Épigrammes (page 14)

Martial · Lettres

Texte français, domaine public · Source : fr.wikisource.org — Épigrammes (Martial)/1841 · 17 pages

Fiche de l’œuvre dans le savoir

Suivi d’un repas assez fin.

Le cœur joyeux, le corps bien sain

Nous nous quittons. Le lendemain

J’apprends, non sans un vif chagrin,

Que notre convive Germain

Dans son lit vient par un voisin

D’être trouvé mort le matin.

Longtemps je me demande en vain

D’où vient un trépas si soudain :

Je crois le deviner enfin :

En rêvant, le pauvre Germain

Aura cru voir son médecin.

55. CONTRE CORACINUS.

Semblable aux sachets de senteurs

Préparés chez les parfumeurs,

Coracinus, de sa personne,

Fait un vrai magasin d’odeurs.

Chacun le fuit : il s’en étonne ;

Mais qu’il se persuade bien

Qu’il vaudrait mieux ne sentir rien

Que de sentir odeur si bonne.

57. CONTRE PHÉBUS.

La pommade à ton front prête une chevelure,

Et ton crâne est couvert de cheveux en peinture.

Si quelque jour tu veux, par propreté,

En nettoyer la sale nudité,

D’appeler un barbier il n’est pas nécessaire ;

Une éponge, Phébus, fera mieux ton affaire.

58. À AULUS PUDENS.

Tandis que, visitant la zone glaciale

Tu contemples le cours de l’ourse boréale,

Qu’il s’en est peu fallu que, sur les sombres bords,

J’allasse contempler le royaume des morts !

Mes yeux éteints, ma bouche au moment de se clore,

Cher Pudens, te cherchaient et t’appelaient encore.

Si les trois Sœurs pour moi ne filent point en noir.

Si pour toi, près des dieux ma voix a du pouvoir,

Puissions-nous nous revoir de retour à la ville,

Moi bien portant, et toi, chevalier primipile !

59. CONTRE BACCHARUS.

Fier de six cents manteaux bien garnis de fourrure,

Sans cesse Baccharus appelle la froidure,

Et dans chaque saison se plaint de nos climats.

Pour lui notre automne est trop tiède,

Notre hiver tempéré l’excède ;

Il lui faut des brouillards, des neiges, des frimas.

Pour étaler l’orgueil des manteaux qu’il possède.

Cruel, quel mal t’ont fait nos surtouts écourtés,

Par le plus léger vent soulevés, emportés ?

Tu serais plus humain, et bien moins ridicule,

D’endosser la fourrure en pleine canicule.

60. SUR POMPILLUS.

« Pompillus a rempli son but : il sera lu ;

« Son nom dans l’univers va courir répandu. »

— Qu’il soit lu, j’y consens ; c’est ainsi qu’on renomme

Le roux Usipien, et tout rival de Rome.

— Ses ouvrages pourtant ne manquent pas d’esprit.

— L’esprit seul ne saurait faire vivre un écrit ;

Chaque jour nous en donne une nouvelle preuve.

Que d’auteurs qu’on a lus, que de livres diserts

Enveloppent le poivre, ou sont mangés des vers !

il faut plus, si du temps on veut franchir l’épreuve :

Seul le sceau du génie éternise les vers.

61. CONTRE UN ENVIEUX.

Rome applaudit mes vers, les vante, les répète ;

On me tient à la main, on me porte avec soi.

Voilà qu’un envieux, dans sa rage indiscrète,

Frémit, rougit, pâlit, déclame contre moi ;

Je suis enfin sa bête noire.

Mon triomphe est complet, rien ne manque à ma gloire.

62. SUR OPPIANUS.

Avec son fils unique, en sa fleur moissonné,

Silanus a perdu son soutien et sa joie.

Vite, que ta largesse, Oppian, se déploie !

As-tu quelque présent qui lui soit destiné ?

Cours, ou crains qu’un rival encore plus acharné

Ne lui porte le sien, ou déjà ne l’envoie.

Destin cruel ! ô père infortuné !

De quel vautour deviendras-tu la proie ?

63. À MARIANUS.

