Ève (page 19)
Et ce ne sera pas dans leurs hydropisies
Que nous retrouverons une force caduque.
Et ce ne sera pas dans leurs hydropisies
Que nous retrouverons le sang de notre ventre.
Et ce ne sera pas dans leurs hypocrisies
Que nous retrouverons notre axe et notre centre.
Et ce ne sera pas dans leurs paralysies
Que nous rechercherons le jeu de nos genoux.
Et nous ne mettrons pas dans leurs apostasies
L’appareil de ce cœur qui ne bat que pour vous.
Et ce ne sera pas dans leur Aphrodisies
Que nous irons veiller un misérable feu.
Et ce ne sera pas dans leurs Dionysies
Que nous demanderons ce que c’est que d’un Dieu.
Et ce ne sera pas dans leur Papouasie
Que nous rechercherons ce que c’est qu’un haut lieu.
Mais c’est sur un haut lieu de l’éternelle Asie
Que nous avons connu ce que c’est que d’un Dieu.
Et ce ne sera pas parmi leur Caucasie
Que nous irons chercher un temple de la gloire.
Mais c’est beaucoup plus près et dans notre Austrasie
Que nous avons connu nos temples de mémoire.
Et ce ne sera pas parmi leur Malaisie
Que nous irons chercher une âme plus profonde.
Et ce ne sera pas parmi leur Silésie
Que nous irons placer la flèche unique au monde.
Mais c’est beaucoup plus près, dans notre plate Beauce,
Que nous avons dressé la flèche inimitable.
Et c’est ici tout près, dans une étroite fosse,
Que viendra nous chercher notre grand connétable.
Et ce ne sera pas parmi leurs hérésies
Que nous rechercherons notre dernier destin.
Et ce ne sera pas dans leurs Mélanésies
Que nous verrons lever notre dernier matin.
Et ce ne sera pas dans leur Micronésie
Qu’on nous convoquera pour un dernier festin.
Mais c’est beaucoup plus près, dans notre Tunisie,
Que nous avons connu le grand saint Augustin.
Et ce ne sera pas dans une île lointaine
Qu’on sonnera pour nous notre suprême glas.
Mais c’est beaucoup plus près, et dans notre Lorraine,
Que nous avons connu le grand saint Nicolas.
Et ce ne sera pas ces faussement paternes
Qui nous remplaceront un père paternel
Et ce ne sera pas leurs antiques lanternes
Qui nous remplaceront le soleil éternel.
Et ce ne sera pas leurs lampadaires ternes
Qui nous remplaceront un soleil solennel.
Et ce ne sera pas leurs grimaces paternes
Qui nous remplaceront notre père éternel.
Et ce ne sera pas ces simili faux frères
Qui nous remplaceront un frère fraternel.
Et ce ne sera pas leurs simili misères
Qui nous remplaceront un ventre maternel.
Et ce ne sera pas leurs simili misères
Qui nous introduiront aux siècles absolus.
Et ce ne sera pas ces simili faux frères
Qui nous remplaceront notre frère Jésus.
Et ce ne sera pas ces simili baigneurs
Qui nous introduiront aux climats absolus.
Et ce ne sera pas ces simili seigneurs
Qui nous remplaceront notre seigneur Jésus.
Et ce ne sera pas ces simili fraudeurs
Qui nous introduiront aux sources résolues.
Et ce ne seront pas ces simili grandeurs
Qui nous introduiront aux grandeurs absolues.
Et ce ne sera pas leurs simili tendresses
Qui nous remplaceront un mot de notre mère.
Et ce ne sera pas leurs simili détresses
Qui nous remplaceront une auguste misère.
Et ce ne sera pas leurs simili caresses
Qui nous remplaceront les yeux de notre mère.
Et ce ne sera pas leurs simili détresses
Qui nous remplaceront une juste misère.
Et ce ne sera pas leurs savants aqueducs
Qui nous remplaceront une source tarie.
Et ce ne sera pas leurs miracles caducs
Qui nous remplaceront notre mère Marie.
Et ce ne sera pas dans leurs bateaux-lavoirs
Qu’on nous effacera la tache originelle.
Et ce ne sera pas parmi leurs abreuvoirs
Que nous étancherons notre fièvre charnelle.
Seule vous le savez nos soirs du mois de mai
Ne valent pas le quart de vos plus durs décembres.
Et notre plus beau soir et le plus embaumé
N’est qu’un pâle reflet de vos mornes novembres.
Et ce ne sera pas ces suprêmes gandins
Qui viendront nous chercher sous nos couches d’humus.
