Traité contre les protestants (page 7)

Alphonse de Liguori · Doctrine

Texte français, domaine public · Source : jesusmarie.free.fr — Traité contre les protestants · 23 pages

Fiche de l’œuvre dans le savoir

CI. Il y a sept systèmes au moins principaux sur celle malièie

: 1 le s}Mème des ihomistes; 2« celui de Mo-lina; 5 des'congruistes ; 4 de Thomassin ; 5 des au-gusliniens; 6 du P. Berti; 7 du cardinal de INoris et de Tournely, que j'ai t,uivi. Commençons suivant l'ordre in-diqué, par lesytèmedes thomistes.

Ier. Du système des thoinisies.

Cil. Les thomistes, aussi bien que toutes les autres écoles, distinguent la giâce suffisante delà grâce efficace. La suffisante ou autrement grâce excitante, est celle qui meut h volonté de l'homme el lui confère la force de pouvoir choisir et agir. Mais une telle faculté ne peut ce-

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pendant se résoudre en acte si on ne reçoit aussi de Dieu le secours efficace et physiquement prémouvanl appelé secours quo pour le distinguer du secours sine quo, qui est attribué à la grâce suffisante. De sorte, qu'avec le se-cours de la grâce suffisante, on obtient seulement les bons désirs et autres pieux mouvemens de la volonté, mais indécis, et qui n'ont pas d'effet complet. Au con-traire, avec le secours delà grâce efficace on obtient l'ac-complissement actuel de l'œuvre, de façon que la grâce efficace applique physiquement la volonté de l'homme, et à la détermination à l'acte et à l'exécution de l'œuvre.

CUI. Ils disent que cette grâce a toujours été nécessaire aussi bien dans l'étal de la nature innocente que dans ce-lui de la nature corrompue; par la raison que toute vo-lonté créée doit, quoique libre, rester dans la dépendance de la volonté de Dieu, qui est le principe de toute li-berté. Ils disent de plus que dans l'état présent de la na-ture déchue, il est encore nécessaire que la grâce efficace soit aussi médicinale, comme donnée par Jésus-Christ, ti-tulo infirmitatis, parce que bien que par l'aide de la grâce suffisante, l'homme ail la puissance de faire le bien, néanmoins, à cause de l'infirmité contractée par le genre humain avec le péché d'Adam, elle ne vaincrait jamais les obstacles si elle n'était appuyée du secours de la grâce efficace médicinale. Ainsi parlent Cajélan, Alvarez, Le-mos et autres.

CIV. Les thomisles fondent leur principal système de la prédétermination physique sur la raison que Dieu est la première cause et le premier moteur des actes de la vo-lonté créée ; et que comme celui qui a le pouvoir suprême et absolu sur tout pont selon sa volonté lotile-puissanle diriger la nôtre où il veut; ainsi Dieu comme causepre-

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mière détermine les causes secondes» c'est-à-dire la vo-lonté créée et l'applique à l'acte.

Exposition des difficultés opposées au système des thomistes.

GV. ïe dois avertir qu'en exposant les objections faites aux systèmes désignés, je n'entends pas examiner à fond chaque système, mais en donner seulement un aperçu et faire connaître les difficultés principales qu'ils rencon-trent.

CVI. La plus forte objection faite au système des tho-mistes, c'est qu'en l'admettant on ne peut plus com-prendre comment avec la prédétermination physique, l'efficacité de la grâce peut encore s'accorder avec la li-berté de la volonté humaine. Voilà ce que démontre par deux argumens Honoré Tournely (dans son traité de théo-logie, tom. 5. par. 2. art. 3. 5. p. 425). Son premier argument est celui-ci : ce qui procède de toute détermina-tion de la volonté d'un autre et a une connexion méta-physique certaine avec cette détermination ou volilion, semble détruire notre liberté ; et telle est la grâce efficace prédéterminante des thomistes. On sait qu'ils répondent par la distinction de la puissance et de l'acte, et celle de la puissance dans le sens composé et dans le sens divisé, mais avec tout cela la liberté de l'homme ne reste pas suffisamment intelligible. Thomassin écrit (tract, degrat. «ap. 8) : « Si enim haec auxilia proximam dant pole&ta-» tem, qui fit ut praeceptum observet nemo ? aut quo-» modo vere sufficientes sunt, si praeterea gratia efficax » est necessaria? Non habet potestatem sufficientem, cui » deest auxilium necessarium. » Gomment ponvons-nous comprendre, dit Thomassin, que la grâce suffisante

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donne la vraie puissance d'observer le précepte quand pour réduire en acle celle puissance, la grâce efficace est encore nécessaire? Et si la giâce efficace est nécessaire pour réduire en acle la puissance, comment concevoir que la grâce suffisante soit réellement suffisante? Et voilà ce qui rend inintelligible comment dans un tel système la volonté humaine reste en effet libre,

CVII. Le second argument est celui-ci : on ne peut repu 1er coupable celui qui n'accomplit pas le précepte lorsqu'il est privé de ce qui est absolument nécessaire pour cet accomplissement. Or dans le système de la pré-motion physique nécessaire à l'accomplissement actuel du précepte, si l'homme n'a pas une telle giâce efficace, il se trouve privé du secours nécessaire. Donc en n'ac-compb'ssant pas le précepte, il no peut être inculpé puis-qu'il est pri\é du secours nécessaire pour cet accomplis-sement.

CVI1ï. A ces deux argumens on en ajoute un troisième tiré de l'obligation d'avoir l'espérance chrétienne. L'es-pérance de la vie éternelle et de la grâce requise pour l'obtenir, doit être en nous ferme et certaine. S. Thomas dit (2. 2. qu.18. a. 4.): « Spes est certa expectatiobeati-* tiiudinis. » Le concile de Trente parle de même (Sess. 6. cap....) : « In Dei auxilio firmissimam spem collocate et » reponere omnesdebent.» Auparavant S. Paul avait écrit: « Sciocuicredidi, et certus sum, quia potens est depositum » meum servare. s> (IL Tim. ?.) L'espérance humaine peut bien n'être qu'une attente incertaine, puisqu'elle dépend de la volonté changeante de l'homme qui a pro-mis ; mais l'espérance chrétienne s'appuyanl sur la pro-messe de Dieu, qui est immuable, est ainsi certaine, et la ciainte de ne pas obtenir la vie éternelle, ne peut avoir

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de fondement que de noire part, si nous mettons obstacle à la grâce divine. C'est pourquoi le Seigneur a voulu que nous soyons toujours dans la crainie de nous-mêmts, mais que nous ayons une ferme espérance en lui pour noire salut, si nous ne tombons pas en faute, el que nous croyons qu'il peut cl \eul nous sauver. Mais en oulre du précepte de l'espérance, Dieu nous a imposé celui de la prière : « Petite ef accipietis. » A la fin de ce supplément, nous prouverons, selon notre système, que Dieu donne à tous la grâce suffisante de prier actuellement, si nous le voulons, et par la prière d'obtenir ensuite la" grâce efficace, "pour accomplir les préceptes et spécialement celui de l'espérance; mais si la grâce suffisante n'a point lu vertu de nous faire prier actuellement, comme disent les tho-mistes, ot si pour l'acte de la prière il fallait encorel.i grâce effwace, laquelle n'est point donnée à tous ; di.ns ce cas nous n'avons aucun fondemeut certain en Dieu d'espérer la béatitude éternelle, et notre incertitude viendrait encore de la part de Dieu, et alors voilà l'espérance chrétienne détruite, laquelle pourtant, suivant l'apôtre, doit ôlre ferme et assurée : « Qui confugimus ad tenendam pro-» positam spem, quam sicnl ancoram habemus animas » tutam ac firmam. » (Hebr. vi, 48.)

