Ève (page 20)
Qui viendront nous chercher nos lamentables restes.
Et ce ne sera pas ces professeurs de gestes
Qui nous ramasseront nos corps sans commentaires.
Et ce ne sera pas tous ces parlementaires
Qui nous recueilleront nos misérables restes.
Et ce ne sera pas ces raisonneurs de gestes
Qui nous ramasseront nos corps héréditaires.
Et ce ne sera pas tous ces réglementaires
Qui viendront nous chercher nos périssables restes.
Et ce ne sera pas ces connaisseurs de gestes
Qui viendront nous chercher dans nos plus pauvres terres.
Et ce ne sera pas tous ces propriétaires
Qui viendront nous chercher nos détestables restes.
Et ce n’est pas leur chlore et leurs bains sulfureux
Qui viendront nous blanchir notre pauvre carcasse.
Et ce ne sera pas ces faiseurs de grimace
Qui viendront nous chercher quand nous serons affreux.
Et ce ne sera pas ces fâcheux prétendants
Qui banderont un arc dans le palais d’Ulysse.
Et ce ne sera pas ces fameux intendants
Qui boiront la lumière et le vin du calice.
Et ce ne sera pas ces fâcheux prétendants
Qui banderont un arc dans le palais d’Ulysse.
Et ce ne sera pas ces fameux intendants
Qui boiront l’amertume et le sang du calice.
Et ce ne sera pas ces fâcheux prétendants
Qui banderont un arc dans le palais d’Ulysse.
Et ce ne sera pas ces fameux intendants
Qui boiront la poussière et le sang du calice.
Et ce ne sera pas ces grêles soupirants
Qui feront le pourchas de cette illustre veuve.
Et ce ne sera pas ces frêles aspirants
Qui s’en iront lutter dans les roseaux du fleuve.
Et ce ne sera pas ces grêles soupirants
Qui feront le pourchas d’une faussement veuve.
Et ce ne sera pas ces frêles aspirants
Qui pourront triompher dans la dernière épreuve.
Et ce ne sera pas ces grêles soupirants
Qui feront le pourchas d’une censément veuve.
Et ce ne sera pas ces frêles aspirants
Qui seront revêtus de la tunique neuve.
Et ce ne sera pas ces grêles soupirants
Qui feront le pourchas d’une prudente veuve.
Et ce ne sera pas ces frêles aspirants
Qui seront revêtus d’une naissance neuve.
Et ce ne sera pas ces grossiers soupirants
Qui verront le pourchas de la plus fine toile.
Et ce ne sera pas ces grossiers aspirants
Qui verront se lever la plus candide étoile.
Et ce ne sera pas ces grossiers prétendants
Qui verront le pourchas d’une faussement toile.
Et ce ne sera pas ces grossiers intendants
Qui rangeront le mât d’avec la toile à voile.
Et ce ne sera pas ces grossiers soupirants
Qui verront le pourchas d’une prudente toile.
Et ce ne sera pas ces grossiers aspirants
Qui verront se lever le plus candide voile.
Et ce ne sera pas ces brumeux prétendants
Qui feront le pourchas d’une autre Pénélope.
Et ce ne sera pas ces fameux intendants
Qui sauront se sortir de l’antre du Cyclope.
Ce n’est pas ces préteurs et ces inaccessibles
Qui nous introduiront dans un dernier État.
Ce n’est pas ces questeurs et ces inamovibles
Qui nous feront entrer dans le dernier sénat.
Ce n’est pas ces galants et ces beaux ténébreux
Qui viendront nous chercher dans notre turpitude.
Ce n’est pas ces savants et ces maîtres d’étude
Qui viendront nous chercher quand nous serons affreux.
Ce n’est pas leur peau mate et leur face polie
Qui viendra nous chercher dans notre enterrement.
Ce n’est pas leur peau plate et leur effarement
Qui viendra nous lever notre mélancolie.
Ce n’est pas leur peau grasse et leur lèvre jolie
Qui viendra nous chercher dans notre enterrement.
Ce n’est pas leur peau basse et leur effleurement
Qui viendra nous lever notre mélancolie.
Ce n’est pas un poignard dans une panoplie
Qui combattra pour nous un suprême combat.
Et ce ne sera pas leur éternel débat
Qui viendra nous lever notre mélancolie.
Ce n’est pas ces nerveux et ces beaux soupirants
Qui viendront nous chercher dans nos dépositoires.
Et ce ne sera pas nos professeurs d’histoires
Qui feront le cortège et déferont les rangs.
