona opera, sed opera ipsa » fructus solummodo, et signa esse .iustificationis adepta, » non autem ipsius agendae causam : anathema sit »

LXIV. Dans le chap. 11, on établit la nécessité pour le salut de l'observation des commandemens, lesquels, avec l'aide de la grâce divine, sont toujours possibles à l'homme : « Nemo .autem quamvis iustificatus liberum » se esse ab observatione mandatorum putare debet. Nemo » temeraria illa voce uti, Dei praecepta homini iustificato »ad observandum esse impossibilia. Nam Deusimpossi-» bilia non jubel, sed jubendo monet et facere quod pos-* sis et petere quod non possis, et adjuvat ut possis. « Toul ce passage est de S. Augustin (de natur, et gr.

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e. 43), excepté les dernières paroles, « et adjuvat ut pos-» sis, » lesquelles au reste se retrouvent dans d'autres endroits des œuvres de ce saint ; et elles furent avec raison ajoutées ici pour démontrer que l'impossibilité de l'ac-complissement ne peut venir que du défaut de nos prières.

LXV. Et comme les novateurs opposaient certaines paroles de l'Ecriture, savoir que le juste pèche journelle-ment , et qu'ainsi chaque jour nous devons demander la rémission de nos fautes, le concile répond : « Licet enim, » in hac mortali vita quantumvis sancti, in levia saltem » et quotidiana, quae venialia dicuntur, peccata quando-» que cadunt, non propterea desinunt esse jusli ; nam » jusii ipsi eo magis se obligatos ad ambulandum in via » jusiilise sentire debent, quo liberali a peccato pie vi-» venies proficere possint, etc. Deus namque sua gratia » semel justificalos non deserit, nisi ab eis prius dese-» ralur.

Ici Palavicin avertit que le concile, par ces dernières paroles, n'entend point dire que Dieu nous abandonne en nous enlevant l'habitude de la grâce et rompant l'alliance contractée, mais qu'il a voulu déclarer que si nous ne l'offensons pas d'abord, lui ne nous abandonne pas en nous privant de sa grâce actuelle. Celte observa-lion est confirmée par la première rédaction du décret, où se trouvaient d'autres paroles qui désignaient expressé-ment la grâce -actuelle de l'aide de Dieu et non l'habi-tuelle de la forme justifiante ; car on y disait, « que cette » grâce faisait souvent que Dieu n'était pas abandonné » et que celui qui l'abandonnait retournait à lui, » les-quelles paroles ne pouvaient certainement s'entendre que de la grâce actuelle : Palavicin assure qu'elles ne furent retranchées que par un motif de concision.

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LXVI. Il est dit ensuite : « Itaque nemo sibi in sola »

fide blandiri debel, putans fide sola se haeredem esse » constitutum, etiamsi Christo non compatiatur, etc. » Propterea apostolus monel iustificatos dicens : castigo » corpus meum, et in servitutem redigo, ne forte cum » aliis praedicaverim, ipse reprobus efficiar. » (l. Cor. 9.) De même, S. Pierre : « Satagite, ut per bona opera cer-» tam vestram vocationem et electionem faciatis. » ( II. Petr. 1.) « Unde constat eos orthodoxae doctrinae adver-» sari, qui dicunt justum in omni bono opere saltem ve-» nialiter peccare, aut, quod intolerabilius est, poenas » aeternas mereri ; atque etiam eos, qui statuunt in omni-» bus operibus justos peccare ; si in illis mercedem quo-» que intuentur aeternam, etc. »

LXV1I. De là les canons suivans furent formulés. Can.

18. « Si quis dixerit, Dei praecepta homini etiam juslifi-»

cato, et sub gratia constituto, esse ad observandum im-» possibilia : anathema sit. »

LXVIII. Can. 49. Si quis dixerit, nihil praeceptum » esse in

Evangelio praeter fidem, cetera esse iridifferen-» tia neque praecepta, neque prohibita, sed libera ; aut » decem praecepta nihil pertinere ad christianos : ana-» thema sit. »

LXIX. Can. 20. « Si quis hominem justificalum, et » quanlum

Iibet perfectum dixerit non teneri ad obser-» vanliam mandatorum Dei, et Elcclesiae, sed tantum ad * credendum : quasi vero Evangelium sit nuda, et abso-» luta promissio vitae eternae, sine conditione observatio-» nis mandatoium : anathema sit. »

LXX. Can. 21. « Si quis dixerit, Christum Jesura a » Deo hominibus datum fuisse ul redemptorem, cui xix. 18

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» fidant, non eliam ul legislatorem, cui obediant : ana-» thema bit. »