Tu vois, Marianus, qu’on cherche à te séduire,

Et tu sais à quel but tout captateur aspire.

Or, nul ne fut jamais plus âpre que le tien ;

Tu ne l’ignores pas ; et pourtant, de ton bien

Tu le fais l’héritier, l’unique légataire.

— De ses présents nombreux c’est le juste salaire.

— Insensé ! ces présents cachent un hameçon ;

Et que doit au pêcheur le malheureux poisson ?

— Il pleurera ma mort. — Oui, de pleurs mercenaires ;

Point de legs, et ses pleurs alors seront sincères.

64. CONTRE UN DÉTRACTEUR.

Tu ne rappelles point l’austère Fabius ;

Rien en toi ne nous peint l’agreste Curius,

Dont l’épouse rustique accoucha sous un chêne,

Portant à son mari son dîner, dans la plaine

Qu’il sillonnait, aidé de ses bœufs vigoureux.

Fils d’un père sans mœurs et d’une mère infâme.

Toi, qui sembles plutôt l’épouse de ta femme,

Te sied-il de blâmer mes vers partout fameux,

Et d’affecter le ton d’un censeur rigoureux ?

Ces jeux de mon esprit, dont la fortune est faite,

Chez les grands, au sénat, partout on les répète.

Sura, qui de Diane est le proche voisin,

Et qui de son logis sur le mont Aventin

Peut voir les jeux du Cirque, à mes légers ouvrages

Ne refuse pas ses suffrages ;

L’éloquent Régulus les cite à chaque instant ;

L’immortel Silius les aime, les accueille,

Et daigne leur donner place en son portefeuille.

Je dis plus : l’empereur lui-même, assez souvent,

Au milieu des travaux qu’entraîne un vaste empire,

Sait trouver le moment de les lire et relire.

Mais ton esprit, apparemment divin,

N’a point d’égal, et ta raison plus saine

Aux leçons de Minerve a puisé dans Athène

Un tact, un goût plus pur, un jugement plus fin.

Eh ! malheureux ! ton goût, ce goût dont tu te vantes,

Peut tout au plus juger les vapeurs rebutantes

Qu’exhalent les débris dont un boucher sanglant

Offense le regard et le nez du passant !

Et pourtant contre moi ta verve poétique

Ne craint pas d’exercer sa rage satirique !

Pauvre papier perdu que personne ne lit !

Prends garde, cependant ! si ma bile allumée

De stygmates brûlants une fois te flétrit,

Tout l’art de Cinnamus, malgré sa renommée,

N’en effacera point l’empreinte envenimée ;

Et ton nom conspué, courant dans l’univers.

Pour ta honte y vivra tant que vivront mes vers.

Prends pitié de toi-même, et crains dans ta folie,

Mordant un ours vivant, d’éveiller sa furie.

Il est paisible encore, et même caressant ;

Mais, jouant avec lui, si tu vas l’agaçant,

Si tu le blesses, tremble ! en sa juste colère,

L’animal offensé reprend son caractère,

Il redevient un ours. Pour exercer ta dent,

Crois-moi, choisis un ours qui ne soit pas vivant.

65. À TUCCA.

L’épigramme est, chez moi, traitée en hexamètre ;

Tu m’en blâmes, Tucca ? Qu’y vois-tu d’étonnant ?

Quel mal, si le public veut bien me le permettre ?

Tant d’autres, avant moi, l’ont fait impunément !

— Mais leur longueur ! — C’est chose encore fort ordinaire.

Si la brièveté seule a droit de te plaire,

Lis les distiques seulement.

Or, transigeons : à toi permis de ne pas lire

Les sujets que tu crois traités trop longuement ;

A moi permis de les écrire.

70. À MARTIANUS.

Douze lustres entiers, surchargés de trois ans ;

De Cotta sont maintenant l’âge ;

Et sur son corps bien sain, qui triomphe du temps,

Nul mal, jusqu’à présent, n’exerça son ravage.

Il faut le voir, d’un doigt moqueur,

Narguant et droguiste et docteur,

Dont il n’a jamais fait usage !

