Du Pape (page 11)
Les règnes d'Angleterre qui étoient de plus de vingt-trois ans avant la réforme , ne sont plus que de dix-sept ans depuis cette époque. Ceux de la Suède sont tombés de vingt- deux ans à ce même nombre de dix-sept. Il pourroit donc se faire que la loi incontestable à l'égard des nations infidèles ou primitivement étrangères à l'influence du Saint Siège; que cette loi , dis-je , se manifestât encore chez les nations qui n'ont cessé d'être catholiques , qu'après l'avoir été long- temps. Néanmoins , ( ^o4 ) comme il peut y avoir des compensations inconnues, et que le Danemarck, par exemple, en vertu de quelque raison cachée , mais certainement honorable pour la nation , ne paroît pas avoir subi la loi de raccourcissement des règnes, il convient d'attendre encore avant de généraliser. Cette loi, au reste, étant manifeste, il ne s'agit plus que d'en examiner l'étendue. On ne sauroit trop approfondir ïinflucnce de la religion sur la durée des règnes et sur celle des dynasties. ( ^o5 ) (VV«'VV\VVV'VV\'VV\VVIVVVVVVVVV'VV\'VV\'VV\<VV«>%%/%>VV\<VVtVVVVVV CHAPITRE VI. OBSERVATIONS PARTICULIÈRES SUR LA RUSSIE. Un beau phénomène est celui de la Russie. Placée entre l'Europe et l'Asie, elle lient de l'une et de l'autre. L'élément asiatique qu'elle possède et qui saute aux yeux, ne doit point l'humilier. On pourroit y voir plutôt un titre de supériorité ; mais sous le rapport de la religion, elle a de très-grands désavantages, tels même que je ne sais pas trop si, aux yeux d'un véritable juge, elle est plus près de la vérité que les nations protestantes. Le déplorable schisme des Grecs et l'invasion des Tartares empêchèrent les Russes de participer au grand mouvement de la civilisation européenne et légitime, qui partoit de Rome. Cyrille et Métliode, apôtres des Slaves avoient reçu leurs pouvoirs du Saint Siège, et même ils étoient allés à Rome pour y rendre compte de leur mission (i). Mais la chaîne, (i) Cyrille et Mélhode traduisirent la liturgie en «lavon, et firent célébi'er la messe dans la langue que à peine établie, fut coupée par les mains de ce Pliolius de funeste et odieuse mémoire, à qui riiumanité en général n'a pas moins de reproches à faire que la religion envers laquelle il fut cependant si coupable.
La Russie ne reçut donc point l'influence générale, et ne put être pénétrée par l'esprit unwersel^ puisqu'elle eut à peine le temps de sentir la main des Souverains Pontifes. De là vient que sa religion est toute en dehors, et ne s'enfonce point dans les coeurs, il faut bien prendre garde de confondre la puissance de la religion , sur Vhomme avec V attachement de Vhomme à la religion, deux choses qui n'ont parloieiit les peuples qu'ils avoient convertis. Il y eut à cet égard, de la pari des Papes , de grandes résistances et de grandes restrictions qui malheureusement n'eurent point d'effet à l'égard des Russes. JNous avuns une lettre du pape Jean VIII (c'est la CXCIV.") , adressée au duc de Moravie, Sfentopulk ^ en Tannée 859- Il dit à ce prince : « Nous approuvons les lettres slavonnes » inventées par le philosophe Constantin ( c'est ce » même Cyrille) et nous ordonnons que l'on chante les » louanges de Dieu en langue slavonue. » (Voyez les Vies des Saints, trad. de l'angl. 5 Vie de S. Cyrille et St. Méthode, 14 février, in 8.°, lom. II, pag. 266). Ce livre précieux, est une excellente miniature des Bollandistes. rien de commun. Tel qui volera toute sa vie, sans concevoir seulement l'idée de la restitution, ou qui vivra dans l'union la plus coupable en faisant régulièrement ses dévotions , pourra fort bien défendre une image au péril de sa vie, et mourir même plutôt que de manger de la viande un jour prohibé. J'appelle puissance de la religion , celle qui change et exalte l'homme (i), en le rendant susceptible d'un plus haut degré de vertu, de civilisation et de science. Ces trois choses sont inséparables : et toujours l'action intérieure du pouvoir légitime est manifestée extérieurement par la prolongation des règnes. (i) LiCx Dominiimmaculata CONVERTENS animas ( Ps. XVIII, 8. ) C'est une expression remarquable. Un rabbin de Mantoue disoit à un prêtre catholique de ma connoissauce , dans l'intimité d'un tête-à-tête : « 11 » faut l'avouer, il y a réellement dans votre religion 1»
UNE FORCE CONVERTISSANTE. » Voltaire a dit au contraire : Dieu visita le monde et ne l'a pas changé. ( Désastre de Lisbonne. ) Le génie condamné à déraisonner pour crime d'infidélité à sa mission, a toujours été pour moi un spectacle délicieux. Je suis sans pitié pour lui. Pourquoi tiahissoit-il son maître ? pourquoi violoit-il ses ins^ iructions ? Etoit-il envoyé pour mentir ? Peu de voyageurs écrivains ont parlé des Russes avec amour. Presque tous ont saisi les côtés foibles pour amuser la malice des lecteurs. Quelques-uns même, tel que le docleur Clarke, eu oui parlé avec une sévérité qui fait peur; el Gibbon ne s'est pas fait difficulté de les appeler les plus ignorans , et les plus superstitieux sectaires de la communion grecque ((). Cependant , ce peuple est éminemment brave , bienveillant , spirituel , hospitalier , entreprenant , heureux imitateur , parleur élégant , et possesseur d'une langue magnifique sans mélange d'aucun patois , même dans les dernières classes. Les taches qui déparent ce caractère tiennent ou à son ancien gouvernement ou à sa civilisation qui est fausse; et non -seulement elle est fausse parce qu'elle est humaine, mais parce que , pour comble de malheur , elle a coïncidé avec l'époque de la plus grande corruption de l'esprit humain; et que les circonstances ont mis en contact , et pour ainsi dire amalgamé la nation russe avec celle qui a été tout à la fois el le plus terrible instrument et la plus déplorable victime de cette corruption, (0 Hist. de la décad. , etc. , tom. Xîll, cha. LXVII, page lo. Toute civilisation commence par les prêtres , par les cérémonies religieuses, par les miracles même, vrais ou faux, n'importe. Il n'y a jamais eu, il n'y aura jamais, il ne peut y avoir d'exception à cette règ;le. Et les Russes aussi avoient commencé comme tous les autres; mais l'ouvrage, malheureusement brisé par les causes que j'ai indiquées, fut repris au commencement du XVIII. ^ siècle, sous les plus tristes auspices. C'est dans les boues de la régence que les germes refroidis de la civilisation russe commencèrent à se réchautfer, et les premières leçons que ce grand peuple entendit dans la nouvelle langue qui devint la sienne, furent des blasphèmes.
On peut remarquer aujourd'hui, je le sais, un mouvement contraire capable de consoler jusqu'à un certain point l'œil d'un observateur ami; mais comment effacer l'anathème primitif? Quel dommage que la plus puissante des familles slaves se soit soustraite, dans son ignorance au grand sceptre constituant, pour se jeter dans les bras de ces misérables Grecs du Bas-Empire ; détestables sophistes , prodiges d'orgueil et de nullité , dont l'histoire ne peut être lue que par un homme exercé à vaincre les plus grands dégoûts, et qui a pré- TOM. II. l4 ( ^'o ) senlé enfin pendant mille ans le spectacle hideux d'une monarchie chrétienne avilie jusqu'à des règnes de onze ans. Il ne faut pas avoir vécu long-temps en Russie pour s'apercev^oir de ce qui manque à ses habitans. C'est quelque chose de profond qu'on sent profondément , et que le Russe peut contempler lui-mi-me dans le règne commun de ses maîtres , qui n'excède pas treize ans; tandis que le règne chrétien touche au double de ce nombre , et l'atteindra bientôt ou le surpassera même partout où l'on sera sage. En vain le sang étranger, porté sur le trône de Russie , pourroit se croire en droit de concevoir des espérances plus élevées ; en vain les plus douces vertus viendroient contraster sur ce trône avec l'âpreté antique, les règnes ne sont point accourcis par les fautes des souverains , ce qui seroit visiblement injuste, mais par celles du peuple (i). En vain les souverains feront les plus nobles efforts, secondés par ceux d'un peuple généreux qui ne compte jamais avec ses maîtres ; tous ces prodiges de l'orgueil national le plus légitime seront nuls s'ils ne sont pas funestes. Les siècles passés ne sont plus au pouvoir du Russe. Le (i) Sup. pag. 2.01. sceptre créateur, le sceptre divin n'a pas assez reposé sur sa tète, et dans son profond aveuglement , ce grand peuple s'en glorifie ! Cependant la loi qui le rabaisse vient de trop haut pour qu'il soit possible de la détourner autrement qu'en lui rendant hommage. Pour s'élever au niveau de la civilisation et de la science européenne, il n'y a qu'une voie pour lui, celle dont il est sorti.
