Premières Poésies (page 14)

Alfred de Musset · Lettres

Texte français, domaine public · Source : fr.wikisource.org — Premières Poésies (Musset) · 26 pages

Fiche de l’œuvre dans le savoir

Cette terre est fertile, et va bientôt fleurir

Sur le débris nouveau qu’elle vient de couvrir…

Ô terre ! toi qui sais sous la tombe muette

Garder si bien les morts que l’Océan rejette,

Quand ton sein, fécondé par la corruption,

Redemande la vie à la destruction,

Qu’es-tu donc qu’un sépulcre immense, et dont l’emblème

Est le serpent roulé qui se ronge lui-même ?

— Mais vous, rêves d’amour, rires, propos d’enfant

Et toi, charme inconnu dont rien ne se défend,

Qui fis hésiter Faust au seuil de Marguerite,

Doux mystère du toit que l’innocence habite,

Candeur des premiers jours, qu’êtes-vous ? —

Paix profonde à ton âme, enfant ! à ta mémoire !

Adieu ! ta blanche main sur le clavier d’ivoire

Durant les nuits d’été ne voltigera plus…

IX

Glisse au sein de la nuit, beau brick de l’Espérance !

Terre d’Écosse, adieu ! Glisse, fils des forêts !

— Que l’on tienne les yeux, que l’on veille de près

Sur ce jeune homme en deuil, qui seul, dans le silence,

De la poupe, en chantant, se penche sur les flots.

Ses yeux sont égarés. Deux fois les matelots

L’ont reçu dans leurs bras, prêt à perdre la vie.

Et cependant il chante, et l’oreille est ravie

Des sons mystérieux qu’il mêle au bruit des vents.

« Le saule… — au pied du saule… » il parle comme en rêve :

« Barbara ! — Barbara ! » Sa voix baisse, s’élève,

Et des flots tour à tour suit les doux mouvements.

« Enfants, veillez sur lui ! — la force l’abandonne !

Sa voix tombe et s’éteint — pourtant il chante encor.

Quel peut être le mal qui cause ainsi sa mort ?

Couchez-le sur un lit, enfants, la mer est dure !

— Enseigne, répondit la voix des matelots,

Son manteau recouvrait une large blessure,

D’où son sang goutte à goutte est tombé dans les flots. »

. . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . .

LES MARRONS DU FEU

PROLOGUE

Mesdames et messieurs, c’est une comédie,

Laquelle, en vérité, ne dure pas longtemps ;

Seulement que nul bruit, nulle dame étourdie,

Ne fasse aux beaux endroits tourner les assistants.

La pièce, à parler franc, est digne de Molière :

Qui le pourrait nier ? Mon groom et ma portière,

Qui l’ont lue en entier, en ont été contents.

Le sujet vous plaira, seigneurs, si Dieu nous aide ;

Deux beaux fils sont rivaux d’amour. La signora

Doit être jeune et belle, et si l’actrice est laide,

Veuillez bien l’excuser. — Or, il arrivera

Que les deux cavaliers, grands teneurs de rancune,

Vont ferrailler d’abord. — N’en ayez peur aucune ;

Nous savons nous tuer, personne n’en mourra.

Mais ce que cette affaire amènera de suites,

C’est ce que vous saurez, si vous ne sifflez pas.

N’allez pas nous jeter surtout de pommes cuites

Pour mettre nos rideaux et nos quinquets à bas.

Nous avons pour le mieux repeint les galeries. —

Surtout considérez, illustres seigneuries,

Comme l’auteur est jeune, et c’est son premier pas.

PERSONNAGES

L’abbé ANNIBAL DESIDERIO.

RAFAEL GARUCI.

PALFORIO, hôtelier.

Matelots.

Valets.

Musiciens.

Porteurs, etc.

LA CAMARGO, danseuse.

LÆTITIA, sa camériste.

ROSE.

CYDALISE.

L’amour est la seule chose ici-bas qui ne veuille d’autre acheteur que lui-même. — C’est le trésor que je veux donner ou enfouir à jamais, tel que ce marchand, qui dédaignant tout l’or du Rialto, et se raillant des rois, jeta sa perle dans la mer, plutôt que de la vendre moins qu’elle ne valait.