C1X. Je le dis, en vérité, si j'adoptais le système de ceux qui nient que la grâce suffisante ait la force de faire actuellement piier sans autre secoure, de sorte qu'il fallût eu outre la grâce efficace de prier, comme disent les tho-mistes el le P. Beïli, selon leus système, je ne saurais vraiment comment faire un acte d'espérance, parce que tout en m'appuyanl sur la toute-puissance, la misericorde et la fidélité de Dieu, je devrais encort me fonder SUHJ confiance d'obtenir la grâce efficace de prier; bien qu'or-

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djnairement, comme l'enseigne S. Augustin, Dieu n'ac-corde ses giâces qu'à ceux qui le prient. Mais pour celte grâce efficace de prier nous n'avons point de pio-messe de Dieu, et il est certain que les grâces efficaces ne se donnent point à tous ; je ne pourrais donc faire que cet acte conditionnel d'espérance : « Si Dieu me donne la grâce efficace de prier, j'espère, par le moyen de la prière, si je veux la pratiquer, d'obtenir la grâce efficace, d'accomplir et le précepte de l'espérance et tous les autres, et de me sauver ; mais si Dieu ne veut pas m'accorder la grâce efficace de prier, comme il n'est point tenu de me la donner, alors je n'aurai plus aucun moyen, pas même celui de la prière, pour obtenir la force d'accomplir ni le précepte de l'espérance, ni les autres, et dans ce cas, je ne peux espérer de me sauver. »

CX. Le P. Molina, dans sa Concorde, n'admet point le système de la grâce efficace par elle-même et ab intrinseco, le regardant comme opposé à la liberté de l'homme; et il veut que dans tout état de nature innocente ou corrompue, toute grâce actuelle, telle que celle qui provient de Dieu, suffise pour conférer à notre volonté la force d'opérer ac-tuellement, avec la pleine liberté de pouvoir à son choix y adhérer, sans aucun autre secours, ou ne pas y adhérer, de sorte que quand l'homme y adhère, il la rend efficace, et quand il n'y adhère pas, il la rend inefficace.

Qfl> Ainsi s'exprime Molina (In Concordia, q 14 a. IS. disp. 40.). Voici ses propres paroles : « Illud auxilium » inefficax dicatur, cum quo arbitrium pro sua libertate » non convertitur, cum potuerit converti, alioquin tale

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«auxilium sufficiens non esset ad conversionem. » La même opinion a pour défenseurs Lessius, Valenlia el au-tres seclaieurs. Ainsi la grâce suffisante el la giâce efficace n'ont aucune différence pour eux, puisque l'efficace n'a rieu de plus que la suffisante; mais que la grâce devient efficace ou inefficace, suivant que la volonté de l'homme ? y adhère ou lui résiste, elparlà la volonlé est entièrement libre pour l'assentiment ou le dissentiment. De cette ma-nière, la moindre grâce est aussi efficace que la plus grande.

??1?. Il dit ensuite que le consenlemeni de notre vo-lonté ne donne pas la force à la grâce et ne la rend, pas efficace dès l'acte premier, puisque toute la forec de la grâce vient de Dieu ; mais le consentement, qui dépend de notre volonlé, détermine la grâce ; el il esl la condition, posé laquelle la grâce est rendue efficace dans l'acte se-cond ; de môme que les sacremens sont bien efficaces in actu primo, mais il dépend des dispositions de celui qui les reçoit qu'ils deviennent efficaces in actu secundo et produisent la grâce. Il dit encore que l'homme paria grâce prévenante obtient un mouvement pieux dans sa volonlé., mouvement qui le sollicite à consentir; puis, avec la grâce coopérante, il consent de pleine volonlé et opère actuellement. .

CXIII. Touie la différence entre la grâce efficace des thomistes el celle de Molina consiste donc en ce que les tho-mistes, outre l'influence de la grâce excitante, veulent, afin que la grâce soit efficace, la prémolion physiquediviuean térieure de nature et de causalité", laquelle Jé wrVnine'phy-siquemcnile consentement. Molina au contraire veut que cette action physique divine ne soil pas antérieure, mais simultanée avec l'action de la volonté.

Molina dit aussi que dans l'état d'innocence la grâce XIV 19

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accordée aux anges et à l'homme ne fut pas purement efficace ab intrinseco, mais fut \ersatile et efficace ab eventu, comme elle est àt présent. H ajoute qu'il n'y a point de prédestination sans prévision des mérites, ni réproba-tion sans prévision des péchés. Il établit de plus qu'il n'y a point, comme disent les thomisies, de décrets absolus, efficaces par eux-mêmes, et qui précéderaient la détermi-nation libre de la volonté.

CX1V. Parlant ensuite de la manière dont Dieu décrète le salut de chaquebomme, il établit la science médiate, et dît que le Seigneur, parla science de simple intelligence, voit tout ce qui est possible et tes combinaisons infinies des choses; d'un autre côté, par la science de vision , il connaît toulcequi doit être. Il dit ensuite que Dieu, par la science médiate, voit les futurs condilionnels, et con-naît ainsi ce que l'homme placé dans telle ou telle cir-constance fera avec telle ou telle grâce, et par là il porte son décret absolu de donner à l'homme la grâce avec la-quelle il fera le bien et y persévérera, et sans laquelle il omettra de faire le bien ou au moins n'aura pas la per-sévérance. Ainsi, pour conclure, Molina fait reposer toute l'efficacité de la grâce dans la détermination de la volonté humaine, et l'enlève à la détermination de la volonté divine ; mais là gît la principale difficulté qui s'oppose à sa doctrine, Comme nous allons le voir.

Difficulté opposée au système de Molina.