Souvent le Russe entendit la voix de la calomnie, et trop souvent encore celle de l'ingratitude. Il eut droit sans doute de se révolter contre des écrivains sans délicatesse , qui payoient par des insultes la plus généreuse hospitalité; mais qu'il ne refuse point sa confiance à des sentimens directement opposés. Le respect, l'attachement, la reconnoi.^aance n'ont sûrement pas envie de le tromper. V«/V -^^V^ V%^ >VV% 'V^A 'V'V% VVX %/VX 'V%^ VVV VV^%/VV VVV'VV^'VVX V%/V 'VV\ VVV CHAPITRE VIL AUTRES CONSIDÉRATIONS PARTICULIÈRES SUR L'EMPIRK d'orient. Lje Pape est revêtu de cinq caractères bien distincts ; car il est évêque de Rome , Mé- tropolitain des Eglises suburbicaires, Primat d'Italie, Patriarche d'Occident, et enfin Souverain Pontife. Le Pape n'a jamais exercé sur les autres patriarcats que les pouvoirs résultans de ce dernier ; de sorte qu'à moins de quelque affaire d'une haute importance, de quelque abus frappant, ou de quelque appel dans les causes majeures, les souverains Pontifes se mêloient peu de l'administration ecclésiastique dans les Eglises orientales; et ce fut un grand malheur non-seulement pour elles, mais pour les états oii elles étoient établies. On peut dire que l'Eglise grecque , dès son origine, a porté dans son sein un germe de division qui ne s'est complètement développé qu'au bout de douze siècles , mais qui a toujours existé sous des formes moins tranchantes, moins décisives, et par conséquent supportables (i). Cette division religieuse s'enracinoit encore dans l'opposition politique créée par l'empereur Constantin; fortifiées l'une par l'autre, elles ne cessèrent de repousser l'union qui eût été si nécessaire contre les ennemis formidables qui s'avançoient de l'Orient et du Nord. Ecoutons encore sur ce point le respectable auteur des Lettres sur Vhistoire. «Il est sur, dit-il, que si les deux empe- » reurs d'Orient et d'Occident eussent réuni )) leurs efforts , ils auroient inévitablement » renvoyé dans les sables de l'Afrique, ces » peuples (les Sarrasins) qu'ils dévoient crain- »
dre de voir établir au milieu d'eux; mais il « y avoit entre les deux empires une jalousie >i que rien ne put détruire , et qui se mani- » festa bien plus pendant les croisades. Le (i) S. Basile même parle quelque part de V orgueil occidental qu'il nomme 03)PTN AYTIKHN. ( Si je ne nie trompe, c'est dans l'ouvrage qu'il a écrit: Sur le parti qu'on peut tirer des lectures profanes pour le bien de la religion.) Rieu , et pas même la saiutete', ne pouvoit éteindre tout-à-fait l'état naturel de guerre qui divisoit les deux, états elles deux Eglises, état qui dérivoit de la politique et qui remontoit à Constantin. » schisme des Grecs leur donnoit contre Rome fl une antipathie religieuse, et celle-là se sou- »> tint toujours, même contre leur propre »> intérêt (i). » Ce morceau est d'une vérité frappante. Si les Papes avoient eu sur l'empire d'Orient la môme autorité qu'ils avoient sur l'autre, nonseulement ils auroient chassé les Sarrasins , mais les Turcs encore. Tous les maux que ces peuples nous ont faits n'auroient pas eu lieu. Les Mahomet, les Soliman, les Amurat, etc., seroient des noms inconnus pour nous. Fran- çais , qui vous laissez égarer par de vains sophismes, vous régneriez à Constantinople et dans la Cité Sainte. Les assises de Jérusalem , qui ne sont plus qu'un monument historique, seroient citées et observées au lieu oii elles furent écrites, on parleroit français en Palestine. Les sciences, les arts, la civiHsation illustreroient ces fameuses contrées de l'Asie, jadis le jardin de l'univers , aujourd'hui dépeuplées, livrées à l'ignorance , au despotisme, à la peste, à tous les genres d'abrutissement. Si l'aveugle orgueil de ces contrées n'avoit pas résisté constamment aux Souverains Pon- (i) Lettres sur l'histoire, toiu. II, lettre XLV. ( ^-S) tifes; s'ils avoient pu dominer les vils empereurs de Byzance , ou du moins les tenir en respect, ils auroient sauvé l'Asie comme ils ont sauvé l'Europe, qui leur doit tout, quoiqu'elle semble l'oublier. Long-temps déchirée par les Barbares du Nord, l'Europe se voyoit menacée des plus grands maux.
Les redoutables Sarrasins fondoient sur elle , et déjà ses plus belles provinces étoient attaquées, conquises ou entamées. Déjà maîtres de la Syrie, de l'Egypte, de la Tingitane, de la Numidie , ils avoient ajouté à leurs conquêtes d'Asie et d'Afrique une partie considérable de la Grèce, l'Espagne, la Sardaigne, la Corse, la Fouille, la Ca- îabre et la Sicile en partie. Ils avoient fait le siège de Rome , et brûlé ses faubourgs. Enfin ils s'étoient jetés sur la FrancÈ , et dès le Vin.« siècle, c'en étoit fait déjà de l'Europe, c'est-à-dire du christianisme , des sciences et de la civilisation , sans le génie de CharlesMartel et de Charlemagne qui arrêtèrent le torrent. Le nouvel ennemi ne ressembloit point aux autres : les nobles enfans du Nord pouvoient s'accoutumer à nous , apprendre nos langues, et s'unir à nous enfin par le triple lien des lois , des mariages et de la religion. Mais le disciple de Mahomet ne nous appartient d'aucune manière : il est étrang;er, innssociable , immiscihle à nous. Voyez les Turcs ! spectateurs dédaigneux et tiautains de notre civilisation, de nos arts, de nos sciences; ennennis niortels de notre culle, ils sont aujourd'hui ce qu'ils étoient en i454> un camp de Tartares , assis sur une terre européenne. La guerre entre nous est naturelle , et la |iaix forcée. Dès que le chrétien et le musulman viennent à se toucher , l'un des deux doit servir ou périr. Entre ces ennemis, il n'est point de traité. Heureusement la tiare nous a sauvés du croissant. Elle n'a cessé de lui résister, de le combattre, de lui chercher des ennemis, de les réunir, de les animer, de les soudoyer et de les diriger. Si nous sommes libres , savans et chrétiens , c'est à elle que nous le devons. Parmi les moyens employés par les Papes pour repousser le mahométisme , il faut distinguer celui de donner les terres usurpées par les Sarrasins au premier qui pourroit les en chasser. Eh ! que pouvoit-on faire de mieux dès que le maître ne se montroit pas ? Y avoit-il un meilleur moyen de légitimer la naissance d'une souveraineté?