Et nous, de nos jours de santé

Si, par un partage équitable,

Nous voulons séparer les jours où nous accable

L’ennui, la toux, la fièvre, et mainte infirmité,

Chargés d’ans, nous mourons presque encore dans l’enfan

Lorsque, dans nos calculs, à Priam, à Nestor,

A tant d’autres vieillards encore,

Nous supposons une longue existence,

Que nous sommes souvent loin de la vérité !

Ne comptons point les jours perdus dans la souffrance ;

La seule vie est la santé.

72. SUR LE VOLEUR CILIX.

Cilix, fameux voleur, pénètre en un jardin

Dont un Priape en marbre était l’unique garde ;

Il se flattait d’y faire un grand butin.

Mais dans ce vaste enclos c’est en vain qu’il regarde,

Qu’il furète partout, il n’y rencontre rien :

Faute de mieux, le drôle emporte le gardien.

74. À ESCULANUS.

Cet homme que tu vois à table, au second rang,

Dont le front dépouillé semble faire parade

De cheveux en sillons tracés sur la pommade ;

Qui du lentisque aigu s’escrime à chaque instant,

Il n’a que trois cheveux, et n’a pas une dent.

75. CONTRE PONTIA.

Pontia, tu me dis, quand parfois il t’arrive

De m’envoyer un pigeon, une grive,

Une cuisse de lièvre, ou bien quelques perdreaux :

« Je m’ôte, en ta faveur, les morceaux de la bouche. »

— Merci du compliment ; mais garde tes cadeaux,

Je n’en dispose pas, et jamais je n’y touche.

77. CONTRE AFER.

Aussi pauvre qu’Irus, peut-être plus encore,

Quand tu n’as rien perdu de ta jeune vigueur

Qui pouvait défier l’athlète Artémidore

Au temps où dans le Cirque éclatait sa valeur,

Tu te fais donc porter dans un large hexaphore ?

Afer, on te bafoue avec plus de raison,

Que si, nu, tu passais au milieu du Forum.

Ainsi l’on montre au doigt sur sa chétive mule

Atlas, cet avorton moins que toi ridicule,

Ou le noir Africain, qui d’un air triomphant

Se pavane, juché sur son noir éléphant.

Pourquoi donc afficher l’orgueil d’une litière,

Toi qui n’as pas de quoi payer même une bière ?

78. À AULUS, SUR UN BORGNE.

Aulus, tu connais Phryx, ce buveur si fameux,

Borgne d’un œil, de l’autre, chassieux ;

Son médecin lui dit : Veuillez m’en croire,

Le vin vous est contraire ; ami, cessez d’en boire,

Ou vous perdrez la vue entièrement.

Eh bien, adieu mon œil ! répond Phryx très-gaîment

Qu’on me verse à pleins bords double et triple mesure

D’un vin sans eau, mais surtout qu’il soit bon !

Aulus, veux-tu savoir la fin de l’aventure ?

Phryx but le vin, et son œil le poison.

79. À LUPUS.

Heureux et mécontent ! Paix ; ne fais point d’éclat !

La Fortune aurait droit de t’appeler ingrat.

80. SUR DES ROSES ENVOYÉES A CÉSAR.

Fière de ses jardins, l’Égypte en t’envoyant

De ses roses d’hiver un tribut volontaire,

Divin César, a cru te faire

Un rare et merveilleux présent.

Mais l’envoyé du Nil dans notre capitale

A peine a mis le pied, qu’il s’arrête, surpris :

Le printemps, en janvier, dans sa pompe s’étale,

Et Rome est un jardin où partout Flore exhale

De l’odorant Pœstum les trésors réunis.

Partout où vont ses pas, où son regard s’arrête,

La rose au-dessus de sa tête

Se balance en guirlande ou se groupe en bouquets ;

Il voit les murs parés des festons les plus frais,

Et les chemins, de fleurs sous les frimas écloses.

Cède aux hivers de Rome, ô Nil, et désormais

Viens échanger tes blés contre nos roses.

82. À RUFUS.