Et ce ne sera pas ces genets et ces daims
Qui viendront nous chanter un dernier orémus.
Et ce ne sera pas ces maîtres de dédains
Qui viendront nous chercher sous nos couches d’humus.
Et ce ne sera pas ces professeurs soudains
Qui viendront nous sonner un dernier angélus.
Et ce ne sera pas ces allumeurs de gaz
Qui viendront nous chercher dans nos pâles ténèbres.
Ce n’est pas Joachaz et ce n’est pas Achaz
Qui viendront nous chercher sur nos couches funèbres.
Et ce ne sera pas ces pâles allumeurs
Qui nous éblouiront de l’éclat de leurs becs.
Et ce ne sera pas sur le banc des rameurs
Que nous nous chaufferons au feu de ces cœurs secs.
Et ce ne sera pas ces pâles rétameurs
Qui nous radouberont notre dernier vaisseau.
Et ce ne sera pas ces pâles embaumeurs
Qui nous restitueront notre premier berceau.
Et ce ne sera pas leurs pâles réverbères
Qui nous jalonneront notre dernier chemin.
Et ce ne sera pas leurs vertus exemplaires
Qui nous embaumeront notre dernier demain.
Et ce ne sera pas à leur sens des affaires
Que nous aurons recours dans notre économat.
Et ce ne sera pas à leurs calorifères
Que nous demanderons de nous faire un climat.
Ce n’est pas leur entente et leur sens des affaires
Qui rameront pour nous sur nos derniers trois-mâts.
Et ce ne sera pas à leurs calorifères
Que nous nous chaufferons dans ces derniers frimas.
Et ce ne sera pas à leur goût des affaires
Que nous fierons nos cœurs et notre économie.
Et ce ne sera pas à leurs calorifères
Que nous réchaufferons une peine endormie.
Et ce ne sera pas ces maigres donateurs
qui viendront nous chercher dans nos pâles ténèbres.
Et ce ne sera pas ces lourds ordonnateurs
Qui nous encadreront dans leurs pompes funèbres.
Et ce ne sera pas ces beaux archéologues
Qui viendront nous chercher dans nos pâles décombres.
Et ce ne sera pas ces savants mystagogues
Qui viendront nous tirer du royaume des ombres.
Et ce ne sera pas ces parfaits nettoyeurs
Qui viendront nous chercher parmi les détritus.
Et ce ne sera pas ces maîtres fossoyeurs
Qui nous réciteront notre dernier Agnus.
Et ce ne sera pas ces auteurs délicats
Qui viendront nous chercher dans nos derniers humus.
Et ce ne sera pas ces savants candidats
Qui nous réciteront notre dernier Deus.
Et ce ne sera pas ces robes d’avocats
Qui viendront nous chercher dans nos derniers humus.
Et ce ne sera pas ces parfaits renégats
Qui forceront pour nous les portes du blocus.
Ce n’est pas ces penseurs et ces hommes d’États
Qui viendront nous chercher dans notre insuffisance.
Et ce ne sera pas ces hardis potentats
Qui nous mettront jamais au chemin de plaisance.
Et ce ne sera pas ces courtauds de boutiques
Qui viendront nous chercher dans notre négligence.
Et ce ne sera pas ces marquis authentiques
Qui nous mettront jamais au chemin d’allégeance.
Et ce ne sera pas ces maîtres parfumeurs
Qui viendront nous trier d’entre nos immondices.
Et ce ne sera pas ces chercheurs de blandices
Qui viendront nous tirer de nos mauvaises mœurs.
Et ce ne sera pas ces maigres chiffonniers
Qui viendront nous trier les déchets de nos corps.
Et ce ne sera pas ces grêles nautonniers
Qui viendront nous tirer d’entre les pâles morts.
Et ce ne sera pas ces hommes d’importance
Qui viendront ramasser notre dernier débris.
Ce n’est pas leur jactance et leur intermittence
Qui viendra nous chercher dans notre vieux Paris.
Et ce ne sera pas ces gens de conséquence
Qui viendront ramasser notre corps et notre âme.
Et ce ne sera pas ces maîtres d’éloquence
Qui viendront nous chercher aux pieds de Notre Dame.
Et ce ne sera pas ces gens d’extrêmes goûts
Qui viendront nous chercher dans notre inconsistance.
Ce n’est pas leur jactance et leur belle prestance
Qui viendra nous chercher dans le fond des égouts.
Et ce ne sera pas leurs vieux fonds de citerne
Qui nous remplaceront une source profonde.