Et croit-on que cette institution ne valût pas un peu mieux que la volonté du peuple , c'est-à-dire d'une poignée de factieux dominés par un seul ? Mais lorsqu'il s'agit de terres données par les Papes , nos raisonnemens modernes ne manquent jamais de transporter tout le droit public de l'Europe moderne au milieu des déserts , de l'anarchie , des invasions et des souverainetés flottantes du moyen âge; ce qui nécessairement ne peut produire que d'étranges paralogismes. Qu'on lise l'histoire avec des yeux purs , et l'on verra que les Papes ont fait tout ce qu'ils ont pu dans ces temps malheureux. On verra surtout qu'ils se sont surpassés dans la guerre qu'ils ont faite au mahométisme. « Déjà dans le IX.^ siècle , lorsque l'armée » formidable des Sarrasins sembloit devoir » détruire J'Italie et faire une bourgade ma- » hométane de la capitale du christianisme , » le pape Léon lY , prenant dans ce danger » une autorité que les généraux de l'empe- » reur Lothaire sembloient abandonner , se » montra digne , en défendant Rome , d'y » commander en souverain. Il fortifia Rome, j> il arma les milices ; il visita lui-même tous » les postes.... Il étoit né Romain. Le courage » des premiers âges de la répubhque revivoit )> en lui dans un âge de lâcheté et de cor- .) rnption ; tel qu'un beau monument de » l'iiiicienne Rome qu'on trouve quelquefois » tians les ruines de la nouvelle (i). n Mais à la fin , toute résistance eut été vaine , et l'ascendant de l'islamisme l'eût infailliblement emporté , si nous n'avions été de nouveau sauvés par les Papes et par les croisades dont ils furent les auteurs , les promoteurs et les directeurs , hélas ! autant que le permirent l'ignorance et les passions des hommes. Les Papes découvrirent, avec des yeux d'Annibal , que pour repousser ou briser sans retour une puissance formidable etextravasée, il ne sufïit pas du tout de se défendre chez soi, mais qu'il faut l'attaquer chez elle. Les croisés, lancés par eux sur l'Asie; donnèrent bien aux soudans d'autres idées que celle d'envahir ou seulement d'insulter l'Europe.
Ceux qui disent que les croisades ne furent pour les Papes que des guerres de dévotion, n'ont pas lu apparemment le discours d'Urbain Il au concile de Clermont. Jamais les Papes n'ont fermé les yeux sur le mahomé- tisme, jusqu'à ce qu'il se soit endormi lui-même de ce sommeil léthargique qui nous a tran- (0 Voltaire , Essai sur les mœurs , etc. tom. Il, chap. xxvni. quillisés pour toujours. Mais il est bien remarquable que le dernier coup , le coup décisif lui fut porté par la main d'un Pape. Le 7 octobre 107 I , fut enfin livré ce combat à jamais célèbre ; « le plus furieux combat de mer qui se soit jamais livré. Cette journée glorieuse pour les chrétiens fut l'époque de la décadence des Turcs. Elle leur coûta plus que des hommes et des vaisseaux dont on répare la perte ; car ils y perdirent cette puissance d'opinion qui fait la principale puissance des peuples conquérans ; puissance qu'on acquiert une fois et qu'on ne recouvre jamais (i). Cette immortelle journée brisa l'orgueil ottoman, et détrompa l'univers qui croyoit les flottes turques invincibles (2). » (i) M. de Bonald. Législation primitive , toin, III , pag. 288. Disc, politiq. sur l'élat de l'Europe , § VIII, (2) Ces dernières expressions appartiennent au cé- lèbre Cervantes qui assista à la bataille de Lépante , et qui eut même l'honneur d'y être blessé. ( Don Quisole , part. I , ch. XXXIX. Madrid. 1799, in-i6 , tom. IV , pag. 4o. ) Dans l'avant-propos de la 11.^ part. , Cervantes revient encore à cette fameuse bataille qu'il appelle la mas aîta occasion que vieron los siglos pasaâos , los présentes , ni esperan ver los venidores. ( Ibid, toni. V , pag. VIII , édition de don Pelicer. ) Celui qui voudra assister à cette bataille peut en lire Mais celte bataille tle Lépante , l'honneur éternel de l'Europe, époijue de la décadence du (Croissant, et (jiie l'ennemi mortel de la dignité humaine a pu seul tenter de ravaler (i), à qui la chrétienté en i'ul-elle redevable ? Au Saint Siège. Le vainqueur de Lépante fut moins don Juan d'Autriclie que ce Pie V dont Bacon a dit : « Je m'étonne que l'Eglise ro- »
maine n'ait pas encore canonisé ce grand w homme (2). » Lié avec le roi d'Espagne et la république de Venise , il attaqua les Ottomans; il fut l'auteur et l'ame de cette glorieuse entreprise qu'il aida de ses conseils , de son influence , de ses trésors , et de ses armes même qui se montrèrent à Lépante d'une manière tout-à-fait digne d'un Souverain Pontife, la description dans l'ouv. de Gratiani , De bello Cyprio. Rome, 1G64, in-4.° (0 « Quel fut le fruit de la bataille de Lépante ? » Il sembloit que les Turcs l'eussent gagnée. » ( Volt. Essai sur les mœurs , etc. tom. V , c GLXI. ) Comme il est ridicule 1 (2) Dans le dialogue De bello sacra. RÉSUMÉ ET CONCLUSION DE CE LIVRE. Ija conscience éclairée et la bonne foi n'en sauroient plus douter ; c'est le christianisme qui a formé la monarchie européenne, merveille trop peu admirée. Mais sans le Pape, il n'y a point de véritable christianisme ; sans le Pape , l'institution divine perd sa puissance, son caractère divin et sa force convertissante ; sans le Pape , ce n'est plus qu'un système, une croyance humaine , incapable d'entrer dans les cœurs et de les modifier pour rendre l'homme susceptible d'un plus haut degré de science , de morale et de civilisation. Toute souveraineté, dont le doigt efficace du grand Pontife n'a pas touché le front , demeurera toujours inférieure aux autres , tant dans la durée de ses règnes que dans le caractère de sa dignité, et les formes de son gouvernement. Toute nation , même chrétienne , qui n'a pas assez scnli l'aciion consliluarile , demeurera de iiième élernellemeiil aii-ilessous des autres , toutes choses égales d'ailleurs, et toute na'.ion séparée après avoir reçu l'impression du sceau universel, sentira enfin <ju'il lui manque quelque chose , et sera ramené tôt ou tard par la raison ou par le malheur. 11 y a pour chaque peuple une liaison mystérieuse, mais visible , entre la durée des règnes et fe perfection du principe religieux. Il n'y a point de roi de par le peuple , puisque les princes chré- tiens ont plus de vie commune que les autres hommes, malgré les accidens particuliers attachés à leur état ; et ce phénomène deviendra plus frappant encore , à mesure qu'ils proté- geront davantage le culte vivifiant ; car il peut y avoir plus ou moins de souveraineté , pré- cisément comme il peut y avoir plus ou moins de noblesse (i).
Les fautes des Papes, infini- (i) La noblesse nVtant qu'on prolongement de la souveraineté , magnum Jovis ijmcrementum , elle répète en diminutif tous les caractères de sa mère , et n'est surtout ni plus ni moins liumaine qu'elle. Car, c'est une erreur de croire que , à proprement parler , les souverains puissei^t anoblir , ils peuvent seulement sanctionner les anoblissemens uatux'els. La véritable noblesse est la gurdieiuie naturelle de la religion ; elle ment exagérées ou mal représentées , et qui ont tourné en général au profit des hommes, ne sont d'ailleurs que l'alliage humain , insé- est parente du sacerdoce et ne cesse de le proléger. Apj)ius Claudius s'écrioit dans le sénat romain : (f La » religion appartient aux. patriciens , auspicia sunt » PATRUM. M Et Bourdaloue, quatorze siècles plus lard, disoit dans une chaire chrétienne : « La sainteté , pour » être éminente , ne trouve point de fond qui lui soit » plus propre que la grandeur. » ( Serm. sur la Coucep. pag. II.) C'est la même idée revêtue de part et d'autre des couleurs du siècle. Malheur au peuple chez qui les nobles abandonnent les dogmes nationaux ! La France qui donna tous les grands exemples en bien et en mal , vient de le prouver au monde ; car cette bacchante qu'on appelle rèi'olution française ^ et qui n'a fait encore qne changer d'habit , est une fille née du commerce impie de la noblesse française avec le philosophisme dans le XVIIL'^ siècle. Les disciples de l'alcoran disent « qu'un des signes de la fin du monde sera l'avanceM ment des personnes de basse condition aux dignités » émineutes. » ) Pocok cité par Sale , Obs. hist. et crit. sur le mahon. sect. IV. ) C'est une exagération orientale qu'une femme de beaucoup d'esprit a réduite à la mesure européenne. ( Lady Mary Vortley Montagne's Works , tom. IV , pag. 2.2^ et 224. ) Ce qui paroît sûr, c'est que , pour la noblesse comme pour la souveraineté , il y a une relation cachée entre la religion et la durée des familles. L'auteur anonyme d'un roman anglais , intitulé le Forester , dont je n'ai pu lire que parablede toute mixtion temporelle; et quand on a tout bien examiné et pesé dans les balances de la plus froide et de la plus impartiale philosopliie , il reste démontré que les Papes furent les instituteurs, les tuteurs, les sauK>eurs et les çéritahles génies constituans de l'Europe.
