Premières Poésies (page 16)

Alfred de Musset · Lettres

Texte français, domaine public · Source : fr.wikisource.org — Premières Poésies (Musset) · 26 pages

Fiche de l’œuvre dans le savoir

Fassent jaser le peuple ou venir les sergents ?

Nous sommes seuls, la nuit, — et vous êtes trompée

Si vous pensez qu’on sort à minuit sans épée.

Lorsque vous m’aurez fait éventrer un valet

Ou deux, m’en croira-t-on moins heureux, s’il vous plaît ?

Et n’en prendra-t-on pas le soupçon légitime,

Qu’étant si criminel, j’ai commis tout le crime ?

Camargo.

Et qui donc es-tu, toi qui me parles ainsi ?

L’abbé.

Ma foi, je n’en sais rien. — J’étais le Garuci

Tout à l’heure, à présent… —

Camargo, le menant à l’endroit de la fenêtre où donne la lune.

Tout à l’heure, à présent… —Viens ici. — Sur ta vie

Et le sang de tes os, réponds. — Que signifie

Ce chiffre ?

L’abbé.

Ce chiffre ?Ah ! pardonnez, madame, je suis fou

D’amour de vous. — Je suis venu sans savoir où.

Ah ! ne me faites pas cette mortelle injure,

Que de me croire un cœur fait à cette imposture.

Je n’étais plus moi-même, et le ciel m’est témoin

Que de vous mériter nul n’a pris plus de soin.

Camargo.

Je te crois volontiers, en effet, la cervelle

Troublée. — Et cette plaque, enfin, d’où te vient-elle ?

L’abbé.

De lui.

Camargo.

De lui.Lui ? — L’as-tu donc égorgé ?

L’abbé.

De lui.Lui ? — L’as-tu donc égorgé ? Moi ? non point.

Je l’ai laissé très-vif, une bouteille au poing.

Camargo.

Quel jeu jouons-nous donc ?

L’abbé.

Quel jeu jouons-nous donc ?Eh ! madame, lui-même

Ne pouvait-il pas seul trouver ce stratagème ?

Et ne voyez-vous point que lui seul m’a donné

Ce dont je devais voir mon amour couronné ?

Et quel autre que lui m’eût dit votre demeure ?

M’eût prêté ses habits ? m’eût si bien marqué l’heure ?

Camargo.

Rafael ! Rafael ! le jour que de mon front

Mes cheveux sur mes pieds un à un tomberont,

Que ma joue et mes mains bleuiront comme celles

D’un noyé, que mes yeux laisseront mes prunelles

Tomber avec mes pleurs, alors tu penseras

Que c’est assez souffert, et tu t’arrêteras !

L’abbé.

Mais —

Camargo.

Mais —Et quel homme encor me met-il à sa place ?

De quelle fange est l’eau qu’il me jette à la face ?

Viens, toi. — Voyons lequel est écrit dans tes yeux,

Du stupide ou du lâche, ou si c’est tous les deux.

L’abbé.

Madame —

Camargo.

Madame —Je t’ai vu quelque part.

L’abbé.

Madame —Je t’ai vu quelque part.Chez le comte

Foscoli.

Camargo.

Foscoli.C’est cela. — Si ce n’était de honte,

Ce serait de pitié qu’à te voir ainsi fait,

Comme un bouffon manqué, le cœur me lèverait !

Voyons, qu’avais-tu bu ? dans cette violence,

Pour combien est l’ivresse, et combien l’impudence ?

Va, je te crois sans peine, et lui seul sûrement

Est le joueur ici qui t’a fait l’instrument.

Mais écoute. — Ceci vous sera profitable. —

Va-t’en le retrouver, s’il est encore à table ;

Dis-lui bien ton succès, et que lorsqu’il voudra

Prêter à ses amis des filles d’Opéra… —

L’abbé.

D’Opéra ! — Hé parbleu ! vous seriez bien surprise

Si vous saviez qu’il soupe avec la Cydalise !

Camargo.

Quoi ! Cydalise !

L’abbé.

Quoi ! Cydalise !Eh oui ! gageons que l’on entend

D’ici les musiciens, s’il fait un peu de vent.