CXV. On ne nie pas que dans le système de Molina la grâce ne se concilie mieux avec la liberté; mais il se rencontre une bien grande difficulté, c'est qu'une telle doctrine n'est point conforme aux divines écritures, les-

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quelles, au moins pour l'étal présent de la nature déchue, expriment trop clairement que la grâce est efficace par elle-même et ab intrinseco, et non parle consentement de la volonté, et que la grâce est la cause qui détermine la volonté et lui fait opérer le bien. Comment avec cela peut-on dire que l'efficace de la grâce ne blesse en rien la li-berté de l'homme ? nous le verrons dans le dernier sys-tème, qui est celui que nous défendons. Voici les passages de l'écriture qui nous font connaître clairement que la grâce ne devient point efficace ab extrinseco, c'est à dire par la détermination de la volonté humaine ; mais ab in-trinseco, c'est-à-dire que la volonté de Dieu détermine notre volonté, et que l'action de la grâce nous fait opérer le bien. CXVL Commençons par citer les passages qui le dé-montrent. S. Paul écrit : « Ipsius enim sumus factura, » creati in Christo Jesu in operibus bonis, quae prsepa-» ravit Deus ut in illis ambulemus. » (Ad Ephes. u. 10.) Notez ces mois : « creati in operibus bonis. » Si nous som-mes créés dans les bonnes oeuvres, Dieu a donc fait par son décret que nos œuvres eussent l'effet qu'elles ont. Il y a de plus, « quae praeparavit Deus : » or si Dieu prépare nos bonnes œuvres, il a donc prédestiné celles que nous de-vions faire. Enfin, il est dit : « ut in illis ambulemus; » il a préparé nosbonnesœuvres, non parce qu'ilaprévuquenous nous y porterions, mais parce qu'il fait par sa volonté que nous nous y portons. Le Seigneur parle de même dans Eze-chiel (xxxvi. 26.) « Et faciam, iit in praeceptis meis ambu-» letisel judicia mea custodiatis. » II dit : « El faciam, »

re-marqueS. Augustin, « praebendoscilicetviresefficacissimas » voluntati.»(Lib.de grat.ellib.arb.c.6.)L'apôlredilaussi: « Deus est qui operatur in vobis velle ei proficere pio bona » voluntate. »(Phil.u.l5.) S. Augustin : « Id est operatur

19.

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» ut velimus et operemur, » e? le saint docteur ajoute: « Nos ergo volumus, sed Deus in nobis operatur velle et » perficere. » (De dono persev. cap. 13.) Et remarquez que S. Augustin ne dit pas que Dieu fait que nous puis-sions vouloir, ce qui regarde la grâce suffisante, mais que nous voulons et agissons, ce qui est le propre de la grâce efficace.

CXVII. Continuons en citant les autres passages qui expriment la même chose : « Sicut divisiones aquarum, » ita cor regis in manu Domini, quocumque voluerit, » inclinabit illud. » (ProY. xxi. 4.) « Non est qui possit » tuae resistere voluntati, si decreveris, etc.» (Esth.xu. 9.) « Consilium meum stabit, et omnis voluntas mea fiel. » (Isa. XLvi. 10.) « Dominus exercituum decrevit, et quis » poterit infirmare? » (Idem. xiv. 27.) Si jamais la vo-lonté humaine pouvait déterminer la divine, comment ces textes se trouveraient-ils exprimer des vérités? L'a-pôtre dit : « Deus operatur omnia secundum consilium » voluntatis suae. » (Ad Ephes. 1.11 et 12.) Donc Dieu n'attend point notre consentement, autrement il n'opére-rait pas selon la délibération de sa volonté, mais de la nôlre.

CXYIII. Poursuivons : « Ne supra quam scriptum est, » unus adversus alterum inflelur proelio. Quis enim te ? discernit! Quid autem habes quod non accepisti? Si » autem accepisti, quid gloriaris, quasi non acceperis? » (I. Cor. iv. G et 7.) Si le décret divin n'est pas efficace par lui-même, mais seulement indifférent et dépendant du consentement de noire volonié, la cause qui déter-mine à consentir ou à ne pas consentir à la grâce ne sérail plus la volonté de Dieu, mais celle du consentant, qu'il lire de son libre arbitre. El ainsi un homme pourrait se glorifier à l'égard d'un aulre et dire : Je me suis élevé

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au dessus de toi en déterminant par mon consentement la volonté de Dieu au bien ; contre ce qu'enseigne l'apô-tre. S. Jean dit encore : « Non quasi nos dilexerimus » Deum, sed quoniam ipse prior dilexit nos. » (Jo. ep. 1. cap. A. f. 40.) Si la grâce était indifférente et que notie consentement la déterminât, l'homme aimerait Dieu avant que Dieu aimât l'homme.

CXIX. Nous savons bien que Molina et aes adhérensne manquent pas de tourner lesensdecestexles en faveur de leur doctrine; mais ils ne peuvent nier que ces passages dans leur sens simple et naturel ne démontrent l'effica-cité de la grâce ab intrinseco. D'autant plus que les saints Pères ou au moins la plus grande partie d'enlr'eux, les ont ainsi entendus, et spécialement le docteur de la grâce, S. Augustin, dans les textes que nous faisons suivre ici.

CX.X. Outre les diverses sentences de ce Père, que nous avons déjà rapportées, considérons d'autres passagers, qui expliquent bien clairement la question. Il écrit que la grâce excitant la volonté humaine, non-seulement la fait agir, mais la fait agir volontairement, sansaucune lésion de la li-berté; voici ses paroles: « Trahitur ergo (voluntas) miris » modis, ut velit ab illo qui novit in ipsis hominum cordi-» bus operari ; non ul homines nolentes credant, sed ut » volentes ex nolenlibus fiant. » (S, Augustin, lit», i. contra duas ep.Pelag.cap.19.) Dans un autre endroit il explique que Dieu a la puissance omnipotentissima d'incliner où il veut les cœurs des hommes, et que tout ce qu'il opère ainsi, il ne le fait qu'avec la volonté des hommes eux-mêmes : « Qui tamen (Deus) hoc non fecit, nisi per ipso-» rum hominum voluntates, sine dubio habens huma-» norum cordium inclinandorum omnipolemissimam » potestatem. » (De correpl. et grat. cap.

44. ?. 43.) Et

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ailleurs : « Agit omnipotens Deus in corde hominum, ut » per eos agat» quod eos agere voluerit. » (Idem de grat. et lib. arb. e. 10.) Comment S. Augustin eût-il pu plus clairement exprimer que c'est Dieu qui opère quand nous agissons et que notre volonté n'est point la cause qui nous fait agir ? Il est vrai que dans nos œuvres nous agis-sons de fait librement, mais cela est encore un effet de la volonté toute puissante de Dieu, qu'en nous faisant agir elle nous fait agir avec toute liberté. »

GXXI. S. Thomas enseigne la même doctrine en plu-sieurs endroits : « Deus voluntatem movet immutabiliter » propter efficaciam virtutis moventis, quse deficere non » potest; sed piopter naturam voluntatis motse, quasin-» differenler se habet ad diversa, inducitur necessitas, » sed manet libertas-.»(S.Thom. de malo.q.6.a.l.ad3.) Et ailleurs : « Si Deus movet voluntatem ad aliquid, im-» possibile est poni, quod voluntas ad illud non movea-» tur. » (1.2. q. 10. a. 4. ad 5.) Dans un autre endroit, il dit : « Impossibile est, haie duo simul esse vera, quod » Spiritus Sanctus velit aliquid movere ad actum chari-» latis, et quod ipse charilalem amittat peccando. » (II. 2. q. 24. a. 11.) Nous omettons les autres passages pour ne pas fatiguer le lecleur.

CXXII. La doctrine des congruistes place l'efficace de la grâce dans la congruité (convenance) de temps, de lieu et d'état dans lequel se trouve la persone au moment de l'acte: et suivant la congrui lé cTe ces diverses circonstances la grâce devient efficace ou inefficace, en sorte que, posé telles ou telles circonstances, Dieu accordera à l'homme le secours

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intrinsèque congru (convenable), qui le fera agir, et que hors de ces circonstances il n'agira pas.