Ce n’est pas ces verveux et tous ces museaux secs
Qui viendront nous chercher dans nos anciens espaces.
Et ce ne sera pas nos professeurs de grecs
Qui régleront la pompe et marqueront les places.
Et ce ne sera pas tous ces télépathiques
Qui viendront nous chercher dans notre isolement.
Et ce ne sera pas tout leur affolement
Qui pourra soulever nos membres apathiques.
Ce n’est pas ces fameux prestidigitateurs
Qui viendront nous chercher dans notre éloignement.
Et ce ne sera pas tout leur besognement
Qui les empêchera d’être des amateurs.
Ce n’est pas ces fiévreux et ces agitateurs
Qui viendront nous chercher dans notre solitude.
Et ce ne sera pas leur éternelle étude
Qui les empêchera d’être des orateurs.
Ce n’est pas ces crémeux et ces grands géographes
Qui viendront nous chercher dans des pays perdus.
Ce n’est pas ces spumeux et ces beaux cartographes
Qui pourront soulever nos membres détendus.
Ce n’est pas ces vitreux et ces machinateurs
Qui remettront en route un mécanisme usé.
Ce n’est pas ces cercleux et ces profanateurs
Qui baiseront les mains d’un Dieu désabusé.
Ce n’est pas ces gommeux et ces beaux topographes
Qui sauront nous trouver l’impérissable lieu.
Ce n’est pas ces messieurs et ces lexicographes
Qui sauront nous trouver l’inaltérable Dieu.
Et ce ne sera pas ces historiographes
Qui viendront nous chercher par des chemins rompus.
Et ce ne sera pas ces tourneurs de carafes
Qui viendront soulever nos membres corrompus.
Et ce ne sera pas ces graveurs d’épitaphes
Qui nous feront passer les ponts interrompus.
Et ce ne sera pas ces auteurs d’autographes
Qui viendront soulever nos membres corrompus.
Et ce ne sera pas ces maîtres d’orthographes
Qui nous feront passer par les ponts suspendus.
Et ce ne sera pas ces auteurs de paraphes
Qui pourront soulever nos membres détendus.
Et ce ne sera pas ces faiseurs d’épigraphes
Qui nous introduiront à la source de l’être.
Et ce ne sera pas ces sténobiographes
Qui viendront nous chercher dans la ronce et le hêtre.
Et ce ne sera pas ces téléphonographes
Qui nous introduiront aux racine de l’être.
Et ce ne sera pas ces sténologographes
Qui viendront nous chercher dans la ronce et le hêtre.
Et ce ne sera pas leurs jeux interrompus.
Qui nous feront gagner la partie éternelle.
Et ce ne sera pas leur vigueur solennelle
Qui pourra nous lever nos membres corrompus.
Et ce ne sera pas leurs mots interrompus
Qui nous feront gagner la centrale partie.
Et ce ne sera pas leur vigueur départie
Qui pourra soulever nos membres corrompus.
Et ce ne sera pas leurs savants pronostic
Qui nous révéleront notre dernier demain.
Et ce ne sera pas leurs gestes et leurs tics
Qui nous relèveront de la main à la main.
Et ce ne sera pas leurs savants pronostics
Qui nous dévoileront notre dernier demain.
Et ce ne sera pas leurs gestes et leurs tics
Qui nous mettront l’obole au creux de notre main.
Et ce ne sera pas leurs fâcheux pronostics
Qui nous feront lever notre dernier demain.
Et ce ne sera pas leurs gestes et leurs tics
Qui viendront nous chercher et nous prendre la main.
Et ce ne sera pas leurs douteux pronostics
Qui nous éclaireront notre dernier demain.
Et ce ne sera pas leurs gestes et leurs tics
Qui viendront nous laver le sang de notre main.
Et ce ne sera pas leurs savantes tactiques
Qui nous emporteront dans un dernier débat.
Et ce ne sera pas leurs creuses balistiques
Qui nous feront gagner dans un dernier combat.
Et ce ne sera pas leurs basses politiques
Qui nous emporteront dans un dernier fossé.
Et ce ne sera pas leurs simili mystiques
Qui nous emporteront dans un dernier passé.
Et ce ne sera pas leurs honteuses tactiques
Qui nous emporteront dans un dernier assaut.
Et ce ne sera pas leurs vaines balistiques
Qui nous feront sauter dans un dernier ressaut.
Et ce ne sera pas leurs douteuses pratiques
Qui nous emporteront dans un dernier élan.