LXXI. Can. 22. « Si quis in quolibet bono opere jus-» tum saltem venialiter peccare dkerit, aut, quod into-» lerabilius est» mortaliter; atque ideo poenas aeternas, » meieri ; tantumque ob id non damnari, quia' Deus * ea opera non imputai ad damnationem : anathema sit.» ? LXXII. Can. 51. « Si quis dixerit juslificalum pec-» care, dum intuitu aeternae mercedis bene operalur : » anathema sit. »

LXX1II. Dans lechap. 12, on déclare téméraire la pré-somptiun delà prédestination, sans îévélaiion speculo : « Nemo praesumere dt-bel, ul certo stniuat se esse in nu-» meio piœdeslinjtorum, quasi quod juslificalus amplius » peccare non possit ; aut si peccavent, certam sibi ? es>i-» pisceiiiiam promilleie debeat, nam nisi ex speciali » evelatione scire non potest, quod Deus sibi elegerit. >

LXX1V. C'est encore à ce chap. qu'appartiennent le can. 47. « Si quis iustificationis gratiam, nonnisi prae-» destinatis ad vitam contingere dixerit, reliquos vero » omnes qui vocantur, vocari quidem, sed gratiam non » accipere utpote divina potestate praedestinatos ad ma-» Ium : anathema sit. »

Et le can. 30. « Si quis posl acceptam iustificationis » gratiam cuilibet peccatori poenitenti ita culpam remitti, y> et reatum aeternas poenae deleri dixerit, ul nullus re-» maneat reatus poenas temporalis exsolvendae vel in hoc » seculo, vel in futuro purgatorio, antequam ad régna » coelorum aditus patere possit : anathema sit. »

LXXV. Dans le chap. IS, il est question du don de !a persévérance.

Les novateurs disent que îa justice taraffoii. obtenue ne peut plus être perdue ; mais les écritures leur.

sont évidemment opposées : « Cum avertent se jusluj, a » justiti.» sua, et fecerit iniquitatem, morie ur in illa. » (Ezech. 18.) On lit encore dans ce chap. 18 a'Ezéch. ver-set

24 : « Si autem averterit se juslus a justifia sua et fe-»

cerit iniquitatem... Omnes jissiilias ejus, quas fecerat,

• non recordabuntur. » II y a d'ailleurs plusieurs exem-ples dans l'Ecriture de justes qui, par leuis foules, ont perdu leur état de justes, comme David, S. Pierre, etc. Les enfans certainement sont justifiés par le baptême (Calvin dit au contraire, mais héréliquemept, que tous les enfans des fidèles naissent justes, et qu'ensuite étant baptisés adultes, ils ne peuvent perdre la grâce ni se damner); mais combien parmi eux parvenus à l'ado-lescence perdent la justice? L'expérience ne le démontre que trop. S. Paul dit (I Cor. 6) : « Regnum Dei non pos-» sidebunt ; » et ici il parle des péchés des (idoles. De tout cela il suit que tout baptisé peut perdre l'innocence

.et.se damner : il suit encore que lu justice {l'appartient pas aux seuls élus, comme le prétend Calvin.

• LXXVI. On oppose ce passage de S. Jean « Qui na > lus est ex Deo, peccatum non facit, quoniam semen » illius in eo manet et non potest peccare. » ( I. Jo. 3 ) S. Jean dit bien que celui qui est né de Dieu ne peut pé-cher; mais cela s'entend s'il agit comme fil s de Dieu, parce qu'alors la semence de Dieu, c'esl-à-d re la cha-lité, qui nâ peut exister avec Je péché, éloigne e péché de son ame. Mais s'il vient à agir comme fils d'Acam, certes alorsil peut pécher, ainsi que l'explique S. Augustin sur ce passage cité de S. Jean.

JLXXV1I.Aussi le concile dit-il que nous i[< vous tous espérer la persévérance en Dieu, mais que chacun doit craindre de la perdre : « Similiter de persévéra ? lise mu»

%~ 5 TRAITé

» nere nemo sibi certi aliquid absoluta certitudine pol-» liceatur; lamelsi in Dei auxilio firmissimam spemcol-» locare et reponere omnes debent ; Deus enim, nisi ipsi » illius gratiae defuerint, sicut coepit opus bonum, ita » perficiet, operans velle et perficere. Verumtamen, qui » existimant stare videant ne cadant, et cum timore et » tremore salutem suam operentur. »

LXXVIII. A ce chapitre 13 correspondent le can. 10. « Si quis magnum illud usque in finem perseverantiae » donum se certo habiturum , absoluta et infallibili cer-» titudine dixerit ; nisi hoc ex speciali revelatione didice-» cerit : anathema sit. »

LXXIX. Can. 22. « Si quis dixerit, juslificatum vel » sine speciali auxilio Dei in accepta juslilia perseverare » posse, vel cum eo non posse : anathema sit. » Ce canon réprouve l'opinion de Jean Fonseca, évêque de Castella-mare, qui disait que l'homme juste n'a pas besoin ordi-nairement d'un secours spécial pour observer les com-raandemens, mais qu'il suffisait du secours général qui n'est refusé à aucun juste, et que le secours spécial n'était nécessaire que pour l'observation de quelque précepte d'une difficulté extraordinaire.