Schiller

Scène première

Le bord de la mer. — Un orage.

Un matelot.

Au secours ! il se noie ! au secours, monsieur l’hôte !

Palforio.

Qu’est-ce ? qu’est-ce ?

Le matelot.

Qu’est-ce ? qu’est-ce ? Un bateau d’échoué sur la côte.

Palforio.

Un bateau, juste ciel ! Dieu l’ait eu sa merci !

C’est celui du seigneur Rafael Garuci.

En dehors.

Au secours !

Le matelot.

Au secours ! Ils sont trois ; on les voit se débattre.

Palforio.

Trois ! Jésus ! Courons vite, on nous paiera pour quatre

Si nous en tirons un. — Le seigneur Rafael !

Nul n’est plus magnifique et plus grand sous le ciel !

Exeunt.

Rafael est apporté, une guitare cassée à la main.

Rafael.

Ouf ! — A-t-on pas trouvé là-bas une ou deux femmes

Dans la mer ?

Deuxième matelot.

Dans la mer ?Oui, seigneur.

Rafael.

Dans la mer ? Oui, seigneur.Ce sont deux bonnes âmes.

Si vous les retirez, vous me ferez plaisir.

Ouf !

Il s’évanouit.

Deuxième matelot.

Ouf !Sa main se roidit. — Il tremble. — Il va mourir.

Entrons-le là dedans.

Ils le portent dans une maison.

Troisième matelot.

Entrons-le là dedans.Jean, sais-tu qui demeure

Là ?

Jean.

Là ?C’est la Camargo, par ma barbe, ou je meure !

Troisième matelot.

La danseuse ?

Jean.

La danseuse ? Oui, vraiment, la même qui jouait

Dans le Palais d’Amour.

Palforio, rentrant.

Dans le Palais d’Amour.Messeigneurs, s’il vous plaît,

Le seigneur Rafael est-il hors, je vous prie ?

Troisième matelot.

Oui, monsieur.

Palforio.

Oui, monsieur.L’a-t-on mis dans mon hôtellerie.

Ce glorieux seigneur ?

Troisième matelot.

Ce glorieux seigneur ?Non ; on l’a mis ici.

Un valet, sortant de la maison.

De la part du seigneur Rafael Garuci,

Remercîments à tous, et voilà de quoi boire.

Matelots.

Vive le Garuci !

Palforio.

Vive le Garuci !Que Dieu serve sa gloire !

Cet excellent seigneur a-t-il rouvert les yeux,

S’il vous plaît ?

Un valet.

S’il vous plaît ?Grand merci, mon brave homme, il va mieux.

Holà ! retirez-vous ! Ma maîtresse vous prie

De laisser en repos dormir Sa Seigneurie.

Scène II

Chez la Camargo.

RAFAEL, couché sur une chaise longue ; LA CAMARGO, assise.

Camargo.

Rafael, avouez que vous ne m’aimez plus.

Rafael.

Pourquoi ? — d’où vient cela ? — Vous me voyez perclus,

Salé comme un hareng ! — Suis-je, de grâce, un homme

À vous faire ma cour ? — Quand nous étions à Rome,

L’an passé… —

Camargo.

L’an passé… —Rafael, avouez, avouez

Que vous ne m’aimez plus.

Rafael.

Que vous ne m’aimez plus.— Bon ! comme vous avez

L’esprit fait ! — Pensez-vous, madame, que j’oublie

Vos bontés ?

Camargo.

Vos bontés ?C’est le vrai défaut de l’Italie,

Que ses soleils de juin font l’amour passager.

— Quel était près de vous ce visage étranger,

Dans ce yacht ?

Rafael.

Dans ce yacht ?Dans ce yacht ?

Camargo.

Dans ce yacht ? Dans ce yacht ?Oui.

Rafael.

Dans ce yacht ? Dans ce yacht ? Oui.C’était, je suppose,

Laure. —

Camargo.

Laure. —Non. —

Rafael.

Laure. —Non. —C’était donc la Cydalise, — ou Rose.