Ce n’est pas leur programme et ce n’est pas leur plan
Qui nous remplacera nos dures dogmatiques.
Et ce ne sera pas leurs molles pragmatiques
Qui nous emporteront dans un dernier assaut.
Et ce ne sera pas leurs gestes hiératiques
Qui nous feront sauter le pas du dernier saut.
Et ce ne sera pas leurs airs diplomatiques
Qui nous emporteront dans un dernier assaut.
Et ce ne sera pas leurs tons énigmatiques
Qui nous distingueront l’honnête homme et le sot.
Et ce ne sera pas ces portants de théâtre
Qui nous transporteront dans le dernier décor.
Et ce n’est pas leurs trucs et leurs gestes d’albâtre
Qui nous remplaceront notre dernier trésor.
Et ce ne sera pas ces distingués cloportes
Qui viendront nous chercher dans notre enterrement.
Ce n’est pas leur détresse et leur délabrement
Qui nous fera passer le seuil des doubles portes.
Et ce ne sera pas ces distingués cloportes
Qui viendront nous chercher dans notre enterrement.
Ce n’est pas leur détresse et leur égarement
Qui nous fera quitter nos lits de feuilles mortes.
Et ce ne sera pas ces distingués cloportes
Qui viendront nous chercher dans notre enterrement.
Ce n’est pas leur détresse et leur effarement
Qui nous rassembleront en de pâles cohortes.
Et ce ne sera pas ces distingués cloportes
Qui viendront nous chercher dans notre enterrement.
Ce n’est pas leur détresse et leur effondrement
Qui nous assembleront en furtives cohortes
Et ce ne sera pas ces distingués cloportes
Qui viendront nous chercher dans notre enterrement.
Ce n’est pas leur détresse et leur désœuvrement
Qui se promènera sur nos dépouilles mortes.
Et ce ne sera pas ces puissants mille-pieds
Qui se promèneront parmi nos pâles faces.
Et ce ne sera pas ces illustres troupiers
Qui nous ramasseront nos sordides carcasses.
Et ce ne sera pas ces troublants mille-pieds
Qui se promèneront sur nos augustes faces.
Et ce ne sera pas ces candides troupiers
Qui viendront nous lever nos débiles carcasses.
Et ce ne sera pas ces puissants mille-pattes
Qui viendront nous chercher dans notre enterrement.
Et ce ne sera pas ces troublants acrobates
Qui nous démêleront notre enchevêtrement.
Ce n’est pas ces peau glabre et ces faces rasées
Qui viendront nous chercher sous les myrtes épais.
Et ce ne sera pas leurs lèvres écrasées
Qui viendront nous donner notre baiser de paix.
Ce n’est pas ces peau moite et ces lèvres brasées
Qui viendront nous chercher sous les lauriers épais.
Et ce ne sera pas leurs faces abrasées
Qui viendront nous donner notre baiser de paix.
Et ce ne sera pas ces chambellans épais
Qui viendront nous chercher dans les maisons régnantes.
Et ce ne sera pas leurs lèvres répugnantes
Qui viendront nous donner notre baiser de paix.
Et ce ne sera pas ces buveurs de tisanes
Qui viendront nous chercher sous les hêtres épais.
Et ce ne sera pas à des baisers profanes
Que nous demanderons notre baiser de paix.
Et ce ne sera pas cette bande charnelle
Qui viendra nous chercher sous les beaux orangers.
Et ce ne sera pas ces pauvres horlogers
Qui nous remonteront une horloge éternelle.
Et ce ne sera pas ces nobles étrangers
Qui nous boulangeront le pain de chaques jours.
Et ce ne sera pas ces pauvres boulangers
Qui nous cuiront le pain des terrestres amours.
Et ce ne sera pas ces nobles étrangers
Qui nous boulangeront le pain de chaques jours.
Et ce ne sera pas ces pauvres boulangers
Qui nous cuiront le pain des charnelles amours.
Et ce ne sera pas ces nobles étrangers
Qui nous boulangeront des pains insaisissables.
Et ce ne sera pas ces pauvres boulangers
Qui nous cuiront le pain des amours périssables.
Et ce ne sera pas ces nobles étrangers
Qui nous boulangeront le pain des autres jours.
Et ce ne sera pas ces pauvres boulangers
Qui nous cuiront le pain des célestes amours.
Et ce ne sera pas ces nobles étrangers
Qui nous boulangeront le pain des derniers jours.
Et ce ne sera pas ces pauvres boulangers
Qui verseront le vin des divines amours.
Et ce ne sera pas ces nobles étrangers
Qui nous effaceront la tache originelle.