Difficulté qui contredit le système des congruistes.

CXXIII. Celle doclrine a d'abord contre elle la même difficulté que celle de Molina, puisqu'elle enlève l'effi-cace de la grâce à la volonté divine, qui par elle-mêine détermine la volonté de l'homme et la fait agir suivant ce qu'elle a décrété. En outre, s'il était vrai que l'efficace de la gvâce consistât dans ce secours congru donné par Dieu dans certaines circonstances, il s'ensuivrait que ce secours lui manquant, l'homme, sans qu'il y eût de sa faute, serait privé de la grâce qui lui est nécessaire pour son salut, sans 'avoir aucun moyen de l'obtenir. Celle objection a déjà été faite au système des thomistes et elle s'applique également ici. Si cette grâce congrue est efficace, ab intrinseco, elle dépend entièrement de Dieu et dans ce cas, posé les circonstances non congrues, elle n'aura jamais son effet. Si d'autre part cette grâce est effi-cace ab extrinseco,.c'est-à-dire qu'elle dépende du consen-tement de l'homme, de façon qu'elle soit efficace quand la volonté .y adhère, et inefficace quand elle n'y adhère pas, celle grâce congrue n'est autre alors que la grâce de Molina.

??. Du système de Thomassin.

CXXIV. Louis Thomassin dans sa Théologie dogmatique (tam. 5.

tract, 4. cap. 48.) fait naître l'efficace de la grâce de l'aggrégalion de plusieurs aides intérieurs et extérieurs au moyen desquels la grâce circonvient tellement la vo-lonté .de l'homme, qu'elle en obtient infailliblement le

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consentement; en sorte que (comme il dit) la volonté de l'homme est déterminée au consentement par ces aides, mais moralement et non physiquement.

Difficulté qui s'oppose au système de Thomassin.

CXXV. Cette difficulté est que d'après ce système au-cun aide particnlier de la grâce ne serait infalliblement efficace, puisque toute son efficacité dépend du concours de plusieurs aides; mais la généralité des saints Pères ainsi que S. Augustin, S. Thomas et les auties théolo-giens, assignent un aide déterminé ou cause particulière par laquelle la grâce opère efficacement.

V. JDu système des augusliniens : de la délectation absolument victorieuse.

GXXVI. Les augustiniens dans ce système distinguent l'état de h nature innocente de celui deïa nature déchue; et ils disent que dans le premier la giâce fut versatile et qu'elle se déleiminait par le consentement de l'homme, comme le dit ftlolina ; mais dans l'état de la nature dé-chue, afin que l'homme puisse faire le bien, il lui faut la grâce qui, par elle-même et ab intrinseco, soit efficace pour toute bonne œuvre surnaturelle et détermine la vo-lonté au consentement : et cela à cause de la faiblesse contractée par l'homme dans sa volonté par suite du pé-ché originel. Ils veulent donc que l'efficace de la grâce consiste dans la délectation, non-seulement relative ou supérieure en degré, mais absolument victorieuse, par laquelle Dieu pousse infailliblement la volonté humaine au libre consentement, et que cette grâce opère non phjsi-uement, mais moralement.

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CXXVII. Ils disent de plus que la grâce suffisante nom-mée

«auxilium sine quo », donne à la volonté la force de s'exercer au bien , mais cet exercice n'a d'effet que quand survient l'aide médicinal de Jésus-Christ, la grâce efficace appelée « auxilium quo. » Ainsi, quand il s'agit de la nature corrompue, lesaugusliniens sonl thomistes, et quant à la nature innocente ils sont de l'opinion de Mo lina.

Difficulté opposée au système des augustioiens.

CXXVIII. Cette difficulté est que bien que l'homme soit le plus souvent mu par la délectation, néanmoins souvent aussi, il l'est par d'autres motifs, de pudeur, de désir, de haine, d'amour de la justice , de crainte des peines. S. Augustin écrit : « Non vis tua tibi vilia àe-» monslrari, ut fiat tibi utilis dolor, quo medicum quse-

» ras.....quasi aut nihil agat limor correpti hominis vel

»'pudor vel dolor. » (Lib. de correp*t. et gral. cap. 5.) Et ce saint déclare que la constance de quelque mar-tyrs eût cédé si la crainte de l'enfer n'avait affermi chez eux la charité. Il ajoute encore que Dieu, « miris et inef-» fabilibus, diversis et innumerabilibus modis, » appelle à lui les hommes, d'où il suit qu'il ne.les attire pas par la seule délectation. En outre, il arrive souvent que l'homme est attiré par les deux délectations, celle du péché et celle de la justice ; mais quelque autre motif étranger survenant ensuite, il détermine dans un sens ou dans l'autre, en sorie qu'on ne peut dire que l'homme agit par la seule délectation.

TRAITé

VI. Du système du P. Berti et de ses adhérens

: de la délecta-tion victorieuse relativement, c'est-à-dire par la supériorité du degré.

CXXIX. ? faut rappeler ici que le système de Jansenius consiste à rapporter tout l'efficace de la grâce à la dé-Iectalion relativement victorieuse par la supériorité du degré;

d'où il suit que si la délectation céleste surpasse la terrestre, la première vaincra nécessairement, et qu'au contraire la délectation terrestre vaincra si elle surpasse la céleste en degré. C'est sur ce système qu'il fonda ses cinq propositions, qui furent depuis condamnées. Ce sys-tème de Jansenius diffère néanmoins de celui du P. Berti; car Jansenius disait que la délectation supérieure triom-phait nécessairement de l'inférieure.

Il disait bien aussi qu'en considérant la grâce indépendamment du rapport de degré supérieur de la délectation terrestre contraire, elle serait suffisante pour mouvoir la volonté vers le bien, mais en admettant la prépondérance de la délectation charnelle, la céleste devient de fait insuffisante pour at-tirer le consentement. Or, comment l'homme pourrait-il être inculpé lorsqu'il manque au précepte, s'il est néces-sité à ce manquement par la délectation charnelle? Janse-nius vit bien celte grande difficulté, et, pressé par elle, il fut conduit à dire que pour pécher il n'était pas besoin de la liberté d'indifférence, c'est-à-dire que l'homme soit libre de toute nécessité de pécher, mais qu'il lui suffit de la liberté de coaclion (c'est sa troisième proposition condamnée), c'est-à-dire qu'il ne soit pas contraint à pé-cher par une force extrinsèque : «Ad merendum et deme-» rendum, in statu naturae lapsae, non requiritur in ho-» mi ne libertas a necessi taie, sed suffici l H ber tas a coact ione. »

CXXX. Le P. Berli ne dit pas cela, mais il prétend que selon son système, bien que la delectati n la plus grande doive vaincre infailliblement, néanmoins elle ne nécessite pas le consentement.

Difficulté qui se rencontre au système du P. Bèrti.