LXXX. Can. 25. « Si quis hominem semel justifica-» tum dixerit amplius peccare non posse, neijue gratiam » amittere, atque ideo eum, qui labitur, et peccat, nun-» quam vere fuisse justificaium; aut contra, posse in tota ï vita peccata omnia, etiam venialia, vitare, nisi ex spe-» ciali Dei privilegio, quemadmodum de beata Virgine » tenet Ecclesia : anathema sit. »

LXXXI L6 chap. 14 traite du mode d'après lequel ceux qui ont perdu la grâce peuvent la recouvrer, et il y est dit : - Qui vero ab accepta justif calionis gratia per

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» peccatum exciderunt, rursus justificari poterunt per ».poenitentiae, sacramentum ; etenim Christus iesus sa-» cramentum instituit, poenitentiae, cum dixit : Accipite » Spiritum Sanctum, quorum remiseritis peccata, remit-» tentur eis. Unde docendum est, christiani poenitentiam. »,aliam esse a baptismali : eamque continere non modo « cessationem a peccatis, et detestationem eorum, verum » etiam eorumdem sacramentalem confessionem, saltem ? in volo, et suo tempore faciendam, et sacerdotalem » absolutionem. Itemque satisfactionem, per jejunia, tlc, » Non quidem pro poena aeterna, quae cum culpa remit-» lilur, sed pro poena temporali, quœ non tota semper, sut in baptismo fit, dimittitur illis, etc. »

LXXXII. De là suit le can. 29. « Si quis dixerit, eum,

» qui post baptismum lapsus est, non posse per Dei gra-» liara resurgere ; aut posse quidem, sed sola fide amis-» sam justitiam recuperare sine sacramenlo poenitentiae, » prout sancta romana, et universalis Ecclesia, a Christo » Domino, et ejus apostolis edocta, hucusque professa » est, servavit, et docuit : anathema sit. »

LXXXIII. Dans le chapitre 15, il est dit que tout péché mortel fait perdre la grâce, mais non la foi. « Non modo » infidelitate, sed etiam quocumque alio mortali peccato » gratiam amitti, etc. » Quelques-uns voulaient qu'on ne mît pas infidelitate, mais apostasia; mais le mol fut laissé pour l'opposer aux paroles mêmes de Luther, qui se ser-vait de ce terme infidelitate.

? LXXXIV. De là le can. 27. « Si quis dixerit, nullum » esse mortale peccatum, nisi infidelitatis, aut nui'o alio, » quantumvis gravi, et enormi, praeterquam infidelitatis, • peccato, semel acceptam gratiam amitti : anathema sit.»

LXXXY, Can. 28. « Si quis dixerit, amissa per pecca-

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» tum gratia, simul ei fidem semper amitti-: aut fidem, » quse permanet, non essse Veram fidem , licet non sit «viva; aut eum, qui fidem sine caritate habei, non esse » Christianum : anathema sit. »

LXXXVI. Le chapitre 4 6 traite du mérité des bonnes œuvres.

Il est bon, pour l'intelligence de ce chapilie, d'é-tablir la distinction du mérile de condigno avec le mérite de congruo, et les conditions de l'un et de l'autre. Le mé-rite de condigno est celui auquel, d'après la promesse'de Dieu, la récompense est due par justice. Le mérité de con~ gruo est celui auquel Dieu accorde quelque faveur,' non point par justice, mais par une soric de convenance.

LXXXVII. Pour* le mérite dé condigno, trois conditions sont requises* : l'une à l'égard de l'opérant, l'autre a l'é-gard de l'œuvie, et la troisième à l'égard de Dieu. A l'é-gard ûc l'opérant, ii faut qu'il soit juste et en voie; s'il est séparé de Dieu, il ne peut plus acquérir aucun mé-rite « Sicut palmes (dit le Seigneui) non potest ferre friïc-» tum a semetipso, nisi manserit in vite ; sic et vos nisi io » me manseritis. » (Jo. xv. 4.) H doit aussi être en voie, parce qu'après la mort l'homme est sorti également de la voie cl ne peut plus avoir ni méritent démérite. G'esl pour-quoi Papoue recommandait de faire le bien pendant la vie, parce qu'après la mort aucun mérite ne peut plus être acquis : « Ecce nunc tempus acceptabile, ecce nunc *> dies salutis. » (II. Cor. vi.) « Dum tempus habemus, » operemur bonum. » (Gal. vi. 88.)