Tous deux prêtent l’oreille à la fenêtre. On entend une symphonie lente dans l’éloignement.

Camargo.

Ciel et terre ! c’est vrai !

L’abbé.

Ciel et terre ! c’est vrai !C’est ainsi qu’il oublie

Auprès d’elle, qui n’est ni jeune ni jolie,

La perle de nos jours ! Ah ! madame, songez

Que vos attraits surtout par là sont outragés.

Songez au temps, à l’heure, à l’insulte, à ma flamme ;

Croyez que vos bontés —

Camargo.

Croyez que vos bontés —Cydalise !

L’abbé.

Croyez que vos bontés —Cydalise ! Eh ! madame,

Ne daignerez-vous pas baisser vos yeux sur moi ?

Si le plus absolu dévouement…

Camargo.

Si le plus absolu dévouement…Lève-toi.

As-tu le poignet ferme ?

L’abbé.

As-tu le poignet ferme ? Hai…

Camargo.

As-tu le poignet ferme ? Hai… Voyons ton épée.

L’abbé.

Madame, en vérité, vous vous êtes coupée !

Camargo.

Eh quoi ! pâle avant l’heure, et déjà faiblissant ?

L’abbé.

Non pas ; mais, têtebleu ! voulez-vous donc du sang ?

Camargo.

Abbé, je veux du sang ! J’en suis plus altérée

Qu’une corneille au vent d’un cadavre attirée.

Il est là-bas, dis-tu ? — cours-y donc, — coupe-lui

La gorge, et tire-le par les pieds jusqu’ici.

Tords-lui le cœur, abbé, de peur qu’il n’en réchappe.

Coupe-le en quatre, et mets les morceaux dans la nappe ;

Tu me l’apporteras, et puisse m’écraser

La foudre, si tu n’as par blessure un baiser !

Tu tressailles, Romain ? C’est une faute étrange,

Si tu te crois ici conduit par ton bon ange !

Le sang te fait-il peur ? Pour t’en faire un manteau

De cardinal, il faut la pointe d’un couteau.

Me jugeais-tu le cœur si large, que j’y porte

Deux amours à la fois, et que pas un n’en sorte ?

C’est une faute encor ; mon cœur n’est pas si grand,

Et le dernier venu ronge l’autre en entrant.

L’abbé.

Mais, madame, vraiment, c’est… Est-ce que ?… Sans doute

C’est un assassinat. — Et la justice ?

Camargo.

C’est un assassinat. — Et la justice ?Écoute.

Je t’en supplie à deux genoux.

L’abbé.

Je t’en supplie à deux genoux.Mais je me bats

Avec lui demain, moi. Cela ne se peut pas ;

Attendez à demain, madame. —

Camargo.

Attendez à demain, madame. —Et s’il te tue ? —

Demain ! Et si j’en meurs ? — Si je suis devenue

Folle ? — Si le soleil, se prenant à pâlir,

De ce sombre horizon ne pouvait pas sortir ?

On a vu quelquefois de telles nuits au monde.

Demain ! le vais-je attendre à compter par seconde

Les heures sur mes doigts, ou sur les battements

De mon cœur, comme un juif qui calcule le temps

D’un prêt ? — Demain ensuite, irai-je pour te plaire

Jouer à croix ou pile, et mettre ma colère

Au bout d’un pistolet qui tremble avec ta main ?

Non pas. — Non ! aujourd’hui est à nous, mais demain

Est à Dieu ! —

L’abbé.

Est à Dieu ! —Songez donc… —

Camargo.

Est à Dieu ! —Songez donc… —Annibal, je t’adore !

Embrasse-moi !

Il se jette à son cou.

L’abbé.

Embrasse-moi !Démons !! —

Camargo.

Embrasse-moi ! Démons !! —Mon cher amour, j’implore

Votre protection. — Voyez qu’il se fait tard. —

Me refuserez-vous ? — Tiens, tiens, prends ce poignard.

Qui te verra passer ? il fait si noir !

L’abbé.

Qui te verra passer ? il fait si noir !Qu’il meure,

Et vous êtes à moi ?

Camargo.

Et vous êtes à moi ?Cette nuit.