CXXXI. Bien que le P. Berli dise que quand la dé-leclation est supérieure en degré, elle ne l'en: porte pas nécessairement, mais infailliblement, néanmoins, dans une telle hypothèse, la volonté n'ayant que des forces in-férieures, elle reste privée de la puissance de ? résister : puisque les forces inférieures ne peuvent plus >pérer au-delà de leur sphère d'activité, et ainsi la volonté est né-cessitée à suivre la délectation prépondérante. Quand un des plateaux de la balance descend par la sup Priorité de son poids, il est de nécessité que l'autre s'élèvt. ' CXXXII. Il ne sert à rien de dire avec le P. eili qu'il n'entend point parler de la délectation sans d< libération de Jansenius, que nous avons exposée plus h: ut ; c'est-à-dire de celle qui naît en nous sons aucun consentement de la volonté; mais que celle dont il parle est la délec-tation délibérée à laquelle se joint le libre consentement de l'homme, et qu'ainsi, bien que la déleclaticn prépon-dérante l'emporte certainement et infailliblemc ni, cepen-dant elle ne vainc pas nécessairement, comme le voulait Jansenius. Cela n'a nulle valeur, ai-je dit surtout après la réponse qu'y fait Tournely (Theol. t. 5. p. 2. q. 5. art. 1. conc. 5.), savoir que cette grâce, ou si l'on v< ut, la con-cupiscence, qui est infailliblement victorieuse par la pré-pondérance de ses forces, ne peut pas ne pas otre néces-sitante à l'égard du consentement de la volon é. Et il le

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prouve ainsi : « Ea gratia est necessitas, quae supponit » voluntatem destitutam vera potentia resistendi : atqui » talis est gratia infajlibiliter efficax ex virium gradnali » superioritale. Nam hujusmodi gratia supponit volunta-» lem non habere ad resistendum, nisi vires inferiores. » Repugnat autem, ut vires superiores, quae agunt utsupe-» riores, vincamur ab inferioribus; alias necesse esset, ut » inferiores operarenlur ultra suae activitatis gradus. »

CXXXHI. En vain répliquerait-on (dans le cas, par exemple, où la grâce serait supérieure en degré à la con-cupiscence) que les forces de la grâce, relativement vic-torieuses, sont bien mises en balance avec les forces de la concupiscence prises seules et en elles - mêmes, mais qu'elles ne le sont pas avec les forces delà concupiscence jointes à celles de la volonté contraire, et qu'ainsi, si la grâce est alors victorieuse, elle ne l'est pas nécessaire-ment , puisque les forces de la concupiscence jointes à celles de la volonté contraire pourraient bien résister et vaincre les forces de la grâce, quoique supérieures. Le même Tournely répond avec raison, qu'en parlant ainsi, les défenseurs du système de la délectation relativement victorieuse, ou sont obligés de le changer et de dire que la délectation supérieure en degré ne triomphe pas in-falliblement, mais seulement quand elle est jointe aux forces de la volonté, en sorte que si les forces de la vo-lonté se joignent à celles de la concupiscence, alors la grâce n'est point victorieuse, bien qu'elle soit supérieure en degré : par quoi leur système est détruit, et ils ne peu-vent plus dire que la délectation supérieure en degré est invinciblement victorieuse ; ou il fout qu'ils avouent sim-plement que quand la délectation est supérieure en degré à la conçupiscenceou à la grâce, elle triomphe non-seulement

CONTRE tES HéRéTIQUES. SOI

infailliblement, mais nécessairement; puisque, comme il a été dit plus haut, les forces inférieures ne peuvent avoir la puissance de vaincre les supérieures, d'où il suit que la délectation supérieure par sa force intrinsèque, plus grande que celle de la délectation inférieure, sera toujours nécessairement victorieuse, soit que la volonlé qui y concourra soit privée de délibération, comme disait Jansenius, ou qu'elle soit délibérée comme le prétendent les fauteurs de ce système. Du reste, le P. Bertietses dis-ciples diront ce qu'ils voudront pour laver leur délecta-tion victorieuse relative du reproche de sa qualité néces-sitante et par conséquent destructive de la libellé hu-maine, ils n'éviteront jamais la difficulté exposée plus haut par nous contre leur système, savoir que quand la délectation est supérieure en degré, non-seulement elle l'emporte infailliblement, rmisaussi nécessairement, parce que les forces inférieures de l'une des deux délectations ne peuvent prévaloir sur les forces supérieures de l'autre, ce qui entraîne la nécessité que la volonlé humaine joigne son consentement à l'appétit qui est supérieur eh degré. Pour moijenepuis imaginer quelle réponse valable peut être jamais faite à une aussi forte objection.

CXXXIV. C'est pourquoi les jansénistes ne veulent de nous qu'une chose, c'est que nous leur accordions que la déleclalion supérieure triomphe toujours de l'inférieure* et par-là ils pensent avoir gagné leur cause. Yoiei comme s'exprime l'un d'eux, l'abbé de Bourzeis : « Nobis enim

* sufficit, quod haec sola nobis veritas concedatur, nimi-

* nun quoties gratiae Dei consentimus, id oriri semper

* ex eo, quod rectus amor, quem Deus nobis inspirat, » viribus superior est perverso amore, et quia viribus

* superior est, idcirco eum certissime superare.» (Abbas

502 TBAITé

de Bourz. collât. 4. cap. 50.) Et en parlant ainsi ils pa-raissent avoir toute raison; car les forces inférieures ne peuvent jamais vaincre les supérieures. Suivant un tel système, on tire justement celle conséquence que la délectation supérieure en degré, est toujours viclorieuse, non-seulement invinciblement, mais aussi nécessaire-ment. Pourtant le P. Tournely traitant de ces deux systèmes, celui de la délectation absolument viclo-rieuse, et celui de la délectation viclorieuse relative-ment, conclut ainsi : « Novimus quidem orthodoxos theo-» logos, qui vim gratiae efficacem colligunt ex ipsius de-» leclatione absolute, ac simpliciter victrice, quique in » gratia sufficienie pares vires agnoscunt ad oppositam » actualem cupiditatem superandam. Verum qui gratiam » velint esse victricem relative ex superioritate graduum, » quippe non aliam, sufficientem admittunt gratiam, » quam viribus inferiorem oppositae superioris concupis-» centiœ, non alios quam janseniani systematis defenso-» res novimus. » (Tourn. praelect. theol. lom. 3. p. 2. q. 9. art. 2. objec. 6.)

CXXXV. Mais le P. Berti réplique que l'efficace de la grâce, comme il l'établit, ne diffère pas en substance de celle qu'enseignent les thomistes, bien qu'elle procède de principes differens, puisque les thomistes font consis-ter l'efficace de la grâce dans la prédetermination physique et lui dans la déleclation supérieure. Ce que fait (dil-il) la prédélerminatioh de seconde action dans l'attraction de la volonté de l'homme au censentemenl, c'est ce que fait la délectation ; du resle l'une et l'autre doctrine en-seignent qu'il reste à l'homme, en premièieaclion, la puis-sance d'opérer en sens contraire, et ainsi la volonté agit toujours librement etsans être nécessitée.