Hier, je me vis accosté

D’un sot que je ne connais guère,

Qui, lorsqu’il m’eut bien inspecte

Du doigt, de l’œil, devant, derrière,

(A peu près comme pourrait faire

Pour un esclave un acquéreur,

Ou, si l’on veut, un revendeur)

Me parlant d’un air de mystère :

« Ne seriez-vous pas, me dit-il,

Ce Martial, ce demi-sage

Dont l’esprit caustique et subtil,

A toute oreille non sauvage

Fait agréer son badinage ? »

Baissant les yeux modestement,

Je laisse échapper un sourire

D’une façon qui voulait dire :

Oui, c’est moi-même justement.

Mon questionneur continue :

« Puisque j’ai si bien rencontré,

Pourquoi vous montrer dans la rue

Avec un manteau déchiré ?

— C’est que je suis mauvais poète. »

Pour m’éviter à l’avenir

Cette question indiscrète

Et l’aveu qui m’a fait rougir,

Rufus, ne pourrais-tu couvrir

D’un meilleur manteau ton poète ?

83. À DOMITIEN.

De son père exilé compagnon volontaire,

Un fils, par son beau dévoûment,

De l’empereur a su désarmer la colère,

Ô généreux César ! et le fils et le père

A ton bienfait ont part également,

Et près de toi, tous deux ils sont rentrés en grâce.

Quand tu lances ta foudre, un pieux mouvement

En amortit l’atteinte, et ta bonté l’efface.

Que n’est par Jupiter ton exemple imité !

Il frapperait en père et souvent à côté.

Ta clémence, ô César ! doublement nous est chère ;

Elle nous rend le fils en rappelant le père.

84. SUR PHILIPPE.

Un octaphore à toi ! quelle sottise extrême !

Si tu n’es pas un fou, j’en veux être un moi-même.

85. PLEURS DONNÉS A LA MORT DE RUFUJS.

J’espérais vainement présenter à Rufus

Ce sixième recueil des produits de ma muse ;

C’en est fait ! il ne lira plus

Ces jeux badins où mon esprit s’amuse.

Funeste Cappadoce, ô séjour dangereux

Qu’il visita sous le plus noir auspice,

Toi qui fus de sa mort et témoin et complice,

Devait-il approcher de tes bords malheureux,

A son père éploré si tu ne devais rendre

Que de froids ossements, qu’une insensible cendre ?

Ton fils chéri n’est plus, Bologne ! prends le deuil,

Des pleurs les plus amers arrose son cercueil,

Et remplis de tes cris la voie Émilienne !

Eh quoi ! si jeune encore ! près de l’Alphée à peine

Il avait vu cinq fois couronner le vainqueur,

Et la mort tout à coup l’a ravi dans sa fleur !

Toi qui lisais mes vers, et qui dans ta mémoire

Aimais à déposer ces fruits de mes loisirs,

Rufus, avec mes pleurs et mes tristes soupirs,

Reçois ce grain d’encens que je brûle à ta gloire

Lorsque tu ne vis plus que dans nos souvenirs !

86. CONTRE LES BUVEURS D'EAU.

De Cécube et Falerne, ô nectar précieux !

Que la neige a saisi d’un frais délicieux,

Quand pourrai-je, affranchi d’un régime sévère,

Au gré de mes désirs te sabler à plein verre ?

Bacchus, pour tes amis réserve tes douceurs ;

Et qu’ils en soient privés, tous ces tristes buveurs

Dont le cœur sec, ingrat, à ton divin breuvage

Préfère de Midas l’opulent héritage !

Que sont, au prix de tes faveurs.

Les blés d’Afrique et les trésors du Tage ?

Je suis loin d’envier vos goûts,

Vous que l’amour de l’or possède ;

Si des miens vous êtes jaloux,

Quand je vous laisse votre eau tiède

Je suis assez vengé de vous.

87. A CÉSAR.

César tient son bonheur de lui-même et des cieux ;

Le mien est dans la main de César et des Dieux.

88. A CÉCILIANUS.

Ce matin, négligeant l’ordinaire formule,

Je t’ai salué par ton nom,

Sans ajouter celui de maître ou de patron ;

Mais tu me fais payer ma fierté ridicule ;

Elle me coûte une sportule.