Cela vous déplaît-il ?

Camargo.

Cela vous déplaît-il ?Nullement. — La moitié

D’un violent amour, c’est presque une amitié,

N’est-ce pas ?

Rafael.

N’est-ce pas ?Je ne sais. D’où vous vient cette idée ?

Philosopherons-nous ?

Camargo.

Philosopherons-nous ?Je ne suis pas fâchée

De vous voir. — À propos, je voulais vous prier

De me permettre… —

Rafael.

De me permettre… —À vous ? — Quoi ?

Camargo.

De me permettre… —À vous ? — Quoi ?De me marier.

Rafael.

De vous marier ?

Camargo.

De vous marier ?Oui.

Rafael.

De vous marier ?Oui.Tout de bon ? — Sur mon âme,

Vous m’en voyez ravi. Mariez-vous, madame !

Camargo.

Vous n’en aurez nulle ombre, et nul déplaisir !

Rafael.

Vous n’en aurez nulle ombre, et nul déplaisir !Non.

Et du nouvel époux peut-on dire le nom ?

Foscoli, je suppose ?

Camargo.

Foscoli, je suppose ?Oui, Foscoli lui-même.

Rafael.

Parbleu ! j’en suis charmé ; c’est un garçon que j’aime,

Bonne lignée, et qui vous aime fort aussi.

Camargo.

Et vous me pardonnez de vous quitter ainsi ?

Rafael.

De grand cœur ! Écoutez, votre amitié m’est chère ;

Mais parlons franc. Deux ans, c’est un peu long. Qu’y faire ?

C’est l’histoire du cœur. — Tout va si vite en lui !

Tout y meurt, comme un son, tout, excepté l’ennui !

Moi qui vous dis ceci, que suis-je ? une cervelle

Sans fond. — La tête court, et les pieds après elle ;

Et, quand viennent les pieds, la tête au plus souvent

Est déjà lasse, et tourne où la pousse le vent !

Tenez, soyons amis, et plus de jalousie.

Mariez-vous. — Qui sait ? s’il nous vient fantaisie

De nous reprendre, eh bien, nous nous reprendrons : — hein ?

Camargo.

Très-bien.

Rafael.

Très-bien.Par saint Joseph ! je vous donne la main

Pour aller à l’église et monter en carrosse !

Vive l’hymen ! — Ceci, c’est mon présent de noce, —

Il l’embrasse.

Et j’y joindrai ceci pour souvenir de moi.

Camargo.

Quoi ! votre éventail !

Rafael.

Quoi ! votre éventail !Oui. N’est-il pas beau, ma foi ?

Il est large à peu près comme un quartier de lune, —

Cousu d’or comme un paon, — frais et joyeux comme une

Aile de papillon, — incertain et changeant

Comme une femme. — Il a des paillettes d’argent

Comme Arlequin. — Gardez-le, il vous fera peut-être

Penser à moi ; c’est tout le portrait de son maître.

Camargo.

Le portrait en effet ! — Ô malédiction !

Misère ! — Oh ! par le ciel, honte et dérision !…

Homme stupide, as-tu pu te prendre à ce piège

Que je t’avais tendu ? — Dis ! Qui suis-je ? — Que fais-je ? —

Va, tu parles avec un front mal essuyé

De nos baisers d’hier. — Oh ! c’est honte et pitié !

Va, tu n’es qu’une brute, et tu n’as qu’une joie

Insensée, en pensant que je lâche ma proie !

Quand je devrais aller, nu-pieds, t’attendre au coin

Des bornes, si caché que tu sois et si loin,

J’irai. — Crains mon amour, Garuc’, il est immense

Comme la mer ! — Ma fosse est ouverte ; mais pense

Que je viendrai d’abord par le dos t’y pousser.

Qui peut lécher peut mordre, et qui peut embrasser

Peut étouffer. — Le front des taureaux en furie,

Dans un cirque, n’a pas la cinquième partie

De la force que Dieu met aux mains des mourants.