L’abbé.

Et vous êtes à moi ? Cette nuit.Dans une heure.

Ah ! je ne puis marcher. — Mes pieds tremblent. — Je sens

Je — je vois —

Camargo.

Je — je vois —Annibal ! je suis prête, et j’attends.

Scène VII

À l’auberge.

RAFAEL est assis avec ROSE et CYDALISE.

Rafael chante.

Trivelin ou Scaramouche,

Remplis ton verre à moitié ;

Si tu le bois tout entier,

Je dirai que tu te mouches

Du pied.

Je ne sais pas au fond de quelle pyramide

De bouteilles de vin, au cœur de quel broc vide

S’est caché le démon qui doit me griser, mais

Je désespère encor de le trouver jamais.

Cydalise.

À toi, mon prince !

Rafael.

À toi, mon prince !À toi, buvons à mort, déesse

Ma foi, vive l’amour ! Au diable ma maîtresse !

La vie est à descendre un rude grand chemin ;

Gai donc, la voyageuse, au coup du pèlerin !

Cydalise.

Chante, je vais danser.

Rafael.

Chante, je vais danser.Bien dit. — Ah ! la jolie

Jambe ! —

Il se couche aux pieds de Rose, et prélude.

Jambe ! —Je suis Hamlet aux genoux d’Ophélie.

Mais, reine, ma folie est plus douce, et mes yeux

Sous vos longs sourcils noirs invoquent d’autres dieux.

Il chante.

Si, dans les antres de Gnide,

Aux bras de Vénus porté,

Le vieux Jupiter, que ride

Sa vieille immortalité,

Dans la céleste furie,

Me laissait finir sa vie,

Qui jamais ne finira :

Dieux immortels, que je meure !

J’aimerais mieux un quart d’heure

Chez la blanche Lydia.

Que j’aime ces beaux seins qui battent la campagne !

Au menuet, danseuse ! — Et vous, du vin d’Espagne !

à Rose.

Et laissez vos regards avec le vin couler.

Dieu merci, ma raison commence à s’en aller !

Cydalise.

Tu me laisses danser toute seule ?

Rafael.

Tu me laisses danser toute seule ?Ma reine,

Cela n’est pas bien dit.

Il se lève.

Cela n’est pas bien dit.Cette table nous gêne.

Il la renverse du pied.

Palforio, entrant.

Seigneur, je ne puis dire autre chose, sinon

Que de vous déranger je demande pardon ;

Mais vous faites un bruit bien fort, et qui fait mettre

Autour de ma maison le monde à la fenêtre.

Veuillez crier moins haut.

Rafael.

Veuillez crier moins haut.Ah ! parbleu ! je crierai,

Maître porte-bedaine, autant que je voudrai.

Holà ! hé ! hohé ! ho !

Palforio.

Holà ! hé ! hohé ! ho !Seigneur, je vous supplie

D’observer qu’il est tard.

Rafael.

D’observer qu’il est tard.Allons, paix, vieille truie !

Je suis abbé, d’abord. — Si vous dites un mot,

Je vous excommunie. — Arrière, toi, pied-bot !

Il danse en chantant.

Monsieur l’abbé, où courez-vous ?

Vous allez vous casser le cou.

Palforio.

Seigneur, si vous criez, j’irai chercher la garde ;

J’en demande pardon à Votre Honneur. —

Rafael.

J’en demande pardon à Votre Honneur. —Prends garde

Que mon pied n’aille voir tes chausses.

Palforio.

Que mon pied n’aille voir tes chausses.Aïe ! à moi !

Je suis mort !

Rafael.

Je suis mort !Ventrebleu ! je suis ici chez toi ;

J’y suis pour mon plaisir, et n’en sortirai mie.

Palforio.

Seigneur, excusez-moi ; c’est mon hôtellerie,

Et vous en sortirez. — À la garde !

Rafael, lui jetant une bouteille à la tête.

Et vous en sortirez. — À la garde !Tiens !

Palforio.

Et vous en sortirez. — À la garde ! Tiens !Ah !

Il tombe.

Cydalise.

Vous l’avez tué !

Rafael.

Vous l’avez tué !Non.

Cydalise.