Au reste, comme tout gouvernement imades extraits , a fuit sur la décadence des familles et les variations de la propriété en Angleterre , de singulières observaiions que je rappelle sans avoir le droit de les juger. « 11 faut bien , dit-il , qu'il ait quelque chose » de radicalement et A^ al ar iniquement mauvais dans » un système qui , en un siècle , a plus détruit la suc- >» cession héréditaire et les noms connus , que toutes j) les déva->tatious produites par les guerres civiles » d'Yoïck et de Lancastre , et du règne de Charles I-'^'^, » ne l'avoient fait peut-être dans les trois siècles précé- ïi denspris ensemble , etc. » ( Anti-Jacobin reviex and magazine , nov. i8o3 ,n.°LVllI, pag. 249. ) Si les anciennes races anglaises avoient réellement péri depuis un siècle environ , en nombre alarmiquement considérable ( ce que je n'ose point affirmer sur un témoignage unique) , ce ne seroit que l'etfet accé- léré , et par conséquent plus visible , d'un jugement dont l'exécution aurolt néanmoins commencé d'<>bord adirés la faute. Pourquoi la noblesse ne seroit-elle p.is moins conservée , après avoir renoncé à la religion conservatrice ï Pourquoi seroit-elle traitée mieux que ses maîtres dont les règnes ont été abrégés ? ginable a ses défauts , je ne nie point que le régime sacerdotal n'ait les siens dans l'ordre politique ; mais je propose sur ce point au bon sens européen deux réflexions qui m'ont toujours paru du plus grand poids. La première est que ce gouvernement ne doit point être jugé en lui-même , mais dans son rapport av ec le monde catholique. S'il est nécessaire, comme il l'est évidemment, pour maintenir l'ensemble et l'unité , pour faire , s'il est permis de s'exprimer ainsi , circuler le même sang dans les dernières veines d'un corps immense , toutes les imperfections qui résulteroient de cette espèce de théocratie romaine dans l'ordre politique, ne doivent plus être considérées que comme l'humidité , par exemple, produite par une machine à vapeur dans le bâtiment qui le renferme.
La seconde réflexion, c'est que le gouvernement des Papes est une monarchie semblable à toutes les autres , si on ne la considère simplement que comme gouvernement dun seul. Or, quels maux ne résultent pas de la monarchie la mieux constituée ? Tous les livres de morale regorgent de sarcasmes contre la cour et les courtisans. On ne tarit pas sur la duplicité, sur la perfidie, sur la corruption des gens de cour; et Voltaire ne pensoit sûreTOM, II. 1 5 ment pas aux Papes , lorsqu'il s'écrioit avec tant de décence : O sagesse du ciel ! je te crois très-profonde ; Mais à quels plats tyrans as-tu livré le monde (i)f Cependant lorsqu'on a épuisé tous les genres de critique , et qu'on a jeté , comme il est juste, dans l'autre bassin de la balance, tous les avantages de la monarchie , quel est enfin le dernier résultat ? C'est le meilleur , le plus durable des gouvernemens , et le plus naturel à Vliomme. Jugeons de même la cour romaine. C'est une monarchie , la seule forme de gouvernement possible pour régir l'Eglise catholique ; et quelle que soit la supériorité de celte monarchie sur les autres (2), il est impossible que les passions humaines ne s'agitent pas au- (1) Il a dit au contraire , en parlant de Rome moderne ; Les citoyens en paix sagement gourernés Ne sont plus conquérans , et sont plus fortunés, (i) Le gouvernement du Pape est le seul dans l'uiiivers qui n'ait jamais eu de modèle , comme il ne doit jamais avoir d'imitation. C'est une monarchie élective dont le titulaire , toujours vieux, et toujours célibataire , est élu par un petit nombre d'électeurs élus par ses prédécesseurs , tous célibataires comme lui , et choisis tour d'un foyer quelconque de puissance , et n'y laissent pas des preuves de leur action , qui n'empêchent point le gouvernement du Pape d'être la plus douce, la plus pacifique et la plus morale de toutes les monarchies, comme les maux bien plus grands , enfantés par la monarchie séculière , ne l'empêchent par d'être le meilleur des gouvernemens.
En terminant cette discussion , je déclare protester également contre toute espèce d'exagération. Que la puissance pontificale soit retenue dans ses justes bornes ; mais que ces bornes ne soient pas arrachées et déplacées au gré de la passion et de l'ignorance ; qu'on ne vienne pas surtout alarmer l'opinion par de vaines terreurs : loin qu'il faille craindre dans ce moment les excès de la puissance spirituelle , c'est tout le contraire qu'il faut craindre, c'est-à-dire que les Papes manquent de la force nécessaire pour soulever le fardeau immense qui leur est imposé , et qu'à force de sans aucun égard nécessaire à la naissance , aux, richesses , ni même à la patrie. Si l'on examine attentivement cette forme de gouvernement, on trouvera qu'elle exclut les inconvé- niens de la monarchie élective , sans perdre les avantages de la moDarchie héréditaire. plier , ils lie perdent enfin la puissance comme riiabilutle de résister. Qu'on leur accorde, de bonne foi , ce qui leur est du ; de son côté , le Souverain Pontife sait ce qu'il doit à l'autorité temporelle qui n'aura jamais de défenseur plus intrépide et plus puissant que lui. Mais il faut aussi qu'il sache défendre ses droits ; et si quelque prince , par un trait de sagesse égale à celle de ce fils de famille qui menaçoit son père de se faire pendre pour le déshonorer , osoit menacer le sien d'un schisme , pour extorquer de lui quelque foiblesse, le successeur de saint Pierre pourroit fort bien lui répondre ce qui est écrit déjà depuis long-temps : « Voulez -vous m'abandonner ? Eh bien rt partez! Suivez la passion qui vous entraîne: » n'attendez pas que, pour vous retenir auprès » de moi, je descende jusqu'aux supplications. » Partez ! Fourme rendre l'honneur qui m'est » dû , d'autres hommes me resteront. Mais » SURTOUT , Dieu me restera ( i ). » Le prince y penseroit ! (l) •I)£uy6 jK«eX', il TOI B-'Jfioç 'fsreirTurat' oùài (Ttyoyi Ala-e-ùfMii iivix. ifiua fthiit ■si'Uf iftoiyt ko.] UXT^ot , Oj' Ki ftt TiftKirovTi' MAAISTA AE MHTIETA ZEYS.