Et ce ne sera pas ces premiers rois du monde
Qui nous feront passer la dernière poterne.
Et ce ne sera pas ces restants de citerne
Qui nous remplaceront une source d’eau vive.
Et ce ne sera pas leur pâle défensive
Qui nous fera passer la dernière poterne.
Et ce ne sera pas ces égouts de citerne
Qui nous remplaceront une source profonde.
Et ce ne sera pas ces illustres du monde
Qui nous feront passer la dernière poterne.
Seule, nous le savons, une dure offensive
Nous livrera la porte, et le pont, et la herse.
Seule, nous le savons, une rude lessive
Lavera les effets de ce double commerce.
Seule, nous le savons, une dure offensive
Nous livrera la porte et le pont du fossé.
Seule, nous le savons, une rude lessive
Lavera le restant de ce double passé.
Seule, nous le savons, une dure offensive
Nous livrera la porte et le pont du fossé.
Seule, nous le savons, une rude lessive
Effacera les pas de l’ombre du passé.
Et ce ne sera pas ces chasseurs de casquettes
Qui nous emporteront dans leurs maigres carniers.
Et ce ne sera pas ces maîtres des requêtes
Qui viendront nous chercher dans nos pauvres charniers.
Et ce ne sera pas ces chasseurs de casquettes
Qui nous emporteront parmi leurs gibecières.
Et ce ne sera pas ces maîtres des enquêtes
Qui nous feront lever de nos mornes glacières.
Et ce ne sera pas ces colleurs d’étiquettes
Qui poseront sur nous la dernière formule.
Et ce ne sera pas ces chasseurs de conquêtes
Qui pèseront sur nous le gramme et le scrupule.
Et ce ne sera pas ces courtiers de basoches
Qui régleront pour nous l’ordre de la procédure.
Et ce ne sera pas ces chercheurs d’anicroches
Qui viendront nous chercher dans le trouble et l’ordure.
Et ce ne sera pas ces chasseurs de casquettes
Qui nous emporteront parmi leurs gibecières
Et ce ne sera pas ces joueurs de raquettes
Qui viendront nous chercher dans nos humbles poussières.
Et ce ne sera pas ces élégants bancroches
Qui nous enseigneront ce que c’est que marcher.
Et ce ne sera pas ces candides fantoches
Qui nous enseigneront ce que c’est que pécher.
Et ce ne sera pas ces essayeurs de roches
Qui nous enseigneront l’ordre de la matière.
Et ce ne sera pas leurs cinquantuples croches
Qui nous réveilleront dans notre cimetière.
Et ce ne sera pas ces découpeurs de roches
Qui nous révéleront le secret de matière.
Et ce ne sera pas ces essayeurs de croches
Qui nous réveilleront dans notre cimetière.
Et ce ne sera pas tous ces vide-goussets
Qui payeront pour nous de l’argent de nos poches.
Et ce ne sera pas tous ces tourneurs de broches
Qui nous enseigneront un ordre que je sais.
Et ce ne sera pas tous ces passe-lacets
Qui payeront pour nous le jour du dernier terme.
Et ce ne sera pas ces frotteurs d’épiderme
Qui nous enseigneront un terme que je sais.
Et ce ne sera pas tous ces lace-corsets
Qui nous arracheront de la dernière étreinte.
Et ce ne sera pas ces porteurs de contrainte
Qui nous enseigneront un terme que je sais.
Et ce ne sera pas tous ces cache-corsets
Qui nous arracheront d’un autre embrassement.
Ce n’est pas leurs cordons et leur enlacement
Qui nous enseigneront le seul nœud que je sais.
Et ce ne sera tous ces petits poucets
Qui nous arracheront d’un autre enlacement.
Et ce n’est pas leur botte et leur entassement
Qui nous enseigneront le seul pas que je sais.
Et ce ne sera pas tous ces petits poucets
Qui nous apporteront des bottes de sept lieues
Et ce ne sera pas ces nouveaux Barbe-Bleues
Qui nous enseigneront un meurtre que je sais.
Et ce ne sera pas tous ces petits poucets
Qui nous arracheront de la maison de l’ogre.
Ce n’est pas leur boussole et ce n’est pas leur dogre
Qui nous enseignera le seul nord que je sais.
Et ce ne sera pas tous ces petits poucets
Qui nous installeront dans une autre chaumière.
Ce n’est pas leurs cailloux et leur pauvre lumière
Qui nous enseigneront un château que je sais.