CONTRE LES HéRéTIQUES. 305

çXXXVI. Mais on doit réfléchir que comme les prin-cipes des deux systèmes sont differens ei les causes qu'ils admettent également différentes, les conséquences doivent l'être aussi. La cause de l'efficace de la grâce selon les thomistes est que la volonté créée est en puissance passive, étant en puissance de recevoir le mouvement de la grâce; d'où, pour arriver à l'acte réel, ilest nécessaire qu'elle soit mue par Dieu, comme premier agent, lequel applique et détermine par ta prédélermination la puissance à l'acte. Voilà pour ce qui concerne l'acte ; mais pour ce qui est de la puissance, les thomistes disent que l'homme avec la grâce suffisante reçoit la puissance prochaine-et propre à pouvoir faire le bien, comme l'écrit le P. Gonel : « Gra-» lia quae dat posse, dat totum complementum et totam » virtutem seu sufficientiam, quae requiritur ex parle actus » primi. » (Man. lom. 4. tr. 7. cap. 40.) Le cardinal Golli dit aussi : « Gratia sufficiens dat posse proximum ei sxpe-» diium ratione potentiae. » (Theol. tom. 2. de grat. dub. 6. . 2.) Tous les autres thomistes s'accordent à parler de même : si quelqu'un d'eux paraît s'exprimer différem-ment, il parle de l'acte second et non de l'acte premier. CXXXVII. La cause, au contraire, du principe du P. Berli, qui fonde la doctrine de la déleclalion supérieure en degré, c'est que, comme il le dit, dans l'état de la nature innocente, il ne fallait à l'homme pour faire le bien que la grâce suffisante, parce qu'alors son libre arbitre étant en-core sain et dans un parfait équilibre, il pouvait bien opérer avec la seule grâce suffisante sans le secours de l'efficace; mais à présent, depuis la chute d'Adam, la vo-lonté humaine étant restée dans un état d'infirmité, eue a besoin de la grâce efficace, qui, par le moyen deâla dé-lectation victorieuse, l'applique à opérer le bien, Mais

504 TRAITé

d'après celle cause, base du système, admettant ( comme nous l'avons dit ) que la volonté de l'homme est restée dans un tel étal d'infirmilé qu'elle a besoin pour agir de la giûce efficace, on ne peul plus dire que l'homme soit mu virtuellement par la grâce suffisante, môme pour l'acte premier, la puissance complète et prochainement apte à observer les préceptes, ni à pouvoir faire nn'4xm acte quelconque, même médiat, par lequel il puisse se disposer ù obtenir plus lard un secours plus grand pour accomplir la loi.

CXXXVIII. Rien effet, le P. Berli ( dans l'apologie de sa doctrine

) n'est pas éloigné de concéder que la grâce de force inférieure à la concupiscence ne doit pas se nom-mer suffisante, mais inefficace. C'est ainsi qu'il en écrit dans fa susdite apologie, répondant à l'archevêque de Vienne en France, lequel avait combattu un livre intitulé Haianismus et Jansenius redivivus, en reprochant spéciale-ment à l'auteur que « veram gratiam sufficientem e medio » tollit, » et le P. Berli répond qu'il lient fermement pour celle opinion.

CXXX1X. L'abbéd'Aquila, dans son dictionnaire théo-logique, lome 2, au mol délectation, a taxé de fausseté ce que j'ai avancé dans mon livredu Moyen de taprihe, savoir que le P. Berti niait que Ions reçussent la grâce prochai-nement suffisante à lu prière, moyen par lequel on ob-tient le secours plus grand et plus fort, nécessaire pour les œuvres de salui. Quant au I». Béni, voici, comme on lil dans son apologie (Augusl. system. vindic. diss. 5) une des (rois principales objections que lui fil sur ce point l'archevêque de Vienne : «-Quod negat in delecta-» lione inferioris gradus potentiam proxime expeditam, » ad hanc requirens ex partè poenitenti», et actus primi

CONTRE LES HéRéTIQUES. 505

» robustiorem delectationem, ideoque gratiam inefficacem » ab ips depraedicatur. » Et voici ce que le P. Berti ré-pondit : « Ego vero firmissime, et absque ulla haesita-tione pronuntio, tria doctrinae capita nuperrime com-» meoioraia nequaquam erronea esse. » Et certes il devait répondreainsi, s'il ne voulait pas abandonner le système embrassé par lui dans sa théologie, dans le traité qu'il fait de la grâce, où entre aulres questions qu'il entreprend de prouver, on trouve celle-ci, que « Ad actualiter oran-ï dum requiritur gratia efficax.» Ainsi donc, si pour prier il est besoin de l'aide extraordinaire de la grâce efficace, il n'y a donc pas dans la grâce suffisante la puissance prochaine et propre à prier actuellement : aussi n'hé-site-l-il pas à nommer la grâce suffisante, non pas suffi-sance, mais inefficace, puisque pouria/endreacfuei/emenf suffisante il est besoin d'un secours extraordinaire.

CXL. Mais celle doctrine paraît contraire à celle de S.

Augustin, qu'il fait profession.de suivre : S. Augustin enseigne, comme nous le verrons plus bas, qu'avec la grâce suffisante nous ne pouvons exécuter les choses dif-ficiles, mais que nous pouvons bien faire les choses fa-ciles , parmi lesquelles le sainl compte la prière. Pour moi, je ne vois pas comment l'opinion du P. Berli, qui dénie à la grâce suffisante la puissance prochaine et pro-pre à prier, peut s'accorder avec la raison ; car il m'est impossible de concevoir que le Seigneur, même dans l'é-tat présent de la nature déchue., mais surabondamment réparée par Jésus-Christ dans la rédemption des hommes, e'il est vrai qu'il n'ait point denné à la grâce suffisante la puissance complète et prochainement apte, et si par con-séquent il a refusé à plusieurs la grâce nécessaire pour observer actuellement les préceptes, ou au moins pour xix 20

506 TRAITé

employer un moyen, comme est la prière, afin de pou-voir au moins médiaiement obtenir le secours plus grand qui les fasse accomplir actuellement, je ne puis conce-voir, dis-je, que le Seigneur puisse justement exiger de ces hommes l'observance de ces mêmes préceptes, et qu'il puisse jusiemeni aussi les condamner à l'enfer, s'ils ne les observent pas. En voilà assez sur le système du P. Berti et des augustiniens, avec lesquels il semble faire cause commune.

VII. Où nous établissons notre doctrine que, pour accomplir les préceptes, la grâce efficace ab intrinseco est nécessaire; mais que cette grâce s'obtient par la grâce suffisante de la prière.

CXLI. Le P. Jean Laurent Bertî ne nie pas, et ne peut nier que par la prière on obtient la grâce effieace; mais il dit que, pour prier, une autre grâce efficace est encore nécessaire; et ici revient la même difficulté que nous avons déjà exposée plus haut, savoir, que celui à qui la grâce efficace manque pour accomplir le précepte, s'il lui manque aussi la grâce efficace de prier, ne pourrait être condamné pour l'inobservation des préceptes, puisqu'il est privé de la force et de tout moyen de les accomplir.