HoMER. Uiad. I. 173-175. FIN DU TROISIÈME LIVRE. DU PAPE. LIVRE QUATRIÈME. DU PAPE DANS SON RAPPORT AVEC LES ÉGLISES NOMMÉES SCHISMATIQUES. CHAPITRE PREMIER. QUE TOUTE ÉGLISE SCHISMATIQUE EST PROTESTANTE. AFFINITÉ DES DEUX SYSTÈMES. TÉMOIGNAGE DE l'É- GLISE RUSSE. Vi'EST une vérité fondamentale dans toutes les questions de religion, que toute Eglise qui 71 est pas catholique est protestante. C'est en vain qu'on a voulu mettre une distinction entre les Eglises schismatiques et hérétiques. Je sais bien ce qu'on veut dire ; mais dans le fond , toute la différence ne tient qu'aux mots, et tout chrétien qui rejette la comipunion du Saint-Père est protestant ou le sera bientôt. Qu'est-ce qu'un protestant? C'est un homme ( 23o ) (|iii proteste; or, qu'importe qu'il proteste contre un ou plusieurs dogmes ? contre celuici ou contre celui-là? H peut être plus ou moins protestant ^ mais toujours W proteste. Quel observateur n'a pas été frappé de l'extrême faveur dont le protestantisme jouit parmi le clergé russe , quoique , si l'on s'en tenoil aux dogmes écrits , il dut être haï sur la Neva comme sur le Tibre ? C'est que toutes les sociétés séparées se réunissent dans la haine de l'unité qui les écrase. Chacune d'elles a donc écrit sur ses drapeaux. : Tout enneiui de Rome est tuon ami. Pierre I.^^ ayant fait imprimer pour ses sujets 5 au commencement du siècle dernier , un catéchisme contenant tous les dogmes qu'il approuvoit , cette pièce fut traduite en anglais (i) en l'année «723 , avec une préface qui mérite d'être citée. « Ce catéchisme , dit le traducteur, respire » le génie du grand homme par les ordres (i) The russiamcatechismcompos'dand publisch'd by the order ofthe CZAR ; to ivhich is aimexed a short account oj the church- go^ernement and cérémonies oj the Moscovites. London. Meadows , ijs.S^in-S.'^bv Jenkîn. Thorn. Philipps , pages 4 et 66. ( 23i ) v duquel il fut composé (i). Ce prince « » vaincu deux ennemis plus terribles que les » Suédois et les Tartares ; je veux dire la su- »
perstition et l'ignorance favorisées encore « par l'habitude la plus obstinée et la plus » insatiable Je me flatte que cette traduc- « tion rendra plus facile le rapprochement » des évêques anglais et russes ; afin que par » leur réunion ils deviennent plus capables » de renverser les desseins atroces et sanguirt ?iaires du clergé romain (2) Les Russes » et les réformés s'accordent sur plusieurs « articles de foi , autant qu'ils diffèrent de » l'Eglise romaine (3) Les premiers nient (i) Le traducteur parle ici d'un catécliisme comme il parleroit d'un ukase que l'empereur auroit publié sur le droit ou la police. Cette opinion qui est juste doit être remarquée. (2) On pourroit s'étonner qu'eu 1726 ou pût encore imprimer en Angleterre une extravagance de cette force. Je prendrois néanmoins l'engagement de montrer des passages encore plus merveilleux dans les ouvrages des premiers docteurs anglais de nos jours. (3) Sur ce point le traducteur a tort et il a raison. Il a tort si l'on s'en tient aux professions de foi écrites , qui sont les mêmes à peu de chose près pour les Eglises latine et russe , et diffèi'ent également des confessions protestantes ; inais si l'on eu vient à la ( ^:i^ ) » le purgatoire (i) ; et notre compatriote » Coi^el , docteur de Cambridge . a prouvé f> doctement dans ses mémoires sur l'Eglise » grecque, coiubien la trmissubsSttmtlntion des » Latins dijftredc la cène grecque (2). » Quelle tendresse et quelle conliance ! La fraternilé esl évidente. C'est ici que la j)uissance île la haine se fait sentir d'une manière véritablement elîVayante. L'Eglise russe professe , comme la notre, la présence réelle , la nécessité de la confession et de l'absolution sacerdotale, le même noujbre desacremens, la réalité à\x sacrifice euchaiistique, l'invocation des saints, le culte des images, etc.; le protestantisme au contraire fait profession de rejeter et même d'abiiorrer ces dc>gmes et ces usages ; néanmoins s il les rencontre dans une Eglise pratique et à la croyance intérieure , le tiaducteur a raison.
Cliaque jour la foi d.te ^leique s'cloii^ue de Rome et s'approche de Wittemberg. (1) Je n'en sais rien ; e! je crois en ma conscience que le clergé rus^e ne le sait pas miens, que moi. (2) Ou eulend ici des tliéologiens aUi^licans affirmer que déjà, au commencemenl du dei^nier siècle , la foi de l'tîglise lomaine et celle de l'Eglise rsse s* r l'article de l'eucliaristie n"éEoient plu.-> les mêmes. On se plaiudioit donc à tort des préjugés catholiques sur cet article. séparée de Rome, il n'en est pins choqué. Ce culte des images surtout, si solennellement dé- claré idolâtrique , perd tout son venin, quand il seroit même exagéré au point d'être devenu à peu près toute la religion. Le Russe est sé- paré du Saint Siège : c'en est assez pour le protestant ; celui-ci ne voit plus en lui qu'un frère, qu'un autre protestant; tous les dogmes sont nuls , excepté la haine de Rome. Cette haine est le lien unique , mais universel de toutes les Eglises séparées. Un archevêque de Twer, mort il y a seulement deux ou trois ans, publia en i8o5 un ouvrage historique en latin , sur les quatre premiers siècles du christianisme ; et dans ce livre que j'ai déjà cité sur le célibat, il avance sans détour qu'une grande partie du clergé russe est cahiniste (i). Ce texte n'est pas équivoque. (i) Ou , si l'on veut s'exprimer mot à mot , « qu'une » grande partie du clergé russe chérit et célèbre à l'excès » le système calviniste. » — Hœc sanè est disciplina illa ( Cahini ) quem PLURIMI T)E NOSTRIS ( sic ) tantoperè Laudant deamantque. {Methodii archiep. Ttver , Liber historiens de rébus in primitivâ Eccles. christ, etc. in-l^.'^Mosquœ^ 1 8o5. Typis sanctissimœsynodi. Cap. VI ^ sect. i,§ 79, p. i68 ). Tout liomme qui a pu voir Le clergé n'étiulie dans tout le cours fie son éducation ecclésiastique que des livres prolestans ; une habitude haineuse l'écarté des livres catholiques, malgré l'extrême affinité des dogmes. Bingliam surtout est son oracle , et la chose est portée au point que le prélat que je viens de citer en appelle trèssérieusement à Bingham , pour établir que V Eglise russe n'enseigne que la pure foi des apôtres (i).
C'est un spectacle bien extraordinaire et bien peu connu dans le reste de l'Europe que celui d'un évêque russe qui , pour établir la parfaite orthodoxie de son Eglise , en appelle au témoignage d'un docteur protestant. Et lui-même , après avoir blâmé pour la forme ce penchant au calvinisme , ne laisse pas d'appeler Calvin UN GRAND H03IME (2) ; expression étrange dans la bouche d'un évêque les choses de près , ne doutera pas que par ces mots PLURimi DE NOSTRis , il ne faille entendre tout prêtre de cette Eglise , qui sait le latin ou le français , à moins que dans le fond de son cœur il ne penche d'un côté tout opposé ; ce qui n'est pas Inouï parmi les gens instruits de cet ordre. (i) Methodius , ibid. sert. J, pag. 20b, note 2. (2) Magnum vinurr , ibid. paj^. 168. parlant d'un hérésiarque, et qui ne lui est jamais échappée dans tout son livre , à l'égard d'un docteur catholique. Ailleurs il nous dit que , pendant quinze siècles , la doctrine de Calvin fut PEESQUE inconnue dans l'Eglise (i). Cette nnodification paroitra encore curieuse ; mais dans le reste du livre , il se gêne encore moins ; il attaque ouvertement la doctrine des sacremens, et se montre tout-à-fait calviniste. L'ouvrage , comme je l'ai déjà observé , étant sorti des presses même du synode, avec son approbation expresse , nul doute qu'il ne représente la doctrine générale du clergé , sauf les exceptions que j'honore. Je pourrois citer d'autres témoignages non moins décisifs ; mais il faut se borner. Je n'affirme pas seulement que l'Eglise dont il s'agit (i) Doctrinam Calvini per M. et D. ann. in Ecclesiâ Christi PENE inauditam. Ibid. L'archevêque de Twer a publié cet ouvrage enlalln, sûr de n'être critiqué ni par ses confrères qui ne révé- leroieut jamais un secret de famille , ni par les gens du monde , qui ne l'entendroient pas, et qui d'ailleurs ne s'embarrasseroient pas plus des opinions du prélat que de sa personne. On ne peut se former une idée de l'indifférence russe pour ces sortes d'hommes et de choses , si l'on n'en a été témoin.
( ^3G ) est protestante ; j'affirme de plus qu'elle l'est nécessairement , et que Dieu ne seroit pas Dieu si elle ne l'étoit pas. Le lien de l'unité étant une fois rompu, il n'y a plus de tribunal commun , ni par conséquent de règle de foi invariable. Tout se réduit au jugement particulier et à la suprématie civile qui constituent l'essence du protestantisme. L'enseignement n'inspirant d'ailleurs aucune alarme en Russie, et le même empire renfermant près de trois millions de sujets j)rotestans , les novateurs de tous les genres ont su profiter de cet avantage pour insinuer librement leurs opinions dajis tous les ordres de l'état , et tous sont d'accord , môme sans le savoir ; car tous protestent contre le Saint Siège, ce qui suffit à la fraternité commune. CHAPITRE IL SUR LA PRÉTENDUE INVARIABILITÉ DU DOGME CHEZ LES EGLISES SÉPARÉES DANS LE XII.^ SIÈCLE. Plusieurs catholiques , en déplorant notre funeste séparation d'avec les Eglises Photiennes , leur font cependant l'honneur de croire que, hors le petit nombre de points contestés , elles ont conservé le dépôt de la foi dans toute son intégrité. Elles-mêmes s'en vantent et parlent avec emphase de leur invariable orthodoxie. Cette opinion mérite d'être examinée, parce qu'en l'éclaircissant on se trouve conduit à de grandes vérités. Toutes ces Eglises séparées du Saint Siège, au commencement du XII.« siècle , peuvent être comparées à des cadavres gelés dont le froid a conservé les formes. Ce froid est l'ignorance qui devoit durer pour elles plus que pour nous ; car il a plu à Dieu , pour des raisons qui méritent d'être approfondies , de concentrer, jusqu'à nouvel ordre, toute la science humaine dans nos régions occidentales. ( :i38 ) Mais dès que le vent de la science qui est cliaud viendra à soutïler sur ces Eglises , il arrivera ce qui doit arriver suivant les lois de la nature : les formes antiques se dissoudront, et il ne restera que de la poussière. Je n'ai jamais habité la Grèce, ni aucune contrée de l'Asie; mais j'ai long-temps habité le monde , et j'ai le bonheur d'en connoître quelques lois.