Et ce ne sera pas tous ces petits poucets
Qui nous installeront dans la candeur première.
Ce n’est pas leurs cailloux et leur pauvre lumière
Qui nous enseigneront un jardin que je sais.
Et ce ne sera pas tous ces petits poucets
Qui nous transporteront dans de plus nobles cieux.
Ce n’est pas leur lumière et leur main sur les yeux
Qui nous enseigneront notre dernier palais.
Et ce ne sera pas ces portiers d’anicroches
Qui nous transporteront dans un unique lieu.
Et ce ne sera pas tous ces courtiers bancroches
Qui nous enseigneront à marcher devant Dieu.
Et ce ne sera pas tous ces déménageurs
Qui nous installeront notre dernier ménage.
Et ce ne sera pas ces maîtres ménageurs
Qui feront notre firme et notre patronage.
Et ce ne sera pas ces porteurs de sacoches
Qui nous introduiront par la porte d’érable.
Et ce ne sera pas ces amateurs de croches
Qui nous enseigneront un chœur inaltérable.
Et ce ne sera pas ces gros déménageurs
Qui nous emporteront notre pauvre ménage.
Et ce ne sera pas tous ces maîtres-nageurs
Qui rameront pour nous dans le dernier naufrage.
Et ce ne sera pas ces montants de guichets
Qui nous encaisseront notre pauvre recette.
Et ce ne sera pas ces fraudeurs de péchés
Qui nous décaisseront l’argent de notre dette.
Et ce ne sera pas dans leurs étuis-musettes
Qu’ils nous transporteront le pain de chaque jour.
Et ce ne sera pas dans leurs sacs d’amusettes
Que nous transposerons notre dernier amour.
Et ce ne sera pas dans leurs étuis-musettes
Que nous transporterons le pain du dernier jour.
Et ce ne sera pas dans leurs sacs d’amusettes
Que nous transposerons notre premier amour.
Et ce ne sera pas tous ces Petits Poucets
Qui nous arracheront d’un grave enchaînement.
Et ce n’est pas leur trône et leur avènement
Qui nous arrachera la chaîne que je sais.
Et ce ne sera pas ces héros d’antichambres
Qui nous introduiront dans un dernier réduit.
Et ce ne sera pas ces simili Sicambres
Qui nous feront passer dans le dernier déduit.
Et ce ne sera pas ces héros de bastilles
Qui nous feront passer la Moselle et la Sambre.
Et ce ne sera pas ces marchands de pastilles
Qui nous ferons passer dans un dernier décembre.
Ce n’est pas ces cutters et ces chasse-marées
Qui viendront nous chercher dans un sauvage port.
Et ce ne sera pas leurs troupes chamarrées
Qui viendront nous lever d’une sordide mort.
Et ce ne sera pas tous ces caquets bons becs
Qui nous remplaceront le triple Gloria.
Et ce ne sera pas tous leur salamalecs
Qui nous remplaceront un Ave, Maria.
Et ce ne sera pas ces illustres blancs-becs
Qui nous remplaceront le triple Hosanna.
Et ce ne sera pas tous leurs salamalecs
Qui nous remplaceront un Salve, regina.
Et ce ne sera pas leurs illustres bons mots
Qui nous remplaceront une auguste parole.
Et ce ne sera pas ces beaux maîtres d’école
Qui viendront nous chercher dans nos derniers hameaux.
Et ce ne sera pas ces diseurs de bons mots
Qui nous remplaceront une illustre parole.
Et ce ne sera pas dans leurs maisons d’école
Que nous apporterons l’oubli de tous les maux.
Et ce ne sera pas ces faiseurs de bons mots
Qui nous remplaceront une antique parole.
Et ce ne sera pas ces beaux maîtres d’école
Qui viendront nous chercher au fin fond des hameaux.
Et ce ne sera pas leurs vagues hyperboles
Qui nous remplaceront un authentique Verbe.
Et ce ne sera pas leurs outils agricoles
Qui nous auront lié notre éternelle gerbe.
Et ce ne sera pas ces amateurs de mots
Qui nous remplaceront l’auguste parabole.
Et ce ne sera pas leur comice agricole
Qui nous remplacera notre jour des Rameaux
Et ce ne sera pas ces inventeurs de gestes
Qui viendront nous chercher nos corps involontaires.
Et ce ne sera pas tous ces complémentaires
Qui viendront nous chercher nos déplorables restes.
Et ce ne sera pas ces débiteurs de gestes
Qui viendront nous chercher nos corps élémentaires.
Et ce ne sera pas tous ces supplémentaires