Vous l’avez tué ! Non.Si fait.

Rafael.

Vous l’avez tué ! Non.Si fait.Non.

Rose.

Vous l’avez tué ! Non.Si fait.Non.Si fait.

Rafael.

Vous l’avez tué ! Non.Si fait.Non.Si fait.Bah !

Il le secoue.

Eh ! Palforio, vieux porc ! Il sait mieux que personne

Où vont, après leur mort, les gredins — Je m’étonne

Que Satan ou Pluton, dès la première fois,

Dans cette nuque chauve aient enfoncé les doigts.

Ma foi, bonsoir ; le drôle a soufflé sa chandelle.

Adieu, ventre sans tête. — Il faut partir, ma belle.

Les sergents nous feraient payer les pots. — Allons.

C’est dur de nous quitter sitôt. — Allons, partons.

Je le croyais plus ferme, et que les vieilles âmes

Se rouillaient à l’étui comme les vieilles lames.

Cydalise.

Paix ! on vient.

Voix.

Paix ! on vient.Au guet !

Rafael.

Paix ! on vient.Au guet !Hein ? Je crois que les bourreaux

Sont gens, Dieu me pardonne, à quérir les prévôts.

Ne les attendons pas, mon ange. — Cette issue

Secrète nous conduit, par la petite rue,

À mon hôtel.

Voix.

À mon hôtel.C’est là.

Cydalise.

À mon hôtel.C’est là.Mon Dieu ! si l’on entrait !

Rafael.

Allons, le mantelet, le loup et le bonnet ;

Par ici, par ici ; bonsoir, mes Cydalises.

Cydalise.

Bonsoir, mon prince.

Un sergent, entrant.

Bonsoir, mon prince.Arrête ! en voilà deux de prises.

Cydalise.

Mon prince, sauvez-vous !

Le sergent.

Mon prince, sauvez-vous !Qu’on le retienne !

Rafael.

Mon prince, sauvez-vous Qu’on le retienne !!Il pleut

Un peu, mais c’est égal. — Ma foi, sauve qui peut !

Il saute par la fenêtre.

Un soldat.

Sergent, nous n’avons rien. — Votre homme est passé maître

Dans le saut périlleux. — Il a pris la fenêtre.

Le sergent.

Oh ! oh ! tenez-le bien ! — Que vois-je ? L’hôtelier

Est mort. Courez tous vite, et sus le meurtrier !

Scène VIII

Une rue au bord de la mer.

RAFAEL descend le long d’un treillis ; ANNIBAL passe dans le fond.

Rafael.

Peste soit des barreaux ! Hé ! rendez-moi ma veste,

Mon camarade ! Où donc vous sauvez-vous si preste ?

Eh bien, et vos amours — que font-ils ?

L’abbé.

Eh bien, et vos amours — que font-ils ?Le voilà !

Rafael.

On me poursuit, mon cher. — Je vous dirai cela !

Mais rendez-moi l’habit.

L’abbé.

Mais rendez-moi l’habit.On crie. — On vous appelle !

Têtebleu ! qu’est-ce donc ?

Rafael.

Têtebleu ! qu’est-ce donc ?Bon ! une bagatelle.

Je crois que j’ai tué quelqu’un là-bas.

L’abbé.

Je crois que j’ai tué quelqu’un là-bas.Vraiment ?

Rafael.

Je vous dirai cela ; mais l’habit seulement.

L’abbé.

L’habit ? non de par Dieu ! je ne veux pas du vôtre.

Les sergents me prendraient pour vous.

Rafael.

Les sergents me prendraient pour vous.Le bon apôtre !

Plusieurs gens traversent le théâtre.

Attendez. — Donnez-moi ce manteau. — Bon. — Je vais

Dire à ces gredins-là deux petits mots.

L’abbé.

Dire à ces gredins-là deux petits mots.Jamais

Je n’oserai tuer cet homme.

Il s’assoit sur une pierre.

Le sergent.

Je n’oserai tuer cet homme.Holà ! je cherche

Le seigneur Rafael.

Rafael.