92. SUR AMMIANUS.

Dans ta coupe un serpent fut gravé par Myron,

Aussi ton vin toscan n’est-il qu’un vrai poison.

93. SUR THAÏS.

Le vieux pot qu’un foulon dans la rue a jeté,

Le bouc échauffé de luxure,

L’haleine du lion, le poulet avorté,

D’un chien le cadavre empesté,

L’amphore où s’est aigrie une vieille saumure.

N’égalent point l’odeur impure

Dont auprès de Thaïs on se sent infecté.

Pour couvrir de sa peau l’exhalaison fétide,

Elle se rend aux bains, et, quittant ses habits,

Se frotte d’un mordant et d’une craie acide ;

Puis, à quadruple couche, étend sur ces enduits

Une pâte de fève grasse.

Inutiles efforts ! Thaïs, quoiqu’elle fasse,

Sent, et toujours sentira la Thaïs.

94. SUR CALPÉTIANUS.

Calpétien, qu’il dîne en ville, à la campagne,

En voyage ou chez lui, se fait servir partout

Une vaisselle d’or qui toujours l’accompagne ;

Le travail en est riche et d’un merveilleux goût.

— Il n’en a donc point d’autre ? — Il n’en a pas du tout.

FIN DU SIXIÈME LIVRE.

LIVRE HUITIÈME

ÉPITRE DÉDICATOIRE A L'EMPEREUR DOMITIEN, CÉSAR, AUGUSTE, GERMANIQUE, DACIQUE. VAL. MARTIAL, SALUT.

Prince, tous les ouvrages que j’ai publiés jusqu’ici ont été mis sous votre protection, et c’est, je n’en doute pas, à votre illustre patronage qu’ils ont dû leur succès. Mais ce livre-ci, surtout, le huitième de mon recueil, a l’avantage de vous offrir des témoignages plus multipliés de ma reconnaissance et de mon dévouement. Ainsi donc, en cette occasion, la matière a pu suppléer à l’insuffisance du talent. J’ai cependant essayé d’y jeter de la variété par le mélange de quelques plaisanteries, de peur de fatiguer votre céleste modestie par une continuité d’éloges que vous vous lasseriez de recevoir plus tôt que moi de vous donner. Mais quoique mes épigrammes, adressées aux personnages les plus graves et les plus importants de l’état, affectent quelquefois la liberté d’expressions admise dans les mimes, je ne leur ai point permis cependant d’aller jusqu’à leur licence accoutumée, attendu que la partie la plus considérable et la meilleure de cet ouvrage est associée à la majesté de votre auguste nom. Mon livre ne perdra point de vue qu’on ne doit — 296 —

se présenter aux temples des dieux qu’après s’y être préparé par les ablutions et les purifications convenables. C’est un engagement que je prends avec mes lecteurs, et pour preuve de l’exactitude avec laquelle je me propose de le remplir, je le consigne en tête du recueil, dans une courte épigramme qui en sera le début.

1.

L AUTEUR A SON LIVRE.

Pour entrer au palais que le laurier décore, Nos jeux, mes vers, ne sont plus de saison. Fuis, Vénus ! Toi, Pallas, que notre maître honore, Viens, et d’un saint respect impose-nous le ton !

2.

A JANUS.

Janus, qui le premier nous enseigna l’usage Des fastes dont il fut le père et l’inventeur, Naguère, de l’Ister en voyant le vainqueur, Se plaignait de n’avoir qu’un quadruple visage, Et des cent yeux d’Argus enviait l’avantage Pour contempler son front triomphateur. A l’aspect du héros à qui tout rend hommage, Par son multiple organe à l’instant il s’engage

LIVRE NEUVIÈME.

AVIS PRÉLIMINAIRE.

MARTIAL A SON CHER FRÈRE TORANNIUS, SALUT.

L’épigramme séparée, qui ouvre ce recueil, a été adressée à Stertinius, personnage d’une haute considération, qui a bien voulu donner à mon portrait une place dans sa bibliothèque. J’ai cru devoir te donner ce mot d’avis pour que tu connusses le vrai nom de la personne que je désigne sous celui d’Avitus. Adieu, porte-toi bien, et prépare-toi à recevoir ma visite.

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