Et ce ne sera pas ces pauvres boulangers
Qui nous cuiront le pain d’une amour éternelle.
Et ce ne sera pas ces pauvres solennels
Qui viendront nous chercher sous les beaux orangers.
Et ce ne sera pas ces pauvres horlogers
Qui feront tourner l’heure aux cadrans éternels.
Et ce ne sera pas ces demi-criminels
Qui viendront nous chercher dans une entière mort.
Et ce ne sera pas ces demi-colonels
Qui sauront emporter l’indivisible fort.
Et ce ne sera pas ces faux passionnels
Qui sauront emporter le cœur de la maison.
Et ce ne sera pas ces faux rationnels
Qui sauront emporter le cœur de la raison.
Et ce ne sera pas ces faux passionnels
Qui sauront saluer le cœur de leur saison.
Et ce ne sera pas ces faux rationnels
Qui sauront saluer le cœur de la raison.
Et ce ne sera pas ces unipersonnels
Qui sauront saluer une triple personne.
Et ce ne sera pas ces faussement charnels
Qui sauront recevoir une fausse couronne.
Et ce ne sera pas ces faux confraternels
Qui reviendront jamais dans la maison du père.
Et ce ne sera pas un illustre confrère
Qui fera tourner l’heure aux cadrans éternels.
Et ce ne sera pas ces illustres faux frères
Qui rentreront jamais aux jardins fraternels.
Et ce ne sera pas ces augustes compères
Qui feront tourner l’heure aux cadrans éternels.
Et ce ne sera pas leur pauvre ritournelle
Qui nous réveillera sous les beaux orangers
Et ce ne sera pas ces pauvres horlogers
Qui nous remonteront une horloge éternelle.
Et ce sera la voix d’une autre villanelle
Qui nous réveillera sous les arceaux légers.
Et ce ne sera pas ces pauvres horlogers
Qui nous remonteront une horloge éternelle.
Et ce ne sera pas ces fausses sentinelles
Qui garderont la rive et le suprême bord.
Et ce ne sera pas leurs gilets de flanelles
Qui sauront les sauver du baiser de la mort.
Et ce ne sera pas ces pâles sentinelles
Qui garderont Ninive et la plus haute porte.
Et ce ne sera pas leurs gilets de flanelles
Qui sauront les sauver de cette étreinte morte.
Et ce ne sera pas ces blêmes sentinelles
Qui crieront le Qui-Vive au faîte de ce fort.
Et ce ne sera pas leurs gilets de flanelles
Qui sauront les sauver du frisson de la mort.
Et ce ne sera pas ces louches sentinelles
Qui garderont l’ogive et les créneaux du fort.
Et ce ne sera pas leurs gilets de flanelles
Qui sauront les sauver des lèvres de la mort.
Et ce ne sera pas ces beaux polichinelles
Qui sauteront la rampe et les derniers tréteaux.
Et ce ne sera pas leurs airs de péronnelles
Qui les embarqueront sur les derniers bateaux.
Et ce ne sera pas ces hommes de théâtres
Qui viendront nous chercher parmi la pimprenelle.
Et ce ne sera pas ces faussement folâtres
Qui viendront déranger la ronde coccinelle.
Et ce ne sera pas ces hommes de morale
Qui viendront nous chercher sous les vertes tonnelles.
Et ce ne sera pas ces âmes en spirale
Qui sauront s’égarer dans les vieilles venelles.
Et ce ne sera pas ces hommes de serment
Qui viendront nous chercher dans notre dormitoire.
Et ce ne sera pas nos professeurs d’histoire
Qui viendront nous chercher dans notre enterrement.
Ce n’est pas ces monteurs et ces mécaniciens
Qui nous remonteront nos vieilles mécaniques.
Ce n’est pas ces docteurs et ces statisticiens
Qui pourront nous sauver de nos terreurs paniques.
Ce n’est pas ces monteurs et ces mécaniciens
Qui nous remonteront une vieille machine.
Ce n’est pas ces compteurs et ces statisticiens
Qui nous assoupliront une grinçante échine.
Ce n’est pas ces compteurs et ces mécaniciens
Qui nous remonteront de raides mécanismes.
Ce n’est pas ces graisseurs et ces électriciens
Qui nous assoupliront nos raides rhumatismes.
Et ce ne sera pas ces pâles faces rases
Qui viendront nous chercher sous les charmes épais.
Et ce ne sera pas ces constructeurs de phrases
Qui viendront nous donner notre baiser de paix.