Notre doctrine, à nous, est que pour opérer le bien et accomplir les préceptes, ce n'est pas assez de la grâce suffisante, dont le secours ne peut faire opérer que des choses faciles, mais qu'il est besoin encore de la grâce efficace ab intrinseco, laquelle détermine la volonté hu-maine à opérer le bien, comme nous l'avons prouvé plus haut dans le H, nomb. 115, en réfutant la doctrine de Molina. Nous dirons de plus que celle grâce efficace fait le plus souvent agir par la délectation victorieuse,

CONTRE LES UéRéT1QUES. 507

mais que souvent aussi elle nous détermine à agir par d'autres motifs, comme ceux d'espérance, de crainte, etc., ainsi que l'enseigne S. Augustin, lorsqu'il dit que Dieu lire efficacement les hommes à lui par des moyens in-nombrables et admirables. Nous soutenons néanmoins que la grâce suffisante donne à chacun l'activité de prier, s'if le veut (laquelle activité est comptée parmi les choses faciles), el que chacun ainsi peut obtenir par la prière la grâce efficace. Nous avons déjà développé tout au long ces propositions dans le livre de la prière; nous les ré-sumons seulement ici et les rapportons succinctement.

CXLI . Il est ceilain que Dieu veut que tous soient sauvés, comme dit S. Paul : « Qui omnes homines vult «salvos fieri elad agnilionem veritatis venire. » (ITim. 2. 4.) él S. Pierre: « Nolens aliquos perire, sed «omnes ad poenitentiam reverti. » ( Ii Petri 5. 9. ) Dieu se plaint de ce que plusieurs courent à leur damna-tion. « Quare moriemini domus Israel? Revertimini et vi-vite. » ( Ezech. xxi. 51.) Le Seigneur, voulant que lous soient sauvés, donne donc à tous la grâce nécessaire pour opérer leur salut. El parlant, nous disons que s'il ne donne pas à tous la grâce efficace, au moins lous reçoivent la grâce suffisante et la puissance de prier actuellement, sans qu'il soit besoin d'aulre gtâce, et en priant ils obtiennent la grâce efficace pour accomplir la loi el s>e sauver. Celle doctrine est défendue par le cardinal de Noris, parlsam-fcerl, Petau, Thomassin , le cardinal du Perron, AI-phonse-le-Moyne et plusieurs autres que nous nommerons plus bas ; mais elle est soutenue plus au long et expres-sément parlîonorê Tournely. (Prsel. théol. tom. 3. q. t. art. 4. concl. 5. pag'l ?5#.)

t&Ull. Le cardinal de Noris (ôpnsC. Jans. error, ca-

20.

508 TRAITé

lumnia sublata, cap. 2. 4.) prouve directement que tout homme dans l'étal présent reçoit le secours sine quo, c'est-à-dire la grâce suffisante ou ordinaire, qui, sans autre se-cours, produit la prière par laquelle ensuite on obtient la grâce efficace pour observer les préceptes : « etiam in statu » naluise lapsae datur adjutorium sine quo secus ac Janse-» nius contendit; quod quidem adjuiorium efficit in no-» bis actus debiles, nempe orationes minus fervidas pro ? adimplendis mandatis; in ordine ad quorum executio-» nem adjutorium sine quo est tantum auxilium remolum, » impetraiorium tamen auxilii quo sive gratiae efficacis, » qua mandata implentur. »

El il ajoute que si par l'oraison tiède on n'obtient pas d'abord la grâce efficace, on obtient au moins l'oraison plus fervente, et par celle-ci la grâce efficace: «Colligo ipsainmel ? tepidam orationem fieri a nobis cum adjulorio, sine quo » non, ac ordinario concursu Dei cum sin l actus debiles, elc., »et tamen tepida oralioneimpelramus Spiritum fervenlioris » orationis, qui nobis adjutorio quo donatur. » Et il con-firme ses paroles par l'autoriié de celles de S. Augustin, ?? écrit sur le psaume 47 ; « Ego libera et valida inten-» lione preces ad le direxi, quoniam, ul hanc habere pos-» sem, exaudisti me infirmius orantem. »

CXLJV. Le même auteur dit au même endroit, que cha-cun a la puissance prochaine pour prier et obtenir ensuite par la prière la puissance prochaine pour faire le bien, et pour cela tous peuvent prier avec la seule grâce suffisante sans autre secours. Autrement, dit le savant cardinal, si pour avoir la puissance prochaine de prier il était besoin d'une autre puissance pour obtenir au moins l'oraison plus fervente, pour celle-ci il faudrait aussi une autre grâce de puissance, et ainsi à l'infini : « Manifestum est

CONTRE LES HéUéTIQLES. 509

» polenliain ad orandum debere esse proximam in juslo » sive fideli, nam si fidelis sil in polenlia remota ad sim-» pliciler orandum (non enim hic loquor de fervida ora-» lione) non habebit aliam potentiam pro impetranda » oratione, alias procederetur in infinitum. »

CXLV. Le docte Denis Pelau demande pourquoi Dieu nous impose des préceptes que nous ne pourrions pas ac-complir avec la grâce commune et ordinaire. Parce que (répondrai-je avec Duval et autres théologiens) le Seigneur a voulu que nous recourions à lui par l'oraison, comme parlent généralement les saints Pères. D'où il suit que nous devons tenir pour certain que chacun a la grâce pro-pre à prier actuellement, cl par la prière à obtenir le se-cours plus grand pour faire ce que nous ne pouvons opé-rer avec la grâce ordinaire; autrement Dieu nous aurait imposé une loi impossible ; la chose est évidente.

CXLVI. A ce raisonnement, on en joint un autre, savoir, que si Dieu commande à tous l'observation actuelle des préceptes, on doit certainement supposer qu'il donne aussi communément à lous la grâce nécessaire pour celle ob-servation actuelle, au moins médialement par la voie de la prière. Afin donc que la loi soit raisonnable elle blâme juste, ainsi que le cbâlimenl de celui qui ne l'observe pas, il faut que chacun ail la puissance suffisant, au moins médiaie, par la voie de l'oraison, pour satisfaire actuelle-ment aux préceptes, et pour prier actuellement sans avoir besoin d'un autre secours, qui n'est point donné à lous. Autrement, élanl privé de la puissance propre à prier ac-tuellement, on ne pourrait pas dire que tout homme a reçu de Dieu la grâce suffisante pour pouvoir actuellement observer la loi. Delà, Pelau (Theol. dogm. lom.l lib.10. Cî<p. 19. c. 20.) prouve très-longuement qu'avec la grâce

510 TRAIT*

suffisante, snns autre secours, l'homme opère le bien, et il va jusqu'à dire que le contraire monstruosum esset, et que celnj doctrine est non-seulement celle dos théologiens, mais celle de l'église. D'où il conclut que la grâce d'observer actuellement les préceptes suit l'oraison, et que ce don de l'oraison Dieu l'accorde en même temps qu'il impose le précepte : « Donum isiud quo Deus dat ut justa faciamus, «effectum orationis subsequitur, et talis effectus legi co-» mes datur. » En sorte que comme la loi est imposée à tous, le don de prier, s'ils le veulent, leur est en môme temps accordé.