Oh ! je te montrerai si c’est après deux ans,

Deux ans de grincements de dents et d’insomnie,

Qu’une femme pour vous s’est tachée et honnie,

Qu’elle n’a plus au monde, et pour n’en mourir pas,

Que vous, que votre col où pendre ses deux bras,

Qu’elle porte un amour à fond, comme une lame

Torse, qu’on n’ôte plus du cœur sans briser l’âme ;

Si c’est alors qu’on peut la laisser, comme un vieux

Soulier qui n’est plus bon à rien.

Rafael.

Soulier qui n’est plus bon à rien.Ah ! les beaux yeux !

Quand vous vous échauffez ainsi, comme vous êtes

Jolie !

Camargo.

Jolie !Oh ! laissez-moi, monsieur, ou je me jette

Le front contre ce mur ! —

Rafael, l’attirant.

Le front contre ce mur ! —La, la, modérez-vous.

Ce mur vous ferait mal ; ce fauteuil est plus doux.

Ne pleurez donc pas tant. — Ce que j’ai dit, mon ange,

Après votre demande, était-il donc étrange ?

Je croyais vous complaire en vous parlant ainsi.

Mais — je n’en pensais pas une parole. —

Camargo.

Mais — je n’en pensais pas une parole. —Oh ! si !

Si ! vous parliez franc.

Rafael.

Si ! vous parliez franc.Non. L’avez-vous bien pu croire ?

Vous me faisiez, un conte, et j’ai fait une histoire !

Calmez-vous. — Je vous aime autant qu’au premier jour,

Ma belle ! — mon bijou ! — mon seul bien ! — mon amour !

Camargo.

Mon Dieu ! pardonnez-lui, s’il me trompe !

Rafael.

Mon Dieu ! pardonnez-lui, s’il me trompe !Cruelle !

Doutez-vous de ma flamme en vous voyant si belle ?

Il tourne la glace.

Dis, l’amour, qui t’a fait l’œil si noir, ayant fait

Le reste de ton corps d’une goutte de lait ?

Parbleu ! quand ce corps-là de sa prison s’échappe,

Gageons qu’il passerait par l’anneau d’or du pape ?

Camargo.

Allez voir s’il ne vient personne.

Rafael, à part.

Allez voir s’il ne vient personne.Ah ! quel ennui !

Camargo, seule un moment, le regardant s’éloigner.

— Cela ne se peut pas. — Je suis trompée ! Et lui

Se rit de moi. Son pas, son regard, sa parole,

Tout me le dit. — Malheur ! Oh ! je suis une folle !

Rafael, revenant.

Tout se tait au dedans comme au dehors. — Ma foi,

Vous avez un jardin superbe.

Camargo.

Vous avez un jardin superbe.Écoutez-moi ;

J’attends de votre amour une marque certaine.

Rafael.

On vous la donnera.

Camargo.

On vous la donnera.Ce soir je pars pour Vienne ;

M’y suivrez-vous ?

Rafael.

M’y suivrez-vous ?Ce soir ! — Était-ce pour cela

Qu’il fallait regarder si l’on venait ?

Camargo.

Qu’il fallait regarder si l’on venait ? Holà !

Lætitia ! Lafleur ! Pascariel !

Lætitia, entrant.

Lætitia ! Lafleur Pascariel !Madame !

Camargo.

Demandez des chevaux pour ce soir.

Exit Lætitia.

Rafael.

Demandez des chevaux pour ce soir.Sur mon âme,

Vous avez des vapeurs, madame, assurément.

Camargo.

Me suivrez-vous ?

Rafael.

Me suivrez-vous ? Ce soir ! à Vienne ? — Non, vraiment,

Je ne puis.

Camargo.

Je ne puis.Adieu donc, Garuci. Je vous laisse. —

Je pars seule. — Soyez plus heureux en maîtresse.

Rafael.

En maîtresse ? heureux : moi ? — Ma parole d’honneur.

Je n’en ai jamais eu.

Camargo, hors d’elle.

Je n’en ai jamais eu.Qu’étais-je donc ?

Rafael.

Je n’en ai jamais eu.Qu’étais-je donc ?Mon cœur,

Ne recommencez pas à vous fâcher.

Camargo.