LXXXV1H. A l'égard de l'œuvre, il faut qu'elle soit digne, qu'elle procède d'un motif surnaturel, et qu'elle soit rap-portée àDieu, au moins par intention virtuelle, alors qu'elto est opérée,'commelc disentSylvius et Suarez.il faut encore qu'elles^! faite, non par aucune nécessité simpleou relative.

LES HHRéTIQUES. 279

mais ayec pleine et entière liberté; d'où il suit que la libera-de coaction ne suffit pas, comme le prétendait Jansenius, car cela a été condamné dans sa troisième proposition.

LXXXIX. Enfin, à l'égard de Dieu, il faut le pacte, c'esl-à-dire sa promesse ; car il ne peut exister pour Dieu aucune cbligalion de rémunérer que par suile de sa seule promesse. S- Augustin écrit (in psalm. 83) : « Debilorem »JDominusipse se fecit, non accipiendo, sed promiitendo. » ,??? ei dicimus : redde quod accepisti, sed rcdde quod » promisisti. »

. XC. Quant au mérite de congruo, il faut que l'oeu-vre soit digne, libre et surnaturelle; mais à l'égard de l'opérant, il n'est pas nécessaire qu'il se trouve en grâce, parce que l'acte même de piélé le dispose à recevoir la giâce. il n'es! pas non plus besoin à l'égard de Dieu d'une promesse, parce que l'œuvre surnatureUement digne a par elle-même la congruilé d'obtenir de Dieu la fdvenr qui lui convient de congruo.

XCI. Les luthériens et les calvinistes disent, non-seule-ment que la foi seule justifie, mais que toutes les œuvres des justes, loin d'êlre méritoires, sont au Contraire de véri-tables péchés, étant opérées sous l'influence du péché d'A-dain , qui rend mauvaises toutes les œuvres de ses dôs-cendans; seulement, ajoutent-ils, ces péchés-là ne leur sont pas imputés. Mais on oppose a celte doctrine l'évan-gile où le Seigneur dit : « Gaudete, quoniam merces VPS-»tra copiosa est in coelis.» (Mallh.v)'La récompense sup-pose les bonnes œuvres et le viai mérite.

. XC1I. Mais, disent-ils, on trouve dans Isaïe (chap. uiv): » Quasi pannus men-irualse omnes justiluenoslise. » On répond qu'il ne s'agit pas ici des œuvres des justes, mais des forfaits que les Hébreux commettaient en ce temps-

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là, et qui devaient les faire tomber au pouvoir du roi de Babylone, comme l'explique S. Cyrille sur ce passage. Du reste, Jésus-Christ lui-même a déclaré la bonté des œuvres des justes, lorsqu'il a dit : « Sic luceat lux vestra coram » hominibus, ut videant opera veslra bona, et glorificent » patrem vestrum. » (Matih.) Aussi, S. Pierre dit : « Qua-» propter, fratres, magis satagite, ut per bona opera cer-» tam vestram vocationem et electionem faciatis.» (II. Petr. i. 10.) Si toutes les œuvres étaient des péchés, ce serait aussi un péché que l'exercice de la foi par laquelle seule nos adversaires disent eux-mêmes que l'homme est justifié. Ce serait aussi un péché que cette demande du pardon, «dimilte nobis debita nostra;» en sorle que par le péché même l'homme parviendrait à être justifié, en obtenant par le moyen de celle prière (qui étant œuvre de l'homme tombé serait elle-même coupable) la rémis-sion de ses fautes ; absurdités intolérables.

XCIII. Ils répliquent : Mais en admettant le mérite de l'homme, on écarte les mérites de Jésus-Christ. Un mot suffit pour répondre : c'est que les mérites des justes ti-rent leur vertu non d'eux-mêmes, mais de ceux de Jésus-Christ, d'où provient toute la bonté des premiers.