Un mathématicien seroit bien malheureux, s'il étoit obligé de calculer l'un après l'autre tous les termes d'une longue série ; pour ce cas et pour tant d'autres , il y a des formules qui expédient le travail. Je n'ai donc aucun besoin de savoir ( quoique je n'avoue point que je ne le sais pas ) ce qui se fait et ce qui se croit ici ou là. Je sais, et cela me suffit , que si la foi antique règne encore dans tel ou tel pays séparé, la science n'y est point encore arrivée , et que si la science y a fait son entrée, la foi en a disparu; ce qui ne s'entend point, comme on le sent assez, d'un changement subit, mais graduel, suivant une autre loi de la nature qui n'admet point les sauts , comme dit l'école. — Voici donc la loi aussi sûre , aussi invariable que son auteur : aucune religion , excepté une , ne peut supporter l'Épreuve de la science. Cet oracle est plus sûr que celui de Calchas. La science est une espèce d'acide qui dissout tous les métaux, excepté Vor, Où sont les professions de foi du XV I.^ siècle ? — Dans les livres. Nous n'avons cessé de dire aux protestans : Vous ne pouvez t^ous arrêter sur lesjlancs d'un précipice rapide , vous roulerez jusqu'au fond. Les prédictions catholiques se trouvent aujourd'hui parfaitement justifiées. Que ceux qui n'ont fait encore que trois ou quatre pas sur cette même pente , ne viennent' point nous vanter leur prétendue immobilité : ils verront bientôt ce que c'est que le mouvement accéléré. J'en jure par l'éternelle vérité , et nulle conscience européenne ne me contredira : La science et la foi ne s'allieront jamais hors de l'unité. On sait ce que dit un jour le bon La Fontaine en xenà?ini\e nouveau Testament à un ami qui l'avoit engagé à le lire. J'ai lu votre nouveau Testament^ c'est un assez bon livre. C'est à cette confession , si l'on y prend bien garde , que se réduit à peu près la foi protestante, à je ne sais quel sentiment vague et confus qu'on exprimeroit fort bien par ce peu de mots : // pourrait bien y avoir quelque chose de divin dans le christianisme.
Mais lorsqu'on en vienilra à une profession de foi délaillée , personne ne sera d'accord. Les anciennes formules ecclésiasti(|ues reposent dans les livres: on les signe aujourd'hui parce qu'on les si^^noil hier, mais qu'est-ce que tout cela signiiie pour la conscience? Ce qu'il est bien important d'observer, c'est que les Eglises Pliotienues sont plus éloignées de la vérité (jue les autres Eglises protestantes ; car celles-ci ont parcouru le cerclade l'erreur, au lieu que les autres commencent seulement à le parcourir, et doivent par conséquent passer par le calvinisme , peut-être même par le socinianisme avant de remonter à l'unité. Tout ami de cette unité doit donc désirer que l'antique édifice achève de crouler incessamment chez ces peuples séparés, sous les coups de la science protestante , afin que la place demeure vide pour la vérité. Il y a cependant une grande chance en faveur des Eglises dites schismatigues , et qui peut extrêmement accélérer leur retour; c'est celui des protestans qui est déjà fort avancé, et qui peu t être hâté plus que nous ne le croyons par un désir ardent et pur , séparé de tout esprit d'orgueil et de contention. On ne sauroit croire à quel point les Eglises dites simplement schismatigues , s'appuient à la révolte et à la science protestante. Ah ! si jamais la même foi parloit seulement anglais et français , en un clin-d'œil l'obstination contre cette foi deviendroit dans toute l'Europe un véritable ridicule , et pourquoi ne le dirois-je pas ? un mauvais ton. J'ai dit pourquoi on ne devroit attacher aucun mérite à la conservation de la foi parmi les Eglises photiennes , quand même elle seroit réelle; c'est parce qu'elles n'auroient point subi l'épreuve de la science ; le grand acide ne les a pas touchées. D'ailleurs , que signifie ce mot dejoi, et qu'a-t-il de commun avec les formes extérieures et les confessions écrites ? S'agit-il entre nous de savoir ce qui est écrit ? TOM. II. 16 CHAPITRE III. AUTRES CONSIDÉRATIONS TIRÉES DE LA POSITION DE CES ÉGLISES.
REMARQUE PARTICULIÈRE SUR LES SECTES D'ANGLETERRE ET DE RUSSIE. Voici encore une autre loi de la nature. Rien ne s'altère que par mixtion , et jamais il n'y a mixtion sans affinité. Les Eglises photieniies sont conservées au milieu du mahométisme comme un insecte est conservé dans l'ambre. Comment seroient-elles altérées, puisqu'elles ne sont touchées par rien de ce qui peut s'unir avec elles ? Ei'itre le mahométisme et le christianisme, il ne peut y avoir de mélange. Mais si l'on exposoit ces Eglises à l'action du protestantisme ou du catholicisme avec \\\\ feu de scienc suffisant, elles disparoîtroient pres- î^ye sabilement. Oi.' , comme les'nations peuvent aujourd'hui, au moyen des langues, se toucher à distance, bientôt nous serons témoins de la grande expérience déjà fort avancée en Russie. Nos langues atteindront ces nations qui nous vantent leur foi reliée en parchemin , et dans un clin-d'œil nous les verrons boire à longs traits toutes les erreurs de l'Europe. — Mais alors nous en serons dégoûtés , ce qui rendra probablement leur délire plus court. Lorsque l'on considère les épreuves qu'a subies l'Eglise romaine par les attaques de l'bérésie et par le mélange des nations barbares qui s'est opéré dans son sein , on demeure frappé d'admiration en voyant qu'au milieu de ces épouvantables révolutions , tous ses titres sont intacts et remontent aux apùtres. Si elle a changé certaines choses dans les formes extérieures, c'est une preuve qu'elle vit; car tout ce qui vit dans l'univers change, suivant les circonstances , en tout ce (|ui ne tient point aux essences. Dieu qui se les est réservées, a livré les formes au temps pour en disposer suivant de certaines règles. Cette variation dont je parle est même le signe indispensable de la vie , l'immobilité absolue n'appartenant qu'à la mort. Soumettez un de ces peuples séparés à une révolution semblable à celle qui a désolé la France durant vingt-cinq ans; supposez qu'un pouvoir tyrannique s'acharne sur l'Eglise , égorge, dépouille, disperse les prêtres; qu'il tolère surtout et favorise tous les cultes , excepté le culte national , celui-ci disparoîtra comme une fumée.