Le seigneur Rafael.À moins qu’il ne se perche

Sur quelque cheminée en manière d’oiseau,

Qu’il n’entre dans la terre, ou qu’il ne saute à l’eau,

Vous l’aurez à coup sûr. Le connaissez-vous ?

Le sergent.

Vous l’aurez à coup sûr. Le connaissez-vous ?Certe.

J’ai son signalement. — C’est une plume verte

Avec des bas orange.

Rafael.

Avec des bas orange.En vérité ! — Parbleu !

Vous n’aurez point de peine, et vous jouez beau jeu.

Combien vous donne-t-on ?

Le sergent.

Combien vous donne-t-on ?Hai…

Rafael.

Combien vous donne-t-on ? Hai…Trouvez-vous qu’en somme,

Votre prévôt vous ait assez payé votre homme ?

Le bon sire est-il doux ou dur sur les écus ?

Le sergent.

Mais il n’en mourrait pas pour donner un peu plus.

Mais je n’y pense pas. — Le ventre à la besogne,

Et non le dos. — Mieux vaut la hart que la vergogne.

Et puis, l’homme pendu, nous avons le pourpoint.

Rafael.

Sans compter les revers, s’il met l’épée au poing.

Le sergent.

J’ai de bons pistolets.

Rafael.

J’ai de bons pistolets.Voyons. — Et puis ?

Le sergent.

J’ai de bons pistolets.Voyons. — Et puis ?Ma canne

De sergent.

Rafael.

De sergent.Bon. — Et puis ?

Le sergent.

De sergent.Bon. — Et puis ?Ce poignard de Toscane.

Rafael.

Très-excellent. — Et puis ?

Le sergent.

Très-excellent. — Et puis ?J’ai cette épée.

Rafael.

Très-excellent. — Et puis ? J’ai cette épée.Et puis ?

Le sergent.

Et puis ! je n’ai plus rien.

Rafael, le rossant.

Et puis ! je n’ai plus rien.Tiens, voilà pour tes cris,

Et pour tes pistolets.

Le sergent.

Et pour tes pistolets.Aïe ! aïe !

Rafael.

Et pour tes pistolets.Aïe ! aïe !Et pour ta canne,

Et pour ton fin poignard en acier de Toscane.

Le sergent.

Aïe ! aïe ! je suis mort !

Rafael.

Aïe ! aïe ! je suis mort !Le seigneur Garuci

Est sans doute au logis : — On y va par ici.

Il le chasse.

C’est du don Juan, ceci.

Revenant.

C’est du don Juan, ceci.Que dis-tu du bonhomme ?

Sauvons-nous maintenant. — Moi, je retourne à Rome.

L’abbé va à lui, et lui met son poignard dans la gorge.

Êtes-vous fou l’abbé ? — L’abbé !

Il tombe.

Êtes-vous fou l’abbé ? — L’abbé !Je n’y suis pas.

Ah ! malédiction ! Mais tu me le paieras !

Il veut se relever.

Mon coup de grâce, abbé ! Je suffoque ! Ah ! misère !

Mon coup, mon dernier coup, mon cher abbé. La terre

Se roule autour de moi ; — miserere ! — Le ciel

Tourne. Ah ! chien d’abbé, va ! par le Père Éternel !…

Qu’attends-tu donc là, toi, fantôme, qui demeures

Avec ces yeux ouverts ?

L’abbé.

Avec ces yeux ouverts ?Moi ? j’attends que tu meures.

Rafael.

Damnation ! Tu vas me laisser là crever

Comme un païen, gredin, et ne pas m’achever !

Je ne te ferai rien ; viens m’achever. — Un verre

D’eau, pour l’amour de Dieu ! — Tu diras à ma mère

Que je donne mes biens à mon bouffon Pippo.

Il meurt.

L’abbé.

Va, ta mort est ma vie, insensé ! Ton tombeau

Est le lit nuptial où va ma fiancée

S’étendre sous le dais de cette nuit glacée !

Maintenant le hibou tourne autour des falots ;

L’esturgeon monstrueux soulève de son dos

Le manteau bleu des mers, et regarde en silence

Passer l’astre des nuits sur leur miroir immense ;

La sorcière, accroupie et murmurant tout bas

Des paroles de sang, lave pour les sabbats

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