CXLV1I. Tliomassin soutien! la même chose (In tr. consensus scholae de gratia cap. 8. lr. S.) Il s'étonne d'a-bord qu'il y en aient qui pensent que la grâce suffisante ne puisse seule opérer actuellement une bonne œuvre quelconque, même la moindre. Puis il dit que pour conci-lier ces deux propositions, que la grâce suffisante peut conduire l'homme au salut, el que d'un autre côté la grâce efficace est nécessaire pour observer toute la loi, il faut dire que la grâce suffisante est apte à faire prier ac-tuellement et à produire plusieurs autres actes faciles par le moyen desquels on obtient la grâce efficace pour accom-plir les choses difficiles ; selon la doctrine de S. Augustin, qui enseigne : « Eo ipso quo firmissime creditur Deum » impossibilia non praecipere, hinc admonemur et in fa-» cilibus quid agamus el in difficilibus quid pelamus. » (De nat. et grai. cap. 69. ?. 83.) Sur lequel texte le cardi-nal de Noris dit : « Igitur opera facilia, sed minus peifecia, » facere possumus absque eo, quod magis auxilium a Deo »posiulemus, quod tamen in difficilioribus petendum » esl.»Thomassin, à ce sujet, rapporte en outre l'autorité de S. Bonaventure, de Scot, el d'autres, el puis il dit :

CONTRE LES HéRéTIQUES. 511

«Omnibus ea placueresufficientia auxilia, vere sufficientia, » quibus asseritur quandoque voluntas, quandoque non. » CXLVH1. Haberi, évêque de Vabres et docleur de Soi-bonne, qui le premier écrivit contre Jansenius, soutient ainsi la même opinion :

« Censemus primo quod imme-» diate ctrm ipso effectu consensus completi sufficiens (gra-» lia) non habet habiludinem nisi contingenter vel me-» diaie. Arbitramur proinde gratiam sufficientem esse » gratiam dispositionis ad efficacem, ul pote ex cujus bono »usu Deus postea gratiam completi effectus effectivam » creatae voluntati concedat. » (Haberi theol. grsecor. pa-Irum , lib. 2, cap. 15. num. 7.) Et il cite à l'appui de celle doctrine Gamache, Duval, Isamberl, Perez, Le-moyne et aulres. Et dans le même (cap. 15 au num< 3, il dil : «Auxilia igitur gratiae sufficientis sunt disposiliva ad »

efficacem, et efficacia secundum quid, effectus videlicet » incompleli impetrantis primo remole, propitius, acian-» dem proxime, qualis est actus fidei, spei, timoris, atque » inler haec omnia orationis. Unde celeberrimus Alphon-» sus Lemoynus gratiam illam sufficientem docuit esse » gratiam petendi, seu orationis, de qua toties beatus Au-» guslinus. » Ainsi, d'après le docte Haberi, la grâce effi-cace esl accompagnée d'un effel complet; mais la suffisante a son effet vel contingenter, parce que tantôt elle l'obtient, tantôt non ; vel mediate, c'est-à-dire par le moyen de la prière. Il dit encore que la grâce suffisanie suivant le bon usage qu'on en fait dispose à oblenir l'efficace, d'où il nomme la suffisanie, efficace secundum quid, selon l'effet commencé, mais non complet. Enfin, il dil que la grâce suffisante esl la grâce de prier, sur laquelle, selon S. Au-gustin, nous devons nous appuyer. De sorle que l'homme n'a point d'excuse s'il n'accomplit pas les choses pour les-

312 TRAITé

quelles il a reçu la grâce suffisante avec laquelle et sans autre secours, il peut ou accomplir ou obtenir le secours plus grand pour l'accomplissement. Ce raisonnement de Haberi est parfaitement juste, et il assure que toute la Sor-bonne partage celle doctrine.

CXLIX. La même doctrine est professée par l'auteur de la Théologie à l'usage du séminaire de Périgueux (lom. 2. lib. 6. qusest. 5. p. 486). 11 dit qu'avec la seule grâce suffisanle « .aliquis potest bene agere et aliquando » agit. » Aussi il ajoute: « Nihil velal ut ex duobus » aequali auxilio prsevenlis faciliores actus, plenam con-» versionem praecedentes, saepissime unus faciat, alius » non. » D'où il déduit : « Sic quosdam pietatis actus, » nempe humiliter. Deum deprecari, cum solo auxilio » snfficienii facere (homo) potest, et aliquando facit, » quibus se ad ulteriores gratias praeparat. » Et tel est, dii-il, l'ordre de la Providence touchant la grâce, « ut » priorum bono usui posteriores succedant. » Enfin, il conclut que pour la conversion complète- et aussi la per-sévérance finale, « infallibiliter (homines) promerentur » oratione, pi'Q qua sufficiens gratia, qua? nulli non » praesto est, plenissime sufficit. »,

CL. Gelle opinion est aussi défendue par Charles du Plessis d'Argenlré, également docteur de Sorbonne (Dis-seri. de multip. gen. gratias.), et il s'appuie sur une foule de théologiens, lesquels enseignent qu'avec la grâce suffisanle et sans autre secours on peut opérer les choses faciles, et que l'homme opérant d'abord avec la grâce suffisante obtient par suite des secours plus grands pour sa parfaite conversion. Et c'est dans ce sens précis, dit-il, qu'il faut entendre l'axiome fameux reçu par les écoles qne « facientibus quod in se est » (cela s'entend toujours

CONTRE itS HéRéTIQUES.

M 5 viribus grattée, c'est-à-dire de la grâce suffisante) « Dens * non denegat gratiam, c'est-à-dire la plus abondante et efficace.

CLI. C'est aussi le sentiment du cardinal d'Aguirre (Theol. S. Ans. tom. 3. disp^ 4'55. et 17(>.j èldti P. An-toine Boucal (Theol. patrum diss. 3. séct. 4.),'qui sou-tient avec force que chacun péul, par l'oraison et sans autre secours, obtenir la grâce de la conversion, et il cite à l'appui de cette doctrine (outre Gamache,' Du-Val, Ha-hert, Le-Moyne) Pierre de Taranlarsé, l'évêque de Tulles, Godet des Fontaines, Henri de Gand, docteurs de S r-bonne,avec le professeur royal Lygni, lequel, dans son Traité delà Grâce, démontre que la 'grâce suffisante donne la prière et le pouvoir d'opérer lés choses de moindre dif-ficulté. Gaudence Bontemps parle dans Je môme sens (in Pulladio deiheol. de grat. disp. 1. q. 1.), démontrant qu'avec la grâce suffisante on obtient l'efficace par le moyen de la prière, laquelle est accordée à tous ceux qui veulent s'en aider. Le savant P. Fortuné de Brescia parle de même (Corn. Jans. syst. confuf. par. 2. num.

225. p. 297.), et soutient que tous oni la grâce médiate de l'oraison pour accomplir les préceptes, et il regarde comme indubitable que telle a été l'opinion de S. Augustin. Ri-chard de Saint-Viclor (De statu inter. hom. met. 4. cap. 15.) dit que la grâce ordinaire est suffisante suivant que l'homme y adhère ou non. Matthieu Félix, qui a écrit con-tre Calvin, définit ainsi la grâce ordinaire ou suffisante: « Est motio divina, qua movetur homo ad bonum, nec » alicui denegalur. Alii illi acquiescunt, sicque ad gra-» tiam habilualem disponuntur; alii repugnant. » André de Vega parle de même : « Haec autem auxilia, quae om-» nibus danlui-, a plerisque inefficacia vocantur, quia non

814 TRAITé

» semper habent suum effectum, sed aliquando a pecca-» toribus frustrantur. »

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