La France , après l'horrible révolution qu'elle a souft'erle, est demeurée catholique ; c'est-à-dire que tout ce qui n'est pas demeuré catholique n'est rien. Telle est la force de la vérité soumise à une épreuve terrible. L'hotnme sans doute a pu en être altéré ; mais la doctrine nullement , parce qu'elle est inaltérable de sa nature. Le contraire arrive à toutes les religions fausses. Dès que l'ignorance cesse de maintenir leurs formes , et qu'elles sont attaquées par les doctrines philosophiques, elles entrent dans un état de véritable dissolution , et marchent vers l'anéantissement absolu par un mouvement sensiblement accéléré. Et comme la putréfaction des grands corps organisés produit d'innombrables sectes de reptiles fangeux, les religions nationales qui se putréfient, produisent de même une foule à'ùisectes religieux qui traînent sur le même sol les restes d'une vie divisée , imparfaite et dégoûtante. C'est ce qu'on peut observer de tous côtés ; et c'est par là que l'Angleterre et la Russie surtout peuvent s'expliquer à elles-mêmes le nombre et l'inépuisable fécondité des sectes qui pullulent dans leur vaste sein. Elles naissent de la })utréfaction d'un grand corps: c'est lordre de la nature. L'Eglise russe , en particulier , porte dans son sein plus d'ennemis que toute autre ; le protestantisme la pénètre de toutes parts. Le rascolnisme (i), qu'on pourroit appeler Villu- (i) On pourroit écrire un mémoire intéressant sur ces rascolnics. Renfermé dans \es bornes étroites d'une note , je n'en dirai que ce qui est absolument indispensable pour me faire entendre. Le mot de rascolnic , dans la langue russe , signiBe , au pied de la \elire, schismatique. La scission désignée par cette expression générique , a pris naissance dans une ancienne traduction de la Bible , à laquelle les rascolnics tiennent infiniment , et qui contient des textes , altérés suivant eux dans la version dont l'Eglise russe fait usage. C'est sur ce fondement qu'ils se nomment eux-mêmes (et qui pourroit les en empêcher?) hommes de Cantique foi ^ ou i,>ieux croyons (staroversi).
Partout où le peuple , possédant pour son malheur l'Ecriture sainte en langue vulgaire , s'avise de la lire et de l'interpréter , aucune abei'ration de l'esprit particulier ne doit étonner. Il seroit trop long de détailler les nombreuses superstitions qui sont venues se joindre aux griefs primitifs de ces hommes égarés. Bientôt la secte originelle s'est divisée et subdivisée , comme il an ive toujours , au point que dans ce moment ii y a peut-être en Russie quarante sectes de rascolnics. Toutes sont extravagantes , et quelques-unes abominables. Au surplus , les rascolnics en masse protestent contre l'Eglise russe, comme eelle-ci proteste contre l'Eglise lomaine. De part et d'autre c'est le même minisme des campagnes , se renforce chaque jour : déjà ses enlans se compleul par uullions, el les lois n'oseroient plus se couipromellre avec lui. Villuminisme, qui est le rascolnisme des salons , s'attache aux chairs dé- licates que la main grossière du rascolnic ne sauroit atteindre. D'autres puissances encore jdus dangereuses agissent de leur côté , et motif, le mêiTie raisonnement et le mêoae droit; de manière que toute pbiiute de la part de l'autoi'ité dominante seroit ridicule. Le rascolnisme n'alarme ni ne choque le nation en corps , pas plus que toute autre religion fausse j les hautes classes ne s'en occupent que pour en rire. Quant au sacerdoce , il n'entrepreud rien sur les dissidens , parce qu'il sent son impuissance , et que d'ailleurs l'esprit de prosélytisme doit lui manquer par essence. Le rascolnisme ne sort point de la classe du peuple ; mais le peuple est bien quelque chose, ne fût-il même que de trente millions' Des hommes qui se prétendent instruits portent déjà le nombre de ces sectaires au septième de ce nombre , à peu près, ce que je n'afiirme poiut. Le gouvernement qui seul sait à quoi s'en tenir , n'en dit rien et fait bien. 11 use , au reste , h l'égard des rascolnics ^ d'une prudence, d'une modération, d'une bouté sans égales; et quand même il en résulteroit des conséquences malhcurru-es , ce qu'à Dieu ne plaise!
il pouix'oit toujours se consoler en pensant que la sévérité n'auroit pas mieux réussi. toutes se multiplient aux dépens de la masse qu'elles dévorent. Il y a certainement de grandes différences entre les sectes anglaises et les sectes russes ; mais le principe est le même. C'est la religion nationale qui laisse échapper la vie , et les insectes s'en emparent. Pourquoi ne voyons-nous pas des sectes se former en France, par exemple, en Italie, etc.? Parce que la religion y vit tout entière , et ne cède rien. On pourra bien voir à côté d'elle l'incrédulité absolue , comme on peut voir un cadavre à côté d'un homme vivant ; mais jamais elle ne produira rien d'impur hors d'elle-même , puisque toute sa vie lui appartient. Elle pourra, au contraire, se propager et se multiplier en d'autres hommes chez qui elle sera encore elle-même, sansaffoiblissement ni diminution, comme la lumière d'un flambeau passe à mille autres. •VV%V%^%V«>VVVt^^VVVVV\iVVl»V«nv«/vvv«/«/\A/VVV«/«A<lVV%>VVVVV«VVV CHAPITRE IV. 8UR LE NOM DE PHOTIENNES APPLIQUÉ AUX ÉGLISES SCUISMATIQUES. i^iJELQUES lecteurs remarqueront peut-être , avec une certaine surprise , l'épilhète de photiennes dont je me suis constamment servi pour désigner les Eglises séparées de l'unité chrétienne par le schisme de Photlus, S'ils y voyoient la plus légère envie d'offenser , ou le plus léger signe de mépris , ils se tromperoient fort sur mes intentions. Il ne s'agit pour moi que de donner aux choses un nom vrai , ce qui est un point de la plus haute importance. J'ai dit plus haut , et rien n'est plus évident , que toute Eglise séparée de Piome est protestante. En effet, qu^elIe proteste aujourd'hui ou qu'elle ait protesté hier, qu'elle proteste sui un dogme , sur deux ou sur dix , toujours est-il vrai qu'elle proteste contre l'unité et l'aulorité universelle. Photius étoit né dans cette unité : il reconnoissoit si bien l'autorité du Pape , que c'est au Pape qu'il demanda avec tant d'instance le titre de PatriarcJie œcuménique , absurde dès qu'il n'est pas unique.
Il ne rompit même avec le Souverain Pontife , que parce qu'il ne put en obtenir ce grand titre qu'il ambitionnoit. Car, il est bien essentiel de l'observer, jamais il ne fut question de dogmes entre nous au commencement de la grande et funeste scission. C'est après qu'elle fut opérée, que, pour lui donner une base plausible , on en vint aux disputes de dogmes. L'addition du Filioque, faite au symbole , ne nous avoit nullement brouillés avec les Grecs. Les Eglises latines, établies en grand nombre à Constanlinople , chantoieiït le symbole sans exciter le moindre scandale. Que veut-on de plus ? Deux conciles œcuméniques furent tenus à Constanlinople depuis l'addition du FLlioque , sans aucune plainte de la part des Orientaux (i). Ces faits (i) Puisqu'il s'agit du Filioque ^on accordera peut- être quelque atteution à l'observation suivante. On connoît le rôle que joua le platonisme daus les premiers siècles du christianisme. Or, l'école de Platon souteuoit que la seconde personne de sa fameuse trinité, procédoit de la première , et la troisième de la seconde. Pour être bref, je supprime les autorités qui sont incontestables. Arius qui avoit beaucoup hanté les ( 25o ) ne doivent point être répétés pour les théologiens qui ne peuvent les ignorer, mais pour platoniciens, quoique dans le fond il fût sur la Divinité inoins orthodoie qu'eux ; Arius, dls-je, s'accommodoit fort de cette idée; car son intérêt étoit d'accorder tout au Fils, excepté la consnbstanti alité. Les ariens dévoient donc soutenir volontiers avec les platoniciens (quoique partant de principes différens), que le Saint-Esprit procédait du Fils. Macédonius, dont l'hérésie n'étoit qu'une conséquence nécessaire de celle d'Arius, vint ensuite, et se trouvoit porté par son système , à la même croyance. Abusant du célèbre passage : Tout a été fait par lui ^ et sans lui rien ne fut Jait^ il en concluoit que le Saint-Esprit étoit une production du Fils qui avoit tout fait. Cette opinion étant donc commune aux ariens de toutes les classes , aux macédoniens €t à tous les amateurs du platonisme ; c'est-à-dire en réunissant ces différentes classes, à une portion formidable des hommes instruits alors existans, le premier concile de C.