Ne recommencez pas à vous fâcher.Et celle

De tantôt ? Quels étaient ces gens ? — Que faisait-elle,

Cette femme ? — J’ai vu ! — Voudrais-tu t’en cacher ?

Quelque fille, à coup sur. — J’irai lui cravacher

La figure ! —

Rafael.

La figure ! —Ah ! tout beau, ma belle Bradamante.

Tout à l’heure, voyez, vous étiez si charmante !

Camargo.

Tout à l’heure j’étais insensée ; — à présent

Je suis sage !

Rafael.

Je suis sage !Eh ! mon Dieu, l’on vous fâche en faisant

Vos plaisirs ! — J’étais là, près de vous. — Vous me dites

D’aller là regarder si l’on vient. — Je vous quitte,

Je reviens. — Vous partez pour Vienne : Par la croix

De Jésus ! qui saurait comment faire ?

Camargo.

De Jésus ! qui saurait comment faire ?Autrefois,

Montrant son lit.

Quand je te disais : « Va ! » c’était à cette place !

Tu t’y couchais sans moi. — Tu m’appelais par grâce ! —

Moi, je ne venais pas. — Toi, tu priais. — Alors

J’approchais lentement, — et tes bras étaient forts

Pour me faire tomber sur ton cœur ! — Mes caprices

Étaient suivis alors, — et tous étaient justices.

Tu ne te plaignais pas ; c’était toi qui pleurais !

Toi qui devenais pâle, et toi qui me nommais

Ton inhumaine ! — Alors étais-je ta maîtresse ?

Rafael, se jetant sur le lit.

Mon inhumaine ! allons ! ma reine ! ma déesse !

Je vous attends, voyons ! Les champs-clos sont rompus !

M’osez-vous tenir tête ?

Camargo, dans ses bras.

M’osez-vous tenir tête ?Ah ! tu ne m’aimes plus !

Scène III

Devant la maison de la Camargo.

L’abbé ANNIBAL DESIDERIO, descendant de sa chaise ; Musiciens, porteurs.

L’abbé.

Holà ! dites, marauds, — est-ce pas là que loge

La Camargo ?

Un porteur.

La Camargo ?Seigneur, c’est là. — Proche l’horloge

Saint-Vincent, tout devant ; ces rideaux que voici,

C’est sa chambre à coucher.

L’abbé.

C’est sa chambre à coucher.Voilà pour toi, merci.

Parbleu ! cette soirée est propice, et je pense

Que mes lieux pourraient bien avoir leur récompense.

Lu lune ne va pas tarder à se lever ;

La chose au premier coup peut ici s’achever.

Têtebleu ! c’est le moins qu’un homme de ma sorte

Ne s’aille pas morfondre à garder une porte ;

Je ne suis pas des gens qu’on laisse s’enrouer.

— Or, vous autres coquins, qu’allez-vous nous jouer ?

— Piano, signor basson, — amoroso ! la dame

Est une oreille fine ! — Il faudrait à ma flamme

Quelque mi bémol, — hein ? Je m’en vais me cacher

Sous ce contrevent-là ; c’est sa chambre à coucher,

N’est-ce pas ?

Un porteur.

N’est-ce pas ?Oui, seigneur.

L’abbé.

N’est-ce pas ? Oui, seigneur.Je ne puis trop vous dire

D’aller bien lentement. — C’est un cruel martyre

Que le mien ! Têtebleu ! je me suis ruiné

Presque à moitié, le tout pour avoir trop donné

À mes divinités de soupers et d’aubades.

Musiciens.

Andantino, seigneur !

Musique.

L’abbé.

Andantino, seigneur !Tous ces airs-là sont fades.

Chantez tout bonnement : « Belle Philis, » ou bien :

« Ma Climène. »

Musiciens.

« Ma Climène. »Allegro, seigneur !

Musique.

L’abbé.

« Ma Climène. »Allegro, seigneur !Je ne vois rien

À cette fenêtre. — Hum !

La musique continue.

À cette fenêtre. — Hum !Point. — c’est une barbare.

— Rien ne bouge. — Allons, toi, donne-moi ta guitare.

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