XCIV. Ils opposent encore ces paroles de Jésus-Christ à ses disciples : « Cum feceritis omnia quœ praecepta sunt » vobis, dicite: Servi inutiles sumus, quod debuimusfa-» cere, fecimus. » (Luc. xvn. 40.) Donc, disent-ils, les œuvres des justes ne sont pas véritablement méritoires. On répond qu'elles sont dites inutiles, non parce qu'elles ne servent pas pour mériter, mais parce qu'elles n'au-raient aucune valeur sans la grâce, et que sans la pro-messe divine elles ne seraient aucunement utiles au sa-lut : d'autant que dans toutes nos bonnes œuvres nous

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ne fesonsiien que ce que nous sommes tenus de faire.

XCV. Mais écoulons maintenant ce qu'enseigne le con-cile: «

Iustificatis, sive acceptam gratiam conservaverint, » sive amissam recuperaverint, proponenda est vita aeterna, » et tanquam gratia filiis Dei per Christum Jesum pro-» missa ; et tanquam merces ex ipsius Dei promissione » ipsorum meritis reddenda, etc.; cum enim ipse Chris-» tus Jésus tanquam caput in membra ; et vitis in pal-» mites in ipsos juslificatos jugiter virtutem influat : quae » virtus bona eorum opera semper antecedit, comitatur, » et subsequitur : et sine qua nullo pacto Deo grala, et » meritoria esse possent, nihil juslificalis amplius deesse » credendum est, quo divinae legis satisfecisse, et vitam «œternam, si in gratia decesserint, consequendam, vere «promeruisse censeantur, etc. Ita neque propria justilia, » tanquam ex nobis propria statuitur : neque requiritur » jusliiia Dei : quae etiam juslilia nostra dicilur, quia per » eam nobis inhaerentem juslificamur, illa eadem Dei est, » quia a Deo nobis infunditur per Christi meritum, quod » sicut bonis operibus merces tribuatur, etc., absit tamen » ut christianus in seipso vel confidat vel glorietur et non » in Domino : cujus tanta est erga homines bonitas, ut » eorum velit esse merita, quae sunt ipsius dona, etc. » Les paroles de ce chapitre sont toutes prises de l'écriture ou des saints, et spécialement de S. Augustin.

XCVI. A ce chapitre correspondent les can. 26. « Si quis »

dixerit, justos non debere pro bonis operibus , quae in » Deo fuerint facta , expectare et sperare aeternam relri-» butionem a Deo per ejus misericordiam, et Jesu Christi » meritum, si bene agendo, et divina mandata custo-» diendo, usque in finem perseveraverint : anathema sit. »

XCVH. Can. 31. « Si quis dixerit, iustificatum pec-

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» cave, dum inluilu aeternae mifcedis bene operatur :

» anathema sit. »

XGVIII. Can. 32. « Si quis dixerit, hominis justificati » bona opera ita esse dona Dei, ut non sint eliam bona » ipsius juslif eali mer la ; aut ipsum juslificatum bonis » opeiibus, quae ab eo per Dei giatiam, et JesuChrisli » meritum, cujus vivum membrum est, fiunt, non vere » mereri augmentum gratiae, vitam aeternam, et ipsius » vitae aeternae (si tamen in gratia decesserit) eonsecu-» tionem, atque etiam glorias augmentum : anathema s sit. »

XC1X. De là, se déduit la fausseté de ce que disent les novateurs, que la justice est égale dans tous les justes (Luther proférait le blasphème que sa femme était sainte à l'égal de la bienheureuse Vierge), puisque S. Jean dit que la justice peut s'accroître : « Qui juslus est, juslifi-» celur adhuc, et qui sanctus est, sanctificetur adhuc. » (Apoc. cap. ull.) Si donc la justice peut croître dans cha-que juste selon sa propre coopéra lion, les justes ne peu-vent avoir tous un égal mérile.

Can. 33. * Si quis dixerit, por hanc doctrinam caiho-» licam de iustificatione, a sancta synodo hoc praesenti » decreto expressam, aliqua ex parte gloriae Dei, vel me-» rilis Jesu Christi Domini noslii derogari, et non potius » veri talem fidei nostrae, Dei denique ac Christi Jesu glo-» riam illustrari : anathema sit. »

COJSTBE LES HéRéTIQUES. 283

TRAITé SUPPLéMENTAIRE.

nu MODE D OPERATIO»; DE LA «RACE.

C. Nous avons parié jusqu'ici, on suivanl les décisions du concile, de la justification et du mérite qui sont les effets de la grâee : j'ai pensé qu'il sortiri agréable ati lec-teur que j'exposasse Ifs divers systèmes des theologicas touchant le mode d'opération de la giâce. C'est ce que je vais faire succintemenl, ei je terminerai en disant quelle est la doctrine quo j'ai adoptée, et qui me paraît la plus probable et la plus raisonnable do toutes.

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