P. devoit la condamner solennellement ,• et c'est ce qu'il fit en déclarant la proces>ion ex Faire. Quant à la procession ex Filio^ il n'en parla pas, parce qu'il n'en étoit pas question, parce que personne ne la nioit, et parce qu'on ne la croyait que trop , s'il est permis de s'exprimer ainsi. Tel est le point de vue sous lequel il faut , ce me semble , envisager la décision du concile ; ce qui n'exclut aucun autre argument employé dans cette question , décidée d'ailleurs avant toute discussion théologique par les argumens tirés de la plus solide ontologie. les gens du monde qui s'en doutent peu dans les pays même où il seroil si important de le savoir. Pholius protesta donc , comme l'ont fait depuis les Eglises du XVI. « siècle , de manière qu'il n'y a entre toutes les Eglises dissidentes d'autres différences que celles qui résultent du nombre des dogmes en litige. Quant au principe , il est le même. C'est une insurrection contre l'Eglise-mère qu'on accuse d'erreur ou d'usurpation. Or , le principe étant le même , les conséquences ne peuvent différer que par les dates. Il faut que tous les dogmes disparoissent l'un après l'autre , et que toutes ces Eglises se trouvent à lafmsociniennes; l'apostasie commençant toujours et s'accomplissant d'abord dans le clergé, ce que je recommande à l'attention des observateurs. Quant à l'invariabilité des dogmes écrits, des formules nationales, des vêtemens, des mitres , des crosses , des génuflexions , des inclinations, des signes de croix, etc., etc., je n'ajouterai qu'un mot à ce que j'ai dit plus haut. César et Cicéron, s'ils avoient pu vivre jusqu'à nos jours , seroient vêtus comme nous : leurs statues porteront éternellement la toge et le laticlave. Toute Eglise séparée étant donc proiestante ^ il est juste de les renfermer toutes sous la même dénomination. De plus, comme les Eglises protestantes se distinguent entre elles par le nom de leurs fondateurs , par celui des nations qui reçurent la prétendue ré- forme , en plus ou en moins, ou par quelque symptôme particulier de la maladie générale, de manière que nous disons : // est calviniste^ il est luthérien , il est anglican , il est métho' diste , il est baptiste , etc.
Il faut aussi qu'une dénomination particulière distinguées Eglises qui ont protesté dans le XI.« siècle, et certes on ne trouvera pas de nom plus juste que celui qui se tire de l'auteur même du schisme. Il est de toute justice que ce funeste personnage donne son nom aux Eglises qu'il a égarées. Elles sont donc photiennes comme celle de Genève est calviniste^ comme celle de Wittemberg est luthérienne. Je sais que ces dénominations particulières leur déplaisent (i), parce que la conscience leur dit (i) Quant au terme de calviniste, je sais quil en est parmi eux qui s'offensent quand on les appelle de ce nom. (Perpétuité de la foi , XI, 2. ) Les évangéljques, que Tolland appelle luthériens, quoique plusieurs d'entre eux rejettent cette dénomination. ( Leibuitz , (Euvres, tom. V, p. 142.) On nomme préférablement que toute religion qui porte le nom dun homme ou d'un peuple est nécessairement fausse. Or, que chaque Eglise séparée se donne chez elle les plus beaux noms possibles , c'est le privilège de l'orgueil national ou particulier : qui pourroit le lui disputer ? Orbis me sibilat , at mihi plaudo ipsa domi Mais toutes ces délicatesses de l'orgueil en souffrance nous sont étrangères , et ne doivent point être respectées par nous ; c'est un devoir au contraire de tous les écrivains catholiques de ne jamais donner dans leurs écrits aux Eglises séparées par Photius , d'autre nom que celui de photiennes ; non par un esprit de haine et de ressentiment (Dieu nous préserve de pareilles bassesses ! ) , mais au contraire par un esprit de justice, d'amour, de bienv^eillance universelle; afin que ces Eglises, continuellement rappelées à leur origine, y lisent constamment leur nullité. évangéliques en Allemagne ceux que plusieurs apptl^ lent luthériens mal-a-propos. ( Le même, nouv. Essais sur l'entendement humain ^ pag. ^61.) Lisez très-aPROPOS. ( ^H ) Le devoir dont je parle est surtout impé- rieusement prescrit aux écrivains français, Quos penès arbitriuin est et jus et norma loquendi; l'éminenle prérogative de nommer les choses en Europe leur étant visiblement confiée comme représentans de la nation dont ils sont les organes.
Qu'ils se gardent bien de donner aux ¥j^\sesphotîennes les norasd' Eglise grecque ou orientale : il n'y a rien de si faux que ces dénominations. Elles étoient justes avant la scission, parce qu'alors elles ne signilioient que les différences géographiques de plusieurs Eglises réunies dans l'unité d'une même puissance suprême; mais depuis que ces dénominations ont exprimé une existence indépendante, elles ne sont pas toiérables et ne doivent plus être employées. CHAPITRE V. IMPOSSIBILITÉ DE DONNER AUX ÉGLISES SÉPARÉES UN NOM COMMUN QUI EXPRIME l'uNITÉ. PRINCIPES DE TOUTE LA DISCUSSION , ET PRÉDICTION DE L'aUTEUR. VuECi me conduit au développement d'une vérité à laquelle on ne fait pas assez d'atlention quoiqu'elle en mérite beaucoup. C'est que toutes ces Eglises ayant perdu l'unité, il est devenu impossible de les réunir sous un nom commun et positif. Les appellera-t-on Eglise orientale? Il n'y a certainement rien de moins oriental que la Russie qui forme cependant une portion assez remarquable de l'ensemble. Je dirois même que s'il falloit absolument mettre les noms et les choses en contradiction , j'aimerois mieux appeler Eglise russe tout cet assemblage d'Eglises séparées. A la vérité ce nom excluroit la Grèce et le Levant ; mais la puissance et lu dignité de l'Empire couvriroient au moins le vice du langage qui dans le fond subsistera toujours. Dira-t-on par exemple Eglise grecque^ au lieu d'Eglise orientale? Le nom deviendra encore plus faux. La Grèce est en Grèce , si je ne me trompe. Tant qu'on ne voyoit dans le monde que Rome et Constanlirjople, la division de l'Eglise suivoit naturellement celle de l'empire, et l'on disoit V Eglise occidentale et Y Eglise orientale, comme on disoit X empereur d Occident et ïempereur d'Orient ; et même alors , il faut bien le remarquer , cette dénomination eût été fausse et trompeuse , si la même foi n'eût pas réuni les deux Eglises sous la suprématie d'un chef commun , puisque , dans celle supposition, elles n'auroient point eu de nom commun , et qu'il ne s'agit précisément que de ce nom qui doit être catholique et universel pour représenter l'unité totale.
Voilà pourquoi les Eglises séparées de Rome n'ont plus de nom commun et ne peuvent être désignées que par un nom négatif qui déclare, non ce qu'elles sont , mais ce qu'elles ne sont pas; et sous ce dernier rapport, le mot seul de protestante conviendra à toutes et les renfermera toutes, parce qu'il embrasse très-justement dans sa généralité toutes celles qui ont protesté contre l'unité. Que si l'on descend au détail, le titre de photienne sera aussi juste que celui de luthé- Tienne^ calviniste^ etc.; tous ces noms désignant fort bien les ditiérenles espèces de protestarïtismes réunis sous le genre universel; mais jainais on ne leur trouvera un nom positif et général. On sait que ces Eglises se nomment ellesmêmes orthodoxes ^ el c'est par la Russie que cette épitlièle ambitieuse se fera lire en fran- çais dans l'Occident ; car jusqu'à nos jours on s'est peu occupé parini nous de ces Eglises orthodoxes ^ toute notre polémique religieuse ne s'étanl dirigée que contre les protestans. Mais la Russie devenant tous les jours plus européenne, et la langue universelle se trouvant absolument naturalisée dans ce grand empire, il est impossible que quelque plume russe, déterminée par une de ces circonstances qu'on ne sauroit prévoir , ne dirige quelque attaque française sur l'Eglise romaine, ce qui est fort à désirer, nul Russe ne pouvant écrire contre cette Eglise, sans prouver qu'il est protestant. Alors pour la première fois nous entendrons parler dans nos langues de XEglise orthodoxe ! On demandera de tout coté : Qu est-ce que l'Eglise orthodoxe? Et cliaque chrétien de l'Occident, en disant : Cest la mienne apparemment ^ se permettra de tourner TOM. II. 17 eu ridicule l'erreur qui s'adresse à elle-même un compliment qu'elle prend pour un nom. Chacun étant libre de se donner le nom qui lui convient, Laïs en personne seroit bien la maîtresse d'écrire sur sa porte : Hôtel d Artémise. Le grand point est de fort er les autres à nous donner tel ou tel nom, ce qtn n'est pas tout-à-fait aussi aisé que de nous en parer de notre propre autorité ; et cependant , il n'y a de vrai nom que le nom reconnu.